lundi 21 janvier 2013

Alter et Ego sont dans un bateau.


(Martin Winckler et Marc Zaffran, entretien) 


Marc Zaffran : Comment veux-tu qu'on procède ?

Martin Winckler : Je ne comprends pas ta question.  

MZ : J'ai proposé à @nalyses une interview croisée, mais qui interroge qui ?

MW : Mmhhh… L'écrivain, c'est toi. Moi, je ne suis que la façade. A toi la parole.

MZ : OK…

MW : Mais d'abord, je te présente : tu te nommes Marc Zaffran, tu es né en 1955 à Alger. Tu as grandi en France à partir de 1962, tu as fait des études de médecine, puis pratiqué la médecine de famille à la campagne et dans un hôpital de province entre 1983 et 2008. Tu t'es installé à Montréal en 2009 et tu es résident permanent du Canada depuis 2011. Après ton premier roman, La Vacation, chez P.O.L en 1989, sous le pseudonyme de Martin Winckler – c'est à dire : bibi – tu en as publié quinze autres, ainsi que des nouvelles, des contes, des essais sur la culture populaire – les téléséries en particulier – mais aussi le cinéma et la bande dessinée américaine, des manuels médicaux pour le grand public, des livres plus ou moins pamphlétaires consacrés à la relation de soin... En tout, une cinquantaine de bouquins. C'est ça ?

MZ : A peu près. Je n'ai pas fait le compte. Il y en a un ou deux que je préfère oublier.

MW : Vraiment ?

MZ : Vraiment.

MW : Alors on n'en parlera pas. Mais on reparlera de la bibliorrhée.

MZ : Si tu veux.

MW : Commençons par une question simple qu'on te pose souvent, et qu'on se pose pour tous les écrivains : depuis quand écris-tu ?

MZ : Je ne me rappelle pas exactement. Mes archives les plus anciennes sont des cahiers de nouvelles transcrites à l'âge de treize ans, mais probablement écrites au cours des deux années précédentes. A quatorze ans, je me mets à tenir un journal. Mais je ne sais pas s'il y a eu un "début", à proprement parler… Je vois ça comme une sorte de glissement insensible de la lecture à l'écriture, l'une dans le prolongement de l'autre. A l'époque, je passe mon temps à relire – donc, à réinventer – les  livres que j'aime. Aujourd'hui, quand j'écris, j'ai le sentiment d'inventer – j'utilise ce mot parce qu'il signifie aussi bien "découvrir" qu' "imaginer" – le  texte de chacun de mes livres à mesure que je l'écris afin de pouvoir enfin le lire.

MW : Pourquoi "enfin" ?  

MZ : Parce qu'une fois que j'en ai eu l'idée, mais tant que je ne suis pas assis pour l'écrire, il est là, quelque part, dans ma tête. Je m'en fais une idée fantomatique, souvent écrasante et impossible à circonscrire tout à fait. Quand je pense à un livre, quand l'idée m'en vient d'abord, j'ai le sentiment que je suis face à une sorte de cathédrale, un monde que je ne parviendrai pas à remplir. Et puis, une fois au travail, ça devient un monde à taille humaine, habité par les histoires. Je pense d'ailleurs que s'il me semble vide et vaste avant l'écriture c'est précisément parce qu'il n'est pas encore habité. Par les personnages, par leurs histoires, par leurs paroles.

MW : Est-ce que le résultat écrit est décevant par rapport au "projet mental" ?

MZ : Décevant, non. A mesure que le roman prend peu à peu ses contours, l'image initiale disparaît, et quand j'ai fini je l'ai oubliée ; le texte l'a remplacée. Une fois terminé, le roman est moins écrasant que l'idée initiale, mais aussi plus juste. Et j'espère, tout aussi riche pour le lecteur. Alors, déçu, non. Insatisfait, oui, parfois.

MW : Peux-tu préciser ?

MW : Il m'arrive, pendant l'écriture, et parfois après, de ne pas être content d'un chapitre, d'un passage, d'un tournant du livre, mais toujours pendant l'écriture et à ce moment-là je fais marche arrière, ou je coupe le texte qui ne "va nulle part" et je reprends. Mais je ne m'aventure jamais dans une direction qui ne me va pas car si ça n'est pas la bonne, je cale très vite. Et puis je suis très exigeant avec moi-même quand j'écris pour P.O.L. Et Paul Otchakovsky-Laurens est plus exigeant que mes autres éditeurs… même si paradoxalement, c'est lui qui me fait le moins de remarques formelles. Mais il m'a déjà refusé – à juste titre – deux livres. Et ce refus a confirmé mon sentiment plus ou moins précis que le livre n'était pas fait pour être publié. Mais, d'un point de vue général, je ne rends pas un livre à un éditeur si je ne suis pas content du résultat, si je n'ai pas atteint l'objectif que je m'étais fixé en commençant.

MW : Et cependant, tu n'as pas tout le livre en tête avant de te mettre à le rédiger.

MZ : Non. J'ai le début et la fin, le plus souvent : j'écris beaucoup le début de mes romans, parfois plusieurs fois ; et je sais à peu près où je veux finir – sinon les dernières phrases, du moins la dernière scène ou la dernière situation. Une fois que j'ai mon début bien en main, je me lance. Il y a bien sûr, en cours d'écriture, des moment de tâtonnements, de doute, de réflexion intense sur la manière dont je vais "boucler" toutes les histoires de manière satisfaisante – à mes yeux, du moins – mais comme je sais où je veux aller, je trouve toujours un moyen d'avancer.

MW : Et qu'est-ce qui vient en premier ? La narration ou le travail de la langue ?

(...) 

L'intégrale de cet entretien est publié par la revue en ligne @analyses. Cliquez ici pour le lire intégralement et/ou le télécharger. 

vendredi 11 janvier 2013

Autoportrait en baladin


A Virginie D. 


Pour moi - et je parle ici seulement pour moi - écrire n'est pas un "don" ou une capacité particulière. Plutôt un trait de personnalité, dont je ne peux pas plus me défaire que de la couleur de mes yeux. 

Une vilaine habitude égoïste, comme le fait de plonger dans un film ou un livre. Au fond, quand j'écris, je plonge de la même manière. Dans une histoire de mon cru qui emprunte à la fois à mon expérience sensible, à mon imaginaire et à ce que j'ai appris (en lisant, en écoutant, en regardant). Mais c'est la même plongée.

Pendant longtemps, j'ai vécu l'écriture comme une manière secrète de surmonter un handicap – mon incapacité à dire, ma difficulté à me lier aux autres. Ecrire, à l'adolescence, c'était un peu m'échiner à apprendre des tours de passe-passe pour me les faire à moi-même, debout devant un miroir. Personne ne regardait. Je n'osais pas faire mes tours en public. Quand je m'y aventurais (quand je donnais à lire ce que j'avais écrit), je déclenchais au mieux un sourire complaisant, au pire un regard méprisant. " C'est quoi, ça ?"

Alors même que je ne les livrais qu'à des yeux choisis, on recevait mes démonstrations (les cahiers pleins d'histoires que je donnais en offrande) comme des gestes tantôt incongrus, tantôt pitoyables, tantôt vaniteux.
Pour qui me prenais-je donc avec mes pâles imitations ?

Un jour, une personne ou deux (je ne te remercierai jamais assez, Raphaël...) ont ouvert de grands yeux bienveillants devant un petit truc que j'avais mis au point tout seul, juste pour voir si ça pouvait marcher. Et là, j'ai découvert avec stupéfaction que ces regards ressemblaient à ceux que je portais sur mes modèles. Je me suis senti à la fois ravi et embarrassé. Est-ce que mon petit truc de rien du tout le justifiait, le méritait ?

Il m'a fallu longtemps pour me départir de mon sentiment d'indignité, me convaincre que mes petits travaux de plume avaient un intérêt.

Aujourd'hui, je sais que l'écriture n'était pas (n'est jamais, pour personne) une activité solitaire un peu suspecte. J'arrive même à la qualifier d'activité artistique – même si j'ai toujours beaucoup de mal à penser que mes textes sont de la même nature que l'interprétation d'un morceau de Gershwin par Bill Evans, une planche de Gotlib ou de Sienkiewicz ou le travail stupéfiant de la troupe de danseurs que j'ai vue il y a quelques mois  répéter sans musique et dont les figures, frôlements et respirations m'ont laissé vibrant d'émotion.

Quand j'écris, j'ai encore et toujours l'impression d'être l'adolescent qui a passé des années à essayer de comprendre et de reproduire les tours de magie (les livres) qu'il admirait puis d'inventer les siens. Je n'ai pas de mérite : j'aime ça. C'est seulement un petit tour de mon cru. Face aux géants du genre, je ne ferai jamais le poids.

Oui, je sais, un livre ça a "du contenu", ce n'est pas seulement une illusion. Oui. Et justement. Les grands livres vous restent longtemps au fond de la rétine. Les miens, qui dit qu'ils ne sont pas seulement un feu de paille ?  

Alors, chaque fois que je termine un livre, un texte, un message, j'ai envie de présenter des excuses. Pour avoir pris du temps, sollicité de l'attention, mobilisé de la réflexion (dans le meilleur des cas) - et de remercier celles et ceux qui me les ont accordés. Et aujourd'hui encore je ne pense pas qu'écrire est un "don". Je veux dire "une qualité exceptionnelle suscitant l'admiration". D'un trait de personnalité, j'ai eu la chance de pouvoir faire un mode d'expression, un outil, un métier. Ca m'a pris du temps, car c'est du boulot.

J'ai travaillé. Sans avoir conscience que chaque fois que j'écrivais quelque chose, j'apprenais quelque chose : une manière nouvelle de mettre un mot après l'autre, de raconter sans tout dire d'un coup, d'embobiner le lecteur (la lectrice…) avec mes jeux de mains (jeux de vilain), de lui en mettre plein la vue en faisant disparaître une tour Eiffel dans un chapeau ou jaillir un éléphant sous le piano.

Mettre le tour au point (écrire le livre) c'est ce qu'il y a de plus long, de plus difficile, mais une fois le numéro lancé sur la scène et le lecteur, la lectrice installés dans leurs fauteuils, les jeux sont faits. Qu'on me suive ou non jusqu'au bout, ce n'est plus moi qui tire les ficelles, le livre existe seul. 

Moi, je suis déjà de retour au sous-sol. J'essaie de ne pas penser à celles et ceux qui sont, ou ne sont pas venu(e)s regarder le nouveau spectacle ; j'essaie de ne pas guetter le son des applaudissments, de ne pas souffrir du silence ; j'essaie de ne pas me demander si je pourrai installer le prochain bouquin/numéro sur les mêmes planches, lever le même rideau, abuser du même éclairage. S'ils ne trouveront pas ça un peu trop répétitif, à la fin.

J'évite de me demander combien de temps ça durera. 

Je ne pense plus au livre – je ne peux plus rien y changer – alors, je m'échine à en préparer un autre.

En espérant produire encore quelques étincelles dans ces yeux bienveillants. Et histoire de me prouver que je n'ai pas dit mon dernier mot. Que j'ai encore de nouveaux tours à imaginer, des histoires à raconter.

Mar(c)tin



mercredi 9 janvier 2013

Ecrire/Traduire




Ecrire c'est exprimer en mots des souvenirs, des expériences, des émotions, des idées et leur donnant une forme – poésie, essai, fiction, chanson, scénario – qui restitue au plus près l'impression initiale que nous en avons eu, à l'intérieur de nous.

Ecrire, c'est coucher sur le papier quelque chose qu'on a sur le cœur ou dans la tête, pour le regarder au lieu d'en être habité et parfois rongé.

Ecrire, c'est faire passer de l'intérieur à l'extérieur ; autrement dit : opérer un déplacement – ou, comme on le dit en mécanique, ou à propos d'un véhicule : une translation. C'est un voyage dans lequel on se perd – et dans lequel on aimerait bien perdre celui ou celle qui va le recevoir. C'est trouver le mot juste pour soi et pour l'autre.

Ecrire c'est transcrire ses pensées en s'efforçant de ne pas se trahir. Et c'est difficile, et c'est facile : qui pourra dire si nous les avons modifiées, travesties, habillées ou maquillées entre le moment où elles ont éclos dans notre tête et celui où elles sont fixées sur la page ?

Ecrire, c'est organiser des mots qui n'existaient pas sous une forme qui sera conservée (les paroles s'envolent, les écrits restent, même si à l'heure de l'informatique et de l'internet, ça n'est plus vrai) et partagée.

Ecrire, c'est produire de la lecture ; c'est une activité de passeur. J'écris pour passer le mot. Et parfois, pour faire passer la pilule. J'écris pour transmettre - autrement dit, pour passer le relais au lecteur. 



D'un autre côté, traduire, c'est faire passer un texte initialement écrit dans une langue en une autre langue – en restituant au plus près la construction, les nuances, la forme du texte initial.

Traduire, c'est transformer un texte en un autre texte, pour donner accès à ceux qui ne pouvaient pas le lire dans son état premier. C'est une grande responsabilité : il ne s'agit pas de transcrire ses pensées mais celles de quelqu'un d'autre, et c'est furieusement difficile. Qu'il soit mort ou vivant, on ne peut pas facilement lui demander si c'est bien ceci, et non cela, qu'il a voulu dire. Et il n'est même pas sûr qu'on ait intérêt à le faire.

Traduire, c'est transcrire dans une langue ce que quelqu'un (le plus souvent quelqu'un d'autre, mais parfois aussi soi) a écrit dans une autre. Traduire, c'est faire passer d'un référent à un autre. C'est aussi une translation. 

Traduire, c'est se lancer dans un voyage au cours duquel on espère, si possible, ne rien perdre de ce qu'on a reçu. C'est transcrire des mots en s'efforçant de ne pas trahir leur auteur, et de ne pas tromper le lecteur qui les attend. C'est trouver le mot juste pour deux autres que soi.

Traduire, c'est reproduire un texte existant sous une forme qui n'en sera ni la réplique exacte, ni une vague imitation – afin de partager son sens et son essence, à défaut de ses sons. 

Traduire, c'est réécrire une lecture. Pour traduire avec plaisir (et mettre du plaisir dans ce qu'on écrit), il faut aimer ce qu'on lit. C'est aussi une activité de transmission, le passage d'un relais. Mais quand je traduis, je suis le relais. 

Et comment traduire sans se trahir, quand on est soi-même poète, ou écrivain ? 

Mar(c)tin 

mardi 1 janvier 2013

Ecriture 2013

Un mémoire de maîtrise sur l'utilisation des téléséries pour enseigner l'éthique
Un roman familial
Un roman de science-fiction pour les 12-14 ans
Un roman darwinien
Un ou deux essais sur le soin
Des articles sur un site santé
Des nouvelles
Une candidature à un poste d'écrivain en résidence (le second)
Un atelier d'écriture mensuelle
Un séminaire d'écriture pour étudiants en médecine
Quelques conférences à Montréal, Ottawa, Victoria, Québec
Une convention de SF (comme lecteur)
Un salon du livre (comme écrivant)
Quelques conférences par skype

Un raton-laveur ?

Il s'en fera bien quelques-uns.

Bonne année à vous toutes et vous tous, pleine de projets et d'écriture


Mar(c)tin


lundi 10 décembre 2012

Je n'écris plus - par Sophie Martinet

Ce texte m'a été envoyé en réaction " à "Pourquoi j'écris", publié sur ce même blog le 26 juin dernier. MW 



Depuis quelques mois, je n'écris plus.

Je n'écris plus parce que je n'arrive plus à trouver le moment de le faire. Le vrai moment, celui que je parvenais toujours à trouver pour écrire ne serait-ce que quelques minutes.

Je n'écris plus parce que j'ai tant écrit pour pour rien.

Je n'écris plus parce que je suis seule face à l'écriture et aujourd'hui que je n'ai plus l'âge d'avoir peur. Elle m'impressionne et me terrorise.

Je n'écris plus car à force de vouloir être digne de la littérature, j'ai renoncé à trop. Pour rien.

Je n'écris plus car on me dit que ce n'est jamais pour rien. Que l'écriture, c'est du travail, de la persévérance. Je le sais et j'ai persévéré.

Je n'écris plus parce que si écrire a su me rendre à moi-même, elle m'impose un silence qui me devient insupportable.

Je n'écris plus parce qu'un jour, une écrivain m'a dit « Je vais t'aider. Envoie-moi ton manuscrit, je le donne à lire à mon éditrice. Tu auras un retour, un avis. On l'a fait pour moi un jour, ça me fait plaisir de le faire pour toi. » Sans nouvelle d'elle plusieurs mois plus tard, je lui ai envoyé un mail. Elle m'avait oubliée et préféra me donner le mauvais rôle.

Je n'écris plus car je vis avec cette insupportable déception depuis. Non celle de n'avoir pas été lue mais celle d'avoir perdu un être humain en lequel je croyais.

Je n'écris plus car j'ai peur d'avoir honte, de ce que j'écris et de vouloir écrire.

Je n'écris plus car en ce moment, je vis très fort.

Je n'écris plus parce que je me demande si je ne suis pas plus heureuse comme ça.

Je n'écris plus mais dans ma tête des milliers d'idées, des pensées toujours en mouvement, des envies à concrétiser.

Je n'écris plus parce que j'ai balancé mes quelques petites économies dans l'envoi de manuscrits à des éditeurs qui font leur boulot et auxquels je n'ai rien à reprocher. 

Je n'écris plus mais je regarde davantage de films. Je prends davantage de temps à penser à eux, me documenter sur eux, de les laisser vivre en moi pendant que je vis.

Je n'écris plus pour ne plus me sentir inférieure.

Je n'écris plus pour ne plus avoir l'air de guetter un semblant de reconnaissance.

Je n'écris plus parce que je suis libre. 

Je n'écris plus parce que vouloir être lu, c'est une forme de prostitution. Du moins dans les yeux de certains et certaines. 


Je n'écris plus parce qu'il y a peu, j'ai rêvé qu'Annie Ernaux disait de moi que j'étais une personne indigne d'intérêt.

Je n'écris plus pour profiter de la littérature sans regret, sans envie, exceptée celle de comprendre, de sentir, de grandir...

Je n'écris plus parce qu'en lieu et place de l'écriture d'un chapitre, je pars dans les bois marcher jusqu'à la fatigue mais l'intense sensation de vivre.

Je n'écris plus parce que l'écriture, contrairement à beaucoup d'autres activités artistiques, vous laisse interdit, seule face à vos productions. 

Je n'écris plus car je fréquente quelques auteurs qui parviennent à vivoter de leur écriture. Ils possèdent ce que je n'ai pas, je n'ai pas de nom pour ça.

Je n'écris plus mais je lis. Et j'admire ce que je lis. Je me plais à lire ce que j'aurais aimé que l'on lise de moi.

Je n'écris plus parce que tant que l'on n'est pas reconnu, écrire, c'est douloureux. C'est comme cuisiner tous les jours pour des convives qui ne viennent pas. 

Je n'écris plus en me disant qu'un jour, ça ira mieux. Rien ne vaut une bonne séparation pour considérer les choses avec lucidité.

Je n'écris plus mais je parle. Des heures et des heures de discussion avec les quelques uns qui aiment ça aussi.

Je n'écris plus afin de reprendre confiance et redevenir à mes yeux et ceux des autres celle qui n'espère pas. 

Je n'écris plus pour tourner le dos à la frustration. Ne plus attendre.

Je n'écris plus pour ne plus être celle qui écrit.

Je n'écris plus pour me laisser envahir par une nébuleuse faite de lucioles qui virevoltent autour de moi sans se laisser attraper. Vouloir les saisir, les expliquer, les identifier, c'est les mettre à distance et annihiler leur pouvoir magique.

Je n'écris plus pour recevoir en pleine figure ce qui se passe.

Je n'écris plus pour lire les autres, me délecter d'une présence, d'un regard, de bras qui se tendent.

Je n'écris plus pour en finir avec la vocation.

Je n'écris plus pour abolir les barrières, pour ne plus vouloir approcher, ne plus aspirer à...

Je n'écris plus pour ne plus rêver de voir un jour dans cette vitrine ce  livre signé de mon nom. Mon nom est trop banal, ma vision trop fragile, mes mots trop en deçà.

Je n'écris plus parce que la vie, c'est pas sérieux. 

Sophie Martinet 

dimanche 2 décembre 2012

"Asimov, Perec et moi" - Conférence du 7 novembre 2012 au café Artissimo, à Ottawa (ON).

Bon, ce n'est pas un texte, mais presque.

Cet automne, j'étais (je suis encore, pour quinze jours) écrivain en résidence au Département de littérature française de l'Université d'Ottawa (Ontario).
A cette occasion, j'ai donné une série de conférences.
La première s'intitulait "Asimov, Perec et moi" et parlait des influences littéraires qui m'ont marqué, pendant l'adolescence et le début de mon âge adulte.

Voici le lien vers "Le crachoir de Flaubert", le site qui a mis cette première conférence en podcast. Attention, ça dure près de quatre vingt dix minutes, période de questions réponses incluses.

Pour vous rendre au "Crachoir de Flaubert", cliquez ICI. 


mardi 23 octobre 2012

L'enjeu de la narration



Je viens de relire un texte que j'ai lu pour la première fois à l'adolescence, et deux ou trois fois depuis. C'est une nouvelle de SF écrite par un auteur américain peu connu, Thomas L. Sherred (1915-1985) et intitulée E for Effort. Elle raconte, à la première personne, la découverte d'un appareil qui permet de filmer le passé. L'inventeur et un de ses amis s'en servent pour faire des films à grand spectacle. Ils filment d'abord les campagnes d'Alexandre le Grand, poursuivent avec la Révolution française, l'Indépendance américaine, la guerre de Sécession et, pour finir, les deux conflits mondiaux. A mesure qu'ils se rapprochent du présent, les esprits des critiques, du public et de la censure s'échauffent : ces films (qui montrent la stricte réalité) sont de plus en plus sulfureux et remettent en cause les histoires officielles. Bref : en voulant montrer la vérité – à travers des films qu'ils présentent d'abord comme des fictions – ils foutent (sciemment) le bordel sur toute la planète. Evidemment, ça ne finit pas comme ils l'avaient espéré.

Cette novella – longue nouvelle – est extraordinaire et intemporelle. Sherred – par ailleurs auteur d'un petit nombre de textes, une demi-douzaine, tout au plus – l'écrivit en 1947[1]. En la relisant ces jours-ci j'ai été de nouveau stupéfait devant sa pérennité. Car la simplicité du propos et l'insertion des personnages dans un univers familier à tous (celui du cinéma) rend l'histoire non seulement crédible et marquante mais aussi plus actuelle que Brave New World et 1984. En quelques dizaines de pages, un écrivain compose non seulement un thriller (on est happé très vite par le récit), mais aussi un texte de critique historique et sociale, une satire du cinéma et des mass media et un pamphlet antimilitariste. Les critiques et lecteurs américains ne s'y sont pas trompés : E For Effort est considéré comme l'un des textes de SF majeurs du vingtième siècle.

La novella de Sherred illustre ce que je pense de la littérature : un texte, ça n'est jamais seulement un texte. Sinon, un discours ne serait qu'un discours et nous ne verrions pas de différence entre le conte, la harangue politique, le prêche, la présentation scientifique, la réclame publicitaire, le sketch satirique et je ne sais quoi d'autre. Or, nous savons qu'il y en a.

Quoi qu'on écrive, il me semble, un texte est un engagement.

Un texte est une parole écrite pour quelqu'un. Et même pour quelques-uns. Cette parole ne peut pas être dénuée d'arrières-pensées. A moins d'être le dernier individu sur terre (ou de vivre isolé sur une île déserte) et d'être raisonnablement certain que le faire lire ne nous rapportera rien de notre vivant. C'est pour cette même raison que l'on accorde autant de valeur aux paroles des mourants, ou au testament des défunts : ils n'avaient plus rien à perdre, plus rien à gagner.

Même si l'on conçoit qu'un texte est, au mieux, altruiste – fût-ce d'un altruisme intéressé – et, au pire, manipulateur (fût-ce  "pour le bien" des lecteurs), il est légitime de penser que la plupart des textes sont situés quelque part entre ces deux extrêmes. Autrement dit : dans l'ambiguïté.

Tout texte, comme tout geste créatif, a probablement aussi pour objet d'attirer l'attention sur les qualités de celui qui le produit. Si j'écris un texte qui donne du plaisir, les lecteurs vont au moins m'être reconnaissant ; au mieux, ils vont faire lire le livre à d'autres, acheter mes autres livres, assurer ma renommée. Tout auteur – même le plus misanthrope - cherche à séduire assez pour que chaque lecteur aille jusqu'au bout du texte. C'est peut-être ce désir élémentaire de séduction qui fait de l'auteur un artiste.

Si chaque texte est une tentative artistique, alors les mots, le propos, la construction reflètent nécessairement la personnalité de l'auteur(e) – comme le trait ou le coup de burin reflètent celle du dessinateur ou du sculpteur. Rien n'est écrit au hasard. Pas une virgule n'est fortuite. Dominique Labbé, savant qui travaille sur la syntaxe, a mis au point une méthode d'analyse des textes qui permet d'affirmer que la fréquence des mots, des expressions, des tournures dans un texte constitue une empreinte caractéristique et infalsifiable de l'auteur. Il a ainsi montré que tous les discours politiques rédigés au Québec à une certaine époque, pour des politiciens de bords différents, avaient pour auteur le même homme (ce qui a été confirmé). Il a montré aussi qu'il n'y a pas de différence de syntaxe entre Emile Ajar et Romain Gary. Il a aussi suggéré que plusieurs des œuvres de Molière, et non des moindres, bruissent des caractéristiques stylistiques de Corneille. De là à penser que l'un produisait sur scène ce que l'autre écrivait... C'est une histoire très controversée, qui fait grincer des dents – parce que c'est une histoire d'engagement, de recherche de la vérité.

Quand on écrit, on se livre, on s'engage. Sinon, le texte est seulement une notice technique ou le mode d'emploi d'un aspirateur.

Depuis que j'écris, j'écris pour dire ma révolte. L'un de mes premiers textes, Je refuse… prenait pour modèle le J'accuse de Zola. Je l'ai écrit à quatorze ou quinze ans. Quelques années plus tard, pendant mes études de médecine, j'ai écrit de nombreux textes (de fiction, ou polémiques) dénonçant la violence des enseignants envers les étudiants, des étudiants entre eux, des soignants les plus gradés envers tout le monde – y compris à l'égard des patients.

Vingt ans après, lorsque j'ai inséré dans un roman (La maladie de Sachs) un tract intitulé "Nous sommes tous des médecins nazis", certains lecteurs se sont étonnés de la violence qui m'avait poussé à rédiger ce tract pendant mes études. Ca m'a fait rire : je l'avais écrit pour le livre. Mais mon rire n'était pas moqueur, c'était un rire de plaisir : leur réaction signifiait que ma révolte était aussi vive qu'au premier jour.

Pour ce qui me concerne, écrire et soigner ont toujours été intimement liés. Pas de manière consciente, bien entendu : j'ai compris ça bien après avoir commencé à écrire. Tout est parti de la lecture. Les livres me consolaient, ils m'éclairaient, ils me rassuraient. Ils étaient, en eux-mêmes, "soignants". Du moins, ceux que je lisais. Et très vite, j'ai fait la différence entre les livres qui me faisaient du bien et ceux qui me faisaient du mal. Je n'aimais pas les livres haineux. J'aimais les livres qui me donnaient le sentiment d'en sortir plus riche, mieux armé, plus intelligent. Des livres qui me confortaient dans mes espoirs et soutenaient mes révoltes.

Il en allait des individus comme des livres : certains me soignaient (me faisaient du bien), d'autres non. D'autres encore m'étaient antipathiques au point de me donner envie de leur taper dessus. Enfin, sur leurs auteurs. (Ca reste vrai, et je reconnais que c'est puéril, mais que voulez-vous, les émotions et les sentiments, ça ne vieillit pas. Quand ça s'éteint, c'est qu'on est profondément déprimé. Ou mort.)

Très tôt, j'ai aimé les livres qui racontaient une histoire et/ou m'apprenaient quelque chose. La plupart de mes livres préférés font l'un et l'autre. Ce qu'ils racontent n'est jamais gratuit : ils transmettent et partagent – des sentiments, des valeurs, des idées, des informations. Ils ne sont pas écrits "juste pour distraire". Ils sont porteurs d'un enjeu.

L'enjeu de la narration n'est pas toujours clair. Je ne savais pas quels étaient les miens en écrivant mes premières nouvelles, à l'adolescence, et mes deux premiers romans. J'écrivais dans une certaine inconscience. Ce n'est plus le cas aujourd'hui mais, même quand j'ai un projet en tête, même quand je tourne autour pendant des semaines pour délimiter exactement ce que je veux y mettre, pourquoi je veux l'écrire, ce que je veux dire, démontrer, enfoncer à coups de marteau dans le cerveau des lecteurs les plus résistants (autrement dit : ceux qui seront le moins susceptibles de me lire, car ceux qui en ont envie comprendront tout, tout de suite), je me rends compte, une fois plongé dans l'écriture (dans la narration), que j'avance au jugé. Je ne planifie plus. Le texte m'emporte, ce n'est plus moi qui commande. Je ne sais pas très bien où il va me conduire. Je sais que ça ne sera jamais comme je l'avais imaginé.

Un temps, ça m'a fait peur : est-ce que je ne risque pas de dire le contraire de ce que je veux dire, de ce que je ressens, de ce que je pense profondément ?
Et puis j'ai compris que c'était un fantasme : on ne peut pas écrire autre chose que ce qu'on est. Même si ça me déplaît, car j'imaginais autre chose, j'ai fini par admettre que je suis aussi soignant qu'écrivain : j'écris toujours pour soigner, pour rassurer, pour armer, pour faire du bien. Je sais qu'il y a bien des manières de "faire du bien" en écrivant. Pour ma part, je m'attache à exposer les mensonges, à saboter les dogmes, à dénoncer toutes les formes de terrorisme intellectuel ; je m'efforce de donner des informations libératrices ; je m'attache à raconter des histoires pour dessiner le monde tel qu'il est, tel que je nous le subissons mais aussi et surtout tel que j'aimerais qu'il soit.  

La tâche est bien évidemment vouée à l'échec. Mes livres ne changeront pas le monde, ni en mal, ni en bien. Mais échec et réussite sont choses toutes relatives. Certains livres m'ont fait du bien, soutenu, sorti de la dépression et du désespoir. Si un seul de mes textes fait du bien à quelqu'une, à quelqu'un, alors le jeu en vaut la chandelle. Il vaut que je la brûle debout, par les deux bouts.

Martin Winckler



[1] Initialement publiée dans Astounding Science Fiction en 1947, elle a été reprise dans le recueil First Person, Peculiar (Ballantine, 1972), du même auteur. En langue française, elle a été publiée en 1966 dans Fiction Spécial N°9/150 et dans un volume de la collection "Etoile Double", chez Denoël en 1984 sous le titre "La machine à filmer le temps". C'est la première version, traduite par Pierre Billon, que j'ai lue pour la première fois. Chaque fois que je l'ai relue, par la suite, c'est dans sa langue originelle.



Note du 23.10.2012 : Ce texte vient d'être publié dans un splendide numéro de la revue 303 intitulé "Ecrivain... Et à part ça, vous faites quoi ?" Il contient beaucoup d'autres textes d'écrivains, parmi lesquels Eric Pessan, Pierre Michon, Jean-Louis Bailly, et il est magnifiquement mis en page.
Je vous recommande de vous le procurer.

lundi 24 septembre 2012

A prendre et à laisser : memento pour les écrivants de fiction



1° Lisez. Beaucoup. Tout ce qui vous passe sous les yeux. Des histoires écrites, illustrées, en images. Lisez des textes longs et des textes courts. Repérez le genre d'histoire que vous aimez le plus lire, et lisez- en d'autres dans le même genre. Dépassez vos préjugés. Prenez des livres au hasard et essayez des histoires nouvelles. Vous verrez qu'on peut raconter une histoire d'amour, une enquête criminelle ou une chronique familiale de mille manières différentes et que ce n'est pas la nouveauté de l'histoire qui compte, mais la manière dont on la raconte. Tout est bon à raconter ; tout est bon pour raconter. Ne vous préoccupez pas des "qualités littéraires" annoncées ou réfutées. Le seul critère pertinent, pour le lecteur et la lectrice, c'est le plaisir.

2° Ecrivez. Beaucoup. Sur tout les sujets. Sous toutes les formes. Des textes longs et des textes courts. Ecrivez les histoires que vous auriez envie de lire, et des histoires qui ne sont pas du tout votre genre. Inventez, expérimentez, amusez-vous. Et quand vous voudrez écrire un texte "sérieux", choisissez une histoire qui vous tient à cœur et ne la lâchez plus avant qu'elle vous ait épuisé(e). N'imaginez pas qu'il faut souffrir pour écrire. Faites-vous plaisir, il y a de bonnes chances pour que ça fasse plaisir au lecteur. 

3° Chaque texte prépare le suivant. Le journal de Kafka n'est fait que de fragments. Et certains de ces fragments sont le début de nouvelles impressionnantes. Ne mésestimez pas vos textes inachevés, mais ne les laissez pas vous accabler. Ecrivez-en d'autres. 

4° Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Qu'il s'agisse de Shakespeare ou Molière, Flaubert ou Faulkner, leur inspiration venait d'ailleurs (d'un auteur, d'une légende, d'un fait-divers). Pensez aux élèves des peintres et n'ayez pas peur de copier les grands : ils l'ont fait avant vous. 

5° La parodie, le pastiche, le remake, la traduction sont des formes à part entière et de très bons exercices d'écriture. Une bonne histoire et de bons personnages ne sont pas épuisés par leur première apparition. Ni par la centième. Pensez à Job,  à Ulysse, à Don Juan, à Roméo et Juliette, à Batman. En réinventant les textes que vous aimez (et parfois ceux que vous n'aimez pas), vous apprendrez à être vous-même.

6° N'ayez pas peur de vous inspirer de la réalité. La vôtre ou celle d'un autre. Mais arrangez-vous pour qu'on ne le découvre que dix ans plus tard.

6bis : Evitez l'autofiction : vos expériences personnelles seront bien plus intéressantes en filigrane. Laissez le lecteur prendre le vrai pour le faux et le faux pour le vrai. Il vous en sera reconnaissant.   

7° Vous ne saurez jamais ce qu'est votre "style". Mais sachez toujours quelles histoires vous voulez raconter.

8° Le cœur d'un roman, c'est l'histoire. Chaque histoire appelle sa forme propre et la forme est au service de l'histoire, non l'inverse. C'est mon opinion, et je la partage. Vous êtes libre de penser le contraire. 

9° Un bon texte de fiction a toujours un début saisissant et une fin satisfaisante – pour vous au moins ; s'il vous manque l'un des deux, votre texte sera bancal. Ne commencez pas avant de connaître la fin.

10° Si vous avez une histoire épatante, ne vous mettez pas à l'écrire avant d'avoir longtemps mûri la trame (le cadre, les limites) sur laquelle, et les fils (le ton, le rythme, les ressorts narratifs) avec lesquels vous aller la tisser. Une fois la trame en place, et les fils en main, laissez l'histoire s'écrire toute seule.

11° Si vous éclatez de rire quand une idée vous vient, cette idée mérite toute votre attention. Si vous riez encore en la tournant dans votre tête, elle mérite d'être écrite. Si vous riez toujours en l'écrivant, elle mérite un livre.

12° Ne forcez pas l'écriture. Quand ça ne vient pas, faites autre chose : allez vous promener, faites une partie de cartes, sortez avec vos ami(e)s. Laissez l'écriture bouillonner à l'arrière de votre tête. Quand vous retournerez vous asseoir à votre table, elle débordera.  

13° Si votre roman-en-cours résiste, écrivez autre chose avec votre frustration et votre colère. Un article, une critique vengeresse, un pamphlet. Une lettre de rupture ou un règlement de compte. Dégommez par écrit votre pire ennemi. Quand ça ira mieux, rangez votre coup de gueule dans un tiroir et retournez à votre roman-en-cours. S'il résiste toujours, recommencez. Soyez plus obstiné que lui, il finira par céder. 

14° Ayez un autre boulot (1). Ecrire pour gagner sa vie, c'est le rêve, mais ça n'est pas toujours de tout repos : il faut écrire. Quand on a un autre boulot, on peut ne pas écrire sans mettre sa vie quotidienne en danger.

15° Ayez un autre boulot (2), il nourrira votre écriture et vous ramènera sur terre, vous le remercierez.

16° Ayez un autre boulot (3). Mais, si c'est possible, évitez de devenir prof de littérature. 

17° Ne faites jamais lire vos textes en travail à vos parents, vos enfants ou vos meilleurs amis ("ni à votre libraire", suggère Gilda dans les commentaires, plus bas). Ce ne sont ni vos critiques, ni vos lecteurs. S'ils veulent lire vos livres après publication, c'est leur droit. Ne leur demandez pas ce qu'ils en pensent ; laissez-les vous en parler spontanément, ou se taire. 

18° Vous aurez probablement envie de faire lire vos manuscrits et/ou beaucoup de vos textes à la personne avec qui vous partagez votre lit, votre salle de bains, vos repas et vos soucis d'argent. Mais ne prenez pas pour acquis qu'elle en a toujours envie. Chaque fois que vous finissez un texte, demandez-lui si elle veut le lire. Et si elle dit non, remerciez-la de vous laisser libre d'écrire et d'exister sans elle. 

19° S'il ne vous l'a pas expressément et spontanément demandé, n'envoyez jamais un manuscrit à un autre écrivain (surtout si c'est un écrivain que vous respectez). Si votre texte est mauvais, inutile de l'emmerder avec ça. S'il est bon, il y aura toujours quelqu'un pour le lui faire lire après publication. Si l'écrivain l'aime et si c'est quelqu'un de bien, il saura vous le faire savoir. 

20° Quand votre manuscrit sera terminé, choisissez soigneusement le ou les éditeurs à qui vous voulez l'envoyer. Envoyez-le seulement aux maisons dont vous lisez (vraiment) et aimez les livres. 

21° Une fois votre manuscrit posté, mettez vous à écrire autre chose. Sans tarder. Il n'y a pas de meilleur traitement à l'attente et de meilleure défense contre la frustration. 

21° Une fois que vous aurez lu cette liste, oubliez-la. Dans vingt ou trente ou quarante ans, vous aurez peut-être envie d'écrire la vôtre. En tout cas, c'est ce que je vous souhaite. En attendant, lisez et écrivez. Beaucoup. Encore. Au boulot ! 


Mar(c)tin Winckler