Mardi 6 octobre, au Réservoir, avenue Duluth sur Saint-Laurent, les membres de Gallimard Ltée présentaient quelques-uns des livres qu'ils diffusent et qui venaient d'être publiés au Québec. Je faisais partie des écrivains invités à venir parler de leur bouquin. Pendant mon bavardage (on a toujours du mal à m'arrêter, quand je commence), je mentionne qu'ayant mis mon adresse courriel dans Le Choeur des femmes (comme je le fais pour tous mes livres, sauf oubli), j'ai eu le bonheur de recevoir deux à trois messages de lecteurs/trices (surtout /trices) par jour depuis le jour de sa publication en France.
C'est évidemment très gratifiant quand on a envie de savoir si son livre est apprécié, sans vouloir pour autant aller traîner dans les librairies pour vérifier qu'il y est bien mis en pile (et que les piles sont toujours hautes, et ne baissent pas - si elles restent hautes, c'est parce que les libraires les maintiennent dans cet état, et donc que le livre se vend ; si elles baissent, c'est parce que les libraires n'en commande pas d'autres pour remplacer ceux qui se sont vendus trop lentement).
Lorsque je mentionne l'apparition quotidienne de messages de lectrices/teurs dans ma boîte courriel, José Lareau, la dynamique et pétillante "ange gardien" des écrivains chez Gallimard Ltée me demande "Tu réponds à tout le monde ?"
Oui, je réponds à tout le monde. Heureusement pour moi, il n'y en a que trois par jour, alors je peux répondre. Mais même s'il y en avait plus, je ferais mon possible pour répondre, comme je l'ai fait lorsque j'étais à France Inter, comme je l'ai fait pendant les six années où j'ai répondu aux messages concernant la contraception.
Pourquoi est-ce que je réponds à tout le monde ? Pourquoi est-ce que je prends autant de temps pour mettre ne serait-ce que trois lignes de réponse à des messages de lecteurs inconnus (et parfois anonymes, car certain(e)s ne donnent pas leur prénom et leur adresse courriel est ambiguë...) ?
"Pourquoi je réponds ? Voyons voir..."
(Image de l'ogre se grattant la tête d'un air perplexe.)
Parce que ça me fait plaisir de recevoir une lettre de lecteur/trice content(e).
Parce que j'ai envie de lui signifier que j'ai reçu le message - j'ai toujours peur qu'on ne reçoive pas les miens alors je tiens à les rassurer sur ce point. Alors, pendant que j'y suis...
Parce que quand on me dit qu'on aime un de mes livres, en personne, je remercie. Alors, je trouve naturel de remercier ceux qui me le disent par écrit.
Parce que souvent, le message n'est pas seulement une appréciation du bouquin, mais une évocation de ce qui, dans l'histoire ou l'expérience de celui/celle qui m'a lu, a fait écho à cette lecture. Il me parle de soi, d'un parent, d'une expérience professionnelle. Parfois, le message me retrace en vingt ou trente lignes, toute une existence. Plus rarement, c'est un texte de plusieurs pages.
Et c'est toujours passionnant.
Souvent (sinon presque à chaque fois) l'auteur du message me dit "ne pas attendre de réponse" ou "s'excuser d'écrire une lettre de "fan"" ou encore de me "prendre mon temps" ou d' "encombrer ma boîte à courriels". Et à ce moment-là, bien sûr, j'ai en plus l'envie vigoureuse de lui montrer qu'il n'en est rien. Ce n'est pas une perte de temps, ce n'est pas une intrusion (si je voulais "qu'on me laisse tranquille", je ne mettrais pas mon adresse électronique dans les livres, sur les sites internet, les blogs...) ce n'est pas importun, ce n'est pas ridicule, ce n'est pas immature ou infantile d'écrire à un écrivain.
Avant l'internet et le courriel, j'ai beaucoup écrit à "mes" écrivains et j'ai beaucoup souffert que certains ne me répondent pas, sans savoir exactement si leur silence était dû à la perte de ma lettre dans une pyramide de courrier équivalente à celle que doit ranger Gaston dans les bureaux du journal Spirou, ou bien à l'indifférence, au manque de temps, ou encore (et c'était pire) au fait que ce que j'avais écrit avec tant de soin et d'enthousiasme n'avait à leurs yeux aucun intérêt.
Je me souviens de ma joie absolue les jours où, après avoir écrit des lettres enthousiastes aux éditions Marvel pour leur dire mon admiration à l'égard du dessinateur John Buscema, j'ai reçu une lettre et, en "No-Prize", un fascicule de The Mighty Thor et un autre de The Silver Surfer.
Je me souviens de ma fierté (je la ressens encore) le jour où j'ai reçu une lettre d'Isaac Asimov en réponse à une lettre écrite après avoir dévoré et adoré son roman The Gods Themselves.
Je me souviens de la rage avec laquelle j'ai écrit à la rédaction du journal Pilote, au retour de mon année en Amérique, après avoir lu les 52 numéros de l'année écoulée (que Mick, mon frère, m'avait soigneusement mis de côté), pour leur dire à quel point je trouvais que le journal avait perdu de son mordant et de sa qualité. Et je me souviens de ma stupéfaction absolue, et de mon sentiment d'humilité en recevant une réponse signée... René Goscinny, regrettant que mes jugements soient aussi sévères mais espérant que je continuerais à lire Pilote et que je changerais d'avis dans un proche avenir...
Je me souviens aussi du bonheur que j'ai ressenti quand, après avoir envoyé Plumes d'Ange à Claude Nougaro en lui remerciant de m'avoir soufflé, par son récit-poème, le titre de mon livre et son épigraphe, j'ai reçu de lui une lettre manuscrite très émouvante (il y mentionnait son père et sa mère) ornée d'un timbre à l'effigie de... Léo Ferré.
Alors, oui, je réponds à ceux et celles qui m'ont écrit. Pour leur dire, même si je dis peu, que leur message m'est arrivé, qu'il m'a fait plaisir, et que j'espère leur procurer, en retour, un peu du plaisir que j'ai éprouvé moi-même en les lisant.
Vous comprenez, ce n'est pas de l'altruisme ou de la grandeur d'âme ou de la politesse. Et je ne crois pas que ce soit pour les inciter à voter pour moi aux prochaines élections, ni pour les convaincre d'acheter mon prochain livre (Car voyez, je réponds aussi aux (quelques) personnes qui m'écrivent pour me signifier leur désaccord ou leur mauvaise humeur).
Si je réponds, c'est parce que ça me fait plaisir.
mercredi 7 octobre 2009
samedi 3 octobre 2009
Salons, librairies, bibliothèques et classes
Quand je suis devenu un écrivain connu, au moment du succès de La Maladie de Sachs, j'ai commencé à être invité à des signatures dans des librairies et dans des bibliothèques, partout en France. Et aussi, bien sûr, à des salons du livre. Très vite, j'ai compris où allaient mes préférences : je n'avais pas vraiment de goût à rester assis derrière une table pour attendre des lecteurs qui ne savaient pas nécessairement que j'étais présent, au milieu de dizaines d'autres écrivains et qui, le plus souvent, tombaient sur moi par hasard, ou s'arrêtaient devant un livre dont ils avaient entendu parler mais qu'ils n'avaient pas nécessairement lu ou envie de lire. Et qui, surtout, avaient peu de chose à dire à son auteur.
Quand on n'est pas un super best-seller dont la présence est annoncée à grands frais de publicité et dont le stand est entouré par des barrières pour éviter la foule, attendre est très éprouvant, parce que cette attente répète implicitement l'attente de la réponse de l'éditeur quand on a envoyé un manuscrit et celle des articles quand un livre vient d'être publié.
Très vite, j'ai cessé d'aller dans les salons, sauf aux 24 heures du Livre du Mans (c'était ma ville, j'habitais à quelques centaines de mètres, j'y allais aussi pour rencontrer les écrivains, j'avais envie de soutenir les librairies du Mans, je me sentais chez moi et puis, mes enfants et des copains venaient me tenir compagnie !) et au Salon du Livre de Paris, où la présence est en générale ponctuelle (une heure ou deux), donc pas trop frustrante même si on n'y voit que quelques lecteurs. On trouve toujours quelqu'un avec qui bavarder.
(A Paris, sur le stand P.O.L, qui est probablement celui que j'ai le plus fréquenté depuis 20 ans (même quand je n'avais publié qu'un seul roman, confidentiel, et même, après "Sachs", quand je n'avais rien publié de récent), je ne me suis jamais senti seul ni ennuyé, car j'ai toujours pu y rencontrer des écrivains que je lis (mais que je ne connais pas personnellement) et feuilleter dans les rayons des livres dont j'ignorais auparavant l'existence sans qu'on vienne me regarder d'un oeil sévère et me demander si je cherche quelque chose en particulier. )
J'ai toujours préféré, et de loin, les rencontres en librairies ou en bibliothèque. D'abord parce qu'elles sont programmées, ce qui fait que les personnes qui s'y rendent viennent spécialement pour vous. Ensuite parce que, quel que soit leur nombre, c'est toujours passionnant. J'ai eu droit à des rencontres avec plusieurs centaines de personnes - comme à "La Boîte à Livres", à Tours, en 1998, et je raconterai un de ces jours pourquoi c'était très émouvant ; j'ai eu droit à des rencontres avec trois personnes (à Bordeaux, dans une bibliothèque de quartier, un soir de semaine) ; j'ai fait des rencontres dans de toutes petites bibliothèques de campagne et dans des bibliothèques cossues de grandes villes de province et j'en suis sorti, chaque fois avec un sentiment assez réconfortant de mieux comprendre ce que j'avais écrit.
Car ces rencontres ne sont pas des "séances de promo" de mes livres mais des rencontres avec des lecteurs, qui en ont déjà lu un ou deux, et qui éprouvent le désir de m'entendre parler de mes métiers de médecin et d'écrivain, et de dire ce qu'ils ont ressenti à la lecture. De sorte que, quel que soit leur nombre, ce qui se passe, ce qui se dit, ce qui s'échange est toujours extraordinairement gratifiant. Souvent, j'entendais des gens me dire ce qu'ils avaient senti ou lu dans un de mes livres, et j'étais émerveillé de ce qu'ils avaient vu et que je ne savais pas y avoir mis.
Et puis, les rencontres de ce type sont souvent pour moi l'occasion de lire à haute voix des extraits des bouquins, et cela aussi est un moment de grand plaisir. J'aime lire à haute voix. Sans doute parce que la narration orale est ce qui m'a toujours le plus transporté : j'aimais écouter les membres de ma famille (qui en connaissaient des flopées) raconter des histoires ; j'aimais écouter les dramatiques radio de "L'heure du Mystère" ou du "Théâtre de l'étrange" quand j'étais un jeune adolescent, et j'entends toujours une voix intérieure (la mienne ?) lire les lignes que je parcours dans un livre.
J'ai aussi beaucoup aimé me rendre dans des classes - de collège ou de lycée, le plus souvent - sur l'invitation d'enseignants désireux d'offrir à leurs élèves un regard nouveau sur un écrivain, ou sur la contraception ou sur les séries télé... D'abord parce que je me souviens de l'ennui puissant qui me tenaillait, quand j'étais au lycée, et de la fête que c'était quand quelque chose - n'importe quoi ! - venait rompre la monotonie. Alors j'aime beaucoup l'idée de jouer le rôle de diversion pour une classe. Pour moi, l'enseignant qui invite un écrivain ou un artiste fait un cadeau à ses élèves. Et puis, entendre un lycéen demander "Pourquoi vous avez mis une scène de partouze dans Mort in Vitro ?" ou "Pourquoi vous dites "baiser" et pas "faire l'amour", M'sieur ?", c'est vraiment réjouissant. Moi qui avais si peur de parler de sexe quand j'étais adolescent, je trouve fabuleux que les ados d'aujourd'hui m'interpellent... et me demandent d'en parler !
Ce plaisir de parler avec des lecteurs et lectrices de tous âges ne m'a jamais été imposé. Chez P.O.L, par exemple, on est très précautionneux de ce qu'on demande aux écrivains, on les protège, on leur laisse toujours entendre qu'ils ne sont obligés à rien. Certains écrivains aiment ce genre de rencontres, d'autres les fuient (ou même, restent constamment invisibles), tous sont respectés. Aucun n'est traité comme s'il devait assurer le "minimum syndical" de la représentation. Evidemment, c'est très confortable de savoir qu'on n'est pas tenu d'accepter toutes les invitations pour "faire plaisir" à son éditeur.
Il est plus difficile de refuser les invitations quand on a envie de se faire plaisir. A une certaine époque, j'acceptais presque toutes les invitations de rencontre. Pour différentes raisons, que je trouvais toutes bonnes : la reconnaissance envers les libraires qui défendent mes livres et les lecteurs qui les achètent et les offrent ; l'ivresse de rencontrer des personnes nouvelles toutes les semaines ; le sentiment presque missionnaire de devoir faire passer un message important sur la contraception ou la santé des femmes ; le désir de transmettre.
Je me laisse souvent entraîner à parler de médecine, de politique de santé, de formation des médecins, plutôt que de littérature. C'est ma faute. Je suis trop passionné. Parfois, cependant, il m'est arrivé de parler de littérature et d'écriture. Trop rarement, mais tout de même. Je me souviens en particulier d'une fois, en Normandie. Une enseignante m'avait invité à rencontrer ses élèves dans la journée, des adultes le soir... et m'avait demandé si, entre les deux, je voulais passer une heure avec les adolescents à qui elle proposait un club/atelier d'écriture.
Elle m'avait précisé que c'étaient tous des adolescents avec une histoire un peu difficile, et que cet atelier était l'un des seuls endroits où ils pouvaient s'exprimer librement. Et que ça donnait des textes souvent très impressionnants.
Bien sûr, j'ai dit oui. Et j'ai passé un moment assez extraordinaire à échanger avec eux, à leur demander ce qu'ils écrivaient et à en parler, en insistant constamment sur le fait qu'à leur âge, j'écrivais déjà, mais que je ne me doutais aucunement qu'un jour je serais publié et rencontrerais le succès. Alors, qu'ils ne se mettent pas martel en tête, qu'ils continuent à avancer et à écrire, et puis ils verraient bien, le moment venu...
A l'époque, j'écrivais Les Trois Médecins et je leur ai confié mon projet d'écrire un remake des Trois Mousquetaires. Leurs remarques, leurs questions, leurs réactions m'ont fait tant de bien et j'ai passé un si bon moment que j'ai trouvé tout naturel de tous les nommer dans les remerciements du livre. Ils m'ont remercié, mais ils faisaient erreur : c'est moi qui leur devais un merci.
Un an ou deux plus tard, l'enseignante m'a écrit pour me confier qu'elle venait de vivre une expérience très pénible. Elle avait invité un autre écrivain à rencontrer les adolescents du même groupe. Non seulement ça n'avait pas accroché, mais elle venait de découvrir, quelques mois plus tard, qu'il avait écrit un texte extrêmement méprisant, dans lequel il ironisait sur (je le cite de mémoire) "ces ados qui s'imaginent, parce qu'ils écrivent, qu'ils ont quelque chose à dire". Il ne nommait ni la ville, ni les adolescents, ni leur enseignante mais, pour qui les connaissait, la description de leur rencontre ne laissait aucun doute quant à leur identité. Et dans son texte, sa condescendance envers ces adolescents était palpable.
J'ai répondu à l'enseignante que j'étais aussi choqué qu'elle. Et qu'à mon avis (je me cite de mémoire) ce type était un sale con.
Et tout récemment, à la télé j'ai encore entendu parler d'un autre écrivain (mais j'oublie son nom) qui raconte dans un de ses livres comme il a souffert dans les salons pluvieux et déserts où personne ne le connaissait et ne venait le voir.
Mais rien n'oblige jamais un écrivain à aller à un salon, rencontrer des lecteurs ou parler à des lycéens. On ne le fait pas pour la gloire, on ne le fait pas pour la postérité, et on ne le fait certainement pas pour l'argent. Si on n'en a pas envie, on n'y va pas. Mais lorsqu'on y va, la moindre des choses c'est d'y aller de bonne grâce. Et de ne pas déverser sa rancoeur, après coups, sur les gens qui étaient là pour nous y accueillir. Ils n'étaient peut-être pas nombreux, mais ils sont venus, et à ce titre ils méritent notre respect.
C'est comme les médecins qui ne respectent pas les patients qui leur parlent de ce qui les fait souffrir. Un écrivain qui n'a pas de respect pour les personnse qui lisent et qui écrivent et le font parler de littérature - surtout quand elles sont peu nombreuses - n'est probablement pas fait pour ce métier.
Quand on n'est pas un super best-seller dont la présence est annoncée à grands frais de publicité et dont le stand est entouré par des barrières pour éviter la foule, attendre est très éprouvant, parce que cette attente répète implicitement l'attente de la réponse de l'éditeur quand on a envoyé un manuscrit et celle des articles quand un livre vient d'être publié.
Très vite, j'ai cessé d'aller dans les salons, sauf aux 24 heures du Livre du Mans (c'était ma ville, j'habitais à quelques centaines de mètres, j'y allais aussi pour rencontrer les écrivains, j'avais envie de soutenir les librairies du Mans, je me sentais chez moi et puis, mes enfants et des copains venaient me tenir compagnie !) et au Salon du Livre de Paris, où la présence est en générale ponctuelle (une heure ou deux), donc pas trop frustrante même si on n'y voit que quelques lecteurs. On trouve toujours quelqu'un avec qui bavarder.
(A Paris, sur le stand P.O.L, qui est probablement celui que j'ai le plus fréquenté depuis 20 ans (même quand je n'avais publié qu'un seul roman, confidentiel, et même, après "Sachs", quand je n'avais rien publié de récent), je ne me suis jamais senti seul ni ennuyé, car j'ai toujours pu y rencontrer des écrivains que je lis (mais que je ne connais pas personnellement) et feuilleter dans les rayons des livres dont j'ignorais auparavant l'existence sans qu'on vienne me regarder d'un oeil sévère et me demander si je cherche quelque chose en particulier. )
J'ai toujours préféré, et de loin, les rencontres en librairies ou en bibliothèque. D'abord parce qu'elles sont programmées, ce qui fait que les personnes qui s'y rendent viennent spécialement pour vous. Ensuite parce que, quel que soit leur nombre, c'est toujours passionnant. J'ai eu droit à des rencontres avec plusieurs centaines de personnes - comme à "La Boîte à Livres", à Tours, en 1998, et je raconterai un de ces jours pourquoi c'était très émouvant ; j'ai eu droit à des rencontres avec trois personnes (à Bordeaux, dans une bibliothèque de quartier, un soir de semaine) ; j'ai fait des rencontres dans de toutes petites bibliothèques de campagne et dans des bibliothèques cossues de grandes villes de province et j'en suis sorti, chaque fois avec un sentiment assez réconfortant de mieux comprendre ce que j'avais écrit.
Car ces rencontres ne sont pas des "séances de promo" de mes livres mais des rencontres avec des lecteurs, qui en ont déjà lu un ou deux, et qui éprouvent le désir de m'entendre parler de mes métiers de médecin et d'écrivain, et de dire ce qu'ils ont ressenti à la lecture. De sorte que, quel que soit leur nombre, ce qui se passe, ce qui se dit, ce qui s'échange est toujours extraordinairement gratifiant. Souvent, j'entendais des gens me dire ce qu'ils avaient senti ou lu dans un de mes livres, et j'étais émerveillé de ce qu'ils avaient vu et que je ne savais pas y avoir mis.
Et puis, les rencontres de ce type sont souvent pour moi l'occasion de lire à haute voix des extraits des bouquins, et cela aussi est un moment de grand plaisir. J'aime lire à haute voix. Sans doute parce que la narration orale est ce qui m'a toujours le plus transporté : j'aimais écouter les membres de ma famille (qui en connaissaient des flopées) raconter des histoires ; j'aimais écouter les dramatiques radio de "L'heure du Mystère" ou du "Théâtre de l'étrange" quand j'étais un jeune adolescent, et j'entends toujours une voix intérieure (la mienne ?) lire les lignes que je parcours dans un livre.
J'ai aussi beaucoup aimé me rendre dans des classes - de collège ou de lycée, le plus souvent - sur l'invitation d'enseignants désireux d'offrir à leurs élèves un regard nouveau sur un écrivain, ou sur la contraception ou sur les séries télé... D'abord parce que je me souviens de l'ennui puissant qui me tenaillait, quand j'étais au lycée, et de la fête que c'était quand quelque chose - n'importe quoi ! - venait rompre la monotonie. Alors j'aime beaucoup l'idée de jouer le rôle de diversion pour une classe. Pour moi, l'enseignant qui invite un écrivain ou un artiste fait un cadeau à ses élèves. Et puis, entendre un lycéen demander "Pourquoi vous avez mis une scène de partouze dans Mort in Vitro ?" ou "Pourquoi vous dites "baiser" et pas "faire l'amour", M'sieur ?", c'est vraiment réjouissant. Moi qui avais si peur de parler de sexe quand j'étais adolescent, je trouve fabuleux que les ados d'aujourd'hui m'interpellent... et me demandent d'en parler !
Ce plaisir de parler avec des lecteurs et lectrices de tous âges ne m'a jamais été imposé. Chez P.O.L, par exemple, on est très précautionneux de ce qu'on demande aux écrivains, on les protège, on leur laisse toujours entendre qu'ils ne sont obligés à rien. Certains écrivains aiment ce genre de rencontres, d'autres les fuient (ou même, restent constamment invisibles), tous sont respectés. Aucun n'est traité comme s'il devait assurer le "minimum syndical" de la représentation. Evidemment, c'est très confortable de savoir qu'on n'est pas tenu d'accepter toutes les invitations pour "faire plaisir" à son éditeur.
Il est plus difficile de refuser les invitations quand on a envie de se faire plaisir. A une certaine époque, j'acceptais presque toutes les invitations de rencontre. Pour différentes raisons, que je trouvais toutes bonnes : la reconnaissance envers les libraires qui défendent mes livres et les lecteurs qui les achètent et les offrent ; l'ivresse de rencontrer des personnes nouvelles toutes les semaines ; le sentiment presque missionnaire de devoir faire passer un message important sur la contraception ou la santé des femmes ; le désir de transmettre.
Je me laisse souvent entraîner à parler de médecine, de politique de santé, de formation des médecins, plutôt que de littérature. C'est ma faute. Je suis trop passionné. Parfois, cependant, il m'est arrivé de parler de littérature et d'écriture. Trop rarement, mais tout de même. Je me souviens en particulier d'une fois, en Normandie. Une enseignante m'avait invité à rencontrer ses élèves dans la journée, des adultes le soir... et m'avait demandé si, entre les deux, je voulais passer une heure avec les adolescents à qui elle proposait un club/atelier d'écriture.
Elle m'avait précisé que c'étaient tous des adolescents avec une histoire un peu difficile, et que cet atelier était l'un des seuls endroits où ils pouvaient s'exprimer librement. Et que ça donnait des textes souvent très impressionnants.
Bien sûr, j'ai dit oui. Et j'ai passé un moment assez extraordinaire à échanger avec eux, à leur demander ce qu'ils écrivaient et à en parler, en insistant constamment sur le fait qu'à leur âge, j'écrivais déjà, mais que je ne me doutais aucunement qu'un jour je serais publié et rencontrerais le succès. Alors, qu'ils ne se mettent pas martel en tête, qu'ils continuent à avancer et à écrire, et puis ils verraient bien, le moment venu...
A l'époque, j'écrivais Les Trois Médecins et je leur ai confié mon projet d'écrire un remake des Trois Mousquetaires. Leurs remarques, leurs questions, leurs réactions m'ont fait tant de bien et j'ai passé un si bon moment que j'ai trouvé tout naturel de tous les nommer dans les remerciements du livre. Ils m'ont remercié, mais ils faisaient erreur : c'est moi qui leur devais un merci.
Un an ou deux plus tard, l'enseignante m'a écrit pour me confier qu'elle venait de vivre une expérience très pénible. Elle avait invité un autre écrivain à rencontrer les adolescents du même groupe. Non seulement ça n'avait pas accroché, mais elle venait de découvrir, quelques mois plus tard, qu'il avait écrit un texte extrêmement méprisant, dans lequel il ironisait sur (je le cite de mémoire) "ces ados qui s'imaginent, parce qu'ils écrivent, qu'ils ont quelque chose à dire". Il ne nommait ni la ville, ni les adolescents, ni leur enseignante mais, pour qui les connaissait, la description de leur rencontre ne laissait aucun doute quant à leur identité. Et dans son texte, sa condescendance envers ces adolescents était palpable.
J'ai répondu à l'enseignante que j'étais aussi choqué qu'elle. Et qu'à mon avis (je me cite de mémoire) ce type était un sale con.
Et tout récemment, à la télé j'ai encore entendu parler d'un autre écrivain (mais j'oublie son nom) qui raconte dans un de ses livres comme il a souffert dans les salons pluvieux et déserts où personne ne le connaissait et ne venait le voir.
Mais rien n'oblige jamais un écrivain à aller à un salon, rencontrer des lecteurs ou parler à des lycéens. On ne le fait pas pour la gloire, on ne le fait pas pour la postérité, et on ne le fait certainement pas pour l'argent. Si on n'en a pas envie, on n'y va pas. Mais lorsqu'on y va, la moindre des choses c'est d'y aller de bonne grâce. Et de ne pas déverser sa rancoeur, après coups, sur les gens qui étaient là pour nous y accueillir. Ils n'étaient peut-être pas nombreux, mais ils sont venus, et à ce titre ils méritent notre respect.
C'est comme les médecins qui ne respectent pas les patients qui leur parlent de ce qui les fait souffrir. Un écrivain qui n'a pas de respect pour les personnse qui lisent et qui écrivent et le font parler de littérature - surtout quand elles sont peu nombreuses - n'est probablement pas fait pour ce métier.
vendredi 2 octobre 2009
Crime parfait (Exercice d'écriture n° 4)
En un à deux feuillets (1500 à 3000 signes)
et sous la forme d'un rapport de police
décrire un "crime parfait" (qui peut être autre qu'un meurtre)
dont les éléments obligés seraient
- une jeune épouse
- sa belle-mère
- un cadeau que l'une a fait à l'autre.
Bien entendu, la "criminelle" et la "victime" peuvent être l'une, l'autre ou les deux.
Délai de remise : dimanche 11 octobre à minuit, heure de votre méridien.
Mise en ligne à partir du 12 octobre.
et sous la forme d'un rapport de police
décrire un "crime parfait" (qui peut être autre qu'un meurtre)
dont les éléments obligés seraient
- une jeune épouse
- sa belle-mère
- un cadeau que l'une a fait à l'autre.
Bien entendu, la "criminelle" et la "victime" peuvent être l'une, l'autre ou les deux.
Délai de remise : dimanche 11 octobre à minuit, heure de votre méridien.
Mise en ligne à partir du 12 octobre.
mercredi 30 septembre 2009
Histoire d'ogre - par Anne la bibliothécaire
Il était une fois... Ah ! quel beau début pour un livre destiné à la jeunesse. Ces mots vous invitent à la poésie, à la rêverie, au monde de la petite enfance. Mais ici ! Heulamondieu non ! Pas vraiment... En tout cas il ne se termine pas par : "ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants".
Donc, il était une fois un bûcheron qui en fait était un ogre.
Il était une fois une forêt mystérieuse.
Il était une fois une ribambelle d'enfants à qui on avait interdit d'aller dans la forêt mystérieuse. Jusque là rien que de très normal pour ce genre de littérature.
Il était une fois une ribambelle d'enfants à qui on avait interdit d'aller dans la forêt mystérieuse. Jusque là rien que de très normal pour ce genre de littérature.
Mais aussi malheureusement, il était une fois... une tronçonneuse !
Et lorsque tous les personnages se rencontrent, cela devient vraiment glauque et sanglant, à la limite du supportable. Je vous passe les détails sordides et les épisodes rougeoyants qui émaillent ce livre monstrueux dont les illustrations tout à fait réalistes vous feront dresser les cheveux sur la tête et naître une chair de poule glacée.
Comment peut-on appeler cela un livre pour enfants. Ici Benoit Mignon se régale et nous gâte vraiment. Bien sûr les légendes, les contes et autres fables sont loins d'être des bluettes et sont remplis d'horreurs en tous genres : ogres donc anthropophages, marâtres assassines, monstres hideux, père amoureux de sa fille et qui veut l'épouser, enfants mis au saloir... et j'en passe. Bien sûr les enfants d'aujourd'hui sont plus soumis aux drames quotidiens rééls ou fictifs dont on les abreuve. Peut-être sont-ils plus "résistants" voire blasés. Mais là nous atteignons un pic : pic du mauvais goût, pic de la "glauquitude" si j'ose me permettre.
En tout cas on ne peut pas dire que l'illustratrice Anne Mignon ne colle pas à son sujet. Ses dessins sont de toute beauté dans les 2/3 du livre. L'atmosphère de la forêt est particulièrement bien rendue, ses grands arbres sombres se repliant sur les pauvres enfants perdus. Le livre vaudrait la peine d'être acheté juste pour les magnifiques aquarelles qui l'illustrent en son début. Elles vaudraient même un bel encadrement. Mais que dire de l'histoire, car lorsqu'on arrive à la maison de l'ogre-bûcheron tout se déchaîne... Les illustrations montrent alors une certaine prédilection pour la couleur rouge...
Oserais-je conseiller ce livre aux jeunes vampires assoiffés de sang et aux sadiques invétérés, à ceux qui n'aiment pas les enfants et à ceux qui souhaitent les voir faire des cauchemars chaque nuit au son d'une simple mobylette qu'ils prendraient pour une tronçonneuse ?...
Pour les courageux, j'indiquerai seulement qu'il est édité chez Offmann dans la collection Grand format 6-8 ans [et si!], qu'il fait 50 pages et vous coûtera la modique somme de 20 euros.
A vous de voir... ou pas.
Rendez-vous manqué - par Younes Jama
Parfois on manque des rendez-vous avec la littérature et plus précisément avec les romans. Il est question d’états d’âme, de lieux et d’époques. C’est le cas du roman ‘ Rendez-vous ’ de Christine Angot, publié chez Flammarion peu avant la rentrée 2006. On m’avait prêté ce livre pour me faire découvrir cet écrivain et la lecture fut arrêtée à la page 100, phrase et paragraphe point finis, choix radical suite à un agacement qui montait crescendo dès les premières pages.
Est-ce pertinent une fiche de lecture d’un roman entamé et non fini ? Je n’ai l’art du style et puis qu’ai-je retenu au bout de ces 100 pages lues ? J’avais oublié le titre et j’ai dû chercher pour retrouver le résumé. L’Amour, le temps d’un livre confidences, entre l’écrivain et l’acteur de théâtre, le sexe entre l’écrivain et le banquier sexagénaire dont le bien doté par la nature n’est pas épargné aux lecteurs, et l’usité exercice du trio dans le Paris bourgeois à suffoquer de nombrilisme, propre à ce début de siècle.
Il n’y a dans ce roman qu’un seul et unique ‘Je ’ corps égoïste et témoin aveugle de son époque, sans projection sur l’avenir de la société où il vit. Trois ans plus tard, la crise financière éclata.
La femme du Vème - par Marie/zelapin (Exercice n°3)
Cette note de lecture est rédigée de mémoire car je n ai pas jugé utile de conserver le livre dont il est question, je l’ai donné.
En effet, j’ai de La femme du Vème de Douglas Kennedy le souvenir impérissable qu’aurait pu me laisser un mauvais millefeuilles: la crème était lourde, le glaçage démonstratif et écoeurant, le feuilletage cartonné.
Au final, on n’a pas l’impression d’avoir mangé un dessert, on a peiné à le terminer.
Ce livre donne la même impression: l’écriture est laborieuse, les personnages et l intrigue inconsistants et le mystère éventé.
Au final, on n a pas l’impression d avoir lu un roman. On le termine pour être certain de n’avoir rien raté qui pourrait expliquer cet ennui.
Que ce soient les péripéties du personnage masculin central dans Paris ou sa relation à cette femme, tout est surjoué (sur-écrit). Les scènes « crues » (crues, pas érotiques) sont presque aussi excitantes qu’un livret médical d information au patient.
Le pseudo fantastique lié au personnage féminin est mal amené, tout comme les événements de sa biographie semblent plaqués sur la trame de ce roman, comme s’ils avaient été initialement prévus pour un autre.
Si je le conseille à la lecture, c’est pour un exercice (1) : à la fin de chaque chapitre, tenter de réécrire ce qui nous parait trop indigeste.
Mais aussi pour découvrir :
- un personnage d écrivain dans un roman (on pourra avec plus de bonheur lire du Djian).
- la vision d un certain Paris par un américain,
- ce qu’est un roman de Douglas Kennedy,
- tout ce que je n ai pas su apprécier (et me le relater!).
(1) Tiens donc?!
Un jeu qui tourne mal - par Laura T. (Exercice n°3)
« Le jeu de l’ange » de Carlos Ruiz Zafon est sans aucun doute le livre le plus prétentieux et dénué d’humour que nous ayons eu entre les mains depuis longtemps. En effet, l’auteur ne fait que réécrire « l’ombre du vent » en plus volumineux et parfois plus assommant. Truffé de références littéraires abondamment citées ou « quasi » plagiés, il serait intéressant d’avoir le point de vue de l’auteur quant cette auto-parodie. Parfois l’intertextualité ne rend pas service, le palimpseste encore moins, surtout si ce n’est pas nécessairement voulu. Genette a du hurler en voyant le désastre…
Malgré tout, nous avons apprécié cet ouvrage, en créant une nouvelle mythologie populaire, il réinvente le genre à sa façon, même si on peut déplorer parfois son manque d’originalité. L’auteur connaît ses classiques et les manie à la perfection. On ne peut s’empêcher de penser aux « mystères de Paris ». L’ombre d’Eugène Sue plane au-dessus de cette Barcelone obscure et mystérieuse. Antonio Muñoz Molina a écrit « les mystères de Madrid », Zafon réinvente Barcelone la mystérieuse. Ce livre est peut-être le grand roman populaire qu’il manquait à la littérature espagnole, amateurs du genre, n’hésitez pas.
Laura T.
lundi 28 septembre 2009
"New York Central", une critique de Thierry (Exercice n°3)
« New York Central, vie et considérations de Marcial Schnaps. » J.F. Dos.
Publié dans l’indifférence en 1893, New York Central est le seul livre de son auteur. Dos disparaîtra un an après. D’abord célébré par d’obscurs cercles littéraires, le livre prendra de l’importance, jusqu’à devenir une référence majeure.
Pourtant rien ne le destinait à faire l’objet d’un tel culte. Sur plus de 650 pages, dans un style pompeux, Dos nous narre la vie de ce Schnaps, se résumant à un minuscule appartement crasseux, dans lequel il enchaîne des leçons de morale à un rat, des bouteilles de vodka frelatées, des lettres d’insultes à ses voisins, puis des jets nocturnes d’ordures dans Central Park. Le livre commence et finit sur cette activité. Entre temps : rien. Pourquoi perdre son temps à lire ce pavé grotesque ?
Dans son cours de littérature, Nabokov désigne le chapitre central du livre comme une des plus belle chose jamais écrite. De plus, ces 45 pages semblent être l’influence stylistique principale de la littérature de la deuxième moitié du 20ème siècle. Malheureusement, pour apprécier ce chapitre à sa juste valeur, la lecture entière du livre est indispensable. La richesse de ces pages ne s’exprime qu’au regard de cette vie nauséeuse et ridicule.
Thierry
Publié dans l’indifférence en 1893, New York Central est le seul livre de son auteur. Dos disparaîtra un an après. D’abord célébré par d’obscurs cercles littéraires, le livre prendra de l’importance, jusqu’à devenir une référence majeure.
Pourtant rien ne le destinait à faire l’objet d’un tel culte. Sur plus de 650 pages, dans un style pompeux, Dos nous narre la vie de ce Schnaps, se résumant à un minuscule appartement crasseux, dans lequel il enchaîne des leçons de morale à un rat, des bouteilles de vodka frelatées, des lettres d’insultes à ses voisins, puis des jets nocturnes d’ordures dans Central Park. Le livre commence et finit sur cette activité. Entre temps : rien. Pourquoi perdre son temps à lire ce pavé grotesque ?
Dans son cours de littérature, Nabokov désigne le chapitre central du livre comme une des plus belle chose jamais écrite. De plus, ces 45 pages semblent être l’influence stylistique principale de la littérature de la deuxième moitié du 20ème siècle. Malheureusement, pour apprécier ce chapitre à sa juste valeur, la lecture entière du livre est indispensable. La richesse de ces pages ne s’exprime qu’au regard de cette vie nauséeuse et ridicule.
Thierry
dimanche 27 septembre 2009
Démagogique (et manichéen, par-dessus le marché !)
Il y a quelques années, au salon du livre, je signais au stand POL (Les Trois Médecins, je crois) et je vois un type s'approcher. Il a mon âge ou un peu plus, il vient vers moi sans sourire (c'est jamais bon signe, dans un salon), se plante à un mètre cinquante de la table (les personnes qui viennent saluer ou faire signer un livre s'approchent tout près) et me dit : "Winckler, c'est vous ?" Je réponds en hochant la tête. Il poursuit, sur un ton plutôt amer : "Je suis médecin. Je voulais vous dire que vos livres sont... démagogiques !"
Sans m'énerver, je m'incline, et dis : "Ah. Je suis désolé que vous le ressentiez comme ça. Voulez vous m'en dire plus ?" Il secoue la tête et répond : "Non. Je voulais vous dire ça. Ils sont démagogiques. Voilà." Il reste là, en suspens, oscillant d'un pied sur l'autre, quand une femme de son âge - sa compagne, probablement - s'approche de lui, apparemment soucieuse de son attitude, le tire par la manche et murmure : "Bon, ça va, tu lui as dit ce que tu voulais lui dire, à présent, viens, on s'en va." Il retire son bras et répète : "Ils sont démagogiques, voilà tout" et finit par la suivre.
Sur le stand, je me gratte la tête, perplexe. Ce n'est pas la première fois, ni la dernière, qu'on qualifie mes livres de "démagogiques". Quelques années plus tôt, un autre médecin, m'a déclaré, en réunion, qu'à son avis, La maladie de Sachs donnait de l'exercice de la médecine une image qui la "tirait vers le bas" en caressant le lecteur dans le sens du poil (ou quelque chose d'approchant).
Il y a quelques jours, je me gratte la tête de nouveau. Sur son blog, une lectrice jadis enthousiaste à la lecture de "Sachs" déclare qu'elle ne comprend pas ce qui s'est passé, qu'elle a décroché au bout de 200 pages du Choeur des femmes et ajoute "A un moment je me suis dis que c'était intentionnel, que les personnages étaient volontairement caricaturaux et le propos utilement démagogique, et que ça allait basculer si j'étais patiente, mais voilà, je ne le suis pas, et je laisse tomber, tant pis pour moi s'il fallait attendre la page 400 pour saisir..."
Bien embêté, plus embêté que par l'opinion d'un confrère désagréable, je lui écris pour lui demander de me préciser ce qu'elle veut dire par "caricatural et démagogique". (Ah, oui, on m'a souvent dit que mes personnages sont "manichéens" et "simplistes", aussi...). Parce que je veux comprendre. Quand on me dit "Ca ne m'a pas intéressé" ou "Je n'ai pas accroché", je ne pose pas de question. AImer un livre ou un film, c'est tellement subjectif.
Mais quand on qualifie le contenu ou les personnages ou l'écriture, et quand on les qualifie de manière aussi précise, je cherche à comprendre. J'ai vraiment envie qu'on m'explique ce qu'il y a de "caricatural", de "démagogique" (ou, question subsidiaire, de "manichéen") dans Le Choeur des femmes.
Ma requête n'a pas abouti, je pense que cette lectrice blogueuse a mal pris l'insistance avec laquelle je lui demandais de préciser sa pensée (car sa pensée m'intéresse...) et elle ne m'a pas vraiment répondu.
Du coup, la question de ces termes : "démagogique" (retrouvé dans son texte) et "manichéen" (qui m'est revenu en écrivant le début de ce texte) s'est reposée. Je suis donc allé faire un tour vers leurs définitions.
"Démagogi(qu)e"
D'après un dictionnaire en ligne, la démagogie est une "politique dans laquelle on flatte un groupe, une assemblée de personnes afin de gagner leur adhésion ou augmenter sa popularité."
La définition de Wikipédia précise que la démagogie est "l'art de mener le peuple en s'attirant ses faveurs, notamment en utilisant un discours simpliste, occultant les nuances, utilisant son charisme et dénaturant la réalité. Le discours du démagogue sort généralement du champ du rationnel pour s'adresser aux passions, aux frustrations de l'électeur. Il recourt en outre à la satisfaction des souhaits ou des attentes du public ciblé, sans recherche de l'intérêt général mais dans le but unique de s'attirer la sympathie et de gagner le soutien. L'argumentation démagogique est délibérément simple afin de pouvoir être comprise et reprise par le public auquel elle est adressée. Elle fait fréquemment appel à la facilité voire la paresse intellectuelle en proposant des analyses et des solutions qui semblent évidentes et immédiates."
Ce que je trouve intéressant, c'est la double connotation, politique et manipulatrice du terme démagogique. Sans hésiter, je revendique la dimension politique de mes livres - dimension qui n'aura échappé à personne, j'en suis sûr. Qu'un livre comme Le Choeur des femmes fasse écho aux "frustrations" du public, je n'en disconviens pas non plus. La frustration des femmes face à la manière dont tant de médecins les traitent mal et les maltraitent est grande.
En revanche, à l'évocation du caractère "manipulateur" de mon propos, qui "dénaturerait la réalité" pour flatter le public et lui proposer des solutions "simplistes", je me gratte la tête de nouveau.
Mon propos serait mensonger si je prétendais que certains de mes confrères sont des salauds en sachant pertinemment qu'il n'en est rien. Or, je sais pertinemment qu'ils le sont ! Il n'y a donc rien de mensonger (ni de manipulateur) à le dire (ou à le faire savoir). C'est anticonfraternel, certainement, mais c'est parfaitement conforme à la déontologie, qui veut qu'un médecin ne laisse jamais un autre médecin déconsidérer l'exercice médical. Certes, de leur point de vue, je déconsidère l'exercice médical en les dénonçant. Mais à mes yeux, ils déconsidèrent l'exercice médical en agissant comme des brutes. Il y a donc matière à débat d'idées, mais bizarrement, les confrères qui me trouvent démagogique ne veulent jamais débattre...
Enfin, est-ce que mon livre "flatte le public", "lui propose des solutions simplistes" et "fait appel à sa paresse intellectuelle" pour faire passer ses argumentations ?
Il serait sans doute "démagogique" de demander aux lecteurs/trices de répondre, je ne le ferai donc pas. Mais j'ai peine à croire que mes quatre romans médicaux (les trois suscités + La vacation) soient vraiment faits pour des "paresseux intellectuels". Six cents pages de texte serré et/ou de composition acrobatique, c'est une bien piètre stratégie pour convaincre des paresseux/ses de m'élire... pardon, de me lire.
"Manichéen"
Le manichéisme est une religion créée par le Perse Mani (ou Manès) au IIIe siècle ap. J.C. "Par dérivation et simplification du terme, on qualifie aujourd'hui de manichéenne une pensée ou une action sans nuances, voire simpliste, où le bien et le mal sont clairement définis et séparés."
Le bien et le mal ? Oui, bien sûr. L'éthique et la morale sont là pour débattre de ce qui est "bien" ou "bon" et de ce qui ne l'est pas. C'est tout le sens du Choeur des femmes. Il y a des comportements médicaux éthiques, d'autres qui ne le sont pas. Et c'est précisément de ça que Jean et Karma débattent.
Quant à savoir si ma définition du "bien" et du "mal" en médecine est "simpliste", il me semble que les six cents pages du livre (mais aussi de Sachs et des Trois médecins) démontrent que, même s'il existe des gens absolument malfaisants et des gens qui sont absolument dénués de méchanceté... la majorité de l'humanité (les deux héros inclus) n'est pas "toute bonne" ou "toute mauvaise", mais fait de son mieux (ou de son moins mal...) Enfin, je crois que c'est clair. Si ça ne l'est pas, cela signifie-t-il que je n'ai pas été assez simpliste pour que ce soit compréhensible par tout le monde ? Donc, pas assez démagogique ?
Alors, oui, finalement, si le Choeur des femmes n'est pas à proprement parler "démagogique" (il n'appelle pas vraiment à guillotiner les gynécologues maltraitants, il exhorte seulement - mais vigoureusement - les femmes et les intersexué(e)s, entre autres, à ne plus se laisser maltraiter) c'est sans doute un roman manichéen, puisqu'il énonce fermement qu'un médecin a l'obligation morale de "bien" se comporter dans l'exercice de son métier.
Cela dit, en y réfléchissant bien, si mes livres prônent le "manichéisme médical", dois-je vraiment en avoir honte ?
Je n'en suis pas certain. Surtout quand je lis ce résumé de la vie de Mani, toujours sur Wikipédia(1) :
Peintre visionnaire et philosophe, poète, musicien, médecin et consultant en développement personnel, Mani transmit une vision du monde et de la vie si puissante que son enseignement se répandit, de manière totalement pacifique, de l’Afrique à la Chine, des Balkans à la péninsule arabique.
"Totalement pacifique."
Tous les gynécologues non démagogues ne peuvent pas en dire autant...
____________________________________
(1) Pourquoi j'utilise Wikipédia pour donner des définitions ? Parce que je suis démagogique et paresseux, pardi !
Sans m'énerver, je m'incline, et dis : "Ah. Je suis désolé que vous le ressentiez comme ça. Voulez vous m'en dire plus ?" Il secoue la tête et répond : "Non. Je voulais vous dire ça. Ils sont démagogiques. Voilà." Il reste là, en suspens, oscillant d'un pied sur l'autre, quand une femme de son âge - sa compagne, probablement - s'approche de lui, apparemment soucieuse de son attitude, le tire par la manche et murmure : "Bon, ça va, tu lui as dit ce que tu voulais lui dire, à présent, viens, on s'en va." Il retire son bras et répète : "Ils sont démagogiques, voilà tout" et finit par la suivre.
Sur le stand, je me gratte la tête, perplexe. Ce n'est pas la première fois, ni la dernière, qu'on qualifie mes livres de "démagogiques". Quelques années plus tôt, un autre médecin, m'a déclaré, en réunion, qu'à son avis, La maladie de Sachs donnait de l'exercice de la médecine une image qui la "tirait vers le bas" en caressant le lecteur dans le sens du poil (ou quelque chose d'approchant).
Il y a quelques jours, je me gratte la tête de nouveau. Sur son blog, une lectrice jadis enthousiaste à la lecture de "Sachs" déclare qu'elle ne comprend pas ce qui s'est passé, qu'elle a décroché au bout de 200 pages du Choeur des femmes et ajoute "A un moment je me suis dis que c'était intentionnel, que les personnages étaient volontairement caricaturaux et le propos utilement démagogique, et que ça allait basculer si j'étais patiente, mais voilà, je ne le suis pas, et je laisse tomber, tant pis pour moi s'il fallait attendre la page 400 pour saisir..."
Bien embêté, plus embêté que par l'opinion d'un confrère désagréable, je lui écris pour lui demander de me préciser ce qu'elle veut dire par "caricatural et démagogique". (Ah, oui, on m'a souvent dit que mes personnages sont "manichéens" et "simplistes", aussi...). Parce que je veux comprendre. Quand on me dit "Ca ne m'a pas intéressé" ou "Je n'ai pas accroché", je ne pose pas de question. AImer un livre ou un film, c'est tellement subjectif.
Mais quand on qualifie le contenu ou les personnages ou l'écriture, et quand on les qualifie de manière aussi précise, je cherche à comprendre. J'ai vraiment envie qu'on m'explique ce qu'il y a de "caricatural", de "démagogique" (ou, question subsidiaire, de "manichéen") dans Le Choeur des femmes.
Ma requête n'a pas abouti, je pense que cette lectrice blogueuse a mal pris l'insistance avec laquelle je lui demandais de préciser sa pensée (car sa pensée m'intéresse...) et elle ne m'a pas vraiment répondu.
Du coup, la question de ces termes : "démagogique" (retrouvé dans son texte) et "manichéen" (qui m'est revenu en écrivant le début de ce texte) s'est reposée. Je suis donc allé faire un tour vers leurs définitions.
"Démagogi(qu)e"
D'après un dictionnaire en ligne, la démagogie est une "politique dans laquelle on flatte un groupe, une assemblée de personnes afin de gagner leur adhésion ou augmenter sa popularité."
La définition de Wikipédia précise que la démagogie est "l'art de mener le peuple en s'attirant ses faveurs, notamment en utilisant un discours simpliste, occultant les nuances, utilisant son charisme et dénaturant la réalité. Le discours du démagogue sort généralement du champ du rationnel pour s'adresser aux passions, aux frustrations de l'électeur. Il recourt en outre à la satisfaction des souhaits ou des attentes du public ciblé, sans recherche de l'intérêt général mais dans le but unique de s'attirer la sympathie et de gagner le soutien. L'argumentation démagogique est délibérément simple afin de pouvoir être comprise et reprise par le public auquel elle est adressée. Elle fait fréquemment appel à la facilité voire la paresse intellectuelle en proposant des analyses et des solutions qui semblent évidentes et immédiates."
Ce que je trouve intéressant, c'est la double connotation, politique et manipulatrice du terme démagogique. Sans hésiter, je revendique la dimension politique de mes livres - dimension qui n'aura échappé à personne, j'en suis sûr. Qu'un livre comme Le Choeur des femmes fasse écho aux "frustrations" du public, je n'en disconviens pas non plus. La frustration des femmes face à la manière dont tant de médecins les traitent mal et les maltraitent est grande.
En revanche, à l'évocation du caractère "manipulateur" de mon propos, qui "dénaturerait la réalité" pour flatter le public et lui proposer des solutions "simplistes", je me gratte la tête de nouveau.
Mon propos serait mensonger si je prétendais que certains de mes confrères sont des salauds en sachant pertinemment qu'il n'en est rien. Or, je sais pertinemment qu'ils le sont ! Il n'y a donc rien de mensonger (ni de manipulateur) à le dire (ou à le faire savoir). C'est anticonfraternel, certainement, mais c'est parfaitement conforme à la déontologie, qui veut qu'un médecin ne laisse jamais un autre médecin déconsidérer l'exercice médical. Certes, de leur point de vue, je déconsidère l'exercice médical en les dénonçant. Mais à mes yeux, ils déconsidèrent l'exercice médical en agissant comme des brutes. Il y a donc matière à débat d'idées, mais bizarrement, les confrères qui me trouvent démagogique ne veulent jamais débattre...
Enfin, est-ce que mon livre "flatte le public", "lui propose des solutions simplistes" et "fait appel à sa paresse intellectuelle" pour faire passer ses argumentations ?
Il serait sans doute "démagogique" de demander aux lecteurs/trices de répondre, je ne le ferai donc pas. Mais j'ai peine à croire que mes quatre romans médicaux (les trois suscités + La vacation) soient vraiment faits pour des "paresseux intellectuels". Six cents pages de texte serré et/ou de composition acrobatique, c'est une bien piètre stratégie pour convaincre des paresseux/ses de m'élire... pardon, de me lire.
"Manichéen"
Le manichéisme est une religion créée par le Perse Mani (ou Manès) au IIIe siècle ap. J.C. "Par dérivation et simplification du terme, on qualifie aujourd'hui de manichéenne une pensée ou une action sans nuances, voire simpliste, où le bien et le mal sont clairement définis et séparés."
Le bien et le mal ? Oui, bien sûr. L'éthique et la morale sont là pour débattre de ce qui est "bien" ou "bon" et de ce qui ne l'est pas. C'est tout le sens du Choeur des femmes. Il y a des comportements médicaux éthiques, d'autres qui ne le sont pas. Et c'est précisément de ça que Jean et Karma débattent.
Quant à savoir si ma définition du "bien" et du "mal" en médecine est "simpliste", il me semble que les six cents pages du livre (mais aussi de Sachs et des Trois médecins) démontrent que, même s'il existe des gens absolument malfaisants et des gens qui sont absolument dénués de méchanceté... la majorité de l'humanité (les deux héros inclus) n'est pas "toute bonne" ou "toute mauvaise", mais fait de son mieux (ou de son moins mal...) Enfin, je crois que c'est clair. Si ça ne l'est pas, cela signifie-t-il que je n'ai pas été assez simpliste pour que ce soit compréhensible par tout le monde ? Donc, pas assez démagogique ?
Alors, oui, finalement, si le Choeur des femmes n'est pas à proprement parler "démagogique" (il n'appelle pas vraiment à guillotiner les gynécologues maltraitants, il exhorte seulement - mais vigoureusement - les femmes et les intersexué(e)s, entre autres, à ne plus se laisser maltraiter) c'est sans doute un roman manichéen, puisqu'il énonce fermement qu'un médecin a l'obligation morale de "bien" se comporter dans l'exercice de son métier.
Cela dit, en y réfléchissant bien, si mes livres prônent le "manichéisme médical", dois-je vraiment en avoir honte ?
Je n'en suis pas certain. Surtout quand je lis ce résumé de la vie de Mani, toujours sur Wikipédia(1) :
Peintre visionnaire et philosophe, poète, musicien, médecin et consultant en développement personnel, Mani transmit une vision du monde et de la vie si puissante que son enseignement se répandit, de manière totalement pacifique, de l’Afrique à la Chine, des Balkans à la péninsule arabique.
"Totalement pacifique."
Tous les gynécologues non démagogues ne peuvent pas en dire autant...
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(1) Pourquoi j'utilise Wikipédia pour donner des définitions ? Parce que je suis démagogique et paresseux, pardi !
mercredi 23 septembre 2009
Bonne critique de livre détesté (Exercice d'écriture n°3)
Rédigez la critique/note de lecture d'un livre (roman, essai, livre pour enfant, ce que vous voulez - mais ça ne peut pas être un de mes livres) que vous détestez en expliquant au lecteur pourquoi il doit le lire quand même.
Vous devez faire ça en 1200 signes-zé-espaces (titre de l'article non inclus).
Date limite de remise, mercredi 30 septembre à minuit (heure de votre fuseau horaire).
Mise en ligne des textes à partir de samedi.
Vous devez faire ça en 1200 signes-zé-espaces (titre de l'article non inclus).
Date limite de remise, mercredi 30 septembre à minuit (heure de votre fuseau horaire).
Mise en ligne des textes à partir de samedi.
mardi 22 septembre 2009
Qui a le droit d'écrire ?
Une internaute m'écrit pour me demander si elle a le droit d'écrire ici, car elle a le sentiment que ce sont surtout des écrivains professionnels qui contribuent aux commentaires (ou aux exercices) ; elle me demande si "il y a des règles" et si elle a le droit de lire et d'écrire sur ce blog. Je lui réponds qu'à ma connaissance les intervenants écrivains professionnels sont en minorité et qu'il n'y a pas de règles.
Et ça me donne l'occasion de revenir sur quelque chose qui m'a longtemps pourri la vie, bien avant que je sois publié, et pendant un bon moment après qu'un de mes livres ait, pour la première fois, été lu par de nombreux lecteurs.
Longtemps, je me suis demandé si j'avais le "droit" de penser que j'étais écrivain.
"L'écrivain", pensais-je comme beaucoup de monde, "est un être à part. Le statut d'écrivain, on ne le décroche pas comme ça. Faut le mériter. On ne se décrète pas écrivain. Il faut au moins que ça soit décidé par une commission spéciale de l'Académie, ou quelque chose. Il faut que ça soit notoire et écrit dans les journaux. Il faut qu'un type comme Bernard Pivot (autrefois) ou François Busnel (en ce moment) le dise à la télévision en vous lançant un regard énamouré (si vous êtes, mettons, Juliette - pardon, Justine - Lévy) ou déférent (si vous êtes, au hasard, Philippe - pardon, Patrick - Poivre d'Arvor) - "Quand on lit votre livre on sait qu'on a affaire à un écrivain"... Bref, il faut que quelqu'un vous ait estampillé, et que ça ne soit ni votre mère, ni votre moitié, ni votre "gang" de copains/copines. Faut que ce soit O-FFI-CIEL."
Je ne dirais pas que, quand je pensais ça, j'étais "stupide" (ça voudrait dire que celles ou ceux qui le pensent le sont et que moi, je ne le suis plus) mais je dirai, sans hésiter, qu'on m'avait bourré le mou. A l'école, dans les journaux, à la radio, à la télé. Implicitement, on m'avait fait croire à quelque chose qui n'existe pas : le statut sacré de l'écrivain.
Il n'y a pas de statut sacré de l'écrivain, pas plus que pour les musiciens ou les acteurs ou les peintres. Il y a des personnes qui ont un goût ou des aptitudes pour une expression artistique et qui en font, ou non, un métier. Un de mes meilleurs amis est un pianiste extraordinaire. Mais il joue pratiquement toujours seul (ou avec des amis très proches) et ne donne jamais de concert. Mais il peut passer des heures à travailler une pièce de Schumann ou de Bach. Est-ce qu'il est "moins" musicien qu'un pianiste-concertiste professionnel ? A-t-il "moins le droit" de jouer du piano ? Non. Ce n'est, simplement, pas son métier. Jouer lui donne du plaisir (et en donne à ceux qui l'écoutent, croyez-moi), c'est la seule chose qui importe. Un autre de mes amis est médecin ET auteur-compositeur-interprète. Il joue et enregistre avec d'autres musiciens (qui ont un autre métier, car ça ne nourrit pas...). Et ils ont auto-produit leur premier disque. Vaut-il moins que le disque d'un chanteur publié par une grande maison ? A mes oreilles, non. Ce qu'il fait est beaucoup mieux que tout plein de chansons sans texte ni mélodie qu'on nous balance sur les ondes. Je suis bien content qu'il ne se demande pas s'il "a le droit" de composer et jouer.
Pour l'écriture, c'est encore plus vrai. Il y a plus de gens qui savent lire et écrire que de personnes qui savent lire la musique et en jouer.
Mais il en va de l'écriture comme de la musique : on ne publie pas comme ça, les éditeurs français ont beau être légion, ils reçoivent plus de manuscrits qu'ils ne peuvent en publier (et, si je peux me permettre cette opinion, la plupart en publie beaucoup trop...), ce qui rend la lisibilité de beaucoup de textes problématique. De plus, contrairement aux pays anglo-saxons, on publie peu de textes courts (nouvelles, poésie) en France, ce qui veut dire que ces formes qui, en Amérique ou en Angleterre, sont souvent des bancs d'essai pour nombre d'écrivains, n'existent pas ici.
Depuis quelques années, la possibilité de mettre des textes en ligne, sur un blog ou un site, a changé la donne. Un nombre très important de personnes écrivent et donnent à lire ce qu'elles écrivent.
Mais il faut avoir entendu ou lu ce que beaucoup (trop) de critiques et d'écrivains estampillés disent de l'écriture en ligne et des blogs. Le mépris et la méfiance à leur égard sont malheureusement très répandus en France, beaucoup plus qu'ailleurs. Toujours à cause de l'image sacrée de l'écrivain.
Est-ce que l'écriture en ligne a "moins de valeur" que l'écriture publiée ? Je n'en sais rien et à vrai dire ça ne me soucie pas. Je pense que c'est une question vaine. Et que cette question est significative d'une posture de classe.
Qui aurait donc le droit de dire "ça c'est bon, ça c'est mauvais" ? Sur quels critères ?
J'ai beau être un écrivain publié et lu (il y a des écrivains publiés qui ne le sont pas, et je mesure ma chance), je ne me sens pas de qualité particulière pour dire ce qui est bon ou ne l'est pas. Je peux dire "J'aime ou je n'aime pas, pour telle ou telle raison", mais c'est tout. C'est d'ailleurs ce que je fais pour parler des écrivains que je lis et que je n'aime pas. Je dis "Je n'aime pas et ça me tombe des mains", "ça m'a ennuyé", ou "c'est pas le genre de littérature qui me transporte". C'est subjectif, et ça ne concerne que moi. Car si des lecteurs ont aimé ce livre-là (ou aiment cet auteur-là), qui suis-je pour dire qu'ils ont tort ?
Je déteste entendre dire que Maurice Leblanc, qui était l'un des romanciers-feuilletonnistes les plus lus de son époque, "n'écrivait pas bien". Quand je le lisais, à l'adolescence, j'étais transporté par les aventures d'Arsène Lupin, qui me tenaient éveillé jusqu'au milieu de la nuit. Personne n'a le droit de dire qu'il n'écrivait pas bien, puisque, nom de dieu, il me faisait lire !!!! (Vous entendez l'ogre Winckler rugir, là, j'espère ?)
Etre critique littéraire est un exercice difficile. A mon humble avis, les critiques devraient avoir pour mission de faire lire des textes en expliquant pourquoi (du point de vue du/de la critique) ces textes sont riches et gratifiants à la lecture et peuvent faire le bonheur des personnes qui se risqueront à les lire. Ils ne devraient pas se contenter(comme je l'ai vu faire par plusieurs critiques parlant du Ciel de Bay City de Catherine Mavrikakis) de résumer le début d'un roman puis de parler des "qualités d'écriture" de l'auteur pour qu'on ne s'aperçoive pas qu'ils ne l'ont pas lu en entier.
Ils ne devraient surtout pas "sacrer" un écrivain avant même que son dernier livre soit disponible comme le digne héritier de Flaubert, Proust ou Marguerite Duras, comme s'il s'agissait de désigner les membres de dynasties ou de lignées aristocratiques. Ils devraient, en bons professionnels, faire leur boulot, c'est à dire donner envie de lire des livres (et donner les clés pour les apprécier) plutôt qu'encenser des auteurs. L'écrivain sacralisé, "autorisé" (aux deux sens du terme) est un pur produit de la pensée la plus bourgeoise.
C'est cette sacralisation, entretenue par une partie de la critique (mais aussi par bon nombre d'enseignants, de journalistes et d'intellectuels auto-proclamés, hélas !) qui entretiennent chez le plus grand nombre l'idée qu'un écrivain est un être rare.
Or, non seulement c'est faux, mais c'est aussi profondément méprisant pour ceux qui écrivent et ne publient pas ou qui publient mais restent dans l'ombre, et qui, tout publiés qu'ils soient, ont un autre métier (ce qui est le cas de l'immense majorité) et ne se sentent pas "sacrés" du tout.
Personnellement, je n'ai pas envie d'être qualifié de sacré. Ca pourrit les relations humaines.
Tout ça pour dire (maintenant que j'ai vidé mon sac) que tout le monde a le droit d'écrire. Certains ont la chance de - ou l'entregent nécessaire pour - être publiés. Est-ce que ça les rend plus "écrivains" que les autres ? Non. Ca les rend seulement plus visibles.
N'oubliez jamais, vous qui lisez ceci, que tous les éditeurs publient des livres pour gagner de l'argent (et c'est bien naturel : comment pourraient-ils publier d'autres livres, sinon ?) et que leurs critères ne sont pas toujours la "qualité littéraire", bien subjective, des textes qu'on leur propose. En matière d'édition, beaucoup d'éditeurs préfèreront toujours le "coup" juteux (comme, je dis ça au hasard, les amours pseudo-autobiographiques d'un président et d'une princesse) au roman disséquant la société au scalpel.
L'écriture est un mouvement ET un travail ET un jeu ET un plaisir ET un casse-tête pour ceux/celles qui s'y adonnent profondément, qu'ils le fassent toute la semaine ou seulement le dimanche. J'ai écrit La maladie de Sachs par épisodes, un chapitre à la fois, quand je n'avais pas de travail urgent (traduction ou article) à remettre, et ça m'a pris cinq ans. A l'époque, je doutais d'être un écrivain. Je me trompais. J'étais déjà un écrivain. Non parce que les muses de l'Olympe s'étaient penchées sur mon berceau, mais parce qu'écrire (ce bouquin ou mon journal ou des chroniques pour Télécâble Hebdo) était ma musique et le clavier, mon instrument. J'écoutais du jazz au casque, et j'avais le sentiment que le phrasé irrégulier de mon clavier faisait écho à celui de Bill Evans ou d'Oscar Peterson. J'ai eu la chance de pouvoir passer pro, puis de faire un livre/disque qui a très très bien marché. Et puis celle de toujours avoir eu des engagements pour donner mes concerts-livres suivants. Ca ne me rend pas un "meilleur écrivain" pour autant. Et puis "meilleur écrivain que qui, d'abord ?"
J'ai nommé ce lieu "blog pour "écrivants". Sur ce blog, qui n'est qu'une estrade au fond d'un bar enfumé, j'ai posé mon piano à écran et je joue pour qui veut écouter. Et toutes celles, tous ceux qui le désirent peuvent monter avec leur instrument, et participer à la jam-session.
A leur manière, avec leurs mots, leurs mots qui valent ce qu'ils valent, mais justement, ce sont les leurs. (Merci, Mama Béa.)
Et ils sont les bienvenus.
Et ça me donne l'occasion de revenir sur quelque chose qui m'a longtemps pourri la vie, bien avant que je sois publié, et pendant un bon moment après qu'un de mes livres ait, pour la première fois, été lu par de nombreux lecteurs.
Longtemps, je me suis demandé si j'avais le "droit" de penser que j'étais écrivain.
"L'écrivain", pensais-je comme beaucoup de monde, "est un être à part. Le statut d'écrivain, on ne le décroche pas comme ça. Faut le mériter. On ne se décrète pas écrivain. Il faut au moins que ça soit décidé par une commission spéciale de l'Académie, ou quelque chose. Il faut que ça soit notoire et écrit dans les journaux. Il faut qu'un type comme Bernard Pivot (autrefois) ou François Busnel (en ce moment) le dise à la télévision en vous lançant un regard énamouré (si vous êtes, mettons, Juliette - pardon, Justine - Lévy) ou déférent (si vous êtes, au hasard, Philippe - pardon, Patrick - Poivre d'Arvor) - "Quand on lit votre livre on sait qu'on a affaire à un écrivain"... Bref, il faut que quelqu'un vous ait estampillé, et que ça ne soit ni votre mère, ni votre moitié, ni votre "gang" de copains/copines. Faut que ce soit O-FFI-CIEL."
Je ne dirais pas que, quand je pensais ça, j'étais "stupide" (ça voudrait dire que celles ou ceux qui le pensent le sont et que moi, je ne le suis plus) mais je dirai, sans hésiter, qu'on m'avait bourré le mou. A l'école, dans les journaux, à la radio, à la télé. Implicitement, on m'avait fait croire à quelque chose qui n'existe pas : le statut sacré de l'écrivain.
Il n'y a pas de statut sacré de l'écrivain, pas plus que pour les musiciens ou les acteurs ou les peintres. Il y a des personnes qui ont un goût ou des aptitudes pour une expression artistique et qui en font, ou non, un métier. Un de mes meilleurs amis est un pianiste extraordinaire. Mais il joue pratiquement toujours seul (ou avec des amis très proches) et ne donne jamais de concert. Mais il peut passer des heures à travailler une pièce de Schumann ou de Bach. Est-ce qu'il est "moins" musicien qu'un pianiste-concertiste professionnel ? A-t-il "moins le droit" de jouer du piano ? Non. Ce n'est, simplement, pas son métier. Jouer lui donne du plaisir (et en donne à ceux qui l'écoutent, croyez-moi), c'est la seule chose qui importe. Un autre de mes amis est médecin ET auteur-compositeur-interprète. Il joue et enregistre avec d'autres musiciens (qui ont un autre métier, car ça ne nourrit pas...). Et ils ont auto-produit leur premier disque. Vaut-il moins que le disque d'un chanteur publié par une grande maison ? A mes oreilles, non. Ce qu'il fait est beaucoup mieux que tout plein de chansons sans texte ni mélodie qu'on nous balance sur les ondes. Je suis bien content qu'il ne se demande pas s'il "a le droit" de composer et jouer.
Pour l'écriture, c'est encore plus vrai. Il y a plus de gens qui savent lire et écrire que de personnes qui savent lire la musique et en jouer.
Mais il en va de l'écriture comme de la musique : on ne publie pas comme ça, les éditeurs français ont beau être légion, ils reçoivent plus de manuscrits qu'ils ne peuvent en publier (et, si je peux me permettre cette opinion, la plupart en publie beaucoup trop...), ce qui rend la lisibilité de beaucoup de textes problématique. De plus, contrairement aux pays anglo-saxons, on publie peu de textes courts (nouvelles, poésie) en France, ce qui veut dire que ces formes qui, en Amérique ou en Angleterre, sont souvent des bancs d'essai pour nombre d'écrivains, n'existent pas ici.
Depuis quelques années, la possibilité de mettre des textes en ligne, sur un blog ou un site, a changé la donne. Un nombre très important de personnes écrivent et donnent à lire ce qu'elles écrivent.
Mais il faut avoir entendu ou lu ce que beaucoup (trop) de critiques et d'écrivains estampillés disent de l'écriture en ligne et des blogs. Le mépris et la méfiance à leur égard sont malheureusement très répandus en France, beaucoup plus qu'ailleurs. Toujours à cause de l'image sacrée de l'écrivain.
Est-ce que l'écriture en ligne a "moins de valeur" que l'écriture publiée ? Je n'en sais rien et à vrai dire ça ne me soucie pas. Je pense que c'est une question vaine. Et que cette question est significative d'une posture de classe.
Qui aurait donc le droit de dire "ça c'est bon, ça c'est mauvais" ? Sur quels critères ?
J'ai beau être un écrivain publié et lu (il y a des écrivains publiés qui ne le sont pas, et je mesure ma chance), je ne me sens pas de qualité particulière pour dire ce qui est bon ou ne l'est pas. Je peux dire "J'aime ou je n'aime pas, pour telle ou telle raison", mais c'est tout. C'est d'ailleurs ce que je fais pour parler des écrivains que je lis et que je n'aime pas. Je dis "Je n'aime pas et ça me tombe des mains", "ça m'a ennuyé", ou "c'est pas le genre de littérature qui me transporte". C'est subjectif, et ça ne concerne que moi. Car si des lecteurs ont aimé ce livre-là (ou aiment cet auteur-là), qui suis-je pour dire qu'ils ont tort ?
Je déteste entendre dire que Maurice Leblanc, qui était l'un des romanciers-feuilletonnistes les plus lus de son époque, "n'écrivait pas bien". Quand je le lisais, à l'adolescence, j'étais transporté par les aventures d'Arsène Lupin, qui me tenaient éveillé jusqu'au milieu de la nuit. Personne n'a le droit de dire qu'il n'écrivait pas bien, puisque, nom de dieu, il me faisait lire !!!! (Vous entendez l'ogre Winckler rugir, là, j'espère ?)
Etre critique littéraire est un exercice difficile. A mon humble avis, les critiques devraient avoir pour mission de faire lire des textes en expliquant pourquoi (du point de vue du/de la critique) ces textes sont riches et gratifiants à la lecture et peuvent faire le bonheur des personnes qui se risqueront à les lire. Ils ne devraient pas se contenter(comme je l'ai vu faire par plusieurs critiques parlant du Ciel de Bay City de Catherine Mavrikakis) de résumer le début d'un roman puis de parler des "qualités d'écriture" de l'auteur pour qu'on ne s'aperçoive pas qu'ils ne l'ont pas lu en entier.
Ils ne devraient surtout pas "sacrer" un écrivain avant même que son dernier livre soit disponible comme le digne héritier de Flaubert, Proust ou Marguerite Duras, comme s'il s'agissait de désigner les membres de dynasties ou de lignées aristocratiques. Ils devraient, en bons professionnels, faire leur boulot, c'est à dire donner envie de lire des livres (et donner les clés pour les apprécier) plutôt qu'encenser des auteurs. L'écrivain sacralisé, "autorisé" (aux deux sens du terme) est un pur produit de la pensée la plus bourgeoise.
C'est cette sacralisation, entretenue par une partie de la critique (mais aussi par bon nombre d'enseignants, de journalistes et d'intellectuels auto-proclamés, hélas !) qui entretiennent chez le plus grand nombre l'idée qu'un écrivain est un être rare.
Or, non seulement c'est faux, mais c'est aussi profondément méprisant pour ceux qui écrivent et ne publient pas ou qui publient mais restent dans l'ombre, et qui, tout publiés qu'ils soient, ont un autre métier (ce qui est le cas de l'immense majorité) et ne se sentent pas "sacrés" du tout.
Personnellement, je n'ai pas envie d'être qualifié de sacré. Ca pourrit les relations humaines.
Tout ça pour dire (maintenant que j'ai vidé mon sac) que tout le monde a le droit d'écrire. Certains ont la chance de - ou l'entregent nécessaire pour - être publiés. Est-ce que ça les rend plus "écrivains" que les autres ? Non. Ca les rend seulement plus visibles.
N'oubliez jamais, vous qui lisez ceci, que tous les éditeurs publient des livres pour gagner de l'argent (et c'est bien naturel : comment pourraient-ils publier d'autres livres, sinon ?) et que leurs critères ne sont pas toujours la "qualité littéraire", bien subjective, des textes qu'on leur propose. En matière d'édition, beaucoup d'éditeurs préfèreront toujours le "coup" juteux (comme, je dis ça au hasard, les amours pseudo-autobiographiques d'un président et d'une princesse) au roman disséquant la société au scalpel.
L'écriture est un mouvement ET un travail ET un jeu ET un plaisir ET un casse-tête pour ceux/celles qui s'y adonnent profondément, qu'ils le fassent toute la semaine ou seulement le dimanche. J'ai écrit La maladie de Sachs par épisodes, un chapitre à la fois, quand je n'avais pas de travail urgent (traduction ou article) à remettre, et ça m'a pris cinq ans. A l'époque, je doutais d'être un écrivain. Je me trompais. J'étais déjà un écrivain. Non parce que les muses de l'Olympe s'étaient penchées sur mon berceau, mais parce qu'écrire (ce bouquin ou mon journal ou des chroniques pour Télécâble Hebdo) était ma musique et le clavier, mon instrument. J'écoutais du jazz au casque, et j'avais le sentiment que le phrasé irrégulier de mon clavier faisait écho à celui de Bill Evans ou d'Oscar Peterson. J'ai eu la chance de pouvoir passer pro, puis de faire un livre/disque qui a très très bien marché. Et puis celle de toujours avoir eu des engagements pour donner mes concerts-livres suivants. Ca ne me rend pas un "meilleur écrivain" pour autant. Et puis "meilleur écrivain que qui, d'abord ?"
J'ai nommé ce lieu "blog pour "écrivants". Sur ce blog, qui n'est qu'une estrade au fond d'un bar enfumé, j'ai posé mon piano à écran et je joue pour qui veut écouter. Et toutes celles, tous ceux qui le désirent peuvent monter avec leur instrument, et participer à la jam-session.
A leur manière, avec leurs mots, leurs mots qui valent ce qu'ils valent, mais justement, ce sont les leurs. (Merci, Mama Béa.)
Et ils sont les bienvenus.
lundi 21 septembre 2009
Haïkus - par Anne-la-bibliothécaire
Lune au zénith
Sous ses rayons
J'attends
Peur de l'heure unique
Par paire je meurs
Reviens
Pensée solitaire
Pousse cette porte
Minuit attend
Anne-la-bibliothécaire
dimanche 20 septembre 2009
Réveils ("Contretemps", dernière) - par Lilian Saint-Gaudin
Comme je n'avais pas donné de date limite pour l'exercice "Contretemps", je publie celui-ci, mais c'est la dernière fois, hein ? Maintenant, faut faire les autres. Et pas dépasser la date limite, hein ? Hein ? Sinon je vais pas m'en sortir, moi... ;-) (MW)
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C’est la pluie qui le réveilla.
Il sortait tout juste de la réunion de coordination du groupe marketing d’ASSUR’TOU, et c’est en sortant de l’immeuble que la pluie s’abattit sur le trench dans lequel il se croyait protégé des éléments, transformant sa raie sur le côté, il le voyait d’un œil fatigué dans une vitre, en placard qui lui tombait de tous les côtés à la verticale.
La pluie l’imbiba aussitôt et sa noyade lui rappela ce qu’il venait de se passer : Giles Gerti, son manager venait littéralement de l’humilier devant l’équipe entière. Il le voyait à ses collègues qui en sortant évitaient son regard.
« Et c’est avec des idées pareilles que tu veux lancer la campagne qui est censée relancer la branche assurance-vie? Non mais ce sont des idées de branleur, ça ! Et tu as 15ans de boîte ? T’as toujours des idées du même type ? Non mais continue comme ça et tu finiras dans un placard quelconque où tu pourras faire office d’étagère. Là au moins, pas besoin d’idées » Il avait baissé la tête et cherché à cacher une larme. Elle ne passa pas inaperçue. La suite de la réunion fut longue et aveugle. Il ne se réveilla que sous la pluie.
En hiver à la sortie des bureaux, c’étaient les lumières qui dominaient, des halos partout qui tentaient inutilement de se cacher derrière la brume. D’habitude il trouvait ça plutôt gai : Noël approchait. Mais là il était complètement…à côté. Et son manteau qui ne lui servait à rien. Il le retira lentement pour le poser par terre passant sa mallette d’une main à l’autre. Sa mallette…elle dérangeait d’ailleurs ; il la posa alors sur son manteau et se cala les mains dans les poches. Il voulait perdre ses larmes et leva son visage cers le ciel.
Il ne pleurait plus, il s’en aperçu immédiatement. La pluie, le ciel le soutenaient. Il ne pouvait plus pleurer. Il était réconforté. L’eau était avec lui. C’était lui qui l’avait appelée. Et s’il lui commandait. Un sourire se dessina entre les lampadaires du parvis. Quel con, il le savait, pas lui mais Giles. Comment avait-il pu ? Comment s’était-il adressé à lui ?
Il se dirigea vers l’entrée du RER comptant les gouttes qui s’abattaient sur ses pommettes. Demain il lui ferait voir, il lui rabattrait sa jeunesse, ses certitudes, son école d’arriviste, son management qui fleurait bon le dégraissage et le suicide de masse. Le bruit sur la vitre de son wagon ne faisait que confirmer sa certitude : chaque goutte était un point d’exclamation à sa révélation : c’était fini tout ça. Le chemin qui luisait sous ses pas, reflétait sa célébration que lui rendaient les lampadaires. Et en se couchant la même idée l’amenait vers son sommeil lumineux. Enfin !
C’est la pluie qui le réveilla.
15 minutes avant la sonnerie du réveil. Il se leva avec une impression de martellement. Le vent projetait la pluie sur les vitres de son appartement. Les lumières sur le trottoir n’arrivaient pas à révéler les employés plus matinaux que lui qui se protégeaient tant bien que mal sous leur parapluie à contre-sens.
Il posa son front contre la vitre et se vit dehors, dans une heure subissant les éléments. Certainement que son pardessus et sa mallette étaient à l’accueil peut-être trouvés par le vigile. Comment allait-il expliquer qu’il les avait oubliés devant l’immeuble ? Il espérait que Giles ne serait pas de trop mauvaise humeur aujourd’hui. Il se leva prendre sa douche.
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C’est la pluie qui le réveilla.
Il sortait tout juste de la réunion de coordination du groupe marketing d’ASSUR’TOU, et c’est en sortant de l’immeuble que la pluie s’abattit sur le trench dans lequel il se croyait protégé des éléments, transformant sa raie sur le côté, il le voyait d’un œil fatigué dans une vitre, en placard qui lui tombait de tous les côtés à la verticale.
La pluie l’imbiba aussitôt et sa noyade lui rappela ce qu’il venait de se passer : Giles Gerti, son manager venait littéralement de l’humilier devant l’équipe entière. Il le voyait à ses collègues qui en sortant évitaient son regard.
« Et c’est avec des idées pareilles que tu veux lancer la campagne qui est censée relancer la branche assurance-vie? Non mais ce sont des idées de branleur, ça ! Et tu as 15ans de boîte ? T’as toujours des idées du même type ? Non mais continue comme ça et tu finiras dans un placard quelconque où tu pourras faire office d’étagère. Là au moins, pas besoin d’idées » Il avait baissé la tête et cherché à cacher une larme. Elle ne passa pas inaperçue. La suite de la réunion fut longue et aveugle. Il ne se réveilla que sous la pluie.
En hiver à la sortie des bureaux, c’étaient les lumières qui dominaient, des halos partout qui tentaient inutilement de se cacher derrière la brume. D’habitude il trouvait ça plutôt gai : Noël approchait. Mais là il était complètement…à côté. Et son manteau qui ne lui servait à rien. Il le retira lentement pour le poser par terre passant sa mallette d’une main à l’autre. Sa mallette…elle dérangeait d’ailleurs ; il la posa alors sur son manteau et se cala les mains dans les poches. Il voulait perdre ses larmes et leva son visage cers le ciel.
Il ne pleurait plus, il s’en aperçu immédiatement. La pluie, le ciel le soutenaient. Il ne pouvait plus pleurer. Il était réconforté. L’eau était avec lui. C’était lui qui l’avait appelée. Et s’il lui commandait. Un sourire se dessina entre les lampadaires du parvis. Quel con, il le savait, pas lui mais Giles. Comment avait-il pu ? Comment s’était-il adressé à lui ?
Il se dirigea vers l’entrée du RER comptant les gouttes qui s’abattaient sur ses pommettes. Demain il lui ferait voir, il lui rabattrait sa jeunesse, ses certitudes, son école d’arriviste, son management qui fleurait bon le dégraissage et le suicide de masse. Le bruit sur la vitre de son wagon ne faisait que confirmer sa certitude : chaque goutte était un point d’exclamation à sa révélation : c’était fini tout ça. Le chemin qui luisait sous ses pas, reflétait sa célébration que lui rendaient les lampadaires. Et en se couchant la même idée l’amenait vers son sommeil lumineux. Enfin !
C’est la pluie qui le réveilla.
15 minutes avant la sonnerie du réveil. Il se leva avec une impression de martellement. Le vent projetait la pluie sur les vitres de son appartement. Les lumières sur le trottoir n’arrivaient pas à révéler les employés plus matinaux que lui qui se protégeaient tant bien que mal sous leur parapluie à contre-sens.
Il posa son front contre la vitre et se vit dehors, dans une heure subissant les éléments. Certainement que son pardessus et sa mallette étaient à l’accueil peut-être trouvés par le vigile. Comment allait-il expliquer qu’il les avait oubliés devant l’immeuble ? Il espérait que Giles ne serait pas de trop mauvaise humeur aujourd’hui. Il se leva prendre sa douche.
Haïkus - par Martine Bourguignon
Une étoile luit
dans les ténèbres de l'ennui,
ton sourire évanoui.
The torch is out,
And I wander alone
Through the dark lanes of grief
All the lights fade out
When you are away
And I stumble, my love.
dans les ténèbres de l'ennui,
ton sourire évanoui.
The torch is out,
And I wander alone
Through the dark lanes of grief
All the lights fade out
When you are away
And I stumble, my love.
Haïkus - par Younes Jama
Haïku (nuit)
de l'étreinte
souvenirs troublants
le rai n'est plus
Haïku (absence)
l'âme qui s'en va
mystique à souhait
le vent mime
de l'étreinte
souvenirs troublants
le rai n'est plus
Haïku (absence)
l'âme qui s'en va
mystique à souhait
le vent mime
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