mercredi 25 novembre 2009

Quand je serai plus vieille (12) - par Maud K.

Quand je serai plus vieille
je porterai le monde sur mes genoux
et mes petits enfants avec.
J'aurai une poitrine large où il fait bon se nicher
et plein d'amour a distribuer.

Quand je serai bien vieille
je serai sage
et irréverencieuse.
J'aurai dans mes bagages
des souvenirs, des regrets, des remords
et des victoires.

J'aurai vu les hommes
et compris leurs ressors
surpris leurs travers
et déniché leurs trésors.
J'aurai appris les hommes.

Quand je serai d'un autre temps
je m'inclinerai d'un sourire entendu.
Les rides et le vent sur ma peau
auront caché les marques des entraves
d'un autre temps

Je serai nue et je serai belle.
Sous mes tempes grises
danseront les feux des rêves accomplis
et dans mes mains flétries
dormira le guerrier, au repos.

Quand je serai plus vieille
je serai nue, et
je porterai l'essence du monde
comme parfum.

mardi 24 novembre 2009

Quand je serai vieille (11) - par Sophie B

Quand je serai vieille, je n'aurai plus de mémoire, je n'aurai que l'avenir devant moi, je ne repenserai pas à hier, je serai là ou ici aujourd'hui.
Quand je serai vieille je regarderai les fleurs, les feuilles, j'écouterai des insectes et je n'entendrai que ça, je sentirai l'odeur de la terre, je passerai des nuits dans mon jardin, je scruterai les étoiles et je les verrai filer.
Quand je serai vieille je rencontrerai une nouvelle personne chaque jour, je passerai du temps avec lui, avec elle, on parlera sans compter le temps, on parlera ensemble dans le monde et hors du temps, on sera des amis de la journée.
Quand je serai vieille, je comprendrai pourquoi je reste toute la journée assise dans un parc à regarder le monde autour et au-dedans de moi.
Quand je serai vieille, je n'écrirai plus, je parlerai, j'écouterai ma tête.
Quand je serai vieille, une journée sera un siècle, une heure une éternité, le temps n'aura plus de prise sur moi, j'aurai tout le temps, tous mes yeux, tout mon corps, toute ma tête.
Quand je serai vieille, je n'aurai plus mal au dos, aux yeux, aux mains, aux pieds, aux cheveux.
Quand je serai veille, je n'aurai plus envie ni besoin d'aller travailler.
Quand je serai vieille, je commencerai déjà bien demain.

Quand je serai vieille, je m'appelerai toujours Sophie B.

Sophie B.

dimanche 22 novembre 2009

Docteur Prose

Montréal, salon du livre, 20 et 21 novembre 2009.

Onze ans après le Livre Inter et notre première rencontre (je ne l'ai revu qu'une fois entre temps) je passe deux longs moments avec Daniel Pennac, invité d'honneur avec Tonino Benacquista du Salon du Livre de Montréal.

En me revoyant, Pennac me salue comme si nous étions deux vieux amis. Et en un sens, c'est vrai : il me raconte que sa compagne a lu à haute voix Le Choeur des femmes pendant qu'il traversait la France pour se rendre dans leur maison du Vercors (à moins que ce ne soit au retour ?) ; de mon côté, je lui dis combien Chagrin d'école, de même que Comme un roman sont des livres importants à mes yeux.

La première rencontre, le soir de la délibération du Livre Inter, dans les salons de Radio-France au milieu des 24 jurés, était une rencontre de sensibilités et d'intelligence réciproque. En dînant avec lui, hier soir, avec sa femme Mine et MPJ à la table où nous avaient invités notre diffuseur commun au Québec, Gallimard Ltée, j'ai senti une nouvelle fois tous les "atomes crochus" qui me l''avaient d'emblée rendu si familier, si fraternel.

Pennac est un type comme je les aime : cultivé et jamais hautain, grave sans jamais perdre son humour, respectueux et chaleureux. C'est un bonheur de parler avec lui et de l'écouter raconter des histoires. Il me décrit ainsi plusieurs idées de nouvelles qu'il n'a jamais eu le temps de mettre en oeuvre, désolé de la lenteur avec laquelle il écrit, précisant avec humilité que cette lenteur n'est même pas - hélas ! - gage de qualité. Je me dis que j'écrirais volontiers avec la même lenteur si j'étais assuré de produire des livres "d'aussi piètre qualité" que les siens.

Comme moi, il aime parler de ses livres en cours : contrairement à d'autres écrivains, il n'a pas le sentiment que le fait d'énoncer verbalement une idée va l'éventer ou la dilapider, mais que la narration parlée prépare l'écrit.

Parler avec Daniel Pennac, c'est entendre un récital d'histoires.

Et puis l'homme est plus que généreux. Ce midi, en tête à tête avec Jean-Paul Hirsch, "ange gardien" des écrivains (et bras droit de Paul Otchakovsky-Laurens)  chez P.O.L., je lance que j'aimerais bien écrire un "petit livre" dans le genre de Comme un roman et Chagrin d'école. 

Arrive Pennac, qui vient de passer une heure et demie à signer sans interruption (vingt minutes avant la séance, on tendait des rubans le long du stand pour canaliser les lecteurs déjà dans l'attente de son arrivée ; il est aussi aimé au Québec qu'en France). Immédiatement, je lui lui dis que j'aimerais écrire un livre qui ne soit ni un roman ni une réflexion théorique mais qui ressemble à ses deux ouvrages - et tandis que je peine à les définir il murmure :
" Un essai narratif."
" C'est ça..."
"Eh bien figure-toi que j'ai pensé à ça cette nuit, après t'avoir entendu parler de médecine hier soir au dîner. J'ai pensé : 'Il y a un livre que seul Martin pourrait écrire autour de la relation étrange que nous avons avec les médecins.' Tu le fais déjà dans tes romans, mais tu pourrais le faire aussi sous une autre forme. C'est ton domaine. C'est ton expérience. "

Et il poursuit en me confiant  qu'à son avis, Comme un roman et Chagrin d'école, au fond, sont des livres qui parlent de la peur et de l'humiliation - la peur et l'humiliation de ceux qui se sentent "disqualifiés" par des discours dogmatiques.

La conversation me fait un bien fou. C'est une de ces conversations qui éclairent, libèrent, allègent l'esprit. D'un seul coup, mes complexes s'envolent : oui, j'ai suffisamment d'expérience pour écrire un "petit livre" comme ceux de Pennac.  Et je me sens porté par son mouvement généreux, son désir de soulager, de déculpabiliser, de réhabiliter.

Mais ça n'a rien d'étonnnant, au fond : l'écriture de Pennac soigne.

Martin Winckler

samedi 21 novembre 2009

Quand je serai plus vieux (10) - par Jérôme

Quand je serai plus vieux, je me sentirai mieux
Finie la diplomatie et bonjour l’autarcie

Bien sûr, j’aurai mal d’être à l’hôpital
Mais les docteurs ne me feront plus peur

Je n’aurai plus droit aux pizzas et tu ne seras déjà plus là
Et je serai mûr à défaut d’être mature

J’aurai accepté mon prochain décès et les regrets seront passés
Car enfin j’aurai compris qu’on fait sa vie… pas la vie…

Jérôme

Quand je serai plus vieille (9) - par Abou

Quand je serai plus vieille,

puisque déjà je suis
mais là je serai plus;
demain donc,
demain je me lèverai tôt
et courrai sur la route
rattraper tout là-bas
cette enfant qui se tient
immobile
dans ses rêves,
depuis le début de moi.
Je poserai ma main
alanguie, fatiguée,
sur son épaule.
Je dirai
"Me voilà,
enfin.."
Elle, un peu boudeuse :
"Tu as mis le temps…
Qu'as-tu vu de l'amour ?"
Un long silence,
et moi :
"J'ai traversé.
Il pleuvait,
parfois"

Et nous resterons là
attendant
que l'ange
nous métamorphose

Abou

Quand je serai plus vieux (8) - par Lilian

Quand je serai plus vieux

Je ne serai pas beaucoup plus rideux
Je n’aurai pas plus de poils aux yeux
Des oreilles qui pendent jusqu’aux orteils
Une bouche qui manque de vermeil
Un dentier en or massif
Des réflexes trop passifs
C’est pas tout de suite que je serai catarrheux :

Ca prend du temps d’être plus vieux


Lilian

When I get older (7) - par Brigitte F.

When I get older… many years from now, disaient-ils.
On y est, on est Older tout à fait, on a encore des cheveux, mais aussi déjà des douleurs par ci par là… on se dit qu’il faut encore travailler, mais s’enfuir vite avant que les politiques n’inventent le labeur à vie.
Et… alors le temps s’ouvrira où on aura du temps
Le temps de partir, loin et près, longtemps ou pour quelques jours, n’importe où, n’importe quand, qui sait, avec n’importe qui
Le temps de sombrer dans le prochain Winckler sans culpabiliser parce qu’il y a tout de même quelques urgences (Tu n’as rien d’autre à faire ?, disait ma grand-mère quand elle me voyait un livre à la main) Virginia W. et les américains aussi… en version originale, gymnastique cérébrale, tentative contre menaçante décadence de la mémoire.
Le temps de lire La Recherche, enfin, en entier, dans les beaux volumes Pléiade achetés il y a tant et de relire Flaubert ou Balzac, Zola ou Stendhal, voire de se plonger enfin dans Tolstoï et Dostoïevski, ou
Le temps d’écouter, plus seulement entendre
Le temps de regarder les petits grandir, paisiblement, sans hâte
Le temps de leur dire des histoires, le temps de leur montrer les saisons
Le temps de marcher moins vite en espérant aller tout de même aussi loin, aussi haut, puisqu’on aura le temps
Le temps de voir, revoir, voir, revoir, tous les films ratés ou aimés, les nanars et les polars, les d’amour et les de guerre, les à rire ou à pleurer, les autres aussi
Le temps de dormir au gré du besoin
Le temps de se dire qu’on a le temps, que rien ne presse plus vraiment
Et puis après, le temps d’en finir, de fermer les portes et fenêtres, de s’éloigner.

jeudi 19 novembre 2009

When I am an old Woman (6) par Martine B.

(Version anglophone de "Quand je serai plus vieille, 1")

When I am an old woman
I will ride a motorbike in a brand new leather gear,
I will get tickets for speeding and not stopping at traffic lights
and refuse to produce my driving license as I won’t have one.

I will stop all the clocks to do only what I like,
I will read or write at night and have breakfast at teatime.
When I am an old woman I will no longer stick to my diet
but gobble up chocolate, and curries, and lemon pies.

I won’t be bothered with people who know best
and will tell them to bugger off, excuse my French!
My friends from the funerals of people we did not know
will all be young and cheeky, with a gift for carelessness.

For up to now I‘ve had to watch my Ps and Qs
“Yes Miss,” or «Please Sir”, or “Thank you Madam”.
You do have to be a role model for the children
so you get used to being sensible and reasonable.

Why not start practising right now, though,
so that nobody will be surprised
when one day I have become an old woman and buy a motorbike.

mercredi 18 novembre 2009

Quand je serai plus vieille (5) - par Emmanuelle M.

Quand je serai vieille
Le soir à la chandelle…
Ah non, ce n’est pas ça !

Quand je serai plus vieille, je ne crois pas que je ne serai pas si différente de maintenant.
J'espère être plus mince, mais ce n'est pas sûr.
J'espère être moins angoissée, mais c'est encore moins sûr.
Je serai toujours révoltée, ça c'est sûr.
J'aurai peur pour mes enfants, c'est aussi sûr.
 
Quand je serai plus vieille, j'espère ne pas devenir une mère indigne, ce serait la plus grande honte et le plus grand ratage de ma vie.
 
Quand je serai plus vieille, j'espère pouvoir retourner dans ma Normandie, le seul lieu où il fait bon vivre pour moi (mais je ne connais pas l'Angleterre et pas toutes les îles anglo-normandes, et elles me conviendraient sûrement aussi).
 
Quand je serai plus vieille, je n’irai pas en maison de retraite.
Quand je serai plus vieille, si je suis très malade, je ne me soignerai pas, je me suiciderai.
J’espère pouvoir partir de mon propre fait, c'est-à-dire ne pas être dans l’incapacité physique ou psychique de le faire.
Quand je serai plus vieille, je ne supporterai pas plus les hôpitaux que maintenant.

Quand je serai plus vieille (4) - par Lyjazz

Quand je serai plus vieille
Ben je serai toujours jeune dans ma tête
Parce que mes enfants sont bien plus jeunes que moi
Et que je vais maintenir mon corps et mon coeur et mon esprit
Dans un état assez potable pour garder ma jeunesse.
De toute manière
J'aime déjà être vieille,
C'est à dire pleine de sagesse
Ou alors davantage que quand j'étais jeune
Me suis jamais sentie jeune
Seulement impatiente et trop perméable aux émotions extérieures.
Maintenant je sais mieux me centrer
J'aime mes 45 ans pour ce qu'ils sont :
l'expérience, l'envie d'aller à l'essentiel
Sans m'encombrer de l'inutile et du superflu
Même dans les relations humaines.
Comment dire ?
Quand je serai plus vieille
Je serai sûrement aussi chiante que maintenant
Voire même davantage.
Et je continuerai à faire ce qui me plait, quand ça me plait.
Voilà !

Lyjazz

mardi 17 novembre 2009

Quand je serai plus vieille (3) - par Brigitte C.

Quand je serai plus vieille,

doucement, je m'en irai.



D'hésiter je finirai

quand je serai plus vieille.



Quand plus je n'aurai de miel,

doucement, je m'en irai.



Dans le vent, sous le soleil,

en silence le voudrais,

quand je serai plus vieille

doucement je m'en irai

lundi 16 novembre 2009

Quand je serai plus vieille (2) - par Zelapin



Quand je serai plus vieille, je ferai semblant de n’avoir peur de rien,
Je poserai mes lunettes toujours au même endroit, à côté de mes clés,
Je saurai lire entre les lignes et les relations humaines couleront de source.

Quand je serai plus vieille, j’aurai une heure de plus et je lirai au lit,
Un livre pour la jeunesse, parce-que c’est relatif.
Tout est relatif et bien plus encore, et en particulier les textes que l’on lit.
Puisque j’aurai une heure de plus, je pourrai lire ce que lisent les jeunes,
Personne ne s’en étonnera et surtout pas toi, qui auras toujours deux ans de plus que moi.

Quand je serai plus vieille et presque morte, je serai comme là, tout de suite maintenant,
La vie sera la même, chacun sera le même, et tous s’en rendront compte :
Quand on sera plus vieux, maintenant ou après,
C’est de ne plus nous voir qui nous importera.

dimanche 15 novembre 2009

Quand je serai plus vieille - par Martine B.

Quand je serai plus vieille j’aurai une moto
Je roulerai sans casque et brûlerai les feux rouges
Toute habillée de cuir.
Je ne tiendrai plus ma langue, me ferai des ennemis,
Je ne m’excuserai pas, j’oublierai mes principes.
Quand je serai plus vieille je ne ferai plus la diète
Et me goinfrerai de chocolat tant que ça me plaira.
Je me moquerai de l’heure, bouquinerai toute la nuit,
Et puis je dormirai jusqu’à l’après-midi.
Quand je serai plus vieille j’aurai de jeunes amis
Qui m’apprendront l’insolence en toute insouciance.
Nous nous rencontrerons pendant les enterrements
Et cracherons sur les tombes des donneurs de leçons.

Mais en attendant
Il faut dire pardon et s’il vous plait et merci,
Il faut gagner sa vie sans crier son ennui,
Avancer chaque jour, sans douter ni lutter,
Les enfants nous observent, on doit montrer l’exemple.

Et si… ?

Et si je commençais aujourd’hui ?
Ainsi personne ne sera vraiment surpris
Le jour où je serai bien vieille.

Quand je serai vieille (1) - par Malika

Quand je serai vieille
Je jouerai du ney
Ce sera une merveille
Je mangerai du miel d' abeille
Et des groseilles
Mes draps seront couleur vermeille
J irai a MARSEILLE
Chercher le soleil
Mais l'essentiel
Sera a mon éveil
Car je serai toujours pareille
Moi la REINE Mireille
Et à la mer
Je jetterai ma dernière bouteille
Pour que le monde se réveille.

Malika (8 ans 1/2)

vendredi 13 novembre 2009

Exercice d'écriture (6) proposé par Martine B.

C'est un exercice d'écriture, mais cette fois-ci c'est Martine B. qui le propose. En hommage à Warning, un poème de Jenny Joseph.
Un poème qui commence par "Quand je serai plus vieux/vieille..." Tout un programme. Au boulot ! Date limite de remise : Dimanche 22 novembre minuit. Mise en ligne à partir de demain, avec le poème de Martine B.

jeudi 12 novembre 2009

Tourmens, la ville de tous mes romans

Françoise Dargent, journaliste au Figaro Littéraire, m'interroge longuement pour un article à venir. Elle m'envoie aujourd'hui un courriel pour me poser une question complémentaire :

Lors de notre longue conversation, j’ai omis de vous demander des précisions sur cette bonne ville de Tourmens, familière à vos lecteurs. Pouvez-vous m’en dire plus sur ce choix, le nom, la ville qui vous a inspiré, la ville fantasmée et pourquoi toujours elle ?

Je lui réponds :

"Tourmens c'est Tours/Le Mans, les villes où j'ai fait et terminé mes études, mais c'est aussi représentatif d'une certaine dichotomie en France : la ville bourgeoise, ensoleillée, avec une belle université, beaucoup d'argent (Tours) d'un côté, et la ville ouvrière, grise, isolée dans la région (l'hôpital du Mans est l'un des plus grands de la région Pays de la Loire mais n'a jamais obtenu d'être considéré comme un CHU) et méprisée par tout le monde (alors que le TGV s'y arrête, il est question qu'on lui fasse contourner la ville pour gagner... trois minutes sur la route de Brest, ce qui signerait la mort économique du Mans et qui, pour les gens qui vont travailler tous les jours à Paris, par exemple, représenterait le retour à l'époque où ils devaient se taper 4 heures de transport aller-retour, au lieu de deux)

Bref, Tourmens représente la France, il y a la rive droite bourgeoise et dominante, la rive gauche populaire et militante. C'est une vieille vision, utopique et idéaliste qui remonte à mes ébauches de roman dans les années 80. Je l'ai développée dans les romans policiers (Mort in Vitro, Camisoles) et surtout dans ma "Trilogie Twain" (dont le Figaro Magazine, d'ailleurs, a été le seul à rendre compte), en particulier dans la description de la médecine à deux vitesses des CHU hyperéquipés contre les hôpitaux de quartier pauvre que tout le monde veut faire disparaître.

L'intérêt d'avoir une ville imaginaire c'est qu'on peut y mettre en scène et y transposer toute une société sans avoir besoin de se caler sur l'histoire officielle et en réinventant les personnages à partir de figures réelles sans être enchaîné par/à la réalité. On peut régler leur compte à qui l'on veut, en sauver d'autres. Mais si ma vision est idéaliste et militante, mes militants ne posent pas de bombes. Dans la Trilogie, un mystérieux "Robin des Tours" REPARE les ascenseurs des HLM laissés à l'abandon par la municipalité pour en déloger les habitants. Et en permettant aux gens de se réinstaller dans les tours, il provoque plus de pagaille qu'en fomentant des attentats.

Bref, à Tourmens, je fais ce que je veux. Vous noterez, d'ailleurs, que le Tourmens de mes romans médicaux, sans histoire, n'est pas exactement le même que celui de mes romans policiers ou de SF (dont l'histoire politique et policière est plus mouvementée. Mais on peut représenter New York différemment selon qu'on filme une comédie musicale, une comédie romantique ou un film noir.

Sans vouloir établir la moindre comparaison de qualité, Faulkner avec son comté de Yoknapatawpha (dans la littérature) ou David E. Kelley (scénariste producteur de télévision de Ally McBeal et Boston Legal) n'ont pas procédé autrement : dans "Picket Fences", sa première série diffusée dans un désordre scandaleux sur TF1 il y a une dizaine d'années, Kelley fait survenir (et débattre de) toutes les turpitudes de l'Amérique dans une ville imaginaire qu'il nomme Rome, Wisconsin. (Puisque tous les chemins y mènent...)

Par conséquent, une ville nommée "Tourmens" et traversée par une rivière qui s'appelle la Tourmente, pour parler des conflits intimes ou sociaux, c'est parfait, je trouve."

Cela dit, je ne trouve pas "mieux" ou "moins bien" de parler d'une ville imaginaire que de parler d'une ville réelle. Quand James Joyce choisit de situer Ulysses à Dublin et quand David Simon situe ouvertement The Wire à Baltimore ou quand René Balcer, le showrunner et principal scénariste de Law & Order transpose des événements de toute l'Amérique à New York, ils produisent des chefs-d'oeuvre. Ce n'est pas le lieu (réel, imaginaire ou "mixte") qui compte, c'est, encore une fois, l'usage qu'on en fait pour parler de la dureté du monde. Un écrivain (je considère que les scénaristes de télévision sont des écrivains) a tous les droits.

En venant poster ce message ici, je me rends compte que Tourmens c'est une sorte d'abréviation/contraction de "Tout roman"

Je me souviens (20) par Brigitte F.

Alors, on s'absente trois jours sans Internet et au retour, voilà t'y pas qu'on
nous a tout changé !!! en mieux, en plus !
Pourtant
Je me souviens de la découverte du site de Martin Winkler, le premier : c'était
quand je me rebiffais contre les gynécologues qui ne voulaient pas me poser un
stérilet
Je me souviens de celui à qui j'ai raconté tout ce que j'avais lu sur le site,
pour le convaincre
Je me souviens qu'il a finalement accepté, et que ça a changé ma vie
Je me souviens que j'ai alors perdu les cinq kilos que la pilule, en bonne
mauvaise excuse, m'avait fait prendre.
je me souviens que j'ai couru plus vite et plus loin,après ça
Je me souviens que les montagnes d'alors sont devenues moins hautes et moins
abruptes
Je me souviens que le sac à dos s'est allégé
Je me souviens que je me suis trouvée belle
Je me souviens que je n'ai pas été la seule
Je me souviens que je suis même devenue prosélyte , genre 'oui les filles, vous
y avez droit'
Et pourtant, je me souviens que des années avant on avait 'conquis' la pilule
Je me souviens qu'on n'était pas majeures alors, et quil aurait fallu demander
l'autorisation de Papa/Maman
Je me souviens qu'on avait réglé le problème avec les merveilleux centres
d'orthogénie d'Angleterre, anonymat et explications garanties.
Je me souviens que des années avant on avait pris le ferry, across the
Channel,pour accompagner une copine
je me souviens aussi qu'il y a peu, je me suis une fois de plus demandé pourquoi
ça n'était pas fini, tout ça....

mercredi 11 novembre 2009

Je me souviens (19) - par Violette Moriarty

Je me souviens de Titus Andronicus. Les profs nous avaient fourrés dans un bus à la sortie du lycée et descendus aux portes de la Métaphore. La mise en scène était de Daniel Mesguich. Je me souviens du décor fait de livres. Partout, du sol au plafond, des livres. Je me souviens que nous étions dispersés un peu partout dans la salle. Je me souviens avoir tourné la tête vers mon voisin de gauche. C’était Daniel Mesguich.

Je me souviens d’Hamlet. C’était dans la plus petite salle de l’UGC de Lille. Le film durait 6 heures, en version originale, il y avait un entracte au milieu. Pendant l’entracte, je me souviens d’avoir discuté avec le seul autre spectateur de la salle. Il était professeur d’anglais à la fac et il avait donné rendez-vous à ses élèves ce matin là, pour voir le film.

Je me souviens des Histoires Grinçantes de Tchekhov, et de ma grand-mère qui demandait toutes les deux minutes à quel moment Laurence allait enfin entrer sur scène (alors qu’elle y était déjà depuis 20 bonnes minutes). De la robe de mariée de ma tante, et puis des « ouitres ».

Je me souviens du Bourgeois Gentilhomme. Je portais ma robe de chambre rose, sur laquelle on avait cousu des perles pour l’occasion. Je me souviens de mon refus catégorique de monter sur scène après les trois coups. Je me souviens d’y être montée quand même. Après, je ne me souviens plus de rien.

Je me souviens que Godot n’est jamais arrivé. Peut-être parce que personne n’avait pensé à lui dire que la Métaphore était devenue le Théâtre du Nord… Je me souviens d’avoir tourné la tête vers mon voisin de gauche et d’avoir souri en constatant que ce n’était pas Stuart Seide.

Je me souviens de l’Hymne des Industries Pharmaceutiques. Et du Petit Afflictionaire Médical. Et du défilé des patients de Sachs. Je m’en souviens deux fois, à vrai dire. La première fois, c’était à Arlon, le spectacle m’avait captivée.(1) La seconde fois, c’était à Longwy, je crois que je m’étais davantage intéressée aux réactions de mon voisin qu’à ce qui se passait sur scène… je ne me souviens plus s’il était à ma droite ou à ma gauche, par contre.

Je me souviens de Julien, dans les Femmes Savantes. Le seul à avoir retenu mon attention dans un massacre en règle de la pièce par la troupe du Français, au cours d’une représentation, hélas, pour une fois, télévisée.

Je me souviens de Guillaume, tout seul sur scène et irradiant de talent. Je me souviens d’avoir ri aux larmes et pleuré d’émotion. Je m’en souviens très bien, d’abord parce que ça ne m’était jamais arrivé, en tout cas pas dans un théâtre, et puis parce que c’était avant-hier. Et pour m’en souvenir encore mieux, j’y retournerai en février. Deux fois.





(1) dans un spectacle épatant intitulé "Sachs en scène" (Note de MW...)

lundi 9 novembre 2009

Je me souviens (18) - par Thomas

Je me souviens de l'odeur de la pâte à modeler. De « sa » tête, lorsqu'on nous en a offert tout un lot. De « ses » frissons à l'idée que ça allait se faufiler partout, que ça allait sentir toute la semaine. Je ne sais pas ce « qu'elle » avait contre cette odeur, j'adorais ça moi.

Je me souviens de cette maison à la campagne dans laquelle j'ai vécu jusqu'à l'age de 10 (ou était-ce 12 ?) ans. De cette maison avec un jardin immense (un champ en fait) et dont l'herbe était tondue par un homme présent tous les week-end dont j'ai oublié le nom et auquel « elle » a rarement été vue adresser la parole, mais qui semblait gentil pourtant. Je me souviens du saule pleureur qui se trouvait suffisamment près de la maison pour que je puisse y aller sans traverser tout le champ, mais suffisamment loin pour qu'« elle » soit obligée de se déplacer quand « elle » m'appelait. Je me souviens du portique ou nous faisions de la balançoire avec ma sœur, à deux sur la même parfois, et nous nous efforcions de sauter aussi loin que possible. Je me souviens du hamac ou je m'endormais des après midi entières avec une BD dans les mains.

Je me souviens de cette maison où en grandissant, les Legos et la balançoire ont lentement perdu leur intérêt, où j'étais confiné, incapable de voir des copains sans qu'on m'emmène à pétaouchnok en voiture, cette maison qui était longée par une nationale, seule et unique route traversant le patelin auquel elle était supposée appartenir. Cette maison où finalement la télé a commencée à prendre de l'importance, avec les rediffusions de Mission: Impossible et Star Trek, les dessins animées du Club Dorothée (qui se souvient de Fly ?) et les films du “Mardi c'est permis”.

Je me souviens que, terrorisée par son ombre, et refusant de jeter les allumettes éteintes dans la poubelle de peur de déclencher un incendie, « elle » les empilait dans un bol en céramique. Je me souviens que très vite, ma sœur a commencé à attendre patiemment que le bol soit rempli. Puis lorsqu'il débordait, elle le posait dans l'évier de la cuisine, craquait une allumette et mettait le feu à ce petit brasier de fortune. Puis, elle ouvrait le robinet et le regardait s'éteindre. Je me souviens de sa panique, à « elle », à chaque fois que ma sœur faisait cela, et de notre fascination face à ce feu de camp miniature.

Et finalement je me souviens d' « elle », cette femme, qui alors qu' « elle » habitait sous le même toit, n'était que trop absente, qui pleurait beaucoup, qui ne nous emmenait nulle part, et que je n'ai jamais entendue rire. Je me souviens de toutes ces tentatives échouées pour lui arracher un sourire sincère, un compliment, un mot d'amour. Je me souviens de cette femme qui très vite fut remplacée, tant bien que mal, par les Legos, la pâte à modeler, le saule pleureur, le bruit de la tondeuse à gazon, le champ, la balançoire, Le Mardi c'est Permis et Fly, et dont nous essayions désespérément d'attirer l'attention avec des signaux de fumées provenant d'un bol en céramique.

Je ne me souviens pas de tout ce que je devais faire (17) - par JPH

Je me souviens que c’est le moment d’envoyer les chiffres des sorties du jour du Chœur des femmes à Martin Winckler

Je me souviens que j’étais à Brive hier.

Je me souviens que je dois envoyer quelque chose à Martin Winckler.

Je me souviens que c’est un nombre ou un chiffre

Je me souviens que j’ai lu un livre à Brive hier.

Je me souviens que j’ai cherché Martin Winckler à Brive hier mais je ne me souviens pas si je l’ai trouvé

Je ne me souviens pas de la différence entre un nombre et un chiffre

Je me souviens que Brive n’est pas Montréal, mais peut-être que j’ai perdu la mémoire

Je me souviens que Brive n’est pas loin de Montréal, et réciproquement, mais je ne sais plus dans quel sens

Je ne me souviens pas si j’ai l’adresse de Martin Winckler, pourtant je dois lui envoyer quelque chose

Je ne me souviens pas si j’ai le temps de continuer à écrire ou bien si je dois mourir tout de suite

Je ne me souviens pas ce que signifie ce 330 inscrit sur un postit collé sur mon ordinateur

Je me souviens que le 9 novembre 2009 on fête les 20 ans de la chute du mur de Berlin.

Je ne me souviens pas si je dois aller bientôt à Berlin, à Brive ou encore à Montréal.

Je ne me souviens pas si Brive est près de Montréal dans le temps ou dans l’espace.

Je me souviens que l’espace et le temps sont deux mots différents

jph