Il s'agit d'écrire le premier paragraphe (environ trois cents signes et espaces) d'un roman en y intégrant les éléments suivants :
- un gratte-ciel
- un chat
- un paquet de farine
- un ticket de métro OU un ticket de cinéma
- un homme et une femme (leurs caractéristiques sont libres) qui se croisent sans se voir
L'exercice doit être répété trois fois.
- en optant, chaque fois, pour un point de vue de narration différent : première personne, deuxième personne ou troisième personne du singulier
- en choisissant, chaque fois, un "genre" reconnaissable : roman réaliste, roman de science-fiction, roman noir, roman satirique, roman d'horreur, etc.
Comme d'habitude, je publierai les propositions par ordre d'arrivée, à partir du dimanche 10 octobre (il n'y a pas de date limite pour participer).
Envoyez vos textes à cette adresse
A vos plumes !
MWZ
dimanche 3 octobre 2010
mardi 28 septembre 2010
Retour de vacances, 6 - par Zelapin
Tu vas trouver ça totalement inconséquent de ma part, immature et affligeant. Pourtant, je voudrais que tu lises ça et on en reparlera. Ou pas.
Je suis revenu de Cadix tout à l'heure. J'ai posé mon sac, mes pompes, mes clés. Là, en rentrant.
J'ai ouvert les volets partout, dans chacune des pièces, même le petit wasistas de la salle de bains. Je voulais faire rentrer de l'air, de la lumière, de la vie dans l'appart.
Comme tu le devines, je me suis tout de suite préparé un café ET un perrier, j'avais chaud.
J'ai pris les deux sur le petit plateau en mélaminé à motifs, celui offert par mes gosses et que tu trouves kitsch. Je n'avais toujours rien remarqué, même pas ces choix inconscients sur de petits détails.
Une fois installé sur le canapé, sans musique, sans télé, sans pc, j'ai siroté le café, j'ai adoré me brûler un peu. Là, j'ai commencé à réaliser. Puis j'ai commencé à voir: le plateau, la lumière, mes pieds sur la table basse, le silence, le café chaud ET le perrier froid.
A la surface est remontée une bulle, un « plop » dément, le genre illumination mais sans génie.
J'ai réalisé qu'ici, . « rien n'a changé, tout est différent ».Le détail qui tue? C'est le répondeur qui clignote et qui me signale que tu ne me manques pas.
Pourquoi ces vacances sont les meilleures depuis si longtemps? Parce-que tu n'y étais pas. Ce répondeur me serine patiemment et dans un rythme imperturbable que j'aurais du avoir besoin de t'appeler en arrivant, j'aurais du penser à toi depuis dix jours. Mais non, et je suis heureux.
Voilà, c'est affligeant, immature et totalement inconséquent, mais je te demande d'accepter cette lettre comme une lettre de rupture.
Je n'ai rien vu jusqu'à Ce retour dans Cet appartement Ce matin.
Crois-moi.
Ou pas.
lundi 20 septembre 2010
Retour de vacances, 5 - par Sylvia Nguyen
"ROY"
Lundi 3
septembre, à la cafétéria
- P…
de machine ! Moi, c’est simple, pas de café, pas de dossier ! En
plus, Lachaume, ça fait trois semaines qu’il sait que la machine est en panne,
qu’est ce qu’il attend pour la réparer ?
- Ecoute,
Cécile, il n’est pas neuf heures, je t’emmène boire un petit crème au Germ’, tu
ne vas pas commencer la rentrée énervée comme ça !
En moins de deux minutes, le patron du Germinal, efficace comme à
son habitude fait glisser sur le comptoir deux cafés crème, en lâchant un « bonjour mesdemoiselles » distancé,
tandis que son regard ne perd pas
un détail de l’estivale métamorphose physique des deux copines.
- Alors,
c’était bien tes vacances chez les basques ?
- Comme
d’habitude, il y a de plus en plus de monde, et ils n’ont pas encore inventé
des plages en duplex ! Mais c’était sympa de revoir les copains et la
famille. J’ai même surfé à Hendaye. Avec l’année que j’ai passée après le
départ de Christian, ça m’a fait du bien !
- Tu
verras, c’est dur au début de vivre à nouveau seule, mais encore quelques
semaines, et Christian, même s’il revenait, tu ne le supporterais plus.
- Au
fait, merci d’avoir nourri mes quatre chats pendant les vacances. Mais, figure
toi, quand je suis rentrée samedi soir, il n’y en avait plus que trois, Roy
n’était pas là.
Immédiatement sur la défensive, Claire
atteste qu’elle avait vu Roy tous les jours, y compris la veille au soir du
retour de son amie.
- Ne
t’en fais pas, dans quelques jours, il sera de retour. Je sais que c’est ton préféré,
mais c’est le plus craintif. Il faut qu’il se réhabitue à toi, surtout que
c’est lui que tu câlines le plus !
- Je
sais bien, j’y suis hyper attachée, il est beau comme un chat antique, on
dirait un prince noir. Il a une vraie élégance quand il se déplace. Et quand il
vient cogner son front sur mes genoux pour que je le caresse, je fonds !
Heureusement qu’il était là pour me consoler quand Christian est parti.
- Arrête
de parler comme ça Cécile, tu n’as pas trente ans et on dirait déjà une vraie
mémère à chat. Bon, neuf heures cinq, il va falloir y aller si on ne veut pas
que Lachaume râle dès la rentrée. Au fait, j’organise une soirée cool samedi
prochain, viens il y aura de beaux célibataires ténébreux comme tu les aimes…mais
tu viens sans tes chats !
- OK,
salut !
Lundi 10 septembre au Germ’
- Dis
donc Cécile, t’es pas venue samedi soir, t’as eu tort, il y avait un super beau
mâle, libre et sympa, dans une semaine, il est pris !
- Oui,
je sais, mais je n’avais pas envie de sortir, j’étais vachement bien toute
seule, et surtout … viens, on va s’assoir à la terrasse, je ne veux pas que le
patron du Germ’ nous entende.
- Alors,
t’as dégoté la perle ?
- Non,
Claire, simplement je me remets du départ de Christian, et figure toi, je crois
que je cicatrise bien, je fais même des rêves érotiques, ça me réveille et ça
me fait tout drôle !
- T’est
en bonne voie ma chérie ! au fait, Roy est rentré au bercail ?
- Non
et je m’en fous, après tout, qu’il vive sa vie de séducteur !
- Dépêche-toi,
il faut aller bosser !
Lundi 17 septembre au Germ’
- Salut
Cécile
- Salut
Claire
- Ça
va ? Et tes rêves érotiques ?
- Super,
c’est de plus en plus intense, ça me réveille toujours et, figure toi que la
nuit dernière, à 3 heures du mat’, j’ai même touché l’oreiller à côté de moi,
tu ne me croiras jamais, mais il était chaud !
- Cécile,
il faut vraiment que je te sorte, tu vas devenir complètement givrée ! Accompagne-moi
aux toilettes, je n’aime pas y aller seule.
Les deux amies descendent l’escalier vétuste et étroit du
Germ’. Face à la glace rouillée par des années d’atmosphère confinée, elles se
recoiffent.
- Claire,
tu pourrais m’aider à attacher mes cheveux, il fait trop chaud au bureau.
- Bien
sûr !
En un seul geste, Claire soulève
la belle chevelure de Cécile, l’attache et dégage ainsi sa nuque sans remarquer
de petites traces de griffures surmontées d’un peu de sang coagulé et de
quelques poils noirs et soyeux.
mercredi 15 septembre 2010
Retour de vacances, 4 - par Martine B.
Tout a une fin, même les vacances les
plus réussies, se dit Steph en posant sa valise dans l’entrée. Il lui fallait
maintenant retrouver le rythme infernal de la vie parisienne et attendre de longs mois avant de
retourner dans son ile paradisiaque. Heureusement elle avait encore tout un
week-end devant elle et comptait bien en profiter. Pour commencer, elle décida d’inviter Léa, sa voisine et unique amie, à
prendre un verre avec elle, elle avait tant à lui raconter !
En s’approchant du téléphone, Steph
eut une sensation bizarre, assez désagréable, sans parvenir à en identifier la
cause. Ce n’est que lorsqu’elle reposa le combiné que cela lui sauta aux yeux :
ses magazines 100 idées,
soigneusement classés sur une étagère de la bibliothèque par ordre
chronologique avaient été dérangés! Qui avait pu oser ? Pas Léa, tout de
même ! Si elle se moquait des
nombreuses collections de son amie,
elle n’avait cure en revanche de son sens quasi-obsessionnel de l’ordre. Et
puis 100 idées, ce n’était pas du
tout son genre, à Léa… Bon, il fallait qu’elle en ait le cœur net, elle lui en
toucherait deux mots tout à l’heure. En attendant, autant évacuer le problème
en s’occupant de son apéritif. Dans la cuisine, elle jeta par automatisme un
coup d’œil à la pendule. Encore
dix minutes avant l’arrivée de Léa, juste le temps de préparer quelques toasts.
Encore dix minutes ?
Mais elle s’était contentée de laisser les piles sur la table quand la pendule
s’était arrêtée, se disant qu’elle verrait cela à son retour. Alors ça, c’était
fort de café ! Alors qu’elle faisait un rapide tour d’inspection dans
l’appartement, un épisode de Castle lui revint à l’esprit, dans lequel de
braves gens trouvent un cadavre chez eux à leur retour de vacances…
Elle fonça chez Léa, dont l’air gêné la trahit avant même qu’elle n’ait
eu le temps d’ouvrir la bouche.
- Bon, j’attends des explications…
- Euh, Steph, ne t’énerve pas, je
t’assure que ce n’est pas ce que tu crois.
- Ne t’occupe pas de ce que je crois,
je t’en prie. Alors ?
- Eh bien, j’ai reçu la visite de
quelqu’un, et…
- Quelqu’un ? Et tu crois que ça
va me suffire comme explication ? Je peux savoir de qui il s’agit ? Papa
Ours ? Maman Ours ? Ou un de tes amants ? Je t’ai déjà dit que
je ne voulais en aucun cas être mêlée à tes histoires, j‘ai trop d’estime pour
ton mec pour lui mentir et te
servir de couverture.
- Non, Steph, vraiment, écoute…
- Tu veux que je te dise ? Je
n’ai aucune envie de t’écouter ce soir, je suis claquée, alors si ça ne
t’ennuie pas je vais rentrer me coucher, on se verra plus tard. Bonne
nuit !
Un fois dans son appartement, Steph
se mit à ranger ses magazines pour se calmer les nerfs. Elle se promit de ne
plus jamais laisser ses clés à Léa, et de trouver une personne de confiance.
Oui, mais qui ? Elle était
fille unique, et c’est avec Léa qu’elle avait traversé les épreuves de la
maladie, puis du décès de sa mère. C’est grâce à Léa qu’elle supportait de
vivre seule à Paris, loin de sa grand-mère et de ses cousins. Bon, demain, elle
irait s’excuser à la première heure, pour le moment, un peu d’ordre !
De l’un des magazines qu’elle
remettait en place s’échappa une lettre.
Chère Stéphanie,
Ce petit mot va te surprendre, et je
te prie de bien vouloir m’en excuser. De passage en France, je n’ai pu résister
à l’envie qui me ronge depuis des années. Malheureusement tu n’étais pas là
mais j’ai beaucoup parlé avec ta charmante voisine. C’est elle qui m’a permis
de passer quelques instants ici pour que je m’imprègne de ton environnement. Elle
m’a prévenu que tu ne souhaitais pas me connaître, mais je ne peux plus me résoudre à me taire.
Je place ce petit mot dans un de ces magazines (ils
appartenaient à ta mère, n’est-ce pas ?) en espérant que tu as hérité de ma
manie du rangement qui tient à l’obsession parait-il, c’est du moins ce que me disent mes fils. Ils
aimeraient beaucoup faire la connaissance de leur grande sœur française. Nous
habitons à New York. Si tu le souhaites, nous t’y accueillerons avec plaisir.
Je t’expliquerai ce que ta maman
n’a jamais pu te dire, et j’espère
que tu comprendras à défaut de nous pardonner. En attendant je laisse faire le
destin. J’ai laissé mes
coordonnées à Léa. Quoi que tu décides, ne lui en veux pas de m’avoir écouté.
John, ton père qui t’attend depuis trop
longtemps.
lundi 13 septembre 2010
Retour de vacances, 3 - par Gilda
Après trois semaines de vacances en
bord de mer français, je rentrais à la capitale pour travailler. J'avais déposé
au passage Thomas et Zoé chez leur mère dont j'étais séparé.
Nous avions séjourné chez E., une
vieille amie qu'ils appréciaient.
Ces jours avaient été une trêve, un havre de paix.
Ma petite entreprise périclitait et
j'avais épuisé toutes les ressources possibles. Manquaient des clients. Il
était temps de reprendre le collier même s'il s'agissait d'une tentative
désespérée.
Je songeais à ce qui m'attendait
tout en ouvrant ma porte, convoquais nos rires, le souvenir des bons moments.
L'absence simultanée des enfants était rare, la solitude me surprenait.
Un sac de voyage, un autre à
provisions en bandoulière, celui de l'ordinateur ainsi qu'un baluchon
d'affaires des gosses en mains, j'avais marché jusqu'au salon, posé là tout
l'équipement. Puis j'avais repris sur la porte les clefs. La boîte aux lettres
collectionnait les factures. Peu d'espoir que les autres enveloppes contiennent des paiements. En revanche
un sourire : E. nous amusait d'une carte postale où elle évoquait notre séjour
comme si nous étions d'autres. « Je passe mes vacances avec de merveilleux
amis ».
Comme elle nous avait également
équipés de quelques spécialités locales, fromages odorants dont la voiture
peinerait à se remettre, je filais à la cuisine rallumer le réfrigérateur et
les y déposer.
C'est alors que je les ai vus :
dans le frigo trois autocollants qui n'y étaient pas en partant. J'en étais
certain, j'avais moi-même vidé, nettoyé, coupé l'alimentation électrique, et
soigneusement laissé ouvert. J'avais de plus été le dernier à quitter la maison
que personne d'autre n'avait de quoi ouvrir - ce qui n'était sans doute pas
très prudent, mais je vivais seul avec fils et fille, notre emménagement dans
ce quartier restait récent et les voisins inconnus -.
Trois autocollants concernant
Barcelone, ville où je n'étais jamais allé, ni non plus les enfants. Un écusson
du Barça, un de l'office du tourisme photo récente incluse mais aux couleurs
passées, et celui, publicitaire, du bar Els Quatre Gats, c/ Montsio qui en
vantait les bières et whiskies réputés.
J'ai pris la décision dans
l'instant sans rien vérifier d'autre dans la maison : les enfants ne rentreraient
pas avant deux semaines, les factures n'étaient plus à ça près, quelqu'un, mais
qui ?, avait voulu me faire passer un message. Était-ce un rendez-vous ?
Abandonnant la voiture à son odeur
restante, j'ai saisi mon sac, laissé l'ordinateur, tout travail attendrait,
gagné la gare et pris le premier train en partance vers cette ville.
Ce n'est qu'après le départ pour
plus d'une nuit de trajet que j'ai songé aux fromages, soigneusement stockés
dans le réfrigérateur fermé d'une maison à l'électricité coupée.
vendredi 10 septembre 2010
Retour de vacances, 2 - par Don Bruno de la Vega
Ah la vache !
Quelles vacances, un vrai paradis !
Je me demande même
comment c’est possible, un mois d’août entier au Nirvana !
La Zanzanie, le
lagon, l’hôtel de rêve, les serveuses africaines plus belles les
unes que les autres, tellement de bouffe et de cocktails que c’en
est indécent !
Dire que certains
de mes confrères disent que les congrès médicaux, ça n’est plus
ce que c’était, je suis prêt à jurer du contraire ! Foi de
Professeur Chausson !
C’est vrai qu’il
faut être professeur de médecine pour mériter un tel faste, et
accepter quelques compromissions, mais bon, on n’a rien sans rien !
Et aujourd’hui, le retour dans mon appartement parisien, un vaste
six pièces avec vue sur le Champ de Mars, me semble être presque un
purgatoire…Et le retour dans le service un véritable enfer !
La consulte, la
visite, l’accueil des jeunes internes ambitieux et de ces petits
cons d’externes encore potaches, quelle plaie !!!
Mais bon, encore
une journée de repos, je vais en profiter pour trier mon courrier.
Il est posé sur
la table du salon.
Sur le tas trône
un faire-part, je reconnais sans peine l’élégante enveloppe
ourlée de noir. Vraisemblablement, un patient décédé. La famille
me l’a adressé à mon domicile, quel manque d’élégance !
En revanche, il n’y a pas de nom dactylographié sur la lettre…elle
a du être glissée telle que dans ma boîte.
Je la mets de
côté, je ne vais pas commencer par les mauvaises nouvelles, encore
que perdre un patient…dans mon métier…
Je parcours
rapidement les magazines, quelques revues médicales que je mets de
côté –non, je ne vais pas commencer tout de suite à bosser–
mes habituelles gazettes financières –ça, c’est important, il
faut que je surveille mes placements financiers– quelques lettres.
Bon, ben, il ne me
reste plus qu’à ouvrir le faire-part :
D’un œil
j’embrasse le court texte :
Mme le Professeur
Chausson et ses enfants ont la douleur de vous faire-part de la
disparition brutale du :
Professeur
Chausson,
Ancien Interne des Hôpitaux de Paris,
Chef de Service à l’hôpital Labrousse,
Professeur
des Universités,
Survenue dans sa
soixante-dixième année.
La famille
s’associe à la douleur de celles des personnes disparues dans le
crash du vol Paris/Zanzanie du 31 juillet dernier, en particulier des
médecins de la dixième édition du congrès Cœur-France-Zanzanie.
Ni fleurs ni
couronnes.
lundi 6 septembre 2010
Retour de vacances, 1 - par Ananim
Katia
poussa la porte. Derrière
ses yeux, persistait encore le gris du ciel parisien. Et ça la
rendait plutôt heureuse. Depuis qu’elle avait quitté la France,
dix ans plus tôt, pour un pays ou il ne faisait jamais froid, elle
fuyait la chaleur qu’elle avait chérie pendant les étés de son
enfance. Ces vacances avaient été merveilleuses. Jusque-là, les
voyages en France l’avaient enserrée d’une ambivalence
paralysante.
Pourtant, elle reconnaissait parfaitement la ville dans
laquelle elle avait grandi. Les choses n’avaient pas changé,
l’épicerie du coin de la rue, la sonnerie de l’école d’à
côté à l’heure de la récré, le conservatoire où elle avait
étudié la danse classique tous les mercredis et tous les samedis,
la voix douce de sa maman le soir et la porte qu’elle claquait
toujours en en quittant l’appartement. Mais Katia s’était sentie
perdue dans ses rues. Elle avait reconnu la ligne des immeubles mais
le dessin ne lui était plus familier. La ville n’offrait plus ces
détails impalpables grâce auxquels elle s’était un jour sentie
« chez elle ».
Cependant,
ce voyage-là avait été différent. Cette année, Katia s’était
résolue à admettre que maintenant chez elle, c’était ailleurs.
Et elle avait adoré être à Paris. Elle n’attendait plus de la
ville le confort que l’on attend de sa maison. Elle avait posé sur
ses grandes avenues un regard différent. Un regard curieux. Un
regard impatient.
La
porte grinça.
Rien n’avait changé. Elle se félicita d’avoir rangé
l’appartement avant les vacances. Javier ne devait rentrer de son
week-end dans le nord que le lendemain et elle aurait détesté être
seule dans le désordre.
En respirant l’air chaud de l’appartement
vétuste, elle réalisa qu’il lui avait terriblement manqué.
L’éloignement l’avait décidée. Elle accepterait de vivre avec
lui même s’il n’était pas encore prêt à se marier.
Elle
s’assit
sur le fauteuil du salon et alluma la télé. Par réflexe. Pour ne
pas être seule. Publicité pour la lessive. Clip lascif d’Efrat
Gosh. Documentaire sur les familles monoparentales. Mouvement de
soutien à Gilad Shalit. Et soudain, Katia réalisa qu’au-dessus du
cadre noir de l’écran, trônait la statue Superman qui était
habituellement posée sur sa bibliothèque de Javier, au-dessus de sa
guitare électrique. Quand elle l’avait aperçue la première fois,
elle avait ri comme une enfant. Il l’avait trouvée belle. Et
souvent, il lui avait dit que c’est à cet instant-même qu’il
était tombé amoureux d’elle. Katia s’approcha. Elle se demanda
ce qui avait pu pousser Javier à poser l’homme ridicule en culotte
rouge sur cette télé d’un autre siècle ?
Dans l’obscurité
naissante de la fin de journée, sur le costume bleu et rouge de la
figurine, elle réalisa que quelque chose brillait. Elle cligna des
yeux. Au bout du bras musclé du super héros, dans sa petite main en
céramique, était déposée une bague de fiançailles.
Des
larmes se mirent à
couler le long de son cou. Elle se retourna. Javier était la. Elle
ne l’avait pas entendu entrer. Il avait deux bouteilles de lait à
la main. Il lui sourit. Il lui dit qu’il était persuadé qu’elle
n’arriverait que plus tard dans la soirée, qu’il était arrivé
plus tôt en pensant la surprendre, que dommage, c’était raté. Et
puis, il lui prit la main et en l’embrassant, il lui demanda si
elle accepterait de l’épouser.
Ananim
mardi 31 août 2010
Séance de rattrapage, 3 : "Je me souviens... que je voulais tout oublier..." - par Sundog
Je me souviens de la douleur dans tout mon corps, à chaque matin, à chaque réveil. Je me souviens que c'était la fin du monde dès que j'ouvrais les yeux. Je me rappelle aussi que l'enfer avait une dimension toute réelle, réaliste même je devrais dire. Je le touchais du doigt tous les jours, avec tout le corps même dans mon sommeil peu paisible. Je me souviens que le temps n'a jamais changé ma vision des choses, mais que la promiscuité tuait autant qu'elle sauvait mon corps. Mon esprit a toujours su se libérer de toutes les prisons qu'on lui proposait, parfois trop. Mais jamais des siennes. Je me souviens qu'il était l'heure de partir mais que j'ai décidé de rester au dernier moment. Je me souviens aussi qu'il y avait des géraniums en train de mourir au soleil sur le balcon. Le petit chat dans mes pattes. Le petit chien cherchait à jouer avec lui mais le petit chat l'ignorait faussement avec un dédain assez magnifique. Je me souviens des deux enfants de ma meilleure amie, qui s'insultaient avec une vulgarité dont j'ignorais même l'existence à leur âge. Je me souviens surtout de la passivité de mon amie. Je me souviens que j'ai pensé : "comment a-t-elle pu elle-même devenir ainsi ?". Et de ces autres enfants qui criaient tous les soirs, avec leurs parents exaspérés de l'autre côté du mur parce qu'ils refusaient de faire leurs devoirs. De l'entente entre mes sœurs jumelles qui excluait tout le reste du monde et qui continue de le faire. Je me souviens de la première fois que j'ai ressenti enfin la possibilité d'une solitude comme une indépendance sur le monde, chèrement gagnée. Mais je me souviens surtout qu'après ça j'ai vite déchanté. Mes illusions me faisaient du mal, au corps, chaque matin, chaque soir. A chaque réveil. Le cœur en vrille. Le cœur qui valsait. Pas tout à fait encore pour sa dernière danse, alors que c'est potentiellement, à chaque instant, sa dernière danse. Je me souviens que je l'aurais bien embrassée, fût une époque, cette dernière danse, ce dernier coup de tambour. Je me souviens que c'était la fin du monde aussi dans l'enseignement qu'on me donnait, et que les adeptes la souhaitaient, non pas par goût de destruction mais par soif de renouveau. Comme les premières fleurs (des roses) remises à ma mère pour son cancer du sein. J'aurais aimé ne pas avoir tellement peur de la perdre. Je me souviens à l'époque je croyais qu'on ne perdait jamais rien, enfin je ne le croyais pas, je l'expérimentais et là c'était fini. Comme le cinéma et le sucre. Je me souviens de la première fois où j'ai entendu le générique des X-Files, d'autant plus impressionnant que j'avais encore le droit de regarder cette série inconnue alors. Mes parents n'avaient pas encore découvert la violence à la télévision. Je me souviens du choc de l'accident. Ma tête qui a frappé la vitre et la douleur ensuite, sourde. Mes oreilles bourdonnaient. Du sang en coulait. Et aussi de ma bouche et de mon nez. Les pompiers m'ont dit : "un miraculé". Le médecin du SAMU m'a dit : "t'es un dur toi". Alors que non, un coup de vent et j'ai une hépatite. Je me souviens aussi des faux sourires. Des places de cinéma trop chères. Des lettres jetées à la poubelle. Celles qui ont été brûlées comme pour en exorciser les hypothétiques démons qui s'y trouvaient. Je me souviens que je voulais tuer le plus grand nombre de souvenirs. Comme à la guerre on tue des hommes et des femmes, et des enfants, ainsi que des chevaux et parfois des soldats pas que des civils. De la pêche à l'été jusqu'à ce livre de David Lynch qu'un homme au grand coeur a su m'offrir un jour. Tuer Tout. Et que j'ai lâchement quitté ensuite, cet homme au grand cœur comme je n'en ai plus vu depuis. Je me souviendrai toujours de ce qu'il a pu m'apporter, comme une renaissance après l'enfer de tous les jours. Mais on perd un peu chaque jour pour pouvoir, finalement, être affuté comme une lame, à l'intérieur. De plus en plus, normalement, si tout se passe bien, on ne devient pas des Rois et des Reines en un seul jour. Rome s'est construite en plusieurs. Pour quel résultat... Mystère ! Mais tout va bien se dérouler je pense à partir de maintenant. Normalement. Si, ça va aller, d'autant plus que je me souviens de l'escalade, de la piscine, de Paris aussi, comme c'était difficile de vivre au rythme des Parisiens, de ces gens qui regardaient cet enfant trisomique 21, parce qu'il criait après une femme au visage émacié qui tentait de le calmer, des hommes d'affaires pressés par l'air du temps, un téléphone sur l'oreille, des clochards à la gare qui m'ont demandé pourquoi j'avais des yeux si noirs... Et se réveiller et pleurer parce qu'on le fait et qu'il ne reste que ça à faire. Pleurer et pas pour de faux ! On a ouvert les yeux. Et on l'a fait, encore, on s'est réveillé alors qu'il ne fallait pas ! Pleurer parce que c'est la seule réponse à donner, à renvoyer au monde, qui, de toute façon, n'en mérite pas tant. Économisons nos larmes pour les gens qui en valent la peine, le monde n'est pas une personne intéressante tous les jours. C'est pas comme les civils et les chevaux. De toute façon, je me souviens surtout de ces siestes d'après-midi, pendant l'enfance, entre rêve et conscience, où le souvenir n'avait aucune importance, juste l'absence au monde. L'absence temporaire. Imparfaite car le corps encore là. Je me souviens qu'à l'adolescence je voulais tout oublier de mon ancienne vie. Mais en réalité, je luttais de toute mes forces envers le désir contraire, qui était de me souvenir, de me souvenir pour toujours et de la totalité du Tout, Avec Force, même de ma naissance. Plus spécifiquement, de ce qui avait eu lieu avant.
Remonter le Temps, voilà ce que je pourrais dire à l'adolescent dans le miroir : souviens toi si cela chante à tes oreilles. Et puis laisse.
dimanche 29 août 2010
Exercice n°14 - Retour de vacances
Vous rentrez d'excellentes vacances. Les meilleures de votre vie.
En ouvrant la porte de votre domicile (que vous avez quitté trois semaines plus tôt et qui n'a, en principe, pas été occupé depuis), vous constatez qu'un tout petit détail y a changé.
Et ce petit détail change tout dans votre vie.
Racontez (en trois mille signes).
Date limite de remise : le 10 septembre à minuit.
Bon vent !
Mar(c)tin
En ouvrant la porte de votre domicile (que vous avez quitté trois semaines plus tôt et qui n'a, en principe, pas été occupé depuis), vous constatez qu'un tout petit détail y a changé.
Et ce petit détail change tout dans votre vie.
Racontez (en trois mille signes).
Date limite de remise : le 10 septembre à minuit.
Bon vent !
Mar(c)tin
mercredi 25 août 2010
Le vice enfin puni - par Marianne D.
Marianne D., qui anime un blog dont l'adresse figure à la fin de cette page, m'a envoyé ce texte ; il parle de lecture... sous un angle plutôt original.
Et cela me permet de lancer nos activités littéraires de l'année 2010-2011. Bienvenue à toutes et à tous, pour la deuxième année de vie de Chevaliers des touches. A vos plumes pour de prochains exercices !
M.
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C’était un dimanche comme un autre, sauf que j’avais fermé tous les volets de la maison à cause de la chaleur. J’étais sur mon fauteuil - celui qui depuis toujours était mon fauteuil de lecture, la seule chose que j’avais voulu prendre dans la maison de mes parents à leur mort, le fauteuil où j’avais appris à lire à 6 ans et où je lisais encore à 31 - et je finissais mon thé quand tout à coup. Je sais, en général on met tout sauf un point à ce moment là, sauf que moi, c’est précisément à ce moment là que ma vie s’est terminée. Donc point (si vous permettez). Non, je vous arrête tout de suite, je ne suis pas morte, bien au contraire : j’ai vécu des dizaines et des dizaines de vies, dans des dizaines et des dizaines de pays différents, traversant les époques et endossant une multitude d’identités (homme, femme, jeune, vieux, riche, pauvre, beau, laid, aventurier, pleutre, catin, bonne sœur, mère, etc.).
J’en étais aux dernières lignes de « La bibliothèque de Babel » de Borges, dans le recueil Fictions en format de poche (dans ma bibliothèque, où le principe du rangement par ordre alphabétique prévalait, suivi par l’ordre chronologique de date de parution, des poches minuscules côtoyaient sans vergogne des œuvres complètes en papier bible, les livres reliés, les vielles couvertures écornées des livres d’occasion, toutes les hauteurs et les largeurs étaient admises dans cette démocratie idéale où le seul critère valable était la valeur intrinsèque de l’œuvre). « La certitude que tout est écrit nous annule ou fait de nous des fantômes » : là voilà la phrase qui a tout déclenché, page 80 du livre.
J’ai forcément traversé (je veux dire physiquement) les onze nouvelles suivantes du recueil mais je n’en ai aucun souvenir car je ne comprenais pas où j’étais, qui j’étais, ce qui m’arrivait, et surtout pourquoi je ne pouvais pas atteindre ma tasse de thé tiède, mon thé allait refroidir - j’avoue que bêtement ça a été ma seule pensée au début - , j’ai émergé réellement (quelle ironie ce mot quand on y pense !) à la table des matières. C’est là que la vérité m’est apparue : j’étais entrée dans le livre, il m’avait absorbée, dévorée, incorporée. Le livre était fini, j’allais pouvoir en sortir et reprendre ma vie quotidienne - avec tout ça, je me demandais quelle heure il était, peut-être même était-on déjà lundi, le temps passe tellement vite quand on est plongé dans un bon livre.
Je regrettais d’avoir prêté à mon frère mon exemplaire de Si par une nuit d’hiver un voyageur de Calvino : j’aurais bien voulu redonner ses lettres de noblesse à la Lectrice, qui dans le roman est réduite au rang de compagne, objet de fantasme et partenaire de discussion du Lecteur qui lui est le vrai héros de l’histoire.
J’avoue que traverser Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll me terrifiait mais finalement ce fut une promenade de santé - une fois admis le principe de grandir et de devenir minuscule, de suivre un gros lapin blanc toujours en retard, de jouer au croquet avec des flamants roses et autres activités du même acabit.
Je restai dans la fantaisie animalière avec tous les Chevillard : je fus hérisson, orang-outang, crabe, créature mal définie au nom de Palafox, personnage de conte, mais je fus aussi un homme, un homme mort certes mais écrivain somme toute (et n’est-ce pas là le plus important ?) : Thomas Pilaster auquel mon ami Marc-Antoine Marson rendait hommage et en sortant du livre, page 187, j’eus soudain la folle envie d’aller voir ma tombe dans le petit cimetière de Joinville, au bout de la dernière allée où mon corps repose depuis le 21 février 1997.
En vieille routière de la lecture (j’ai bourlingué, je suis partie à l’aventure, sans plan ni boussole, je me suis perdue, j’ai fait demi-tour en pleine nuit en terrain hostile, au milieu de nulle part), je dirais que le terrain le plus instable que j’ai jamais traversé - les sables mouvants de la littérature mondiale - se trouve dans les nouvelles de Cortazar. Chez lui, le sol se dérobe toujours sous vos pieds quand vous croyez être en sécurité. Et que dire du faux ciel, des colonies fourmis, des failles dans l’espace-temps, des rêves qui ressemblent à des cauchemars ?
Je ris en mon for intérieur sur l’intimité forcée créée par le rangement alphabétique en passant des Heures de Cunningham à Arlington Park de Rachel Cusk : des destins de femmes assez proches finalement, toujours à peu près les mêmes détresses, les mêmes interrogations, les mêmes béances (on y revient).
Un peu plus tard, je fus Franz Biberkopf, le criminel sorti de prison, découvrant les abattoirs de Berlin dans le roman de Döblin Berlin Alexanderplatz.
Puis, sans autre transition que deux minces couvertures cartonnées, je me retrouvai au Conservatoire des arts et métiers, le soir du 23 juin 1984, je m’appelais Casaubon et j’observais le pendule osciller…
Une seule fois je me perdis dans les méandres du roman, c’était dans Le bruit et la fureur de Faulkner : je ne compris ni quel personnage j’étais censée incarner, ni en quelle année on était, ni même ce que j’étais censée faire. J’avoue qu’en sortant de Faulkner, j’étais contente de ne pas avoir Ulysse de Joyce dans ma bibliothèque : j’avais été bien inspirée de le laisser à mon ex, même si à mon avis, il s’était contenté de lire le monologue de Molly Bloom.
Vivre à Macondo fut synonyme de dépaysement - toutes ces couleurs, cette prolifération toute sud-américaine, ce côté baroque - mais avouez que cent ans de solitude c’est long, surtout quand on n’est qu’une petite orpheline qui mange de la terre…
Etre une héroïne féminine dans un roman de Laura Kasischke ne fut pas non plus de tout repos, surtout que j’avais tous ses romans : jeune prostituée orpheline dans un motel, prof d’âge mûr s’interrogeant sur son admirateur secret, lycéenne dont la mère disparaît sans crier gare et qu’on retrouvera dans un congélateur au sous-sol, pom-pom girls un peu trop insouciantes, mère de famille parfaite qui voit resurgir un pan de son passé qu’elle aurait voulu oublier, etc. Non décidément, ce n’était pas une sinécure.
Du Mexique de Kasischke à celui de Malcom Lowry, je n’eus pas beaucoup de chemin à parcourir : des rites de Quetzalcoalt qui fascinent les lycéennes d’aujourd’hui lors de leur escapade des vacances de Pâques aux délires éthyliques du consul à Quauhnahuac durant une journée en novembre 1938, il n’y avait qu’un peu d’encre et de papier.
Il est des voyages éprouvants mais que l’on se doit de faire à un moment donné de sa vie, tel fut le voyage halluciné dans une contrée hybride entre Paris et Saint-Pétersbourg dans lequel je suivis le Jérôme de Jean-Pierre Martinet, à mes risques et périls.
Mes pérégrinations au sein des pages des livres de ma bibliothèque m’amenaient à la réflexion suivante : et si le bonheur c’était vivre dans un roman de Modiano et mourir dans un roman de Perec (dans La disparition bien sûr, quelle question )? Justement, je suis en plein dans La disparition et je ne parviens pas à débusquer le E alors que je le cherche pourtant dans les moindres recoins, y compris en bas de page. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs donc il y en a forcément au moins un mais où ?
Je sais que je ne sortirai jamais d’ici, de ma bibliothèque - ces quelques planches en bois vernis, un genre de cercueil finalement - et ce n’est peut-être pas plus mal. La femme de ménage ne reviendra que dans une semaine et elle n’aura jamais la curiosité d’ouvrir un livre, surtout un des miens. Olivier pourrait bien passer - il a les clés et il risque de s’inquiéter de pas me voir chez lui ce soir - mais là aussi, je suis certaine qu’il ne mettra jamais le nez dans mes bouquins, lui à part l’Equipe …
http://lepandemoniumlitteraire.blogspot.com/
Et cela me permet de lancer nos activités littéraires de l'année 2010-2011. Bienvenue à toutes et à tous, pour la deuxième année de vie de Chevaliers des touches. A vos plumes pour de prochains exercices !
M.
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Le vice enfin puni
C’était un dimanche comme un autre, sauf que j’avais fermé tous les volets de la maison à cause de la chaleur. J’étais sur mon fauteuil - celui qui depuis toujours était mon fauteuil de lecture, la seule chose que j’avais voulu prendre dans la maison de mes parents à leur mort, le fauteuil où j’avais appris à lire à 6 ans et où je lisais encore à 31 - et je finissais mon thé quand tout à coup. Je sais, en général on met tout sauf un point à ce moment là, sauf que moi, c’est précisément à ce moment là que ma vie s’est terminée. Donc point (si vous permettez). Non, je vous arrête tout de suite, je ne suis pas morte, bien au contraire : j’ai vécu des dizaines et des dizaines de vies, dans des dizaines et des dizaines de pays différents, traversant les époques et endossant une multitude d’identités (homme, femme, jeune, vieux, riche, pauvre, beau, laid, aventurier, pleutre, catin, bonne sœur, mère, etc.).
L’expression de Flaubert « Madame Bovary c’est moi » prend désormais dans ma bouche un sens littéral. Oui, j’ai été Emma pendant quelques heures. Soyons honnête : il y a des pages où je ne me suis pas éternisée et certaines que j’ai même traversées en courant. J’aurais bien aimé vous y voir vous dans la scène d’agonie, déjà que dans le livre d’avant j’avais craint de mourir avec Gatsby - heureusement je n’étais pas Gatsby mais le narrateur, Nick Carraway. Bien sûr, les mauvaises langues vous diraient que j’étais Emma bien avant ce malheureux accident du dimanche 4 juillet vers 16h45 et ce n’est pas complètement faux sauf que je mesure désormais le sens profond du mot « métaphore » et le gouffre qui se cache dans le « comme ». Certes, je vivais (quasi) seule, je ne travaillais pas et passais mon temps à lire exclusivement des romans ou des nouvelles, en tout cas de la fiction, le reste - essais, poésie, biographie, journaux, correspondance - me tombait des mains les quelques fois où je m’y étais aventurée plus par défi personnel que par réelle envie.
J’en étais aux dernières lignes de « La bibliothèque de Babel » de Borges, dans le recueil Fictions en format de poche (dans ma bibliothèque, où le principe du rangement par ordre alphabétique prévalait, suivi par l’ordre chronologique de date de parution, des poches minuscules côtoyaient sans vergogne des œuvres complètes en papier bible, les livres reliés, les vielles couvertures écornées des livres d’occasion, toutes les hauteurs et les largeurs étaient admises dans cette démocratie idéale où le seul critère valable était la valeur intrinsèque de l’œuvre). « La certitude que tout est écrit nous annule ou fait de nous des fantômes » : là voilà la phrase qui a tout déclenché, page 80 du livre.
J’ai forcément traversé (je veux dire physiquement) les onze nouvelles suivantes du recueil mais je n’en ai aucun souvenir car je ne comprenais pas où j’étais, qui j’étais, ce qui m’arrivait, et surtout pourquoi je ne pouvais pas atteindre ma tasse de thé tiède, mon thé allait refroidir - j’avoue que bêtement ça a été ma seule pensée au début - , j’ai émergé réellement (quelle ironie ce mot quand on y pense !) à la table des matières. C’est là que la vérité m’est apparue : j’étais entrée dans le livre, il m’avait absorbée, dévorée, incorporée. Le livre était fini, j’allais pouvoir en sortir et reprendre ma vie quotidienne - avec tout ça, je me demandais quelle heure il était, peut-être même était-on déjà lundi, le temps passe tellement vite quand on est plongé dans un bon livre.
Tel le passe-muraille de Marcel Aymé, je traversai la couverture mais au lieu de me retrouver sur le fauteuil comme je m’y attendais, j’entrai de plain-pied dans une couverture : « De sang-froid. Récit véridique d’un meurtre multiple et de ses conséquences » de Truman Capote, traduit de l’anglais par Raymond Girard, NRF, Gallimard, collection « Du monde entier », première édition de 1966. Merde : on était forcément déjà lundi, la femme de ménage était venue et avait trouvé le livre sur le fauteuil et avec sa manie de tout ranger - malgré le fait que je lui aie dit mille fois de ne pas toucher aux livres - elle l’a rangé machinalement dans la bibliothèque.
Impossible de sortir en se faufilant entre deux livres : je les rangeais trop serrés, et ça depuis toujours, c’était une sorte de T.O.C. Je ne supportais pas de voir un espace entre deux livres dans ma bibliothèque, ça me chiffonnait ces béances : si la nature a horreur du vide, pourquoi pas la culture ? Les plaines à blé de Holcomb, ce n’est pas vraiment l’endroit rêvé pour passer ses vacances, enfin heureusement je n’étais ni Perry Smith, ni Eugene Hickock, mais un petit nabot fantasque à la drôle de diction, ce qui me permit d’arriver en vie à la dernière page, la 421.
Je regrettais d’avoir prêté à mon frère mon exemplaire de Si par une nuit d’hiver un voyageur de Calvino : j’aurais bien voulu redonner ses lettres de noblesse à la Lectrice, qui dans le roman est réduite au rang de compagne, objet de fantasme et partenaire de discussion du Lecteur qui lui est le vrai héros de l’histoire.
J’avoue que traverser Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll me terrifiait mais finalement ce fut une promenade de santé - une fois admis le principe de grandir et de devenir minuscule, de suivre un gros lapin blanc toujours en retard, de jouer au croquet avec des flamants roses et autres activités du même acabit.
Je restai dans la fantaisie animalière avec tous les Chevillard : je fus hérisson, orang-outang, crabe, créature mal définie au nom de Palafox, personnage de conte, mais je fus aussi un homme, un homme mort certes mais écrivain somme toute (et n’est-ce pas là le plus important ?) : Thomas Pilaster auquel mon ami Marc-Antoine Marson rendait hommage et en sortant du livre, page 187, j’eus soudain la folle envie d’aller voir ma tombe dans le petit cimetière de Joinville, au bout de la dernière allée où mon corps repose depuis le 21 février 1997.
En vieille routière de la lecture (j’ai bourlingué, je suis partie à l’aventure, sans plan ni boussole, je me suis perdue, j’ai fait demi-tour en pleine nuit en terrain hostile, au milieu de nulle part), je dirais que le terrain le plus instable que j’ai jamais traversé - les sables mouvants de la littérature mondiale - se trouve dans les nouvelles de Cortazar. Chez lui, le sol se dérobe toujours sous vos pieds quand vous croyez être en sécurité. Et que dire du faux ciel, des colonies fourmis, des failles dans l’espace-temps, des rêves qui ressemblent à des cauchemars ?
Je ris en mon for intérieur sur l’intimité forcée créée par le rangement alphabétique en passant des Heures de Cunningham à Arlington Park de Rachel Cusk : des destins de femmes assez proches finalement, toujours à peu près les mêmes détresses, les mêmes interrogations, les mêmes béances (on y revient).
Un peu plus tard, je fus Franz Biberkopf, le criminel sorti de prison, découvrant les abattoirs de Berlin dans le roman de Döblin Berlin Alexanderplatz.
Puis, sans autre transition que deux minces couvertures cartonnées, je me retrouvai au Conservatoire des arts et métiers, le soir du 23 juin 1984, je m’appelais Casaubon et j’observais le pendule osciller…
Une seule fois je me perdis dans les méandres du roman, c’était dans Le bruit et la fureur de Faulkner : je ne compris ni quel personnage j’étais censée incarner, ni en quelle année on était, ni même ce que j’étais censée faire. J’avoue qu’en sortant de Faulkner, j’étais contente de ne pas avoir Ulysse de Joyce dans ma bibliothèque : j’avais été bien inspirée de le laisser à mon ex, même si à mon avis, il s’était contenté de lire le monologue de Molly Bloom.
Vivre à Macondo fut synonyme de dépaysement - toutes ces couleurs, cette prolifération toute sud-américaine, ce côté baroque - mais avouez que cent ans de solitude c’est long, surtout quand on n’est qu’une petite orpheline qui mange de la terre…
Etre une héroïne féminine dans un roman de Laura Kasischke ne fut pas non plus de tout repos, surtout que j’avais tous ses romans : jeune prostituée orpheline dans un motel, prof d’âge mûr s’interrogeant sur son admirateur secret, lycéenne dont la mère disparaît sans crier gare et qu’on retrouvera dans un congélateur au sous-sol, pom-pom girls un peu trop insouciantes, mère de famille parfaite qui voit resurgir un pan de son passé qu’elle aurait voulu oublier, etc. Non décidément, ce n’était pas une sinécure.
Du Mexique de Kasischke à celui de Malcom Lowry, je n’eus pas beaucoup de chemin à parcourir : des rites de Quetzalcoalt qui fascinent les lycéennes d’aujourd’hui lors de leur escapade des vacances de Pâques aux délires éthyliques du consul à Quauhnahuac durant une journée en novembre 1938, il n’y avait qu’un peu d’encre et de papier.
Il est des voyages éprouvants mais que l’on se doit de faire à un moment donné de sa vie, tel fut le voyage halluciné dans une contrée hybride entre Paris et Saint-Pétersbourg dans lequel je suivis le Jérôme de Jean-Pierre Martinet, à mes risques et périls.
Mes pérégrinations au sein des pages des livres de ma bibliothèque m’amenaient à la réflexion suivante : et si le bonheur c’était vivre dans un roman de Modiano et mourir dans un roman de Perec (dans La disparition bien sûr, quelle question )? Justement, je suis en plein dans La disparition et je ne parviens pas à débusquer le E alors que je le cherche pourtant dans les moindres recoins, y compris en bas de page. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs donc il y en a forcément au moins un mais où ?
Je sais que je ne sortirai jamais d’ici, de ma bibliothèque - ces quelques planches en bois vernis, un genre de cercueil finalement - et ce n’est peut-être pas plus mal. La femme de ménage ne reviendra que dans une semaine et elle n’aura jamais la curiosité d’ouvrir un livre, surtout un des miens. Olivier pourrait bien passer - il a les clés et il risque de s’inquiéter de pas me voir chez lui ce soir - mais là aussi, je suis certaine qu’il ne mettra jamais le nez dans mes bouquins, lui à part l’Equipe …
Non, à dire vrai, une seule chose m’inquiète : ma vie de papier sera-t-elle assez longue pour atteindre les romans de Virginia Woolf, mes préférés ?
Marianne D.http://lepandemoniumlitteraire.blogspot.com/
dimanche 22 août 2010
Feuilleton d'été (11e et dernier) - par M.Z.
Les questions
Et puis, tandis que tu arrives à un
détour de ton récit et que tu t'arrêtes, perdu dans tes pensées,
le présentateur profite de cette pause pour se tourner vers
l'asscmblée :
- Et maintenant, je pense qu'il est temps
de passer la parole à la salle. Est-ce qu'il y a une question ?
(Silence.) Comme vous le voyez, notre invité n'a pas de mal à
s'exprimer, profitons-en ! (Silence.)
Enfin (et parfois, tout de suite) une
main se lève et une femme, un homme, le sourire aux lèvres,
demande :
- Depuis que vous avez eu du succès
avec vos livres, est-ce que vous vous sentez plus écrivain que
médecin ?
Ou :
- Pourquoi avez-vous cessé d'exercer
la médecine ?
Ou :
- Est-ce que vos patients se sont
reconnus dans vos livres ?
Ou :
- Est-ce que vous preniez des notes
entre deux consultations ?
Ou :
- Pourquoi est-ce que dans votre livre,
les patients parlent du médecin en disant "Tu" ?
Ou :
- Pourquoi êtes vous parti de France
Inter ?
Ou :
- C'est vrai que vous aimez beaucoup
les séries télévisées ? Vous pouvez nous expliquer
pourquoi ?
Ou :
- Et vos confrères, qu'est-ce qu'ils
pensent/disent de vos livres ?
Ou :
- Quand est-ce que vous avez commencé
à écrire ?
Ou :
- Pour un médecin, écrire, à quoi ça
sert ?
Ou :
- La radio, les livres, les critiques
de télévision, la médecine, l'internet... Comment trouvez-vous le
temps de faire tout ça ? Vous dormez combien d'heures, la
nuit ?
Ou :
- Est-ce que vous pensez qu'un jour
vous écrirez des romans dans lesquels il n'y aura pas de médecins ?
Ou :
- Est-ce qu'écrire, pour vous, c'est
une thérapie ?
Ou :
- Et pourquoi des romans policiers ?
Ou :
- Est-ce que vous avez envoyé le
manuscrit de votre premier livre par la poste, ou bien vous
connaissiez quelqu'un dans l'édition ?
Ou :
- J'ai vu que vous aviez mis votre
adresse internet dans votre livre. Vous répondez pas à tous les
courriers qu'on vous envoie, quand même !
Ou :
- J'ai lu quelque part que vous avez
beaucoup d'enfants. Est-ce qu'il y en a qui veulent devenir médecin ?
Ou :
- Est-ce que vous vous attendiez à ce
succès ?
Ou encore :
Comment vous est venue l’idée
d'écrire un roman polyphonique ?
Qu’est-ce qui est autobiographique
dans vos livres ?
Est-ce que vous avez toujours voulu
être écrivain ?
Est-ce que vos enfants lisent vos
livres ?
Avec qui avez vous des comptes à
régler ?
La maladie de Sachs, c'est une
vraie maladie ?
Vous ne vous trouvez pas un peu donneur
de leçons ?
D’où vient votre inspiration ?
Vous écrivez à la main, ou à
l’ordinateur ?
Pourquoi avoir choisi d'écrire sous
pseudo ? Et pourquoi celui-là ?
Est-ce que vous n’avez pas eu envie
d’écrire pour la télévision ?
Que pensez-vous du film de Michel
Deville ? Avez-vous participé au tournage ?
C’est vrai que vous écrivez dans
Spirou ?
Comment êtes vous accueilli à
l’étranger ?
Ça ne vous dérange pas qu’on vous
parle plus de médecine que de littérature ?
Que pensent vos patients du fait que
vous soyiez écrivain ? Ça ne les dérange pas que vous
racontiez leur vie ?
Qu'est-ce que ça a changé pour vous,
le succès ?
Comment êtes -vous perçu par les
autres écrivains ?
Qu’est-ce que ça fait d’être
devenu une figure médiatique ?
Est-ce que vous avez pensé à faire de
la politique ?
Vous qui êtes un militant, pourquoi
choisir le roman plutôt que l’essai ?
Combien est-ce que vous gagnez avec vos
livres ?
Et aussi :
- Qu'est-ce que
vous écrivez, en ce moment ?
Et toi (te
tournant vers le présentateur, puis vers l'assemblée) :
- Vous n'êtes pas pressés d'aller
vous coucher ?
Ils rient et font non de la tête.
- Bon... Eh bien, alors, voilà...
Et à ce moment-là, de nouveau, avec un mélange de délice et de soulagement, tu sens l'angoisse te quitter, tu te dis que ce ne sera jamais fini, que tu resteras là
pendant trois jours, cinq mois, mille ans, que tu auras toujours
quelque chose à raconter, et eux, envie de t'écouter.
Tant qu'il en sera ainsi, tu sauras que tu es vivant ; et que tu seras vivant le jour suivant, pour raconter encore. A elles, à eux, ou à d'autres.
Tant qu'il en sera ainsi, tu sauras que tu es vivant ; et que tu seras vivant le jour suivant, pour raconter encore. A elles, à eux, ou à d'autres.
Et ta vie rêvée, c'est ça.
Une vie de Shéhérazade.
FIN
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Post-Scriptum : Ce feuilleton, à l'exception du 11e chapitre, rédigé la veille de sa mise en ligne, a été écrit entre 2004 et 2009, par vagues successives. Il était originellement destiné à devenir un livre intitulé Comment survivre à un best-seller. Comme beaucoup d'autres textes, il était resté inachevé jusqu'à ce que je décide de le mettre en ligne sur ce blog. Merci de l'avoir lu et de m'avoir permis, par vos réactions, de lui trouver, finalement, un sens.
Mar(c)tin
mercredi 18 août 2010
Feuilleton d'été (10) - par Marc
Le foutu bouquin
Et puis, lentement, insensiblement, inexorablement, et sans que tu puisses dire comment tu y es parvenu, tu as fini par en venir à bout, de ce foutu bouquin. Tu l’as envoyé à P-au-L. Et P-au-L l’a publié.
Et en cet instant où ton hôte/intervieweur/interlocuteur te le remets sur le tapis, le sacré bouquin que tout le monde a en tête, tu penses, les yeux écarquillés, que tu n’en reviens toujours pas,
Et si, de ce pas, tu pouvais te transporter (sans ligne téléphonique ni connexion sans fil, sans ordinateur ni souris mais par le seul pouvoir de la pensée dans l’hyperespace des textes qui sédimentent sagement) dans les rayons de tes disques durs, tu irais fouiller dans le sous-dossier C ://Mes Documents/Journaux, tu cliquerais sur Journal 98.doc et tu découvrirais qu’en janvier de cette année-là, au moment où ton foutu bouquin arrivait en quelques exemplaires en librairie au milieu des nouveautés du mois et des retours pas vendus pas vendables du trimestre précédent (passé Noël faut plus compter les écouler) tu écrivais :
Mon ordinateur est tombé en panne à cause d’un virus (mais j’ai pu récupérer l’essentiel de mes fichiers textes)/MPJ a fait des Mekrods//J’ai été invité au Journal de midi de France Inter et je me suis senti un peu bête devant tout le bien que G. Courchelles et V. Josse disaient de mon foutu bouquin et encore plus bête après l’émission quand une charmante dame attachée au service culturel de France Inter et dont je n’arrive pas à retenir le nom m’a fait faire quasiment tout le tour de l’étage (et c’est rond et c’est long) en passant la tête dans tous les bureaux pour dire aux gens assis à l’intérieur Je vous présente l’auteur du livre dont je vous ai parlé//Mon ex-épouse a porté plainte pour « séquestration » de deux adolescents de 17 et 15 ans qui, depuis huit mois, ont pris sans qu’elle s’y soit opposé leurs cliques et leurs claques pour s’installer chez moi en continuant à aller passer le week-end chez elle, à cinq minutes en voiture//Je rédige plutôt laborieusement une série de livres de vulgarisation médicale (Migraine et casse-têtes, Mal au dos et mal partout, Faire sa nuit ou pas, et cerise sur le gâteau et tarte à la crème des livres de santé Putain de Stress) pour mettre du beurre dans les épinards//Un soir où les copains étaient à la maison j’ai cassé une coupe à champagne éparpillant des morceaux de verre sur les canapés /Je lis le beau French Lessons d’Alice Kaplan avec l’espoir qu’on m’en confiera la traduction//Je me demande comment ce sera quand mes doigts ne trouveront plus les touches quand mon cerveau ne me dira plus instinctivement (mécaniquement) où trouver la lettre que je cherche//Je me sens triste en pensant que mon livre ne se vendra pas, qu’on n’en parlera pas plus et peut-être moins que de La Vacation
et aussi :
Mon prochain livre, qui associe l’hôpital, l’apprentissage de la médecine, mon père et la relation au soin, sera une autobiographie, je n’ai plus qu’à trouver la dernière phrase, un titre de travail et le point de vue narratif. (Celui de mon père ? Celui de mes enfants ? Le mien, enfin ? ) »//Quand je pense au Livre Inter (en supposant/espérant/priant que La Maladie fera partie de la sélection et en déprimant parce que ça sera encore plus dur alors, de voir un autre roman le recevoir) je m’enfonce toute l’après-midi dans le canapé pour regarder des séries télé sans interruption trois ou quatre NYPD Blue d’affilée submergé d’émotion à la fin de chaque épisode incapable de m’en extraire pour retrouver la foutue vie quotidienne qui certes est bonne (vivre en aimant qui on est et avec qui on est c’est nettement meilleur que vivre en se détestant soi et l’autre) mais pas facile pour autant : comme nous n’avons pas un sou d’avance je bosse quinze heures par jour//Je m’endors sur mes traductions à trois heures du matin//Une fin d’après-midi, quelques temps après avoir été invité au journal de midi de France Inter, je suis allé signer à la librairie Plurielles - anciennement « La Taupe » et j’ai eu l’émotion de ma vie :
Une jeune femme de pas trente ans est entrée, accompagnée d’un couple plus âgé (ses parents manifestement) et m’a tendu un exemplaire de La Maladie de Sachs déjà défraîchi. "Je suis venue (de loin) pour vous le faire signer. Depuis que je l’ai lu, j’ai envie de vous raconter mon histoire. Je suis médecin, j’ai décidé de me spécialiser et de faire de la neurologie. Et puis un jour pendant un remplacement de neurologie, je me suis dit : "Ce n’est pas ça que je veux faire." J’ai abandonné ma spécialité, j’ai décidé de faire des remplacements de médecine générale. Quand j’ai dit ça à mes parents, ils ne comprenaient pas ils m’ont dit : ‘Tu aurais pu être spécialiste et travailler en ville et tu préfères aller chez les gens, entrer chez eux, les regarder vivre, les soigner jour après jour ? C’est vraiment ça que tu veux faire ? Être médecin de famille, médecin de campagne ?’ et j’ai répondu ‘Oui, c’est ce que je veux’, et ils ne comprenaient pas. Et puis l’autre jour dans la voiture, pendant que je faisais mes visites vous étiez à France Inter et j’ai entendu Courchelles parler de votre livre, je ne l’avais jamais entendu parler d’un livre comme ça, alors ça m’a donné envie d’aller l’acheter, et quand je l’ai lu je me suis dit "C’est ça, c’est ça que je veux faire alors (elle se tourne vers sa mère) je le leur ai offert..." (qui prend le relais) - "Et moi, en le lisant, j’ai compris pourquoi elle voulait faire ce métier-là"
Et le journal poursuit :
Je les aurais embrassées, toutes les deux, et le père, droit et digne et souriant avec elles, non seulement parce que cette histoire racontée en peu de mots me donnait envie de pleurer, comme c’est bon d’entendre qu’on a été compris et qu’on a touché, mais aussi parce j’étais sûr, ce jour-là, aussi sûr que je crois dans mes tripes que Dieu n’existe pas, que ces trois-là étaient et seraient les seuls lecteurs authentiques - spontanés, impulsifs, aléatoires (non pas que les amis, les parents, les copains, les relations ne soient pas de vrais lecteurs mais ils achètent le livre parce qu’ils savent qui l’a écrit, ils le lisent avec une curiosité, un intérêt qui est aussi tourné vers le type dont ils connaissent la voix et la tête et l’habitude de les recevoir en pantalon de survêt’ et gilet informe quand ils passent prendre un café, donc inévitablement ils ne sont pas des lecteurs lambda - si tant est que pareille animal existe) les seuls vrais lecteurs au monde qu’aurait ce foutu bouquin.
Tu n’exagérais pas. Quelques semaines plus tôt, en décembre, alors que tu t’escrimais déjà sur tes livres-de-médecine-pour-tous et que, pour faire face à l’avenir toujours incertain tu faisais tes comptes sur les entrées prévues (articles commandés, contrats de traduction signés) afin de t’assurer te rassurer, comme chaque mois que Dieu ne fait pas, que tu pourrais payer les traites, rembourser les emprunts et nourrir la marmaille, tu avais ouvert la boîte à lettre dans laquelle le facteur venait de déposer une enveloppe blanche obèse portant logo P.O.L, tu l’avais ouverte, tu avais découvert le fort volume dont on t’avait fait corriger les épreuves quelques semaines auparavant, tu l’avais feuilleté, tu avais vaguement regardé la table des matières les deux pages de remerciements, la dédicace pour voir si tout allait bien et puis tu l’avais plus jeté que posé sur la table en soupirant.
- Qu’y a-t-il ? avait demandé MPJ en te voyant jeter le livre.
Tu as soupiré lourdement.
- Il s’est passé tellement de temps depuis La Vacation que j’en étais venu à croire que j’étais l’homme d’un seul roman. Alors, bon, je suis bien content d’en publier un deuxième, et je suis très heureux que ce soit chez P.O.L mais (Tu as feuilleté une nouvelle fois, soupiré une nouvelle fois) c’est un gros bouquin, long et déprimant...
- Eh bien ?
- Personne ne lira ça.
dimanche 15 août 2010
Feuilleton d'été (9) - par Marc/tin
Toute la place
- Bon, mais chaque fois vous êtes invité à parler d’un nouveau livre, j’imagine qu’on vous parle de celui-là. Vous ne trouvez pas ça un peu agaçant, à la longue ? Tu lèves un sourcil (le gauche, car tu ne sais pas lever le droit).
- Euh... Non, pas vraiment. Pourquoi ?
- Vous n’avez pas le sentiment que ce livre-là prend un peu toute la place dans l’esprit des lecteurs ?
Toute la place.
Peut-il vraiment prendre plus de place dans la tête des lecteurs qu'il en prend dans la tienne ?
Tu as du mal à croire que ton bouquin, ton foutu bouquin, peut prendre autant de place dans la tête d’un lecteur que peut en prendre dans celle de tant de lecteurs le dernier - mettons - Harry Potter (« Vous avez vu ? Stephen King et John Irving ont supplié J.K Rowling de pas tuer Harry à la fin. C’est fou, non ? Quel culot ! Quelle audace ! Quelle humilité ! Quels grands enfants ces écrivains américains ! » ) ou qu’en prenait dans ta tête de lecteur adolescent et jeune homme, mettons : Cristal qui Songe ou Terminus les étoiles ou Tous à Zanzibar ou Le Monde du Fleuve ou La Vie Mode d’Emploi qui t’envahissaient entièrement quand tu avais douze quinze vingt cinq ans, au point que tu as longtemps été persuadé d’être le seul à les avoir lus.
Parce que, si les livres prennent de la place dans la tête d’un lecteur, c’est aussi parce qu’il ne se prend pas la tête avec, encore faut-il que celle ou celui qui les a écrit l’ait chassé de la sienne et soit passé à autre chose. Et pour toi, passer à autre chose ne coulait pas de source parce que, tous les jours, ou presque, pendant cinq ans, tu avais écrit ton foutu bouquin entre deux boulots alimentaires avec le sentiment confus et honteux de voler tout le monde - les revues qui t’avaient confié des articles, les éditeurs qui t’avaient commandé une traduction ou un livre sur les séries télévisées, MPJ et les enfants à qui tu étais persuadé d’oter le pain de la bouche en écrivant ce truc, ce machin que personne ne te demandait et dont probablement personne ne voudrait (si les films sont bourrés d’écrivains qui n’ont jamais réussi à publier une ligne après un premier roman prometteur, c’est parce qu’il y en a, pardi ! ).
Tu l’avais écrit avec la tristesse d’avoir quitté ton cabinet médical en 1993, avec le désir insensé de l’écrire pour ne pas le quitter tout à fait parce que tu avais beau te marteler Sartre (« Seuls les salauds pensent qu’ils sont indispensables ») haut et fort, la culpabilité d’avoir voulu partir, de partir, d’être parti (Vous nous quittez, Docteur ?, j’étais en confiance avec vous Je suis pas sûr(e) de m’habituer à quelqu’un d’autre...) t’avait soufflé l’idée naïve, sardonique, compensatoire que tu pouvais confier (métaphoriquement au moins) les lieux où tu avais exercé et les gens que tu avais soigné à un type que tu respectais, qui certes n’était pas parfait, non, mais que tu connaissais : brave Bruno Sachs, il avait fait ses premières armes avec six autres « toi » possibles dans un roman inachevé, il avait fini par s’incarner dans un roman où il avorte les femmes, et s’il les avorte et les soigne, c’est parce qu’il les aime, et s’il soigne aussi les hommes c’est parce qu’il a appris à les respecter en apprenant peu à peu à moins leur en vouloir, en apprenant peu à peu à moins se haïr.
Bref, Bruno et toi vous aviez déjà écrit un premier roman ensemble, tu le connaissais bien, tu savais qu’il était obstiné, tel un bouledogue qui ne lâche pas le morceau quand il l’a mordu, avec lui, tu te disais J’arriverai peut-être à le finir, ce foutu manuscrit. Impossible, bien sûr, de te souvenir de tout ce qui s’est passé de tout ce que tu as pensé pendant que tu l’écrivais, ce foutu bouquin. Bien sûr, tu pourrais aller relire tes cahiers d’avant 1995 (avant que tu ne te mettes à tenir ton journal à l’ordinateur) mais tu aurais mis ta main (et, même depuis l’ordinateur, ta main, tu y tiens) à couper qu’après chaque chapitre rédigé/volé entre deux boulots alimentaires/indispensables/vitaux, tu passais ton temps à y écrire quelque chose du genre : Je suis fatigué j’avance pas je vais pas y arriver. Ce truc-là c’est l’Arlésienne sans la musique Autant dire rien qui vaille d’ailleurs Comment oser penser le contraire quand je sais pas ni où je vais (pas de plan, ou alors si malfoutu) ni d’où je viens (quand je relisais la gorge me serrait : C’est quoi ce truc-là ?) et que je me contente de dire « Allons, j’écris, je verrai bien » - Quelle garantie avoir que je verrai bien, et pas mal ? - J’ai qu’à me souvenir du premier jet de La Vacation jeté au galop à la hussarde sur l’IBM à boule, l’ivresse, le grand bonheur pendant que je tapais comme un sourd...
Oui, mais malheureusement, au réveil, à la relecture, badaboum mon bonhomme, les cent cinquante pages dactylographiées serrées c’était pas un roman, il a fallu recommencer à zéro repasser un an dessus, alors ce premier geyser-ci, quatre ou cinq cents feuillets bien serrés, s’il faut tout refaire... et en te maudissant non seulement d’écrire un truc sans queue ni tête mais encore de le faire sans aucun espoir, sans aucune attente, sans la moindre perspective, sans la lueur d’une certitude mais dans la purée de pois du doute absolu, celle qui se résume en trois mots, qu’on prononce avant de jeter l’éponge ou de tout/se foutre en l’air : À quoi bon ?
Impossible de te souvenir de tout ce que tu as pensé. Impossible de te souvenir de toutes les fois où tu t’es dit : De toute manière je ne le finirai jamais. Mais tu as sûrement, et plus d’une fois, dû maudire le ciel et les enfers de ne pas exister - au moins tu aurais eu quelqu’un à insulter. Et pendant ce temps-là, grâce au fax ou à l’internet naissant (« - Je peux vous envoyer mon article par courrier électronique, si vous me donnez votre adresse e-mail... - Ah, bon ? Vous êtes équipé ? Nous, à la rédaction, on n’en a pas encore... ») et à un bagou que tu ne te connaissais pas - mais nécessité fait loi, n’est-ce pas ? - tu démarchais les éditeurs en leur vantant tes aptitudes exceptionnelles (les médecins qui lisent l’anglais et le traduisent correctement, ça ne court pas les rues en France et j’ai pris suffisamment de beignes pour savoir que pour traduire correctement faut bosser et c’est ce que je fais alors si vous avez de meilleures candidatures que la mienne, je vais proposer mes services ailleurs, car ma traduction n’est pas seulement correcte, Madame elle est excellente) vanité, vanité, certes tout n’est que vanité mais avec sept bouches à nourrir (et bientôt huit) tu n’avais pas les moyens de t’offrir l’humilité - et tu luttais contre l’angoisse en prenant toujours plus de boulot, toujours plus de traductions, toujours plus d’articles - après tout si tu avais signé la cession de ton cabinet médical, c’était bien pour chier de la copie et la transformer, sinon en or, du moins en assez d’argent pour nourrir les sept monstres voraces qui galopaient dans vos trois pièces (Mais bon dieu qu’est-ce qui m’a pris d’aggraver la surpopulation et la famine de cette foutue planète ? )
mardi 10 août 2010
Je viens de terminer un roman
Il s'intitule Les Invisibles. Il paraîtra en principe début 2011.
À ce jour j'ai écrit des romans appartenant à trois "veines" (c'est moi qui les définis ainsi) : des romans "réalistes" (La Vacation, La Maladie de Sachs, Les Trois médecins, le Choeur des femmes), des romans "policiers" (TPAMDS, Mort in vitro, Camisoles) et des romans de "SF" (Le Numéro 7, La Trilogie Twain). Les Invisibles appartient à la veine n°2. (Il est même la suite de Camisoles.) Et, comme Le CDF était d'une certaine manière en rupture avec le style de mes romans "réalistes", ce roman-ci est en rupture avec le style de mes romans policiers antérieurs. Il est différent des précédents romans de la même veine. En fait, on peut dire qu'il est différent de tous mes autres romans.
Les trois différences les plus apparentes (il y en a sûrement d'autres, mais ce sera plutôt aux lecteurs/trices de le dire) sont les suivantes.
Ce roman ne se déroule plus à Tourmens (comme tous mes romans précédents) mais à Montréal. Ce n'est pas sans importance. Si j'avais choisi de situer mes romans à "Tourmens", c'est parce que je ne parvenais pas à "habiter" littérairement l'une des villes dans lesquelles j'avais vécu (Tours, Le Mans). Et j'en avais fait une ville composite (Tour-Mans) qui me permettait de construire ce que je voulais, un lieu imaginaire qui remplissait sa fonction pour installer des histoires et des personnages.
Ecrire un roman qui se déroule à Montréal (même si certains des lieux de l'action et tous les personnages sont imaginaires) c'est une manière de dire "Je sais où je suis". Même si je ne sais pas encore très exactement ce que l'avenir me réserve, du moins, j'écris !!!
Ce roman n'a qu'un narrateur.
Ce n'était pas vraiment le cas encore dans Le Choeur des Femmes, car d'autres personnes – les patientes, Aline, Karma – prenaient la parole en marge du récit de Djinn. Le récit est chronologique et n'est pas entrecoupé, comme dans les polars précédents, par de faux articles de presse ou des émissions ou des documents scientifiques. C'est un récit qui puise dans un unique point de vue.
Ce qui m'amène à la troisième différence : c'est un roman à la première personne, masculin singulier. C'est la première fois que j'écris un roman entier dans lequel le narrateur dis "Je" tout au long du texte, sans jamais laisser la parole à quelqu'un d'autre. Ça non plus, ça n'est pas sans importance. Pendant longtemps, j'ai pensé que je n'avais pas le droit de dire "Je" ; que ce que j'avais à dire et qui provenait du plus profond de moi n'avait pas de valeur. Ou, du moins, pas autant de valeur que ce que les autres disaient. Je pensais que ce j'avais à dire en tant qu'adolescent, puis jeune adulte, puis homme marié père de famille, puis écrivain, n'avait pas d'intérêt.
Pour la première fois depuis l'adolescence (j'écrivais souvent mes nouvelles à la première personne du singulier), et le début de l'âge adulte, (ma première nouvelle publiée, Spectacle Permanent) je me remets à écrire "Je". J'ai expérimenté le "Je" dans Le Choeur des femmes, et bien sûr c'est une femme qui parle, et non un homme. Cette fois-ci, c'est un homme, d'un bout à l'autre. J'ai un peu le sentiment de "reprendre à zéro". Enfin, l'expérience en plus, ce qui n'est pas négligeable, bien sûr. Mais ce sentiment s'accompagne, évidemment, d'une certaine crainte : quand on change de style, de point de vue, de manière, on s'expose à ne pas être reconnu par celles ou ceux qui ont lu les livres précédents.
Et c'est déjà le cas : plusieurs personnes qui avaient lu et aimé La maladie de Sachs m'ont dit ne pas avoir aimé Le Choeur des femmes. Bon, d'autres l'ont aimé, et de toute manière je me dis souvent (pour ne pas glisser dans la paranoïa) : "On ne peut pas écrire pour tout le monde. On ne peut pas non plus écrire toujours pour les mêmes personnes. Et personne n'oblige un lecteur ou une lectrice à lire tous les livres d'un écrivain. Je ne voudrais pas qu'on m'oblige à lire, alors je ne veux pas que les lecteurs/trices d'un de mes livres se sentent obligés de lire les autres."
Ce ne sont pas les seules différences. En un sens, c'est un roman expérimental : j'essaie de retrouver – sans les singer mais en les adaptant – la forme et l'esprit des romans américains que je lisais adolescent, et aussi ceux de Maurice Leblanc et de Léo Malet (qui sont cités explicitement dans Les Invisibles).
Par "forme" et "esprit", j'entends bien sûr ce que j'ai perçu à l'époque, et ce qui me reste aujourd'hui. Je ne cherche pas à écrire (ou à construire mes intrigues) comme ces écrivains le faisaient, mais en connivence, en hommage et dans une filiation, comme lorsque je me suis inscrit en filiation de Perec en écrivant Les Cahiers Marcoeur ou La Maladie de Sachs.
Je ne sais pas ce que "vaut" ce nouveau roman ; "différent" ne veut pas nécessairement dire "meilleur" ni même "plus original". Quelques lecteurs/trices en avant-première m'en ont parlé en bien, et ça me fait très plaisir, mais le seul point de vue qui puisse me rassurer à ce stade est un point de vue éditorial. Mais là n'est pas vraiment l'important. L'important, je le sais – je le sens – c'est qu'il ouvre sur autre chose. D'abord, sur une "suite" potentielle : des romans policiers qui se déroulent à Montréal ; j'en dresse même le "profil" dans le dernier chapitre des Invisibles. Ecrire d'autres romans situés à Montréal, ce n'est pas une coquetterie ou un désir d'exotisme. C'est écrire d'une "autre place" que de celle où je me tenais auparavant.
Cette perspective nouvelle me permet d' (m'autorise à) écrire deux autres textes – un roman "réaliste" (La Voie des Hommes), un texte de réflexion sur le métier d'écrivain (que j'ai envie d'intituler Cavaliers des Touches, en hommage à ce blog et à ses contributeurs/trices) ; tous deux seront écrits à la première personne. Ce sont les textes dont je parlais dans l'entrée précédente du blog.
Ce sera important pour moi de les écrire à la première personne ; comme vous l'avez vu, mon "feuilleton d'été" était écrit à la deuxième personne, comme si les périgrinations de l'écrivain étaient racontées par quelqu'un d'autre. Et souvent, j'ai eu le sentiment d'être quelqu'un d'autre.
Aujourd'hui, je me sens plus "unifié". L'écriture, en elle-même, n'est pas la responsable (ou la baguette magique) qui a permis cette unification, qui est évidemment le résultat de plusieurs démarches – professionnelles, personnelles – et de nombreuses expériences et rencontres, certaines très fugaces, d'autres de longue haleine. Mais elle a certainement été un outil important dans cette "unification" de ma personnalité, qui en retour se manifeste, j'en suis certain, dans la forme et le contenu de mes textes.
Cela peut paraître paradoxal qu'un texte de "littérature populaire/de genre" me permette d'écrire des textes plus "littéraires". Mais cet itinéraire (et ce que vous venez de lire) illlustrent au fond deux idées qui me sont chères et qui se sont formées en moi au fil des années :
"Il n'y a qu'une littérature"
et
"Chaque texte prépare le suivant."
Mar(c)tin
PS : By popular demand
Au début des Invisibles, Charly Lhombre (médecin légiste héros de Mort in Vitro et Camisoles) quitte Tourmens et arrive à Montréal. Il vient s'intègrer au CRIE (Centre de Recherches Interdisciplinaires en Ethique) à l'Université de M. en tant que chercheur invité.
Très vite, et sans l'avoir sollicité, il devient le confident de l'équipe de professeurs du CRIE, profondément marquée depuis l'assassinat, trois ans plus tôt, de Kathleen Cheechoo, l'un de ses membres.
Fille de la Nation Crie, et femme de caractère, Kathleen a créé le CRIE et un foyer d'hébergement pour personnes itinérantes (terme québecois qui désigne les sans-abri) d'origine autochtone.
La mort d'un premier itinérant, l'agression de trois autres, et le sort tragique de deux personnes intimement liées au CRIE conduisent Charly à mettre au jour une histoire criminelle qui est aussi une histoire d'amour et de trahisons.
Si les vents de l'édition sont cléments, il pourrait s'agir du premier volume d'une série de romans de mystère situés à Montréal.
Voilà, voilà...
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