En ce moment, j’aimerais...
- traduire en anglais la nouvelle que je viens d’écrire (« Alice in Wonderland ») pour la revue Galaxies ;
- écrire un recueil qui s’intitulerait Des nouvelles de Montréal (j’ai déjà plusieurs textes dans la tête) ;
- écrire un livre intitulé Mon père était médecin et ma mère le soignait... ;
- me remettre à un roman (lequel, je sais pas, je n’ai que l’embarras du choix) ; de préférence, en anglais ;
- faire un inventaire des problèmes éthiques dans les séries médicales que je connais, à l’intention des enseignants ou des étudiants ;
- écrire et proposer un séminaire sur l’apprentissage du professionnalisme médical au travers des séries télé ;
- écrire un livre sur l’éthique clinique, l’éthique du soin au quotidien (il n’en existe pas en langue française qui soit écrit par un médecin, figurez-vous !!!)
- proposer un atelier d’écriture non scientifique à des professeurs de médecine ;
- écrire un compte-rendu de livre ou de film ou de série une fois par semaine ;
- avoir le temps de faire tout ça sans avoir à me soucier de l’intendance et sans avoir à en faire porter le souci à qui que ce soit.
Montréal, 17 décembre 2009
Mar(c)tin
jeudi 17 décembre 2009
Décrire le désir d'écrire (7) - par Lyjazz
J'écris pour.... Mettre en forme. Mettre en scène. Impérieusement, les idées qui me traversent.
Pour me rappeler, pour mémoire, pour me comprendre, pour avancer.
Parce que les idées naissent mieux sous mes doigts même si je n'ai pas l'impression d'en avoir avant de me trouver devant une feuille blanche (je parle de papier/stylo ou de clavier/écran)
Pour retrouver l'indicible.
Pour dire mon rythme intérieur. Qui me renseigne sur mes émotions, ma façon de les vivre : je suis capable de revivre les mêmes émotions plusieurs années après les avoir écrites, juste en les lisant. Je redeviens la même. Avec la distance supplémentaire.
C'est une magie.
Mon écriture, si elle est personnelle, n'est pas destinée à moi seule.
J'écris pour d'autres, pour au moins un interlocuteur. Je ne ME parle pas : je parle à un AUTRE. Parfois cet autre est moi, mais plus souvent un correspondant que je connais bien.
Mes façons de dire changent selon mon interlocuteur. Selon le degré d'affinités émotionnelles que nous avons.
Mais mon écriture est toujours personnelle, adaptée à ce que je crois comprendre de ce que va ressentir mon lecteur.
Pour autant, je m'y mets entièrement, j'habite mes mots et les accompagne et j'oublie ce que j'ai dit/écrit. Comme si mes émotions, toutes entières tendues vers le lecteur, ne m'appartenaient plus une fois écrites.
J'écris pour le vent, sur le vent.
Et je garde mes écrits pour me souvenir de ce que j'étais.
Mes phrases naissent aussi de quelques mots lus. D'un rythme, d'une émotion perçue ou ressentie, d'une odeur, d'une association d'idées, d'une image.
Cela peut me prendre à n'importe quel moment.
Mais souvent dans l'action qui comporte une forme d'automatisme : conduire, regarder les paysage défiler, provoque des phrases, marcher. Sentir par tous mes pores des odeurs, sensations, est aussi une façon de produire des phrases, des mots.
Comme il est peu facile d'écrire dans ces situations, j'engrange et je peux faire renaître plus tard, en phrases, sans doutes transformées, mais toujours traductrices de mon émotion précédente, mon écriture parlée intérieure.
J'ai appris à comprendre combien mon fonctionnement était propice à l'écriture : j'engrange, je vis, j'analyse parfois longtemps, intérieurement; et c'est devant l'écran, ou devant la feuille, que le flot se libère, sans que je sache quelle forme cela prendra.
Mais c'est impérieux et jubilatoire !
J'écris aussi pour mieux dire oralement ensuite, pour prémâcher des idées, des concepts, des difficultés.
L'écriture est un catalyseur, une mise en forme de ce que je ne savais pas avant de le voir surgir sous mes doigts.
Lyjazz
mercredi 16 décembre 2009
Ecrire le désir d'écrire (6)- par Clara Rimbaud
Un sein nu, une courbe presque parfaite et sur le sommet, un téton frémissant sur lequel je glisse ma langue. J’écris pour baiser. De la pulpe des doigts qui effleure une peau nue, d’un souffle dans la nuque, et d’une bouche qui atterrit sur une partie charnue… le désir traverse mon être avant de se poser sur le papier. Source et fin ultime, le désir trace mes mots, les ramasse, les ressasse, les vide et les recrée avant de les coucher sur le papier. Je recherche le désir de l’autre, celui de me lire, de partager ; ne serait-ce que pendant une fraction de seconde, cette sensation qui m’habite en permanence.
J’ai un rapport charnel avec ce qui m’entoure, j’ai besoin de matière nobles, quand j’écris sur un ordinateur, je me touche sans arrêt le visage, je passe les doigts sur ma bouche, je caresse le bois de ma table… j’ai besoin de sentir pour écrire. Je suis incessamment connectée avec ce qui m’entoure, je voudrais m’y fondre, y fusionner, traverser la résistance physique des choses, non pour les posséder, mais pour être. Si j’écris, si je sais que je suis lu, si la personne qui est face aux mots que j’ai tracés est saisie par une émotion, ne serait-ce qu’un fragment infime de ce que j’ai voulu esquisser, alors je la pénètre, je rentre dans son être et la connexion, la fusion est établie. J’ai besoin de cette connexion, de partager cette intensité.
Parce que je suis un être d’une violence extrême. Mes sentiments, mes sensations sont exacerbées et tentent de s’échapper par chaque centimètre de ma peau, jusqu’ici, je les retiens. Parfois elles s’évadent, et je gémis, je souffle, je ris et je subis le regard étonné, agacé, amusé de ceux qui m’entoure. Mais je rencontre rarement la compréhension. Ce combat incessant et violent qui traverse mon être ne peut trouver son expression par le biais d’une parole orale. Parce qu’il touche à ce qu’il y a de plus intime, à ce qui se susurre à l’oreille sur le ton de la confidence, à ce qui se murmure avec un air malicieux, à ce qui ne se partage qu’avec une personne… L’écriture crée un espace ouvert et protecteur. La parole orale est une parole sociale. La société m’a assigné une place sur laquelle je tiens difficilement, mais je joue le jeu parce qu’il m’amuse aussi à sa façon. Parce que je ne peux pas désirer si je n’ai pas d’obstacle dans l’obtention de mon désir. Elle me malmène en créant chez moi suffisamment de frustration et d’attraction pour que cela se transforme en sublimation.
Ce que je recherche, c’est le partage d’une émotion, pas quelque chose de beau et de socialement valorisé, mais un sentiment qui n’est ni bon, ni mauvais, qui est tout simplement sans chercher à savoir quelle place il occupe sur la grande échelle du Bien. L’écrit permet de créer instantanément cette relation d’intimité, ce chuchotement plaisant qui amène à la confidence. La personne qui lit s’épanche et se raconte, elle ressent le désir de lire parce que cela fait écho chez elle à tout un tas de sensations, sentiments, réflexions… et nos deux désirs se rencontrent dans ce partage silencieux, cette connexion invisible qui nous unit dans une proximité qui serait presque insupportable si elle n’était pas virtuelle.
J’écris parce que je ne peux pas parler.
Clara Rimbaud
J’ai un rapport charnel avec ce qui m’entoure, j’ai besoin de matière nobles, quand j’écris sur un ordinateur, je me touche sans arrêt le visage, je passe les doigts sur ma bouche, je caresse le bois de ma table… j’ai besoin de sentir pour écrire. Je suis incessamment connectée avec ce qui m’entoure, je voudrais m’y fondre, y fusionner, traverser la résistance physique des choses, non pour les posséder, mais pour être. Si j’écris, si je sais que je suis lu, si la personne qui est face aux mots que j’ai tracés est saisie par une émotion, ne serait-ce qu’un fragment infime de ce que j’ai voulu esquisser, alors je la pénètre, je rentre dans son être et la connexion, la fusion est établie. J’ai besoin de cette connexion, de partager cette intensité.
Parce que je suis un être d’une violence extrême. Mes sentiments, mes sensations sont exacerbées et tentent de s’échapper par chaque centimètre de ma peau, jusqu’ici, je les retiens. Parfois elles s’évadent, et je gémis, je souffle, je ris et je subis le regard étonné, agacé, amusé de ceux qui m’entoure. Mais je rencontre rarement la compréhension. Ce combat incessant et violent qui traverse mon être ne peut trouver son expression par le biais d’une parole orale. Parce qu’il touche à ce qu’il y a de plus intime, à ce qui se susurre à l’oreille sur le ton de la confidence, à ce qui se murmure avec un air malicieux, à ce qui ne se partage qu’avec une personne… L’écriture crée un espace ouvert et protecteur. La parole orale est une parole sociale. La société m’a assigné une place sur laquelle je tiens difficilement, mais je joue le jeu parce qu’il m’amuse aussi à sa façon. Parce que je ne peux pas désirer si je n’ai pas d’obstacle dans l’obtention de mon désir. Elle me malmène en créant chez moi suffisamment de frustration et d’attraction pour que cela se transforme en sublimation.
Ce que je recherche, c’est le partage d’une émotion, pas quelque chose de beau et de socialement valorisé, mais un sentiment qui n’est ni bon, ni mauvais, qui est tout simplement sans chercher à savoir quelle place il occupe sur la grande échelle du Bien. L’écrit permet de créer instantanément cette relation d’intimité, ce chuchotement plaisant qui amène à la confidence. La personne qui lit s’épanche et se raconte, elle ressent le désir de lire parce que cela fait écho chez elle à tout un tas de sensations, sentiments, réflexions… et nos deux désirs se rencontrent dans ce partage silencieux, cette connexion invisible qui nous unit dans une proximité qui serait presque insupportable si elle n’était pas virtuelle.
J’écris parce que je ne peux pas parler.
Clara Rimbaud
mardi 15 décembre 2009
Décrire le désir d'écrire (5) - par Martine B.
Parfois je suis une boulimique de l’écriture, mais pas toujours, l’an dernier par exemple je ressentais davantage le désir de faire du sport avec mes amis et j’ai peu écrit.
Quand je me suis mise à écrire, (des nouvelles car par ailleurs j’ai comme tout le monde rédigé des trucs pour mes études, pour le boulot…) au début c’était merveilleux car je n’en voyais que les bons aspects, j’avais l’impression de créer quelque chose. Quelques années après, je trouve mes premiers textes maladroits pour dire le moins. Il n’empêche que j’en ai réécrit certains, ils n’ont plus rien à voir avec les essais originaux, il faut bien admettre que je prends un grand plaisir à trancher dans le vif et à les « ciseler ». Donc le désir doit être toujours là…
Mais ce n’est plus un besoin impérieux, et c’est très bien comme cela car je me rends compte que je n’aurai jamais le temps de m’y mettre vraiment tant que je travaillerai. L’atelier de Martin est parfait car toutes les propositions qui y sont faites me permettent de prendre une bouffée d’oxygène sans y consacrer trop de temps, et en ce moment ce que je préfère dans l’écriture c’est cette possibilité de faire une pause et de se soustraire aux tracas du quotidien qu’elle offre, tout comme la lecture d’ailleurs.
Je me souviens qu’au début j’écrivais dans un état de tension quasi permanent, et que j’avais cette impression étrange que les mots s’imposaient à moi, un peu comme si j’étais un médium … Je commençais souvent un texte sans savoir où il allait m’emmener. Je me souviens aussi que c’était « l’écriture qui soigne », car pour comme vous autres des choses sont effectivement remontées à la surface…
Maintenant je prends davantage de recul et j’aimerais bien travailler sur quelque chose de différent pour vraiment me concentrer sur le travail d’écriture. Mais peut-être que je ne ferai jamais et qu’il me prendra l’envie de me remettre à la photo ou de me mettre enfin à la sculpture,… ou autre !
Quand je me suis mise à écrire, (des nouvelles car par ailleurs j’ai comme tout le monde rédigé des trucs pour mes études, pour le boulot…) au début c’était merveilleux car je n’en voyais que les bons aspects, j’avais l’impression de créer quelque chose. Quelques années après, je trouve mes premiers textes maladroits pour dire le moins. Il n’empêche que j’en ai réécrit certains, ils n’ont plus rien à voir avec les essais originaux, il faut bien admettre que je prends un grand plaisir à trancher dans le vif et à les « ciseler ». Donc le désir doit être toujours là…
Mais ce n’est plus un besoin impérieux, et c’est très bien comme cela car je me rends compte que je n’aurai jamais le temps de m’y mettre vraiment tant que je travaillerai. L’atelier de Martin est parfait car toutes les propositions qui y sont faites me permettent de prendre une bouffée d’oxygène sans y consacrer trop de temps, et en ce moment ce que je préfère dans l’écriture c’est cette possibilité de faire une pause et de se soustraire aux tracas du quotidien qu’elle offre, tout comme la lecture d’ailleurs.
Je me souviens qu’au début j’écrivais dans un état de tension quasi permanent, et que j’avais cette impression étrange que les mots s’imposaient à moi, un peu comme si j’étais un médium … Je commençais souvent un texte sans savoir où il allait m’emmener. Je me souviens aussi que c’était « l’écriture qui soigne », car pour comme vous autres des choses sont effectivement remontées à la surface…
Maintenant je prends davantage de recul et j’aimerais bien travailler sur quelque chose de différent pour vraiment me concentrer sur le travail d’écriture. Mais peut-être que je ne ferai jamais et qu’il me prendra l’envie de me remettre à la photo ou de me mettre enfin à la sculpture,… ou autre !
lundi 14 décembre 2009
Décrire le désir d'écrire (4) - par Christine J.
Ça arrive le matin. Un peu d’inquiétude d’abord – avoir le temps, il faudrait que je fasse ça ou ça pour avoir l’esprit dégagé, réussir à me mettre en situation effective d’écrire, plage horaire, pensées focalisées sur ce but, liberté de le faire, que je me donnerais, droit que je prendrais ou temps que je volerais, se débrouiller et composer avec.
Une tension – ce que je fais, tâches ménagères ou autres, est tendu dans ce but, je sens des phrases au bord, elles se préparent, mais mes bras et mes mains doivent faire autre chose, c’est comme se retenir de dire ce qu’on a sur le cœur, comme rater la belle bleue d’un feu d’artifice, tension.
Une autre inquiétude ensuite – et si j’arrivais à préserver du temps et qu’au moment d’écrire rien ne sortait, que des mots gourds, falots, besogneux, une impasse et même pas la place de manœuvrer dans la ruelle pour un demi-tour…
(et puis au fond, c’est bien pratique de mettre sur le dos des taches-ménagères-ou-autres la faute, l’échec, la frustration. Parce qu’écrire, c’est quand même avancer sur un escalier invisible, bouger vers un point inconnu sur un sol inconnu, je ne suis pas dupe, mon alibi est illusoire)
Une certitude aussi : il faut que j’écrive. Pourquoi est une autre histoire sur laquelle je ne mets pas de scénario, trop remuant sûrement, trop de séismes dans le pourquoi, contrer la mort dedans, la mienne et celles de ceux que j’aime, laisser des traces, planter un piolet dans la montagne, peindre un écriteau dehors avec une flèche qui me désigne, chanter fort dans le train, perdurer, exister, trop remuant d’y penser à la fin.
La faim : celle de ce moment de travail où je vais mettre les mots, les déplacer, les reprendre, les chercher, les retrouver, m’adapter à eux, les suivre (et la surprise, parce que quelque chose, l’image d’un homme travaillant sur le toit d’une maison que j’ai vu la veille va surgir, un pan va s’ouvrir que je portais sans le savoir, je suis plus large que je ne crois et, malgré ma peur, je chante fort dans le train devant tout le monde, et même très fort, et même sans honte, ou presque pas).
L’envie du moment d’après aussi : après, ce qui devait arriver est arrivé, j’ai réussi, j’ai écrit, je ne sais pas si c’est bon ou mauvais, mais ça existe, cohérent avec moi, légitime, et ça a balayé la tension, les inquiétudes, et ça a fait se taire le pourquoi qui menace toujours de me pousser d’un coup d’épaule contre le mur du couloir quand je le croise.
L’inquiétude, l’envie, la faim, la certitude, la surprise et d’autres choses que je ne sais pas nommer, le désir d’écrire est présent presque tout le jour jusqu’au soir. Il me reprend le jour suivant dès le matin, à l’heure de la première lessive."
Une tension – ce que je fais, tâches ménagères ou autres, est tendu dans ce but, je sens des phrases au bord, elles se préparent, mais mes bras et mes mains doivent faire autre chose, c’est comme se retenir de dire ce qu’on a sur le cœur, comme rater la belle bleue d’un feu d’artifice, tension.
Une autre inquiétude ensuite – et si j’arrivais à préserver du temps et qu’au moment d’écrire rien ne sortait, que des mots gourds, falots, besogneux, une impasse et même pas la place de manœuvrer dans la ruelle pour un demi-tour…
(et puis au fond, c’est bien pratique de mettre sur le dos des taches-ménagères-ou-autres la faute, l’échec, la frustration. Parce qu’écrire, c’est quand même avancer sur un escalier invisible, bouger vers un point inconnu sur un sol inconnu, je ne suis pas dupe, mon alibi est illusoire)
Une certitude aussi : il faut que j’écrive. Pourquoi est une autre histoire sur laquelle je ne mets pas de scénario, trop remuant sûrement, trop de séismes dans le pourquoi, contrer la mort dedans, la mienne et celles de ceux que j’aime, laisser des traces, planter un piolet dans la montagne, peindre un écriteau dehors avec une flèche qui me désigne, chanter fort dans le train, perdurer, exister, trop remuant d’y penser à la fin.
La faim : celle de ce moment de travail où je vais mettre les mots, les déplacer, les reprendre, les chercher, les retrouver, m’adapter à eux, les suivre (et la surprise, parce que quelque chose, l’image d’un homme travaillant sur le toit d’une maison que j’ai vu la veille va surgir, un pan va s’ouvrir que je portais sans le savoir, je suis plus large que je ne crois et, malgré ma peur, je chante fort dans le train devant tout le monde, et même très fort, et même sans honte, ou presque pas).
L’envie du moment d’après aussi : après, ce qui devait arriver est arrivé, j’ai réussi, j’ai écrit, je ne sais pas si c’est bon ou mauvais, mais ça existe, cohérent avec moi, légitime, et ça a balayé la tension, les inquiétudes, et ça a fait se taire le pourquoi qui menace toujours de me pousser d’un coup d’épaule contre le mur du couloir quand je le croise.
L’inquiétude, l’envie, la faim, la certitude, la surprise et d’autres choses que je ne sais pas nommer, le désir d’écrire est présent presque tout le jour jusqu’au soir. Il me reprend le jour suivant dès le matin, à l’heure de la première lessive."
samedi 12 décembre 2009
Décrire le désir d'écrire (3) - par Sophie B.
Décrire le désir d'écrire, comment faire? Le désir d'écrire, c'est les mots qui viennent tout bas (comme le dit ce cher formidable William Sheller). C'est aussi les mots qui parlent tout bas. Les mots vont et viennent (quelle chance ils ont de s'en laisser aller ainsi langoureusement) tout bas...
D'abord entre eux, ensuite face à nous, et encore ensuite face aux autres parfois. Ceux qui écrivent tout bas et rêvent tout haut d'un monde meilleur. Meilleur ou autrement. Autrement parce qu'on aimerait y montrer nos mots. On aime s'écrire, on aime aussi écrire en pensant à la terre ronde (à la terre verte). A la terre pleine de tous. J'aime parler aux gens. Mais souvent je n'ai pas le temps. Parce que j'aime bien les écouter avant tout. J'aime écouter et voir les gens vivants. J'aime lire leurs histoires. Et pour ma part, voilà désir de leur écrire...
J'aime écrire. La fascination des lettres. Enfant, alors que je jouais à écrire (sérieusement sur une feuille, assise droite sur ma chaise) et quand par un si heureux hasard, une crolle ressemblait à ce qui, je l'apprendrai plus tard, serait un g, un b ou un f. Et puis la fascination des mots. D'un mot plus un mot plus un autre et puis encore un autre. Et puis, les mots qui se mêlent, se rencontrent (qui s'entrechoquent aussi, dans ce cas, vive les parenthèses). Des phrases. Des phrases de mots qu'on aime lire. Et entendre aussi. J'aime les chansons en français, dans mes oreilles, je lis les phrases chantées. Ca m'arrive parfois d'avoir devant les yeux, un clavier imaginaire qui écrit les mots que j'entends. Et je me dis "Ah que j'aimerais l'écrire cette chanson"...
Sophie B
D'abord entre eux, ensuite face à nous, et encore ensuite face aux autres parfois. Ceux qui écrivent tout bas et rêvent tout haut d'un monde meilleur. Meilleur ou autrement. Autrement parce qu'on aimerait y montrer nos mots. On aime s'écrire, on aime aussi écrire en pensant à la terre ronde (à la terre verte). A la terre pleine de tous. J'aime parler aux gens. Mais souvent je n'ai pas le temps. Parce que j'aime bien les écouter avant tout. J'aime écouter et voir les gens vivants. J'aime lire leurs histoires. Et pour ma part, voilà désir de leur écrire...
J'aime écrire. La fascination des lettres. Enfant, alors que je jouais à écrire (sérieusement sur une feuille, assise droite sur ma chaise) et quand par un si heureux hasard, une crolle ressemblait à ce qui, je l'apprendrai plus tard, serait un g, un b ou un f. Et puis la fascination des mots. D'un mot plus un mot plus un autre et puis encore un autre. Et puis, les mots qui se mêlent, se rencontrent (qui s'entrechoquent aussi, dans ce cas, vive les parenthèses). Des phrases. Des phrases de mots qu'on aime lire. Et entendre aussi. J'aime les chansons en français, dans mes oreilles, je lis les phrases chantées. Ca m'arrive parfois d'avoir devant les yeux, un clavier imaginaire qui écrit les mots que j'entends. Et je me dis "Ah que j'aimerais l'écrire cette chanson"...
Sophie B
vendredi 11 décembre 2009
Le désir, quelle connerie - par Franck Garot (Exercice d'écriture n°7)
Écrire serait le fruit d'un désir comme une envie de tarte aux fruits ? Belle connerie ! Comme si l'écrivain était actif, comme s'il se disait un jour : tiens, et si je devenais écrivain ?
D'après Tchekhov, on devient écrivain parce qu'un jour on se casse une jambe. À la première lecture de cette déclaration, on se dit qu’au départ écrire sert à tromper l'ennui, puis on se prend au jeu jusqu’à devenir écrivain. Bref, la jambe cassée comme catalyseur d'une vocation d'écrivain.
Seulement, je vois cette jambe cassée autrement, elle peut être autre chose, une guerre, un viol, la mort qui vous caresse doucement la joue, une maladie qui ne vous lâche pas, ou simplement un dégoût profond, et alors on écrit contre, contre le monde, pour se sauver. (D’aucuns pensent sauver la littérature, ceux-là seront éternellement malheureux, eussent-ils brillamment démoli Nisard.)
Évidemment, c’est un vaste programme, alors les écrivains se partagent la tâche. En vrac, et sans être exhaustif, le taulier de ce blog se bat contre une idée de la pratique de la médecine, Didier Daeninckx contre Papon avec Meurtres pour mémoire, Emmanuel Carrière contre les sociétés de crédit dans D’autres vies que la mienne, Laurent Mauvignier contre le silence autour la guerre d’Algérie dans Des hommes. Écrivent-ils par désir ? Posons-leur la question. En attendant, mon hypothèse est simple : le monde leur est insupportable, alors ils écrivent pour le dire, voire le changer. Question de survie.
Et l’écriture comme une entreprise de sauvetage exclut de facto le désir. On ne se sauve pas par désir mais par obligation, c'est un besoin – parfois une drogue. J'ai en mémoire cette scène du film de Agnès Jaoui où le personnage de Jean-Pierre Bacri, un écrivain justement, quitte le concert de sa fille en urgence parce que l'inspiration lui revient comme un raz-de-marée, le submerge, et à ce moment-là, ce n'est pas du désir, c'est juste un besoin vital, et c'est cela pour moi, écrire.
Je n’en suis pas – du moins pas encore – arrivé à cet extrême (notez que je ne suis pas encore écrivain), mais je n’ai jamais « envie » d’écrire, non, je ressens un besoin, irrépressible. Et puis écrire n’est pas toujours agréable, une vraie lutte parfois, contre l’histoire qui se défile, contre les personnages qui m’échappent, contre les mots qui me manquent ; l’écriture devient une douleur : qui peut désirer souffrir ? Peut-être ne suis-je finalement qu’un junkie de l’écriture.
Alors oui, le désir, quelle connerie !
Franck Garot
D'après Tchekhov, on devient écrivain parce qu'un jour on se casse une jambe. À la première lecture de cette déclaration, on se dit qu’au départ écrire sert à tromper l'ennui, puis on se prend au jeu jusqu’à devenir écrivain. Bref, la jambe cassée comme catalyseur d'une vocation d'écrivain.
Seulement, je vois cette jambe cassée autrement, elle peut être autre chose, une guerre, un viol, la mort qui vous caresse doucement la joue, une maladie qui ne vous lâche pas, ou simplement un dégoût profond, et alors on écrit contre, contre le monde, pour se sauver. (D’aucuns pensent sauver la littérature, ceux-là seront éternellement malheureux, eussent-ils brillamment démoli Nisard.)
Évidemment, c’est un vaste programme, alors les écrivains se partagent la tâche. En vrac, et sans être exhaustif, le taulier de ce blog se bat contre une idée de la pratique de la médecine, Didier Daeninckx contre Papon avec Meurtres pour mémoire, Emmanuel Carrière contre les sociétés de crédit dans D’autres vies que la mienne, Laurent Mauvignier contre le silence autour la guerre d’Algérie dans Des hommes. Écrivent-ils par désir ? Posons-leur la question. En attendant, mon hypothèse est simple : le monde leur est insupportable, alors ils écrivent pour le dire, voire le changer. Question de survie.
Et l’écriture comme une entreprise de sauvetage exclut de facto le désir. On ne se sauve pas par désir mais par obligation, c'est un besoin – parfois une drogue. J'ai en mémoire cette scène du film de Agnès Jaoui où le personnage de Jean-Pierre Bacri, un écrivain justement, quitte le concert de sa fille en urgence parce que l'inspiration lui revient comme un raz-de-marée, le submerge, et à ce moment-là, ce n'est pas du désir, c'est juste un besoin vital, et c'est cela pour moi, écrire.
Je n’en suis pas – du moins pas encore – arrivé à cet extrême (notez que je ne suis pas encore écrivain), mais je n’ai jamais « envie » d’écrire, non, je ressens un besoin, irrépressible. Et puis écrire n’est pas toujours agréable, une vraie lutte parfois, contre l’histoire qui se défile, contre les personnages qui m’échappent, contre les mots qui me manquent ; l’écriture devient une douleur : qui peut désirer souffrir ? Peut-être ne suis-je finalement qu’un junkie de l’écriture.
Alors oui, le désir, quelle connerie !
Franck Garot
jeudi 10 décembre 2009
Décrire le désir d'écrire (2) - par Gilda
Le sujet m'intéresse mais je suis mal barrée : l'écriture pour moi n'est pas de l'ordre du désir, elle est nécessité.
Elle l'est devenue à l'instant même où je m'y suis autorisée, de façon fort tardive puisque j'étais à une semaine de 40 ans et que c'était ma grande amie, l'âme sœur, qui après plusieurs années d'un très patient travail pour m'en faire approcher, jugeait le moment opportun pour me botter les fesses et me dire Mais regarde, patate, tout y est.
Et la patate a failli répondre par retour de message, Mais tu es folle !, je ne sais pas, moi. Seulement avant, par respect, elle a essayé de suivre la piste indiquée, des bribes préexistantes, une façon de les rassembler, et s'est rendue compte que ça dessinait quelque chose et qui ressemblait bien un peu à ce qu'on lisait dans les livres en papier.
Ça écrit dans ma tête presque à flux continu, il faut vraiment que je sois très concentrée sur quelque chose à vivre, par exemple très malade, très en danger (1) ou très amoureuse, pour m'en déconnecter. J'avais eu auparavant une vie trop peu confortable, trop laborieuse et trop chargée pour en prendre conscience. Écrire consiste pour moi à syntoniser la bonne longueur d'onde afin de n'écouter qu'une émission et une seule à un moment donné, me mettre au clavier et retranscrire. C'est donc un travail. Il est parfois pénible et risqué, ce que je cherche à capter vient de très loin et m'apprend des choses que j'aurais préféré ignorer ; d'autre fois elles sont plaisantes, et qui me permettent de comprendre ce que je vois et vis en y mettant les mots et parviens à en rire même si sur l'instant j'avais failli mal aller.
Souvent c'est le sentiment que les histoires, les récits, préexistent et qu'ils cherchent désespérément quelqu'un par qui passer afin d'être communiqués. Je suis un récepteur-ré-emetteur.
Aucun désir là-dedans. À moins que dans un second temps, celui de filtrer, trier et affiner afin de rendre l'émission pour les autres écoutable.
Si je reste trop longtemps sans faire mon boulot, toutes les phrases traînent et s'entassent et je me sens confuse jusqu'aux plus simples gestes de la vie quotidienne.
Depuis qu'on m'a poussée dans le bassin des mots, j'écris pour surnager. Il était grand temps que quelqu'un le fasse, sur le bord, j'étouffais.
(1) ou l'un des miens, surtout s'il s'agit des enfants.
PS : Mon "500 mots" est très à la louche, on dirait
Elle l'est devenue à l'instant même où je m'y suis autorisée, de façon fort tardive puisque j'étais à une semaine de 40 ans et que c'était ma grande amie, l'âme sœur, qui après plusieurs années d'un très patient travail pour m'en faire approcher, jugeait le moment opportun pour me botter les fesses et me dire Mais regarde, patate, tout y est.
Et la patate a failli répondre par retour de message, Mais tu es folle !, je ne sais pas, moi. Seulement avant, par respect, elle a essayé de suivre la piste indiquée, des bribes préexistantes, une façon de les rassembler, et s'est rendue compte que ça dessinait quelque chose et qui ressemblait bien un peu à ce qu'on lisait dans les livres en papier.
Ça écrit dans ma tête presque à flux continu, il faut vraiment que je sois très concentrée sur quelque chose à vivre, par exemple très malade, très en danger (1) ou très amoureuse, pour m'en déconnecter. J'avais eu auparavant une vie trop peu confortable, trop laborieuse et trop chargée pour en prendre conscience. Écrire consiste pour moi à syntoniser la bonne longueur d'onde afin de n'écouter qu'une émission et une seule à un moment donné, me mettre au clavier et retranscrire. C'est donc un travail. Il est parfois pénible et risqué, ce que je cherche à capter vient de très loin et m'apprend des choses que j'aurais préféré ignorer ; d'autre fois elles sont plaisantes, et qui me permettent de comprendre ce que je vois et vis en y mettant les mots et parviens à en rire même si sur l'instant j'avais failli mal aller.
Souvent c'est le sentiment que les histoires, les récits, préexistent et qu'ils cherchent désespérément quelqu'un par qui passer afin d'être communiqués. Je suis un récepteur-ré-emetteur.
Aucun désir là-dedans. À moins que dans un second temps, celui de filtrer, trier et affiner afin de rendre l'émission pour les autres écoutable.
Si je reste trop longtemps sans faire mon boulot, toutes les phrases traînent et s'entassent et je me sens confuse jusqu'aux plus simples gestes de la vie quotidienne.
Depuis qu'on m'a poussée dans le bassin des mots, j'écris pour surnager. Il était grand temps que quelqu'un le fasse, sur le bord, j'étouffais.
(1) ou l'un des miens, surtout s'il s'agit des enfants.
PS : Mon "500 mots" est très à la louche, on dirait
mercredi 9 décembre 2009
Petits poèmes à naître - par Yannick
A pas contés
A compter du premier jour
Un murmure, un clapotis, un frisson.
Au creux de la nuit, un être muet et sensible
S'achemine vers la lumière extérieure
De cet inspir, expir
Il nous livre une langue
Un souffle
Une âme.
Notre âme
Quelles sont les pensées
D'un enfant
Dans le ventre de sa mère ?
Ces touches impressionnistes
Librement inspirées
Vous livrent ce qu'humblement
Je crois avoir entendu
Le long de mon chemin en compagnie
De leur présence douce et rassurante
Il écoute sur Terre
le souffle des Anciennes
Et ses mères portent
Leur ventre en offrande
Je suis là pour voir
Dit l'enfant sage
Pour voir les oiseaux voler
Un voile de brume
Recouvre la Terre
Volutes sur l'étang
Les phrases du vent
Inscrivent le désert
Dans l'enfant qui sommeille
Lové sur le coeur de sa mère
Au centre de la femme
Un bouton de cristal
Un petale de vie
Un chant de liberté
Il va à la vie
Rire de son destin
Au creux de tes reins
Belle est ma mère
La Terre
Lorsqu'au fond de l'Arctique
Elle sourit de ses dix mille feux
Et sur mon corps ébauché
je sens son souffle ardent
je viens
Tout doucement
Le nacre de la conque
Dans le matin blême
Frissonne
Blanche comme l'écume
Ses longs doigts dansent la vie
Un tendre courant l'emporte
ReNaître aujourd'hui
Sur une nappe
En papier cloqué
le thé celeste fume
Les drapeaux de prière
parlent au temps
Et les âmes sourient.
Bonne journée et merci pour tout.
yannick
Note de M.W. : Yannick est sage-femme.
A compter du premier jour
Un murmure, un clapotis, un frisson.
Au creux de la nuit, un être muet et sensible
S'achemine vers la lumière extérieure
De cet inspir, expir
Il nous livre une langue
Un souffle
Une âme.
Notre âme
Quelles sont les pensées
D'un enfant
Dans le ventre de sa mère ?
Ces touches impressionnistes
Librement inspirées
Vous livrent ce qu'humblement
Je crois avoir entendu
Le long de mon chemin en compagnie
De leur présence douce et rassurante
Il écoute sur Terre
le souffle des Anciennes
Et ses mères portent
Leur ventre en offrande
Je suis là pour voir
Dit l'enfant sage
Pour voir les oiseaux voler
Un voile de brume
Recouvre la Terre
Volutes sur l'étang
Les phrases du vent
Inscrivent le désert
Dans l'enfant qui sommeille
Lové sur le coeur de sa mère
Au centre de la femme
Un bouton de cristal
Un petale de vie
Un chant de liberté
Il va à la vie
Rire de son destin
Au creux de tes reins
Belle est ma mère
La Terre
Lorsqu'au fond de l'Arctique
Elle sourit de ses dix mille feux
Et sur mon corps ébauché
je sens son souffle ardent
je viens
Tout doucement
Le nacre de la conque
Dans le matin blême
Frissonne
Blanche comme l'écume
Ses longs doigts dansent la vie
Un tendre courant l'emporte
ReNaître aujourd'hui
Sur une nappe
En papier cloqué
le thé celeste fume
Les drapeaux de prière
parlent au temps
Et les âmes sourient.
Bonne journée et merci pour tout.
yannick
Note de M.W. : Yannick est sage-femme.
Quand je serai vieux (Exercice n°6) - par Ari Jardou
Moi,
Quand je serai vieux (et si j’y arrive)
Et si je peux encore écrire
Car je veux continuer d’écrire
J’écrirai.
J’écrirai
Tout ce qui me passera par la tête
Tant qu’il s’y passera quelque chose.
J’écrirai
Toujours
Et même après.
Même quand il ne s’y passe plus rien.
J’écrirai
A propos de ce vide
A propos de ce silence
Ou a propos de ce bourdonnement
Dans ma tête.
J’écrirai
Je ne sais quoi.
J’écrirai
Je ne sais pour qui pour quoi.
Mais j’écrirai
Pour ne pas
Crier mon Désespoir, ma Solitude, mes Souffrances.
J’écrirai
Car il va falloir
Que je tue le temps qui me reste
Avant qu’il ne me tue.
J’écrirai
Au Temps, au Vent, à l’Hiver et à l’Eté
Pour qu’il me tue
Alors qu’il me reste encore ma tête.
J’écrirai
Même si quelqu’un vient me retirer ma plume ou mon crayon.
J’écrirai
Avec mes doigts dans l’Espace.
Mon cœur se sera arrêté
Mes doigts écriront encore.
Et à leurs tours s’immobiliseront tel un Marin
Agrippé à son gouvernail
Dignement – Sombrant dans l’Océan – Faisant corps avec son Navire.
De cet Océan de l’Oubli et du fond même de la vase,
J’écrirai.
J’écrirai.
Et je ne cesserai d’écrire.
A tous ceux qui m’auront aimé
Et à mon sang et aux sang(s) de mon sang.
- Ari JARDOU (07 Décembre 2009 21h42)
J’ai toujours « écrisenvain ». Peut être que cette fois c’est différent.
(Je cherche un Facteur qui veuille bien porter ces écrits aux autres « Ecrivants » de ce blog).
Merci Docteur.
Quand je serai vieux (et si j’y arrive)
Et si je peux encore écrire
Car je veux continuer d’écrire
J’écrirai.
J’écrirai
Tout ce qui me passera par la tête
Tant qu’il s’y passera quelque chose.
J’écrirai
Toujours
Et même après.
Même quand il ne s’y passe plus rien.
J’écrirai
A propos de ce vide
A propos de ce silence
Ou a propos de ce bourdonnement
Dans ma tête.
J’écrirai
Je ne sais quoi.
J’écrirai
Je ne sais pour qui pour quoi.
Mais j’écrirai
Pour ne pas
Crier mon Désespoir, ma Solitude, mes Souffrances.
J’écrirai
Car il va falloir
Que je tue le temps qui me reste
Avant qu’il ne me tue.
J’écrirai
Au Temps, au Vent, à l’Hiver et à l’Eté
Pour qu’il me tue
Alors qu’il me reste encore ma tête.
J’écrirai
Même si quelqu’un vient me retirer ma plume ou mon crayon.
J’écrirai
Avec mes doigts dans l’Espace.
Mon cœur se sera arrêté
Mes doigts écriront encore.
Et à leurs tours s’immobiliseront tel un Marin
Agrippé à son gouvernail
Dignement – Sombrant dans l’Océan – Faisant corps avec son Navire.
De cet Océan de l’Oubli et du fond même de la vase,
J’écrirai.
J’écrirai.
Et je ne cesserai d’écrire.
A tous ceux qui m’auront aimé
Et à mon sang et aux sang(s) de mon sang.
- Ari JARDOU (07 Décembre 2009 21h42)
J’ai toujours « écrisenvain ». Peut être que cette fois c’est différent.
(Je cherche un Facteur qui veuille bien porter ces écrits aux autres « Ecrivants » de ce blog).
Merci Docteur.
lundi 7 décembre 2009
Décrire le désir d'écrire (1) - Exercice n° 7 par Zelapin
Je viens timidement proposer une idée d'exercice d'écriture. Elle m'est venue en réfléchissant sur le désir/besoin d'écrire, et je me suis aperçue qu'il m'est difficile de décrire cette sensation.
J'ai essayé et je me demandais si cela avait un intérêt en tant qu'exercice, d'autant que je serais très intéressée par la connaissance de ce phénomène chez d'autres écrivants.
La consigne pourrait être celle-ci "décrire votre désir d'écrire", en 500 mots maximum à la louche.
Et voici ma contribution :
J'ai essayé et je me demandais si cela avait un intérêt en tant qu'exercice, d'autant que je serais très intéressée par la connaissance de ce phénomène chez d'autres écrivants.
La consigne pourrait être celle-ci "décrire votre désir d'écrire", en 500 mots maximum à la louche.
Et voici ma contribution :
Décrire le désir d’écrire
Le désir d’écrire reste une sensation intense même quand je n’écris rien, même si j’essaie d’écrire, assez présente au cours de la journée.
Et je me suis aperçue de la difficulté avec laquelle je parviens à décrire cette sensation, la pauvreté de ce qui vient.
J’essaie d’y travailler.
Une représentation de ce désir qui se mue souvent en besoin pourrait être une pièce dans un appartement fraîchement investi, qui contiendrait des cartons, des tas de cartons (nombreux et empilés).
Les habitants peuvent vivre confortablement dans cet appartement, manquent seulement quelques objets, quelques vêtements, quelques effets personnels (expression plaisante « effets personnels ») contenus dans ces cartons. Ils y ont accès librement, mais ce n’est pas si simple ; pour accéder au contenu convoité, il faut repérer le carton désigné, le localiser, parfois retrouver dans quel carton l’objet attend, puis parvenir à récupérer ce carton, peu accessible.
Cette image est vraie dans la mesure où elle traduit cette impression que ce que je pourrais écrire est déjà là, que je le contiens, même sous une forme embryonnaire, je peux continuer à vivre, sans jamais aller le chercher, mais je vis sous le même toit.
Voilà pour la partie « matière à écrire », mais ce désir d’écrire est également une tension, un bouillonnement, ou un bruit de fond, un peu comme un acouphène, présent quand l’alentour est calme, masqué par certaines fréquences qui distraient l’oreille et le cerveau.
Cette tension pourrait être illustrée par l’image d’un enfant ayant reçu à un anniversaire un nombre important de cadeaux convoités depuis longtemps. La projection du plaisir procuré par l’usage de chaque cadeau empêche, entrave la mise en action ; l’enfant aurait envie de jouer avec tous, individuellement mais simultanément et il ne sait par lequel commencer. L’idée même de l’utilisation de l’un d’eux est balayée par l’anticipation du plaisir procuré par un autre et ainsi de suite. Au final peut ne subsister que l’excitation provoquée par ces possibles.
Comme cet enfant, j’ai du mal à décider de ce que je vais écrire, et surtout, j’ai tellement envie de le faire, dans tellement de directions qu’elles s’annulent toutes, ou presque.
Cette envie de l’écriture ressemble donc bien à un désir (tension) soumis à la mise à disposition d’un matériau, dont la disponibilité reste aléatoire.
dimanche 6 décembre 2009
A propos de "Docteur Prose" - par rvqras@gmail.com
A quand un "Comme Un Roman" appliqué aux fictions télévisées et aux oeuvres cinématographiques ?
Un jour un collègue m'a dit "je ne pensais pas que c'était ton genre de film". Ah bon ? Un bodybuilder ne doit aimer que les films de Chuck Norris ? Une vendeuse en parfumerie doit elle être uniquement fan des comédies romantiques de Hugh Grant ?
Un ami a acheté des coffrets de "Ally McBeal". Il apprécie beaucoup le film "Notting Hill", avec Julia Roberts. Il est parfois mal à l'aise à l'idée que "cela se sache".
Les dix commandements du spectateur :
1- Le droit de détester et/ou d'adorer un succès du box office
2- Le droit d'être exigeant et/ou bon public
3- Le droit de regarder les films et les séries uniquement en VO ou uniquement en VF
4- Le droit d'appuyer sur "avance rapide" ou sur "pause"
5- Le droit d'appuyer sur "stop" ou de sortir de la salle
6- Le droit d'aimer
* "Le Septième Sceau" et "Terminator"
* uniquement "Le Septième Sceau"
* uniquement "Terminator"
7- Le droit d'être ému par "Police Academy" et/ou "Sur La Route de Madison"
8- Le droit de rire en regardant "Mary A Tout Prix" et/ou "Dancer In The Dark"
9- Le droit de regarder uniquement une scène, le début, la fin ou la bande annonce.
10- Le droit au silence et/ou au bruit pendant la projection.
rvqras@gmail.com
Un jour un collègue m'a dit "je ne pensais pas que c'était ton genre de film". Ah bon ? Un bodybuilder ne doit aimer que les films de Chuck Norris ? Une vendeuse en parfumerie doit elle être uniquement fan des comédies romantiques de Hugh Grant ?
Un ami a acheté des coffrets de "Ally McBeal". Il apprécie beaucoup le film "Notting Hill", avec Julia Roberts. Il est parfois mal à l'aise à l'idée que "cela se sache".
Les dix commandements du spectateur :
1- Le droit de détester et/ou d'adorer un succès du box office
2- Le droit d'être exigeant et/ou bon public
3- Le droit de regarder les films et les séries uniquement en VO ou uniquement en VF
4- Le droit d'appuyer sur "avance rapide" ou sur "pause"
5- Le droit d'appuyer sur "stop" ou de sortir de la salle
6- Le droit d'aimer
* "Le Septième Sceau" et "Terminator"
* uniquement "Le Septième Sceau"
* uniquement "Terminator"
7- Le droit d'être ému par "Police Academy" et/ou "Sur La Route de Madison"
8- Le droit de rire en regardant "Mary A Tout Prix" et/ou "Dancer In The Dark"
9- Le droit de regarder uniquement une scène, le début, la fin ou la bande annonce.
10- Le droit au silence et/ou au bruit pendant la projection.
rvqras@gmail.com
lundi 30 novembre 2009
Lire, écrire. Rêver, peut être - par Martin W.
Le pire, finalement, ce n'est pas "ne pas pouvoir écrire", ou "ne pas savoir quoi écrire", c'est en avoir trop à écrire à la fois. En sachant que le temps n'est pas extensible. Et puis qu'il y a le temps pour la famille. Et puis aussi l'intendance (dont il faut bien s'occuper). Et puis les travaux alimentaires (qu'il faut bien faire pour faire tourner l'intendance, les gosses c'est sympa mais ça bouffe tout le temps, ça grandit tout le temps il faut leur acheter des trucs nouveaux, ça râle tout le temps il faut les sortir ou leur donner vingt balles pour qu'ils aillent râler avec leurs copains, ça dort tout le temps il faut les faire lever pour qu'ils donnent un coup de main à passer l'aspirateur, ça se salit tout le temps il faut bien faire la lessive et quand il neige déjà que la lingerie n'est pas tout près c'est la galère, ça parle tout le temps il faut bien les écouter et s'intéresser à ce qu'ils racontent des fois qu'ils seraient tentés de se venger de notre manque d'attention en allant fumer un joint ou boire de la bière en cachette ou cambrioler une banque, bref ! Ca prend du temps.
Le temps, ça n'est pas extensible, je l'ai déjà dit mais je n'en finirai jamais de le dire, et quand il y a tout plein de choses à faire (les textes alimentaires, le cours bi-hebdomadaire à préparer, les courses, les démarches administratives et les entretiens avec les étudiant(e)s qui viennent discuter du contenu de leur copie et de la note qu'on leur a mise injustement - oui, oui, ça fait partie du boulot des enseignants, au Québec, de recevoir les étudiants pour écouter leurs arguments...) il est difficile d'avoir du temps pour écrire ce qu'on veut. Et pour lire.
L'autre jour après être allé voir "Fantastic Mr Fox" (je vous le conseille, c'est excellent) avec mon boss et une demi-douzaine de garçons entre 10 et 16 ans, je me suis dit que la principale raison pour laquelle j'aimerais avoir un poste de prof dans une université d'Amérique du Nord c'est parce que j'aurais une allocation livres : je pourrais commander tous les bouquins que je veux (enfin pas tous, mais beaucoup) et même, si j'étais prof de "Television Studies" spécialisé dans les séries télé, les coffrets des séries qui pourraient me permettre, de près ou de loin, de faire mes cours, d'écrire mes articles et mes bouquins sur le sujet.
Notez bien que ça ne changerait rien à mon problème : même si j'avais tout l'argent qu'il me faut pour (après avoir payé le loyer, les courses et quatre paires de chaussures de neige taille 46) commander deux douzaines de coffrets de DVD par trimestre à Amazon.ca, je n'aurais pas plus de temps pour les regarder et pour écrire les articles qu'ils m'inspireraient certainement.
Ni les articles qu'on m'a gentiment proposé d'écrire pour la revue du département.
Ni les textes qui me sautent à la figure en parlant à un étudiant ou à une collègue, ou en lisant La Presse dans le métro.
Ni les romans dont je berce l'idée depuis longtemps.
Ni les chansons que j'aimerais chanter en solo.
Ni les scénarios de séries télé.
Ni les essais qui me donneraient l'illusion d'être un intellectuel influent.
Ni les textes qui me viennent sans prévenir, comme celui-ci, que je me suis mis à écrire au fil de la plume sans réfléchir.
Et d'ailleurs, pourquoi est-ce que je l'ai écrit, ce texte, alors que j'ai déjà tant à faire.
Quelle perte de temps, vraiment !
Mar(c)tin
Le temps, ça n'est pas extensible, je l'ai déjà dit mais je n'en finirai jamais de le dire, et quand il y a tout plein de choses à faire (les textes alimentaires, le cours bi-hebdomadaire à préparer, les courses, les démarches administratives et les entretiens avec les étudiant(e)s qui viennent discuter du contenu de leur copie et de la note qu'on leur a mise injustement - oui, oui, ça fait partie du boulot des enseignants, au Québec, de recevoir les étudiants pour écouter leurs arguments...) il est difficile d'avoir du temps pour écrire ce qu'on veut. Et pour lire.
L'autre jour après être allé voir "Fantastic Mr Fox" (je vous le conseille, c'est excellent) avec mon boss et une demi-douzaine de garçons entre 10 et 16 ans, je me suis dit que la principale raison pour laquelle j'aimerais avoir un poste de prof dans une université d'Amérique du Nord c'est parce que j'aurais une allocation livres : je pourrais commander tous les bouquins que je veux (enfin pas tous, mais beaucoup) et même, si j'étais prof de "Television Studies" spécialisé dans les séries télé, les coffrets des séries qui pourraient me permettre, de près ou de loin, de faire mes cours, d'écrire mes articles et mes bouquins sur le sujet.
Notez bien que ça ne changerait rien à mon problème : même si j'avais tout l'argent qu'il me faut pour (après avoir payé le loyer, les courses et quatre paires de chaussures de neige taille 46) commander deux douzaines de coffrets de DVD par trimestre à Amazon.ca, je n'aurais pas plus de temps pour les regarder et pour écrire les articles qu'ils m'inspireraient certainement.
Ni les articles qu'on m'a gentiment proposé d'écrire pour la revue du département.
Ni les textes qui me sautent à la figure en parlant à un étudiant ou à une collègue, ou en lisant La Presse dans le métro.
Ni les romans dont je berce l'idée depuis longtemps.
Ni les chansons que j'aimerais chanter en solo.
Ni les scénarios de séries télé.
Ni les essais qui me donneraient l'illusion d'être un intellectuel influent.
Ni les textes qui me viennent sans prévenir, comme celui-ci, que je me suis mis à écrire au fil de la plume sans réfléchir.
Et d'ailleurs, pourquoi est-ce que je l'ai écrit, ce texte, alors que j'ai déjà tant à faire.
Quelle perte de temps, vraiment !
Mar(c)tin
dimanche 29 novembre 2009
Potins sur le potage (Quand je serai plus vieille, 15) - par Marie-Thérèse
Quand j’ai été plus vieille, j’ai calfeutré toutes mes oreilles
comme pour des fenêtres trop usées dans les interstices à courants d’alizé.
Peut-être n’entendais-je plus rien, que les corbeaux mitoyens, au dehors, du pré voisin
Car ici tous mes chats sentencieux ronronnaient, surveillant la soupe aux citrouilles,
qui, Elle, indifférente orange, clapotait et ronchonnait.
J’avais appris une recette recopiée sur mon lit, dans Femme Actuelle, avec de la Vache qui Rit
Un peu de lait et quelques poivrières, dès lors on me prit pour la sorcière du placard à balais. Celle que j’ai chassée un jour, à coups de tapette à mouches, certes mais, avec grand amour.
Une de mes dents venait de me quitter, et la facture du gaz gisait, gluante sur l’évier.
Quand j’ai été plus ancienne, j’ai replié toutes mes antennes
car le Grand Monde m’ inquiétait par ses torrents d’iniquité.
Tous ces allumés en cavale et leurs rudes manies de vandales
aux prises avec leur gros nombril, une impossibilité de regard subtil.
J’avais appris une autre recette, feuilletée près de la fenêtre
dans le magazine ELLE, à la section du cas par cas.
Un onguent contre le mal d’oreilles et toutes les tristes saturations.
Or on me prit pour la pharmacienne, celle des grands bosquets déglingués
que je soudoie de temps en temps, pour soulager mes petites hernies sentimentales
et ces déficits de silence qui m’empêchent de préparer , mieux encore, ma meilleure mort.
Je la sais verticale.
Quand j’aurais été plus vieille, j’aurais ri comme une treille
secouée par des vendangeurs bègues, ruisselante et ahurie.
Lyon (France) Marie-Th . Peyrin
comme pour des fenêtres trop usées dans les interstices à courants d’alizé.
Peut-être n’entendais-je plus rien, que les corbeaux mitoyens, au dehors, du pré voisin
Car ici tous mes chats sentencieux ronronnaient, surveillant la soupe aux citrouilles,
qui, Elle, indifférente orange, clapotait et ronchonnait.
J’avais appris une recette recopiée sur mon lit, dans Femme Actuelle, avec de la Vache qui Rit
Un peu de lait et quelques poivrières, dès lors on me prit pour la sorcière du placard à balais. Celle que j’ai chassée un jour, à coups de tapette à mouches, certes mais, avec grand amour.
Une de mes dents venait de me quitter, et la facture du gaz gisait, gluante sur l’évier.
Quand j’ai été plus ancienne, j’ai replié toutes mes antennes
car le Grand Monde m’ inquiétait par ses torrents d’iniquité.
Tous ces allumés en cavale et leurs rudes manies de vandales
aux prises avec leur gros nombril, une impossibilité de regard subtil.
J’avais appris une autre recette, feuilletée près de la fenêtre
dans le magazine ELLE, à la section du cas par cas.
Un onguent contre le mal d’oreilles et toutes les tristes saturations.
Or on me prit pour la pharmacienne, celle des grands bosquets déglingués
que je soudoie de temps en temps, pour soulager mes petites hernies sentimentales
et ces déficits de silence qui m’empêchent de préparer , mieux encore, ma meilleure mort.
Je la sais verticale.
Quand j’aurais été plus vieille, j’aurais ri comme une treille
secouée par des vendangeurs bègues, ruisselante et ahurie.
Lyon (France) Marie-Th . Peyrin
La Cause des Causeuses
http://la_cause_des_causeuses.typepad.com/
samedi 28 novembre 2009
Quand je serai plus vieille (14) - par Anne-la-bibliothécaire
Quand je serai plus vieille d'une heure
J'aurai fini mon livre
Quand je serai plus vieille d'un jour
J'aurai fini ma peinture
Quand je serai plus vieille d'un mois
J'aurai fini mon voyage
Quand je serai plus vieille d'un an
J'en aurai fini avec mon amour
Quand je serai plus vieille d'un siècle
On m'aura oubliée
Anne-la-bibliothécaire
J'aurai fini mon livre
Quand je serai plus vieille d'un jour
J'aurai fini ma peinture
Quand je serai plus vieille d'un mois
J'aurai fini mon voyage
Quand je serai plus vieille d'un an
J'en aurai fini avec mon amour
Quand je serai plus vieille d'un siècle
On m'aura oubliée
Anne-la-bibliothécaire
jeudi 26 novembre 2009
Quand je serai plus vieille (13) - par Gilda
Quand je serai plus vieille, j'aurai bien des amants
Gilda
Cherchant en vain, inlassablement,
La tendresse et l'intensité de Celui qui
M'avait si délicatement courtisée alors
Qu'il savait bien, le bougre, que pour lui c'était fini.
Quand je serai plus vieille, sans cesse je voyagerai
Ça ne sera pas pour m'amuser mais bien pour travailler
Ici, là, ailleurs où je serai conviée.
J'ignore si j'aurai des papiers français.
Quand je serai plus vieille, j'écrirai au clavier.
Ça fera rire les plus jeunes, depuis longtemps passés
À la transmission électronique de pensée.
Quand je serai plus vieille, je cesserai de pleurer
Avoir atteint tant d'âge me fera rigoler.
mercredi 25 novembre 2009
Quand je serai plus vieille (12) - par Maud K.
Quand je serai plus vieille
je porterai le monde sur mes genoux
et mes petits enfants avec.
J'aurai une poitrine large où il fait bon se nicher
et plein d'amour a distribuer.
Quand je serai bien vieille
je serai sage
et irréverencieuse.
J'aurai dans mes bagages
des souvenirs, des regrets, des remords
et des victoires.
J'aurai vu les hommes
et compris leurs ressors
surpris leurs travers
et déniché leurs trésors.
J'aurai appris les hommes.
Quand je serai d'un autre temps
je m'inclinerai d'un sourire entendu.
Les rides et le vent sur ma peau
auront caché les marques des entraves
d'un autre temps
Je serai nue et je serai belle.
Sous mes tempes grises
danseront les feux des rêves accomplis
et dans mes mains flétries
dormira le guerrier, au repos.
Quand je serai plus vieille
je serai nue, et
je porterai l'essence du monde
comme parfum.
je porterai le monde sur mes genoux
et mes petits enfants avec.
J'aurai une poitrine large où il fait bon se nicher
et plein d'amour a distribuer.
Quand je serai bien vieille
je serai sage
et irréverencieuse.
J'aurai dans mes bagages
des souvenirs, des regrets, des remords
et des victoires.
J'aurai vu les hommes
et compris leurs ressors
surpris leurs travers
et déniché leurs trésors.
J'aurai appris les hommes.
Quand je serai d'un autre temps
je m'inclinerai d'un sourire entendu.
Les rides et le vent sur ma peau
auront caché les marques des entraves
d'un autre temps
Je serai nue et je serai belle.
Sous mes tempes grises
danseront les feux des rêves accomplis
et dans mes mains flétries
dormira le guerrier, au repos.
Quand je serai plus vieille
je serai nue, et
je porterai l'essence du monde
comme parfum.
mardi 24 novembre 2009
Quand je serai vieille (11) - par Sophie B
Quand je serai vieille, je n'aurai plus de mémoire, je n'aurai que l'avenir devant moi, je ne repenserai pas à hier, je serai là ou ici aujourd'hui.
Quand je serai vieille je regarderai les fleurs, les feuilles, j'écouterai des insectes et je n'entendrai que ça, je sentirai l'odeur de la terre, je passerai des nuits dans mon jardin, je scruterai les étoiles et je les verrai filer.
Quand je serai vieille je rencontrerai une nouvelle personne chaque jour, je passerai du temps avec lui, avec elle, on parlera sans compter le temps, on parlera ensemble dans le monde et hors du temps, on sera des amis de la journée.
Quand je serai vieille, je comprendrai pourquoi je reste toute la journée assise dans un parc à regarder le monde autour et au-dedans de moi.
Quand je serai vieille, je n'écrirai plus, je parlerai, j'écouterai ma tête.
Quand je serai vieille, une journée sera un siècle, une heure une éternité, le temps n'aura plus de prise sur moi, j'aurai tout le temps, tous mes yeux, tout mon corps, toute ma tête.
Quand je serai vieille, je n'aurai plus mal au dos, aux yeux, aux mains, aux pieds, aux cheveux.
Quand je serai veille, je n'aurai plus envie ni besoin d'aller travailler.
Quand je serai vieille, je commencerai déjà bien demain.
Quand je serai vieille, je m'appelerai toujours Sophie B.
Sophie B.
Quand je serai vieille je regarderai les fleurs, les feuilles, j'écouterai des insectes et je n'entendrai que ça, je sentirai l'odeur de la terre, je passerai des nuits dans mon jardin, je scruterai les étoiles et je les verrai filer.
Quand je serai vieille je rencontrerai une nouvelle personne chaque jour, je passerai du temps avec lui, avec elle, on parlera sans compter le temps, on parlera ensemble dans le monde et hors du temps, on sera des amis de la journée.
Quand je serai vieille, je comprendrai pourquoi je reste toute la journée assise dans un parc à regarder le monde autour et au-dedans de moi.
Quand je serai vieille, je n'écrirai plus, je parlerai, j'écouterai ma tête.
Quand je serai vieille, une journée sera un siècle, une heure une éternité, le temps n'aura plus de prise sur moi, j'aurai tout le temps, tous mes yeux, tout mon corps, toute ma tête.
Quand je serai vieille, je n'aurai plus mal au dos, aux yeux, aux mains, aux pieds, aux cheveux.
Quand je serai veille, je n'aurai plus envie ni besoin d'aller travailler.
Quand je serai vieille, je commencerai déjà bien demain.
Quand je serai vieille, je m'appelerai toujours Sophie B.
Sophie B.
dimanche 22 novembre 2009
Docteur Prose
Montréal, salon du livre, 20 et 21 novembre 2009.
Onze ans après le Livre Inter et notre première rencontre (je ne l'ai revu qu'une fois entre temps) je passe deux longs moments avec Daniel Pennac, invité d'honneur avec Tonino Benacquista du Salon du Livre de Montréal.
En me revoyant, Pennac me salue comme si nous étions deux vieux amis. Et en un sens, c'est vrai : il me raconte que sa compagne a lu à haute voix Le Choeur des femmes pendant qu'il traversait la France pour se rendre dans leur maison du Vercors (à moins que ce ne soit au retour ?) ; de mon côté, je lui dis combien Chagrin d'école, de même que Comme un roman sont des livres importants à mes yeux.
La première rencontre, le soir de la délibération du Livre Inter, dans les salons de Radio-France au milieu des 24 jurés, était une rencontre de sensibilités et d'intelligence réciproque. En dînant avec lui, hier soir, avec sa femme Mine et MPJ à la table où nous avaient invités notre diffuseur commun au Québec, Gallimard Ltée, j'ai senti une nouvelle fois tous les "atomes crochus" qui me l''avaient d'emblée rendu si familier, si fraternel.
Pennac est un type comme je les aime : cultivé et jamais hautain, grave sans jamais perdre son humour, respectueux et chaleureux. C'est un bonheur de parler avec lui et de l'écouter raconter des histoires. Il me décrit ainsi plusieurs idées de nouvelles qu'il n'a jamais eu le temps de mettre en oeuvre, désolé de la lenteur avec laquelle il écrit, précisant avec humilité que cette lenteur n'est même pas - hélas ! - gage de qualité. Je me dis que j'écrirais volontiers avec la même lenteur si j'étais assuré de produire des livres "d'aussi piètre qualité" que les siens.
Comme moi, il aime parler de ses livres en cours : contrairement à d'autres écrivains, il n'a pas le sentiment que le fait d'énoncer verbalement une idée va l'éventer ou la dilapider, mais que la narration parlée prépare l'écrit.
Parler avec Daniel Pennac, c'est entendre un récital d'histoires.
Et puis l'homme est plus que généreux. Ce midi, en tête à tête avec Jean-Paul Hirsch, "ange gardien" des écrivains (et bras droit de Paul Otchakovsky-Laurens) chez P.O.L., je lance que j'aimerais bien écrire un "petit livre" dans le genre de Comme un roman et Chagrin d'école.
Arrive Pennac, qui vient de passer une heure et demie à signer sans interruption (vingt minutes avant la séance, on tendait des rubans le long du stand pour canaliser les lecteurs déjà dans l'attente de son arrivée ; il est aussi aimé au Québec qu'en France). Immédiatement, je lui lui dis que j'aimerais écrire un livre qui ne soit ni un roman ni une réflexion théorique mais qui ressemble à ses deux ouvrages - et tandis que je peine à les définir il murmure :
" Un essai narratif."
" C'est ça..."
"Eh bien figure-toi que j'ai pensé à ça cette nuit, après t'avoir entendu parler de médecine hier soir au dîner. J'ai pensé : 'Il y a un livre que seul Martin pourrait écrire autour de la relation étrange que nous avons avec les médecins.' Tu le fais déjà dans tes romans, mais tu pourrais le faire aussi sous une autre forme. C'est ton domaine. C'est ton expérience. "
Et il poursuit en me confiant qu'à son avis, Comme un roman et Chagrin d'école, au fond, sont des livres qui parlent de la peur et de l'humiliation - la peur et l'humiliation de ceux qui se sentent "disqualifiés" par des discours dogmatiques.
La conversation me fait un bien fou. C'est une de ces conversations qui éclairent, libèrent, allègent l'esprit. D'un seul coup, mes complexes s'envolent : oui, j'ai suffisamment d'expérience pour écrire un "petit livre" comme ceux de Pennac. Et je me sens porté par son mouvement généreux, son désir de soulager, de déculpabiliser, de réhabiliter.
Mais ça n'a rien d'étonnnant, au fond : l'écriture de Pennac soigne.
Martin Winckler
Onze ans après le Livre Inter et notre première rencontre (je ne l'ai revu qu'une fois entre temps) je passe deux longs moments avec Daniel Pennac, invité d'honneur avec Tonino Benacquista du Salon du Livre de Montréal.
En me revoyant, Pennac me salue comme si nous étions deux vieux amis. Et en un sens, c'est vrai : il me raconte que sa compagne a lu à haute voix Le Choeur des femmes pendant qu'il traversait la France pour se rendre dans leur maison du Vercors (à moins que ce ne soit au retour ?) ; de mon côté, je lui dis combien Chagrin d'école, de même que Comme un roman sont des livres importants à mes yeux.
La première rencontre, le soir de la délibération du Livre Inter, dans les salons de Radio-France au milieu des 24 jurés, était une rencontre de sensibilités et d'intelligence réciproque. En dînant avec lui, hier soir, avec sa femme Mine et MPJ à la table où nous avaient invités notre diffuseur commun au Québec, Gallimard Ltée, j'ai senti une nouvelle fois tous les "atomes crochus" qui me l''avaient d'emblée rendu si familier, si fraternel.
Pennac est un type comme je les aime : cultivé et jamais hautain, grave sans jamais perdre son humour, respectueux et chaleureux. C'est un bonheur de parler avec lui et de l'écouter raconter des histoires. Il me décrit ainsi plusieurs idées de nouvelles qu'il n'a jamais eu le temps de mettre en oeuvre, désolé de la lenteur avec laquelle il écrit, précisant avec humilité que cette lenteur n'est même pas - hélas ! - gage de qualité. Je me dis que j'écrirais volontiers avec la même lenteur si j'étais assuré de produire des livres "d'aussi piètre qualité" que les siens.
Comme moi, il aime parler de ses livres en cours : contrairement à d'autres écrivains, il n'a pas le sentiment que le fait d'énoncer verbalement une idée va l'éventer ou la dilapider, mais que la narration parlée prépare l'écrit.
Parler avec Daniel Pennac, c'est entendre un récital d'histoires.
Et puis l'homme est plus que généreux. Ce midi, en tête à tête avec Jean-Paul Hirsch, "ange gardien" des écrivains (et bras droit de Paul Otchakovsky-Laurens) chez P.O.L., je lance que j'aimerais bien écrire un "petit livre" dans le genre de Comme un roman et Chagrin d'école.
Arrive Pennac, qui vient de passer une heure et demie à signer sans interruption (vingt minutes avant la séance, on tendait des rubans le long du stand pour canaliser les lecteurs déjà dans l'attente de son arrivée ; il est aussi aimé au Québec qu'en France). Immédiatement, je lui lui dis que j'aimerais écrire un livre qui ne soit ni un roman ni une réflexion théorique mais qui ressemble à ses deux ouvrages - et tandis que je peine à les définir il murmure :
" Un essai narratif."
" C'est ça..."
"Eh bien figure-toi que j'ai pensé à ça cette nuit, après t'avoir entendu parler de médecine hier soir au dîner. J'ai pensé : 'Il y a un livre que seul Martin pourrait écrire autour de la relation étrange que nous avons avec les médecins.' Tu le fais déjà dans tes romans, mais tu pourrais le faire aussi sous une autre forme. C'est ton domaine. C'est ton expérience. "
Et il poursuit en me confiant qu'à son avis, Comme un roman et Chagrin d'école, au fond, sont des livres qui parlent de la peur et de l'humiliation - la peur et l'humiliation de ceux qui se sentent "disqualifiés" par des discours dogmatiques.
La conversation me fait un bien fou. C'est une de ces conversations qui éclairent, libèrent, allègent l'esprit. D'un seul coup, mes complexes s'envolent : oui, j'ai suffisamment d'expérience pour écrire un "petit livre" comme ceux de Pennac. Et je me sens porté par son mouvement généreux, son désir de soulager, de déculpabiliser, de réhabiliter.
Mais ça n'a rien d'étonnnant, au fond : l'écriture de Pennac soigne.
Martin Winckler
samedi 21 novembre 2009
Quand je serai plus vieux (10) - par Jérôme
Quand je serai plus vieux, je me sentirai mieux
Finie la diplomatie et bonjour l’autarcie
Bien sûr, j’aurai mal d’être à l’hôpital
Mais les docteurs ne me feront plus peur
Je n’aurai plus droit aux pizzas et tu ne seras déjà plus là
Et je serai mûr à défaut d’être mature
J’aurai accepté mon prochain décès et les regrets seront passés
Car enfin j’aurai compris qu’on fait sa vie… pas la vie…
Jérôme
Finie la diplomatie et bonjour l’autarcie
Bien sûr, j’aurai mal d’être à l’hôpital
Mais les docteurs ne me feront plus peur
Je n’aurai plus droit aux pizzas et tu ne seras déjà plus là
Et je serai mûr à défaut d’être mature
J’aurai accepté mon prochain décès et les regrets seront passés
Car enfin j’aurai compris qu’on fait sa vie… pas la vie…
Jérôme
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