jeudi 19 septembre 2013

Les femmes qui n'ont pas été aimées depuis longtemps - par Mathilde

(Suite de "Les Filles comme moi...") 



Septembre 2013


Tu m'embrasses, l'écrivain. Tu m'embrasses dans le cou chaque fois que tu m'écris.
Les femmes qui n'ont pas été aimées depuis longtemps redeviennent des jeunes filles. Une innocence reconstituée à mesure que le désamour détricote la force qu'elles ont mis une vie à espérer bâtir.
Tu m'embrasses l'écrivain. Cela suffit à envahir mes nuits. De prégnants songes sans véritable sommeil. Nuit entière de peau. Des mots aux sensations, plus vives que réelles. Le matin, l'impression d'avoir vécu. Tu m'as embrassée l'écrivain. Tes lèvres sur les miennes.
Je me souviens.
La mémoire des femmes qui n'ont pas été aimées depuis longtemps surgit. Le diablotin. Un sursaut. Un éclat. Un mot suffit pour libérer les millions de papillons séquestrés. On les croyait morts. Pire, envolés. Ils auraient fuit par trop de déconvenues.
Ici personne n'aimera plus. Jamais.
Une seule fonction. Celle du corps qui consentira à vibrer encore. Un homme qui passera par là.
La survivance des sens qui ne veulent pas mourir avec l'âme.

Tu m'embrasses dans le cou. Parce que tu es loin.
L'écrivain sait-il que c'est pire que n'importe quelle nuit?
Qui sait que cela fera plus facilement perdre la raison que mille mots, autant de gestes d'amour auxquels les femmes qui n'ont pas été aimées depuis longtemps ne croient plus ?
Tu m'embrasses dans le cou pour que je brûle de promesses que tu ne m'as jamais faites.
Tout un art...
Tu le sais toi, l'écrivain. Tu le sais mieux que quiconque parce que tu es écrivain et que tu écris pour cela. Pour que les femmes qui n'ont pas été aimées depuis longtemps se pâment. Pour que tes mots aillent remplir les vides, s'infiltrer dans les plus minces interstices du manque. Elles ne peuvent ainsi plus se passer de tes simples petits mots de rien du tout qui les ébranlent, ces pauvres femmes qui n'ont pas été aimées depuis longtemps.
Tu sais que c'est ce qu'il faut dire. Tu sais qu'il faut l'écrire pour que je reste accrochée à ta réserve.
Tu y réussis. Mais tu ne sais pas.
Tu ne sais pas parce que cela t'arrange de continuer de l'ignorer. Tes paumes fermement collées sur tes oreilles. Comme les enfants qui ne veulent pas entendre. Qui crient plus fort.
Les frissons n'ont pas encore tué ma fierté. L'on peut ne pas avoir été aimée depuis longtemps et être encore. Tous. Toutes refusent de le croire. De le voir.
L'amour est bête, l'amour est le plus sûr chemin vers le ridicule. Il nous fait tomber plus haut que terre.
Pourtant.
Pendant que j'attends ces baisers dans le cou, je reste la même. Je m'évertue.
L'écrivain. Tu me pousses à être. Encore plus. Tu n'avais pas pensé à ça. Je t'en remercierais presque.
Ma tête me rappelle à l'ordre.
Le frisson. La raison. Le combat que je mène encore. Une guerre que je te livre, que je me livre.
J'existe en ça aussi l'écrivain. Tu ne le sais pas parce que cela te demanderait l'effort de la reconnaissance. L'effort de te rappeler que les écrivains sont souvent des hommes qui n'ont pas été ignorés depuis longtemps.
Tu préfères ne pas y penser. Je te comprends. Tu préfères ne pas y penser et déployer tes ailes de fatuité. Pour t'envoler, l'écrivain.
T'envoler le plus haut possible en m'emportant avec toi, précaire arrimage à un, deux, trois mots. Un, deux, trois baisers. Tu ne peux voler seul. Tu ne sais voler seul.
Tu bats des ailes, tu m’envoles avec toi. Tu m'emportes, alors tu es bien.
Les mots sur le clavier.
Ta spécialité.
La mienne aussi. Tu n'y penses même pas. Au-dessus du vide, je pressens les attaches défectueuses.
Les femmes qui n'ont pas été aimées depuis longtemps n'ont peur de rien. Peur de tout.
Ça peut faire rire. Ça fait souvent rire.
C'est pour ça que je ne dis rien.
La honte.
Honte, d'être là, si haut. Pendue à tes mots. Une corde de rien à mon cou. Solidement nouée. Ce cou sur lequel tu déposes tes baisers.
Tu m'embrasses dans le cou. Tu es écrivain. Tu sais l'écrire.
Tu me parles de mes yeux alors que je sens mes forces s'épuiser.
J'ai peur. Je vais tomber. Je te le dis.
Tes beaux yeux bleus...
Retiens-moi, je vais lâcher.
Tes beaux  yeux bleus...
Le vent dans tes ailes t'empêchent de m'entendre. Je crie à demi-mots. Je sais faire moi aussi.
Tes beaux yeux bleus...
Écoute l'écrivain ! Au lieu de me regarder et de vouloir que je me taise.
Tes beaux yeux bleus...
Tu parles tout seul. Tu t'adresses à ton désir de plaire, tu admires le regard que je porte sur toi.

Le bleu de mes yeux comme un bâillon. Des yeux aveugles sous prétexte que les femmes qui n'ont pas été aimées depuis longtemps plient sous le premier compliment venu. C'est ce qui est drôle l'écrivain.
Le pouvoir de l'auto-dérision. Aussi.
Les films de mes heures volées. Je riais plus jeune de la mythique réplique de Jean Gabin.
À moi, on ne la fera jamais !
Punie d'avoir su si tôt ?
Ce fut toujours les premiers mots que j'entendis.
Ce qui est plus drôle encore, c'est cette oreille que tu gardes sourde à ce que j'y hurle avec adresse.
Peut-être as-tu compris en revanche que je n'étais point femme à forcer les barrages. Trop fière.
Tu bats des ailes, pénétré d'une sérénité toute offerte à tes pieds. Tu jouis peut-être, de te sentir si fort. Cet amour-là te suffit. Celui que tu insuffles pour que l'autre te le porte.
Et qu'ensuite, tu peux refuser.
Tu aimes l'amour. Tu me le dis. Tu me l'écris.
Pour faire de moi ton obligée.
Obligée d'une satisfaction de pacotille. Une dose. « Je pense au bleu de tes yeux ».
Ma dose. Très vite, j'en veux encore. J'en veux plus.
Ton pouvoir s'oppose à ma naissante dépendance. C'est ici que les choses s'arrêtent.
Susciter le désir. L'entretenir ensuite.
C'est ça hein, l'écrivain ?
T'oublier dans ce désir de plaire, que la reconnaissance de tes pairs ne suffira pas à contenter. T'oublier jusqu'à salir de tes propres mots les valeurs que tu prônes. Puisque l'on t'écoute.
Puisque partout où tu passes, on t'écoute.
Je suis cet être humain que tu aimes comme ton frère. Je suis cet homme que tu entends défendre avec tes mots.
Opprimée par tes soins. Par ton amour de l'amour. Dépendance.
L'on sous-estime les femmes qui n'ont pas été aimées depuis longtemps. Des proies faciles. 
Pourtant, mes yeux, dont la couleur a si peu d'importance, sont grand ouverts. Des yeux qui acceptent d'être aveugles juste pour entendre les mots d'un sourd.
Je t'aime malgré ça, l'écrivain. Parce que je te reconnais.
Je t'aime parce que nous sommes mêmes. L'arrogance joue dans tous les camps. Et l'on en change si vite !
Je te veux mon égal. Je me réclame de la même déficiente humanité. 
Nous aimons comme nous souffrons. La sagesse n'existe qu'aux yeux de ceux qui se protègent.
Je veux que mes mots triturent mon propre ventre.
Entends-moi, l'écrivain.
Regarde-moi dans les yeux et non dans les tiens. 

Après cela, seulement, je te laisserai me tourner le dos.

samedi 31 août 2013

Les filles comme moi - par Mathilde

Mathilde - c'est un pseudo - est une correspondante internaute de longue date. Elle m'a envoyé le texte qui suit et je lui ai tout de suite proposé de le publier. Il vaut la peine d'être lu par beaucoup. Disclosure : Non, l'écrivain dont il est question dans le texte, c'est pas moi... :-) 

MW 

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Je suis assise à côté de toi.
Tu t'es assis à côté de moi. Tu as dit : « Je vais m’asseoir à côté de Mathilde». Chacune le sien, c'est ça ?
La première fois, quelques jours auparavant, tu as parlé de mes yeux. Parce qu'ils sont bleus.
La première fois, c'était la première fois. L'écrivain, c'était toi. Tu ne pouvais pas savoir.
La première fois, je remarque ta prévenance. Ta chaleur est bonne à prendre.
La première fois, heureuse d'être là déjà.
Nous sommes deux femmes à vos côtés. L'une vous connaît. Je suis l'autre.
Mes preuves à faire. Je suis celle qui est avec.
Tu ne tardes pas à parler d'amour, d'amitié. « Mathilde, je t'enverrai un livre. Un livre magnifique ».
Dans ton pays, il fait chaud. On aime et on le dit.
Le cœur qui s'ouvre même si tu m'aimes un peu vite.
M'a-t-il vue ? Quelqu'un me verra-t-il ? Un écrivain en est-il capable ?
La force qui revient, galopant. Un écrivain. Il me regarde.
Les écrivains mentent. Ce n'est pas faute de le savoir. Les écrivains parlent comme leurs livres. Je les ai déjà entendus. Les écrivains écrivent au fur et à mesure qu'ils parlent parce qu'alors les filles comme moi les aiment.
Les écrivains attirent les filles comme moi.
Les écrivains tiennent en leurs mains, en leur bouche, un monde meilleur.
Tes livres sont pleins de cet enchantement qu'il ne faut pas perdre. Tu cries l'amour que tu lui portes, à lui et ses âmes. Je t'écoute. Je ne sais si je peux te croire. Tu parles d'amour trop vite.
Mais les filles comme moi ne demandent qu'à croire. Dans mes yeux bleus doit se lire mon désir de plaire. Encore. L'on n'y voit moins certainement mes espérances et mon dépit.
Tu en vois tellement des filles comme moi. C'est peut-être si simple.
Tu ne me connais pas.
Tu ne sais pas que je réfléchis pendant que tu parles.
Tu n'envisages pas mes doutes alors que tu me demandes si je n'ai pas froid, alors que tu me sers un verre avant même qu'il ne soit vide, que le cendrier est devant moi à peine ai-je commencé à le chercher des yeux.
Tu me fais rire. Tu nous fais rire.
Je suis bien. Tu es intelligent.
Et tu es écrivain.
Le doute se fait silencieux. Je plonge doucement. C'est si bon.
Le vin, l'exception, l'envie de se laisser aller.

La deuxième fois. Quelques jours plus tard. Tu es écrivain. Encore.
Mes yeux sont bleus. Encore. Je les ai pris avec moi.
Entre cette première et cette deuxième fois, l'empreinte a fait son œuvre.
Les filles comme moi pensent beaucoup.
Ton envie de me revoir me porte.
Porteuse de promesse. Peu importe quoi, je me sens devenir prête à tout.
L'audace s'est engouffrée en quelques jours. Tu sens bon. Tu es écrivain.
L'imagination gambade, la crainte murmure. L'inconnu qui fait moins peur.
Un sentiment nouveau. Une revanche sur les trop nombreux autres. Je veux vivre !!!
Le mérite éprouvé après le sacrifice, l'humiliation. Le mérite d'être là, près de toi. L'écrivain.
Toi, tu n'as qu'à me servir, me demander encore et encore si je n'ai pas froid. L'écrivain est serviable. L'écrivain sait vivre. L'écrivain plaît forcément aux femmes.
Tu as dû te dire que j'étais ce genre de filles. Celles qui aiment les écrivains. Qu'il n'était point besoin d'en faire plus. C'était gagné. L'admiration.
J'écoutais, je riais, je fumais, je buvais.
Conquête.
Le lettré a conquis la femme aux yeux bleus.
L'écrivain a trouvé auditoire. Tu ris moins que lors de la première fois. Tu lis. Tu aimes lire.
Les autres que moi ne t'écoutent pas. Ils rient. L'alcool fait son œuvre. Il est tard.
J'écoute parce que je suis polie. Je t'écoute parce que j'ai compris. Parce que les filles comme moi écoutent. On est à peu près certains qu'elle écouteront toujours. Tu le sais, toi. L'écrivain.
Je te regarde souvent. Je te trouve beau. J'imagine que tu pourrais m'embrasser dans le cou et que ça pourrait me plaire.
Vous parlez littérature. Je ne dis rien.
Vous devisez sur sa force, sa place dans le monde, sa place dans les hommes.
Si une fille comme moi n'était pas à votre table, peut-être n'en parleriez-vous pas de la même façon.
Je ne dis rien.
Pourtant.
Je fume, je bois. J'écoute.
Tu es toujours à côté de moi. L'écrivain. Je sais à présent.
Je sais à présent que tu ne me poseras pas la question. Je ne l'attends plus. Des mots affleurent mes lèvres quand vous parlez sans moi. Vous ne savez pas.
Vous ne savez pas. Tu ne sais pas. Toi qui me parles d'amour aussi simplement que je ne le ferai jamais, tu ne me l'as pas demandé.
Je vous regarde parler. Je me regarde. J'admire de loin ma patience, ma faculté à souffrir en souriant.
Tu ne sais pas et tu ne sauras pas. Je devrais ne pas t'écouter lorsque tu lis. Comme les autres. Mais je t'écoute parce que la situation tutoie le ridicule. Personne n'est à l'abri. Les filles comme moi n'aiment pas causer de peine.
Surtout aux écrivains.
J'ai envie de rentrer. Vous nous proposez de rester. Ce serait plus raisonnable. Chez nous, c'est loin.
Non merci.
Tu insistes. Ils insistent.
Je conduirai.
Il aurait peut-être suffi à ce moment-là que tu me le demandes. Pour que je reste. Peu importe ce qui se serait passé. Là n'était pas l'important.
Tu ne me l'as pas demandé.
Vous nous raccompagnez jusqu'à la voiture. Tu m'embrasses très chaleureusement.Tes lèvres s'attardent sur mes joues, tes mains serrent mes épaules.
Oui, je t'écris. Oui, l'écrivain. Je t'écris pour te dire comme je t'aime moi aussi, quelle rencontre extraordinaire fut la nôtre. Je t'écris parce que les filles comme moi écrivent aux écrivains. Je t'écrirai puisque tu le veux. Bien davantage que moi.
J'irai jusqu'au bout de mon rôle.
De l'indulgence. Tu ne sais plus comment il convient de faire.
De l'amertume. Pas tant que ça. Parce que je vais te le dire même si tu ne me l'as pas demandé.
Ce que je fais dans la vie ?

J'écris.

lundi 19 août 2013

Shéhérazade en noir : Edward D. Hoch - par Martin Winckler

à Danièle Grivel et Roland Lacourbe 

J'ai toujours lu des nouvelles policières. Je piquais Hitchcock Magazine à ma mère ; l'un de mes premiers achats fut une anthologie de Bergier et Sternberg intitulée Les chefs-d'œuvre du crime (je l'ai toujours) ; j'ai lu cent fois les Confessions d'Arsène Lupin, Les Mémoires de Sherlock Holmes, les Histoires Mystérieuses d'Isaac Asimov. J'aimais l'exposition rapide, le ton immédiatement perceptible, les personnages bizarres, l'action imprévisible, la chute sèche ou grinçante.

Pour un garçon qui s'escrimait à écrire, la nouvelle était un modèle à suivre, un objectif réaliste, tandis que les voyages extraordinaires de Jules Verne, les anticipations de H.G. Wells et les systèmes d'horlogerie sophistiqués d'Agatha Christie me paraissaient hors d'atteinte. C'est donc en suivant les traces de mes nouvellistes préférés que j'ai commencé à écrire ; à l’adolescence, en Amérique, en même temps que j'apprenais à taper à la machine, j'écrivis plusieurs nouvelles en anglais ; pendant mes études de médecine, un texte de Theodore Sturgeon intitulé "Suicide" fut ma première traduction littéraire ; et mon premier texte de fiction achevé, "Spectacle Permanent", fut accueilli en 1987 par deux nouvellistes chevronnés, Claude Pujade-Renaud et Daniel Zimmermann, dans leur revue Nouvelles Nouvelles.

J'ai, depuis toujours, un faible (c'est peu dire) pour un genre particulier : le "crime impossible" et en particulier l'énigme en chambre close. En 1985 et 1988, l'anthologiste, écrivain et critique Roland Lacourbe publie deux anthologies sur ce thème - les premières d'une longue série. Je serai un de ses fidèles lecteurs et - plus tard, son correspondant, son ami et le traducteur de quelques textes pour ses recueils. Parmi tous les auteurs qu'il m'a fait découvrir, le plus marquant, le plus attachant se nomme Edward D. Hoch. Ses nouvelles sont souvent très courtes, son style sec et efficace, ses constructions diaboliques, son intelligence et son humour noir délectables. Presque exclusivement nouvelliste, Hoch avait pour spécialité le crime impossible, sous toutes ses formes : assassinat dans une pièce close ou inaccessible, défenestration d'un PDG qui met quatre heures pour tomber du vingt-et-unième étage, strangulation d'un parachutiste au cours d'un saut en solo. Il avait aussi le don de créer des personnages hauts en couleur : Nick Velvet, le cambrioleur qui dérobe, sur commande, des choses apparemment absurdes – le tigre d'un zoo, l'eau d'une piscine, une toile d'araignée, le journal de la veille … ou la poussière d’une pièce vide ; Simon Ark, le prêtre copte âgé de 2000 ans qui enquête sur des événements en apparence surnaturels ; Jeffery Rand, l'agent secret spécialiste des codes secrets ; Ben Snow, détective au temps de la conquête de l'Ouest. Parfois, au détour d'une nouvelle, ses personnages se rencontrent…

J'ai une affection particulière pour le capitaine Leopold, officier de police désabusé qui, dans une ville sans nom du Connecticut, se penche sur des crimes d'apparence banale. Hoch n'est jamais simpliste, et ces histoires sont toutes d'une grande finesse psychologique et imprégnées d'une profonde humanité. J'ai trouvé la même humanité, mêlée de désespoir, dans deux recueils de ses nouvelles noires, inédits en France, The Night My Friend et People of the Night. Hoch s'y montre l'égal discret mais puissant d'un William Irish ou d'un James M. Cain.

Le personnage d'Ed Hoch qui m'est le plus proche, ça ne surprendra personne, est un médecin de campagne, Sam Hawthorne, qui vit à Northmont, bourgade imaginaire de Nouvelle-Angleterre. Le charme de ses enquêtes de détective amateur réside bien sûr dans leur cadre (les victimes et les assassins sont ses patients et ses voisins) mais découle aussi de leur déclinaison en chronique : la première des soixante-douze enquêtes du bon docteur se déroule en 1922, année de son installation ; la dernière en octobre 1944. Toutes ont pour trame de fond des faits historiques et sont racontées au coin du feu par le vieux praticien, un verre de brandy à la main, à un auditeur anonyme qui pourrait être vous ou moi.

Intelligent, chaleureux, concis, précis et toujours surprenant, Hoch était considéré comme un "grand maître" par les auteurs, amateurs et critiques du genre. Mais il reste un écrivain rare. Une dizaine de recueils sont disponibles en langue anglaise ; sans Roland Lacourbe qui l'accueillit dans toutes ses anthologies, et rassembla quinze nouvelles dans Les Chambres closes du Dr Hawthorne (Rivages), il serait resté ignoré en France. Malgré cela, des deux côtés de l'Atlantique, son œuvre discrète mais impressionnante reste en grande partie méconnue. Il détient un record : celui d'avoir vu figurer chaque mois, pendant trente-cinq ans (de 1973 à 2008, année de sa mort), un texte inédit au sommaire de l'Ellery Queen's Mystery Magazine et publia de son vivant neuf cent cinquante nouvelles. Je ne pourrai jamais les lire toutes, et j'en suis heureux : tant que je vivrai, j'aurai ses presque mille et une nuits noires à découvrir.



Rivages rééditent Les Chambres closes du Dr Hawthorne au format de poche. Lisez-les, vous m'en direz des nouvelles ! 

NB : Ce texte a paru dans les pages du Monde à l'été 2012. 




lundi 15 juillet 2013

I remember Charlie Stainer - by Marc Zaffran (AFS WP '73)

Note : The text, in English, follows this Introduction in French.


En 1972-73 j'ai passé une année à Bloomington (Minnesota) chez les Stainer : Charlie, Betty, Chuck, Juno et Jimmy grâce à l'association AFS-Vivre sans frontières. J'ai beaucoup parlé d'eux - et principalement de ma relation avec Betty - dans Légendes (P.O.L, 2002). Betty nous a quittés en 2003. Sa fille, Juno, a disparu en 2009, bien trop jeune. Il y a quelque jours, j'ai appris la disparition de Charlie à l'âge de 88 ans. J'ai écrit un texte de souvenirs pour sa famille, il sera lu à ses obsèques le mardi 16 juillet. 
Mar(c)tin 

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In 1972-73 I was an AFS foreign exchange student in the US of A and spent a year with the Stainers (Charlie and Betty and their children Chuck, Juno and Jimmy). That year, and my relationship with Betty was a big part of my Memoir, Légendes (Paris, P.O.L, 2002). Betty passed away in 2003. Her daughter, Juno/Esther, died at a much too early age in 2009. A few days ago I heard that Charlie has died at the age of 88. I wrote down a number of memories of him for his family. 


I remember Charlie Stainer 

When the Stainers were interviewed by the AFS Team after they applied to the exchange student program, they were asked if they would mind hosting a boy from a wine-drinking country - say, France, and if they might allow him to drink wine. Charlie said : « Under one condition. He can’t drink wine alone. He has to drink with me. »  I wasn’t there to witness it, of course, but I can distinctly remember Charlie telling me the story. And laughing.

I remember his laughter. There was always something both innocent and mischievous in it.

The Stainers got their own French exchange student, and it was me, but I didn’t drink much wine at the time, I drank 7-Up. Charlie did too. One day, he came back with groceries, showed me a 6-pack of 7-Up and said « There are a few strict rules in this house, and you must always remember this one : Never drink the last bottle of 7-Up. » It was a hard rule, but I stuck to it. I even made it a rule in my house once I had kids old enough to guzzle down soft drinks.

I remember how impressed I was to see two phone lines at the Stainers’ house. One line dedicated to the kids’ use. I thought this was a marvelous proof of good parenting. When I told Charlie, he laughed and said : « Naah ! I’m just being practical. You kids are spending hours on the phone talking to your friends. If the guys back at the Airbase need to call me, I don’t want you on my line. » A good lesson, again. I haven’t forgotten it either. When I started working as a Country Doctor, in the early 80s, I had two phone lines installed at home – one for patient calls, one for family and friends. My family and friends thanked me. I said : « Thank Charlie ».

I remember Charlie said « Yellow ! » when he answered the phone and I can still picture him standing in the kitchen in the house on 86th St., and the very personal way he held the receiver against his ear.

I remember his coolness and calm when he drove the station-wagon and turned the wheel with one finger. Or seemed to do so.

I remember how helpful and caring he was with their neighbors and friends.

I remember he told me about the incident that made his hair turn white. He was a young sailor on a Navy ship, they had been struck by a shell and a fire broke out next to his station. He was stuck inside a room with a fellow sailor. The guy wanted to leave the room. Charlie knew better : they should keep the door closed until rescue came. The other guy panicked and tried to make his way out. Charlie clobbered him. Obviously, they were rescued, but during the following weeks, Charlie’s hair turned white. A small price to pay for their survival.

I remember he coached me before I did my first try at water-skiing. I was very clumsy. He was very patient, very supportive. I eventually made it up on the skis. I felt very proud when he congratulated me.

I remember he took Jim and Chuck and me fishing one day. I remember his laughter when I accidentally caught a fish bigger than I had ever seen. Best catch in my life – and the last : I never went fishing again. To me, fishing is this perfect, isolated memory : the four of us, peacefully waiting for a catch on one of Minnesota’s 10,000 lakes, one Spring day in 1973.

I remember he taught me to maneuver the boat.

I remember Charlie suggested I should temporarily join the Boy Scouts while I was in Bloomington. I attended a couple of meetings and went out one weekend with the troop, and I also remember a legendary night when Chuck and I packed a dozen boy scouts on the back seat of his car to take them to (or back from) some cake and orange juice event. Even though it lasted only a few months, being a Boy Scout was fun. Thanks for that too, Charlie.

I remember Charlie mentioning What’s Up, Doc ? – the Streisand-O’Neal slapstick comedy. When I asked if it was good, he answered : « Oh, you’ll laugh your head off ! » I went to see it with a couple of high-school friends and we laughed our head off. Twenty-five years later, I bought a used VHS copy of the film and showed it to my kids. They laughed their head off.

I remember that at the end of my year in Bloomington, Charlie said he hadn’t had an evening just with me. He suggested a Father & Foreign-Exchange-Son dinner. So we went out to eat, just the two of us, he ordered French wine, and we drank together.

I loved him very much. I am grateful that he was a good, funny and caring father for me during the year I spent in his house. I am grateful he could live a long life to be a good, funny and caring husband, father and grandfather and friend for all those he cared for. And I’m sure they are many.

Marc