mardi 9 mars 2010

Brève rencontre + 1 livre, 2 - par Marina L.


Une rencontre textuelle
C’était en novembre, Marie tenait à me faire découvrir un café « Le Zimmer » à Paris.
Une fois assise, mon regard fut attiré immédiatement par un texte encadré intitulé « Désirs ». Ce texte ancien datant de 1692 aurait été trouvé dans une église de Baltimore, l’auteur est inconnu. Mon cœur palpitait en lisant ces conseils de vie avec cette dernière phrase "Tâchez d'être heureux". Le patron du café avait écrit ceci  tout bas « Ne volez pas ce texte, nous pouvons vous en donner une copie ». J’allais donc repartir avec ma découverte. Je pliai la feuille en deux et la rangeai dans mon sac. Puis, je parlai à Marie d’autres choses et du livre que je lisais « De la vie dans son art, de l’art dans sa vie » de la comédienne Anny Duperey. Je lui racontai la relation épistolaire entre cette comédienne et l'une de ses amies peintres et comment ses femmes échangèrent plusieurs années sur leur vie et sur tous les plans de leurs vies d’ailleurs.
Le lendemain assise cette fois-ci dans le métro, je repris la lecture du livre d’Anny Duperey. J’arrivais alors à la page 146. Quelle ne fut pas ma surprise ! Elle citait et reproduisait entièrement dans son livre ce même texte « Désirs » que j’avais découvert la veille dans un café ! Très amusée,  je compris alors qu’il était temps de m’interroger sur mes…désirs !
Une petite histoire vraie.
Merci,
M.L

dimanche 7 mars 2010

Brève rencontre + 1 livre, 1 - par Muchanuit

Je marche derrière elle à une vingtaine de mètres de distance.
Elle est grande , mince, serrée à la taille dans un manteau marron. Ses cheveux retombent sur ses épaules, en vagues légères. Ils sont blond-dorés. Ils bougent à chacun de ses pas. Elle marche vite, sur de hauts talons aiguilles. Elle porte au bras gauche un sac fourre-tout, jaune paille.
Le trottoir est large. Il y a peu de monde . Un homme me dépasse, puis la dépasse. Il s'est retourné sur elle puis a continué son chemin. Un autre fait de même, puis une femme qui, elle, ne se retourne pas.
Elle, elle n'a pas bougé la tête ni modifié son allure.
Un couple avec un chien en laisse arrive en sens inverse. Le chien précède le couple sans tirer sur la laisse.
Je baisse un instant les yeux pour regarder le chien, et les repose aussitôt sur les omoplates de la femme.
Mon regard s'attarde et remonte sur ses cheveux dansants.
Un homme arrive en face d'elle, s'arrête à sa hauteur. Il l'aborde. Il est de la même taille qu'elle,vêtu de noir, un chapeau noir sur la tête.
Ils se serrent la main, elle pose son sac par terre, serré entre ses deux pieds.
Je ralentis. J'arrive à leur hauteur et les dépasse.
J'ai aperçu son profil. Elle porte des lunettes à grosses montures, son front est dégagé , un peu bombé, sa peau est claire, son nez bien droit au dessus d'une bouche épaisse et très rouge. Elle porte un foulard rouge à rayures dorées que je ne voyais pas de derrière.
J'avance encore un peu, de plus en plus lentement. Je m'arrête. Je me retourne.
L'homme n'a pas bougé. La femme est accroupie et fouille dans son sac. Ses gestes sont vifs. De temps en temps elle pose sa main droite au sol, s'appuie dessus et reste sans bouger. L'homme est un peu incliné vers elle, il remue les mains. Il lui parle.
Elle commence à sortir des objets de son sac et les pose par terre. Enfin elle se relève. Elle fait face à l'homme. Elle tient dans ses mains, devant elle,un gros livre noir.
L'homme lui parle.
Elle feuillette rapidement le livre puis le referme et regarde l'homme.
Il la regarde aussi, porte sa main gauche à sa poche, en sort un revolver, le tient braqué sur la femme.
J'entends deux claquements et je ne vois plus la femme ni l'homme.
La foule forme autour d'eux un attroupement compact.

mercredi 3 mars 2010

Brèves rencontres + un livre (exercice proposé par Gilda)

J'aurais bien un petit sujet d'écriture à suggérer mais je ne sais pas trop comment le tourner.

Il s'agirait de rencontres et d'un côté fortuit. Mais avec / à cause de / grâce à / les bouquins. Ceux qu'on a avec soi ou dans la poche ou qu'on est dans un lieu public en train de lire à un moment donné et qui du fait des circonstances vont soudain compter d'une façon particulière, changer le cours des choses, nous condamner ou nous sauver ou simplement être la source d'un quiproquo, d'un gag.

Gilda


mardi 2 mars 2010

Brèves rencontres

Ce matin mardi 2 mars 2010, je prends le bus plus tôt que d'habitude pour aller à la RAMQ (la caisse d'assurance-maladie du Québec) pour faire renouveler nos cartes de sécu, à ma "gang" et à moi.

Le bus 24 est direct, il suffit que je descende au coin de Sherbrooke et Aylmer et que je descende deux rues plus bas, jusqu'au 425 Boulevard De Maisonneuve, et que je prenne mon tour. Quand je monte dans le bus, à trente mètres de chez moi, il est bourré, ce qui est inhabituel : il se remplit en général après que j'y suis monté. Mais la ligne verte est arrêtée ce matin, pour une heure ou deux. Je monte, je me serre parmi les autres voyageurs.

A la station Sherbrooke, les deux tiers descendent pour prendre le métro. Je me dirige vers le fond du véhicule : il y a une place assise et j'ai envie de lire. Une femme d'une trentaine d'années est debout, je lui désigne la place, elle secoue la tête avec un sourire.

Je ne suis pas assis depuis cinq secondes qu'elle s'approche de moi et demande : "VOus êtes Martin Winckler ?" Elle m'explique qu'elle a lu plusieurs de mes livres, qu'elle lisait "Plumes d'Ange" quand je le publiais en ligne sur le site de POL en 2002-2003, qu'elle m'a écrit, que je lui ai répondu, et que j'ai mis son nom dans les remerciements. Elle me le rappelle. Je m'en souviens, mais je ne me souvenais pas qu'elle vivait à Montréal. Elle me demande si j'aime vivre ici. Nous bavardons un moment, je lui dis que je dois descendre au coin d'Aylmer et Sherbrooke et elle dit : "Moi aussi".

Ce n'est rien, juste une rencontre fortuite, mais pendant toute la journée je me suis posé la question : quelle probabilité y a-t-il d'être reconnu, dans le bus, à Montréal, par quelqu'un avec qui j'ai dû échanger quelques messages il y a sept ans... et qui descend au même arrêt que moi. Bon, elle allait bosser, j'allais à la RAMQ.

Nos chemins se sont séparés. Mais c'était bien d'avoir partagé ça, il y a sept ans, et de faire ce tout petit bout de chemin ensemble, ce matin.

(Sourire mi-attendri, mi-ironique)

Comme quoi, on peut construire un monde à partir des expériences les plus simples...
On peut se faire un monde à partir des plus brèves rencontres.
Tant qu'on n'en fait pas une maladie...

M.

lundi 1 mars 2010

Un atelier au mont Saint-Hilaire


Le dernier week-end de février 2010, je me suis joint à un groupe d'étudiants en histoire de l'U de Montréal qui partaient en "reading week-end" dans un chalet de la réserve naturelle Gault, au Mont Saint-Hilaire (à 40 km de Montréal) sur l'initiative de Dominique Deslandres, professeur d'histoire à l'UdeM.

Le but de ces deux ou trois jours était à la fois de rompre avec la vie citadine, mais aussi de passer du temps avec des personnes nouvelles (pour les étudiants, il s'agissait de mieux faire connaissance, aussi, et de passer du temps avec des camarades). Comme une partie du weekend est consacrée aux promenades, l'autre aux jeux et activités de toutes sortes (jeux de société ou de cartes, et le vendredi soir nous avons fait une fameuse partie de "boulettes")... Dominique D. m'avait proposé de venir animer un mini-atelier d'écriture avec ceux et celles qui auraient envie de s'y mettre. 

Après une longue ballade en raquettes entre midi et 15 heures et après un casse-croûte de pain de jambon et de fromage, nous nous sommes donc assis avec des blocs de papier, des stylos et des crayons.


Je n'avais pas passé beaucoup de temps à préparer des exercices, j'ai essayé d'en proposer quatre ou cinq qui permettent une progression, les voici :

- écrire un haïku qui mentionne un élément de la nature ou du corps humain, un sentiment et l'écoulement du temps

- écrire la description d'un livre ou d'un film marquant en dix lignes à l'intention d'une personne à qui le faire lire/voir

- écrire une phrase "marquante", puis passer la phrase au voisin, qui doit ensuite prendre cette phrase comme la première d'un court dialogue, et qui doit le poursuivre (sur cinq phrases de dialogue en tout)

- penser très fort à un souvenir agréable puis le raconter, en 15 minutes, vu par d'autres yeux que les siens (autrement dit, s'il s'agit d'un souvenir auxquels sont mêlées plusieurs personne, choisir le narrateur parmi les autres)

J'en avais d'autres en tête (par exemple : décrire un roman qu'on aimerait lire mais qui n'existe pas ; imaginer un personnage historique, à un moment particulier de son itinéraire, le représenter avec un objet signifiant et décrire son état d'esprit, ses projets, ses aspirations, à ce moment précis ; etc.) mais le travail sur ces quatre courts exercices a pris trois heures, pendant lesquelles une douzaine des participantes (c'étaient toutes des femmes, à une exception près) ont travaillé d'arrache-pied, et pour certaines en luttant contre leurs résistances.

Et la confrontation des textes (que les participants pouvaient lire ou non aux autres, rien n'était imposé) a permis de leur montrer certaines choses dont je suis intimement convaincu : quand on sait lire, on sait écrire ; écrire, c'est un travail, pas un don ; dans un groupe de douze personnes, on peut se sentir proche de la manière dont plusieurs autres personnes écrivent, sans pour autant écrire exactement comme elles ; les thèmes comptent moins que le traitement du thème ; c'est le traitement (le ton, la forme, les mots, le rythme) qui est personnel à chaque écrivant

Ça m'a donné encore plus envie d'animer des ateliers, mais des ateliers de longue durée. Un atelier mensuel où je n'inviterais pas seulement les participants à dénouer leurs bloquages mais aussi à partager et à inventer des outils d'écriture, de lecture, de relecture, de correction, de construction...

Ça m'a aussi donné envie d'écrire une sorte de petit livre/atelier qui s'intitulerait "L'écriture pour tous".

"On écrit avec son désir et je n'en finis pas de désirer" (Roland Barthes)
M.

mercredi 24 février 2010

Lâcher prise


Souvent on me demande : "Comment faites-vous pour publier autant ?" (Je crois que j'ai déjà parlé de ça ici - mais j'ai la flemme de retourner tout lire, alors si je me répète, toutes mes excuses.) Comme s'il était exceptionnel d'écrire beaucoup quand on ne passe que deux demi-journées à l'hôpital, en allant de temps à autre dans une bibliothèque ou une librairie rencontrer des lecteurs, tout en menant en province (où les temps de déplacement ne sont pas ceux qu'on subit à Paris) une vie personnelle somme toute assez calme - enfin, dans l'ensemble... Elle ne l'a pas toujours été.

C'est vrai, je publie beaucoup. Mais je passe beaucoup de temps devant mon ordinateur, j'écris presque tout le temps, et jusqu'à tout récemment, j'acceptais commandes d'articles et de livres presque systématiquement.

Pendant les dix ans qui ont suivi le succès de La Maladie de Sachs, j'ai bénéficié de la confiance de beaucoup d'éditeurs, qui sont venus me proposer de publier un livre dans une de leurs collections. Il s'agissait parfois de réaliser un projet qui leur tenait à coeur et pour lequel on pensait que je serais l'homme de la situation (je pense à Super Héros, par exemple) ; parfois d'une proposition pour une collection particulière (mes romans "de mauvais genre", Le rire de Zorro, A ma bouche...) ; plus rarement (mais trop souvent à mon goût) de quelque chose de moins "spontané" : l'éditeur tenait à publier "un livre de Martin Winckler" et insistait pour que je lui donne un texte... Cela dit, je ne risquais pas vraiment de me voir embringué dans un projet qui ne me convenait pas : apparemment, personne (sauf peut être Jean-Luc Hees, à France Inter) ne s'est jamais trompé sur la nature des interventions écrites ou verbales que je pourrais faire... Il m'est néanmoins arrivé plus d'une fois de me démettre d'un projet auquel je ne voulais plus me consacrer, et de rembourser l'a-valoir.

Il m'est arrivé d'avoir une demi-douzaine de contrats à honorer dans l'année : c'est grâce à ça que j'ai pu publier près de trente-cinq bouquins entre 1998 et 2009. J'ai toujours, jusqu'ici, eu plaisir à les écrire mais je suis beaucoup plus circonspect à présent quand il s'agit de signer un contrat. Si j'ai longtemps pris tout ce qu'on me proposait, ce n'est pas par manque de discrimination, mais pour un faisceau de raisons, plus ou moins avouées, plus ou moins claires.

J'ai toujours voulu être écrivain, et le boulot d'un écrivain, c'est écrire des livres et, si possible, les publier ! J'ai eu parfois peur "de manquer" (oui, ça arrive aussi, même aux écrivains dont les livres se vendent, même quand ils ne claquent pas leur argent au jeu, aux courses ou en achetant des bagnoles ou des Rolex en platine) : après Sachs, je me suis dit  "J'ai tiré le jackpot, mais je ne sais pas combien de temps ma bonne fortune va se poursuire, profitons-en pendant que ça dure". J'ai cinquante désirs de livres et quand on me donne l'occasion de les réaliser, je saute sur l'occasion. Et puis, je dois l'avouer, j'ai du mal à dire non quand quelqu'un me propose de travailler avec lui/elle : je ressens toujours ça comme un privilège (il/elle m'a "choisi"). Et puis, il y a quelque chose d'enivrant dans le fait d'avoir dix projets en travail.

Cette ivresse (ou cette illusion) n'est pas nouvelle : j'ai remis la main sur un petit classeur de fiches perforées datant des années 60 (j'étais au lycée). Après des fiches portant les définitions de concepts philosophiques (donc, j'étais en terminale), j'y ai inscrit des listes de titres de nouvelles ou de romans en projet ou déjà écrit(e)s. J'imagine que ça peut sembler vaniteux, pour un adolescent de 17 ans, de dresser des listes pareilles, mais une écrivaine avec qui je correspond beaucoup en ce moment m'a révélé qu'elle faisait la même chose, et une jeune lectrice (21 ans) m'a écrit récemment qu'elle aussi "écrivait des milliards de trucs" quand elle était (un tout petit peu) plus jeune. Aujourd'hui, je suis donc en droit de penser que ce que certains qualifient méchamment de "graphomanie" n'est pas une illusion, une vanité ou une maladie, c'est l'expression d'une personnalité, comme l'est le fait de peindre, de danser ou de jouer d'un instrument. Et qui irait reprocher à un adolescent de passer des heures à dessiner, à répéter un pas de danse ou à apprendre un morceau à la guitare ?

Mais quand on est adulte, on n'est plus seulement censé s'adonner à une écriture effrénée, l'écriture qui (se) cherche, l'écriture qui creuse son sillon. On est censé avoir des "projets" plus posés, plus construits, plus réfléchis, plus travaillés.

C'est le cas, en tout cas en ce qui me concerne, mais la frénésie d'écrire ne disparaît pas pour autant, l'urgence de coucher sur le papier ce qui vient de me traverser l'esprit n'est pas moins grande, le rêve de voir un livre s'écrire en même temps qu'on le compose et le recompose dans sa tête n'est pas éteint. Et c'est sur cette frénésie que j'ai accroché tous les projets qu'on m'a proposés et que j'ai acceptés.

Last but not least, depuis toujours (et bien malin qui m'expliquera d'où ça vient mais merci de ne pas me balancer d'analyse sauvage, SVP), je vis dans la crainte de ne pas subvenir aux besoins de ma famille. 

On m'a considérablement culpabilisé du fait d'être brillant et de ne pas avoir besoin de bosser pour avoir de bonnes notes en classe, quand j'étais gamin, je n'ai pas réussi encore à surmonter ce sentiment et, en plus du fait de n'avoir jamais eu de travail vraiment lucratif (mon cabinet médical, quand j'en avais un, gagnait très peu d'argent : je passais trop de temps à expliquer à mes patients comment se passer de moi...) ce sentiment de culpabilité (de dette ?) explique que je me sois, parfois par nécessité, mais parfois aussi hors de toute urgence, mis sur le dos des flopées de boulots parallèles – et des interventions à droite et à gauche, pour aller rencontrer des soignants ou des lecteurs - sans être rémunéré. 

Paradoxe : je bossais beaucoup pour gagner le plus d'argent possible, et je faisais beaucoup de choses gratuitement par culpabilité de chercher à gagner beaucoup d'argent. Allez comprendre. (Non, non, pas de psychanalyse sauvage, j'ai dit !) 

Je ne regrette aucun de mes livres, et je suis heureux qu'ils m'aient permis de gagner ma vie, je regrette seulement d'avoir eu parfois des relations de médiocre qualité avec certains éditeurs (tout le monde ne peut pas se comporter avec la même rigueur et la même intégrité...). Mais parfois, avoir autant de bouquins à écrire (de copies à rendre...) et faire autant de voyages, ça s'est révélé très lourd.

Depuis que j'ai quitté la France, ma vie s'est beaucoup allégée. À bien des points de vue. Matériellement, d'abord : à Montréal, je n'ai pas de véhicule personnel, je me déplace à pied, en bus et en métro ; je n'ai pas de téléphone cellulaire et j'ai mis du temps avant de mettre ma boîte vocale en fonction ; comme je suis un nouvel arrivant, je ne reçois pas chaque jour, comme ce fut le cas naguère, des appels de journalistes qui veulent me demander mon avis sur tout et sur rien.  Mon téléphone sonne peu et quand je vais parler quelque part, c'est en ville... Ça repose. 

Professionnellement, ensuite : je ne pratique pas la médecine et je ne suis pas sûr d'avoir envie de passer des équivalences pour exercer au Québec. Je crains de ne pas avoir le niveau. (Je suis sérieux : les exigences professionnelles à l'égard des médecins sont bien plus élevées ici qu'en France.) Et si c'est pour pratiquer une médecine médiocre à temps partiel, c'est peut être pas la peine d'infliger ma personne à la société québecoise souffrante... (Bon, il y a aussi que j'ai beaucoup plus envie d'enseigner que d'exercer la médecine, à présent...)

Cet allégement de mon emploi du temps gagne aussi ma pratique d'écrivain. Au début de 2009 encore, j'avais la perspective de signer quatre ou cinq contrats pour des livres très divers. Mais depuis que je suis ici, je décline beaucoup d'offres. Peut être parce que ce qu'on me propose m'intéresse moins. Ou parce que je suis fatigué. Ou parce que j'ai le sentiment de me répéter.

Je ne sais pas si ça augure d'une modification de mon écriture et du contenu de mes livres (voire de ma disparition en tant qu'écrivain... Il faut l'envisager...), mais je sais que ça m'allège l'esprit de ne plus avoir cinquante boulots à rendre. J'ai eu à subir des dates limites de remise pendant trop longtemps : en tant que journaliste à Prescrire dans les années 80, à Que Choisir Santé et comme traducteur dans les années 90, en tant que chroniqueur et rédacteur d'essais divers dans les années 2000... Je commence à en avoir assez, de ces contraintes et de cet éparpillement - ou bien ai-je fini par faire le tour des domaines dans lesquels je voulais laisser une empreinte ? 

Toujours est-il que j'ai décidé de me focaliser sur des sujets ou des formes qui m'importent plus que jamais : l'éthique du soin, la narration et un enseignement ancré dans ce qui les lie l'une à l'autre.

Bien sûr, j'ai toujours beaucoup de projets de livres mais je suis moins enclin à les "vendre" ou à me précipiter sur le premier éditeur venu s'il me propose de les publier chez lui.

Evidemment, pour écrire "librement", il faut avoir des moyens matériels. À défaut d'être abonné aux best-sellers, j'espère pouvoir décrocher chaque année des enseignements suffisamment réguliers pour mettre du beurre dans les épinards.

Pour le moment, je n'ai rien de fixe en vue.
Et pourtant, ça ne m'inquiète pas. 
À vrai dire, ça me soulage. 
Pour trouver la liberté, il faut savoir lâcher prise. Et ne pas avoir de voie toute tracée. 

M. 

lundi 22 février 2010

Etiquette(s)

L'étiquette, c'est ce qu'on trouve sur un article. Elle donne son prix, parfois son nom, parfois sa composition. C'est aussi une définition, un jugement de valeur, en général à l'emporte-pièce. Et puis, c'est "ce qui se fait", par opposition à ce qui ne se fait pas, dans les milieux dotés de règles strictes.

Je déteste les étiquettes. Je les ressens comme une violence destinée à maintenir les individus en place, à les soumettre à une pensée qui n'est pas la leur - et à indiquer à d'autres ce qu'ils sont, sans donner ni aux uns, ni aux autres, la possibilité d'avoir une appréciation nuancée.

Au cours d'une conversation en ligne, une correspondante me parle de l'Ennéagramme, une typologie de la personnalité dérivée des oeuvres de l'ésotériste Gurdjieff.

Je consulte des sites parlant de l'Ennéagramme, et surtout des "types" de personnalité qui y sont décrits. Je vais même jusqu'à faire un test qui indique que je suis... un "type 2" (un altruiste, un soignant, voyez-vous ça !).

A première vue, c'est tentant, c'est rassurant de se voir ainsi "reconnu" dans ses caractéristiques. Et puis en y réfléchissant, ça devient gênant, aussi gênant que l'horoscope qu'une patiente fit un jour pour moi, ou le "thème astral" à mon nom que j'ai découvert un jour sur un site internet. Finalement, je trouve ça assez difficile à supporter...

Parce que je déteste les étiquettes. Qui ne peuvent en aucun cas définir, voire même résumer de loin la complexité de la vie humaine, de la personnalité, des actes et des pensées, des espoirs et des accomplissements.

Est-ce que je suis vraiment plus "altruiste" que "curieux" ou "esthète" ? Le test indique que j'ai beaucoup de points communs avec ces deux là (le caractère "altruiste" ne les coiffe au poteau que de peu).

Ce qu'on est, est-ce que ça se résume aux étiquettes qu'on met sous ma photo ou une notule biographique ou un CV ? Non, bien sûr.

On est juste obligé d'avancer avec des définitions approximatives, contextuelles :
"Mon bébé, l'aîné de mes garçons, mon fils étudiant en médecine, mon (ex-)mari, mon père, mon docteur quand je vivais à Joué L'Abbé, mon amant d'un temps, un de mes plus vieux amis, le prof qui m'a donné le cours d'éthique clinique l'an dernier, un des chercheurs du CREUM, le type qui m'a empêché de me jeter sous le métro, l'auteur de La maladie de Sachs/des bouquins sur les séries/du livre sur la contraception, un Français qui vient d'immigrer, le connard manichéen et démagogue qui nous a fait chier avec ses grandes déclarations sur les soi-disant violences que toutes la profession médicale ferait aux femmes, la grande gueule qui nous a pompé l'air quand il causait dans le poste sur France Inter et donnait des leçons à tout le pays. Un mec."

Mais j'ai fait mienne la revendication du Numéro 6, le personnage de The Prisoner : 

 I will not be pushed, filed, stamped, indexed, briefed, debriefed or numbered.  

Alors, si j'avais à me définir, je le ferais à chaque instant, comme ceci :

Il est 6h59, je suis réveillé depuis deux bonnes heures, j'ai The Swingle Singers dans mon casque (ils finissent leur interprétation de "Blackbird") j'ai envie d'un café mais la machine fait du bruit et je ne voulais pas réveiller tout le monde, j'ai un peu mal au dos et un fond de heartache, je pense à ma matinée au CREUM et aux trois ou quatre livres que j'écris en même temps, (Jane Monheit murmure "Blame it on my youth"), il a neigé hier mais il a fait beau et j'espère qu'il en sera de même aujourd'hui, je me demande ce que je vais lire dans le métro tout à l'heure, faut que je pense à aller chercher le paquet à la poste, j'espère que j'aurai un signe.


M.

jeudi 18 février 2010

Merci à la vie (Exercice n°10, 11) - par LyJazz



Merci à la vie

Parce que j'ai toujours pensé, au fond, que j'écrirais, que je pourrais écrire, quand et seulement quand j'aurais suffisamment vécu pour que mes expériences forment une sorte de terreau.
Me voilà à l'âge où j'ai assez d'années pour dire que j'ai de l'expérience (dans plusieurs domaines) et toujours envie d'apprendre et de m'améliorer, où je suis assez jeune pour avoir des enfants petits.
Très important les enfants. Pour la force de vie, pour la puissance, pour l'expérience quasi chamanique de la naissance et de la communication avec un bébé. Si, j'insiste, Me Badinter....
Bref, je me sens apte à écrire. Enfin. Faire prendre corps à ce rêve d'enfant. Me donner le droit. Légitimer cette envie. Laisser sortir les mots.
Merci à mes amis qui ont su me donner assez de confiance en moi et ma sensibilité, ma vision, ma façon d'agencer les mots, pour que je me sente apte.
Parce que, quand on parle d'écriture, c'est très souvent le trou noir chez l'interlocuteur, qui prend ça, au mieux, pour une loufoquerie, un pensum, un devoir scolaire, au pire comme de la pédanterie. Ou qui est de suite rattrapé par une incapacité, se sent inférieur. Ou qui ne comprend pas, qui ne lit pas. Qui peut être goguenard, méprisant. Jamais dans le bon mood, quoi. Donc, je n'en parle pas.
Maintenant je le fais.
Alors merci à Aigue Marine pour m'avoir dit « derrière ton objectif il y a une plume ».
Merci à Fab pour m'avoir dit «J'ai lu ton texte avec une émotion très particulière et étrange ! Tu as écrit précisément ce que j'ai moi-même ressenti, c'est comme si tu avais mis sur le papier les mots précis que j'avais dans la tête...
Wow !  si tu as encore des textes, je les lirais avec plaisir ».
Merci à Sophie pour m'avoir dit « ça me touche ce que tu as écrit. Il y a des personnes comme toi qui se doivent d'écrire, de continuer. C'est un texte que je garderais, et pourtant je fais beaucoup de vide, celui-là je le relirais. »
Merci à Marin de m'avoir dit qu'il adorait mon univers.
Merci à Mar(c)tin de nous donner cet espace, qui est devenu un morceau de mon tissage.
En fait j'aime les débuts. Celui-là me semble un bon début. Faudra que je trouve les ressources pour continuer. Je crois que je peux le faire.
Merci à ces écrivains qui m'ont formée et accompagnée.
Ella Maillart qui me guide toujours ….et c'est super je viens de trouver deux personnes qui l'aiment et la connaissent, c'est si rare !
Marguerite Yourcenar parce que Zénon est aussi mon guide. « Plaise à Celui qui Est peut-être de dilater le cœur humain à la mesure de toute la vie. »
André Breton qui parlait et laissait parler si bien Nadja, dont je me récite souvent des passages. « J'ai pris, du premier au dernier jour, Nadja pour un génie libre, quelque chose comme un de ces esprits de l'air que certaines pratiques de magie permettent momentanément de s'attacher, mais qu'il ne saurait être question de se soumettre...  j'ai vu ses yeux de fougère s'ouvrir le matin dans un monde où les battements d'aile de l'espoir immense... »
Haruki Murakami, Tarun J Tejpal, et tant d'autres !

mercredi 17 février 2010

Merci "Les gens d'ici" (Exercice n°10,10 ) - par Serge A.




Vers huit heures moins le quart il y a bien longtemps  mon père regardait L’homme du Picardie.
Puis, à cette heure c’est normal, la télé pendant longtemps nous avait servi de la soupe.
Merci à Antenne 2 en ce mois de septembre 1981
Une émission de télévision qui prend son temps.
Merci à Pierre Desgraupes pour ce petit quart d’heure quotidien à 19 h 45.
Une émission qui laisse la parole aux gens, sans les guider, sans les trahir.
Merci à Philippe Alfonsi, Patrick Pesnot et Antoine Gallien.
Une émission qui donne à écouter et à entendre, à regarder et à voir.
Merci à ces  gens de peu qui parlent.
Une émission qui nous parle de nous.
Merci à ces gens qui ont  tant des choses à dire.
Une émission qui respire le respect des gens…
Tout le contraire de la télé réalité et des talk show …
Merci la télévision pour nous avoir laissé entrevoir ce qu’aurait pu être une autre télévision.
Merci pour Les gens d’ici.

dimanche 14 février 2010

Est-ce que ça change quelque chose ?

Ce texte est pour Clara & Olivia & L. 

Je relis un texte écrit il y a trente ans dans mon journal.
Ce texte me paraît à la fois familier et étranger. Je sais que je l'ai écrit mais je ne me rappelle pas l'avoir écrit. Je ne me rappelle pas son contenu non plus : il me surprend. Et pourtant, j'ai relu mon journal à plusieurs reprises depuis trente ans. Je l'ai même parfois donné à lire et, chaque fois, celle (c'était une femme, chaque fois) qui l'a lu m'a fait remarquer des choses que je ne savais pas (ou que j'avais oublié) avoir écrites.

Si je transcris ce texte sur un écran d'ordinateur  puis, plus tard, sur une feuille, il semble encore différent, même si je n'en ai pas changé la moindre virgule. (Mais il est difficile de ne pas changer ne serait-ce qu'une virgule à un texte qu'on réécrit : en le relisant une nouvelle fois, on y voit des aspérités qu'on n'avait pas perçues aux lectures précédentes. Je ne suis pas le même lecteur que les fois précédentes.)

Quand je relis mon journal, je constate (ça a toujours été le cas) que j'ai deux écritures. L'une d'elles est verticale, l'autre penchée vers l'avant. En première approximation, je suis tenté de penser que la seconde est celle de l'urgence, la première celle de la réflexion, mais ce n'est ni aussi simple, ni aussi clair à identifier dans les textes eux-mêmes. Aujourd'hui, trente ans et quelques acquisitions scientifiques plus tard (sur le fonctionnement du cerveau, en particulier), je serais presque tenté de penser que les deux écritures traduisent un état émotionnel différent au moment où j'écris, et non un état intellectuel de "premier jet" ou de "texte réfléchi". Là encore, je regarde mon écriture d'un oeil différent. La question que je me pose alors, coule de source : j'écris très peu à la main (quelle perte de temps : il faut tout recopier !) ; comment, alors, lire, aujourd'hui un texte dont la composition ne met en jeu ni les mêmes outils (ordinateur plutôt que papier et crayon) ni les mêmes muscles et neurones (ceux qui guidaient ma main droite fermée sur le stylo, ceux qui commandent les dix doigts des deux mains quand je tape), ni peut être les mêmes circuits cérébraux du langage (est-ce qu'on utilise les mêmes circuits pour taper et écrire ? Rien n'est moins sûr !) et qui, de plus, font disparaître la distinction entre mes deux graphies ?

Tout a changé.

Ma position pour écrire  : je suis assis, calé dans un fauteuil soigneusement choisi, les avant-bras posés sur des bras de fauteuil à la bonne hauteur, et seules mes mains et mes poignets bougent. Je fixe un écran installé à soixante ou soixante-dix centimètres de mes yeux. Quand j'écrivais dans mon carnet, j'étais penché sur une page posée horizontalement, je m'appuyais sur mon avant-bras gauche et le bras droit arpentait la page. Et je pense que j'étais plus près.
Est-ce que ça change quelque chose à mon écriture ? Certainement, mais quoi ?

L'endroit où j'écris : en cet instant, je suis installé dans la salle commune de l'appartement montréalais, tout le monde bouge autour de moi, l'un des enfants est à l'ordi familial à ma gauche, un autre devant la télé à ma droite, il y a du bruit dans la cuisine à l'autre bout de la grande salle qui occupe les deux tiers du logement... Mais je pourrais être assis à mon bureau au CREUM, devant l'écran du mac sur lequel j'ai composé "Le Choeur des femmes" et presque tous les textes que j'ai écrits depuis. Et parce qu'on est dimanche, et parce que je vais certainement poster ce texte aujourd'hui, il ne fera pas partie du lot.
Est-ce que ça change quelque chose à l'écriture de ce texte ? Certainement, mais quoi ?

L'âge que j'ai : chez l'être humain, la partie la plus "humaine" du cerveau, le cortex préfrontal, qui est le centre de la réflexion, n'en finit pas de mûrir de la naissance à l'âge de 20 ou 25 ans. Quand j'ai commencé à écrire, j'avais dix ou douze ans. A vingt-deux (âge où j'ai commencé à tenir un journal régulier), cette croissance n'était pas terminée. Trente trois ans plus tard, j'ai le sentiment d'être arrivé à une sorte de "vitesse de croisière" de ma pensée quand j'écris (je n'ai pas le sentiment de décliner ou de penser moins rapidement qu'à vingt ans, mais "mieux", alors c'est plutôt agréable) mais est-ce que ça change quelque chose à mes émotions ? Apparemment non : je retrouve dans mon journal les mêmes colères, les mêmes interrogations, les mêmes émotions confuses et le même sentiment amoureux que je ressens aujourd'hui. Alors, si ça change quelque chose d'avoir cinquante-bientôt-cinq ans plutôt que vingt-deux, qu'est-ce que ça change ?

Mon expérience : je sais (enfin, je crois savoir) beaucoup plus de choses qu'il y a trente ans -- et puis, si, réflexion faite et toute fausse modestie mise à part, j'en sais beaucoup plus, et surtout j'ai un savoir-faire infiniment plus grand, et je peux le vérifier : très tôt, à l'adolescence et peut-être même avant, je recevais des confidences aussi surprenantes que les personnes qui me les faisaient. Mais ces confidences, je ne savais pas quoi en faire. D'abord, je me suis contenté de les écouter et de poser des questions un peu naïves. Ensuite (quand je suis devenu médecin), j'ai voulu intervenir comme sauveur dans les événements de vie tragique qu'on me décrivait - et je me suis rendu compte que d'abord ça n'était pas ce qu'on me demandait, ensuite que mes interventions, mes suggestions, mes certitudes pouvaient avoir un effet désastreux. Plus tard, le Balint et le temps aidant, je me suis rendu compte qu'il y a un temps pour chaque chose : écouter, poser des questions, faire des suggestions interrogatives et, ensuite, le cas échéant, apporter ma contribution quand on me la demandait - et encore, pas toujours : il y a bien des situations dans lesquelles il est bien plus utile de laisser l'autre prendre les choses en main seul(e), en lui laissant entendre simplement qu'on le soutiendra moralement.
Tout ça change certainement quelque chose à mon écriture. Mais quoi ?

Mon état émotionnel de l'instant : si je retraçais l'année écoulée (du 11 février 2009, date de mon arrivée à Montréal, au 14 février 2010, ce jour de la Saint-Valentin) en ne parlant pas des faits, mais de l'itinéraire en montagnes russes qu'ont parcouru mes émotions, je pourrais le décrire de la manière suivante : un sentiment de liberté et d'euphorie ; un lent retour à une tension anxieuse ; une période de stimulation intellectuelle soutenue ; une explosion émotionnelle, intellectuelle, onirique ; une période de tristesse intense mêlée d'un désir profond de sortir de cette tristesse ; et, aujourd'hui, la sensation de courir, tantôt euphorique et tantôt douloureux, comme un marathonien qui sait qu'il a peut être une fracture de fatigue (mon pied me fait mal, mais comme je plane, ça ne me gêne pas...) mais qui n'a pas l'intention de s'arrêter avant d'avoir atteint son but, et qui ne se demande pas combien de kilomètres il lui reste à parcourir : il verra bien en arrivant dans la dernière ligne droite, et c'est à ce moment-là qu'il ne faudra pas flancher.

Je sais que ça change quelque chose à mon écriture, car chaque événement, chaque personne qui me touche me change, et parfois plus profondément encore que je ne le crois au moment où cela survient.

Ce qui ne change pas, c'est que j'écris et que l'écriture, même si ce n'est pas immédiatement lisible, exprime dans toutes les nuances et les incertitudes la personne que je suis et deviens au contact de l'autre.

M.

dimanche 7 février 2010

Merci les gens... (Exercice n°10, 8) - par Zelapin bis

Merci les gens, les gentils, les méchants, les autres aussi / exercice d'écriture n°10
(par zelapin)


Merci Pierre Desproges,
Greg,Jacques Bodoin (qui s'en souvient?)
Gaston Lagaffe et Franquin,
Spirou, Pilote, le Canard Enchainé,
Merci encore et toujours Gotlib,
C'est un vrai bonheur que de vous avoir eus pour éveilleurs d'humour.
(Même si c' était principalement comme lecture aux chiottes.)

Merci Mireille Mathieu, Michèle Torr et Jaïro de n'avoir jamais fait partie de la discothèque familiale,
Mon oreille est plus sûre, mon rythme moins hésitant
De ne vous avoir croisés que chez mes grands-parents,
Dans la petite lucarne, invités de Marithie et Gilbert Carpentier.

Merci aux vagues, au sel, aux dépressions,
Ici et très au sud, dans les Flandres et le froid,
Merci le vent d'avoir poussé mon aile
Et celles des autres avec qui c'était si bon d'être sur l'eau.

Merci à mon petit noyau (qui se reconnaitra)
Si dense, si lourd, si intense
Et si dur, mais tellement là,
Tellement mien, pour toujours. (je vous aime)

Merci les méchants, les cons, les pas sympa,
Grâce à qui je peux définir ce que j'apprécie, ce que je ne veux pas,
Pas être, pas faire, pas penser.
Vous avez autant le droit que moi de vous construire en négatif (mais pas uniquement).

En gros, merci à tout le monde,
Mais faut pas déconner,
Tout le monde n'est pas n'importe qui,
Pas les grands magouilleurs, pas les grands détesteurs,
Pas les spéculateurs, les lèche-bottes, les faux-culs,
Ceux qui ne doutent pas, qui savent d'où vient le monde,
Et où ça finira.

Merci.
Pardon.
S'il vous plait.
Bonjour.
Au revoir.
Adieu (et quand on ne croit pas, à/jenesaispas?).

vendredi 5 février 2010

Mercie Maman (Exercice n°10, 7) - par Salomé

Mercie, Maman pour le colier avec le scarabé bleu que tu m'as donner, s'est tré joli, mercie de penser à moi. Je t'aime maman. J'aispaire que ce nouvau meussieu est jantil avec toi et qu'il va te donné beaucou d'arjan comme ça tu poura m'acheté des chausure. Revien vite Maman je panse beaucou a toi. T'inquiette pas, je sé me débrouillé pour manger et le papa de Clothilde va m'amené à l'école et je serai sage. Je vé aussi prendre ton pull pour dormire et puis le scarabé et je maitrai la petite lumière et je vé bien fermer la porte. Mercie maman, je t'aime tré fort, je panse à toi pour tous l'or du monde. Sofia.

mercredi 3 février 2010

Merci Monsieur Gracq (Exercice n°10, 6) - par Laura

Merci Monsieur Gracq,

pour les émotions données à la lecture de vos livres

d’avoir ouvert un carrefour où poésie, géographie, histoire ont su se rencontrer et créer une littérature que l’on se plait à arpenter

pour ces Carnets du Grand chemin où je m’évade régulièrement

d’avoir eu les sens aux aguets et d’avoir su dans le regard que vous posiez sur le monde en donner son essence

pour ces romans envoutants où je suis allée errer

d’avoir été fidèle aux lieux, aux chambres vides, aux lisières, aux eaux stagnantes

pour les silences d’une vie qui vous appartient

d’avoir marché le long des eaux étroites, autour des sept collines, et sur les grands chemins

pour l’intensité révélée dans la densité de l’écriture

d’avoir fait de moi une lectrice nouvelle au travers de ces livres qui me sont autant de lettres par vous adressées et que je reçois comme une respiration

pour l’intégrité de l’homme que vous avez su être

d’avoir offert des seuils où se rencontrent les échos

mardi 2 février 2010

Merci la mer (Exercice n°10, 5) - par Jo Alouest

Parce que tu es belle, lumineuse et changeante.

Parce que c'est à ton contact que j'écris le plus librement.

Parce qu'il n'y à que lorsque nous sommes seules que je n'ai pas honte de chanter à tue tête.

Parce que depuis toute petite, c'est auprès de toi que je me sens le mieux, que je me sens vivre.

Parce que tu ne m'a jamais malmenée, même lorsque tu bouillonnais de colère, mais que je ne pouvais m'empêcher de te rejoindre.

Parce que tu n'as jamais cafté lorsque je filais en douce te retrouver, la nuit, pour m'endormir en écoutant ta berceuse lancinante.

Parce que sous la pluie, tu es drôle et brillante.

Et que sous l'orage tu deviens féérique.

Parce que tu es mon « autre mère », mon repère, mon oxygène, mon horizon.



Parce qu'où que j'aille, quand je te retrouve, c'est la première fois.

Parce que lorsque tu t'éloignes, c'est pour mieux revenir.

Parce que j'aime ta solitude.

Parce que quand je te rends visite avec les enfants, tu as toujours une surprise pour eux.

Parce que tu sculptes de jolies choses.

Parce que tu sais même adoucir les éclats de verre.

Parce que tu sens bon.



Parce que plonger dans tes rouleaux, ça me nettoie la tête de toute tristesse, de toute rancoeur.

Parce que j'adore faire la planche quand tu est calme et que seules tes vaguelettes décident de mon parcours.

Parce que j'aime observer les dessins que forme ton sel sur ma peau en séchant.

Parce que laisser glisser ton sable entre mes doigts en t'écoutant m'apaise.

Parce que j'aime te chercher des puces et jouer à celle qui saute le plus loin.

Parce que je raffole de tes poissons, surtout crus.



Pour l'ambiance de la criée.

Pour les couleurs des chalutiers.

Pour les colliers de coquillages et les galets.

Pour les falaises, les jetées, les dunes, les plages, les estuaires et les marais.



Pour les mouettes, les cormorans, les goélands, les albatros, les macareux, les pingouins, les sternes et les fous de Bassan.



Pour les bulots, les huîtres, les coques, les palourdes, les couteaux, les praires, les coquilles Saint-Jacques et l'encornet.

Pour les moules marinières, les éclades et les mouclades.

Pour les crevettes, les crabes, les langoustines et les homards.



Pour tes étoiles, les raies, le regard des dauphins, la beauté translucides des méduses.

Pour les couchers et les levers de soleil.

Pour les étoiles du ciel qui se reflètent en toi.

Pour tes vagues, tes algues, ton sel et tes grandes marées.



Mais aussi pour les châteaux de sable et pour m'avoir appris à nager.





Je voulais te dire « Merci ».

lundi 1 février 2010

Merci Seigneur (Exercice n°10, 4) - par Muchanuit

Merci Seigneur

merci seigneur
merci le père le fils et le saint-esprit
merci notre père qui êtes aux cieux
merci Maréchal nous voilà, que nous avons salué chaque matin dans la classe de madame Varot
que chaque matin madame Varot nous disait c'est le papa de tous les petits français
moi je l'avais mon papa
merci seigneur de m'avoir donné deux papas
des mamans pourquoi tu m'en as pas donné deux aussi
la deuxième aurait été encadrée à côté du Maréchal dans la classe de madame Varot
merci madame Varot
tu as dit merci au monsieur madame Varot? il faut dire merci au monsieur madame Varot
trop tard ?
jamais trop tard pour dire merci
moi je dis bien merci

merci seigneur
merci seigneur pour tout le mal que tu m'as fait
merci seigneur pour tout le mal que tu me fais
merci seigneur pour tout le mal que tu nous fais
merci seigneur pour tout le mal que tu nous feras
à nous pôvres pécheurs
aujourd'hui, demain et jusqu'à l'heure de notre mort
et in secula seculorum.

dimanche 31 janvier 2010

Merci, Docteur G. (Exercice 10, n°3) - par Marie

S., le 29 janvier 2009

Chère Dr G.,

Ma mère m’a annoncé votre décès lors de son dernier appel téléphonique. C’est ainsi que je suis tenue au courant des dernières nouvelles depuis que je vis à l’étranger : son cancer du sein, la naissance d’une nouvelle nièce, les fiançailles de mon frère... Cette fois-ci, entre le dernier exploit de ma filleule et la vague de froid qui s’abat sur la France cet hiver : « tiens, au fait, j’ai une nouvelle qui va sûrement te faire un peu de peine, et bien, tu sais, Dr G., elle est décédée, ça fait quelques semaines déjà, il faut dire, elle n’était plus toute jeune, elle était malade je crois...»

J’étais émue, comme si une partie de mon enfance disparaissait avec vous. Vous étiez malade ? Qui s’est occupé de vous? Vous qui avez consacré votre vie aux autres; vous, sans mari ni enfant, prenant soin de votre mère âgée, après vos interminables journées de travail ? J’aurais aimé à mon tour être votre médecin. Après tout, n’aurait-ce pas été le meilleur moyen de vous dire merci ?
Merci pour m’avoir donné l’envie dès mon plus jeune âge de devenir docteur. Enfant, j’étais fascinée par ces instruments insolites que vous sortiez de votre mallette lorsque vous veniez à la maison, et à peine étiez-vous repartie que je tentais à mon tour d’examiner la gorge de l’un de mes frères. Adolescente, je voulais devenir médecin généraliste, toujours à l’écoute comme vous, pour aller soigner chez eux la grand-mère, son fils et le dernier-né d’une même famille et les accompagner tout au long d’une vie. Plus tard, lors de mes premiers pas à l’hôpital, vous avez calmé des angoisses que peu de personnes autour de moi comprenaient. Merci.
Tout le monde ne vous appréciait pas autant, certains vous trouvaient parfois un peu dure. De temps en temps, le souvenir de vos années en Afrique devait vous faire trouver bien insignifiants certains soucis des cadres de notre banlieue favorisée de l’ouest parisien. Mais vous étiez toujours disponible et attentive quelle que soit l’heure ou le jour, compréhensive, sachant créer un apaisant climat de confiance, trouvant toujours un prétexte pour, sans l’humilier, ne pas faire payer une personne qui avait peu de moyens.
Lorsqu’à la fin de mes études je suis partie travailler dans un dispensaire en Afrique, c’était peut-être une façon de marcher dans vos traces.
Je ne suis pas devenue le médecin de famille que j’imaginais : je suis maintenant spécialiste à l’hôpital, mais dans mon domaine, le premier motif de consultation est la douleur et «mes» (comme si ils nous appartenaient !) patients souffrent de maladies chroniques qui m’amènent à les suivre de façon régulière, et donc tisser ces liens particuliers qui sont ma raison d’être médecin. Je suis encore jeune et quand par manque d’expérience je ne sais comment réagir dans certaines situations, je me demande «qu’aurait-elle fait ou dit ?»

Ma timidité m’a empêché de vous adresser ces remerciements de vive voix, mais vous étiez croyante et je suis sure qu’ils vous parviendront là où vous êtes maintenant; je vous entends déjà, gênée par votre modestie, me répondre avec votre rire franc «voyons, voyons, je ne faisais que mon travail...!»

Marie

samedi 30 janvier 2010

Merci Patricia (Exercice n°10, 2) - par Gilda

Bonsoir Patricia,

Si longtemps déjà que "People who knock on the door" est à mon chevet, à tous les sens du terme, et que je n'ose pas. 26 ans, je crois, bientôt 27. À l'époque, je n'imaginais pas qu'on puisse écrire à ceux qui écrivaient. Ma planète s'appelait banlieue et à peine Paris, mais seulement pour les cours, dormir et potasser. Ceux qui créaient les livres habitaient une autre galaxie. Il n'existait pas encore l'internet pour les communications interplanétaires. De toutes façons j'aurais craint de déranger. Je ne remercie pas mes parents d'avoir ajouté à une forme de timidité naturelle, trois surcouches (in)dé(lé)biles de principes d'effacement.

Il tombe que comme Arthur, j'étais quelqu'un qui étudiait sérieusement. Les étudiants sérieux ne sont pas du bois dont on fait ordinairement les héros de roman. Comme lui j'avais trouvé le grand amour du premier coup et qui m'avait quitté ainsi que le fait Maggie envers lui. Et une structure familiale qui présentait certaines similitudes, quoi que non religieuses, avec celle dont il souffrait. L'identification avait fonctionné plus qu'avec aucun autre. Au point de m'aider au plus noir du chagrin d'amour : oui il est normal de n'en plus pouvoir manger sinon de façon fractionnée, oui il est normal d'être à ce point abattu. C'était mon premier, je n'en savais rien.
J'ai acquis depuis une certaine expertise.

Ce n'est qu'à mesure que je m'approchais de l'écriture que j'ai compris combien au delà d'un récit et de personnages qui me tenaient à cœur, se trouvait une œuvre, un travail remarquable d'équilibre narratif. Cet art de distiller les quelques détails nécessaires à la vie d'une scène, jamais un de trop, le respect des personnages, jusqu'aux plus secondaires et qu'ils soient issus du quotidien et que ce soit ce qui advient qui mérite transmission. Et enfin votre humour à froid, jamais insistant.

Depuis fort longtemps je n'ai plus l'âge d'Arthur, mais ma vie n'est qu'un éternel recommencement, et je n'ai jamais su me départir ni de mon sérieux au travail ni de mon engagement profond dès qu'il s'agit de sentiments, alors je suis revenue vers lui souvent.
Ces derniers jours, j'ai dû à nouveau le retrouver. J'ai beau connaître à force certains passages par cœur (1), la magie opère : votre écriture possède l'efficacité calme qui fait qu'on y est.

Au fil des ans, à mesure que dans nos sociétés le conservatisme reprend le dessus le côté militant me séduit davantage. Pour ça aussi votre livre offre apaisement.
Il n'y a qu'au 11 septembre 2001 (2), à la mort de mon père, et quand l'amie, mon âme sœur, m'a quittée qu'il n'a rien pu faire. C'est peu en 26 ans.

Il était donc plus que temps que je vous dise merci. Je profite que ce soir un messager de luxe s'apprête à vous rejoindre pour le charger de transmettre. Je sais qu'il voudra bien. Mon «Shoe Repair» à moi s'appelle L'Attrape-Cœurs.

Be seing you
some grateful Gilda

(1) Hélas pour ma vie amoureuse.
(2) Vous n'étiez pas là, je vous expliquerai.

vendredi 29 janvier 2010

Merci Julien (Exercice n°10, 1) - par Tutim

Le 22 juin 2009,


Cher Julien,

Je me rappelle exactement de la première fois où j’ai entendu vos chansons. A cette époque, je me baladais toujours avec un sac à dos orange rempli de grands classeurs et des feuilles doubles à petits carreaux. Ce jour-là, j’étais à la Fnac pour acheter un manuel d’histoire et votre album était en écoute. Une histoire de parents que j’ai trouvée très drôle. Je suis repartie avec votre CD et celui de Carla Bruni. J’avais du flair. Elle est devenue Mme Sarkozy. Et vous, vous êtes devenu la mélodie de mes révisions. Et de la suite. Aujourd’hui, des années après, je vis dans un autre pays et je parle une autre langue. Ben, sur mon iPod, c’est encore vous.
Nous, on a l’impression bizarre de vous connaître. Et puis vous, vous connaissez simplement le public dans l’obscurité des théâtres, ses rires, ses phrases en l’air, ses applaudissements et ses remerciements rapides pour ceux qui attendent et vous rencontrent. Moi, devant vous, je me suis bien sentie bien cruche. Faut dire que je ne m’attendais pas à vous voir débarquer. J’ai pas vraiment cru les autres quand ils m’ont dit « mais si attends, il sort toujours. ». Alors quand je vous ai vu, tout sourire, j’ai perdu mes mots. J’ai oublié les jolis mercis qui s’étaient bousculés dans ma tête pendant toutes ces années. Je vous ai juste dit « je peux avoir une photo ? ». Alors j’ai préféré vous écrire pour vous dire le reste.
J’ai grandi avec votre musique. J’ai rêvé avec vos histoires. J’ai réfléchi avec vos paroles. J’ai rencontré vos personnages. Je les ai souvent vu se répondre sans s’entendre. J’ai écouté vos mots dessiner ces atmosphères serrées, ces moments privilégiés, ces aventures comme le quotidien. J’ai voyagé.
Je vous ai écouté sur mon discman en prenant de grandes décisions. Et puis, il y a eu les fois où je m’endormais, où je lisais, où je regardais les visages bleus incandescents en filant à travers la nuit dans le métro aérien, les fois où je déambulais, les fois où j’étais pressée. Et puis il y a eu les fois où j’ai écrit. Ecrit. Ecrit. Pendant tout ce temps, le rythme de vos mots, la justesse de vos formules et l’éclat de vos décors ont tournoyé autour de moi.
Vous touchez d’un doigt délicat l’enchanté du quotidien. Vous êtes très drôle mais vous n’êtes pas de ceux qui ont besoin de se moquer pour amuser. Non, vos mots à vous observent sans juger. Vous montrez l’absurdité des modes et la petitesse du trop.
Vous n’avez pas la folie des grands mots. Bien au contraire, vous semblez les aimer pour ce qu’ils sont et vous les choisissez avec humilité. Pour n’exclure personne. Pour offrir des tableaux pudiques et touchants.
Vous n’en dites pas trop. Et c’est certainement là votre plus grand talent. Vous jetez votre dévolu sur un détail ou deux qui parlent pour toute la scène. L’intonation de la mélodie donne le paysage. Et on y est. Oui, on y est tout à fait. A New York ou au Festival d’Avignon. Vous avez le sens de la mesure. Vous êtes précis sans avoir la prétention de vouloir couper court à l’imagination de ceux qui vous écoutent. C’est une générosité rare chez les artistes.
Et puis il y a d’autres choses.
Merci pour Tours en juin. On a vécu un moment de grâce.
Vos chansons me rendent heureuse. Alors, je me permets d’emprunter son expression à ce metteur en scène auquel vous faites si souvent référence, même si je ne prétends que de ma main, elle ait le même poids. Je voulais vous dire, Julien, vous êtes un chanteur très bien.

jeudi 28 janvier 2010

"Merci" (exercice d'écriture n°10) - par Ornella N.

Les mots se bousculent.
Vous voudriez lui dire.
Pourquoi il/elle vous inspire.
et pourquoi vous l'admirez.
Comment il/elle vous aide.
Le/la remercier.
Un peu pour tout.
Vous vous décidez à lui écrire.
Vous n'aurez peut-être pas de réponse.
Mais ce n'est de toute façon pas ce que vous attendez.
Vous vouliez seulement lui dire.

Ornella


PS : Taille maximum : 3000 signes
Date limite de remise : 7 février

mercredi 27 janvier 2010

Something happened, 11 - par Zelapin récidiviste

Sisters, brothers,
ce soir, je meurs d’envie de vous faire part d’une aventure qui a transformé ma vie. Vous me voyez là, heureuse, épanouie, me dorant la capsule (ouais, j’aime pas me dorer la pilule mais la capsule) au soleil, des amis à la pelle, du fric juste ce qu’il faut, mais il n’en a pas toujours été ainsi.
Dans ma vie d’avant, j’ai reçu une bonne baffe, de celle dont on ne se relève pas toujours, donnée par celle que je croyais être mon amie. Ca vous dit, un petit flash-back?
Avant donc, j’étais du genre cool, pas à cheval sur les principes, je faisais pas mal la bringue (comme maintenant me direz-vous, mais vous allez voir que non), je bossais par-ci, par-là et je claquais tout vite fait. « Y’avait rien à gagner, les journées passaient, tout était simple »*. Je ne prévoyais rien. Avec le recul, je peux dire que je vivotais, sans passion mais contente.
Un jour, il a commencé à pleuvoir un petit peu, les herbes étaient toutes jaunes, j’avais beau chanter, danser, j’avais froid. Les amis de passage se faisaient plus que rares.
Puis ça s’est mis à cailler sérieux. Plus de fêtes, plus trop de soleil, l’ambiance était retombée.
J’entretenais de bons rapports avec ma voisine, même si elle ne faisait que passer aux soirées, même si je n’avais jamais eu de grandes discussions avec elle. Elle m’avait trouvé deux trois petits boulots, je l’avais dépannée quelques fois ; un voisinage en bonne entente. Alors forcément, ce matin-là, c’est chez elle que je suis allée, histoire de boire un petit café, histoire de faire durer l’été, histoire de voir encore du monde, avant d’essayer de trouver de quoi gagner trois sous pour la mauvaise saison.
Mais figurez-vous que cette frustrée m’a reçue sur le pas de la porte. J’ai pas compris tout de suite qu’elle n’allait pas me faire entrer, alors j’ai proposé d’aller en ville. J’aurais pas dû. Elle a commencé par « tu crois que j’ai le temps et l’argent de trainer dans les bars ? C’est toi qui vas payer, avec quoi ? ».
Six minutes après, c’était comme si j’avais complété tous les psycho-tests de tous les magazines, je venais de me faire passer le savon le plus copieux de ma vie, je savais qui j’étais et qui je n’étais pas, interprétation et morale en prime.
En gros, un truc comme quoi j’avais bien chanté tout l’été, que là, j’avais qu’à danser pour me réchauffer. Le plus drôle, c’est que je n’ai pas réalisé sur le coup la portée de ce que je venais d’entendre, j’ai seulement pensé « c’est râpé pour le kawa ».
Je suis rentrée, j’ai bien calé ma chaise longue au sud, à l’abri du vent, et j’ai profité des derniers rayons de soleil.
Et dans ce calme retrouvé, j’ai pensé qu’elle n’avait au final pas tort, cette vielle bique de fourmi ; il allait falloir m’organiser pour ne pas avoir à mourir un peu à chaque début d’automne. Et je devais gagner ma croûte plus décemment pour ne jamais manquer de café.
Tout bien considéré, c’était pas plus mal d’en avoir pris une telle couche, j’ai fait un gros gros point sur ma vie, je ne suis pas allée jusqu’à « colonne de gauche ce qui va et de droite ce qu’il faut changer », mais pas loin. Je ne me suis pas étendue sur la déception causée par ce désistement côté amitié, j’ai préféré me dire qu’on ne voyait pas la vie par le même prisme.
Je vais pas raconter de salades, quand ma décision a été prise, un petit rictus moqueur m’a contracté le zygomatique, je n’enviais pas sa vie et c’est un euphémisme.
Je ne m’étends pas sur les jours qui ont suivi, un peu vache maigre, mais ma traversée du désert s’est muée en traversée des mers.
Et oui, c’est à cette époque-là que je suis venue en Jamaïque.
Fallait être logique, chanter, danser, ….er, ….er, c’est ce qui m’a toujours branchée, et ne pas avoir froid pour ne pas crever, c’était une sorte de postulat de base.
Vous connaissez un meilleur endroit pour ça ? Pas moi, et je le vérifie tous les jours.
J’ai un peu bossé la voix, un peu la danse, et là, je rentre en studio avec Lavilliers.
Merci Fourmi !
*(merci Charlélie Couture, « le mois d’août 75 »)