Affichage des articles dont le libellé est Le désir d'écrire (Exercice n°7). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Le désir d'écrire (Exercice n°7). Afficher tous les articles

vendredi 15 avril 2011

Décrire le désir d'écrire (ex. n°7 - rattrapage) par Christina


Reconstruire

Démolie je suis, vaincue !
Perdue je suis, vidée, emplie de doutes
Il faut refaire, mais comment, mais quoi ?
Je repense à ces six mois
Assise derrière ma machine à tricoter
Six mois d’échecs, jour après jour
A remettre chaque matin l’ouvrage sur le métier
Essayer encore et encore
Pleurer de rage et d’impuissance
Ravaler mon orgueil en même temps que ma morve
Petit ego pas content content
Petit ego pas content du tout !
Or un matin pourtant, victoire, une chaussette était née !
Sans une fausse maille ; pour le même prix la paire !
Alors pour les mots, pourquoi pas l’identique ?
S’il suffisait juste d’un certain nombre d’heures
D’une certaine quantité de travail pragmatique
Un beau matin s’éveiller d’humeur lyrique
Ré apprivoiser l’écriture, le langage
Tricoter les mots justes, quelle gageure !
Recommencer toujours, patience, persévérance…
Aussi souvent qu’on peut et quelle qu’en soit l’issue
Jusqu’à ce que la tournure soit belle, la phrase réussie
Jusqu’à ce que l’histoire soit à son apogée
Laisser tomber l’orgueil et le paraître
Et le chagrin de n’être qu’envie
Qu’en vie… et sans génie !
Ah ! Retrouver le désir, la foi, la passion
Le talent, le don, le sens de la formule
En un mot comme en cent, surtout en majuscules
ECRIRE C’EST MA RAISON DE VIVRE
Et la raison aussi de mon sourire béat
Quand enfin je sors victorieuse de ce combat
Qui tout en me vidant de ma substantifique moelle
Me remplit d’un bonheur en tous points indicible
J’ai, aujourd'hui encore, pu mettre au jour ma prose
Et voilà bien une chose qui mérite qu’on l’arrose !

jeudi 22 juillet 2010

Séance de Rattrapage, 1 : Décrire le désir d'écrire, par Elizabeth L.

Pas de nouvel exercice l'été, mais la possibilité de rattraper ceux qu'on n'a pas faits.
Voici une nouvelle version de Décrire le désir d'écrire, par Elizabeth L.

------------------------



Au commencement était le désir… non, ce n’est pas comme ça que ça débutait, c’était « Au commencement était le verbe ». Mais si on met le verbe en premier, ça va faire une drôle de phrase. Par exemple : Penser qu’écrire peut dépendre du désir qu’on en a, quelle idée.

Il y a ceux pour qui écrire est un besoin, une nécessité absolue, une condition préalable à l’être. Et peut-être ceux-là seuls devraient écrire… Comme, par exemple, Marina Tsvetaïeva… Mais les autres, ceux pour qui écrire répond à un désir, qu’en fera-t-on ? Le problème avec le désir, c’est qu’il est sans fin (sans faim ? si, c’est une faim). Dès qu’il est rassasié, il recommence à désirer.

Ecrire commence avec des mots, pas avec des idées. « Le besoin d'écrire est une curiosité de savoir ce qu'on trouvera », dit Alain (le philosophe). C’est comme si on partait dans la cuisine avec toutes sortes d’ingrédients, mais sans savoir quel plat on va préparer. Et comme dit le proverbe, « la preuve du pudding, c’est qu’on le mange » : au final, on se retrouve avec quelque chose de plus ou moins mangeable, un texte qui dit ce qu’il dit, et bien plus, qui dit tout ce qu’on y lit. Les uns y sentiront le goût du paprika, d’autres pas.

J’ai souvent envie d’écrire, et souvent je ne sais pas ce que ça pourrait être. Si ça ne vient pas, je commence au milieu, n’importe où. C’est comme un puzzle, si on a déjà trouvé les pièces des bords, c’est plus facile de continuer, mais sinon, n’importe quelle pièce fera l’affaire pour être la première. Ce qui est plus aisé, c’est de terminer. Le moment venu, on sait très bien que c’est la fin du texte. La dernière pièce du puzzle n’a qu’un seul endroit où se placer.

mercredi 23 décembre 2009

Décrire le désir d'écrire (13) - par Jean Prodhom

A l’horizon, des mots de pierre tout juste bons à fabriquer des rhéteurs, ils sonnent vide. C’est toujours comme cela, à quoi bon alors. On est sur le point de renoncer, de tout jeter par-dessus bord. On permute les galets, on dit que c’est la dernière fois, on s’obstine, mais aucun subterfuge, aucune ruse ne nous évitera, vaurien, une cuisante défaite, nous voici à deux pas d’une froide insomnie.

Soudain la volonté qui s’arqueboute contre le vide pour garder un oeil sur le désir qui s’éloigne, se retire et laisse la place à un, deux, trois, quatre galets imperméables encore il y a un instant. Ils se déclaquemurent, s’amolissent, décollent du lieu où ils adhéraient. Pourquoi je l’ignore. Ils se vident du vide que leur coque retenait et s’avancent liquide au fond d’un maigre sillon qu’ils creusent et qui s’aventure dans une nuit sans limite, l’irriguent de proche en proche, en tous sens. Le corps et l’âme se glissent à leur suite et distinguent ébahis une carte dans la nuit. Ils sont quatre, quatre mots qui s’avancent ensemble pour dessiner un instant le chiffre de ce qui sera à la fin.

Ils ne demeurent pas dans leur combinaison initiale, l’un quitte la scène, puis c’est au tour du second, recouverts un instant par ceux qui veillent au guichet et qui se mettent à clignoter. Le ciel allume ses bougies, la nuit se peuple. Je les aperçois qui reviennent pour me diriger, ils essaiment leurs humeurs et quelques-uns des secrets qui se terraient derrière leur coque, déclenchent un incroyable anticyclone qui balaient la nuit de l’épaisse brume qui ralentissait mon avancée. J’y vais à tâtons, de mot en mot, de galerie en galerie de perspective en perspective: nuit noire de haute pression piquée de mille feux qui dessinent une carte vivante de ce que je ne peux nommer. Rien de sert de semer des cailloux, il y a plus urgent, tout va si vite.

On sortira plus tard les yeux éblouis, comme la taupe de sa galerie, les mains presque vides. Aux lèvres pourtant quelques mots, les mots sont isolés d’un vide sanitaire qui tient leur coeur au chaud. C’est le jour, inutile de se retourner, la carte s’éloigne à mesure qu’on tente de s’en saisir, comme un parfum, comme le rêve à la sortie de la nuit. On n’en saura pas plus.

Notre vie est double et chacune d’elle est la vérité de l’autre, elles nous disent dans l’alcôve chacune leur tour ce qui leur manque, elle nous disent aussi que nous ne serions rien si nous ne les traversions pas toutes deux quotidiennement. Chacune accueille le rêve immémorable de l’autre et le rêveur avance, dans ce jour comme dans cette nuit, sans petit carnet pour noter ses rêves.


Jean Prod'hom

mardi 22 décembre 2009

Décrire le désir d'écrire (12) - par Tutim

« Il lui dit qu’elle se trompait, elle aurait dû continuer à écrire, elle avait beaucoup de talent et cette passion qui rendent les mots touchants. »
A l’époque, j’avais un petit carnet violet à spirales rouges, je faisais parti de l’atelier théâtre de mon lycée, je n’avais pas trop de talent pour la scène et j’ai commencé à écrire les mots, comme ils venaient. Je ne disais pas grand-chose. Je n’étais pas logique. Je m’asseyais et les mots sortaient, nus, sur les petites pages blanches. J’aimais beaucoup les relire. Ils avaient ce pouvoir de me replonger dans l’instant, dans l’endroit et dans la sensation. A l’époque, j’aimais ranimer les moments passés. Mais j’étais toute jeune et le passé n’était jamais bien loin.
Désir d’écrire. Au début, c’est pas vraiment du désir. C’est plutôt un besoin. Le désir suppose une puissance et une profondeur qu’il n’y a pas dans le besoin, synonyme d’immédiateté irréfléchie. Au départ, il y a les jolies formules, l’émotion dans la lecture et l’envie d’être de ceux-là. Oui, ca vient comme ca. Comme la faim ou les larmes. Ca vient comme quelque chose qu’on a vu ailleurs et que l’on ne pourrait pas ne pas imiter.
Ensuite, le désir se construit. Et il permet de coucher les mots sur papier, de construire des histoires, de tenir la longueur, de se relire, de réécrire, d’effacer, de recommencer, de jeter et de transpirer sur des phrases réagencées des dizaines de fois, des phrases qui trouvent leur cohérence dans leur rapport avec des centaines d’autres. Oui, cette sueur et cette peine sont synonymes de désir.
Mais aujourd’hui, ce n’est plus seulement le désir d’écrire qui anime ces après-midi passés derrière l’écran de mon ordinateur. Aujourd’hui, le désir d’écrire s’est doublé de son corollaire un peu prétentieux et mégalo, le désir d’être lue.
Mais pas seulement.
Il est accompagné du désir que mes mots procurent, dans leur rythme, par les personnages qu’ils dessinent, par les histoires qu’ils construisent ou par leur simple agencement, un peu de l’émotion que d’autres m’ont un jour procuré.
Ceux dont je caresse les tranches brillantes, comme des trésors dans ma bibliothèque.
Ceux que je remercie d’avoir, un jour, fait naître en moi, le désir d’écrire.

Tutim
terradelires.blogspot.com

lundi 21 décembre 2009

Décrire le désir d'écrire (11) - par Emmanuelle M.


L’idée de zelapin est excellente, car le désir d’écrire, c’est si compliqué.
Mes pauvres petits mots sont bien raplaplas alors que je les voudrais rimbaldiens, yourcenariens (ça se dit ?). Alors, mon désir d’écrire prend vite une claque quand je lis Arthur Rimbauld, Marguerite Yourcenar, Pierre Michon, Martin Winckler, et quelques autres. Et même pas les lire, juste y penser, rien qu’y penser…
Au travail, je rédige beaucoup, alors mon envie des mots est souvent rassasiée. Oui, ce n’est pas très glorieux, mais c’est vrai. Je fais des notes, des comptes-rendus, et même si j’ai des codes de langage à respecter, j’y trouve quand même parfois mon compte.
Je ne reste quasi jamais une journée sans écrire, car j’ai des correspondants à qui j’écris sur internet, mais surtout à qui j’écris à la main. Et ça, j’y tiens. J’adore recevoir du courrier manuscrit, et j’aime en écrire.
J’ai besoin d’écrire pour exister. Je crois savoir ce qu’il y a en moi comme histoires. J’ai cru longtemps que j’écrivais ce que je n’avais jamais lu et que j’aurais aimé lire. J’avais tort. Beaucoup écrivent des histoires qui sont bien plus intéressantes que celles que j’écris ou que j’ai dans la tête.
La tension que j’ai eue longtemps en moi, « le bouillonnement » comme dit si bien zelapin, je l’ai de moins en moins. Mon désir d’écrire s’amenuise, car je sais qu’écrire un bon livre, un beau livre, c’est beaucoup de temps, de travail et une petite étincelle (le talent ?). Du temps, j’en ai de moins en moins, parce qu’il y a le travail alimentaire, les enfants, le ménage, enfin tout ce qui bouffe la vie d’une femme. Et il me faut 8 à 9 h de sommeil sinon je mords, alors pas question de se lever à 5h du matin pour écrire.
Alors, sois sage, ô mon désir, et tiens-toi plus tranquille…

Décrire le désir d'écrire (10) - par Brigitte Celérier

Suivre les textes qui s'affichent,
peu à peu,
qui disent le désir d'écrire,
goûter ou non leur style,
mais toujours
admirer ce qu'ils disent,
si divers,
ou plutôt l'envier,
un peu, avec surprise.
Et puis finir par se demander
si vraiment ce n'est pas ça,
peut-être,
un peu, juste un peu,
peut-être,
souterrainement,
qui me fait écrire chaque jour,
ces n'importe quoi,
puisque, bien sûr, rien n'ai à dire.


Brigitte Célérier

samedi 19 décembre 2009

La table ronde (Ecrire le désir d'écrire, 9) - par Younes

Une feuille blanche sur une table ronde récemment débarrassée. On vient d’y terminer le tajine rond de pommes de terre au citron et aux olives. Rarement avec de la viande.
Sur cette table ronde et basse, il a remarqué qu’on sert toujours le plat, sans viande sauf le couscous du vendredi, dans des ustensiles ronds. Le cercle est apparemment symbole de l’énergie positive, car l’énergie, c’est rond.


Le stylo à bille écrit en bleu. On le sait grâce à la capsule de sécurité de la même couleur qui protège de l’encre qui déborde dans ses pays où il fait très chaud. Même pour écrire.


La table, il faut qu’elle soit propre et nette comme la feuille.

Attendre qu’on nettoie la table de tout. Elle n’est pas droite, non plus. Une autre feuille, plus blanche celle-là, à cause d’un premier jet est froissée avec l’énergie qui la rendra sous forme de boule, la plus ronde possible. Tassée sous le pied, elle calera la table et lui donnera un semblant de stabilité.


La table est rase. Il peut commencer ce qu’on appelle le rituel du désir, mais il y a toujours ses sillons droits qui s’espacent au fil du temps pour faire apparaître des clous rouillés ou laisser deviner que la colle ne tient plus entre elles les planches de bois. La surface est ainsi dénivelée et il faudra poser la feuille sur la partie plane qui reste, dommage qu’un bout de la blanche rectangulaire déborde d’un arc de cercle et se plie au contact du pull qu’il porte depuis quelques jours.


Avec une feuille de papier, il sait construire un bateau et même un avion. Il n’a jamais réussi à faire voler l’avion en papier, il doit y avoir un problème de construction. Il essaiera toujours, ce n’est pas la volonté qui manque.


Il est temps de déplier le joujou en papier et essayer d’écrire des phrases, une ou deux, tant qu’on pourra. Elles auront l’air froissées, parfois angulaires au gré des plis de l’avion non aplati. Il est vrai que le rituel a commencé, il y a bientôt deux heures.

Younes

vendredi 18 décembre 2009

Ecrire le désir d'écrire (8) - par La fille pas sage

Ecrire.
Un désir, ou un besoin?
Ecrire.
Une respiration et une rédemption.
Une catharsis.
Une violence.
Une douleur.
Un chemin.

Ecrire...
Un partage.

Une renaissance.

A soi-même.
Et aux autres.

Ecrire.
Une respiration oui.

Une acceptation.

Une rencontre.
Avec soi-même.
Avec les autres.

Ecrire?
Une absolution.

La fille pas sage.

http://lafillepasage.blogspot.com/

jeudi 17 décembre 2009

Dans mes rêves... (Désir d'écrire, Hors Série) - par Martin W.

En ce moment, j’aimerais...
- traduire en anglais la nouvelle que je viens d’écrire (« Alice in Wonderland ») pour la revue Galaxies ;
- écrire un recueil qui s’intitulerait Des nouvelles de Montréal (j’ai déjà plusieurs textes dans la tête) ;
- écrire un livre intitulé Mon père était médecin et ma mère le soignait... ;
- me remettre à un roman (lequel, je sais pas, je n’ai que l’embarras du choix) ; de préférence, en anglais ;
- faire un inventaire des problèmes éthiques dans les séries médicales que je connais, à l’intention des enseignants ou des étudiants ;
- écrire et proposer un séminaire sur l’apprentissage du professionnalisme médical au travers des séries télé ;
- écrire un livre sur l’éthique clinique, l’éthique du soin au quotidien (il n’en existe pas en langue française qui soit écrit par un médecin, figurez-vous !!!)
- proposer un atelier d’écriture non scientifique à des professeurs de médecine ;
- écrire un compte-rendu de livre ou de film ou de série une fois par semaine ;
- avoir le temps de faire tout ça sans avoir à me soucier de l’intendance et sans avoir à en faire porter le souci à qui que ce soit.
Montréal, 17 décembre 2009

Mar(c)tin

Décrire le désir d'écrire (7) - par Lyjazz


J'écris pour.... Mettre en forme. Mettre en scène. Impérieusement, les idées qui me traversent.
Pour me rappeler, pour mémoire, pour me comprendre, pour avancer.
Parce que les idées naissent mieux sous mes doigts même si je n'ai pas l'impression d'en avoir avant de me trouver devant une feuille blanche (je parle de papier/stylo ou de clavier/écran)
Pour retrouver l'indicible.
Pour dire mon rythme intérieur. Qui me renseigne sur mes émotions, ma façon de les vivre : je suis capable de revivre les mêmes émotions plusieurs années après les avoir écrites, juste en les lisant. Je redeviens la même. Avec la distance supplémentaire.
C'est une magie.
Mon écriture, si elle est personnelle, n'est pas destinée à moi seule.
J'écris pour d'autres, pour au moins un interlocuteur. Je ne ME parle pas : je parle à un AUTRE. Parfois cet autre est moi, mais plus souvent un correspondant que je connais bien.
Mes façons de dire changent selon mon interlocuteur. Selon le degré d'affinités émotionnelles que nous avons.
Mais mon écriture est toujours personnelle, adaptée à ce que je crois comprendre de ce que va ressentir mon lecteur.
Pour autant, je m'y mets entièrement, j'habite mes mots et les accompagne et j'oublie ce que j'ai dit/écrit. Comme si mes émotions, toutes entières tendues vers le lecteur, ne m'appartenaient plus une fois écrites.
J'écris pour le vent, sur le vent.
Et je garde mes écrits pour me souvenir de ce que j'étais. 
Mes phrases naissent aussi de quelques mots lus. D'un rythme, d'une émotion perçue ou ressentie, d'une odeur, d'une association d'idées, d'une image.
Cela peut me prendre à n'importe quel moment.
Mais souvent dans l'action qui comporte une forme d'automatisme : conduire, regarder les paysage défiler, provoque des phrases, marcher. Sentir par tous mes pores des odeurs, sensations, est aussi une façon de produire des phrases, des mots.
Comme il est peu facile d'écrire dans ces situations, j'engrange et je peux faire renaître plus tard, en phrases, sans doutes transformées, mais toujours traductrices de mon émotion précédente, mon écriture parlée intérieure.
J'ai appris à comprendre combien mon fonctionnement était propice à l'écriture : j'engrange, je vis, j'analyse parfois longtemps, intérieurement; et c'est devant l'écran, ou devant la feuille, que le flot se libère, sans que je sache quelle forme cela prendra.
Mais c'est impérieux et jubilatoire !
J'écris aussi pour mieux dire oralement ensuite, pour prémâcher des idées, des concepts, des difficultés.
L'écriture est un catalyseur, une mise en forme de ce que je ne savais pas avant de le voir surgir sous mes doigts.

Lyjazz

mercredi 16 décembre 2009

Ecrire le désir d'écrire (6)- par Clara Rimbaud

Un sein nu, une courbe presque parfaite et sur le sommet, un téton frémissant sur lequel je glisse ma langue. J’écris pour baiser. De la pulpe des doigts qui effleure une peau nue, d’un souffle dans la nuque, et d’une bouche qui atterrit sur une partie charnue… le désir traverse mon être avant de se poser sur le papier. Source et fin ultime, le désir trace mes mots, les ramasse, les ressasse, les vide et les recrée avant de les coucher sur le papier. Je recherche le désir de l’autre, celui de me lire, de partager ; ne serait-ce que pendant une fraction de seconde, cette sensation qui m’habite en permanence.

J’ai un rapport charnel avec ce qui m’entoure, j’ai besoin de matière nobles, quand j’écris sur un ordinateur, je me touche sans arrêt le visage, je passe les doigts sur ma bouche, je caresse le bois de ma table… j’ai besoin de sentir pour écrire. Je suis incessamment connectée avec ce qui m’entoure, je voudrais m’y fondre, y fusionner, traverser la résistance physique des choses, non pour les posséder, mais pour être. Si j’écris, si je sais que je suis lu, si la personne qui est face aux mots que j’ai tracés est saisie par une émotion, ne serait-ce qu’un fragment infime de ce que j’ai voulu esquisser, alors je la pénètre, je rentre dans son être et la connexion, la fusion est établie. J’ai besoin de cette connexion, de partager cette intensité.

Parce que je suis un être d’une violence extrême. Mes sentiments, mes sensations sont exacerbées et tentent de s’échapper par chaque centimètre de ma peau, jusqu’ici, je les retiens. Parfois elles s’évadent, et je gémis, je souffle, je ris et je subis le regard étonné, agacé, amusé de ceux qui m’entoure. Mais je rencontre rarement la compréhension. Ce combat incessant et violent qui traverse mon être ne peut trouver son expression par le biais d’une parole orale. Parce qu’il touche à ce qu’il y a de plus intime, à ce qui se susurre à l’oreille sur le ton de la confidence, à ce qui se murmure avec un air malicieux, à ce qui ne se partage qu’avec une personne… L’écriture crée un espace ouvert et protecteur. La parole orale est une parole sociale. La société m’a assigné une place sur laquelle je tiens difficilement, mais je joue le jeu parce qu’il m’amuse aussi à sa façon. Parce que je ne peux pas désirer si je n’ai pas d’obstacle dans l’obtention de mon désir. Elle me malmène en créant chez moi suffisamment de frustration et d’attraction pour que cela se transforme en sublimation.

Ce que je recherche, c’est le partage d’une émotion, pas quelque chose de beau et de socialement valorisé, mais un sentiment qui n’est ni bon, ni mauvais, qui est tout simplement sans chercher à savoir quelle place il occupe sur la grande échelle du Bien. L’écrit permet de créer instantanément cette relation d’intimité, ce chuchotement plaisant qui amène à la confidence. La personne qui lit s’épanche et se raconte, elle ressent le désir de lire parce que cela fait écho chez elle à tout un tas de sensations, sentiments, réflexions… et nos deux désirs se rencontrent dans ce partage silencieux, cette connexion invisible qui nous unit dans une proximité qui serait presque insupportable si elle n’était pas virtuelle.

J’écris parce que je ne peux pas parler.


Clara Rimbaud

mardi 15 décembre 2009

Décrire le désir d'écrire (5) - par Martine B.

Parfois je suis une boulimique de l’écriture, mais pas toujours, l’an dernier par exemple je ressentais davantage le désir de faire du sport avec mes amis et j’ai peu écrit.

Quand je me suis mise à écrire, (des nouvelles car par ailleurs j’ai comme tout le monde rédigé des trucs pour mes études, pour le boulot…) au début c’était merveilleux car je n’en voyais que les bons aspects, j’avais l’impression de créer quelque chose. Quelques années après, je trouve mes premiers textes maladroits pour dire le moins. Il n’empêche que j’en ai réécrit certains, ils n’ont plus rien à voir avec les essais originaux, il faut bien admettre que je prends un grand plaisir à trancher dans le vif et à les « ciseler ». Donc le désir doit être toujours là…

Mais ce n’est plus un besoin impérieux, et c’est très bien comme cela car je me rends compte que je n’aurai jamais le temps de m’y mettre vraiment tant que je travaillerai. L’atelier de Martin est parfait car toutes les propositions qui y sont faites me permettent de prendre une bouffée d’oxygène sans y consacrer trop de temps, et en ce moment ce que je préfère dans l’écriture c’est cette possibilité de faire une pause et de se soustraire aux tracas du quotidien qu’elle offre, tout comme la lecture d’ailleurs.

Je me souviens qu’au début j’écrivais dans un état de tension quasi permanent, et que j’avais cette impression étrange que les mots s’imposaient à moi, un peu comme si j’étais un médium … Je commençais souvent un texte sans savoir où il allait m’emmener. Je me souviens aussi que c’était « l’écriture qui soigne », car pour comme vous autres des choses sont effectivement remontées à la surface…

Maintenant je prends davantage de recul et j’aimerais bien travailler sur quelque chose de différent pour vraiment me concentrer sur le travail d’écriture. Mais peut-être que je ne ferai jamais et qu’il me prendra l’envie de me remettre à la photo ou de me mettre enfin à la sculpture,… ou autre !

lundi 14 décembre 2009

Décrire le désir d'écrire (4) - par Christine J.

Ça arrive le matin. Un peu d’inquiétude d’abord – avoir le temps, il faudrait que je fasse ça ou ça pour avoir l’esprit dégagé, réussir à me mettre en situation effective d’écrire, plage horaire, pensées focalisées sur ce but, liberté de le faire, que je me donnerais, droit que je prendrais ou temps que je volerais, se débrouiller et composer avec.

Une tension – ce que je fais, tâches ménagères ou autres, est tendu dans ce but, je sens des phrases au bord, elles se préparent, mais mes bras et mes mains doivent faire autre chose, c’est comme se retenir de dire ce qu’on a sur le cœur, comme rater la belle bleue d’un feu d’artifice, tension.

Une autre inquiétude ensuite – et si j’arrivais à préserver du temps et qu’au moment d’écrire rien ne sortait, que des mots gourds, falots, besogneux, une impasse et même pas la place de manœuvrer dans la ruelle pour un demi-tour…

(et puis au fond, c’est bien pratique de mettre sur le dos des taches-ménagères-ou-autres la faute, l’échec, la frustration. Parce qu’écrire, c’est quand même avancer sur un escalier invisible, bouger vers un point inconnu sur un sol inconnu, je ne suis pas dupe, mon alibi est illusoire)

Une certitude aussi : il faut que j’écrive. Pourquoi est une autre histoire sur laquelle je ne mets pas de scénario, trop remuant sûrement, trop de séismes dans le pourquoi, contrer la mort dedans, la mienne et celles de ceux que j’aime, laisser des traces, planter un piolet dans la montagne, peindre un écriteau dehors avec une flèche qui me désigne, chanter fort dans le train, perdurer, exister, trop remuant d’y penser à la fin.

La faim : celle de ce moment de travail où je vais mettre les mots, les déplacer, les reprendre, les chercher, les retrouver, m’adapter à eux, les suivre (et la surprise, parce que quelque chose, l’image d’un homme travaillant sur le toit d’une maison que j’ai vu la veille va surgir, un pan va s’ouvrir que je portais sans le savoir, je suis plus large que je ne crois et, malgré ma peur, je chante fort dans le train devant tout le monde, et même très fort, et même sans honte, ou presque pas).

L’envie du moment d’après aussi : après, ce qui devait arriver est arrivé, j’ai réussi, j’ai écrit, je ne sais pas si c’est bon ou mauvais, mais ça existe, cohérent avec moi, légitime, et ça a balayé la tension, les inquiétudes, et ça a fait se taire le pourquoi qui menace toujours de me pousser d’un coup d’épaule contre le mur du couloir quand je le croise.

L’inquiétude, l’envie, la faim, la certitude, la surprise et d’autres choses que je ne sais pas nommer, le désir d’écrire est présent presque tout le jour jusqu’au soir. Il me reprend le jour suivant dès le matin, à l’heure de la première lessive."

samedi 12 décembre 2009

Décrire le désir d'écrire (3) - par Sophie B.

Décrire le désir d'écrire, comment faire? Le désir d'écrire, c'est les mots qui viennent tout bas (comme le dit ce cher formidable William Sheller). C'est aussi les mots qui parlent tout bas. Les mots vont et viennent (quelle chance ils ont de s'en laisser aller ainsi langoureusement) tout bas...
D'abord entre eux, ensuite face à nous, et encore ensuite face aux autres parfois. Ceux qui écrivent tout bas et rêvent tout haut d'un monde meilleur. Meilleur ou autrement. Autrement parce qu'on aimerait y montrer nos mots. On aime s'écrire, on aime aussi écrire en pensant à la terre ronde (à la terre verte). A la terre pleine de tous. J'aime parler aux gens. Mais souvent je n'ai pas le temps. Parce que j'aime bien les écouter avant tout. J'aime écouter et voir les gens vivants. J'aime lire leurs histoires. Et pour ma part, voilà désir de leur écrire...
J'aime écrire. La fascination des lettres. Enfant, alors que je jouais à écrire (sérieusement sur une feuille, assise droite sur ma chaise) et quand par un si heureux hasard, une crolle ressemblait à ce qui, je l'apprendrai plus tard, serait un g, un b ou un f. Et puis la fascination des mots. D'un mot plus un mot plus un autre et puis encore un autre. Et puis, les mots qui se mêlent, se rencontrent (qui s'entrechoquent aussi, dans ce cas, vive les parenthèses). Des phrases. Des phrases de mots qu'on aime lire. Et entendre aussi. J'aime les chansons en français, dans mes oreilles, je lis les phrases chantées. Ca m'arrive parfois d'avoir devant les yeux, un clavier imaginaire qui écrit les mots que j'entends. Et je me dis "Ah que j'aimerais l'écrire cette chanson"...

Sophie B

vendredi 11 décembre 2009

Le désir, quelle connerie - par Franck Garot (Exercice d'écriture n°7)

Écrire serait le fruit d'un désir comme une envie de tarte aux fruits ? Belle connerie ! Comme si l'écrivain était actif, comme s'il se disait un jour : tiens, et si je devenais écrivain ?

D'après Tchekhov, on devient écrivain parce qu'un jour on se casse une jambe. À la première lecture de cette déclaration, on se dit qu’au départ écrire sert à tromper l'ennui, puis on se prend au jeu jusqu’à devenir écrivain. Bref, la jambe cassée comme catalyseur d'une vocation d'écrivain.
Seulement, je vois cette jambe cassée autrement, elle peut être autre chose, une guerre, un viol, la mort qui vous caresse doucement la joue, une maladie qui ne vous lâche pas, ou simplement un dégoût profond, et alors on écrit contre, contre le monde, pour se sauver. (D’aucuns pensent sauver la littérature, ceux-là seront éternellement malheureux, eussent-ils brillamment démoli Nisard.)
Évidemment, c’est un vaste programme, alors les écrivains se partagent la tâche. En vrac, et sans être exhaustif, le taulier de ce blog se bat contre une idée de la pratique de la médecine, Didier Daeninckx contre Papon avec Meurtres pour mémoire, Emmanuel Carrière contre les sociétés de crédit dans D’autres vies que la mienne, Laurent Mauvignier contre le silence autour la guerre d’Algérie dans Des hommes. Écrivent-ils par désir ? Posons-leur la question. En attendant, mon hypothèse est simple : le monde leur est insupportable, alors ils écrivent pour le dire, voire le changer. Question de survie.
Et l’écriture comme une entreprise de sauvetage exclut de facto le désir. On ne se sauve pas par désir mais par obligation, c'est un besoin – parfois une drogue. J'ai en mémoire cette scène du film de Agnès Jaoui où le personnage de Jean-Pierre Bacri, un écrivain justement, quitte le concert de sa fille en urgence parce que l'inspiration lui revient comme un raz-de-marée, le submerge, et à ce moment-là, ce n'est pas du désir, c'est juste un besoin vital, et c'est cela pour moi, écrire.
Je n’en suis pas – du moins pas encore – arrivé à cet extrême (notez que je ne suis pas encore écrivain), mais je n’ai jamais « envie » d’écrire, non, je ressens un besoin, irrépressible. Et puis écrire n’est pas toujours agréable, une vraie lutte parfois, contre l’histoire qui se défile, contre les personnages qui m’échappent, contre les mots qui me manquent ; l’écriture devient une douleur : qui peut désirer souffrir ? Peut-être ne suis-je finalement qu’un junkie de l’écriture.
Alors oui, le désir, quelle connerie !

Franck Garot

jeudi 10 décembre 2009

Décrire le désir d'écrire (2) - par Gilda

Le sujet m'intéresse mais je suis mal barrée : l'écriture pour moi n'est pas de l'ordre du désir, elle est nécessité.

Elle l'est devenue à l'instant même où je m'y suis autorisée, de façon fort tardive puisque j'étais à une semaine de 40 ans et que c'était ma grande amie, l'âme sœur, qui après plusieurs années d'un très patient travail pour m'en faire approcher, jugeait le moment opportun pour me botter les fesses et me dire Mais regarde, patate, tout y est.
Et la patate a failli répondre par retour de message, Mais tu es folle !, je ne sais pas, moi. Seulement avant, par respect, elle a essayé de suivre la piste indiquée, des bribes préexistantes, une façon de les rassembler, et s'est rendue compte que ça dessinait quelque chose et qui ressemblait bien un peu à ce qu'on lisait dans les livres en papier.

Ça écrit dans ma tête presque à flux continu, il faut vraiment que je sois très concentrée sur quelque chose à vivre, par exemple très malade, très en danger (1) ou très amoureuse, pour m'en déconnecter. J'avais eu auparavant une vie trop peu confortable, trop laborieuse et trop chargée pour en prendre conscience. Écrire consiste pour moi à syntoniser la bonne longueur d'onde afin de n'écouter qu'une émission et une seule à un moment donné, me mettre au clavier et retranscrire. C'est donc un travail. Il est parfois pénible et risqué, ce que je cherche à capter vient de très loin et m'apprend des choses que j'aurais préféré ignorer ; d'autre fois elles sont plaisantes, et qui me permettent de comprendre ce que je vois et vis en y mettant les mots et parviens à en rire même si sur l'instant j'avais failli mal aller.
Souvent c'est le sentiment que les histoires, les récits, préexistent et qu'ils cherchent désespérément quelqu'un par qui passer afin d'être communiqués. Je suis un récepteur-ré-emetteur.
Aucun désir là-dedans. À moins que dans un second temps, celui de filtrer, trier et affiner afin de rendre l'émission pour les autres écoutable.
Si je reste trop longtemps sans faire mon boulot, toutes les phrases traînent et s'entassent et je me sens confuse jusqu'aux plus simples gestes de la vie quotidienne.

Depuis qu'on m'a poussée dans le bassin des mots, j'écris pour surnager. Il était grand temps que quelqu'un le fasse, sur le bord, j'étouffais.

(1) ou l'un des miens, surtout s'il s'agit des enfants.

PS : Mon "500 mots" est très à la louche, on dirait

lundi 7 décembre 2009

Décrire le désir d'écrire (1) - Exercice n° 7 par Zelapin

Je viens timidement proposer une idée d'exercice d'écriture. Elle m'est venue en réfléchissant sur le désir/besoin d'écrire, et je me suis aperçue qu'il m'est difficile de décrire cette sensation.
J'ai essayé et je me demandais si cela avait un intérêt en tant qu'exercice, d'autant que je serais très intéressée par la connaissance de ce phénomène chez d'autres écrivants.
La consigne pourrait être celle-ci "décrire votre désir d'écrire", en 500 mots maximum à la louche.

Et voici ma contribution :



Décrire le désir d’écrire

Le désir d’écrire reste une sensation intense même quand je n’écris rien, même si j’essaie d’écrire, assez présente au cours de la journée.
Et je me suis aperçue de la difficulté avec laquelle je parviens à décrire cette sensation, la pauvreté de ce qui vient.
J’essaie d’y travailler.

Une représentation de ce désir qui se mue souvent en besoin pourrait être une pièce dans un appartement fraîchement investi, qui contiendrait des cartons, des tas de cartons (nombreux et empilés).
Les habitants peuvent vivre confortablement dans cet appartement, manquent seulement quelques objets, quelques vêtements, quelques effets personnels (expression plaisante « effets personnels ») contenus dans ces cartons. Ils y ont accès librement, mais ce n’est pas si simple ; pour accéder au contenu convoité, il faut repérer le carton désigné, le localiser, parfois retrouver dans quel carton l’objet attend, puis parvenir à récupérer ce carton, peu accessible.
Cette image est vraie dans la mesure où elle traduit cette impression que ce que je pourrais écrire est déjà là, que je le contiens, même sous une forme embryonnaire, je peux continuer à vivre, sans jamais aller le chercher, mais je vis sous le même toit.
Voilà pour la partie « matière à écrire », mais ce désir d’écrire est également une tension, un bouillonnement, ou un bruit de fond, un peu comme un acouphène, présent quand l’alentour est calme, masqué par certaines fréquences qui distraient l’oreille et le cerveau.
Cette tension pourrait être illustrée par l’image d’un enfant ayant reçu à un anniversaire un nombre important de cadeaux convoités depuis longtemps. La projection du plaisir procuré par l’usage de chaque cadeau empêche, entrave la mise en action ; l’enfant aurait envie de jouer avec tous, individuellement mais simultanément et il ne sait par lequel commencer. L’idée même de l’utilisation de l’un d’eux est balayée par l’anticipation du plaisir procuré par un autre et ainsi de suite. Au final peut ne subsister que l’excitation provoquée par ces possibles.
Comme cet enfant, j’ai du mal à décider de ce que je vais écrire, et surtout, j’ai tellement envie de le faire, dans tellement de directions qu’elles s’annulent toutes, ou presque.
Cette envie de l’écriture ressemble donc bien à un désir (tension) soumis à la mise à disposition d’un matériau, dont la disponibilité reste aléatoire.