dimanche 15 février 2026

Comment j'ai écrit "L'Amour à temps", 12e épisode : "Entre l'idée originale et le livre achevé, qu'est-ce qui a changé ?"

Beaucoup de choses peuvent changer entre l'idée initiale (et la formulation) d'un projet et sa forme finale.  

Ainsi, le titre définitif du roman est L'Amour à temps. Mais ça ne l'a pas toujours été -- en tout cas, pas consciemment, j'expliquerai pourquoi. 

Au début de ce feuilleton, juste après ma résidence à Tours en septembre-octobre 2024, le titre provisoire du roman était : Some Other Time/Une autre fois.  

J'en ai parlé au début de ce feuilleton, l'idée du roman - et son titre - étaient né(e)(s) il y a bien longtemps, après que j'ai découvert un disque de Blossom Dearie, intitulé Blossom Dearie sings Comden and Green (1959). 


 


(NB : Les liens de cet article renvoient aux pages wikipédia en anglais qui, pour la plupart, ont des versions françaises).  

Blossom Dearie (1924-2009) était une chanteuse et pianiste de jazz américaine, qui a travaillé avec beaucoup de grands noms (Miles Davis, Johnny Mercer, Johnny Mandel) et vécu, travaillé et enregistré en France entre 1952 et 1957. Elle forma en particulier avec Christiane Legrand un groupe nommé les Blue Stars, qui donna ensuite naissance aux Swingle Singers... 

Betty Comden et Adolf Green étaient un duo de librettistes, acteurs, scénaristes et chanteurs américains qui ont écrit les lyrics de comédies musicales pour de nombreux compositeurs, en particulier Leonard Bernstein (pour On the Town/Un jour à New York et Wonderful Town) et Jules Styne (pour Bells Are Ringing) ainsi que le scénario de Singing in the rain/Chantons sous la pluie.  

***

J'ai tout de suite été très touché par le disque de Blossom Dearie, et en particulier par la troisième chanson du disque, intitulée Some Other Time, dont voici les paroles (et leur traduction). 


Where has the time all gone to?
Haven't done half the things we want to.
Oh, well, we'll catch up
Some other time

Oh, comme le temps a passé /Il n'y en a jamais assez /Eh bien, ce sera pour /Une autre fois  

This day was just a token,
Too many words are still unspoken.
Oh, well, we'll catch up
Some other time.

La journée s'est vite enfuie/Nous n'avons pas encore tout dit/Eh bien, ce sera pour/Une autre fois

Just when the fun is starting,
Comes the time for parting,
But let's be glad for what we've had
And what's to come.

On commençait à s'amuser/Il faut se séparer/Réjouissons nous de ce que nous avons partagé et/De ce qui viendra 


There's so much more embracing
Still to be done, but time is racing.
Oh, well, we'll catch up
Some other time.
 

 J'aimerais encore t'embrasser/Mais à présent, le temps est compté/Allez, ce sera pour/Une autre fois. 

Ici, un mot du contexte : On the town est une comédie musicale qui raconte la journée  de trois marins qui débarquent à New York pendant 24 heures de permission. Ils se lient à trois femmes de leur âge avec qui ils passent toutes ces heures et, bien sûr, les trois couples créent des liens... qui se défont à la fin de ces vingt-quatre heures. Some Other Time est chantée à la fin, lorsqu'ils et elles doivent se séparer. C'est une chanson mélancolique : On the Town a été écrite et représentée en 1944. La guerre n'était pas finie. Les marins qui bénéficiaient d'une permission n'étaient pas du tout sûrs de revenir vivants. Quand la pièce a été adaptée au cinéma, la guerre était finie. Les producteurs, qui voulaient en faire un film très joyeux et bondissant, n'ont pas inclus Some Other Time dans leur scénario. 

La chanson est devenue un standard du jazz et a été reprise par beaucoup de musiciens et chanteurs parmi lesquels Bill Evans, Oscar Peterson, Tony Bennett, et beaucoup d'autres. 

*** 

J'avais l'idée d'un roman-d'amour-avec-voyage dans le temps (qui, incidemment, transposerait le mythe d'Orphée et Eurydice) depuis très longtemps. Quand j'ai entendu pour la première fois le disque de Blossom Dearie, au début des années 2000, j'ai eu le fantasme d'écrire sur ce thème un roman dont chaque chapitre serait "illustré" par l'une des chansons. J'avais même réorganisé les chansons dans l'ordre qui me semblait le plus approprié pour raconter mon histoire. 

Comme souvent quand j'ai une idée initiale (ça a été le cas pour plusieurs de mes romans), j'ai pris des notes (manuscrites) et le projet est resté à l'état de préliminaires. Je suis revenu dessus périodiquement jusqu'au jour où j'ai décidé de m'y mettre à temps plein. 

 Il a évidemment beaucoup évolué en vingt ans, en passant du monde contemporain aux années 68 et 42, de Paris à Tours, d'un protagoniste français à une héroïne canadienne. Mais il m'est arrivé beaucoup de choses en 20 ans, alors, forcément, ça a déteint. :-) 

Toujours dans la perspective de construire le roman autour des chansons du disque de Dearie/Comden/Green, le titre initial a longtemps été Some Other Time, puis Une autre fois car je n'étais pas sûr de vouloir publier un roman avec un titre anglais, certes simple, mais qui pouvait être rébarbatif. J'ai la faiblesse de penser (malgré ma grande affection pour la langue anglaise et ses cultures) que donner un titre anglais à un roman (ou à un film) en langue française est une forme de snobisme, de "marqueur" culturel qui "sélectionne" plus ou moins les lectrices et lecteurs potentiel·le·s. 

*** 

Dans mes archives électroniques (depuis mon premier roman, La Vacation (1989), je garde tout !), les fichiers informatiques les plus anciens intitulés  "Some other time" datent de 2013, une année importante dans ma vie personnelle. (Je vivais déjà depuis quatre ans au Québec.) 

Il y est question d'une "machine" à voyager dans le temps -- machine qui a disparu depuis ; mais il y est aussi question d'un personnage qui aide le protagoniste à voyager, et d'une jeune femme psychologue qui s'occupe d'un patient (ledit protagoniste) qui a passé 13 ans dans le coma (!!!). La jeune soignante, à son tour, voyage dans le temps, pour retrouver son patient avant qu'il n'ait son accident et tombe dans le coma. Dans ces mêmes notes, il semble évident que les trois personnages (le voyageur, la voyageuse, celui qui les fait voyager) sont intimement liés. 

Ce que je trouve intéressant en relisant ça aujourd'hui (je n'ai pas rouvert mes plus anciens fichiers avant d'écrire ce texte pour le blog) c'est que les thèmes centraux sont déjà présents. Ce que j'avais oublié, cependant, c'est que la protagoniste, elle aussi, allait voyager dans le temps et que j'avais déjà, à ce moment-là, l'idée d'inverser le mythe (c'est Eurydice qui va chercher Orphée aux enfers). 

Le choix de Tours (plutôt que Paris ou Tourmens, la ville imaginaire où se déroulent beaucoup de mes romans) a conditionné évidemment l'écriture du livre, et agi comme une "contrainte" au sens oulipien du terme, qui oblige à respecter certaines limites, mais qui donne une très grande liberté en puisant à l'intérieur de ces limites. 

C'est parce que j'ai choisi Tours que j'ai résolu de manière simple mais (à mes yeux au moins) satisfaisante la question du voyage temporel. 

J'avais initialement imaginé que la protagoniste était "transportée" dans le passé par une crise d'épilepsie qui survenait au cinéma (le cinéma occupe une place importante dans le roman) mais ça ne me satisfaisait pas. Et puis j'ai eu l'idée réjouissante d'employer un objet qui se trouve à Tours et qui m'a toujours fasciné... Si vous avez lu ce feuilleton dans son intégralité, vous savez de quoi je parle. 

*** 

Comme je l'ai raconté dans le deuxième épisode de ce feuilleton, Some Other Time/Une autre fois était encore mon titre de travail quand j'ai envoyé le projet de résidence à la bibliothèque de Tours. 

Mais les élément principaux étaient déjà mis en place. Ce qui a changé entre fin 2024 (la résidence) et le moment où j'ai mis le point final, ce sont des éléments d'importance différente mais qui sont tous essentiels à la narration : 

-- les noms des personnages ; ils se sont transformés non seulement à l'écriture, mais au fur et à mesure que chaque figure prenait forme ; et aussi parce que les noms jouent un grand rôle dans un roman qui parle (entre autres) de la résistance, période à laquelle les personnages portaient souvent plusieurs patronymes/pseudonymes/diminutifs/noms de code... Comme pour mes romans précédents, j'ai puisé dans un "sac" métaphorique qui contenait... les noms et prénoms de mes ami·e·s les plus proches. Il n'y a que deux ou trois personnages "négatifs" dans le roman, dont un, historique, souvent cité mais aperçu seulement de manière fugace. Pour les autres personnages négatifs, j'ai inventé des noms qui ne risquaient pas de renvoyer à des patronymes réels ;  

-- la place respective de l'historique et du romanesque ; dans la toute première version du roman, il y avait beaucoup de digressions historiques ; je les ai grandement élaguées dans les versions ultérieures pour ne garder que l'essentiel ; 

-- l'ordre des chapitres : j'ai dû tâtonner beaucoup et assez longtemps pour trouver l'ordre qui me semblait le plus approprié, car tous les personnages principaux convergent en un même point du roman mais il me fallait les mettre en place et en situation de manière "parallèle"... 

-- des éléments que j'avais prévu de faire figurer de manière très importante (les cinémas Studio de Tours, la Ligne de démarcation) n'apparaissent finalement que de manière anecdotique ou en "toile de fond" ; mais, même s'ils ne sont plus essentiels, ils m'ont servi à construire l'intrigue ; 

-- d'autres éléments (l'activité d'un réseau clandestin ; la position géographique d'une librairie ; l'importance symbolique d'un jardin botanique ; l'apparition d'un de mes profs de médecine dans un café...) se sont imposés parce que toute l'histoire se passe à Tours, mais aussi au fil de la lecture des documents d'époque (en particulier La Dépêche du Centre, le quotidien publié pendant l'Occupation) ; 

-- enfin, le titre a changé. Il a changé plusieurs fois : Some Other Time et Une autre fois ne me semblaient pas tout à fait appropriés ; je voulais que le titre contienne les deux mots "Amour" (c'est une histoire d'amour) et "Temps". J'ai cherché toutes les expressions et proverbes possibles qui, en français, pouvaient contenir l'un et l'autre. A un moment donné, j'ai dressé une liste de titres possibles, et j'en revenais toujours à Some Other Time, Une autre fois, Just in time (une autre chanson du disque de BD, citée dans le roman), mais aussi De temps en temps, chanson de Joséphine Baker (elle aussi citée dans le roman). Et enfin L'Amour à temps. 

J'ai bien aimé ce titre, qui contenait les deux élements importants de mon roman, dès que j'y ai pensé parce qu'il est polysémique : comme pour Le Choeur des femmes on n'entend pas la même chose que ce qu'on lit : l'amour à temps/l'amour attend. 

Depuis, je me suis aussi rendu compte qu'il est encore plus polysémique que ça : le titre apparent en cache un autre, car c'est aussi une antistrophe, une équivoque, ou, comme on le dit de préférence aujourd'hui, une contrepèterie, un jeu de mot par inversion de phonèmes : l'amour à temps, l'amant à Tours... 

Tout ça pour dire que l'élaboration d'un livre, c'est un processus continu, progressifoù l'on procède par tâtonnements, ajustements, bricolages et bidouillages. Qui, parfois, procurent des surprises ! 

Et c'est ce bricolage qui fait qu'au fond, écrire, c'est l'fun. 

Je ne sais pas si ce livre sera beaucoup lu, mais, au moins, je me suis bien amusé en l'écrivant, et j'ai fait ce que je voulais. 

***

La vie et l'élaboration d'un livre ne cessent pas quand il est imprimé. On trouve des erreurs même après avoir corrigé les dernières épreuves (j'en ai repéré une, monstrueuse, le jour où on a envoyé le livre à l'impression, et grâce à l'extraordinaire équipe de POL et de Gallimard, on l'a rattrapée "par les cheveux") 

On peut aussi être amené à corriger (ou à regretter, comme je l'ai récemment fait sur ce blog) des décisions éditoriales ou grammaticales très longtemps après la publication. 

S'agissant d'un roman historique, il est très possible que j'aie commis des erreurs, et je pourrais très bien, après qu'on me les aura signalées, être amené à les rectifier pour l'édition en Folio, par exemple. (J'ai déjà signalé deux coquilles qui seront corrigées, mais je suis sûr que des lectrices et lecteurs m'en signaleront d'autres). 

J'ai même constaté, à la lecture du chapitre 40, une impossibilité (ou, du moins, une implausibilité) que je n'ai pas rectifiée (ça aurait nécessité la réécriture de plusieurs phrases). Si vous la repérez, je vous enverrai un petit cadeau...  

Mais bon, la perfection n'est pas de ce monde, j'ai fait du mieux que j'ai pu, et j'espère que le résultat tient debout. 

Si c'est ce que les lectrices et les lecteurs pensent après l'avoir lu, j'en serai très heureux. 

***  

A présent, je me prépare à me balader en France pour y présenter le roman. Je ne manquerai pas, dans de prochains épisodes, de raconter comment ça s'est passé. Un livre, ce sont les lecteur·ice·s qui le font vivre en se l'appropriant. 

Et j'ai une bonne nouvelle à annoncer : le livre aura une version audio, aux éditions Ecoutez Lire .  Elle sera lue et interprétée par la chanteuse et actrice Cécile Cassel ("HollySiz") et produite/réalisée par Alice Le Prat ! Elle sera disponible en même temps que le volume, début mars. 

A suivre !  

Tous les épisodes : 

Premier épisode : La résidence

Deuxième épisode : Genèses

Troisième épisode : Une université, un cinéma, une librairie

Quatrième épisode : L'histoire (de l'Occupation) en images

Cinquième épisode : L'année 1942  

Sixième épisode : Qu'est-ce que je fous là ? 

Septième épisode : Write or Wrong ? 

Huitième épisode : Se concentrer sur l'essentiel

Neuvième épisode : Vitesse de croisière 

Dixième épisode : "J'ai fini"  

Onzième épisode : Avant l'envoi à l'imprimerie  

 

vendredi 13 février 2026

Winckler is coming ! - Rencontres en mars 2026 pour la sortie de "L'Amour à temps"

 



 

Bonjour à toutes et à tous 

Je serai en France entre le 5 et le 26 mars, et les éditions P.O.L ont organisé avec des librairires et bibliothèques des rencontres autour de L'Amour à temps pendant cette période. 

Pour le moment, les rencontres fixées sont les suivantes : 

Mardi 10 mars : Clermont-Ferrand (63) librairie Les volcans 

Mercredi 11 mars : Tours (37), à la bibliothèque municipale (là où tout a commencé !), en collaboration avec la librairie La boîte à Livres

Jeudi 12 mars : Le Mans (72), librairie Thuard 

Vendredi 13 mars : Paris (75), Librairie Les Traversées (5e arrt.) 

Samedi 14 mars : Ecommoy (72), Librairie Papèterie Enguehard 

Mardi 17 mars : Rennes (35), Librairie Le Failler  

Mercredi 18 mars au matin : Rennes (35), Librairie La Nuit des Temps 

Mercredi 18 mars au soir : Saint-Brieuc (22), Bibliothèque municipale 

Jeudi 19 au soir : Paris (75) - Librairie Le Comptoir des mots (20e arrt.)  

Lundi 23 mars : Montélimar (26), Nouvelle Librairie Baume   

Mardi 24 mars : Chambéry (73) Librairie Decitre, 75 rue Sommeiller,73000, Chambéry

Il reste quelques dates libres dans mon programme. 

Si votre librairie veut m'inviter, qu'elle s'adresse à Jean-Paul Hirsch, aux éditions P.O.L (hirsch@pol-editeur.fr ; 01 43 54 21 20)  

Voici la vidéo de présentation du roman : 


 

Et si vous voulez savoir comment il a été écrit, c'est ici

Au plaisir de vous rencontrer ! 

 

vendredi 9 janvier 2026

Comment j'ai écrit "L'Amour à temps", 11e épisode : Avant l'envoi à l'imprimerie

Que fait-on quand on a fini la rédaction d'un livre (qu'il s'agisse d'un roman ou non) et qu'il a été accepté par l'éditeur·ice ?  

 On le relit, bien sûr. On le bricole, on le trifouille. Et puis, on se dit "c'est fini". 

Eh non, ce n'est pas fini. 

Qu'est-ce qu'il se passe d'autre ensuite ? 

Eh bien, plein de choses. 

D'abord, il part à ce qu'on appelle la "préparation de copie". C'est une phase essentielle du processus de publication, parce qu'elle permet à l'auteur·e de "revoir sa copie" (littéralement) avec l'aide d'un ou une lectrice-correctrice expérimenté·e. 

Jusqu'à mon avant-dernier roman, Franz en Amérique, la préparation de copie était assurée par Jean-Luc Mengus, correcteur et traducteur professionnel chevronné qui travaillait depuis plus de trente avec P.O.L. (il était aussi secrétaire de rédaction de la revue Trafic publiée par la maison). 

Malheureusement, Jean-Luc est décédé fin 2022. Depuis, le processus de correction est assuré par l'équipe des lecteurices-correcteurices de la maison Gallimard (POL appartient au groupe Gallimard). 

En novembre, j'ai pris contact avec Marie-Aude Cap, la lectrice-correctrice qui allait assurer la préparation de copie de mon manuscrit (enfin, tapuscrit virtuel, puisque je n'imprime plus rien depuis des années : je relis et annote sur une tablette graphique). 



Ce travail consiste à relire les textes en les passant "au peigne fin", dans leur moindre détail, c'est à dire non seulement à vérifier l'orthographe, la syntaxe, les répétitions et la ponctuation, mais aussi, de manière plus profonde, la cohérence du texte, les contradictions apparentes, les dates, les références, les allusions historiques, mais aussi  l'enchaînement des chapitres, les annexes et notes (il y a beaucoup de notes historiques et bibliographiques dans ce roman-ci), la discographie (je précise les crédits et premières éditions de toutes les chansons qui sont citées au fil du roman), les titres dans la table des matières, etc. 

Bref, c'est un boulot colossal, minutieux, et précieux pour les auteur·e·s. 

Ca a été un plaisir absolu de travailler avec elle, car elle a vu des choses que je ne voyais plus (quand on a le nez dans son boulot, difficile de voir certaines choses) et m'a fait des suggestions/propositions très éclairantes. C'était d'autant mieux venu que j'ai tendance à utiliser beaucoup les italiques (en particulier pour les pensées intérieures des personnages) et que ce roman est très dialogué mais contient aussi plusieurs passages de récit historique, qui nécessitaient d'être soigneusement vérifiés. 

Voici un exemple du travail qu'elle a fait sur le manuscrit. Une page, c'est pas spectaculaire, comme ça, mais sur un gros roman, c'est impressionnant. Comme c'est un roman de voyage-dans-le-temps qui, en plus, narrativement parlant, "joue avec les temps" (littéralement), sa lecture et ses avis ont été précieux pour me permettre d'homogénéiser les passages d'un temps à un autre (du passé au présent, souvent) dans un même chapitre. 

Au cours de ce processus, c'est toujours l'auteur·e qui a le dernier mot mais depuis trente-cinq ans, je suis presque toutes les suggestions, conseils et opinions des correcteur·ice·s : mes livres ne s'en portent que mieux. Car leur lecture met au jour tout ce qu'on ne voit pas quand on écrit.  Y compris, parfois, des incohérences narratives ou tout simplement des passages qui ne sont pas compréhensibles, ou encore des anomalies plus drôles. Comme je l'ai raconté dans un précédent épisode, en lisant le tapuscrit de mon premier roman, La Vacation, la correctrice m'a fait remarquer qu'au début du livre, Bruno Sachs avait "une sacoche" et qu'à la fin, il avait "un cartable". C'était le même objet mais, au fil des pages, j'avais cessé d'employer le premier terme et opté pour le second. Sans m'en rendre compte, y compris à la relecture. Grâce à elle, j'ai choisi, et Bruno a eu un cartable d'un bout à l'autre du livre (ce n'est pas anodin : c'est le cartable dans lequel il transporte son manuscrit de La Vacation...). 

Autrement dit : quand vous aurez L'Amour à temps en mains (si vous le feuilletez dans une librairie avant de décider de l'acheter ou non), sachez qu'il doit beaucoup à Marie-Aude Cap, que je remercie très vivement et à Antonie Delebecque, qui chez POL, en a préparé la mise en page et en vérifie toutes les étapes de fabrication (elle fait ça pour tous les bouquins de la maison, c'est à dire entre 4 et 6 par mois !). 

Une fois la préparation de copie, j'ai reçu ces jours-ci une maquette mise en page (voici un aperçu ci-dessous) relue et corrigée une nouvelle fois (mais par une autre personne chez Gallimard). Cette maquette a l'aspect du livre imprimé, page par page. Je l'ai relue et j'y ai ajouté des corrections personnelles. Les corrections du ou de la correctrice ont été faites à la main. J'ai ajouté des corrections ou commentaires dans des "post-it" virtuels (en jaune) à même le PDF. 


Tous ces processus sont bien plus rapides aujourd'hui, parce qu'on peut échanger des documents scannés par courriel (même un vendredi à 17 h...) au lieu d'avoir à calculer les délais de distribution du courrier !  Et aussi parce qu'il n'est plus nécessaire, encore une fois, de tout imprimer pour faire ses corrections sur une copie papier. Ainsi, le simple fait de pouvoir insérer du texte dans un post-it fait gagner du temps au correcteur/à la correctrice, qui n'a pas besoin de les reporter à la main ! 

(Au cas où vous vous poseriez la question, je  n'utilise pas le logiciel PDF le plus connu, mais un logiciel nommé Nitro PDF Pro, beaucoup moins coûteux, et qui fonctionne très bien sur Mac.) 

Une fois mes propres ajouts insérés à la maquette, il y aura des "2e épreuves" (que je relirai aussi, mais sans faire d'autres corrections importantes (dites "corrections d'auteur") c'est à dire des suppressions ou ajouts de paragraphes comme on en trouve par exemple, sur les "paperolles" que Marcel Proust collait sur ses manuscrits... mais aussi sur les dactylographies faites à partir de ses cahiers écrits à la main. (Ca devait être un cauchemar pour les correctrices...) 

L'écriture et l'édition ont beaucoup changé depuis Proust. Pour avoir produit une oeuvre aussi importante que La Recherche, il a fallu qu'il écrive vraiment tout le temps... Et il n'a jamais complètement terminé son travail ! Qui sait ce qu'il aurait été capable d'accomplir s'il avait eu un ordinateur... 


Et puis, finalement, il y aura un BAT (Bon à Tirer) qui en principe n'est revu que par Antonie Delebecque, mais que je demande aussi souvent à revoir, de manière à le conserver dans mes archives. (C'est plus facile à examiner, si je recherche un passage particulier.) 

Ce n'est jamais superflu de relire une dernière fois. Parfois, on ne repère une erreur grossière que tout à fait à la fin. (Je ne parle pas des virgules qui manquent ou des coquilles, mais d'une erreur d'attribution d'une citation, ou d'une erreur de date, par exemple, qui est passée complètement inaperçue par... tout le monde !!! Ou encore de l'oubli d'une personne que je voulais remercier -- il y a toujours beaucoup de remerciements dans mes bouquins...) 

C'est aussi cette dernière version PDF que j'envoie à quelques personnes à qui je veux présenter le livre en avant-première avant qu'il soit imprimé (des ami·e·s proches, le plus souvent). On peut aussi  transmettre, s'ils le désirent, des épreuves non corrigées mais assemblées sous forme de livre à des journalistes qui veulent lire un livre avant qu'il soit en librairie. Ca se fait beaucoup aux Etats-Unis ou pour les "très grosses pointures" de l'édition en France ; ce n'est jamais le cas en ce qui me concerne. 

Et donc, vous voyez, le travail d'un·e auteur·e ne s'achève pas quand iel remet son manuscrit, mais se poursuit encore pendant plusieurs semaines. Et ce n'est pas moins intéressant que ce qui a précédé. C'est un travail de "polissage", de fignolage qui est aussi passionnant, parce qu'il se fait sur un objet qui forme un tout, et non plus sur des fragments ou une ébauche dont on ne savait pas ce qu'elle allait donner. 

La prochaine étape, après le BAT, c'est l'impression et l'envoi aux libraires

(On prépare aussi une couverture, et un texte de "quatrième", mais la couverture - dont la maquette figure en tête de cette article est imprimée à part, sur le papier spécial que P.O.L est (il me semble) la seule ou l'une des rares maisons en France à utiliser. 

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L'Amour à temps sera en librairie tout début mars 2026. 

Voici sa playlist musicale (les chansons qui sont fredonnées par les personnages) 


Voici la présentation vidéo qui en a été faite aux représentants de la maison - et aux libraires. 




Je serai en France pour le présenter, dans les librairies qui voudront bien m'inviter, entre le 5 et le 25 mars. 

Contact courriel : Jean-Paul Hirsch (hirsch@pol-editeur.fr) - Téléphone : 01 43 54 21 20. 

La contribution des lectrices et lecteurs n'est pas minime : c'est souvent parce qu'ils ou elles en ont parlé à leur(s) libraire(s) que je suis invité dans leur ville. Alors, si ça vous tente de bavarder... 

Je sais déjà que je serai à Tours (37), à la bibliothèque municipale où ma recherche a commencé (et où le personnage principal du roman se lance dans sa propre recherche), le 11 mars au soir, en collaboration avec la librairie La Boîte à Livres, où j'allais souvent quand j'étais étudiant, et qui m'a régulièrement accueilli pour que j'y présente mes livres depuis presque trente ans.  

Le lendemain, 12 mars, je présenterai le livre au Mans (72), à la librairie Thuard. Cela me fait très plaisir, d'abord parce que c'est la ville où j'ai longtemps vécu (et ma librairie préférée là-bas), ensuite parce que même si le roman se déroule dans sa plus grande partie à Tours, plusieurs chapitres se passent dans la Sarthe. 

Au plaisir de vous rencontrer, là-bas ou dans d'autres librairies de France ! 

Mar(c)tin 

PS : Je posterai sur ce blog les dates des rencontres au fur et à mesure où elles seront fixées. 

Premier épisode : La résidence

Deuxième épisode : Genèses

Troisième épisode : Une université, un cinéma, une librairie

Quatrième épisode : L'histoire (de l'Occupation) en images

Cinquième épisode : L'année 1942  

Sixième épisode : Qu'est-ce que je fous là ? 

Septième épisode : Write or Wrong ? 

Huitième épisode : Se concentrer sur l'essentiel

Neuvième épisode : Vitesse de croisière 

Dixième épisode : "J'ai fini"