dimanche 22 août 2010

Feuilleton d'été (11e et dernier) - par M.Z.



Les questions


Et puis, tandis que tu arrives à un détour de ton récit et que tu t'arrêtes, perdu dans tes pensées, le présentateur profite de cette pause pour se tourner vers l'asscmblée :
- Et maintenant, je pense qu'il est temps de passer la parole à la salle. Est-ce qu'il y a une question ? (Silence.) Comme vous le voyez, notre invité n'a pas de mal à s'exprimer, profitons-en ! (Silence.)  

Enfin (et parfois, tout de suite) une main se lève et une femme, un homme, le sourire aux lèvres, demande :

- Depuis que vous avez eu du succès avec vos livres, est-ce que vous vous sentez plus écrivain que médecin ?

Ou :

- Pourquoi avez-vous cessé d'exercer la médecine ?

Ou :

- Est-ce que vos patients se sont reconnus dans vos livres ?

Ou :

- Est-ce que vous preniez des notes entre deux consultations ?

Ou :

- Pourquoi est-ce que dans votre livre, les patients parlent du médecin en disant "Tu" ?

Ou :

- Pourquoi êtes vous parti de France Inter ?

Ou :

- C'est vrai que vous aimez beaucoup les séries télévisées ? Vous pouvez nous expliquer pourquoi ?

Ou :

- Et vos confrères, qu'est-ce qu'ils pensent/disent de vos livres ?

Ou :

- Quand est-ce que vous avez commencé à écrire ?

Ou :

- Pour un médecin, écrire, à quoi ça sert ?

Ou :

- La radio, les livres, les critiques de télévision, la médecine, l'internet... Comment trouvez-vous le temps de faire tout ça ? Vous dormez combien d'heures, la nuit ?

Ou :

- Est-ce que vous pensez qu'un jour vous écrirez des romans dans lesquels il n'y aura pas de médecins ?

Ou :

- Est-ce qu'écrire, pour vous, c'est une thérapie ?

Ou :

- Et pourquoi des romans policiers ?

Ou :

- Est-ce que vous avez envoyé le manuscrit de votre premier livre par la poste, ou bien vous connaissiez quelqu'un dans l'édition ?

Ou :

- J'ai vu que vous aviez mis votre adresse internet dans votre livre. Vous répondez pas à tous les courriers qu'on vous envoie, quand même !

Ou :

- J'ai lu quelque part que vous avez beaucoup d'enfants. Est-ce qu'il y en a qui veulent devenir médecin ?

Ou :

- Est-ce que vous vous attendiez à ce succès ?

Ou encore :

Comment vous est venue l’idée d'écrire un roman polyphonique ?

Qu’est-ce qui est autobiographique dans vos livres ?

Est-ce que vous avez toujours voulu être écrivain ?

Est-ce que vos enfants lisent vos livres ?

Avec qui avez vous des comptes à régler ?

La maladie de Sachs, c'est une vraie maladie ?

Vous ne vous trouvez pas un peu donneur de leçons ?

D’où vient votre inspiration ?

Vous écrivez à la main, ou à l’ordinateur ?

Pourquoi avoir choisi d'écrire sous pseudo ? Et pourquoi celui-là ?

Est-ce que vous n’avez pas eu envie d’écrire pour la télévision ?

Que pensez-vous du film de Michel Deville ? Avez-vous participé au tournage ?

C’est vrai que vous écrivez dans Spirou ?

Comment êtes vous accueilli à l’étranger ?

Ça ne vous dérange pas qu’on vous parle plus de médecine que de littérature ?

Que pensent vos patients du fait que vous soyiez écrivain ? Ça ne les dérange pas que vous racontiez leur vie ?

Qu'est-ce que ça a changé pour vous, le succès ?

Comment êtes -vous perçu par les autres écrivains ?

Qu’est-ce que ça fait d’être devenu une figure médiatique ?

Est-ce que vous avez pensé à faire de la politique ?

Vous qui êtes un militant, pourquoi choisir le roman plutôt que l’essai ?

Combien est-ce que vous gagnez avec vos livres ?

Et aussi :

- Qu'est-ce que vous écrivez, en ce moment ?

Et toi (te tournant vers le présentateur, puis vers l'assemblée) :

- Vous n'êtes pas pressés d'aller vous coucher ?

Ils rient et font non de la tête.

- Bon... Eh bien, alors, voilà...

Et à ce moment-là, de nouveau, avec un mélange de délice et de soulagement, tu sens l'angoisse te quitter, tu te dis que ce ne sera jamais fini, que tu resteras là pendant trois jours, cinq mois, mille ans, que tu auras toujours quelque chose à raconter, et eux, envie de t'écouter.


Tant qu'il en sera ainsi, tu sauras que tu es vivant ; et que tu seras vivant le jour suivant, pour raconter encore. A elles, à eux, ou à d'autres. 

Et ta vie rêvée, c'est ça.

Une vie de Shéhérazade.



FIN




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Post-Scriptum : Ce feuilleton, à l'exception du 11e chapitre, rédigé la veille de sa mise en ligne, a été écrit entre 2004 et 2009, par vagues successives. Il était originellement destiné à devenir un livre intitulé Comment survivre à un best-seller. Comme beaucoup d'autres textes, il était resté inachevé jusqu'à ce que je décide de le mettre en ligne sur ce blog. Merci de l'avoir lu et de m'avoir permis, par vos réactions, de lui trouver, finalement, un sens. 

Mar(c)tin  

mercredi 18 août 2010

Feuilleton d'été (10) - par Marc

Le foutu bouquin 

Et puis, lentement, insensiblement, inexorablement, et sans que tu puisses dire comment tu y es parvenu, tu as fini par en venir à bout, de ce foutu bouquin. Tu l’as envoyé à P-au-L. Et P-au-L l’a publié.

Et en cet instant où ton hôte/intervieweur/interlocuteur te le remets sur le tapis, le sacré bouquin que tout le monde a en tête, tu penses, les yeux écarquillés, que tu n’en reviens toujours pas,

Et si, de ce pas, tu pouvais te transporter (sans ligne téléphonique ni connexion sans fil, sans ordinateur ni souris mais par le seul pouvoir de la pensée dans l’hyperespace des textes qui sédimentent sagement) dans les rayons de tes disques durs, tu irais fouiller dans le sous-dossier C ://Mes Documents/Journaux, tu cliquerais sur Journal 98.doc et tu découvrirais qu’en janvier de cette année-là, au moment où ton foutu bouquin arrivait en quelques exemplaires en librairie au milieu des nouveautés du mois et des retours pas vendus pas vendables du trimestre précédent (passé Noël faut plus compter les écouler) tu écrivais :


Mon ordinateur est tombé en panne à cause d’un virus (mais j’ai pu récupérer l’essentiel de mes fichiers textes)/MPJ a fait des Mekrods//J’ai été invité au Journal de midi de France Inter et je me suis senti un peu bête devant tout le bien que G. Courchelles et V. Josse disaient de mon foutu bouquin et encore plus bête après l’émission quand une charmante dame attachée au service culturel de France Inter et dont je n’arrive pas à retenir le nom m’a fait faire quasiment tout le tour de l’étage (et c’est rond et c’est long) en passant la tête dans tous les bureaux pour dire aux gens assis à l’intérieur Je vous présente l’auteur du livre dont je vous ai parlé//Mon ex-épouse a porté plainte pour « séquestration » de deux adolescents de 17 et 15 ans qui, depuis huit mois, ont pris sans qu’elle s’y soit opposé leurs cliques et leurs claques pour s’installer chez moi en continuant à aller passer le week-end chez elle, à cinq minutes en voiture//Je rédige plutôt laborieusement une série de livres de vulgarisation médicale (Migraine et casse-têtes, Mal au dos et mal partout, Faire sa nuit ou pas, et cerise sur le gâteau et tarte à la crème des livres de santé Putain de Stress) pour mettre du beurre dans les épinards//Un soir où les copains étaient à la maison j’ai cassé une coupe à champagne éparpillant des morceaux de verre sur les canapés /Je lis le beau French Lessons d’Alice Kaplan avec l’espoir qu’on m’en confiera la traduction//Je me demande comment ce sera quand mes doigts ne trouveront plus les touches quand mon cerveau ne me dira plus instinctivement (mécaniquement) où trouver la lettre que je cherche//Je me sens triste en pensant que mon livre ne se vendra pas, qu’on n’en parlera pas plus et peut-être moins que de La Vacation 

et aussi :

Mon prochain livre, qui associe l’hôpital, l’apprentissage de la médecine, mon père et la relation au soin, sera une autobiographie, je n’ai plus qu’à trouver la dernière phrase, un titre de travail et le point de vue narratif. (Celui de mon père ? Celui de mes enfants ? Le mien, enfin ? ) »//Quand je pense au Livre Inter (en supposant/espérant/priant que La Maladie fera partie de la sélection et en déprimant parce que ça sera encore plus dur alors, de voir un autre roman le recevoir) je m’enfonce toute l’après-midi dans le canapé pour regarder des séries télé sans interruption trois ou quatre NYPD Blue d’affilée submergé d’émotion à la fin de chaque épisode incapable de m’en extraire pour retrouver la foutue vie quotidienne qui certes est bonne (vivre en aimant qui on est et avec qui on est c’est nettement meilleur que vivre en se détestant soi et l’autre) mais pas facile pour autant : comme nous n’avons pas un sou d’avance je bosse quinze heures par jour//Je m’endors sur mes traductions à trois heures du matin//Une fin d’après-midi, quelques temps après avoir été invité au journal de midi de France Inter, je suis allé signer à la librairie Plurielles - anciennement « La Taupe » et j’ai eu l’émotion de ma vie : 
 
Une jeune femme de pas trente ans est entrée, accompagnée d’un couple plus âgé (ses parents manifestement) et m’a tendu un exemplaire de La Maladie de Sachs déjà défraîchi. "Je suis venue (de loin) pour vous le faire signer. Depuis que je l’ai lu, j’ai envie de vous raconter mon histoire. Je suis médecin, j’ai décidé de me spécialiser et de faire de la neurologie. Et puis un jour pendant un remplacement de neurologie, je me suis dit : "Ce n’est pas ça que je veux faire." J’ai abandonné ma spécialité, j’ai décidé de faire des remplacements de médecine générale. Quand j’ai dit ça à mes parents, ils ne comprenaient pas ils m’ont dit : ‘Tu aurais pu être spécialiste et travailler en ville et tu préfères aller chez les gens, entrer chez eux, les regarder vivre, les soigner jour après jour ? C’est vraiment ça que tu veux faire ? Être médecin de famille, médecin de campagne ?’ et j’ai répondu ‘Oui, c’est ce que je veux’, et ils ne comprenaient pas. Et puis l’autre jour dans la voiture, pendant que je faisais mes visites vous étiez à France Inter et j’ai entendu Courchelles parler de votre livre, je ne l’avais jamais entendu parler d’un livre comme ça, alors ça m’a donné envie d’aller l’acheter, et quand je l’ai lu je me suis dit "C’est ça, c’est ça que je veux faire alors (elle se tourne vers sa mère) je le leur ai offert..." (qui prend le relais) - "Et moi, en le lisant, j’ai compris pourquoi elle voulait faire ce métier-là"


Et le journal poursuit :

Je les aurais embrassées, toutes les deux, et le père, droit et digne et souriant avec elles, non seulement parce que cette histoire racontée en peu de mots me donnait envie de pleurer, comme c’est bon d’entendre qu’on a été compris et qu’on a touché, mais aussi parce j’étais sûr, ce jour-là, aussi sûr que je crois dans mes tripes que Dieu n’existe pas, que ces trois-là étaient et seraient les seuls lecteurs authentiques - spontanés, impulsifs, aléatoires (non pas que les amis, les parents, les copains, les relations ne soient pas de vrais lecteurs mais ils achètent le livre parce qu’ils savent qui l’a écrit, ils le lisent avec une curiosité, un intérêt qui est aussi tourné vers le type dont ils connaissent la voix et la tête et l’habitude de les recevoir en pantalon de survêt’ et gilet informe quand ils passent prendre un café, donc inévitablement ils ne sont pas des lecteurs lambda - si tant est que pareille animal existe) les seuls vrais lecteurs au monde qu’aurait ce foutu bouquin.

Tu n’exagérais pas. Quelques semaines plus tôt, en décembre, alors que tu t’escrimais déjà sur tes livres-de-médecine-pour-tous et que, pour faire face à l’avenir toujours incertain tu faisais tes comptes sur les entrées prévues (articles commandés, contrats de traduction signés) afin de t’assurer te rassurer, comme chaque mois que Dieu ne fait pas, que tu pourrais payer les traites, rembourser les emprunts et nourrir la marmaille, tu avais ouvert la boîte à lettre dans laquelle le facteur venait de déposer une enveloppe blanche obèse portant logo P.O.L, tu l’avais ouverte, tu avais découvert le fort volume dont on t’avait fait corriger les épreuves quelques semaines auparavant, tu l’avais feuilleté, tu avais vaguement regardé la table des matières les deux pages de remerciements, la dédicace pour voir si tout allait bien et puis tu l’avais plus jeté que posé sur la table en soupirant.

- Qu’y a-t-il ? avait demandé MPJ en te voyant jeter le livre.
Tu as soupiré lourdement.
- Il s’est passé tellement de temps depuis La Vacation que j’en étais venu à croire que j’étais l’homme d’un seul roman. Alors, bon, je suis bien content d’en publier un deuxième, et je suis très heureux que ce soit chez P.O.L mais (Tu as feuilleté une nouvelle fois, soupiré une nouvelle fois) c’est un gros bouquin, long et déprimant...
- Eh bien ?
- Personne ne lira ça.

dimanche 15 août 2010

Feuilleton d'été (9) - par Marc/tin

Toute la place 

- Bon, mais chaque fois vous êtes invité à parler d’un nouveau livre, j’imagine qu’on vous parle de celui-là. Vous ne trouvez pas ça un peu agaçant, à la longue ? Tu lèves un sourcil (le gauche, car tu ne sais pas lever le droit).
- Euh... Non, pas vraiment. Pourquoi ?
- Vous n’avez pas le sentiment que ce livre-là prend un peu toute la place dans l’esprit des lecteurs ?

Toute la place.

Peut-il vraiment prendre plus de place dans la tête des lecteurs qu'il en prend dans la tienne ?

Tu as du mal à croire que ton bouquin, ton foutu bouquin, peut prendre autant de place dans la tête d’un lecteur que peut en prendre dans celle de tant de lecteurs le dernier - mettons - Harry Potter (« Vous avez vu ? Stephen King et John Irving ont supplié J.K Rowling de pas tuer Harry à la fin. C’est fou, non ? Quel culot ! Quelle audace ! Quelle humilité ! Quels grands enfants ces écrivains américains ! » ) ou qu’en prenait dans ta tête de lecteur adolescent et jeune homme, mettons : Cristal qui Songe ou Terminus les étoiles ou Tous à Zanzibar ou Le Monde du Fleuve ou La Vie Mode d’Emploi qui t’envahissaient entièrement quand tu avais douze quinze vingt cinq ans, au point que tu as longtemps été persuadé d’être le seul à les avoir lus.

Parce que, si les livres prennent de la place dans la tête d’un lecteur, c’est aussi parce qu’il ne se prend pas la tête avec, encore faut-il que celle ou celui qui les a écrit l’ait chassé de la sienne et soit passé à autre chose. Et pour toi, passer à autre chose ne coulait pas de source parce que, tous les jours, ou presque, pendant cinq ans, tu avais écrit ton foutu bouquin entre deux boulots alimentaires avec le sentiment confus et honteux de voler tout le monde - les revues qui t’avaient confié des articles, les éditeurs qui t’avaient commandé une traduction ou un livre sur les séries télévisées, MPJ et les enfants à qui tu étais persuadé d’oter le pain de la bouche en écrivant ce truc, ce machin que personne ne te demandait et dont probablement personne ne voudrait (si les films sont bourrés d’écrivains qui n’ont jamais réussi à publier une ligne après un premier roman prometteur, c’est parce qu’il y en a, pardi ! ).

Tu l’avais écrit avec la tristesse d’avoir quitté ton cabinet médical en 1993, avec le désir insensé de l’écrire pour ne pas le quitter tout à fait parce que tu avais beau te marteler Sartre (« Seuls les salauds pensent qu’ils sont indispensables ») haut et fort, la culpabilité d’avoir voulu partir, de partir, d’être parti (Vous nous quittez, Docteur ?, j’étais en confiance avec vous Je suis pas sûr(e) de m’habituer à quelqu’un d’autre...) t’avait soufflé l’idée naïve, sardonique, compensatoire que tu pouvais confier (métaphoriquement au moins) les lieux où tu avais exercé et les gens que tu avais soigné à un type que tu respectais, qui certes n’était pas parfait, non, mais que tu connaissais : brave Bruno Sachs, il avait fait ses premières armes avec six autres « toi » possibles dans un roman inachevé, il avait fini par s’incarner dans un roman où il avorte les femmes, et s’il les avorte et les soigne, c’est parce qu’il les aime, et s’il soigne aussi les hommes c’est parce qu’il a appris à les respecter en apprenant peu à peu à moins leur en vouloir, en apprenant peu à peu à moins se haïr.

Bref, Bruno et toi vous aviez déjà écrit un premier roman ensemble, tu le connaissais bien, tu savais qu’il était obstiné, tel un bouledogue qui ne lâche pas le morceau quand il l’a mordu, avec lui, tu te disais J’arriverai peut-être à le finir, ce foutu manuscrit. Impossible, bien sûr, de te souvenir de tout ce qui s’est passé de tout ce que tu as pensé pendant que tu l’écrivais, ce foutu bouquin. Bien sûr, tu pourrais aller relire tes cahiers d’avant 1995 (avant que tu ne te mettes à tenir ton journal à l’ordinateur) mais tu aurais mis ta main (et, même depuis l’ordinateur, ta main, tu y tiens) à couper qu’après chaque chapitre rédigé/volé entre deux boulots alimentaires/indispensables/vitaux, tu passais ton temps à y écrire quelque chose du genre : Je suis fatigué j’avance pas je vais pas y arriver. Ce truc-là c’est l’Arlésienne sans la musique Autant dire rien qui vaille d’ailleurs Comment oser penser le contraire quand je sais pas ni où je vais (pas de plan, ou alors si malfoutu) ni d’où je viens (quand je relisais la gorge me serrait : C’est quoi ce truc-là ?) et que je me contente de dire « Allons, j’écris, je verrai bien » - Quelle garantie avoir que je verrai bien, et pas mal ? - J’ai qu’à me souvenir du premier jet de La Vacation jeté au galop à la hussarde sur l’IBM à boule, l’ivresse, le grand bonheur pendant que je tapais comme un sourd...

Oui, mais malheureusement, au réveil, à la relecture, badaboum mon bonhomme, les cent cinquante pages dactylographiées serrées c’était pas un roman, il a fallu recommencer à zéro repasser un an dessus, alors ce premier geyser-ci, quatre ou cinq cents feuillets bien serrés, s’il faut tout refaire... et en te maudissant non seulement d’écrire un truc sans queue ni tête mais encore de le faire sans aucun espoir, sans aucune attente, sans la moindre perspective, sans la lueur d’une certitude mais dans la purée de pois du doute absolu, celle qui se résume en trois mots, qu’on prononce avant de jeter l’éponge ou de tout/se foutre en l’air : À quoi bon ? 

Impossible de te souvenir de tout ce que tu as pensé. Impossible de te souvenir de toutes les fois où tu t’es dit : De toute manière je ne le finirai jamais. Mais tu as sûrement, et plus d’une fois, dû maudire le ciel et les enfers de ne pas exister - au moins tu aurais eu quelqu’un à insulter. Et pendant ce temps-là, grâce au fax ou à l’internet naissant (« - Je peux vous envoyer mon article par courrier électronique, si vous me donnez votre adresse e-mail... - Ah, bon ? Vous êtes équipé ? Nous, à la rédaction, on n’en a pas encore... ») et à un bagou que tu ne te connaissais pas - mais nécessité fait loi, n’est-ce pas ? - tu démarchais les éditeurs en leur vantant tes aptitudes exceptionnelles (les médecins qui lisent l’anglais et le traduisent correctement, ça ne court pas les rues en France et j’ai pris suffisamment de beignes pour savoir que pour traduire correctement faut bosser et c’est ce que je fais alors si vous avez de meilleures candidatures que la mienne, je vais proposer mes services ailleurs, car ma traduction n’est pas seulement correcte, Madame elle est excellente) vanité, vanité, certes tout n’est que vanité mais avec sept bouches à nourrir (et bientôt huit) tu n’avais pas les moyens de t’offrir l’humilité - et tu luttais contre l’angoisse en prenant toujours plus de boulot, toujours plus de traductions, toujours plus d’articles - après tout si tu avais signé la cession de ton cabinet médical, c’était bien pour chier de la copie et la transformer, sinon en or, du moins en assez d’argent pour nourrir les sept monstres voraces qui galopaient dans vos trois pièces (Mais bon dieu qu’est-ce qui m’a pris d’aggraver la surpopulation et la famine de cette foutue planète ? )

mardi 10 août 2010

Je viens de terminer un roman


Il s'intitule Les Invisibles. Il paraîtra en principe début 2011.

À ce jour j'ai écrit des romans appartenant à trois "veines" (c'est moi qui les définis ainsi) : des romans "réalistes" (La Vacation, La Maladie de Sachs, Les Trois médecins, le Choeur des femmes), des romans "policiers" (TPAMDS, Mort in vitro, Camisoles) et des romans de "SF" (Le Numéro 7, La Trilogie Twain). Les Invisibles appartient à la veine n°2. (Il est même la suite de Camisoles.) Et, comme Le CDF était d'une certaine manière en rupture avec le style de mes romans "réalistes", ce roman-ci est en rupture avec le style de mes romans policiers antérieurs. Il est différent des précédents romans de la même veine. En fait, on peut dire qu'il est différent de tous mes autres romans.

Les trois différences les plus apparentes (il y en a sûrement d'autres, mais ce sera plutôt aux lecteurs/trices de le dire) sont les suivantes.

Ce roman ne se déroule plus à Tourmens (comme tous mes romans précédents) mais à Montréal. Ce n'est pas sans importance. Si j'avais choisi de situer mes romans à "Tourmens", c'est parce que je ne parvenais pas à "habiter" littérairement l'une des villes dans lesquelles j'avais vécu (Tours, Le Mans). Et j'en avais fait une ville composite (Tour-Mans) qui me permettait de construire ce que je voulais, un lieu imaginaire qui remplissait sa fonction pour installer des histoires et des personnages.

Ecrire un roman qui se déroule à Montréal (même si certains des lieux de l'action et tous les personnages sont imaginaires) c'est une manière de dire "Je sais où je suis". Même si je ne sais pas encore très exactement ce que l'avenir me réserve, du moins, j'écris !!!

Ce roman n'a qu'un narrateur. 
Ce n'était pas vraiment le cas encore dans Le Choeur des Femmes, car d'autres personnes – les patientes, Aline, Karma – prenaient la parole en marge du récit de Djinn. Le récit est chronologique et n'est pas entrecoupé, comme dans les polars précédents, par de faux articles de presse ou des émissions ou des documents scientifiques. C'est un récit qui puise dans un unique point de vue.

Ce qui m'amène à la troisième différence : c'est un roman à la première personne, masculin singulier. C'est la première fois que j'écris un roman entier dans lequel le narrateur dis "Je" tout au long du texte, sans jamais laisser la parole à quelqu'un d'autre. Ça non plus, ça n'est pas sans importance. Pendant longtemps, j'ai pensé que je n'avais pas le droit de dire "Je" ; que ce que j'avais à dire et qui provenait du plus profond de moi n'avait pas de valeur. Ou, du moins, pas autant de valeur que ce que les autres disaient. Je pensais que ce j'avais à dire en tant qu'adolescent, puis jeune adulte, puis homme marié père de famille, puis écrivain, n'avait pas d'intérêt.

Pour la première fois depuis l'adolescence (j'écrivais souvent mes nouvelles à la première personne du singulier), et le début de l'âge adulte, (ma première nouvelle publiée, Spectacle Permanentje me remets à écrire "Je". J'ai expérimenté le "Je" dans Le Choeur des femmes, et bien sûr c'est une femme qui parle, et non un homme. Cette fois-ci, c'est un homme, d'un bout à l'autre. J'ai un peu le sentiment de "reprendre à zéro". Enfin, l'expérience en plus, ce qui n'est pas négligeable, bien sûr. Mais ce sentiment s'accompagne, évidemment, d'une certaine crainte : quand on change de style, de point de vue, de manière, on s'expose à ne pas être reconnu par celles ou ceux qui ont lu les livres précédents.

Et c'est déjà le cas : plusieurs personnes qui avaient lu et aimé La maladie de Sachs m'ont dit ne pas avoir aimé Le Choeur des femmes. Bon, d'autres l'ont aimé, et de toute manière je me dis souvent  (pour ne pas glisser dans la paranoïa) : "On ne peut pas écrire pour tout le monde. On ne peut pas non plus écrire toujours pour les mêmes personnes. Et personne n'oblige un lecteur ou une lectrice à lire tous les livres d'un écrivain. Je ne voudrais pas qu'on m'oblige à lire, alors je ne veux pas que les lecteurs/trices d'un de mes livres se sentent obligés de lire les autres."

Ce ne sont pas les seules différences. En un sens, c'est un roman expérimental : j'essaie de retrouver – sans les singer mais en les adaptant – la forme et l'esprit des romans américains que je lisais adolescent, et aussi ceux de Maurice Leblanc et de Léo Malet (qui sont cités explicitement dans Les Invisibles).

Par "forme" et "esprit", j'entends bien sûr ce que j'ai perçu à l'époque, et ce qui me reste aujourd'hui. Je ne cherche pas à écrire (ou à construire mes intrigues) comme ces écrivains le faisaient, mais en connivence, en hommage et dans une filiation, comme lorsque je me suis inscrit en filiation de Perec en écrivant Les Cahiers Marcoeur ou La Maladie de Sachs.

Je ne sais pas ce que "vaut" ce nouveau roman ; "différent" ne veut pas nécessairement dire "meilleur" ni même "plus original". Quelques lecteurs/trices en avant-première m'en ont parlé en bien, et ça me fait très plaisir, mais le seul point de vue qui puisse me rassurer à ce stade est un point de vue éditorial. Mais là n'est pas vraiment l'important. L'important, je le sais – je le sens – c'est qu'il ouvre sur autre chose. D'abord, sur une "suite" potentielle : des romans policiers qui se déroulent à Montréal ; j'en dresse même le "profil" dans le dernier chapitre des Invisibles. Ecrire d'autres romans situés à Montréal, ce n'est pas une coquetterie ou un désir d'exotisme. C'est écrire d'une "autre place" que de celle où je me tenais auparavant.

 Cette perspective nouvelle me permet d' (m'autorise à) écrire deux autres textes – un roman "réaliste" (La Voie des Hommes), un texte de réflexion sur le métier d'écrivain (que j'ai envie d'intituler Cavaliers des Touches, en hommage à ce blog et à ses contributeurs/trices)  ; tous deux seront écrits à la première personne. Ce sont les textes dont je parlais dans l'entrée précédente du blog.

Ce sera important pour moi de les écrire à la première personne ; comme vous l'avez vu, mon "feuilleton d'été" était écrit à la deuxième personne, comme si les périgrinations de l'écrivain étaient racontées par quelqu'un d'autre. Et souvent, j'ai eu le sentiment d'être quelqu'un d'autre.

 Aujourd'hui, je me sens plus "unifié". L'écriture, en elle-même, n'est pas la responsable (ou la baguette magique) qui a permis cette unification, qui est évidemment le résultat de plusieurs démarches – professionnelles, personnelles – et de nombreuses expériences et rencontres, certaines très fugaces, d'autres de longue haleine. Mais elle a certainement été un outil important dans cette "unification" de ma personnalité, qui en retour se manifeste, j'en suis certain, dans la forme et le contenu de mes textes.

Cela peut paraître paradoxal qu'un texte de "littérature populaire/de genre" me permette d'écrire des textes plus "littéraires". Mais cet itinéraire (et ce que vous venez de lire) illlustrent au fond deux idées qui me sont chères et qui se sont formées en moi au fil des années :

 "Il n'y a qu'une littérature"
et
"Chaque texte prépare le suivant."

Mar(c)tin


PS : By popular demand

Au début des  Invisibles, Charly Lhombre (médecin légiste héros de Mort in Vitro et Camisoles) quitte Tourmens et arrive à  Montréal. Il vient s'intègrer au CRIE (Centre de Recherches Interdisciplinaires en Ethique) à l'Université de M. en tant que chercheur invité.

Très vite, et sans l'avoir sollicité, il devient le confident de l'équipe de professeurs du CRIE, profondément marquée depuis l'assassinat, trois ans plus tôt, de Kathleen Cheechoo, l'un de ses membres.
Fille de la Nation Crie, et femme de caractère, Kathleen a créé le CRIE et un foyer d'hébergement pour personnes itinérantes (terme québecois qui désigne les sans-abri) d'origine autochtone.

La mort d'un premier itinérant, l'agression de trois autres, et le sort tragique de deux personnes intimement liées au CRIE conduisent Charly à mettre au jour une histoire criminelle qui est aussi une histoire d'amour et de trahisons.

Si les vents de l'édition sont cléments, il pourrait s'agir du premier volume d'une série de romans de mystère situés à Montréal.

Voilà, voilà...

Feuilleton d'été (8) - par Mar(c)tin W.



Ecrire, dit-il

Et si tu avais le temps, puisque vous en êtes au chapitre des évocations littéraires, tu te permettrais une petite histoire, une petite digression comme il y en aura probablement beaucoup pendant la soirée (autant qu’ils soient prévenus tout de suite, tu es le prince de la digression, digne fils de ta mère qui en était la reine et même que lorsqu’il te prendra, un beau jour - c’est sur ta liste de choses à faire pendant les vingt-cinq prochaines années - d’écrire un livre autour d’elle sinon sur elle qui avait peur que tu écrives des livres contre elle, le texte en serait sûrement, d’un bout à l’autre, une looonnnngue digression contenant d’autres digressions plus courtes dont elle sortirait chaque fois avec aplomb et élégance, sauf la plus longue évidemment - celle-là personne n’en sort en retombant sur ses pieds mais toujours les pieds devant) et tu expliques qu’avant de publier quoi que ce soit d’un peu conséquent - en dehors des articles périodiques, des nouvelles occasionnelles, des lettres épisodiques - il t’arrivait parfois de confier à d’aucuns - à des interlocuteurs pas neutres mais bienveillants - que tu écrivais et il t’arrivait, souvent, d’entendre en réponse des trucs du genre : « Ah bon ? Vous écrivez ? Vous écrivez quoi ? » (Toi, timidement) : « Ben, des nouvelles, des articles... » (Eux, avec un grand sourire indulgent) : « Ah, je vois ! Pas de roman en route, encore ? » (Toi, avec un grand soupir) : « Non, pas encore, j’y travaille mais vous savez comment c’est, ça prend du temps... » (Eux, sur un ton de plus en plus paternel) : « Bien, bien... Ca viendra. L’essentiel, vous savez, c’est d’avoir lu Proust et Flaubert... Vous avez lu Proust et Flaubert, bien sûr  ! »

Ce n’était pas une question, c’était une affirmation, une évidence, une certitude : au vingtième siècle, on ne peut pas écrire sans avoir lu ces deux là (et Céline, bien entendu, n’oublions pas Céline, qui certes était une crapule mais à qui il sera beaucoup pardonné, car c’était un grand écrivain).

Et toi : « Euh, non... j’ai pas lu Proust et Flaubert... » (sans oser ajouter « Céline non plus, d’ailleurs »). Et l’autre (un prof, un journaliste, un critique, un écrivain estampillé NF) d’écarquiller les yeux, de lever les bras au ciel, et de t’asséner au retour un « Mais comment pouvez-vous écrire sans avoir lu Proust et Flaubert ! ? » qui te laissait sur le carreau, c’est vrai quoi : comment avoir l’audace de poser un crayon sur une page et l’impudence d’oser prétendre que le gribouillis qui finirait par la couvrir puisse être  d la littérature ?

Penaud, mortifié et, pour tout dire, honteux de n’avoir pas trouvé le temps de te plonger dans l’œuvre de deux (au moins) des trois plus grands écrivains français de tous les temps, histoire d’apprendre l’humilité, tu battais en retraite, tu tu te repliais comme une huître, tu abdiquais toute prétention et tu rentrais chez toi, non sans avoir fait halte à la plus proche librairie pour acheter Proust et Flaubert l’intégrale (annotée pour pallier toute éventualité) histoire de dire que si tu ne les avais pas lus encore faute d’en avoir un exemplaire sous la main, tu n’aurais désormais, plus aucune excuse.

Le temps a passé. Tu n’as pas du tout lu Céline (dont tu as décidé qu’il était facultatif, et que personne ne pouvait te convaincre de passer sous silence son antisémitisme et sa solide haine de l'autre) mais tu as lu un peu de Flaubert (Madame Bovary, Le dictionnaire des idées reçues, L’Education sentimentale) et un peu de Proust (Du côté de chez Swann, À l’ombre des jeunes fille en fleur et les premières pages de Du côté de Guermantes), suffisamment pour les apprécier (et réaliser qu’il t’était impossible de lire ça au lycée, tu n’y aurais rien compris) et pour t’abattre encore un peu plus lorsque tu t’es mis à subodorer que si ces gars-là étaient forts au point de se retrouver classés dans le tiercé de tête, c’est probablement parce qu’ils ont passé leur vie à ça.

Le temps (il n’a que ça à faire) a continué à passer et tu as publié un roman. Un premier roman, pas gros, pas spectaculaire, pas très aperçu mais un roman quand même. Et là, tu t’es mis à rencontrer d’autres interlocuteurs pas plus neutres et nettement moins bienveillants qui te disaient : « Ah, vous avez publié un roman  ! » (Toi, modestement) : « Oui, oui.  » (Eux, d’un air circonspect) : « Bien, bien ! Et vous préparez autre chose ? » (Toi, bombant le torse) : « Oui, oui. » (Eux, l’air de plus en plus sombre) « Bien, bien !  Mais... vous avez lu Proust et Flaubert ? » (Toi, rayonnant de fierté) « Oui, oui. » (Eux, sur un ton d’absolue incompréhension) : « Mais enfin, comment pouvez-vous continuer à écrire après avoir lu Proust et Flaubert ? »

Et là, tu as compris que les dés étaient pipés. Dans ce pays, écrire n’est pas (ce que tu as ressenti dès l’adolescence) une activité artisanale, ce n’est pas (comme tu l’as découvert à l’âge adulte) un travail, et ce n’est certainement pas (comme le revendiquaient drôlement les Asimov ou Farmer ou Sturgeon de ton enfance, qui avaient la bonne habitude de relater modestement entre deux textes leur vie quotidienne et leur cuisine dactylographique) « cinq pour cent d’inspiration, quatre-vingt-quinze pour cent de transpiration ».

Ici, en France, pays des Lumières et de l’Orthographe ce n’est pas tant écrire qui compte, mais être écrivain, cette charge sacrée que le seul fait de publier un malheureux premier roman ne suffit pas à revendiquer (« C’est au deuxième roman qu’on reconnaît l’écrivain » t’a un jour déclaré sur un ton neutre quelqu’un que tu croyais jusque là bienveillant) et qui ne peut en aucun cas être attribuée à quelqu’un qui ne s’est pas aspergé, imprégné, noyé dans les plus grands écrivains de ce siècle et des deux précédents - que nul ne peut imiter, certes, mais qui pourraient (éventuellement) être invoqués (à la rigueur) à la lecture du deuxième ou (mieux encore) du troisième ouvrage d’un nouveau jeune auteur.
S’il a vraiment du talent et ne l’a pas gaché, bien entendu.

Mais tu ne veux pas jouer avec des dés pipés. Tu n’as pas besoin d’être auteurisé à écrire. Tu n’as pas spécialement envie d’être qualifié d’écrivain (écrits vains ?). Comme ils l’ont fait dans ton enfance, en t’emmenant loin des icônes Lagarde-et-Michardisées qui t’emmerdaient comme un rat mort, les scribouillards anglo-saxons te sont venus en aide : ils ne connaissent pas le mot écrivain. Ils ne connaissent que le mot writer - celui qui écrit. Et il te suffit parfaitement. I’m a writer a toujours bien mieux sonné à tes oreilles (parce que c’est un mot vague, au fond, au sens multiple et imprévisible) que Je suis écrivain.

Et si tu pouvais retourner dans le passé, ou au moins t’envoyer un message à toi-même, tu l’enverrais à celui de ces « toi » qui rougissait de confusion et ployait de honte en avouant qu’il n’avait lu ni Proust, ni Flaubert (sans oublier Céline...). Et tu lui soufflerais de répondre :

- Flaubert, sauf erreur de ma part, il avait pas lu Proust, mais ça l’a pas empêché d’écrire. Et Proust, il avait lu Flaubert, mais ça l’a pas arrêté non plus. Alors, je vous emmerde ! 

lundi 2 août 2010

Séance de Rattrapage, 2 : Quand je serai plus vieille, par Scarabée


Quand je serai plus vieille
Je me serai trahie
Moi qui avait promis
De tenir 27 ans
Je n'ai pas eu la force
De m'entailler l'écorce
C'est trop tard maintenant
Faudra serrer les dents

Quand je serai plus vieille
Je n'aurai plus la rage
Je ne serai plus amère
Je serai enfin sage
J'aimerai les enfants
Je m'occuperai de ma mère
Je ne perdrai plus la tête
Tu sais bien que je mens...

Quand je serai plus vieille
Je nierai tout en bloc
J'emmerderai les gens
Plus vivants que ma pomme
Je serai une pouffiasse
Je me vengerai des hommes
Je serai une menace
Alors arrête le temps !

vendredi 30 juillet 2010

Feuilleton d'été, épisode alternatif 4 - par Martine B.

Le voyage - Le point de vue du chat 





Le voyage avait pourtant bien commencé. Pour une fois Juliette (c’est ma maitresse, comme disent les humains, c’est bien, ça les rassure de croire qu’ils ont la situation en main, alors qu’en réalité c’est tout le contraire) 

Juliette donc, pour me rendre le voyage un peu moins pénible avait placé au fond de mon panier un grand morceau de tissu (enfin, pour être tout à fait honnête, je devrais plutôt dire l’étole en cachemire offerte par son ex à l’occasion d’ une de ces fêtes idiotes genre la Saint Valentin et que je m’étais appropriée, non sans mal d’ailleurs, mais ça je vous le raconterai une autre fois, il vous suffit juste de savoir qu’ elle avait fini par céder, et puis de toute façon j’avais bien fait d’insister car maintenant qu’il est parti avec la voisine du dessus , elle n’en a plus rien à faire de son cadeau je présume, alors raison de plus pour que j’en profite). 

Afin de passer mon temps de la façon la plus confortable possible dans le peu d’espace dont je disposais, j’optai pour une bonne sieste, et près avoir tourné trois ou quatre fois en rond je me laissai choir d’un coup, ramenai bien la queue le long de mes pattes arrières et croisai le bout de mes pattes avant pour y poser mon museau. Le TGV avait quitté la gare du Mans depuis cinq minutes, le compartiment était calme à souhait, sans môme braillard cette fois pour hurler, réclamer à boire, à manger, sa console que sais-je, ou pire encore, poser des questions débiles comme le chiard de la dernière fois : « oh, regarde maman, c’est un chat dans la boite ? », et après que sa génitrice eût bien évidemment répondu par l’affirmative,  : « pourquoi il est dans une boite, le chat ? », et la mère de s’embarquer dans une explication détaillée du règlement de la SNCF, et l’autre abruti d’insister : « pourquoi ils sont méchants les messieurs de la SNCF, hein maman ? ». Vraiment il y a des fois où on se demande pourquoi ils font des petits, ces humains…


Ce jour-là donc nous étions installés dans le sens de la marche Juliette et moi, et en face de ma maitresse se trouvait un jeune homme. J’avais pris le temps de bien l’observer avant de m’installer pour ma sieste, il était plutôt joli garçon comme aime à dire Juliette, mais ce qui me plaisait le plus chez lui, c’était qu’il ne nous avait pas adressé le moindre regard tant il était absorbé par un truc qu’il lisait, un petit fascicule d’une quinzaine de pages sur les migraines. Bonjour la lecture !! A mon avis, il avait dû oublier de prendre un bon bouquin et s’était rabattu sur ce pis-aller, le pauvre garçon. Mais au moins, il n’allait probablement pas engager la conversation avec Juliette, et c’était tout ce qui m’importait. En plus il n’y avait personne à côté de lui, en face de moi par conséquent, et ça c’était vraiment génial, car enfin, une bonne sieste tranquille peinard, je ne connais rien de mieux pour tuer le temps pendant les trajets, surtout quand le compartiment est calme et bien chauffé. J’allais fermer les yeux et me laisser bercer, enfin rasséréné.


Eh bien vous me croirez si vous voulez, c’est à ce moment qu’est arrivé un grand type vêtu d’un duffle coat bien épais et plein de poches , de l’une d’elles d’ailleurs dépassait un bouquin à la couverture blanche, comme ceux que lit souvent Juliette. Il demanda s’il pouvait occuper le siège libre, permission qui lui fut accordée de bonne grâce. (Juliette a bien des défauts, mais on ne peut lui reprocher d’être très polie). Comme s’il ne prenait pas assez de place comme ça, il était affublé d’un énorme sac à dos. Patience, me dis-je, il va déposer son manteau et son sac dans le compartiment prévu à cet effet, s’assoir et nous ficher la paix. Lui non plus ne semblait pas du genre dragueur, avec un peu de chance il piquerait un petit roupillon comme moi. J’espérais qu’il n’allait pas sortir un MP3 ou un truc du genre et se mettre à écouter de la musique, car il n’y a rien de plus désagréable que d’entendre l’infâme bouillie qui sort d’un mauvais casque, mais pas de risque, me dis-je en observant son front légèrement dégarni et ses tempes grisonnantes, il avait passé l’âge, ouf ! Eh bien juste comme je me faisais cette remarque, il sortit un iPod dernier cri, comme quoi Juliette a bien raison quand elle dit qu’on ne sait plus à quel saint se vouer de nos jours. Enfin, le bonhomme avait visiblement les moyens, aucun son ne s’échappait de son casque haut de gamme, tout allait bien, ma sieste n’était pas menacée.


En réalité elle ne le fut pas…pendant dix minutes environ, le temps que le type finisse son bouquin. Pour mon plus grand malheur, je me rendis vite compte que nous n’avions pas affaire à un contemplatif. Une fois le livre terminé, il griffonna quelques notes dans un petit carnet, puis les biffa, puis recommença, il y en a qui ont vraiment du temps à perdre. Ensuite il sembla plongé dans une profonde réflexion pendant quelques minutes, ça au moins cela ne dérangeait personne, il aurait bien pu continuer tout le trajet pour le plus grand bénéfice de ses voisins. Eh bien non, il se leva d’un bond, et vu son gabarit je vous dis pas le déplacement d’air, moi qui suis fragile des bronches, merci bien ! Il ouvrit le compartiment à bagages au-dessus de son siège, en extirpa son énorme sac duquel il sortit un Mac dernier cri lui aussi. Bon, au moins son clavier n’allait pas produire les cliquetis désagréables que me fait subir ma maitresse à longueur de temps, il faudra d’ailleurs que je lui fasse comprendre un de ces jours qu’il est grand temps qu’elle change de portable car cela commence à me porter sur le système, mais revenons à nos moutons, si je puis dire. 

Le grand type installa un DVD dans son ordinateur et là, horreur, je vis défiler des images toutes aussi affreuses les unes que les autres, il y avait des humains ensanglantés sur des civières, d’autres qui couraient en tous sens, d’autres qui s’acharnaient sur des mourants, enfin je vous dis, c’était pas beau à voir, encore heureux que je n’avais pas le son car vu l’agitation, cela devait pas mal crier là-dedans. Je commençai à m’énerver, donnai des coups de queue de plus en plus amples et rapides, pointai les oreilles vers l’arrière, lui décochai des regards assassins afin de lui faire comprendre qu’il me lésait de mon droit à la tranquillité, mais non, il ne tint absolument pas compte de mes signaux de détresse et la comédie dura pendant tout le reste du voyage.


J’aurais pu fermer les yeux, ou lui tourner le dos, bref, essayer de l’ignorer, me direz-vous, mais vous l’aurez compris, la patience n’est pas mon fort. Alors ce fut pour moi un grand soulagement d’entendre que nous étions arrivés à destination, mais ce qui me ferait vraiment plaisir, ce serait que Juliette se décide enfin à passer son permis de conduire.    

dimanche 25 juillet 2010

Feuilleton d'été (7) - par Mar(c)tin Winckler

Comptabilité

- Combien d’exemplaires vendus, déjà ? demande le présentateur
- Eh bien, je n’ai pas compté à la main, mais beaucoup... Évidemment je n’ai pas battu Paolo Coehlo ou Mary Higgins Clark ou Philippe Delerm, mais...

Qu'est-ce qu'il écrivait, le critique professionnel, trois mois après le début du succès du livre, en constatant (bien obligé) que les piles dans les librairies n'en finissaient pas de se reformer ?

 « Le succès de La Maladie de Sachs s'affirme de jour en jour. À l'évidence, il n'est pas dû à la presse, mais [faut bien le reconnaître] au bouche-à-oreille. Prix du livre Inter en mai, (...) aujourd'hui à 135 000 exemplaires vendus. Gros livre [comment se fait-il que tant de gens achètent un livre aussi gros alors que personne ne lit plus ?] pas dès l'abord comme de lecture facile (...) éditeur connu pour son exigence (...) premier gros succès de vente seulement en 1996 avec Truismes de Marie Darrieussecq (...) roman expérimental [d’ailleurs il publie que ça, le POL, d’où la perplexité du critique : au dessus de 40 000 exemplaires c’est sûrement un malentendu] record inattendu soulève des interrogations. Le monde de l'édition sait qu'il est aussi difficile d'expliquer un succès, après coup, que de le prévoir. [mais ça ne doit pas empêcher un critique littéraire d’essayer... ] « (...) (présélectionné par des critiques professionnels [c'est quand même pas n'importe qui]  (...) mais [notez bien le "mais"] couronné par un jury de 24 lecteurs (...) prix bénéficie d'un crédit de confiance (...) amateurs de littérature avaient certes déjà repéré le livre, sans publicité [étonnant, non ?] avec seulement trois articles parus dans la presse nationale (Libération, Le Nouvel Observateur, Le Monde) [Bon, dans Le Monde, fallait le trouver l’ "article", dix lignes en haut d'une colonne, et il donnait pas spécialement envie de le lire, le bouquin, alors le repérage était tout relatif mais bon c’est Le Monde, quand même alors c'était un honneur, n'est-ce pas ?] atteint 7 000 exemplaires avant (...) ce prix populaire [tandis que les grands prix de l’automne ne le sont plus trop...].

 « Mais le bond dans les ventes ainsi provoqué est exceptionnel. (1) Quant à son éditeur, il croyait, certes, au roman de Winckler, dont il avait publié, il y a neuf ans, le premier livre, La Vacation, qui traitait déjà, sous une forme littéraire expérimentale [comment "la masse" peut-elle donc lire un roman "expérimental" ? D’ailleurs, le premier, elle ne l’avait pas acheté] un thème médical, l'IVG, mais il ne s'attendait pas à une telle déferlante [les bons critiques littéraires non plus, d’ailleurs...]

 « L'hypothèse qu'on peut risquer [parce qu’on voit vraiment pas d’autre explication que celle-là et faut quand même qu’on en trouve une sinon c’est à n’y rien comprendre] est que la personne la plus importante dans la vie de la majorité des Français n'est pas leur compagne ou leur compagnon de vie, mais leur médecin généraliste.[Oui, je sais, ça surprend un peut quand on le lit, mais si c’est un critique littéraire chevronné qui l’écrit et si vous y réfléchissez bien, peut-il, franchement, y avoir une autre explication ? Ca peut pas être la qualité du texte, ce serait trop simple...] Pouvoir pénétrer, tel Asmodée, [Surintendant des Enfers, Asmodée sème dissipation et erreur. Selon certaines versions, il serait le serpent qui séduisit Ève. Il apprend aux hommes à se rendre invisible. Mais vous saviez déjà tout ça, hein, puisque vous lisez Le Monde, non ? ] dans le cabinet de consultation du médecin, voir et entendre ce qui s'y passe avec les autres patients [et comment il joue au docteur en leur mettant les mains partout], connaître la vie du médecin au travail, en savoir plus sur sa vie privée [et ses problèmes fiscaux] que les racontars de quartier ou de petite ville ou de village [où l’on passe son temps à bavasser, les Français sont tellement racontards] c'est ce désir-là, ou cette forte curiosité [pour ne pas dire pire] que [ce gros pavé, avec ses gros sabots] vient combler

(...) "je" du médecin transformé en "tu" du patient qui s'adresse au médecin et décrit son activité (...) cette deuxième personne à la place de la première [c’est ce truc-là qui lui donne son petit air « expérimental », mais bon, c’est pas nouveau, hein ?] avait fait le succès de La Modification de Michel Butor, sur un thème assez banal d'adultère [et si ça marche pour les histoires de cul, pas étonnant que ça marche pour les histoires d’hémorroïdes] Martin Winckler, médecin lui-même mais écrivain de vocation [la médecine il fait ça à ses heures perdues pour recueillir les histoires croustillantes qu’il livrera en pâture au lecteur] , (...) lointain modèle Le Passage de Jean Reverzy (...) Roger Martin du Gard, La Consultation (...) médecin humaniste, Antoine Thibault, entièrement dévoué à son métier, qui est, comme celui de Bruno Sachs, de soigner et non d'exercer un pouvoir grâce à un savoir [sujet fondamental mais pas assez bien traité dans le livre pour en expliquer le succès, d’ailleurs les lecteurs n’ont certainement pas fait le rapprochement] « Sans évoquer l'immense succès des Hommes en blanc d'André Soubiran dans les années 50 [c’était pas de la littérature], ou celui du film Un grand patron avec Pierre Fresnay [c’était que du mauvais cinéma académique pré-nouvelle vague], ni le succès international de la série des romans de Frank G. Slaughter [c’étaient que des romans de gare U.S. ! ], qui relèvent d'une autre mythologie [de seconde zone] de la médecine, c'est aux séries télévisées américaines [qui ne sont même pas du niveau des torchons sus-cités] qu'il faut se référer (...) telles que Urgences et NYPD Blue. Martin Winckler en est un amateur averti [et là, tout s’explique : un succès "commercial" pareil ressemble furieusement à l’engouement pour les séries ce qui du coup invite à s'interroger sur les qualités proprement littéraires de ce...]

 « (...) livre autobiographique [l’excellent critique littéraire est certain, il peut dire d’emblée, sans se tromper, à coup sûr, du premier coup, ce qui est « autobiographique » dans un roman et ce qui ne l’est pas] (...) autofiction sociale [histoire de laisser entendre qu’il ne faudrait pas tout de même le ranger au rayon des laissés-pour-compte, l’expédier, le disqualifier trop vite, ce roman-expérimental-publié-par-l’éditeur-le-plus-exigeant-de-Paris-et-qui-a-rencontré-un-succès-inexpliqué-jusqu’à-la-publication-de-cet-article], la seule crédible aujourd'hui, semble-t-il, [pasqu’il n’est plus question que les lecteurs fassent le même succès à un Céline, ça c’était un médecin et un écrivain, des vrais !] Martin Winckler a sans doute réussi [on ne sait comment, mais sûrement pas par la qualité de l’écriture dont le lecteur attentif aura certainement remarqué que le mot n’est jamais prononcé dans notre article] à faire ressentir aux patients que nous sommes tous le besoin et peut-être la nostalgie du [bon vieux] généraliste [du bon pain, du bon fromage] à l'ancienne, qui vous écoute avec empathie, [quel brave type...] soulage vos souffrances [quelle sensibilité... ] et peut-être simplement [...improbable...] reconnaît votre douleur.

C'est ce qui a touché [parce qu’on ne comprendrait pas, sinon, qu’un éditeur si exigeant...] Paul Otchakovsky-Laurens, et c'est sans doute ce qui touche les lecteurs aussi [parce qu’on ne voit pas, autrement, pourquoi tant de gens ont - acheté, car il est impossible de savoir s’ils l’ont - lu un livre aussi pas-facile-d’abord]. Peu importe alors que ce livre soit littérairement une réussite ou non [le grand critique littéraire du Monde préfèrerait ne pas se prononcer] on peut en disputer [si on veut, si on a vraiment du temps à perdre], du moment qu'il touche cette plaie, cette misère, [un peu comme Saint Louis touchait les écrouelles, vous voyez ?] que Pierre Bourdieu [histoire de rappeler que le grand critique littéraire ne maîtrise pas seulement les références littéraires et cinématographiques] et son équipe de sociologues avaient mise au jour d'une autre façon [autrement plus sérieuse parce qu'attention, comparons pas, La misère du monde, ça c'était un livre, y’a pas photo, la comparaison est faite seulement pour suggérer au lecteur cultivé qu’il a mieux à lire que ce roman, que tant de gens - beaucoup plus de "gens" que de "vrais" lecteurs - achètent]. »

C'était signé Michel Contat, Le Monde, 17 juillet 1998.


 - Un beau succès public, non ? insiste ton interlocuteur.
 - Euh... oui, acquiesces-tu en souriant bêtement. On peut dire ça...
 - Et un succès critique, aussi, sûrement !
 - Ah, là, je saurais pas vous dire, réponds-tu sur un ton rêveur. Je ne lis jamais les critiques de mes livres.

(A suivre)

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(1) Le bilan de la première édition fut le suivant : 330 000 exemplaires vendus en édition P.O.L, plus de 100 000 en éditions club, beaucoup de traductions (Anglais, Espagnol, Italien, Néerlandais, Allemand, Hongrois, Coréen, Japonais...). Pendant les dix années qui ont suivi, les deux éditions de poche (J'ai Lu puis Folio) se sont également très bien portées. Pour un bouquin "pas dès l'abord comme de lecture facile", c'est honorable. Enfin, je trouve. Mais bien sûr, je suis partial... (MW)

jeudi 22 juillet 2010

Séance de Rattrapage, 1 : Décrire le désir d'écrire, par Elizabeth L.

Pas de nouvel exercice l'été, mais la possibilité de rattraper ceux qu'on n'a pas faits.
Voici une nouvelle version de Décrire le désir d'écrire, par Elizabeth L.

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Au commencement était le désir… non, ce n’est pas comme ça que ça débutait, c’était « Au commencement était le verbe ». Mais si on met le verbe en premier, ça va faire une drôle de phrase. Par exemple : Penser qu’écrire peut dépendre du désir qu’on en a, quelle idée.

Il y a ceux pour qui écrire est un besoin, une nécessité absolue, une condition préalable à l’être. Et peut-être ceux-là seuls devraient écrire… Comme, par exemple, Marina Tsvetaïeva… Mais les autres, ceux pour qui écrire répond à un désir, qu’en fera-t-on ? Le problème avec le désir, c’est qu’il est sans fin (sans faim ? si, c’est une faim). Dès qu’il est rassasié, il recommence à désirer.

Ecrire commence avec des mots, pas avec des idées. « Le besoin d'écrire est une curiosité de savoir ce qu'on trouvera », dit Alain (le philosophe). C’est comme si on partait dans la cuisine avec toutes sortes d’ingrédients, mais sans savoir quel plat on va préparer. Et comme dit le proverbe, « la preuve du pudding, c’est qu’on le mange » : au final, on se retrouve avec quelque chose de plus ou moins mangeable, un texte qui dit ce qu’il dit, et bien plus, qui dit tout ce qu’on y lit. Les uns y sentiront le goût du paprika, d’autres pas.

J’ai souvent envie d’écrire, et souvent je ne sais pas ce que ça pourrait être. Si ça ne vient pas, je commence au milieu, n’importe où. C’est comme un puzzle, si on a déjà trouvé les pièces des bords, c’est plus facile de continuer, mais sinon, n’importe quelle pièce fera l’affaire pour être la première. Ce qui est plus aisé, c’est de terminer. Le moment venu, on sait très bien que c’est la fin du texte. La dernière pièce du puzzle n’a qu’un seul endroit où se placer.

samedi 17 juillet 2010

Feuilleton d'été (6) - par Martin Winckler

La parole 

Bonsoir à toutes et à tous, je suis très heureux de vous accueillir ce soir à la Médiathèque de Tourmens pour cette soirée dans le cadre de nos rencontres littéraires mensuelles. Je n’ai pas besoin de vous présenter notre invité à qui je vais très vite donner la parole...

La parole, ça se prend.

 Tu ne sais plus qui a dit ça. La phrase remonte en toi teintée de la colère et de la suspicion caractéristique des années soixante-dix.

La parole, ça se prend.

« Toute parole est fasciste » aurait dit Roland Barthes. Tu n’es pas sûr que la citation soit vraie. Qui te l’a dit, jadis ? Était-ce D., dont tu respectais la culture et les opinions, en dépit du fait qu’elle souriait avec condescendance lorsque tu émettais des idées ou des avis propres qui n’étaient pas - comme l’étaient les siennes - validés par quelque auteur connu ? Peut-être. Tu n’en as pas le souvenir précis.

"Toute parole est fasciste." Y compris celle qui a dit ça, alors ? Surtout celle-là.

 La parole, ça se prend.

 Te revient le souvenir de ceux qui te reprochaient (à l’adolescence, pendant tes études, à cette époque de l’histoire récente où les jeunes gens que tu connaissais débattaient de tout - et surtout de sexualité et de politique, car les deux vont de pair, n’est-ce pas ? Si tout est politique, la sexualité ne l’est-elle pas ?) de prendre la parole sans cesse et de ne jamais la laisser aux autres.

 L’accusation (car c’était plus qu’un simple reproche) était cependant ambiguë. On ne te disait pas que tu n’avais rien à dire. On ne te disait pas que ce que tu disais était, en soi, inintéressant ou ennuyeux.. ou même fasciste. On te disait que tu ne laissais pas parler. On te disait que tu n’écoutais pas. Et curieusement, quand tu te taisais, on te demandait pourquoi tu ne disais plus rien...

 Aujourd’hui, non seulement on te donne la parole, mais on t’invite à parler, on se déplace pour t’entendre, on paie pour te lire. Et tu te demandes : « Chaque fois qu’on me donne la parole, à qui est-ce que je la prends ? Qui est-ce que j’empêche de parler ? Qui est-ce que je n’écoute pas ? »

 La parole, ça se prend.

 Quand on donne la parole à un écrivain, qu’est-ce qu’on lui donne ? Un blanc-seing ? Tu te souviens d’une conférence donnée par un « philosophe » français devant une assemblée de médecins suisses. Le « philosophe » était réputé. Pour le groupe professionnel qui l'avait invité, le recevoir apparaissait comme un honneur. Ils étaient plusieurs centaines, ils l’avaient ovationné. Tu l’avais vu monter sur la scène pour  faire une communication si obscure, si supérieure, si empesée, si imbue d’elle-même que ça t’avait donné envie de vomir. Mais tu ne t'étais pas levé pour le dire. De quel droit aurais-tu insulté ceux qui l'avaient applaudi - et qui t'avaient invité, toi aussi, à prendre la parole.

 La parole, ça se prend.

Et quand on n’a rien à dire, quand on ne sait même pas de quoi sont faites les paroles des individus ou des groupes à qui on s’adresse, on dit n’importe quoi. Tu te refuses à dire n’importe quoi. Et tu détestes qu’on fasse passer du n’importe quoi pour des discours signifiants et lumineux. Les paroles s’envolent, les écrits restent. Périodiquement, tu relis des textes écrits il y a vingt ou trente ans, et tu découvres, avec une surprise mêlée d’émotion, que tu y disais la même chose qu’aujourd’hui. Tu te demandes s’il y a de quoi être si fier. Après tout, répéter sans arrêt la même chose, est-ce si formidable que ça ?

 Un jour, le quotidien Libération t’a demandé d’écrire ton « journal de la semaine ». Tu y écrivais entre autres « Ouvrez vos gueules. Prenez la parole. » Quelques jours ou semaines plus tard, une femme t’a écrit qu’elle essayait depuis très longtemps de le faire, et que ça ne servait à rien. Et que seuls ceux qui avaient la parole pouvaient la donner aux autres. Que la parole, c’est le pouvoir, et que personne n’abandonne le pouvoir.

 Cette lettre t’a ébranlé, car bien évidemment elle sous-entendait qu’il t’était facile d’exhorter les autres à prendre la parole alors que tu l’as, toi. Mais d’un autre côté, que vaut une parole qu’on vous donne ? Que vaut une parole qu’on vous accorde ? Que vaut la parole quand on ne l’a pas revendiquée furieusement, farouchement sans aucun espoir de l’obtenir ? Que vaut la parole quand on ne sait pas que prendre la parole n’a qu’un « pouvoir » relatif ? Et d’ailleurs, est-ce que prendre la parole - ou écrire - c’est vraiment prendre le pouvoir ?

 Est-ce que prendre la parole (ou écrire) ça n'est pas, justement, revendique r que la parole appartient à tout le monde. Que celui qui prend le pouvoir, ce n'est pas celui qui prend la parole, mais celui qui se l'accapare. La garde pour lui. Ne tolère pas qu'un ou une autre la prenne.

Prendre la parole, c'est tester celui ou celle qui parle. C'est lui dire : tu parles, tu parles, mais sais-tu écouter ce que j'ai à dire ? Tu parles, mais moi aussi j'ai des choses à dire.

La parole, ça se prend, précisément, parce qu'elle n'appartient à personne.


mercredi 14 juillet 2010

Feuilleton d'été, épisode alternatif 3 - par Martine Bourguignon


La salle

Tout d’abord la salle de presse d’un lycée de province. Une poignée d’élèves, un animateur, deux profs. Les jeunes présentent leur journal, un peu  intimidés de s’adresser à l’Auteur, c’est la première fois pour la plupart d’entre eux,  mais peu à peu la fierté de rédiger un quotidien l’emporte et tu constates qu’ils sont surpris qu’un adulte dont l’écriture est le métier les traite avec autant d’intérêt.

A midi, une salle de restaurant, disons une pizzéria, toujours la même bande, vous vous éloignez du journalisme et de l’actualité brûlante pour parler de l’écriture romanesque.  Ce qui sera un Autre Grand Bouquin est en cours d’écriture, tu as cette délicieuse impression d’entrer dans les coulisses de la création littéraire, sans en comprendre sur l’instant toute la portée d’ailleurs.

Toujours le même jour, l’après-midi. La salle polyvalente du lycée  est comble, une discussion à bâtons rompus s’engage sur les séries télévisées et la sexualité entre autres, les élèves sont conquis par le côté non conformiste et parfois très drôle de cette intervention pour le moins inhabituelle. Tu te dis c’est ça, finalement, un écrivain, et tu souris.

Quelque temps après lors d’un séjour à Paris tu assistes à un colloque sur les séries, dans un amphi de la fac de médecine mettons. Tu es arrivée un peu tard et as dû t’asseoir au fond, c’est-à-dire en haut,  l’orateur tout en bas te parait minuscule, alors tu suis sa présentation sur l’écran. Tu es surprise par l’assistance nombreuse et  studieuse et tu fais comme les autres, tu sors ton petit carnet et sur ces tablettes de bois qui ont vu défiler des générations d’étudiants, tu prends des notes.

Une autre fois, tu te rends à une rencontres organisées par un libraire, admettons que cela se passe à La Boite à Livres, l’Ecrivain est installé face à la porte d’entrée, il jette régulièrement des coups d’œil dans cette direction, comme s’il espérait y voir quelqu’un qui n’arrive pas. L’assistance occupe toutes les rangées de chaises qu’il a été possible de caser dans l’espace exigu entre les piles de livres, les travaux de rénovation ce sera pour plus tard. Il y a là des personnes de toutes sortes et de tous âges, tu remarques notamment de jeunes étudiants en médecine qui posent des questions plutôt pertinentes.   A la fin tu te glisses dans la file pour faire dédicacer ton exemplaire du Grand Bouquin dont il avait été question quelques mois plus tôt, cette fois l’Ecrivain te reconnait et vous échangez quelques mots.

Tu te souviens - c’est loin- d’une autre soirée dans le sous-sol d’une  médiathèque, une fois de plus l’assistance est fournie, tu as oublié le thème de cette rencontre, le romans policier peut-être, il te semble qu’il y a ce soir-là plusieurs auteurs, mais tu n’en es plus si sûre finalement. Cette fois tu ne fais pas la queue pour échanger trois mots, tu n’as pas le temps, ou l’envie, ou alors tu n’oses pas, c’est un peu flou.

Un autre souvenir, un autre lieu. Tu passes la journée au salon du livre, à la fois émerveillée par la multiplicité des genres et la qualité des débats auxquels tu assistes, et, il faut bien le dire, déçue par le côté mercantile et superficiel de l’affaire. Un peu triste aussi de voir que certains des auteurs que tu lis sont ignorés par les visiteurs qui se massent pour d’autres, plébiscités par les média. Tu te dis également que c’est dommage qu’on  dédicace à  la chaîne, c’est du moins l’impression que tu en as.

Une dernière fois dans le salon de thé de La Boite à Livres, mettons. Une salle pas très grande mais claire où tu déjeunes parfois, tu aimes y aller seule, car il y a toujours des journaux et des livres à disposition. Quand tu arrives l’Ecrivain est en train de demander où  brancher son ordinateur. Tu vas l’empêcher de consulter ses messages, ce doit être l’horreur absolue pour ce geek qui est pris de crises de panique aigue dès qu’il ne se sent plus connecté. Il ne semble pas t’en tenir rigueur en tout cas, vous parlez de nouveaux départs, du blog- tu es un peu la représentante de tes comparses de l’atelier d’écriture en ligne- et de livres, à lire ou à écrire.

samedi 10 juillet 2010

Feuilleton d'été (5) - par Martin Winckler


Présentation



Bonsoir à toutes et à tous, je suis très heureux de vous accueillir ce soir à la Médiathèque de Tourmens pour cette soirée dans le cadre de nos rencontres littéraires mensuelles. Je n’ai pas besoin de vous le présenter notre invité, que je remercie vivement d’être avec nous ce soir, on ne le présente plus, vous connaissez tous... 

Et toi, tu ne peux pas t’empêcher de penser : « Non, ils ne me connaissent pas tous. Et puis connaît-on jamais vraiment, même si on en a entendu parler - même si on les a entendus parler - sait-on jamais qui sont vraiment les gens soi-disant célèbres qu’on ne présente plus et que, donc, on ne présente pas ? La moindre des choses ne serait-elle pas qu’ils se présentent eux-mêmes ? » et tu voudrais pouvoir résumer ta vie en quelques secondes en commençant par le commencement puisque pour tout le monde c’est quand même comme ça que ça démarre, et pour toi pas moins que pour un autre et peut-être encore plus (Je suis né en 1955. Je suis né et j’ai grandi dans la maison d’un médecin et j’ai toujours voulu faire le même métier que mon papa. Je lis depuis que je suis tout petit et j’ai toujours aimé les histoires. J’écris depuis l’âge de dix ou douze ans et j’ai toujours voulu être un écrivain américain. Aujourd’hui, je suis père de famille nombreuse, j’exerce la médecine sous mon patronyme, je publie (surtout en français, un peu en anglais) sous le pseudonyme de Martin Winckler. Je suis né à Alger, en 1961 ma famille a quitté l’Algérie pour aller s’installer - en vain - en Israël et finir par retourner en France et se fixer à Pithiviers (Loiret) en 1963 où j’ai passé mon enfance et mon adolescence. En 1972, après mon bac, je suis allé passer un an chez une famille américaine à Bloomington (Minnesota) et j’ai appris là presque tout ce qui me permet aujourd’hui d’exercer mes métiers d’écrivain, de médecin et de traducteur - taper à la machine, parler et lire l’anglais, constituer une documentation - et bien d’autres choses encore. Pendant les dix années qui ont suivi, j’ai fait des études de médecine à Tours (Indre-et-Loire). En 1983, j’ai créé un cabinet de médecine générale à Joué-L’Abbé (Sarthe). La même année, je suis devenu rédacteur à Prescrire, jeune revue médicale indépendante installée à Paris (75). L’année suivante, on m’a confié deux vacations - au centre de planification et dans le service d’IVG - au Centre Hospitalier du Mans, où je n’ai jamais cessé d’exercer depuis.

Au cours des années 80, j’ai publié de nombreux articles médicaux et quelques nouvelles ; j’ai rédigé le premier jet d’un premier roman, La Vacation, avec une IBM à boule et fini le second jet de ce même roman avec un ordinateur. J’ai envoyé mon tapuscrit à cinq éditeurs. Paul Otchakovsky-Laurens m’a appelé pour m’annoncer qu’il voulait le publier dans sa maison, P.O.L, en 1989. Je me suis mis à traduire, de l’anglais au français, de la littérature, des revues et des livres de médecine, des romans policiers ou de science-fiction, des comic-books. J’ai gagné ma vie en traduisant autant qu’en exerçant la médecine générale.

Entre 1991 et 1994, j’ai déménagé, j’ai divorcé et je me suis remarié. Lassé de prendre des gardes de nuit ou de week-end dans un rayon de trente kilomètres et de travailler avec un médecin avec qui je ne m’entendais pas, j’ai eu envie de souffler un peu. En 1993, j’ai cédé la place à Joué l’Abbé à un jeune praticien. J’ai poursuivi mon activité de médecin vacataire à l’hôpital du Mans et gagné ma vie penché sur un clavier et un écran. Entre deux articles, traductions et autres tâches d’écriture mercenaire, je rédigeais, sans attente ni espoir particulier, chapitre après chapitre, un troisième roman intitulé La Relation dans lequel je m’efforçais raconter (de relater) la vie quotidienne d’un médecin généraliste et les liens (les relations) qu’entretenaient entre eux et avec lui les patients qui venaient le consulter.

Début 1997, quelques jours après avoir reçu le manuscrit, Paul m’a appelé pour me dire que c’était le roman qu’il attendait de moi . (Ces mots m’ont marqué parce qu’il évite le plus souvent toute emphase : lorsqu’il aime beaucoup un livre, il le qualifie de « très bon » s’il il a été publié par un autre éditeur, et de « sensationnel » quand c’est lui qui l’a publié). Un autre écrivain venait de publier un roman intitulé La relation. Après quelques tâtonnements, j’ai rebaptisé le mien La Maladie de Sachs et, après moult relectures et corrections, le texte est parti chez l’imprimeur à l’automne. Fin décembre 1997, j’ai reçu le premier exemplaire. En feuilletant les 500 pages imprimées en petit caractère, j’ai poussé un grand soupir. J’étais heureux de publier un second livre chez P.O.L neuf ans après La Vacation, mais ce roman-ci était, à mes yeux, sombre et déprimant. En le posant sur la table, j’ai dit : Personne ne va lire ça.

Six mois plus tard, en mai 1998, un jury de 24 lecteurs et auditeurs de France Inter faisait de La Maladie de Sachs « leur » Livre Inter. Le roman écrit en cinq ans est devenu en quelques semaines un succès de librairie - ce qu’on appelle communément un best-seller) ton parcours en quelques phrases, mais si tu as appris à maîtriser les formes courtes quand il s’agit de langage écrit, tu es incapable de synthétiser ta pensée en quelques phrases et si jamais on te donnait le temps, tu mettrais un petit moment pour tout raconter, tant tu serais hésitant à choisir les éléments importants et ceux qui ne le sont pas alors tu passes d’un extrême à l’autre et tu dis :

« Bonjour.
Mon nom est Marc Zaffran. Je suis médecin généraliste, j’écris des romans et des essais sous le pseudonyme de Martin Winckler et mon livre le plus connu s’intitule La Maladie de Sachs. »

Et pendant que, dans l’auditoire, plusieurs personnes hochent la tête tu murmures de manière presque inaudible : « Et c’est de sa faute si je suis là. »



mercredi 7 juillet 2010

Feuilleton d'été, épisode alternatif 2 - par Don Bruno de La Vega


« Le Jeune Homme »

Il m’énerve celui-là à taper sur son ordinateur portable !

Le cliquetis du clavier m’empêche totalement de me concentrer. En plus, quand il appuie sur la touche « Enter », il le fait avec une énergie telle, qu’à chaque fois, le bruit me déconcentre et me contraint à lever les yeux pour faire une pause puis essayer de retrouver le fil de mon texte. Je reprends ma lecture avec un profond soupir agacé.

En plus, dans le compartiment, une dingue est venue s’installer, flanquée d’une caisse en plastique dans laquelle, un matou hurlait à la mort. Et voilà-t-y pas, qu’elle le sort, lui attache une petite laisse avec un collier muni d’un grelot ! Côté bruit, c’est le pompon ! Ah, il va m’entendre le contrôleur ! En attendant, j’avale furtivement un anti-histaminique…il ne manquerait plus que je fasse une crise d’asthme !
La propriétaire du félin sort un bouquin, couverture blanche, lettrage bleu sombre, et s’y plonge avec délectation.

Au énième « Enter » énergique de mon voisin Geek, je dévisage l’énergumène, pour bien lui montrer qu’il me dérange !
C’est là que je le reconnais !
Aaaah, son nom m’échappe, mais il est venu à la fac, il y a quelques année, nous parler d’un de ses bouquins qui était au programme de P1 ! Le truc chiant au possible, démago, je te raconte pas ! Les nanas complètement pâmées…le Johnny de la littérature médicale, le mec ! Un vrai tabac !
Tiens d’ailleurs, la nana au chat, c’est un de ses bouquins qu’elle lit…Heureusement qu’elle n’a pas reconnu notre voisin, je serais bon pour une séance de dédicace, avec roucoulements, clignements d’oeil et autres danses prénuptiales !
En plus, ce discours apologique sur la médecine générale…
Il n’est pas question que je montre le moindre intérêt pour ce mec-là.
Je m’en fous, moi, dans dix ans, quinze tout au plus, je serais Agrégé !
Je me replonge dans ma question d’internat ! Quinze pages sur « Migraines », il faut arrêter de rêvasser ! 


Don Bruno de la Vega