Rapport de Police
Officier au rapport : Lieutenant GOBBOLA, Guiseppe
Transmission officielle du dossier Morgendorffer Daria, née le 23/06/1983 à Chicago (Etats-Unis), de nationalité franco-américaine, dans le cadre de son arrestation pour acte terroriste contre le cortège officiel du G8 le 22/11/2009.
FAITS :
L’itinéraire du cortège officiel démarre à 10 h 30 de l’Arc de Triomphe en direction du Palais de l’Elysée. A 10 h 43, sur la portion de l’avenue entre le Rond-point des Champs-Élysées et la Place de la Concorde, sont accrochés aux arbres, en bordure de route, 58 mannequins en plastiques, mâles et femelles, provenant sans doute de magasins de vêtements. Les mannequins sont accrochés aux arbres par une corde nouée autour du cou. Leurs bras droits sont inclinés vers le haut. Une pancarte blanche, d’1 x 1 m., est accrochée sur chaque mannequin, et des slogans contestataires y sont inscrits en lettres noires. Faute de déviation possible, le cortège a dû maintenir l’itinéraire prévu.
A 10 h 50, à proximité de la place de la concorde, mademoiselle Morgendorffer est interpellée en possession de trois de ces pancartes, où sont écrit « Obéissez », « Reproduisez-vous » et « Regardez la télévision ». Elle affirme aux policiers présents qu’elle vient de les ramasser à l’entrée de la station de métro Concorde. « Bah, elles sont plutôt cool », affirme t-elle devant témoins. La fouille de son sac à dos permet aux policiers de procéder à son arrestation. Il est retrouvé en sa possession : un marqueur noir, un livre de Bertol Brecht, un baladeur MP3 contenant des albums d’un groupuscule nommé Sonic Youth, un coffret DVD d’une série « Curb your enthusiasm », un téléphone portable, un sachet de M&M’s entamé et un parapluie de marque inconnue.
ANALYSE :
Une analyse des objets appartenant à la suspecte a été menée par l’expert psychiatre docteur Mabuse Friedrich. Le rapport détaillé de ce dernier (voir annexes) fait mention des traits de caractères suivants : déni de l’autorité, chaos moral, misanthropie fluctuante, délires paranoïaques enfantins, moralité politique confuse et prédilection pour un type peu courant de morbidité.
La suspecte n’a pas dû accrocher ces 58 mannequins seule et a très probablement bénéficiée de complicités. Les quatre contacts enregistrés sur son téléphone portable ont tous été interrogés (voir annexes) et ont des alibis solides. Maître Alamo Gisèle, belle-mère de la suspecte, a offert ses services à sa belle-fille. Mené en présence de son avocat, l’interrogatoire de la suspecte (voir annexes) n’a pu apporter les preuves nécessaires à son inculpation et à sa mise en détention provisoire. Les pièces discriminatoires apportées au dossier par Maître Alamo sont nombreuses. Nous nous permettons cependant d’émettre de forts soupçons quand à la préparation de ce dossier, un peu trop préparé.
La mise en détention provisoire de Mademoiselle Morgendorffer a été refusée par le Juge Messer, et sa mise en liberté provisoire ordonnée.
SUIVI :
Selon un nouvel examen des faits et de nouvelles preuves trouvées au domicile de la suspecte, Mademoiselle Morgendorffer est soupçonnée d’être le leader de l’organisation anarcho-clandestine, organisatrice du sabotage susmentionné, ainsi que de probables opérations de déstabilisation de l’état. Le dossier est dorénavant transmit à l’inspecteur Flint de la Direction de la Surveillance du Territoire.
Fait ce jour, jeudi 24 novembre 2009, à Paris.
Lieutenant GOBBOLA, Guiseppe.
vendredi 16 octobre 2009
jeudi 15 octobre 2009
Crime Parfait - par Brigitte François (Exercice N°4)
Notes personnelles préalables à rédaction de rapport.
Nom : Mona Délie – 17 ans
Mensurations : 1,72m, 85 cm là où il faut, et le reste à l’avenant. Canon, quoi.
Trouvée le 12 septembre dans les poubelles de l’école d’art Graron ; sculpture et modelage. Le corps nu recouvert d’éclats de marbre et de fragments de terre séchée est « tombé » dans la benne au moment du ramassage. Eboueurs choqués… et émoustillés !
M. D décédée suite à coup porté au foie, qui a provoqué hémorragie interne. Aucune empreinte sur le corps.
Graron, sculpteur de renommée mondiale - cote très élevée – venait de terminer une statue de nu : M. D était le modèle. Sculpture magnifique. J’ai toujours adoré ce qu’il fait. Pas les moyens d’acheter !
Vêtements de la victime retrouvés dans une poubelle d’une rue parallèle avec sac et portefeuilles. Pas d’empreintes non plus.
Je soupçonne une liaison entre l’artiste connu et la jeune fille.
Mon intime conviction : il l’a tuée.
Mais : zéro preuve. Parents introuvables : faux papiers, fausse identité. Elle ne s’appelait pas Mona… mais quoi ? Pas de personne disparue correspondant à la description. Interpol contacté : rien chez eux non plus.
Graron déclare ne la connaître que depuis deux mois, l’avoir payé généreusement comme modèle.
Il fanfaronne sur le fait de l’avoir rendue immortelle : la statue, elle, restera. Il jure vouloir la garder : il n’oserait pas ‘la vendre après ça’ (sic !).
Immortelle mais parfaitement morte.
Affaire à classer sans suite faute de preuves.
BF
Nom : Mona Délie – 17 ans
Mensurations : 1,72m, 85 cm là où il faut, et le reste à l’avenant. Canon, quoi.
Trouvée le 12 septembre dans les poubelles de l’école d’art Graron ; sculpture et modelage. Le corps nu recouvert d’éclats de marbre et de fragments de terre séchée est « tombé » dans la benne au moment du ramassage. Eboueurs choqués… et émoustillés !
M. D décédée suite à coup porté au foie, qui a provoqué hémorragie interne. Aucune empreinte sur le corps.
Graron, sculpteur de renommée mondiale - cote très élevée – venait de terminer une statue de nu : M. D était le modèle. Sculpture magnifique. J’ai toujours adoré ce qu’il fait. Pas les moyens d’acheter !
Vêtements de la victime retrouvés dans une poubelle d’une rue parallèle avec sac et portefeuilles. Pas d’empreintes non plus.
Je soupçonne une liaison entre l’artiste connu et la jeune fille.
Mon intime conviction : il l’a tuée.
Mais : zéro preuve. Parents introuvables : faux papiers, fausse identité. Elle ne s’appelait pas Mona… mais quoi ? Pas de personne disparue correspondant à la description. Interpol contacté : rien chez eux non plus.
Graron déclare ne la connaître que depuis deux mois, l’avoir payé généreusement comme modèle.
Il fanfaronne sur le fait de l’avoir rendue immortelle : la statue, elle, restera. Il jure vouloir la garder : il n’oserait pas ‘la vendre après ça’ (sic !).
Immortelle mais parfaitement morte.
Affaire à classer sans suite faute de preuves.
BF
mercredi 14 octobre 2009
Crime parfait - par Magali Bouclier (Exercice n°4)
République Française
Ministère de l’Intérieur, de la Sécurité Intérieure Et des Libertés Sociales
Direction Générale de la Police Nationale
Procès Verbal établi le 07 04 2009
Par l’agent de la Paix numéro 200045891 B C 32-4 : Jean Claude Duchêne
Objet : homicide sur la personne de Mme d’Estivelle Marie Ange
Reçu ce jour dans notre commissariat pour interrogatoires contradictoires les sous-nommés :
Mr d’Estivelle Marc
Mr d’Estivelle Richard
Mme d’Estivelle Véronique
(état-civil, adresses en annexe A1)
Extrait de l’interrogatoire Témoin n°1 : D’Estivelle Marc
Age : 40 ans
Professions : médecin
Le témoin déclare avoir retrouvé sa mère étendue inanimée dans la cuisine de la résidence familiale des marques de strangulation autour du cou. Il a tenté de porter les premiers secours à la victime mais ses efforts sont restes vains.
A téléphoné aux services de police immédiatement, est parti à la recherche de Mme d’Estivelle Véronique qu’il a retrouvé prostrée dans la chambre d’amis.
L’a interrogé sur d’éventuels cambrioleurs qui se seraient introduit dans la maison, n’a obtenu que des paroles incohérentes de la part de sa femme.
Elle m’a dit : « j’ai eu sa peau la salope »
Question : votre femme avait elle des problèmes psychologiques ?
Réponse : nous sommes mariés depuis très peu de temps mais je connais ma femme depuis plus d’un an. Elle est d’un caractère sensible et timide, je l’ai rencontré chez des amis communs, elle vient d’un milieu social nettement inférieur au mien et j’avais l’espoir qu’elle trouve une nouvelle famille au sein de la mienne. Il est vrai que ma mère fait heu faisait partie de cette haute bourgeoisie intransigeante sur les origines sociales et très à cheval sur les principes d’éducation. Elles n’ont guère eu le temps de s’apprivoiser l’une l’autre. J’ai senti une réticence de part et d’autre dès la première rencontre mais je pensais que le temps allait faire son œuvre et qu’elles trouveraient toutes les deux des terrains d’entente : ma femme rêvait d’avoir des enfants, ma mère est heu était elle-même mère de quatre enfants… Vous voyez quoi : une complicité maternelle…
Extrait de l’interrogatoire Témoin n°2 : D’Estivelle Richard
Age : 75 ans
Profession : Médecin retraité
Le témoin déclare que quand les faits se sont produits il se trouvait dans le jardin, à l’opposé de la cuisine et qu’il n’a rien remarqué d’anormal. C‘est son fils qui est venu le prévenir de ce qui venait de se passer.
Question : que pensez-vous de votre belle fille ?
Réponse : mon fils nous a présenté sa femme il y a quelques semaines à peine. Autant vous dire qu’aussi bien ma femme que moi n’étions pas d’accord sur cette union. Mais mon fils n’a voulu écouter aucun de nos avis et ce mariage a eu lieu. Ma femme a essayé de faire bonne figure, elle les a reçus avec beaucoup de bienveillance, et à tenter de superviser du mieux qu’elle a pu le jeune ménage. Conseils, idées, elle a souvent durant ces quelques semaines montré la voie à cette jeune femme, nous avons un réseau de connaissances dont elle aurait pu profiter pour essayer de se faire une petite place dans la région. Non elle n’était pas d’ici, une femme du Nord oui , qui ne travaillait pas de surcroit. Pas très brillante, un peu effacée, je ne sais vraiment pas ce que mon fils pouvait lui trouver comme qualités .Ma femme avait quand à elle un certain tempérament, un rien obsessionnelle de l’organisation oui, une vraie femme de médecin elle, ayant élevé quatre enfants oui. Mon ainé est architecte, sa sœur est avocate, mon troisième fils a embrassé la carrière militaire et le dernier est médecin oui comme son père. Nous avons de nombreux petits enfants et un véritable esprit de famille.
J’avoue que je ne comprends pas ce qui a pu déclencher une telle folie.
Extrait de l’interrogatoire Prévenue : Mme D’Estivelle Véronique
Age : 28 ans
Profession : sans
La prévenue déclare avoir étranglé sa belle mère avec un torchon de cuisine.
Question : pourquoi avoir fait cela ?
Réponse : j’ai perdu la tête…
Question : vous n’aviez pas de bons rapports avec votre belle mère ?
Réponse : mon mari est un homme parfait, cultivé, gentil, sérieux, dont l’ordre et l’organisation me rassuraient. Il aime beaucoup ses parents. J’étais très inquiète de les rencontrer et de leur plaire. Je pensais entrer dans une famille qui m’accepterait et m’aiderait à trouver mon chemin. Mais ma belle mère a voulu dès le départ tout décider, tout régenter elle n’a cessé de m’humilier et de me faire sentir nos différences.
Ce matin là elle m’a offert un paquet ravissant avec les mots suivants : « pour les rameaux, toujours quelque chose de nouveau » et quand j’ai ouvert la boite j’ai trouve ce torchon de cuisine. Devant ma surprise elle m’a prise par la main et fait admirer avec quel soin elle avait elle-même brodé les motifs d’un calendrier.
Elle m’a dit : « voilà ma petite, en rouge les dimanches comme vous pouvez le voir, afin que vous n’oubliez pas les déjeuners familiaux que nous donnons toutes les semaines Richard et moi. En bleu les vacances il va de soi que vous les passerez à nos côtés : l’hiver aux Maldives, Février à Gstaad, l’été à Cap d’Ail. En vert les dates anniversaires des membres de la famille, vous le savez nous sommes nombreux : enfants, conjoints, petits enfants.il ne saurait être question de manquer à la tradition. En jaune la semaine de bénévolat que nous effectuons toujours à Lourdes. En violet les jeudi où vous aurez la permission de recevoir vos relations dans le grand salon oui oui le violet et bien vous voyez vous comprenez vite quand vous le voulez finalement vous avez l’air plus gourde que vous ne l’êtes ma chère. Oui j’ai laissé en blanc quelques espaces pour lesquels vous pourrez broder vous-même une occupation qui vous plaît. Le cinéma ha quelle horreur, quel passe temps commun et ordinaire… et là Monsieur l’agent je ne sais pas ce qui m’a pris, la goutte d’eau qui fait déborder le vase, j’ai attrapé le torchon et j’ai serré serré serré…
Pendant l’interrogatoire de la prévenue, l’agent de la paix Jean Claude Duchêne relève plusieurs fois la tête, dans son angle de vue l’unique fenêtre de son bureau. Elle donne sur le bistro de la place centrale. A l’intérieur, attablés autour d’un café, les docteurs D’Estivelle père et fils se congratulent :
« Tu vois mon fils toujours miser sur les femmes, ces êtres fragiles et manipulables : une enfance malheureuse, une personnalité fragile, une pincée de syndrome pré menstruel, un soupçon d’agressivité hyperthyroïdienne… en fait je n’aurai pas choisi mieux que cette petite Véro pour nous libérer de cette virago acariâtre qui nous a pourri la vie bien trop longtemps »
Ministère de l’Intérieur, de la Sécurité Intérieure Et des Libertés Sociales
Direction Générale de la Police Nationale
Procès Verbal établi le 07 04 2009
Par l’agent de la Paix numéro 200045891 B C 32-4 : Jean Claude Duchêne
Objet : homicide sur la personne de Mme d’Estivelle Marie Ange
Reçu ce jour dans notre commissariat pour interrogatoires contradictoires les sous-nommés :
Mr d’Estivelle Marc
Mr d’Estivelle Richard
Mme d’Estivelle Véronique
(état-civil, adresses en annexe A1)
Extrait de l’interrogatoire Témoin n°1 : D’Estivelle Marc
Age : 40 ans
Professions : médecin
Le témoin déclare avoir retrouvé sa mère étendue inanimée dans la cuisine de la résidence familiale des marques de strangulation autour du cou. Il a tenté de porter les premiers secours à la victime mais ses efforts sont restes vains.
A téléphoné aux services de police immédiatement, est parti à la recherche de Mme d’Estivelle Véronique qu’il a retrouvé prostrée dans la chambre d’amis.
L’a interrogé sur d’éventuels cambrioleurs qui se seraient introduit dans la maison, n’a obtenu que des paroles incohérentes de la part de sa femme.
Elle m’a dit : « j’ai eu sa peau la salope »
Question : votre femme avait elle des problèmes psychologiques ?
Réponse : nous sommes mariés depuis très peu de temps mais je connais ma femme depuis plus d’un an. Elle est d’un caractère sensible et timide, je l’ai rencontré chez des amis communs, elle vient d’un milieu social nettement inférieur au mien et j’avais l’espoir qu’elle trouve une nouvelle famille au sein de la mienne. Il est vrai que ma mère fait heu faisait partie de cette haute bourgeoisie intransigeante sur les origines sociales et très à cheval sur les principes d’éducation. Elles n’ont guère eu le temps de s’apprivoiser l’une l’autre. J’ai senti une réticence de part et d’autre dès la première rencontre mais je pensais que le temps allait faire son œuvre et qu’elles trouveraient toutes les deux des terrains d’entente : ma femme rêvait d’avoir des enfants, ma mère est heu était elle-même mère de quatre enfants… Vous voyez quoi : une complicité maternelle…
Extrait de l’interrogatoire Témoin n°2 : D’Estivelle Richard
Age : 75 ans
Profession : Médecin retraité
Le témoin déclare que quand les faits se sont produits il se trouvait dans le jardin, à l’opposé de la cuisine et qu’il n’a rien remarqué d’anormal. C‘est son fils qui est venu le prévenir de ce qui venait de se passer.
Question : que pensez-vous de votre belle fille ?
Réponse : mon fils nous a présenté sa femme il y a quelques semaines à peine. Autant vous dire qu’aussi bien ma femme que moi n’étions pas d’accord sur cette union. Mais mon fils n’a voulu écouter aucun de nos avis et ce mariage a eu lieu. Ma femme a essayé de faire bonne figure, elle les a reçus avec beaucoup de bienveillance, et à tenter de superviser du mieux qu’elle a pu le jeune ménage. Conseils, idées, elle a souvent durant ces quelques semaines montré la voie à cette jeune femme, nous avons un réseau de connaissances dont elle aurait pu profiter pour essayer de se faire une petite place dans la région. Non elle n’était pas d’ici, une femme du Nord oui , qui ne travaillait pas de surcroit. Pas très brillante, un peu effacée, je ne sais vraiment pas ce que mon fils pouvait lui trouver comme qualités .Ma femme avait quand à elle un certain tempérament, un rien obsessionnelle de l’organisation oui, une vraie femme de médecin elle, ayant élevé quatre enfants oui. Mon ainé est architecte, sa sœur est avocate, mon troisième fils a embrassé la carrière militaire et le dernier est médecin oui comme son père. Nous avons de nombreux petits enfants et un véritable esprit de famille.
J’avoue que je ne comprends pas ce qui a pu déclencher une telle folie.
Extrait de l’interrogatoire Prévenue : Mme D’Estivelle Véronique
Age : 28 ans
Profession : sans
La prévenue déclare avoir étranglé sa belle mère avec un torchon de cuisine.
Question : pourquoi avoir fait cela ?
Réponse : j’ai perdu la tête…
Question : vous n’aviez pas de bons rapports avec votre belle mère ?
Réponse : mon mari est un homme parfait, cultivé, gentil, sérieux, dont l’ordre et l’organisation me rassuraient. Il aime beaucoup ses parents. J’étais très inquiète de les rencontrer et de leur plaire. Je pensais entrer dans une famille qui m’accepterait et m’aiderait à trouver mon chemin. Mais ma belle mère a voulu dès le départ tout décider, tout régenter elle n’a cessé de m’humilier et de me faire sentir nos différences.
Ce matin là elle m’a offert un paquet ravissant avec les mots suivants : « pour les rameaux, toujours quelque chose de nouveau » et quand j’ai ouvert la boite j’ai trouve ce torchon de cuisine. Devant ma surprise elle m’a prise par la main et fait admirer avec quel soin elle avait elle-même brodé les motifs d’un calendrier.
Elle m’a dit : « voilà ma petite, en rouge les dimanches comme vous pouvez le voir, afin que vous n’oubliez pas les déjeuners familiaux que nous donnons toutes les semaines Richard et moi. En bleu les vacances il va de soi que vous les passerez à nos côtés : l’hiver aux Maldives, Février à Gstaad, l’été à Cap d’Ail. En vert les dates anniversaires des membres de la famille, vous le savez nous sommes nombreux : enfants, conjoints, petits enfants.il ne saurait être question de manquer à la tradition. En jaune la semaine de bénévolat que nous effectuons toujours à Lourdes. En violet les jeudi où vous aurez la permission de recevoir vos relations dans le grand salon oui oui le violet et bien vous voyez vous comprenez vite quand vous le voulez finalement vous avez l’air plus gourde que vous ne l’êtes ma chère. Oui j’ai laissé en blanc quelques espaces pour lesquels vous pourrez broder vous-même une occupation qui vous plaît. Le cinéma ha quelle horreur, quel passe temps commun et ordinaire… et là Monsieur l’agent je ne sais pas ce qui m’a pris, la goutte d’eau qui fait déborder le vase, j’ai attrapé le torchon et j’ai serré serré serré…
Pendant l’interrogatoire de la prévenue, l’agent de la paix Jean Claude Duchêne relève plusieurs fois la tête, dans son angle de vue l’unique fenêtre de son bureau. Elle donne sur le bistro de la place centrale. A l’intérieur, attablés autour d’un café, les docteurs D’Estivelle père et fils se congratulent :
« Tu vois mon fils toujours miser sur les femmes, ces êtres fragiles et manipulables : une enfance malheureuse, une personnalité fragile, une pincée de syndrome pré menstruel, un soupçon d’agressivité hyperthyroïdienne… en fait je n’aurai pas choisi mieux que cette petite Véro pour nous libérer de cette virago acariâtre qui nous a pourri la vie bien trop longtemps »
mardi 13 octobre 2009
Crime parfait - par Zelapin (Exercice N°4)
Je soussigné Albert LETERRIER, officier de police judiciaire, déclare recueillir ce jour le 22022002, à Longuefeuilles (France) la déposition-générique de toutes les jeunes épouses-génériques (et assimilés), plainte valant pour toute forme de relation intime entre adultes consentants, de même sexe ou non, l'un des deux étant le représentant de la jeune épouse.
La jeune épouse générique, parfois à l'unisson du jeune époux générique (et assimilé, si même sexe, l'un des deux le représentant) déclare être la victime de la belle-mère générique, chaque fois que la relation du jeune époux générique à sa mère vient s'immiscer insidieusement et intensément dans ce qu'ils vivent ensemble, causant des dégâts allant de la simple gêne à la rupture définitive.
La déposante allègue la possibilité d'une telle intrusion à une fréquence quotidienne pouvant aller jusqu'à une notion de permanence pour les victimes les plus exposées.
La déposante souhaite voir mentionnée la difficulté de qualification du crime suivant le niveau de conscience de cette intrusion chez les parties en présence; il lui apparaît ainsi difficile d'évaluer le degré de responsabilité des acteurs de la relation ( la déposante va jusqu'à mettre en balance la notion d'intention, indispensable selon elle pour qualifier le crime). Elle nous signale qu'il est complexe dans la plupart des cas de déterminer si les victimes sont uniquement les jeunes épouses, les jeunes époux et/ou les belle-mères et assimilés, mais ne souhaite pas pas se faire le porte-parole de ces dernières (je cite « faut quand même pas déconner, on doit bien en trouver une poignée pour les défendre, mais moi, je suis la générique, pas le cas particulier. »).
Décidément intéressée par le droit, la jeune épouse générique (et assimilés) estime irrecevable la défense de la belle-mère générique qui consiste à culpabiliser les époux (et assimilés) sous prétexte qu'elle aurait fait le cadeau de la vie au jeune époux (je cite encore: « Cadeau? Tu parles, qui peut savoir qui est le cadeau, l'enfant, le parent, la vie? Et cadeau pour qui? Elle le sait, elle, si c'est un cadeau la vie, et si son fils c'est un cadeau? »). Il est même envisagé de réfuter l'argument comme circonstance atténuante, si l'affaire devait être portée au tribunal.
En guise de conclusion de cette déposition , la jeune épouse générique (et assimilés) tient à ce qu'il soit mentionné le fait que « si elle ose franchir le pas en poussant la porte de ce commissariat et en s'asseyant face à moi » (citation), LETERRIER Albert opj de son état, c'est pour qu'enfin peut-être, le crime parfait (« puisque quasi-constant et négligé voire ignoré, parfois volontairement » citation, encore) de toutes les belles-mères génériques soit connu de tous, et pour qu'enfin chacun puisse prendre ses responsabilités et fasse du mieux possible pour réduire au minimum le préjudice subi par la relation intime entre adultes consentants.
Fait à Longuefeuilles, le 22022002.
La jeune épouse générique, parfois à l'unisson du jeune époux générique (et assimilé, si même sexe, l'un des deux le représentant) déclare être la victime de la belle-mère générique, chaque fois que la relation du jeune époux générique à sa mère vient s'immiscer insidieusement et intensément dans ce qu'ils vivent ensemble, causant des dégâts allant de la simple gêne à la rupture définitive.
La déposante allègue la possibilité d'une telle intrusion à une fréquence quotidienne pouvant aller jusqu'à une notion de permanence pour les victimes les plus exposées.
La déposante souhaite voir mentionnée la difficulté de qualification du crime suivant le niveau de conscience de cette intrusion chez les parties en présence; il lui apparaît ainsi difficile d'évaluer le degré de responsabilité des acteurs de la relation ( la déposante va jusqu'à mettre en balance la notion d'intention, indispensable selon elle pour qualifier le crime). Elle nous signale qu'il est complexe dans la plupart des cas de déterminer si les victimes sont uniquement les jeunes épouses, les jeunes époux et/ou les belle-mères et assimilés, mais ne souhaite pas pas se faire le porte-parole de ces dernières (je cite « faut quand même pas déconner, on doit bien en trouver une poignée pour les défendre, mais moi, je suis la générique, pas le cas particulier. »).
Décidément intéressée par le droit, la jeune épouse générique (et assimilés) estime irrecevable la défense de la belle-mère générique qui consiste à culpabiliser les époux (et assimilés) sous prétexte qu'elle aurait fait le cadeau de la vie au jeune époux (je cite encore: « Cadeau? Tu parles, qui peut savoir qui est le cadeau, l'enfant, le parent, la vie? Et cadeau pour qui? Elle le sait, elle, si c'est un cadeau la vie, et si son fils c'est un cadeau? »). Il est même envisagé de réfuter l'argument comme circonstance atténuante, si l'affaire devait être portée au tribunal.
En guise de conclusion de cette déposition , la jeune épouse générique (et assimilés) tient à ce qu'il soit mentionné le fait que « si elle ose franchir le pas en poussant la porte de ce commissariat et en s'asseyant face à moi » (citation), LETERRIER Albert opj de son état, c'est pour qu'enfin peut-être, le crime parfait (« puisque quasi-constant et négligé voire ignoré, parfois volontairement » citation, encore) de toutes les belles-mères génériques soit connu de tous, et pour qu'enfin chacun puisse prendre ses responsabilités et fasse du mieux possible pour réduire au minimum le préjudice subi par la relation intime entre adultes consentants.
Fait à Longuefeuilles, le 22022002.
lundi 12 octobre 2009
Hubert VS Hubert - par Martine Bourguignon (Crime parfait)
OBJET : AFFAIRE HUBERT ET HUBERT
RAPPORT des OPJ MANKELL Sophie et LEPAGE Francis.
Le lundi 14 septembre 2009 à 22h30, nous sommes requis téléphoniquement par un individu désirant garder l’anonymat. Lors d’une visite à un ami il a été le témoin auditif d‘une violente dispute entre les deux occupantes de l’appartement voisin, le 221 b de la Résidence des Mésanges, 15 rue du Grand Marché. Selon cet ami les relations entre Madame Veuve Clémence Hubert et sa belle-fille Agathe se seraient sérieusement dégradées depuis le décès de Charles Henri Hubert le 4 février 2009.
Nous décidons de vérifier derechef les dires de l’individu. Nous arrivons sur site à 22h46. L’endroit est calme. Nous sonnons au 221b. La susnommée Agathe Hubert s’étonne de notre prompte arrivée, ayant appelé le central seulement quelques minutes auparavant pour signaler le décès soudain de sa belle mère pendant la diffusion de Derrick. Force est de constater que Clémence Hubert git sans vie sur un large canapé de cuir de couleur ivoire.
La bru, désorientée, se brûle avec la verveine qu’elle boit machinalement. Elle répond nonobstant d’assez bonne grâce à nos questions. Sans nier l’existence des querelles elle nous livre sa version des faits. Sa belle-mère n’a jamais digéré le mariage de son fils, propriétaire de la plus grosse officine de la ville, avec une préparatrice en pharmacie de douze ans sa cadette. Clémence Hubert lui a rendu la vie impossible, jusqu’à la harceler avec toutes les séries de TF1 qu’elle regardait à haute dose depuis la dégradation de son état de santé.
La belle fille ajoute qu’elle lui a pourtant offert un lecteur/graveur dernier cri ainsi que de nombreux DVD pour tenter de la distraire. La fragilité cardiaque de madame Hubert est confirmée par un simple appel à son médecin traitant à 23h. Nous concluons que la cause du décès est accidentelle.
À 23h02 Sandrine Hubert perd connaissance. Nous pratiquons les gestes d’urgence, les secours arrivent à 23h10. Toutes les tentatives de réanimation restent vaines. Le décès est prononcé à 23h58.
Le 20 septembre nous recevons le rapport d’autopsie du docteur Scarpa. La mort a été causée par l’absorption d’un puissant narcotique dissous dans une grande quantité de liquide. Nous reprenons l’enquête de voisinage qui ne révèle aucun élément significatif hormis l’animosité croissante entre les deux femmes. La mort d’Agathe Hubert aurait permis à sa belle-mère de récupérer tous les biens de son défunt mari. Le mobile du crime semble évident.
Notre conscience professionnelle nous interdit cependant d’écarter tout de go la thèse du suicide. Le 22 septembre nous décidons de procéder à une ultime vérification dans l’appartement des défuntes. Après trois heures de fouilles minutieuses nous trouvons un DVD suspect sous le canapé. Nous l’introduisons dans le lecteur. Trois minutes et trente deux secondes après le début d’un épisode de Derrick apparait le visage blafard de Charles Henri Hubert. D’une voix caverneuse, il s’adresse à sa femme : ‘Clémence, c’est moi, Charles Henri, regarde-moi, Clémence, écoute-moi, je vais bientôt venir te chercher…..’
Nous n’avons pu établir pourquoi les meurtrières ont choisi le même soir pour accomplir leur forfait. Chacune des coupables étant également victime dans ce double meurtre avec préméditation, nous déclarons l’affaire classée.
RAPPORT des OPJ MANKELL Sophie et LEPAGE Francis.
Le lundi 14 septembre 2009 à 22h30, nous sommes requis téléphoniquement par un individu désirant garder l’anonymat. Lors d’une visite à un ami il a été le témoin auditif d‘une violente dispute entre les deux occupantes de l’appartement voisin, le 221 b de la Résidence des Mésanges, 15 rue du Grand Marché. Selon cet ami les relations entre Madame Veuve Clémence Hubert et sa belle-fille Agathe se seraient sérieusement dégradées depuis le décès de Charles Henri Hubert le 4 février 2009.
Nous décidons de vérifier derechef les dires de l’individu. Nous arrivons sur site à 22h46. L’endroit est calme. Nous sonnons au 221b. La susnommée Agathe Hubert s’étonne de notre prompte arrivée, ayant appelé le central seulement quelques minutes auparavant pour signaler le décès soudain de sa belle mère pendant la diffusion de Derrick. Force est de constater que Clémence Hubert git sans vie sur un large canapé de cuir de couleur ivoire.
La bru, désorientée, se brûle avec la verveine qu’elle boit machinalement. Elle répond nonobstant d’assez bonne grâce à nos questions. Sans nier l’existence des querelles elle nous livre sa version des faits. Sa belle-mère n’a jamais digéré le mariage de son fils, propriétaire de la plus grosse officine de la ville, avec une préparatrice en pharmacie de douze ans sa cadette. Clémence Hubert lui a rendu la vie impossible, jusqu’à la harceler avec toutes les séries de TF1 qu’elle regardait à haute dose depuis la dégradation de son état de santé.
La belle fille ajoute qu’elle lui a pourtant offert un lecteur/graveur dernier cri ainsi que de nombreux DVD pour tenter de la distraire. La fragilité cardiaque de madame Hubert est confirmée par un simple appel à son médecin traitant à 23h. Nous concluons que la cause du décès est accidentelle.
À 23h02 Sandrine Hubert perd connaissance. Nous pratiquons les gestes d’urgence, les secours arrivent à 23h10. Toutes les tentatives de réanimation restent vaines. Le décès est prononcé à 23h58.
Le 20 septembre nous recevons le rapport d’autopsie du docteur Scarpa. La mort a été causée par l’absorption d’un puissant narcotique dissous dans une grande quantité de liquide. Nous reprenons l’enquête de voisinage qui ne révèle aucun élément significatif hormis l’animosité croissante entre les deux femmes. La mort d’Agathe Hubert aurait permis à sa belle-mère de récupérer tous les biens de son défunt mari. Le mobile du crime semble évident.
Notre conscience professionnelle nous interdit cependant d’écarter tout de go la thèse du suicide. Le 22 septembre nous décidons de procéder à une ultime vérification dans l’appartement des défuntes. Après trois heures de fouilles minutieuses nous trouvons un DVD suspect sous le canapé. Nous l’introduisons dans le lecteur. Trois minutes et trente deux secondes après le début d’un épisode de Derrick apparait le visage blafard de Charles Henri Hubert. D’une voix caverneuse, il s’adresse à sa femme : ‘Clémence, c’est moi, Charles Henri, regarde-moi, Clémence, écoute-moi, je vais bientôt venir te chercher…..’
Nous n’avons pu établir pourquoi les meurtrières ont choisi le même soir pour accomplir leur forfait. Chacune des coupables étant également victime dans ce double meurtre avec préméditation, nous déclarons l’affaire classée.
dimanche 11 octobre 2009
Corinne Bessière, par Salomé Viviana (Crime parfait)
Rapport de synthèse sur le décès de Corinne Bessière
Décès survenu à son domicile 15 rue des Trappeurs 72320 Villar Lès Tourmens, le 2 octobre 2009.
Identité de la victime : Corinne Bessière, née Lemonier, le 23 octobre 1981 à Nantes, nationalité française, mariée le 28 mai 2009 à Charles Bessière.
Corinne Bessière a été retrouvée par son mari, pendue dans son garage. Le médecin légiste (rapport pj1) conclut qu'elle s'est donné la mort aux alentours de 10h30. Il n'a rien relevé de particulier sur les circonstances du décès (prise de drogue ou de médicaments, blessures...)
Il a par contre noté que la jeune épouse, qui a tous les attributs de la féminité (elle est enregistrée à l'état civil depuis sa naissance comme étant de sexe féminin), était également dotée d'un pénis de taille non négligeable. Elle avait d'ailleurs une boîte de Viagra dans la poche de son pantalon.
Circonstances et causes du décès :
1 - Charles Bessière (PV d'audition pj 2 et 3)est très affecté par la mort de son épouse. Selon lui, le décès peut être en rapport avec ses particularités anatomiques, Corinne Bessière ayant beaucoup de mal à vivre son hermaphrodisme. Elle n'a pourtant jamais voulu se faire opérer, estimant que l'intervention n'est pas sans risques. Corinne Bessière suivait une psychothérapie. Le mari a déclaré qu'il l'avait toujours acceptée comme elle était et que ça ne posait pas de problème particulier entre eux. Ils menaient une vie de couple normale.
Les relations étaient plus tendues entre la victime et sa belle-mère qui habite à moins de 20km (Tourmens) et que le couple voyait régulièrement, au moins au début. Charles Bessière est fils unique et sa mère est possessive. Elle leur a fait savoir qu'elle tenait à être grand mère rapidement, ce qui était impossible, Corinne Bessière étant stérile. Pour éviter de mettre son épouse mal à l'aise, Charles a pendant longtemps raconté à sa mère qu'ils ne voulaient pas d'enfants. Mais devant l'insistance et le harcèlement de celle-ci, il a fini par lui dire la vérité, en lui faisant promettre de garder le secret, espérant qu'elle cesserait d'aborder le sujet. La mère de Charles a été choquée que son fils ait épousée un monstre et a exigé qu'il l'a quitte immédiatement, ce qu'il n'a pas fait. Par contre, depuis cette conversation qui a eu lieu vers la mi septembre, Charles Bessière a trouvé des prétextes pour que le couple ne rencontre plus sa mère.
Interrogé au sujet de la présence de Viagra dans la poche de la victime, Charles Bessière a eu l'air surpris et ne se l'explique pas. Selon lui, la prise de Viagra ne fait pas partie de leurs pratiques, sauf si son épouse ne lui a pas tout dit.
2 - Marie Bessière, la mère de Charles (PV d'audition pj 4): elle est veuve depuis 8 ans, son mari étant décédé dans un accident de voiture. Elle a dit ne pas avoir beaucoup de sympathie pour sa belle-fille, qu'elle trouvait bizarre. Par exemple, Corinne refusait de se mettre en maillot de bain à la plage, elle ne voulait pas d'enfant, bref, elle avait un comportement qui ne cadrait pas avec celui qu'on attend habituellement d'une jeune épouse.
Elle a indiqué que Charles l'avait informée des particularités anatomiques de sa belle fille ; elle est encore choquée aujourd'hui que de telles monstruosités existent. Elle trouve quand même dommage qu'elle se soit suicidée, mais c'est peut être mieux comme ça pour Charles.
Quant au Viagra, elle a commencé par dire qu'elle ne voyait pas de quoi il s'agissait mais elle est devenue rouge et ses explications étaient très embrouillées. En insistant un peu, elle a avoué en avoir envoyé par la Poste à sa belle fille, sans mot d'accompagnement. Elle a dit que c'était un cadeau, car le Viagra coûte très cher. Corinne Bessière a dû comprendre d'où venait le Viagra grâce au cachet de la Poste.
3- Les personnes de l'entourage de Marie Bessière (PV d'audition pj 5 à 9) ont dit qu'elles étaient au courant pour sa belle fille, qu'elle se chargeait de lui faire une réputation parce qu'elle voulait que son fils la quitte.
En envoyant du Viagra à sa belle fille, Marie Bessière lui a fait clairement comprendre qu'elle connaissait ses particularités anatomiques et que son fils l'avait donc trahie. Il est possible que Corinne Bessière ait en outre craint la publicité que sa belle mère pourrait lui faire, compte tenu de son caractère. Cet envoi a probablement contribué au suicide d'une personne déjà fragile psychologiquement.
Fait à Tourmens, le 10 octobre 2009
L'inspecteur de police
André Magloire
samedi 10 octobre 2009
L'écriture, l'engagement et les larmes
Bon, au-delà de la satisfaction personnelle, j'aime beaucoup cet article d'Isabelle Rüf dans le quotidien helvétique "Le Temps" (que François Bon m'a fait passer, car j'en ignorais l'existence) parce qu'il parle de notre travail sur le web à tous les deux et qu'il mentionne ce tout jeune blog.
Merci à tous/toutes de m'aider à le faire vivre.
J'ai écrit à Isabelle Rüf le mot suivant :
Chère Isabelle Rüf.
Merci pour le bel article, qui me fraternise "officiellement" avec François Bon, ce qui me fait terriblement plaisir. Merci aussi de ce que vous dites de mon livre, mais pourquoi devriez vous vous sentir "honteuse" de vous retrouver les larmes aux yeux ? L'émotion, ça n'est pas honteux, et je suis honoré quand mes livres remuent les émotions de lectrices ou de lecteurs. Parce que voyez vous, j'ai moi aussi les larmes aux yeux en écrivant.
Amicalement
Martin Winckler
Merci à tous/toutes de m'aider à le faire vivre.
J'ai écrit à Isabelle Rüf le mot suivant :
Chère Isabelle Rüf.
Merci pour le bel article, qui me fraternise "officiellement" avec François Bon, ce qui me fait terriblement plaisir. Merci aussi de ce que vous dites de mon livre, mais pourquoi devriez vous vous sentir "honteuse" de vous retrouver les larmes aux yeux ? L'émotion, ça n'est pas honteux, et je suis honoré quand mes livres remuent les émotions de lectrices ou de lecteurs. Parce que voyez vous, j'ai moi aussi les larmes aux yeux en écrivant.
Amicalement
Martin Winckler
mercredi 7 octobre 2009
"Tu réponds à tout le monde ?"
Mardi 6 octobre, au Réservoir, avenue Duluth sur Saint-Laurent, les membres de Gallimard Ltée présentaient quelques-uns des livres qu'ils diffusent et qui venaient d'être publiés au Québec. Je faisais partie des écrivains invités à venir parler de leur bouquin. Pendant mon bavardage (on a toujours du mal à m'arrêter, quand je commence), je mentionne qu'ayant mis mon adresse courriel dans Le Choeur des femmes (comme je le fais pour tous mes livres, sauf oubli), j'ai eu le bonheur de recevoir deux à trois messages de lecteurs/trices (surtout /trices) par jour depuis le jour de sa publication en France.
C'est évidemment très gratifiant quand on a envie de savoir si son livre est apprécié, sans vouloir pour autant aller traîner dans les librairies pour vérifier qu'il y est bien mis en pile (et que les piles sont toujours hautes, et ne baissent pas - si elles restent hautes, c'est parce que les libraires les maintiennent dans cet état, et donc que le livre se vend ; si elles baissent, c'est parce que les libraires n'en commande pas d'autres pour remplacer ceux qui se sont vendus trop lentement).
Lorsque je mentionne l'apparition quotidienne de messages de lectrices/teurs dans ma boîte courriel, José Lareau, la dynamique et pétillante "ange gardien" des écrivains chez Gallimard Ltée me demande "Tu réponds à tout le monde ?"
Oui, je réponds à tout le monde. Heureusement pour moi, il n'y en a que trois par jour, alors je peux répondre. Mais même s'il y en avait plus, je ferais mon possible pour répondre, comme je l'ai fait lorsque j'étais à France Inter, comme je l'ai fait pendant les six années où j'ai répondu aux messages concernant la contraception.
Pourquoi est-ce que je réponds à tout le monde ? Pourquoi est-ce que je prends autant de temps pour mettre ne serait-ce que trois lignes de réponse à des messages de lecteurs inconnus (et parfois anonymes, car certain(e)s ne donnent pas leur prénom et leur adresse courriel est ambiguë...) ?
"Pourquoi je réponds ? Voyons voir..."
(Image de l'ogre se grattant la tête d'un air perplexe.)
Parce que ça me fait plaisir de recevoir une lettre de lecteur/trice content(e).
Parce que j'ai envie de lui signifier que j'ai reçu le message - j'ai toujours peur qu'on ne reçoive pas les miens alors je tiens à les rassurer sur ce point. Alors, pendant que j'y suis...
Parce que quand on me dit qu'on aime un de mes livres, en personne, je remercie. Alors, je trouve naturel de remercier ceux qui me le disent par écrit.
Parce que souvent, le message n'est pas seulement une appréciation du bouquin, mais une évocation de ce qui, dans l'histoire ou l'expérience de celui/celle qui m'a lu, a fait écho à cette lecture. Il me parle de soi, d'un parent, d'une expérience professionnelle. Parfois, le message me retrace en vingt ou trente lignes, toute une existence. Plus rarement, c'est un texte de plusieurs pages.
Et c'est toujours passionnant.
Souvent (sinon presque à chaque fois) l'auteur du message me dit "ne pas attendre de réponse" ou "s'excuser d'écrire une lettre de "fan"" ou encore de me "prendre mon temps" ou d' "encombrer ma boîte à courriels". Et à ce moment-là, bien sûr, j'ai en plus l'envie vigoureuse de lui montrer qu'il n'en est rien. Ce n'est pas une perte de temps, ce n'est pas une intrusion (si je voulais "qu'on me laisse tranquille", je ne mettrais pas mon adresse électronique dans les livres, sur les sites internet, les blogs...) ce n'est pas importun, ce n'est pas ridicule, ce n'est pas immature ou infantile d'écrire à un écrivain.
Avant l'internet et le courriel, j'ai beaucoup écrit à "mes" écrivains et j'ai beaucoup souffert que certains ne me répondent pas, sans savoir exactement si leur silence était dû à la perte de ma lettre dans une pyramide de courrier équivalente à celle que doit ranger Gaston dans les bureaux du journal Spirou, ou bien à l'indifférence, au manque de temps, ou encore (et c'était pire) au fait que ce que j'avais écrit avec tant de soin et d'enthousiasme n'avait à leurs yeux aucun intérêt.
Je me souviens de ma joie absolue les jours où, après avoir écrit des lettres enthousiastes aux éditions Marvel pour leur dire mon admiration à l'égard du dessinateur John Buscema, j'ai reçu une lettre et, en "No-Prize", un fascicule de The Mighty Thor et un autre de The Silver Surfer.
Je me souviens de ma fierté (je la ressens encore) le jour où j'ai reçu une lettre d'Isaac Asimov en réponse à une lettre écrite après avoir dévoré et adoré son roman The Gods Themselves.
Je me souviens de la rage avec laquelle j'ai écrit à la rédaction du journal Pilote, au retour de mon année en Amérique, après avoir lu les 52 numéros de l'année écoulée (que Mick, mon frère, m'avait soigneusement mis de côté), pour leur dire à quel point je trouvais que le journal avait perdu de son mordant et de sa qualité. Et je me souviens de ma stupéfaction absolue, et de mon sentiment d'humilité en recevant une réponse signée... René Goscinny, regrettant que mes jugements soient aussi sévères mais espérant que je continuerais à lire Pilote et que je changerais d'avis dans un proche avenir...
Je me souviens aussi du bonheur que j'ai ressenti quand, après avoir envoyé Plumes d'Ange à Claude Nougaro en lui remerciant de m'avoir soufflé, par son récit-poème, le titre de mon livre et son épigraphe, j'ai reçu de lui une lettre manuscrite très émouvante (il y mentionnait son père et sa mère) ornée d'un timbre à l'effigie de... Léo Ferré.
Alors, oui, je réponds à ceux et celles qui m'ont écrit. Pour leur dire, même si je dis peu, que leur message m'est arrivé, qu'il m'a fait plaisir, et que j'espère leur procurer, en retour, un peu du plaisir que j'ai éprouvé moi-même en les lisant.
Vous comprenez, ce n'est pas de l'altruisme ou de la grandeur d'âme ou de la politesse. Et je ne crois pas que ce soit pour les inciter à voter pour moi aux prochaines élections, ni pour les convaincre d'acheter mon prochain livre (Car voyez, je réponds aussi aux (quelques) personnes qui m'écrivent pour me signifier leur désaccord ou leur mauvaise humeur).
Si je réponds, c'est parce que ça me fait plaisir.
C'est évidemment très gratifiant quand on a envie de savoir si son livre est apprécié, sans vouloir pour autant aller traîner dans les librairies pour vérifier qu'il y est bien mis en pile (et que les piles sont toujours hautes, et ne baissent pas - si elles restent hautes, c'est parce que les libraires les maintiennent dans cet état, et donc que le livre se vend ; si elles baissent, c'est parce que les libraires n'en commande pas d'autres pour remplacer ceux qui se sont vendus trop lentement).
Lorsque je mentionne l'apparition quotidienne de messages de lectrices/teurs dans ma boîte courriel, José Lareau, la dynamique et pétillante "ange gardien" des écrivains chez Gallimard Ltée me demande "Tu réponds à tout le monde ?"
Oui, je réponds à tout le monde. Heureusement pour moi, il n'y en a que trois par jour, alors je peux répondre. Mais même s'il y en avait plus, je ferais mon possible pour répondre, comme je l'ai fait lorsque j'étais à France Inter, comme je l'ai fait pendant les six années où j'ai répondu aux messages concernant la contraception.
Pourquoi est-ce que je réponds à tout le monde ? Pourquoi est-ce que je prends autant de temps pour mettre ne serait-ce que trois lignes de réponse à des messages de lecteurs inconnus (et parfois anonymes, car certain(e)s ne donnent pas leur prénom et leur adresse courriel est ambiguë...) ?
"Pourquoi je réponds ? Voyons voir..."
(Image de l'ogre se grattant la tête d'un air perplexe.)
Parce que ça me fait plaisir de recevoir une lettre de lecteur/trice content(e).
Parce que j'ai envie de lui signifier que j'ai reçu le message - j'ai toujours peur qu'on ne reçoive pas les miens alors je tiens à les rassurer sur ce point. Alors, pendant que j'y suis...
Parce que quand on me dit qu'on aime un de mes livres, en personne, je remercie. Alors, je trouve naturel de remercier ceux qui me le disent par écrit.
Parce que souvent, le message n'est pas seulement une appréciation du bouquin, mais une évocation de ce qui, dans l'histoire ou l'expérience de celui/celle qui m'a lu, a fait écho à cette lecture. Il me parle de soi, d'un parent, d'une expérience professionnelle. Parfois, le message me retrace en vingt ou trente lignes, toute une existence. Plus rarement, c'est un texte de plusieurs pages.
Et c'est toujours passionnant.
Souvent (sinon presque à chaque fois) l'auteur du message me dit "ne pas attendre de réponse" ou "s'excuser d'écrire une lettre de "fan"" ou encore de me "prendre mon temps" ou d' "encombrer ma boîte à courriels". Et à ce moment-là, bien sûr, j'ai en plus l'envie vigoureuse de lui montrer qu'il n'en est rien. Ce n'est pas une perte de temps, ce n'est pas une intrusion (si je voulais "qu'on me laisse tranquille", je ne mettrais pas mon adresse électronique dans les livres, sur les sites internet, les blogs...) ce n'est pas importun, ce n'est pas ridicule, ce n'est pas immature ou infantile d'écrire à un écrivain.
Avant l'internet et le courriel, j'ai beaucoup écrit à "mes" écrivains et j'ai beaucoup souffert que certains ne me répondent pas, sans savoir exactement si leur silence était dû à la perte de ma lettre dans une pyramide de courrier équivalente à celle que doit ranger Gaston dans les bureaux du journal Spirou, ou bien à l'indifférence, au manque de temps, ou encore (et c'était pire) au fait que ce que j'avais écrit avec tant de soin et d'enthousiasme n'avait à leurs yeux aucun intérêt.
Je me souviens de ma joie absolue les jours où, après avoir écrit des lettres enthousiastes aux éditions Marvel pour leur dire mon admiration à l'égard du dessinateur John Buscema, j'ai reçu une lettre et, en "No-Prize", un fascicule de The Mighty Thor et un autre de The Silver Surfer.
Je me souviens de ma fierté (je la ressens encore) le jour où j'ai reçu une lettre d'Isaac Asimov en réponse à une lettre écrite après avoir dévoré et adoré son roman The Gods Themselves.
Je me souviens de la rage avec laquelle j'ai écrit à la rédaction du journal Pilote, au retour de mon année en Amérique, après avoir lu les 52 numéros de l'année écoulée (que Mick, mon frère, m'avait soigneusement mis de côté), pour leur dire à quel point je trouvais que le journal avait perdu de son mordant et de sa qualité. Et je me souviens de ma stupéfaction absolue, et de mon sentiment d'humilité en recevant une réponse signée... René Goscinny, regrettant que mes jugements soient aussi sévères mais espérant que je continuerais à lire Pilote et que je changerais d'avis dans un proche avenir...
Je me souviens aussi du bonheur que j'ai ressenti quand, après avoir envoyé Plumes d'Ange à Claude Nougaro en lui remerciant de m'avoir soufflé, par son récit-poème, le titre de mon livre et son épigraphe, j'ai reçu de lui une lettre manuscrite très émouvante (il y mentionnait son père et sa mère) ornée d'un timbre à l'effigie de... Léo Ferré.
Alors, oui, je réponds à ceux et celles qui m'ont écrit. Pour leur dire, même si je dis peu, que leur message m'est arrivé, qu'il m'a fait plaisir, et que j'espère leur procurer, en retour, un peu du plaisir que j'ai éprouvé moi-même en les lisant.
Vous comprenez, ce n'est pas de l'altruisme ou de la grandeur d'âme ou de la politesse. Et je ne crois pas que ce soit pour les inciter à voter pour moi aux prochaines élections, ni pour les convaincre d'acheter mon prochain livre (Car voyez, je réponds aussi aux (quelques) personnes qui m'écrivent pour me signifier leur désaccord ou leur mauvaise humeur).
Si je réponds, c'est parce que ça me fait plaisir.
samedi 3 octobre 2009
Salons, librairies, bibliothèques et classes
Quand je suis devenu un écrivain connu, au moment du succès de La Maladie de Sachs, j'ai commencé à être invité à des signatures dans des librairies et dans des bibliothèques, partout en France. Et aussi, bien sûr, à des salons du livre. Très vite, j'ai compris où allaient mes préférences : je n'avais pas vraiment de goût à rester assis derrière une table pour attendre des lecteurs qui ne savaient pas nécessairement que j'étais présent, au milieu de dizaines d'autres écrivains et qui, le plus souvent, tombaient sur moi par hasard, ou s'arrêtaient devant un livre dont ils avaient entendu parler mais qu'ils n'avaient pas nécessairement lu ou envie de lire. Et qui, surtout, avaient peu de chose à dire à son auteur.
Quand on n'est pas un super best-seller dont la présence est annoncée à grands frais de publicité et dont le stand est entouré par des barrières pour éviter la foule, attendre est très éprouvant, parce que cette attente répète implicitement l'attente de la réponse de l'éditeur quand on a envoyé un manuscrit et celle des articles quand un livre vient d'être publié.
Très vite, j'ai cessé d'aller dans les salons, sauf aux 24 heures du Livre du Mans (c'était ma ville, j'habitais à quelques centaines de mètres, j'y allais aussi pour rencontrer les écrivains, j'avais envie de soutenir les librairies du Mans, je me sentais chez moi et puis, mes enfants et des copains venaient me tenir compagnie !) et au Salon du Livre de Paris, où la présence est en générale ponctuelle (une heure ou deux), donc pas trop frustrante même si on n'y voit que quelques lecteurs. On trouve toujours quelqu'un avec qui bavarder.
(A Paris, sur le stand P.O.L, qui est probablement celui que j'ai le plus fréquenté depuis 20 ans (même quand je n'avais publié qu'un seul roman, confidentiel, et même, après "Sachs", quand je n'avais rien publié de récent), je ne me suis jamais senti seul ni ennuyé, car j'ai toujours pu y rencontrer des écrivains que je lis (mais que je ne connais pas personnellement) et feuilleter dans les rayons des livres dont j'ignorais auparavant l'existence sans qu'on vienne me regarder d'un oeil sévère et me demander si je cherche quelque chose en particulier. )
J'ai toujours préféré, et de loin, les rencontres en librairies ou en bibliothèque. D'abord parce qu'elles sont programmées, ce qui fait que les personnes qui s'y rendent viennent spécialement pour vous. Ensuite parce que, quel que soit leur nombre, c'est toujours passionnant. J'ai eu droit à des rencontres avec plusieurs centaines de personnes - comme à "La Boîte à Livres", à Tours, en 1998, et je raconterai un de ces jours pourquoi c'était très émouvant ; j'ai eu droit à des rencontres avec trois personnes (à Bordeaux, dans une bibliothèque de quartier, un soir de semaine) ; j'ai fait des rencontres dans de toutes petites bibliothèques de campagne et dans des bibliothèques cossues de grandes villes de province et j'en suis sorti, chaque fois avec un sentiment assez réconfortant de mieux comprendre ce que j'avais écrit.
Car ces rencontres ne sont pas des "séances de promo" de mes livres mais des rencontres avec des lecteurs, qui en ont déjà lu un ou deux, et qui éprouvent le désir de m'entendre parler de mes métiers de médecin et d'écrivain, et de dire ce qu'ils ont ressenti à la lecture. De sorte que, quel que soit leur nombre, ce qui se passe, ce qui se dit, ce qui s'échange est toujours extraordinairement gratifiant. Souvent, j'entendais des gens me dire ce qu'ils avaient senti ou lu dans un de mes livres, et j'étais émerveillé de ce qu'ils avaient vu et que je ne savais pas y avoir mis.
Et puis, les rencontres de ce type sont souvent pour moi l'occasion de lire à haute voix des extraits des bouquins, et cela aussi est un moment de grand plaisir. J'aime lire à haute voix. Sans doute parce que la narration orale est ce qui m'a toujours le plus transporté : j'aimais écouter les membres de ma famille (qui en connaissaient des flopées) raconter des histoires ; j'aimais écouter les dramatiques radio de "L'heure du Mystère" ou du "Théâtre de l'étrange" quand j'étais un jeune adolescent, et j'entends toujours une voix intérieure (la mienne ?) lire les lignes que je parcours dans un livre.
J'ai aussi beaucoup aimé me rendre dans des classes - de collège ou de lycée, le plus souvent - sur l'invitation d'enseignants désireux d'offrir à leurs élèves un regard nouveau sur un écrivain, ou sur la contraception ou sur les séries télé... D'abord parce que je me souviens de l'ennui puissant qui me tenaillait, quand j'étais au lycée, et de la fête que c'était quand quelque chose - n'importe quoi ! - venait rompre la monotonie. Alors j'aime beaucoup l'idée de jouer le rôle de diversion pour une classe. Pour moi, l'enseignant qui invite un écrivain ou un artiste fait un cadeau à ses élèves. Et puis, entendre un lycéen demander "Pourquoi vous avez mis une scène de partouze dans Mort in Vitro ?" ou "Pourquoi vous dites "baiser" et pas "faire l'amour", M'sieur ?", c'est vraiment réjouissant. Moi qui avais si peur de parler de sexe quand j'étais adolescent, je trouve fabuleux que les ados d'aujourd'hui m'interpellent... et me demandent d'en parler !
Ce plaisir de parler avec des lecteurs et lectrices de tous âges ne m'a jamais été imposé. Chez P.O.L, par exemple, on est très précautionneux de ce qu'on demande aux écrivains, on les protège, on leur laisse toujours entendre qu'ils ne sont obligés à rien. Certains écrivains aiment ce genre de rencontres, d'autres les fuient (ou même, restent constamment invisibles), tous sont respectés. Aucun n'est traité comme s'il devait assurer le "minimum syndical" de la représentation. Evidemment, c'est très confortable de savoir qu'on n'est pas tenu d'accepter toutes les invitations pour "faire plaisir" à son éditeur.
Il est plus difficile de refuser les invitations quand on a envie de se faire plaisir. A une certaine époque, j'acceptais presque toutes les invitations de rencontre. Pour différentes raisons, que je trouvais toutes bonnes : la reconnaissance envers les libraires qui défendent mes livres et les lecteurs qui les achètent et les offrent ; l'ivresse de rencontrer des personnes nouvelles toutes les semaines ; le sentiment presque missionnaire de devoir faire passer un message important sur la contraception ou la santé des femmes ; le désir de transmettre.
Je me laisse souvent entraîner à parler de médecine, de politique de santé, de formation des médecins, plutôt que de littérature. C'est ma faute. Je suis trop passionné. Parfois, cependant, il m'est arrivé de parler de littérature et d'écriture. Trop rarement, mais tout de même. Je me souviens en particulier d'une fois, en Normandie. Une enseignante m'avait invité à rencontrer ses élèves dans la journée, des adultes le soir... et m'avait demandé si, entre les deux, je voulais passer une heure avec les adolescents à qui elle proposait un club/atelier d'écriture.
Elle m'avait précisé que c'étaient tous des adolescents avec une histoire un peu difficile, et que cet atelier était l'un des seuls endroits où ils pouvaient s'exprimer librement. Et que ça donnait des textes souvent très impressionnants.
Bien sûr, j'ai dit oui. Et j'ai passé un moment assez extraordinaire à échanger avec eux, à leur demander ce qu'ils écrivaient et à en parler, en insistant constamment sur le fait qu'à leur âge, j'écrivais déjà, mais que je ne me doutais aucunement qu'un jour je serais publié et rencontrerais le succès. Alors, qu'ils ne se mettent pas martel en tête, qu'ils continuent à avancer et à écrire, et puis ils verraient bien, le moment venu...
A l'époque, j'écrivais Les Trois Médecins et je leur ai confié mon projet d'écrire un remake des Trois Mousquetaires. Leurs remarques, leurs questions, leurs réactions m'ont fait tant de bien et j'ai passé un si bon moment que j'ai trouvé tout naturel de tous les nommer dans les remerciements du livre. Ils m'ont remercié, mais ils faisaient erreur : c'est moi qui leur devais un merci.
Un an ou deux plus tard, l'enseignante m'a écrit pour me confier qu'elle venait de vivre une expérience très pénible. Elle avait invité un autre écrivain à rencontrer les adolescents du même groupe. Non seulement ça n'avait pas accroché, mais elle venait de découvrir, quelques mois plus tard, qu'il avait écrit un texte extrêmement méprisant, dans lequel il ironisait sur (je le cite de mémoire) "ces ados qui s'imaginent, parce qu'ils écrivent, qu'ils ont quelque chose à dire". Il ne nommait ni la ville, ni les adolescents, ni leur enseignante mais, pour qui les connaissait, la description de leur rencontre ne laissait aucun doute quant à leur identité. Et dans son texte, sa condescendance envers ces adolescents était palpable.
J'ai répondu à l'enseignante que j'étais aussi choqué qu'elle. Et qu'à mon avis (je me cite de mémoire) ce type était un sale con.
Et tout récemment, à la télé j'ai encore entendu parler d'un autre écrivain (mais j'oublie son nom) qui raconte dans un de ses livres comme il a souffert dans les salons pluvieux et déserts où personne ne le connaissait et ne venait le voir.
Mais rien n'oblige jamais un écrivain à aller à un salon, rencontrer des lecteurs ou parler à des lycéens. On ne le fait pas pour la gloire, on ne le fait pas pour la postérité, et on ne le fait certainement pas pour l'argent. Si on n'en a pas envie, on n'y va pas. Mais lorsqu'on y va, la moindre des choses c'est d'y aller de bonne grâce. Et de ne pas déverser sa rancoeur, après coups, sur les gens qui étaient là pour nous y accueillir. Ils n'étaient peut-être pas nombreux, mais ils sont venus, et à ce titre ils méritent notre respect.
C'est comme les médecins qui ne respectent pas les patients qui leur parlent de ce qui les fait souffrir. Un écrivain qui n'a pas de respect pour les personnse qui lisent et qui écrivent et le font parler de littérature - surtout quand elles sont peu nombreuses - n'est probablement pas fait pour ce métier.
Quand on n'est pas un super best-seller dont la présence est annoncée à grands frais de publicité et dont le stand est entouré par des barrières pour éviter la foule, attendre est très éprouvant, parce que cette attente répète implicitement l'attente de la réponse de l'éditeur quand on a envoyé un manuscrit et celle des articles quand un livre vient d'être publié.
Très vite, j'ai cessé d'aller dans les salons, sauf aux 24 heures du Livre du Mans (c'était ma ville, j'habitais à quelques centaines de mètres, j'y allais aussi pour rencontrer les écrivains, j'avais envie de soutenir les librairies du Mans, je me sentais chez moi et puis, mes enfants et des copains venaient me tenir compagnie !) et au Salon du Livre de Paris, où la présence est en générale ponctuelle (une heure ou deux), donc pas trop frustrante même si on n'y voit que quelques lecteurs. On trouve toujours quelqu'un avec qui bavarder.
(A Paris, sur le stand P.O.L, qui est probablement celui que j'ai le plus fréquenté depuis 20 ans (même quand je n'avais publié qu'un seul roman, confidentiel, et même, après "Sachs", quand je n'avais rien publié de récent), je ne me suis jamais senti seul ni ennuyé, car j'ai toujours pu y rencontrer des écrivains que je lis (mais que je ne connais pas personnellement) et feuilleter dans les rayons des livres dont j'ignorais auparavant l'existence sans qu'on vienne me regarder d'un oeil sévère et me demander si je cherche quelque chose en particulier. )
J'ai toujours préféré, et de loin, les rencontres en librairies ou en bibliothèque. D'abord parce qu'elles sont programmées, ce qui fait que les personnes qui s'y rendent viennent spécialement pour vous. Ensuite parce que, quel que soit leur nombre, c'est toujours passionnant. J'ai eu droit à des rencontres avec plusieurs centaines de personnes - comme à "La Boîte à Livres", à Tours, en 1998, et je raconterai un de ces jours pourquoi c'était très émouvant ; j'ai eu droit à des rencontres avec trois personnes (à Bordeaux, dans une bibliothèque de quartier, un soir de semaine) ; j'ai fait des rencontres dans de toutes petites bibliothèques de campagne et dans des bibliothèques cossues de grandes villes de province et j'en suis sorti, chaque fois avec un sentiment assez réconfortant de mieux comprendre ce que j'avais écrit.
Car ces rencontres ne sont pas des "séances de promo" de mes livres mais des rencontres avec des lecteurs, qui en ont déjà lu un ou deux, et qui éprouvent le désir de m'entendre parler de mes métiers de médecin et d'écrivain, et de dire ce qu'ils ont ressenti à la lecture. De sorte que, quel que soit leur nombre, ce qui se passe, ce qui se dit, ce qui s'échange est toujours extraordinairement gratifiant. Souvent, j'entendais des gens me dire ce qu'ils avaient senti ou lu dans un de mes livres, et j'étais émerveillé de ce qu'ils avaient vu et que je ne savais pas y avoir mis.
Et puis, les rencontres de ce type sont souvent pour moi l'occasion de lire à haute voix des extraits des bouquins, et cela aussi est un moment de grand plaisir. J'aime lire à haute voix. Sans doute parce que la narration orale est ce qui m'a toujours le plus transporté : j'aimais écouter les membres de ma famille (qui en connaissaient des flopées) raconter des histoires ; j'aimais écouter les dramatiques radio de "L'heure du Mystère" ou du "Théâtre de l'étrange" quand j'étais un jeune adolescent, et j'entends toujours une voix intérieure (la mienne ?) lire les lignes que je parcours dans un livre.
J'ai aussi beaucoup aimé me rendre dans des classes - de collège ou de lycée, le plus souvent - sur l'invitation d'enseignants désireux d'offrir à leurs élèves un regard nouveau sur un écrivain, ou sur la contraception ou sur les séries télé... D'abord parce que je me souviens de l'ennui puissant qui me tenaillait, quand j'étais au lycée, et de la fête que c'était quand quelque chose - n'importe quoi ! - venait rompre la monotonie. Alors j'aime beaucoup l'idée de jouer le rôle de diversion pour une classe. Pour moi, l'enseignant qui invite un écrivain ou un artiste fait un cadeau à ses élèves. Et puis, entendre un lycéen demander "Pourquoi vous avez mis une scène de partouze dans Mort in Vitro ?" ou "Pourquoi vous dites "baiser" et pas "faire l'amour", M'sieur ?", c'est vraiment réjouissant. Moi qui avais si peur de parler de sexe quand j'étais adolescent, je trouve fabuleux que les ados d'aujourd'hui m'interpellent... et me demandent d'en parler !
Ce plaisir de parler avec des lecteurs et lectrices de tous âges ne m'a jamais été imposé. Chez P.O.L, par exemple, on est très précautionneux de ce qu'on demande aux écrivains, on les protège, on leur laisse toujours entendre qu'ils ne sont obligés à rien. Certains écrivains aiment ce genre de rencontres, d'autres les fuient (ou même, restent constamment invisibles), tous sont respectés. Aucun n'est traité comme s'il devait assurer le "minimum syndical" de la représentation. Evidemment, c'est très confortable de savoir qu'on n'est pas tenu d'accepter toutes les invitations pour "faire plaisir" à son éditeur.
Il est plus difficile de refuser les invitations quand on a envie de se faire plaisir. A une certaine époque, j'acceptais presque toutes les invitations de rencontre. Pour différentes raisons, que je trouvais toutes bonnes : la reconnaissance envers les libraires qui défendent mes livres et les lecteurs qui les achètent et les offrent ; l'ivresse de rencontrer des personnes nouvelles toutes les semaines ; le sentiment presque missionnaire de devoir faire passer un message important sur la contraception ou la santé des femmes ; le désir de transmettre.
Je me laisse souvent entraîner à parler de médecine, de politique de santé, de formation des médecins, plutôt que de littérature. C'est ma faute. Je suis trop passionné. Parfois, cependant, il m'est arrivé de parler de littérature et d'écriture. Trop rarement, mais tout de même. Je me souviens en particulier d'une fois, en Normandie. Une enseignante m'avait invité à rencontrer ses élèves dans la journée, des adultes le soir... et m'avait demandé si, entre les deux, je voulais passer une heure avec les adolescents à qui elle proposait un club/atelier d'écriture.
Elle m'avait précisé que c'étaient tous des adolescents avec une histoire un peu difficile, et que cet atelier était l'un des seuls endroits où ils pouvaient s'exprimer librement. Et que ça donnait des textes souvent très impressionnants.
Bien sûr, j'ai dit oui. Et j'ai passé un moment assez extraordinaire à échanger avec eux, à leur demander ce qu'ils écrivaient et à en parler, en insistant constamment sur le fait qu'à leur âge, j'écrivais déjà, mais que je ne me doutais aucunement qu'un jour je serais publié et rencontrerais le succès. Alors, qu'ils ne se mettent pas martel en tête, qu'ils continuent à avancer et à écrire, et puis ils verraient bien, le moment venu...
A l'époque, j'écrivais Les Trois Médecins et je leur ai confié mon projet d'écrire un remake des Trois Mousquetaires. Leurs remarques, leurs questions, leurs réactions m'ont fait tant de bien et j'ai passé un si bon moment que j'ai trouvé tout naturel de tous les nommer dans les remerciements du livre. Ils m'ont remercié, mais ils faisaient erreur : c'est moi qui leur devais un merci.
Un an ou deux plus tard, l'enseignante m'a écrit pour me confier qu'elle venait de vivre une expérience très pénible. Elle avait invité un autre écrivain à rencontrer les adolescents du même groupe. Non seulement ça n'avait pas accroché, mais elle venait de découvrir, quelques mois plus tard, qu'il avait écrit un texte extrêmement méprisant, dans lequel il ironisait sur (je le cite de mémoire) "ces ados qui s'imaginent, parce qu'ils écrivent, qu'ils ont quelque chose à dire". Il ne nommait ni la ville, ni les adolescents, ni leur enseignante mais, pour qui les connaissait, la description de leur rencontre ne laissait aucun doute quant à leur identité. Et dans son texte, sa condescendance envers ces adolescents était palpable.
J'ai répondu à l'enseignante que j'étais aussi choqué qu'elle. Et qu'à mon avis (je me cite de mémoire) ce type était un sale con.
Et tout récemment, à la télé j'ai encore entendu parler d'un autre écrivain (mais j'oublie son nom) qui raconte dans un de ses livres comme il a souffert dans les salons pluvieux et déserts où personne ne le connaissait et ne venait le voir.
Mais rien n'oblige jamais un écrivain à aller à un salon, rencontrer des lecteurs ou parler à des lycéens. On ne le fait pas pour la gloire, on ne le fait pas pour la postérité, et on ne le fait certainement pas pour l'argent. Si on n'en a pas envie, on n'y va pas. Mais lorsqu'on y va, la moindre des choses c'est d'y aller de bonne grâce. Et de ne pas déverser sa rancoeur, après coups, sur les gens qui étaient là pour nous y accueillir. Ils n'étaient peut-être pas nombreux, mais ils sont venus, et à ce titre ils méritent notre respect.
C'est comme les médecins qui ne respectent pas les patients qui leur parlent de ce qui les fait souffrir. Un écrivain qui n'a pas de respect pour les personnse qui lisent et qui écrivent et le font parler de littérature - surtout quand elles sont peu nombreuses - n'est probablement pas fait pour ce métier.
vendredi 2 octobre 2009
Crime parfait (Exercice d'écriture n° 4)
En un à deux feuillets (1500 à 3000 signes)
et sous la forme d'un rapport de police
décrire un "crime parfait" (qui peut être autre qu'un meurtre)
dont les éléments obligés seraient
- une jeune épouse
- sa belle-mère
- un cadeau que l'une a fait à l'autre.
Bien entendu, la "criminelle" et la "victime" peuvent être l'une, l'autre ou les deux.
Délai de remise : dimanche 11 octobre à minuit, heure de votre méridien.
Mise en ligne à partir du 12 octobre.
et sous la forme d'un rapport de police
décrire un "crime parfait" (qui peut être autre qu'un meurtre)
dont les éléments obligés seraient
- une jeune épouse
- sa belle-mère
- un cadeau que l'une a fait à l'autre.
Bien entendu, la "criminelle" et la "victime" peuvent être l'une, l'autre ou les deux.
Délai de remise : dimanche 11 octobre à minuit, heure de votre méridien.
Mise en ligne à partir du 12 octobre.
mercredi 30 septembre 2009
Histoire d'ogre - par Anne la bibliothécaire
Il était une fois... Ah ! quel beau début pour un livre destiné à la jeunesse. Ces mots vous invitent à la poésie, à la rêverie, au monde de la petite enfance. Mais ici ! Heulamondieu non ! Pas vraiment... En tout cas il ne se termine pas par : "ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants".
Donc, il était une fois un bûcheron qui en fait était un ogre.
Il était une fois une forêt mystérieuse.
Il était une fois une ribambelle d'enfants à qui on avait interdit d'aller dans la forêt mystérieuse. Jusque là rien que de très normal pour ce genre de littérature.
Il était une fois une ribambelle d'enfants à qui on avait interdit d'aller dans la forêt mystérieuse. Jusque là rien que de très normal pour ce genre de littérature.
Mais aussi malheureusement, il était une fois... une tronçonneuse !
Et lorsque tous les personnages se rencontrent, cela devient vraiment glauque et sanglant, à la limite du supportable. Je vous passe les détails sordides et les épisodes rougeoyants qui émaillent ce livre monstrueux dont les illustrations tout à fait réalistes vous feront dresser les cheveux sur la tête et naître une chair de poule glacée.
Comment peut-on appeler cela un livre pour enfants. Ici Benoit Mignon se régale et nous gâte vraiment. Bien sûr les légendes, les contes et autres fables sont loins d'être des bluettes et sont remplis d'horreurs en tous genres : ogres donc anthropophages, marâtres assassines, monstres hideux, père amoureux de sa fille et qui veut l'épouser, enfants mis au saloir... et j'en passe. Bien sûr les enfants d'aujourd'hui sont plus soumis aux drames quotidiens rééls ou fictifs dont on les abreuve. Peut-être sont-ils plus "résistants" voire blasés. Mais là nous atteignons un pic : pic du mauvais goût, pic de la "glauquitude" si j'ose me permettre.
En tout cas on ne peut pas dire que l'illustratrice Anne Mignon ne colle pas à son sujet. Ses dessins sont de toute beauté dans les 2/3 du livre. L'atmosphère de la forêt est particulièrement bien rendue, ses grands arbres sombres se repliant sur les pauvres enfants perdus. Le livre vaudrait la peine d'être acheté juste pour les magnifiques aquarelles qui l'illustrent en son début. Elles vaudraient même un bel encadrement. Mais que dire de l'histoire, car lorsqu'on arrive à la maison de l'ogre-bûcheron tout se déchaîne... Les illustrations montrent alors une certaine prédilection pour la couleur rouge...
Oserais-je conseiller ce livre aux jeunes vampires assoiffés de sang et aux sadiques invétérés, à ceux qui n'aiment pas les enfants et à ceux qui souhaitent les voir faire des cauchemars chaque nuit au son d'une simple mobylette qu'ils prendraient pour une tronçonneuse ?...
Pour les courageux, j'indiquerai seulement qu'il est édité chez Offmann dans la collection Grand format 6-8 ans [et si!], qu'il fait 50 pages et vous coûtera la modique somme de 20 euros.
A vous de voir... ou pas.
Rendez-vous manqué - par Younes Jama
Parfois on manque des rendez-vous avec la littérature et plus précisément avec les romans. Il est question d’états d’âme, de lieux et d’époques. C’est le cas du roman ‘ Rendez-vous ’ de Christine Angot, publié chez Flammarion peu avant la rentrée 2006. On m’avait prêté ce livre pour me faire découvrir cet écrivain et la lecture fut arrêtée à la page 100, phrase et paragraphe point finis, choix radical suite à un agacement qui montait crescendo dès les premières pages.
Est-ce pertinent une fiche de lecture d’un roman entamé et non fini ? Je n’ai l’art du style et puis qu’ai-je retenu au bout de ces 100 pages lues ? J’avais oublié le titre et j’ai dû chercher pour retrouver le résumé. L’Amour, le temps d’un livre confidences, entre l’écrivain et l’acteur de théâtre, le sexe entre l’écrivain et le banquier sexagénaire dont le bien doté par la nature n’est pas épargné aux lecteurs, et l’usité exercice du trio dans le Paris bourgeois à suffoquer de nombrilisme, propre à ce début de siècle.
Il n’y a dans ce roman qu’un seul et unique ‘Je ’ corps égoïste et témoin aveugle de son époque, sans projection sur l’avenir de la société où il vit. Trois ans plus tard, la crise financière éclata.
La femme du Vème - par Marie/zelapin (Exercice n°3)
Cette note de lecture est rédigée de mémoire car je n ai pas jugé utile de conserver le livre dont il est question, je l’ai donné.
En effet, j’ai de La femme du Vème de Douglas Kennedy le souvenir impérissable qu’aurait pu me laisser un mauvais millefeuilles: la crème était lourde, le glaçage démonstratif et écoeurant, le feuilletage cartonné.
Au final, on n’a pas l’impression d’avoir mangé un dessert, on a peiné à le terminer.
Ce livre donne la même impression: l’écriture est laborieuse, les personnages et l intrigue inconsistants et le mystère éventé.
Au final, on n a pas l’impression d avoir lu un roman. On le termine pour être certain de n’avoir rien raté qui pourrait expliquer cet ennui.
Que ce soient les péripéties du personnage masculin central dans Paris ou sa relation à cette femme, tout est surjoué (sur-écrit). Les scènes « crues » (crues, pas érotiques) sont presque aussi excitantes qu’un livret médical d information au patient.
Le pseudo fantastique lié au personnage féminin est mal amené, tout comme les événements de sa biographie semblent plaqués sur la trame de ce roman, comme s’ils avaient été initialement prévus pour un autre.
Si je le conseille à la lecture, c’est pour un exercice (1) : à la fin de chaque chapitre, tenter de réécrire ce qui nous parait trop indigeste.
Mais aussi pour découvrir :
- un personnage d écrivain dans un roman (on pourra avec plus de bonheur lire du Djian).
- la vision d un certain Paris par un américain,
- ce qu’est un roman de Douglas Kennedy,
- tout ce que je n ai pas su apprécier (et me le relater!).
(1) Tiens donc?!
Un jeu qui tourne mal - par Laura T. (Exercice n°3)
« Le jeu de l’ange » de Carlos Ruiz Zafon est sans aucun doute le livre le plus prétentieux et dénué d’humour que nous ayons eu entre les mains depuis longtemps. En effet, l’auteur ne fait que réécrire « l’ombre du vent » en plus volumineux et parfois plus assommant. Truffé de références littéraires abondamment citées ou « quasi » plagiés, il serait intéressant d’avoir le point de vue de l’auteur quant cette auto-parodie. Parfois l’intertextualité ne rend pas service, le palimpseste encore moins, surtout si ce n’est pas nécessairement voulu. Genette a du hurler en voyant le désastre…
Malgré tout, nous avons apprécié cet ouvrage, en créant une nouvelle mythologie populaire, il réinvente le genre à sa façon, même si on peut déplorer parfois son manque d’originalité. L’auteur connaît ses classiques et les manie à la perfection. On ne peut s’empêcher de penser aux « mystères de Paris ». L’ombre d’Eugène Sue plane au-dessus de cette Barcelone obscure et mystérieuse. Antonio Muñoz Molina a écrit « les mystères de Madrid », Zafon réinvente Barcelone la mystérieuse. Ce livre est peut-être le grand roman populaire qu’il manquait à la littérature espagnole, amateurs du genre, n’hésitez pas.
Laura T.
lundi 28 septembre 2009
"New York Central", une critique de Thierry (Exercice n°3)
« New York Central, vie et considérations de Marcial Schnaps. » J.F. Dos.
Publié dans l’indifférence en 1893, New York Central est le seul livre de son auteur. Dos disparaîtra un an après. D’abord célébré par d’obscurs cercles littéraires, le livre prendra de l’importance, jusqu’à devenir une référence majeure.
Pourtant rien ne le destinait à faire l’objet d’un tel culte. Sur plus de 650 pages, dans un style pompeux, Dos nous narre la vie de ce Schnaps, se résumant à un minuscule appartement crasseux, dans lequel il enchaîne des leçons de morale à un rat, des bouteilles de vodka frelatées, des lettres d’insultes à ses voisins, puis des jets nocturnes d’ordures dans Central Park. Le livre commence et finit sur cette activité. Entre temps : rien. Pourquoi perdre son temps à lire ce pavé grotesque ?
Dans son cours de littérature, Nabokov désigne le chapitre central du livre comme une des plus belle chose jamais écrite. De plus, ces 45 pages semblent être l’influence stylistique principale de la littérature de la deuxième moitié du 20ème siècle. Malheureusement, pour apprécier ce chapitre à sa juste valeur, la lecture entière du livre est indispensable. La richesse de ces pages ne s’exprime qu’au regard de cette vie nauséeuse et ridicule.
Thierry
Publié dans l’indifférence en 1893, New York Central est le seul livre de son auteur. Dos disparaîtra un an après. D’abord célébré par d’obscurs cercles littéraires, le livre prendra de l’importance, jusqu’à devenir une référence majeure.
Pourtant rien ne le destinait à faire l’objet d’un tel culte. Sur plus de 650 pages, dans un style pompeux, Dos nous narre la vie de ce Schnaps, se résumant à un minuscule appartement crasseux, dans lequel il enchaîne des leçons de morale à un rat, des bouteilles de vodka frelatées, des lettres d’insultes à ses voisins, puis des jets nocturnes d’ordures dans Central Park. Le livre commence et finit sur cette activité. Entre temps : rien. Pourquoi perdre son temps à lire ce pavé grotesque ?
Dans son cours de littérature, Nabokov désigne le chapitre central du livre comme une des plus belle chose jamais écrite. De plus, ces 45 pages semblent être l’influence stylistique principale de la littérature de la deuxième moitié du 20ème siècle. Malheureusement, pour apprécier ce chapitre à sa juste valeur, la lecture entière du livre est indispensable. La richesse de ces pages ne s’exprime qu’au regard de cette vie nauséeuse et ridicule.
Thierry
dimanche 27 septembre 2009
Démagogique (et manichéen, par-dessus le marché !)
Il y a quelques années, au salon du livre, je signais au stand POL (Les Trois Médecins, je crois) et je vois un type s'approcher. Il a mon âge ou un peu plus, il vient vers moi sans sourire (c'est jamais bon signe, dans un salon), se plante à un mètre cinquante de la table (les personnes qui viennent saluer ou faire signer un livre s'approchent tout près) et me dit : "Winckler, c'est vous ?" Je réponds en hochant la tête. Il poursuit, sur un ton plutôt amer : "Je suis médecin. Je voulais vous dire que vos livres sont... démagogiques !"
Sans m'énerver, je m'incline, et dis : "Ah. Je suis désolé que vous le ressentiez comme ça. Voulez vous m'en dire plus ?" Il secoue la tête et répond : "Non. Je voulais vous dire ça. Ils sont démagogiques. Voilà." Il reste là, en suspens, oscillant d'un pied sur l'autre, quand une femme de son âge - sa compagne, probablement - s'approche de lui, apparemment soucieuse de son attitude, le tire par la manche et murmure : "Bon, ça va, tu lui as dit ce que tu voulais lui dire, à présent, viens, on s'en va." Il retire son bras et répète : "Ils sont démagogiques, voilà tout" et finit par la suivre.
Sur le stand, je me gratte la tête, perplexe. Ce n'est pas la première fois, ni la dernière, qu'on qualifie mes livres de "démagogiques". Quelques années plus tôt, un autre médecin, m'a déclaré, en réunion, qu'à son avis, La maladie de Sachs donnait de l'exercice de la médecine une image qui la "tirait vers le bas" en caressant le lecteur dans le sens du poil (ou quelque chose d'approchant).
Il y a quelques jours, je me gratte la tête de nouveau. Sur son blog, une lectrice jadis enthousiaste à la lecture de "Sachs" déclare qu'elle ne comprend pas ce qui s'est passé, qu'elle a décroché au bout de 200 pages du Choeur des femmes et ajoute "A un moment je me suis dis que c'était intentionnel, que les personnages étaient volontairement caricaturaux et le propos utilement démagogique, et que ça allait basculer si j'étais patiente, mais voilà, je ne le suis pas, et je laisse tomber, tant pis pour moi s'il fallait attendre la page 400 pour saisir..."
Bien embêté, plus embêté que par l'opinion d'un confrère désagréable, je lui écris pour lui demander de me préciser ce qu'elle veut dire par "caricatural et démagogique". (Ah, oui, on m'a souvent dit que mes personnages sont "manichéens" et "simplistes", aussi...). Parce que je veux comprendre. Quand on me dit "Ca ne m'a pas intéressé" ou "Je n'ai pas accroché", je ne pose pas de question. AImer un livre ou un film, c'est tellement subjectif.
Mais quand on qualifie le contenu ou les personnages ou l'écriture, et quand on les qualifie de manière aussi précise, je cherche à comprendre. J'ai vraiment envie qu'on m'explique ce qu'il y a de "caricatural", de "démagogique" (ou, question subsidiaire, de "manichéen") dans Le Choeur des femmes.
Ma requête n'a pas abouti, je pense que cette lectrice blogueuse a mal pris l'insistance avec laquelle je lui demandais de préciser sa pensée (car sa pensée m'intéresse...) et elle ne m'a pas vraiment répondu.
Du coup, la question de ces termes : "démagogique" (retrouvé dans son texte) et "manichéen" (qui m'est revenu en écrivant le début de ce texte) s'est reposée. Je suis donc allé faire un tour vers leurs définitions.
"Démagogi(qu)e"
D'après un dictionnaire en ligne, la démagogie est une "politique dans laquelle on flatte un groupe, une assemblée de personnes afin de gagner leur adhésion ou augmenter sa popularité."
La définition de Wikipédia précise que la démagogie est "l'art de mener le peuple en s'attirant ses faveurs, notamment en utilisant un discours simpliste, occultant les nuances, utilisant son charisme et dénaturant la réalité. Le discours du démagogue sort généralement du champ du rationnel pour s'adresser aux passions, aux frustrations de l'électeur. Il recourt en outre à la satisfaction des souhaits ou des attentes du public ciblé, sans recherche de l'intérêt général mais dans le but unique de s'attirer la sympathie et de gagner le soutien. L'argumentation démagogique est délibérément simple afin de pouvoir être comprise et reprise par le public auquel elle est adressée. Elle fait fréquemment appel à la facilité voire la paresse intellectuelle en proposant des analyses et des solutions qui semblent évidentes et immédiates."
Ce que je trouve intéressant, c'est la double connotation, politique et manipulatrice du terme démagogique. Sans hésiter, je revendique la dimension politique de mes livres - dimension qui n'aura échappé à personne, j'en suis sûr. Qu'un livre comme Le Choeur des femmes fasse écho aux "frustrations" du public, je n'en disconviens pas non plus. La frustration des femmes face à la manière dont tant de médecins les traitent mal et les maltraitent est grande.
En revanche, à l'évocation du caractère "manipulateur" de mon propos, qui "dénaturerait la réalité" pour flatter le public et lui proposer des solutions "simplistes", je me gratte la tête de nouveau.
Mon propos serait mensonger si je prétendais que certains de mes confrères sont des salauds en sachant pertinemment qu'il n'en est rien. Or, je sais pertinemment qu'ils le sont ! Il n'y a donc rien de mensonger (ni de manipulateur) à le dire (ou à le faire savoir). C'est anticonfraternel, certainement, mais c'est parfaitement conforme à la déontologie, qui veut qu'un médecin ne laisse jamais un autre médecin déconsidérer l'exercice médical. Certes, de leur point de vue, je déconsidère l'exercice médical en les dénonçant. Mais à mes yeux, ils déconsidèrent l'exercice médical en agissant comme des brutes. Il y a donc matière à débat d'idées, mais bizarrement, les confrères qui me trouvent démagogique ne veulent jamais débattre...
Enfin, est-ce que mon livre "flatte le public", "lui propose des solutions simplistes" et "fait appel à sa paresse intellectuelle" pour faire passer ses argumentations ?
Il serait sans doute "démagogique" de demander aux lecteurs/trices de répondre, je ne le ferai donc pas. Mais j'ai peine à croire que mes quatre romans médicaux (les trois suscités + La vacation) soient vraiment faits pour des "paresseux intellectuels". Six cents pages de texte serré et/ou de composition acrobatique, c'est une bien piètre stratégie pour convaincre des paresseux/ses de m'élire... pardon, de me lire.
"Manichéen"
Le manichéisme est une religion créée par le Perse Mani (ou Manès) au IIIe siècle ap. J.C. "Par dérivation et simplification du terme, on qualifie aujourd'hui de manichéenne une pensée ou une action sans nuances, voire simpliste, où le bien et le mal sont clairement définis et séparés."
Le bien et le mal ? Oui, bien sûr. L'éthique et la morale sont là pour débattre de ce qui est "bien" ou "bon" et de ce qui ne l'est pas. C'est tout le sens du Choeur des femmes. Il y a des comportements médicaux éthiques, d'autres qui ne le sont pas. Et c'est précisément de ça que Jean et Karma débattent.
Quant à savoir si ma définition du "bien" et du "mal" en médecine est "simpliste", il me semble que les six cents pages du livre (mais aussi de Sachs et des Trois médecins) démontrent que, même s'il existe des gens absolument malfaisants et des gens qui sont absolument dénués de méchanceté... la majorité de l'humanité (les deux héros inclus) n'est pas "toute bonne" ou "toute mauvaise", mais fait de son mieux (ou de son moins mal...) Enfin, je crois que c'est clair. Si ça ne l'est pas, cela signifie-t-il que je n'ai pas été assez simpliste pour que ce soit compréhensible par tout le monde ? Donc, pas assez démagogique ?
Alors, oui, finalement, si le Choeur des femmes n'est pas à proprement parler "démagogique" (il n'appelle pas vraiment à guillotiner les gynécologues maltraitants, il exhorte seulement - mais vigoureusement - les femmes et les intersexué(e)s, entre autres, à ne plus se laisser maltraiter) c'est sans doute un roman manichéen, puisqu'il énonce fermement qu'un médecin a l'obligation morale de "bien" se comporter dans l'exercice de son métier.
Cela dit, en y réfléchissant bien, si mes livres prônent le "manichéisme médical", dois-je vraiment en avoir honte ?
Je n'en suis pas certain. Surtout quand je lis ce résumé de la vie de Mani, toujours sur Wikipédia(1) :
Peintre visionnaire et philosophe, poète, musicien, médecin et consultant en développement personnel, Mani transmit une vision du monde et de la vie si puissante que son enseignement se répandit, de manière totalement pacifique, de l’Afrique à la Chine, des Balkans à la péninsule arabique.
"Totalement pacifique."
Tous les gynécologues non démagogues ne peuvent pas en dire autant...
____________________________________
(1) Pourquoi j'utilise Wikipédia pour donner des définitions ? Parce que je suis démagogique et paresseux, pardi !
Sans m'énerver, je m'incline, et dis : "Ah. Je suis désolé que vous le ressentiez comme ça. Voulez vous m'en dire plus ?" Il secoue la tête et répond : "Non. Je voulais vous dire ça. Ils sont démagogiques. Voilà." Il reste là, en suspens, oscillant d'un pied sur l'autre, quand une femme de son âge - sa compagne, probablement - s'approche de lui, apparemment soucieuse de son attitude, le tire par la manche et murmure : "Bon, ça va, tu lui as dit ce que tu voulais lui dire, à présent, viens, on s'en va." Il retire son bras et répète : "Ils sont démagogiques, voilà tout" et finit par la suivre.
Sur le stand, je me gratte la tête, perplexe. Ce n'est pas la première fois, ni la dernière, qu'on qualifie mes livres de "démagogiques". Quelques années plus tôt, un autre médecin, m'a déclaré, en réunion, qu'à son avis, La maladie de Sachs donnait de l'exercice de la médecine une image qui la "tirait vers le bas" en caressant le lecteur dans le sens du poil (ou quelque chose d'approchant).
Il y a quelques jours, je me gratte la tête de nouveau. Sur son blog, une lectrice jadis enthousiaste à la lecture de "Sachs" déclare qu'elle ne comprend pas ce qui s'est passé, qu'elle a décroché au bout de 200 pages du Choeur des femmes et ajoute "A un moment je me suis dis que c'était intentionnel, que les personnages étaient volontairement caricaturaux et le propos utilement démagogique, et que ça allait basculer si j'étais patiente, mais voilà, je ne le suis pas, et je laisse tomber, tant pis pour moi s'il fallait attendre la page 400 pour saisir..."
Bien embêté, plus embêté que par l'opinion d'un confrère désagréable, je lui écris pour lui demander de me préciser ce qu'elle veut dire par "caricatural et démagogique". (Ah, oui, on m'a souvent dit que mes personnages sont "manichéens" et "simplistes", aussi...). Parce que je veux comprendre. Quand on me dit "Ca ne m'a pas intéressé" ou "Je n'ai pas accroché", je ne pose pas de question. AImer un livre ou un film, c'est tellement subjectif.
Mais quand on qualifie le contenu ou les personnages ou l'écriture, et quand on les qualifie de manière aussi précise, je cherche à comprendre. J'ai vraiment envie qu'on m'explique ce qu'il y a de "caricatural", de "démagogique" (ou, question subsidiaire, de "manichéen") dans Le Choeur des femmes.
Ma requête n'a pas abouti, je pense que cette lectrice blogueuse a mal pris l'insistance avec laquelle je lui demandais de préciser sa pensée (car sa pensée m'intéresse...) et elle ne m'a pas vraiment répondu.
Du coup, la question de ces termes : "démagogique" (retrouvé dans son texte) et "manichéen" (qui m'est revenu en écrivant le début de ce texte) s'est reposée. Je suis donc allé faire un tour vers leurs définitions.
"Démagogi(qu)e"
D'après un dictionnaire en ligne, la démagogie est une "politique dans laquelle on flatte un groupe, une assemblée de personnes afin de gagner leur adhésion ou augmenter sa popularité."
La définition de Wikipédia précise que la démagogie est "l'art de mener le peuple en s'attirant ses faveurs, notamment en utilisant un discours simpliste, occultant les nuances, utilisant son charisme et dénaturant la réalité. Le discours du démagogue sort généralement du champ du rationnel pour s'adresser aux passions, aux frustrations de l'électeur. Il recourt en outre à la satisfaction des souhaits ou des attentes du public ciblé, sans recherche de l'intérêt général mais dans le but unique de s'attirer la sympathie et de gagner le soutien. L'argumentation démagogique est délibérément simple afin de pouvoir être comprise et reprise par le public auquel elle est adressée. Elle fait fréquemment appel à la facilité voire la paresse intellectuelle en proposant des analyses et des solutions qui semblent évidentes et immédiates."
Ce que je trouve intéressant, c'est la double connotation, politique et manipulatrice du terme démagogique. Sans hésiter, je revendique la dimension politique de mes livres - dimension qui n'aura échappé à personne, j'en suis sûr. Qu'un livre comme Le Choeur des femmes fasse écho aux "frustrations" du public, je n'en disconviens pas non plus. La frustration des femmes face à la manière dont tant de médecins les traitent mal et les maltraitent est grande.
En revanche, à l'évocation du caractère "manipulateur" de mon propos, qui "dénaturerait la réalité" pour flatter le public et lui proposer des solutions "simplistes", je me gratte la tête de nouveau.
Mon propos serait mensonger si je prétendais que certains de mes confrères sont des salauds en sachant pertinemment qu'il n'en est rien. Or, je sais pertinemment qu'ils le sont ! Il n'y a donc rien de mensonger (ni de manipulateur) à le dire (ou à le faire savoir). C'est anticonfraternel, certainement, mais c'est parfaitement conforme à la déontologie, qui veut qu'un médecin ne laisse jamais un autre médecin déconsidérer l'exercice médical. Certes, de leur point de vue, je déconsidère l'exercice médical en les dénonçant. Mais à mes yeux, ils déconsidèrent l'exercice médical en agissant comme des brutes. Il y a donc matière à débat d'idées, mais bizarrement, les confrères qui me trouvent démagogique ne veulent jamais débattre...
Enfin, est-ce que mon livre "flatte le public", "lui propose des solutions simplistes" et "fait appel à sa paresse intellectuelle" pour faire passer ses argumentations ?
Il serait sans doute "démagogique" de demander aux lecteurs/trices de répondre, je ne le ferai donc pas. Mais j'ai peine à croire que mes quatre romans médicaux (les trois suscités + La vacation) soient vraiment faits pour des "paresseux intellectuels". Six cents pages de texte serré et/ou de composition acrobatique, c'est une bien piètre stratégie pour convaincre des paresseux/ses de m'élire... pardon, de me lire.
"Manichéen"
Le manichéisme est une religion créée par le Perse Mani (ou Manès) au IIIe siècle ap. J.C. "Par dérivation et simplification du terme, on qualifie aujourd'hui de manichéenne une pensée ou une action sans nuances, voire simpliste, où le bien et le mal sont clairement définis et séparés."
Le bien et le mal ? Oui, bien sûr. L'éthique et la morale sont là pour débattre de ce qui est "bien" ou "bon" et de ce qui ne l'est pas. C'est tout le sens du Choeur des femmes. Il y a des comportements médicaux éthiques, d'autres qui ne le sont pas. Et c'est précisément de ça que Jean et Karma débattent.
Quant à savoir si ma définition du "bien" et du "mal" en médecine est "simpliste", il me semble que les six cents pages du livre (mais aussi de Sachs et des Trois médecins) démontrent que, même s'il existe des gens absolument malfaisants et des gens qui sont absolument dénués de méchanceté... la majorité de l'humanité (les deux héros inclus) n'est pas "toute bonne" ou "toute mauvaise", mais fait de son mieux (ou de son moins mal...) Enfin, je crois que c'est clair. Si ça ne l'est pas, cela signifie-t-il que je n'ai pas été assez simpliste pour que ce soit compréhensible par tout le monde ? Donc, pas assez démagogique ?
Alors, oui, finalement, si le Choeur des femmes n'est pas à proprement parler "démagogique" (il n'appelle pas vraiment à guillotiner les gynécologues maltraitants, il exhorte seulement - mais vigoureusement - les femmes et les intersexué(e)s, entre autres, à ne plus se laisser maltraiter) c'est sans doute un roman manichéen, puisqu'il énonce fermement qu'un médecin a l'obligation morale de "bien" se comporter dans l'exercice de son métier.
Cela dit, en y réfléchissant bien, si mes livres prônent le "manichéisme médical", dois-je vraiment en avoir honte ?
Je n'en suis pas certain. Surtout quand je lis ce résumé de la vie de Mani, toujours sur Wikipédia(1) :
Peintre visionnaire et philosophe, poète, musicien, médecin et consultant en développement personnel, Mani transmit une vision du monde et de la vie si puissante que son enseignement se répandit, de manière totalement pacifique, de l’Afrique à la Chine, des Balkans à la péninsule arabique.
"Totalement pacifique."
Tous les gynécologues non démagogues ne peuvent pas en dire autant...
____________________________________
(1) Pourquoi j'utilise Wikipédia pour donner des définitions ? Parce que je suis démagogique et paresseux, pardi !
mercredi 23 septembre 2009
Bonne critique de livre détesté (Exercice d'écriture n°3)
Rédigez la critique/note de lecture d'un livre (roman, essai, livre pour enfant, ce que vous voulez - mais ça ne peut pas être un de mes livres) que vous détestez en expliquant au lecteur pourquoi il doit le lire quand même.
Vous devez faire ça en 1200 signes-zé-espaces (titre de l'article non inclus).
Date limite de remise, mercredi 30 septembre à minuit (heure de votre fuseau horaire).
Mise en ligne des textes à partir de samedi.
Vous devez faire ça en 1200 signes-zé-espaces (titre de l'article non inclus).
Date limite de remise, mercredi 30 septembre à minuit (heure de votre fuseau horaire).
Mise en ligne des textes à partir de samedi.
mardi 22 septembre 2009
Qui a le droit d'écrire ?
Une internaute m'écrit pour me demander si elle a le droit d'écrire ici, car elle a le sentiment que ce sont surtout des écrivains professionnels qui contribuent aux commentaires (ou aux exercices) ; elle me demande si "il y a des règles" et si elle a le droit de lire et d'écrire sur ce blog. Je lui réponds qu'à ma connaissance les intervenants écrivains professionnels sont en minorité et qu'il n'y a pas de règles.
Et ça me donne l'occasion de revenir sur quelque chose qui m'a longtemps pourri la vie, bien avant que je sois publié, et pendant un bon moment après qu'un de mes livres ait, pour la première fois, été lu par de nombreux lecteurs.
Longtemps, je me suis demandé si j'avais le "droit" de penser que j'étais écrivain.
"L'écrivain", pensais-je comme beaucoup de monde, "est un être à part. Le statut d'écrivain, on ne le décroche pas comme ça. Faut le mériter. On ne se décrète pas écrivain. Il faut au moins que ça soit décidé par une commission spéciale de l'Académie, ou quelque chose. Il faut que ça soit notoire et écrit dans les journaux. Il faut qu'un type comme Bernard Pivot (autrefois) ou François Busnel (en ce moment) le dise à la télévision en vous lançant un regard énamouré (si vous êtes, mettons, Juliette - pardon, Justine - Lévy) ou déférent (si vous êtes, au hasard, Philippe - pardon, Patrick - Poivre d'Arvor) - "Quand on lit votre livre on sait qu'on a affaire à un écrivain"... Bref, il faut que quelqu'un vous ait estampillé, et que ça ne soit ni votre mère, ni votre moitié, ni votre "gang" de copains/copines. Faut que ce soit O-FFI-CIEL."
Je ne dirais pas que, quand je pensais ça, j'étais "stupide" (ça voudrait dire que celles ou ceux qui le pensent le sont et que moi, je ne le suis plus) mais je dirai, sans hésiter, qu'on m'avait bourré le mou. A l'école, dans les journaux, à la radio, à la télé. Implicitement, on m'avait fait croire à quelque chose qui n'existe pas : le statut sacré de l'écrivain.
Il n'y a pas de statut sacré de l'écrivain, pas plus que pour les musiciens ou les acteurs ou les peintres. Il y a des personnes qui ont un goût ou des aptitudes pour une expression artistique et qui en font, ou non, un métier. Un de mes meilleurs amis est un pianiste extraordinaire. Mais il joue pratiquement toujours seul (ou avec des amis très proches) et ne donne jamais de concert. Mais il peut passer des heures à travailler une pièce de Schumann ou de Bach. Est-ce qu'il est "moins" musicien qu'un pianiste-concertiste professionnel ? A-t-il "moins le droit" de jouer du piano ? Non. Ce n'est, simplement, pas son métier. Jouer lui donne du plaisir (et en donne à ceux qui l'écoutent, croyez-moi), c'est la seule chose qui importe. Un autre de mes amis est médecin ET auteur-compositeur-interprète. Il joue et enregistre avec d'autres musiciens (qui ont un autre métier, car ça ne nourrit pas...). Et ils ont auto-produit leur premier disque. Vaut-il moins que le disque d'un chanteur publié par une grande maison ? A mes oreilles, non. Ce qu'il fait est beaucoup mieux que tout plein de chansons sans texte ni mélodie qu'on nous balance sur les ondes. Je suis bien content qu'il ne se demande pas s'il "a le droit" de composer et jouer.
Pour l'écriture, c'est encore plus vrai. Il y a plus de gens qui savent lire et écrire que de personnes qui savent lire la musique et en jouer.
Mais il en va de l'écriture comme de la musique : on ne publie pas comme ça, les éditeurs français ont beau être légion, ils reçoivent plus de manuscrits qu'ils ne peuvent en publier (et, si je peux me permettre cette opinion, la plupart en publie beaucoup trop...), ce qui rend la lisibilité de beaucoup de textes problématique. De plus, contrairement aux pays anglo-saxons, on publie peu de textes courts (nouvelles, poésie) en France, ce qui veut dire que ces formes qui, en Amérique ou en Angleterre, sont souvent des bancs d'essai pour nombre d'écrivains, n'existent pas ici.
Depuis quelques années, la possibilité de mettre des textes en ligne, sur un blog ou un site, a changé la donne. Un nombre très important de personnes écrivent et donnent à lire ce qu'elles écrivent.
Mais il faut avoir entendu ou lu ce que beaucoup (trop) de critiques et d'écrivains estampillés disent de l'écriture en ligne et des blogs. Le mépris et la méfiance à leur égard sont malheureusement très répandus en France, beaucoup plus qu'ailleurs. Toujours à cause de l'image sacrée de l'écrivain.
Est-ce que l'écriture en ligne a "moins de valeur" que l'écriture publiée ? Je n'en sais rien et à vrai dire ça ne me soucie pas. Je pense que c'est une question vaine. Et que cette question est significative d'une posture de classe.
Qui aurait donc le droit de dire "ça c'est bon, ça c'est mauvais" ? Sur quels critères ?
J'ai beau être un écrivain publié et lu (il y a des écrivains publiés qui ne le sont pas, et je mesure ma chance), je ne me sens pas de qualité particulière pour dire ce qui est bon ou ne l'est pas. Je peux dire "J'aime ou je n'aime pas, pour telle ou telle raison", mais c'est tout. C'est d'ailleurs ce que je fais pour parler des écrivains que je lis et que je n'aime pas. Je dis "Je n'aime pas et ça me tombe des mains", "ça m'a ennuyé", ou "c'est pas le genre de littérature qui me transporte". C'est subjectif, et ça ne concerne que moi. Car si des lecteurs ont aimé ce livre-là (ou aiment cet auteur-là), qui suis-je pour dire qu'ils ont tort ?
Je déteste entendre dire que Maurice Leblanc, qui était l'un des romanciers-feuilletonnistes les plus lus de son époque, "n'écrivait pas bien". Quand je le lisais, à l'adolescence, j'étais transporté par les aventures d'Arsène Lupin, qui me tenaient éveillé jusqu'au milieu de la nuit. Personne n'a le droit de dire qu'il n'écrivait pas bien, puisque, nom de dieu, il me faisait lire !!!! (Vous entendez l'ogre Winckler rugir, là, j'espère ?)
Etre critique littéraire est un exercice difficile. A mon humble avis, les critiques devraient avoir pour mission de faire lire des textes en expliquant pourquoi (du point de vue du/de la critique) ces textes sont riches et gratifiants à la lecture et peuvent faire le bonheur des personnes qui se risqueront à les lire. Ils ne devraient pas se contenter(comme je l'ai vu faire par plusieurs critiques parlant du Ciel de Bay City de Catherine Mavrikakis) de résumer le début d'un roman puis de parler des "qualités d'écriture" de l'auteur pour qu'on ne s'aperçoive pas qu'ils ne l'ont pas lu en entier.
Ils ne devraient surtout pas "sacrer" un écrivain avant même que son dernier livre soit disponible comme le digne héritier de Flaubert, Proust ou Marguerite Duras, comme s'il s'agissait de désigner les membres de dynasties ou de lignées aristocratiques. Ils devraient, en bons professionnels, faire leur boulot, c'est à dire donner envie de lire des livres (et donner les clés pour les apprécier) plutôt qu'encenser des auteurs. L'écrivain sacralisé, "autorisé" (aux deux sens du terme) est un pur produit de la pensée la plus bourgeoise.
C'est cette sacralisation, entretenue par une partie de la critique (mais aussi par bon nombre d'enseignants, de journalistes et d'intellectuels auto-proclamés, hélas !) qui entretiennent chez le plus grand nombre l'idée qu'un écrivain est un être rare.
Or, non seulement c'est faux, mais c'est aussi profondément méprisant pour ceux qui écrivent et ne publient pas ou qui publient mais restent dans l'ombre, et qui, tout publiés qu'ils soient, ont un autre métier (ce qui est le cas de l'immense majorité) et ne se sentent pas "sacrés" du tout.
Personnellement, je n'ai pas envie d'être qualifié de sacré. Ca pourrit les relations humaines.
Tout ça pour dire (maintenant que j'ai vidé mon sac) que tout le monde a le droit d'écrire. Certains ont la chance de - ou l'entregent nécessaire pour - être publiés. Est-ce que ça les rend plus "écrivains" que les autres ? Non. Ca les rend seulement plus visibles.
N'oubliez jamais, vous qui lisez ceci, que tous les éditeurs publient des livres pour gagner de l'argent (et c'est bien naturel : comment pourraient-ils publier d'autres livres, sinon ?) et que leurs critères ne sont pas toujours la "qualité littéraire", bien subjective, des textes qu'on leur propose. En matière d'édition, beaucoup d'éditeurs préfèreront toujours le "coup" juteux (comme, je dis ça au hasard, les amours pseudo-autobiographiques d'un président et d'une princesse) au roman disséquant la société au scalpel.
L'écriture est un mouvement ET un travail ET un jeu ET un plaisir ET un casse-tête pour ceux/celles qui s'y adonnent profondément, qu'ils le fassent toute la semaine ou seulement le dimanche. J'ai écrit La maladie de Sachs par épisodes, un chapitre à la fois, quand je n'avais pas de travail urgent (traduction ou article) à remettre, et ça m'a pris cinq ans. A l'époque, je doutais d'être un écrivain. Je me trompais. J'étais déjà un écrivain. Non parce que les muses de l'Olympe s'étaient penchées sur mon berceau, mais parce qu'écrire (ce bouquin ou mon journal ou des chroniques pour Télécâble Hebdo) était ma musique et le clavier, mon instrument. J'écoutais du jazz au casque, et j'avais le sentiment que le phrasé irrégulier de mon clavier faisait écho à celui de Bill Evans ou d'Oscar Peterson. J'ai eu la chance de pouvoir passer pro, puis de faire un livre/disque qui a très très bien marché. Et puis celle de toujours avoir eu des engagements pour donner mes concerts-livres suivants. Ca ne me rend pas un "meilleur écrivain" pour autant. Et puis "meilleur écrivain que qui, d'abord ?"
J'ai nommé ce lieu "blog pour "écrivants". Sur ce blog, qui n'est qu'une estrade au fond d'un bar enfumé, j'ai posé mon piano à écran et je joue pour qui veut écouter. Et toutes celles, tous ceux qui le désirent peuvent monter avec leur instrument, et participer à la jam-session.
A leur manière, avec leurs mots, leurs mots qui valent ce qu'ils valent, mais justement, ce sont les leurs. (Merci, Mama Béa.)
Et ils sont les bienvenus.
Et ça me donne l'occasion de revenir sur quelque chose qui m'a longtemps pourri la vie, bien avant que je sois publié, et pendant un bon moment après qu'un de mes livres ait, pour la première fois, été lu par de nombreux lecteurs.
Longtemps, je me suis demandé si j'avais le "droit" de penser que j'étais écrivain.
"L'écrivain", pensais-je comme beaucoup de monde, "est un être à part. Le statut d'écrivain, on ne le décroche pas comme ça. Faut le mériter. On ne se décrète pas écrivain. Il faut au moins que ça soit décidé par une commission spéciale de l'Académie, ou quelque chose. Il faut que ça soit notoire et écrit dans les journaux. Il faut qu'un type comme Bernard Pivot (autrefois) ou François Busnel (en ce moment) le dise à la télévision en vous lançant un regard énamouré (si vous êtes, mettons, Juliette - pardon, Justine - Lévy) ou déférent (si vous êtes, au hasard, Philippe - pardon, Patrick - Poivre d'Arvor) - "Quand on lit votre livre on sait qu'on a affaire à un écrivain"... Bref, il faut que quelqu'un vous ait estampillé, et que ça ne soit ni votre mère, ni votre moitié, ni votre "gang" de copains/copines. Faut que ce soit O-FFI-CIEL."
Je ne dirais pas que, quand je pensais ça, j'étais "stupide" (ça voudrait dire que celles ou ceux qui le pensent le sont et que moi, je ne le suis plus) mais je dirai, sans hésiter, qu'on m'avait bourré le mou. A l'école, dans les journaux, à la radio, à la télé. Implicitement, on m'avait fait croire à quelque chose qui n'existe pas : le statut sacré de l'écrivain.
Il n'y a pas de statut sacré de l'écrivain, pas plus que pour les musiciens ou les acteurs ou les peintres. Il y a des personnes qui ont un goût ou des aptitudes pour une expression artistique et qui en font, ou non, un métier. Un de mes meilleurs amis est un pianiste extraordinaire. Mais il joue pratiquement toujours seul (ou avec des amis très proches) et ne donne jamais de concert. Mais il peut passer des heures à travailler une pièce de Schumann ou de Bach. Est-ce qu'il est "moins" musicien qu'un pianiste-concertiste professionnel ? A-t-il "moins le droit" de jouer du piano ? Non. Ce n'est, simplement, pas son métier. Jouer lui donne du plaisir (et en donne à ceux qui l'écoutent, croyez-moi), c'est la seule chose qui importe. Un autre de mes amis est médecin ET auteur-compositeur-interprète. Il joue et enregistre avec d'autres musiciens (qui ont un autre métier, car ça ne nourrit pas...). Et ils ont auto-produit leur premier disque. Vaut-il moins que le disque d'un chanteur publié par une grande maison ? A mes oreilles, non. Ce qu'il fait est beaucoup mieux que tout plein de chansons sans texte ni mélodie qu'on nous balance sur les ondes. Je suis bien content qu'il ne se demande pas s'il "a le droit" de composer et jouer.
Pour l'écriture, c'est encore plus vrai. Il y a plus de gens qui savent lire et écrire que de personnes qui savent lire la musique et en jouer.
Mais il en va de l'écriture comme de la musique : on ne publie pas comme ça, les éditeurs français ont beau être légion, ils reçoivent plus de manuscrits qu'ils ne peuvent en publier (et, si je peux me permettre cette opinion, la plupart en publie beaucoup trop...), ce qui rend la lisibilité de beaucoup de textes problématique. De plus, contrairement aux pays anglo-saxons, on publie peu de textes courts (nouvelles, poésie) en France, ce qui veut dire que ces formes qui, en Amérique ou en Angleterre, sont souvent des bancs d'essai pour nombre d'écrivains, n'existent pas ici.
Depuis quelques années, la possibilité de mettre des textes en ligne, sur un blog ou un site, a changé la donne. Un nombre très important de personnes écrivent et donnent à lire ce qu'elles écrivent.
Mais il faut avoir entendu ou lu ce que beaucoup (trop) de critiques et d'écrivains estampillés disent de l'écriture en ligne et des blogs. Le mépris et la méfiance à leur égard sont malheureusement très répandus en France, beaucoup plus qu'ailleurs. Toujours à cause de l'image sacrée de l'écrivain.
Est-ce que l'écriture en ligne a "moins de valeur" que l'écriture publiée ? Je n'en sais rien et à vrai dire ça ne me soucie pas. Je pense que c'est une question vaine. Et que cette question est significative d'une posture de classe.
Qui aurait donc le droit de dire "ça c'est bon, ça c'est mauvais" ? Sur quels critères ?
J'ai beau être un écrivain publié et lu (il y a des écrivains publiés qui ne le sont pas, et je mesure ma chance), je ne me sens pas de qualité particulière pour dire ce qui est bon ou ne l'est pas. Je peux dire "J'aime ou je n'aime pas, pour telle ou telle raison", mais c'est tout. C'est d'ailleurs ce que je fais pour parler des écrivains que je lis et que je n'aime pas. Je dis "Je n'aime pas et ça me tombe des mains", "ça m'a ennuyé", ou "c'est pas le genre de littérature qui me transporte". C'est subjectif, et ça ne concerne que moi. Car si des lecteurs ont aimé ce livre-là (ou aiment cet auteur-là), qui suis-je pour dire qu'ils ont tort ?
Je déteste entendre dire que Maurice Leblanc, qui était l'un des romanciers-feuilletonnistes les plus lus de son époque, "n'écrivait pas bien". Quand je le lisais, à l'adolescence, j'étais transporté par les aventures d'Arsène Lupin, qui me tenaient éveillé jusqu'au milieu de la nuit. Personne n'a le droit de dire qu'il n'écrivait pas bien, puisque, nom de dieu, il me faisait lire !!!! (Vous entendez l'ogre Winckler rugir, là, j'espère ?)
Etre critique littéraire est un exercice difficile. A mon humble avis, les critiques devraient avoir pour mission de faire lire des textes en expliquant pourquoi (du point de vue du/de la critique) ces textes sont riches et gratifiants à la lecture et peuvent faire le bonheur des personnes qui se risqueront à les lire. Ils ne devraient pas se contenter(comme je l'ai vu faire par plusieurs critiques parlant du Ciel de Bay City de Catherine Mavrikakis) de résumer le début d'un roman puis de parler des "qualités d'écriture" de l'auteur pour qu'on ne s'aperçoive pas qu'ils ne l'ont pas lu en entier.
Ils ne devraient surtout pas "sacrer" un écrivain avant même que son dernier livre soit disponible comme le digne héritier de Flaubert, Proust ou Marguerite Duras, comme s'il s'agissait de désigner les membres de dynasties ou de lignées aristocratiques. Ils devraient, en bons professionnels, faire leur boulot, c'est à dire donner envie de lire des livres (et donner les clés pour les apprécier) plutôt qu'encenser des auteurs. L'écrivain sacralisé, "autorisé" (aux deux sens du terme) est un pur produit de la pensée la plus bourgeoise.
C'est cette sacralisation, entretenue par une partie de la critique (mais aussi par bon nombre d'enseignants, de journalistes et d'intellectuels auto-proclamés, hélas !) qui entretiennent chez le plus grand nombre l'idée qu'un écrivain est un être rare.
Or, non seulement c'est faux, mais c'est aussi profondément méprisant pour ceux qui écrivent et ne publient pas ou qui publient mais restent dans l'ombre, et qui, tout publiés qu'ils soient, ont un autre métier (ce qui est le cas de l'immense majorité) et ne se sentent pas "sacrés" du tout.
Personnellement, je n'ai pas envie d'être qualifié de sacré. Ca pourrit les relations humaines.
Tout ça pour dire (maintenant que j'ai vidé mon sac) que tout le monde a le droit d'écrire. Certains ont la chance de - ou l'entregent nécessaire pour - être publiés. Est-ce que ça les rend plus "écrivains" que les autres ? Non. Ca les rend seulement plus visibles.
N'oubliez jamais, vous qui lisez ceci, que tous les éditeurs publient des livres pour gagner de l'argent (et c'est bien naturel : comment pourraient-ils publier d'autres livres, sinon ?) et que leurs critères ne sont pas toujours la "qualité littéraire", bien subjective, des textes qu'on leur propose. En matière d'édition, beaucoup d'éditeurs préfèreront toujours le "coup" juteux (comme, je dis ça au hasard, les amours pseudo-autobiographiques d'un président et d'une princesse) au roman disséquant la société au scalpel.
L'écriture est un mouvement ET un travail ET un jeu ET un plaisir ET un casse-tête pour ceux/celles qui s'y adonnent profondément, qu'ils le fassent toute la semaine ou seulement le dimanche. J'ai écrit La maladie de Sachs par épisodes, un chapitre à la fois, quand je n'avais pas de travail urgent (traduction ou article) à remettre, et ça m'a pris cinq ans. A l'époque, je doutais d'être un écrivain. Je me trompais. J'étais déjà un écrivain. Non parce que les muses de l'Olympe s'étaient penchées sur mon berceau, mais parce qu'écrire (ce bouquin ou mon journal ou des chroniques pour Télécâble Hebdo) était ma musique et le clavier, mon instrument. J'écoutais du jazz au casque, et j'avais le sentiment que le phrasé irrégulier de mon clavier faisait écho à celui de Bill Evans ou d'Oscar Peterson. J'ai eu la chance de pouvoir passer pro, puis de faire un livre/disque qui a très très bien marché. Et puis celle de toujours avoir eu des engagements pour donner mes concerts-livres suivants. Ca ne me rend pas un "meilleur écrivain" pour autant. Et puis "meilleur écrivain que qui, d'abord ?"
J'ai nommé ce lieu "blog pour "écrivants". Sur ce blog, qui n'est qu'une estrade au fond d'un bar enfumé, j'ai posé mon piano à écran et je joue pour qui veut écouter. Et toutes celles, tous ceux qui le désirent peuvent monter avec leur instrument, et participer à la jam-session.
A leur manière, avec leurs mots, leurs mots qui valent ce qu'ils valent, mais justement, ce sont les leurs. (Merci, Mama Béa.)
Et ils sont les bienvenus.
lundi 21 septembre 2009
Haïkus - par Anne-la-bibliothécaire
Lune au zénith
Sous ses rayons
J'attends
Peur de l'heure unique
Par paire je meurs
Reviens
Pensée solitaire
Pousse cette porte
Minuit attend
Anne-la-bibliothécaire
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