J'entends tellement dire que l'on a de plus en plus recours à l'IA pour écrire, j’ai voulu voir si une IA saurait écrire à ma place. Ou, en tout cas, "à ma manière".
Dans le « mode IA » de mon fureteur, j’ai tapé :
« Ecrire un court texte sur la maltraitance médicale
dans le style de Martin Winckler »
L’IA m’a répondu en quelques secondes :
La maltraitance médicale, ce n’est pas seulement le geste brutal ou l’erreur chirurgicale. C’est, le plus souvent, un subtil et quotidien « défaut de » : défaut d’écoute, de sollicitude, de temps et de respect. Dans son essai percutant Les brutes en blanc, le médecin et écrivain Martin Winckler (Marc Zaffran de son vrai nom) dénonce une médecine française trop souvent verticale, patriarcale et drapée dans son arrogance technocratique.
Voici un court texte qui adopte sa voix humaniste, directe et centrée sur la bientraitance narrative.
Les Brutes en Blanc et le Silence des Corps
On vous a appris à regarder des dossiers, des radiographies, des taux d'hémoglobine. On vous a répété, sur les bancs de la faculté, que vous étiez l’élite. Alors, quand elle s’assied en face de vous, vous ne voyez pas une femme fatiguée par trois emplois et la charge d'un enfant différent. Vous voyez un cas. Pire : une perte de temps.
La maltraitance médicale, ce n’est pas l’apanage des monstres. C’est la violence ordinaire d'un haussement de sourcils. C’est ce médecin qui soupire parce que la patiente pose « trop de questions », ou celui qui lance un cruel « À votre âge, qu'est-ce que vous espériez ? ». C’est l’examen gynécologique imposé sans consentement explicite, parce que « c’est la procédure ». C'est cette distance glaciale qui transforme un être humain en un organe défaillant.
Soigner, ce n’est pas réparer une machine. C’est écouter une histoire. Quand un médecin refuse de baisser les yeux de son écran pour croiser le regard de celui qui souffre, il ne fait pas de la science ; il commet une faute éthique. La douleur n’est pas une invention, le patient n'est pas un simulateur. Si votre diplôme vous sert de piédestal pour regarder les malades de haut, vous avez manqué votre vocation. Un soignant qui ne sait pas dire « Je vous écoute » n'est plus qu'un technicien en blouse blanche. Et les brutes, même en blanc, n'ont pas leur place au chevet de la souffrance.
Souhaitez-vous explorer un aspect plus précis de la pensée de Martin Winckler, comme sa critique de la formation médicale ou ses propositions pour une décision médicale partagée ?
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Lire ce... "pastiche" (?) m'a beaucoup troublé. D'abord parce que oui, ça "ressemble" à quelque chose que j'aurais pu écrire, en tout cas par le fond ; ensuite, sachant que je n'ai pas écrit ça, mais que ça a été écrit (ça s'est écrit ?) à ma demande, en puisant dans mes propos (écrits, transcrits, audio ?), je peux affirmer en même temps que j'aurais pu écrire quelque chose de similaire, mais que je ne l'aurais pas écrit "comme ça". Je veux dire : "pas avec les mêmes mots". (Pourquoi je peux le dire ? Parce que j'avais envie de refaire les phrases autrement...)
Et j'ai commencé à me demander ce que ça pourrait changer pour moi de donner, comme ça, des "directions" à une machine, pour qu'elle écrive un texte à ma place.
Je n'ai pas vraiment envie de le faire, parce que je sais que je passerais beaucoup de temps à récrire le texte pour qu'il ressemble à ce que je veux dire.
Bien sûr, je ne peux pas comparer la réécriture d'un texte IA-généré à la réécriture d'un premier jet de ma main (je ne peux pas faire une comparaison "en aveugle") mais je me dis, intuitivement, que le résultat ne serait pas identique. Et surtout, qu'il ne serait pas identique à mon intention. Tout simplement parce qu'il n'aurait pas commencé par le même processus : la traduction directe de mes pensées en mots posés sur la page.
Et pourtant, je suis troublé : pour ce qui concerne le contenu (ici, la maltraitance médicale), je suis d'accord sur le sens général du texte "pondu" par l'IA.
La question que je me pose alors est : l'IA adopte une forme -- une texture, un grain -- en produisant un texte. Est-ce que ça en change fondamentalement le sens ?
J'ai lu quelque part que la langue qu'on parle (ou qu'on écrit) nous fait penser différemment. Et je m'en rends compte depuis (onze ans) que je vis avec Rachel, qui est bilingue (elle est anglophone de naissance mais parle français plus couramment que moi l'anglais, parce qu'elle a vécu très jeune au contact des deux langues). On ne pense pas de la même manière dans une langue et dans l'autre.
Mais quand on fait parler l'IA à notre place, est ce que ça nous fait penser autrement ?
Je pose la question de manière naïve, sans a-priori définitif, avec les mêmes craintes, les mêmes interrogations, et la même curiosité que toute une chacune.
Je n'ai pas de réponse, il va nous falloir du temps avant d'avoir une meilleure appréhension de ce que ça va nous faire (ou non).
Mais hier, sur Bluesky, j'ai vu ceci, qui m'a fait chaud au coeur.
(NB : C'est moi qui traduis)
8 septembre
Journée mondiale de l'alphabétisation
Dans l'état de Sergipe, au nord-est du Brésil : Paolo Freire commence sa journée de travail avec un groupe de paysans très pauvres à qui il apprend à lire et écrire.
-- Comment vas-tu, Joao ?
Joao ne répond pas. Il tire sur le bord de son chapeau. Long silence. Enfin, il dit : "Je n'arrivais pas à dormir. Toute la nuit, je n'ai pas pu fermer les yeux."
Et puis plus rien, jusqu'à ce qu'il murmure : "Hier, pour la première fois de ma vie, j'ai écrit mon nom."
C'est pour ça qu'on apprend. Pour écrire notre propre nom."
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Bonne journée à toutes et à tous.
Gatineau 12 septembre


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