Prendre l'avion sans vous,
c'est prendre du bon temps sur un accord mineur.
Quand nous nous poserons, je saurai des tas de choses sur notre vie que vous ne savez pas_encore.
Pour commencer, je vais faire une place à votre « être au monde », une place physique, vous choisirez la pièce, les meubles, les plantes, le tapis, ou rien comme vous le voudrez,
Puis je prendrai plaisir à ménager à vos « effets personnels » de pratiques étendues planes, je savourerai cette matérialité sans vie de votre présence, l'absence de vos formes dans ces tissus pliés vous dessinant déjà,
Avec pudeur et je le voudrais délicatesse je poserai près de la sonnette un nouveau petit carton manuscrit: un blanc, au-dessous un « et », au-dessous mon nom,
Dans le même esprit, un trousseau de clés sur le meuble de l'entrée,
Un nouvel abat-jour dépareillera avec bonheur au bout du canapé, son ampoule prête à lire par-dessus votre épaule,
Et ces banalités d'un ennui à mourir, ces contingences infâmes seront enfin les miennes puisque j'ose en rêver aujourd'hui en plein ciel, si j'ose vous les soumettre, si vous souhaitez les faire vôtres.
Me complaisant (sans garantie de durée mais avec une belle sincérité) dans cette triviale intendance d'une vie partagée, je m'apprête à vous recevoir.
lundi 12 avril 2010
Partir, revenir (exercice n°12, 11) par Christine C.
Prendre un bateau pour traverser le Fleuve,
Marcher sur le Quai en direction du Pont,
Fermer les yeux,
Se souvenir des images, les superposer : un amoureux blond, des enfants souriants,un amoureux brun, d'autres enfants souriants, les miens, un gros
bonhomme noir à chapeau melon, l'eau qui brille comme de la paille
Ecouter les mouettes, le bruit des voitures qui traversent le Fleuve, les vibrations du Pont, les petites vagues qui se brisent,
Arriver au bout du Quai,
S'apercevoir qu'on a remonté le temps en remontant le Fleuve,
Lever enfin les yeux vers la Ville( aller de droite à gauche, de gauche à droite),
Se souvenir du poème de Sophia*, garder les mots longtemps dans la bouche, le chuchoter à ton oreille : digo o nome da cidade, digo para ver,
je dis le nom de la ville, je dis pour voir
Je dis pour que tu vois
C'est mon cadeau, je pense : plaisir d'offrir
joie de recevoir ?
* Sophia de Mello Breyner Andresen
Marcher sur le Quai en direction du Pont,
Fermer les yeux,
Se souvenir des images, les superposer : un amoureux blond, des enfants souriants,un amoureux brun, d'autres enfants souriants, les miens, un gros
bonhomme noir à chapeau melon, l'eau qui brille comme de la paille
Ecouter les mouettes, le bruit des voitures qui traversent le Fleuve, les vibrations du Pont, les petites vagues qui se brisent,
Arriver au bout du Quai,
S'apercevoir qu'on a remonté le temps en remontant le Fleuve,
Lever enfin les yeux vers la Ville( aller de droite à gauche, de gauche à droite),
Se souvenir du poème de Sophia*, garder les mots longtemps dans la bouche, le chuchoter à ton oreille : digo o nome da cidade, digo para ver,
je dis le nom de la ville, je dis pour voir
Je dis pour que tu vois
C'est mon cadeau, je pense : plaisir d'offrir
joie de recevoir ?
* Sophia de Mello Breyner Andresen
Partir, revenir (exercice n°12,10 ) par Paola
Prendre la tangente, voilà.
Je vais te faire ce cadeau mon Amour, revenir un jour et t’aimer. Devant ce ciel si bleu qu’il m’en faisait pleurer les yeux, j’ai compris ce que le vent m’a dit : partir et mieux revenir. C’est ça, Hombre, que tu voulais que je fasse, hein ?
Faire les valises, les vider du poids des ans, et les remplir de l’espérance. Les déplacer sur des roulettes, pour que jamais leur poids ne m’arrête.
Tiens, regarde, j’y mets le portrait de toi, celui au papillon, la photo que j’avais prise il y a un siècle au moins, tu étais vieux alors. Je la mets au fond, pour ne pas la voir, c’est toi, mais c’est le toi d’avant.
Et dessus, que crois-tu que je pose ? Mon livre, celui qui nous a fait grandir, celui que jamais tu n’as lu, c’est moi qui te l’ai écrit, mais de peur, non, tu ne sais même pas les premiers mots.
Les dessins des enfants, les miens. Ils sont mariés, je suis grand-mère, je ne les vois plus, depuis toi. Alors j’y vais, demain, me reconnaîtront-ils ?
Je suis belle encore, dans mon gris, dans mon vert, dans ma peau qui a pris le soleil. Dix jours partie, dix ans partis, c’est la magie des voyages, ils forment la jeunesse, et rendent fou les vieux sages. Alors mes petites culottes, à côté de mes bas noirs, ma prochaine destination c’est toi, je m’habille en vamp du soir.
Je l’aimais, je croyais, mais toi, toi l’homme au papillon, celui qui parle aux nuages et souffle avec le vent, toi qui a le sang qui bat l’encre de ton cœur, les mots doux, les mots si beaux, maintenant, viens, attends, j’arrive, je suis prête à les recevoir.
Paola.
www.lautrepaola.wordpress.com
vendredi 9 avril 2010
Partir, revenir (exercice n°12, 9) - par Salomé V.
- Prendre la tangente, partir, tout quitter, couper les ponts,
larguer les amarres,
disparaître,
- Rompre avec ce quotidien monotone, cette vie de
famille étouffante, ce boulot abrutissant,
- Ne plus tomber du lit à l’aube, courir toute la journée, suivre un planning bien organisé,
- Fini le théâtre, terminée la représentation, ne plus jouer le rôle du bon père de famille, de l’époux attentionné ou de l’informaticien dévoué,
- Faire ce que je veux, quand je veux, sans contrainte, sans anticiper la suite des événements,
- Respirer, vivre dans l’instant, profiter de ce qui se présente, avoir du temps,
- M’enivrer de musique, de bon vin, de grand air, bouquiner et dormir tout mon saoul, manger
n’importe quoi, m’habiller si je veux,
- Vivre l’aventure,
On dirait que ma vie est un cadeau que je viens de
recevoir.
jeudi 8 avril 2010
Partir, revenir (exercice n°12, 8) - par Sundog
Prendre cette liste et l'accrocher sur le frigo ou à scotcher sur ma table de nuit pour ne pas la perdre comme toutes les autres :
1- Gagner du temps, c'est ce que je vais faire désormais. C'est ce que je devrais faire. M'y atteler. Il faut que je me souvienne que la plus grande question de la journée était de savoir quel chemin nous allions prendre avec le groupe pour arriver au sommet de la montagne. Si seulement les gens dans ce groupe avaient été moins frileux les uns avec les autres. Mais pour qui je me prends ? J'ai été le plus froid entre tous.
2- Être plus à l'écoute des autres donc, comme je l'ai bien été avec les chevaux joueurs et peureux et les aigles aux yeux bandés du spectacle médiéval.
3- Être plus à l'écoute de moi-même, et peut-être faire plus de sport, et moins lire. Surtout moins lire des livres de supermarché.
4- Allez dans le café en bas de chez-moi et laisser sur la table mon numéro sur un bout de papier. Oser sans craintes. Pour que la jolie serveuse le trouve avec un pourboire conséquent. Surtout ne pas présumer de quoi que ce soit. Ne plus voir un futur qui n'existe pas.
5- Me délester de l'inutile et, surtout, de la peur de l'imprévisible qui n'a eu de cesse d'alourdir ma vie, et son pas.
6- Relire Le Petit Prince pour voir s'il me change adulte, comme il m'a changé enfant.
7- Provoquer des changements anodins pour que ce que je vois dans le miroir puisse me servir un jour.
8- Téléphoner à mon père (ne pas oublier). Lui parler pour de vrai (pour une fois). Lui raconter comment le soleil brillait sur toutes les consciences pendant les vacances, et comment j'ai été heureux d'être là-bas, sans même m'en apercevoir. Essayer de ne pas entrer dans son jeu plaintif et négatif. Pendant la conversation : focaliser sur le soleil. Comme je l'ai reçu, lui expliquer sans paternalisme, qu'il n'est jamais trop tard, que lui aussi s'il le souhaite, peut le recevoir.
Sundog
1- Gagner du temps, c'est ce que je vais faire désormais. C'est ce que je devrais faire. M'y atteler. Il faut que je me souvienne que la plus grande question de la journée était de savoir quel chemin nous allions prendre avec le groupe pour arriver au sommet de la montagne. Si seulement les gens dans ce groupe avaient été moins frileux les uns avec les autres. Mais pour qui je me prends ? J'ai été le plus froid entre tous.
2- Être plus à l'écoute des autres donc, comme je l'ai bien été avec les chevaux joueurs et peureux et les aigles aux yeux bandés du spectacle médiéval.
3- Être plus à l'écoute de moi-même, et peut-être faire plus de sport, et moins lire. Surtout moins lire des livres de supermarché.
4- Allez dans le café en bas de chez-moi et laisser sur la table mon numéro sur un bout de papier. Oser sans craintes. Pour que la jolie serveuse le trouve avec un pourboire conséquent. Surtout ne pas présumer de quoi que ce soit. Ne plus voir un futur qui n'existe pas.
5- Me délester de l'inutile et, surtout, de la peur de l'imprévisible qui n'a eu de cesse d'alourdir ma vie, et son pas.
6- Relire Le Petit Prince pour voir s'il me change adulte, comme il m'a changé enfant.
7- Provoquer des changements anodins pour que ce que je vois dans le miroir puisse me servir un jour.
8- Téléphoner à mon père (ne pas oublier). Lui parler pour de vrai (pour une fois). Lui raconter comment le soleil brillait sur toutes les consciences pendant les vacances, et comment j'ai été heureux d'être là-bas, sans même m'en apercevoir. Essayer de ne pas entrer dans son jeu plaintif et négatif. Pendant la conversation : focaliser sur le soleil. Comme je l'ai reçu, lui expliquer sans paternalisme, qu'il n'est jamais trop tard, que lui aussi s'il le souhaite, peut le recevoir.
Sundog
Partir, revenir (exercice n°12, 7) - par Gilda F.
(Pour moi ce serait
dans un train. Il reviendrait d'au nord. Et puis ça serait après 8
jours et pas 10, c'était prévu 10 et puis voilà, ça n'aurait pas
été, alors la mort dans l'âme la femme aurait raccourci son
séjour)
Prendre la décision qui s'impose quant à cet amour que Zangra a mis en route mais qu'au bout du compte il n'éprouve pas ; cesser de se demander pourquoi il a fait ça.
Gagner enfin sérieusement au loto afin de l'aider néanmoins à sortir de sa mouise et mettre aussi hors d'eau les miens ; je ne suis ni éternelle ni fortunée. Il ne mérite pas la faillite dans laquelle il tombe.
(Re)trouver rapidement un amant compétent (et en forme) ; ou tellement mieux, un amoureux. Ne plus se soucier de Zangra puisqu'il ne le veut pas.
Achever fissa « Sans nouvelles », avancer vite « Café vanille, brasse papillon » et le difficile chantier EPAA. Ouvrir enfin le blog sur la vie quotidienne avec une part de thalassémie. Si je peux être encore un peu utile aux autres c'est là.
Ranger l'appartement, sont à retrouver tant de papiers officiels considérés comme importants ; j'aurais des ennuis si ça traîne.
Pour le bien qu'ils m'ont fait quand c'était réciproque, ne cesser d'aimer ni Jef, ni Marieke, ni non plus Zangra. Bien sûr ce n'est plus possible de la même façon. En être consciente sans pour autant nous renier. Ne pas laisser les dragons l'emporter. Pas les dragons, jamais. Seconder Florence.
Cesser de ne faire que donner, se préserver, ménager ses propres forces, apprendre enfin à recevoir.Gilda F.
mercredi 7 avril 2010
Partir, revenir (exercice n°12, 6) - par Martine B.
Prendre sa décision sans trop s’appesantir, quitter ceux qui cherchent à vous retenir
Se lancer un défi, en mesurer les risques,
Ignorer les peureux, les envieux, délaisser son confort,
recommencer ailleurs,
S’octroyer le temps de vivre, remplir son existence,
Décider de tout dire et choisir de l’écrire,
Changer ses habitudes pour aller de l’avant, puiser dans la rencontre un regain d’énergie
Donner beaucoup aussi, apprendre à recevoir.
Se lancer un défi, en mesurer les risques,
Ignorer les peureux, les envieux, délaisser son confort,
recommencer ailleurs,
S’octroyer le temps de vivre, remplir son existence,
Décider de tout dire et choisir de l’écrire,
Changer ses habitudes pour aller de l’avant, puiser dans la rencontre un regain d’énergie
Donner beaucoup aussi, apprendre à recevoir.
mardi 6 avril 2010
Partir, revenir et partir encore (exercice n°12, 5) - par Serge A.
Prendre un peu
de temps
Sentir le vent
venir
S’en aller
vider le vin de la cave
Gravir
l’escalier de pierre
Puis l’échelle
de meunier
Lisser de la
main la solive veinée
L’éviter
Ecouter encore
le grenier grogner
Puis se pendre
à la poutre porteuse
Prier le monde
de prendre ça
Comme une fin
de non recevoir.
lundi 5 avril 2010
Prendre l'air (Partir, revenir, 4) - par Franck Garot
1. Prendre l'air fatigué de celui qui a trop bossé
2. Taire tout ce qu'il faut taire de ces 10 jours
3. S'assurer que les collègues ne diront rien à Isabelle
4. Prendre l'air amoureux de celui qui l'aime
5. Taire tout ce qui pourrait lui prouver le contraire
6. S'assurer une nouvelle fois que l'hôtel a bien lavé mon linge
7. Prendre l'air heureux de celui qui retrouve les siens
8. Taire à ses enfants qu'ils devraient avoir honte de leur père
9. S'assurer que jamais ils ne se doutent
10. Prendre l'air dégagé d'un banquier suisse
11. Taire le but de ces retraits d'argent
12. S'assurer qu'ils passent pour des cadeaux professionnels
13. Prendre l'air fatigué de celui qui a trop bossé
14. Taire tout ce qu'il faut taire de ces 10 jours
15. S'assurer que ma vie n'essuie pas une fin de non recevoir
--
Franck Garot
dimanche 4 avril 2010
"In the Works" (*) (Ficelles et chapeaux-claque, 4)
En réponse (partielle) à Adélaïde...
Lundi 23 mars, à Paris, j'ai déjeuné avec Paul Otchakovsky-Laurens, « mon éditeur ». (J'ai été publié par tout plein de maisons, mais Paul O.-L. est et reste à jamais monéditeur, en raison des relations très particulières, très personnelles que nous avons établies depuis près de 22 ans.) On déjeune ensemble une ou deux fois par an, pour parler de ce que j'ai en travail, et ça me fait beaucoup de bien quand je ne sais pas ce que je vais écrire ensuite. Pendant de nombreuses années, (avant que je sois un écrivain « reconnu ») ces rencontres étaient pour lui l'occasion de me rassurer et de m'encourager sur la légitimité de ce que j'écrivais... Et tandis que j'écris ça, je me dis que je devrais raconter l'histoire de cette relation et de ma relation parallèle (mais pas superposable) avec Jean-Paul Hirsch, le bras droit et le frère en édition de Paul (ou son éminence grise, ou son ombre et notre ange gardien, à nous les écrivains maison), mais tout de suite après je me dis que c'est le genre d'histoire qu'on ne raconte que quand l'autre est mort et comme ce n'est pas du tout mon souhait et que j'ai pas du tout envie de lui porter la scoumoune, je pense que je vais m'abstenir, mais d'un autre côté pourquoi attendre que les personnes qu'on aime et/ou respecte soient mortes pour parler de la relation qu'on a avec elles ? Sacrée question à laquelle je vais résister aujourd'hui puisque ce n'est pas mon propos (mais je la mets de côté, ne vous en faites pas). Mon propos est ce dont j'ai parlé avec Paul l'autre jour : qu'est-ce que j'écris maintenant ?
« Maintenant », c'est à dire : « après Le Choeur des femmes ». J'ai investi beeaucoup d'énergie et d'amour et d'espoir dans ce roman, dont les lecteurs me le rendent bien depuis sa sortie (il s'en est vendu pas loin de 60 000 et il continue à se vendre, lentement mais régulièrement, ce qui n'est pas rien dans le contexte économique actuel du livre et de l'édition). Mais là, ces derniers mois, je me sentais « désinvesti », « vidé », bon à rien, et je me demandais quoi faire. Ou plutôt, pour être très précis, lequel de mes trois projets amorcés j'allais mener à bien.
Quand j'ai déjeuné avec Paul, je lui ai décrit les trois projets, il m'a écouté attentivement et puis m'a dit, comme il le fait presque toujours : « Peu importe quel livre vous faites, allez vers celui qui vous tient le plus à coeur et écrivez-le à votre rythme, sans pression aucune. » Traduction : « Je ne vous demanderai pas de me le rendre à date fixe pour pouvoir composer mon programme éditorial » ; Paul prend les écrivains et les livres comme ils viennent, il ne les presse ni ne les pressure jamais. Il me fait penser à ces directeurs de production de la télévision américaine qui, depuis les années 80, ont pour philosophie de laisser les scénaristes écrire et de les protéger des « Networks ». Paul publie les livres qu'il aurait voulu écrire. Il est si attaché à son indépendance éditoriale qu'il ne voudrait pas se mêler du travail des écrivains. Ça ne l'empêche pas de faire des remarques ou des objections parfois, et même de refuser des manuscrits (j'ai eu droit aux trois, en vingt ans, ce qui montre qu'il n'a rien de complaisant, même avec les écrivains maison, et d'autres que moi ont pu le constater) mais j'ai coutume de dire qu'il fait de l'édition comme Bruno Sachs fait de la médecine : sans entretenir de rapports de force avec les écrivains qu'il publie.
Il a ajouté « Vous savez probablement lequel de vos projets vous avez envie de mener à bien, mais en écrivant, ça vous paraîtra plus clair. » Et ça m'a donné l'idée de mettre « au propre » le début de chacun des trois projets en question et de les lui envoyer. Non parce qu'il va me dire lequel il préfère (ce serait me pousser dans une direction qui n'est pas nécessairement la mienne) mais parce que ça va me permettre, à moi, à l'écriture, de savoir vers lequel de ces projets va mon désir en ce moment.
Les dix jours passés à Paris, loin d'un lieu de travail (j'avais mon ordi avec moi, mais je ne peux pas vraiment écrire quand je suis en voyage et ne suis pas déjà immergé dans un livre en travail) ont eu également la vertu de me mettre « hors champ ». Des trois projets que j'avais très envie de prendre à bras-le-corps, j'en ai déjà mis un de côté. Il me reste à choisir entre les deux autres.
« Bon mais alors, c'est quoi ces deux foutu putain de bordel de projets à la noix ???? » vous demandez-vous.
Alors, sans ordre préférentiel :
1° Un truc romanesque qui s'est intitulé d'abord La tête d'un homme puis La voix des hommes (sur la suggestion de mon plus jeune garçon, en écho au Choeur des femmes). C'est un texte sarcastique de fiction d'inspiration autobiographique dans lequel un écrivain est seul chez lui (sa compagne est absente pour un délai et des motifs indéterminés) et doit faire face à l'intendance, à ses enfants et au texte qu'il écrit et qui s'intitule Cet homme en kit. C'est un roman dans lequel il n'y a pas de médecin (même si l'écrivain est peut être médecin, mais je ne suis pas sûr que ce soit indispensable à mon propos, qui rejoint des entrées récentes de ce blog, au sujet du « Temps d'écriture disponible »).
2° Un machin autobiographique inspiré par une discussion avec Daniel Pennac, l'automne dernier, au salon du livre de Montréal. Quand je lui parlais de mon admiration (envieuse...) à l'égard de l'influence consolatrice qu'ont eue sur tant de lecteurs des livres tels que Comme un roman ou Chagrin d'école, il m'a dit qu'il aimerait que j'écrive un livre du même genre sur le soin. J'ai cherché comment écrire un texte autobiographique sur la médecine, moi qui n'ai jamais été malade ni opprimé par les médecins (alors que Pennac a été un cancre opprimé par l'éducation nationale) et j'ai fini par me rendre compte que j'avais quelque chose à raconter sur la manière dont mes parents, chacun à sa manière, m'ont « enseigné » le soin. Le titre (inhabituellement long venant de moi qui aime les titres courts et polysémiques) serait
3° Un OLNI (objet littéraire...) qui est à la fois un roman de SF, une histoire d'amour transtemporelle (le personnage principal tombe amoureux d'une femme qui vit à une époque différente de la sienne, comme le personnage de Laura d'Otto Preminger tombe amoureux du portrait d'une femme qui vient d'être assassinée, ou comme le peintre de Portrait of Jennie de William Dieterle tombe amoureux d'un modèle qui est peut-être un fantôme), une interrogation sur le sentiment amoureux vu par l'anthropologie et la psychologie évolutionniste, une critique d'une société de plus en plus médicalisée, un roman épistolaire, une réflexion sur la mémoire, la lecture des textes du passés et l'écriture de textes qui seront (peut-être) lus dans le futur, une métaphore d'un vieux fantasme personnel qui m'a donné le goût des histoires de paradoxe temporel, etc. Un gros truc. Très ambitieux. Le genre de roman qu'on écrit après avoir lu des volumes de bouquins de physique quantique et révisé Orwell, Aldous Huxley et la moitié d'Asimov.
Bon, vous l'avez compris tout de suite, c'est le troisième que j'ai mis de côté. Pas fou. Je sais quand un projet n'est pas mûr. Je caressais depuis longtemps l'idée d'un roman d'amour mêlé à une histoire de voyage dans le temps (il y en a au moins deux ébauches dans Histoires en l'air, POL, 2008) mais une suite d'événements et de rencontres inattendues l'a fait beaucoup progresser ces derniers temps, ce qui m'a amené à le remettre en chantier. Seulement, il en va de certains livres comme de certains films : plus la réflexion avance, plus les ambitions augmentent, et pour être à la hauteur, la préparation doit s'allonger.
Celles et ceux qui me lisent depuis longtemps auront aussi peut être remarqué qu'il n'y a pas, dans la liste, le « prochain grand roman médical » dont je parle depuis longtemps, avant même d'avoir écrit Le Choeur des femmes. Ce roman-là, intitulé Les Sept Soignants en hommage aux Sept Samouraïs de Kurosawa et aux Sept Mercenaires de John Sturges, sera inspiré par mon expérience de groupe Balint à la fin des années 80 et par les transcriptions que notre « leader », le Dr Pierre Bernachon, faisait de nos séances. Là encore, ce sera un bouquin que j'ai besoin de « documenter ». Comme je n'ai pas l'intention de mourir bientôt, je le garde pour plus tard.
Donc, en l'état actuel des choses, les deux projets les plus avancés sont le 1° et le 2°. J'hésite d'autant plus que l'un est un roman, l'autre un texte autobiographique, et que je ne sais pas ce que j'ai envie d'écrire le plus (même s'il y a de l'autobiographie dans le premier...).
Alors je m'en vais retourner à mes textes, les imprimer, les relire, les bricoler, les assembler, les insérer dans un fichier bien propre et les envoyer à Paul. Et je pense que lorsque j'aurai appuyé sur la touche « Envoyer », je saurai lequel je veux faire : il sera déjà en train de me travailler.
Et en attendant, je suis curieux de savoir ce que vous en pensez.
Mar(c)tin
(*) In the works = en travail, en élaboration. "Bon, mais alors pourquoi vous l'écrivez pas en français ?" "Eh ben parce que... Chuis snob, chuis snob, c'est vraiment l'seul défaut que j'gobe..."
Lundi 23 mars, à Paris, j'ai déjeuné avec Paul Otchakovsky-Laurens, « mon éditeur ». (J'ai été publié par tout plein de maisons, mais Paul O.-L. est et reste à jamais monéditeur, en raison des relations très particulières, très personnelles que nous avons établies depuis près de 22 ans.) On déjeune ensemble une ou deux fois par an, pour parler de ce que j'ai en travail, et ça me fait beaucoup de bien quand je ne sais pas ce que je vais écrire ensuite. Pendant de nombreuses années, (avant que je sois un écrivain « reconnu ») ces rencontres étaient pour lui l'occasion de me rassurer et de m'encourager sur la légitimité de ce que j'écrivais... Et tandis que j'écris ça, je me dis que je devrais raconter l'histoire de cette relation et de ma relation parallèle (mais pas superposable) avec Jean-Paul Hirsch, le bras droit et le frère en édition de Paul (ou son éminence grise, ou son ombre et notre ange gardien, à nous les écrivains maison), mais tout de suite après je me dis que c'est le genre d'histoire qu'on ne raconte que quand l'autre est mort et comme ce n'est pas du tout mon souhait et que j'ai pas du tout envie de lui porter la scoumoune, je pense que je vais m'abstenir, mais d'un autre côté pourquoi attendre que les personnes qu'on aime et/ou respecte soient mortes pour parler de la relation qu'on a avec elles ? Sacrée question à laquelle je vais résister aujourd'hui puisque ce n'est pas mon propos (mais je la mets de côté, ne vous en faites pas). Mon propos est ce dont j'ai parlé avec Paul l'autre jour : qu'est-ce que j'écris maintenant ?
« Maintenant », c'est à dire : « après Le Choeur des femmes ». J'ai investi beeaucoup d'énergie et d'amour et d'espoir dans ce roman, dont les lecteurs me le rendent bien depuis sa sortie (il s'en est vendu pas loin de 60 000 et il continue à se vendre, lentement mais régulièrement, ce qui n'est pas rien dans le contexte économique actuel du livre et de l'édition). Mais là, ces derniers mois, je me sentais « désinvesti », « vidé », bon à rien, et je me demandais quoi faire. Ou plutôt, pour être très précis, lequel de mes trois projets amorcés j'allais mener à bien.
Quand j'ai déjeuné avec Paul, je lui ai décrit les trois projets, il m'a écouté attentivement et puis m'a dit, comme il le fait presque toujours : « Peu importe quel livre vous faites, allez vers celui qui vous tient le plus à coeur et écrivez-le à votre rythme, sans pression aucune. » Traduction : « Je ne vous demanderai pas de me le rendre à date fixe pour pouvoir composer mon programme éditorial » ; Paul prend les écrivains et les livres comme ils viennent, il ne les presse ni ne les pressure jamais. Il me fait penser à ces directeurs de production de la télévision américaine qui, depuis les années 80, ont pour philosophie de laisser les scénaristes écrire et de les protéger des « Networks ». Paul publie les livres qu'il aurait voulu écrire. Il est si attaché à son indépendance éditoriale qu'il ne voudrait pas se mêler du travail des écrivains. Ça ne l'empêche pas de faire des remarques ou des objections parfois, et même de refuser des manuscrits (j'ai eu droit aux trois, en vingt ans, ce qui montre qu'il n'a rien de complaisant, même avec les écrivains maison, et d'autres que moi ont pu le constater) mais j'ai coutume de dire qu'il fait de l'édition comme Bruno Sachs fait de la médecine : sans entretenir de rapports de force avec les écrivains qu'il publie.
Il a ajouté « Vous savez probablement lequel de vos projets vous avez envie de mener à bien, mais en écrivant, ça vous paraîtra plus clair. » Et ça m'a donné l'idée de mettre « au propre » le début de chacun des trois projets en question et de les lui envoyer. Non parce qu'il va me dire lequel il préfère (ce serait me pousser dans une direction qui n'est pas nécessairement la mienne) mais parce que ça va me permettre, à moi, à l'écriture, de savoir vers lequel de ces projets va mon désir en ce moment.
Les dix jours passés à Paris, loin d'un lieu de travail (j'avais mon ordi avec moi, mais je ne peux pas vraiment écrire quand je suis en voyage et ne suis pas déjà immergé dans un livre en travail) ont eu également la vertu de me mettre « hors champ ». Des trois projets que j'avais très envie de prendre à bras-le-corps, j'en ai déjà mis un de côté. Il me reste à choisir entre les deux autres.
« Bon mais alors, c'est quoi ces deux foutu putain de bordel de projets à la noix ???? » vous demandez-vous.
Alors, sans ordre préférentiel :
1° Un truc romanesque qui s'est intitulé d'abord La tête d'un homme puis La voix des hommes (sur la suggestion de mon plus jeune garçon, en écho au Choeur des femmes). C'est un texte sarcastique de fiction d'inspiration autobiographique dans lequel un écrivain est seul chez lui (sa compagne est absente pour un délai et des motifs indéterminés) et doit faire face à l'intendance, à ses enfants et au texte qu'il écrit et qui s'intitule Cet homme en kit. C'est un roman dans lequel il n'y a pas de médecin (même si l'écrivain est peut être médecin, mais je ne suis pas sûr que ce soit indispensable à mon propos, qui rejoint des entrées récentes de ce blog, au sujet du « Temps d'écriture disponible »).
2° Un machin autobiographique inspiré par une discussion avec Daniel Pennac, l'automne dernier, au salon du livre de Montréal. Quand je lui parlais de mon admiration (envieuse...) à l'égard de l'influence consolatrice qu'ont eue sur tant de lecteurs des livres tels que Comme un roman ou Chagrin d'école, il m'a dit qu'il aimerait que j'écrive un livre du même genre sur le soin. J'ai cherché comment écrire un texte autobiographique sur la médecine, moi qui n'ai jamais été malade ni opprimé par les médecins (alors que Pennac a été un cancre opprimé par l'éducation nationale) et j'ai fini par me rendre compte que j'avais quelque chose à raconter sur la manière dont mes parents, chacun à sa manière, m'ont « enseigné » le soin. Le titre (inhabituellement long venant de moi qui aime les titres courts et polysémiques) serait
Mon père était médecin
(et ma mère le soignait)
(et ma mère le soignait)
3° Un OLNI (objet littéraire...) qui est à la fois un roman de SF, une histoire d'amour transtemporelle (le personnage principal tombe amoureux d'une femme qui vit à une époque différente de la sienne, comme le personnage de Laura d'Otto Preminger tombe amoureux du portrait d'une femme qui vient d'être assassinée, ou comme le peintre de Portrait of Jennie de William Dieterle tombe amoureux d'un modèle qui est peut-être un fantôme), une interrogation sur le sentiment amoureux vu par l'anthropologie et la psychologie évolutionniste, une critique d'une société de plus en plus médicalisée, un roman épistolaire, une réflexion sur la mémoire, la lecture des textes du passés et l'écriture de textes qui seront (peut-être) lus dans le futur, une métaphore d'un vieux fantasme personnel qui m'a donné le goût des histoires de paradoxe temporel, etc. Un gros truc. Très ambitieux. Le genre de roman qu'on écrit après avoir lu des volumes de bouquins de physique quantique et révisé Orwell, Aldous Huxley et la moitié d'Asimov.
Bon, vous l'avez compris tout de suite, c'est le troisième que j'ai mis de côté. Pas fou. Je sais quand un projet n'est pas mûr. Je caressais depuis longtemps l'idée d'un roman d'amour mêlé à une histoire de voyage dans le temps (il y en a au moins deux ébauches dans Histoires en l'air, POL, 2008) mais une suite d'événements et de rencontres inattendues l'a fait beaucoup progresser ces derniers temps, ce qui m'a amené à le remettre en chantier. Seulement, il en va de certains livres comme de certains films : plus la réflexion avance, plus les ambitions augmentent, et pour être à la hauteur, la préparation doit s'allonger.
Celles et ceux qui me lisent depuis longtemps auront aussi peut être remarqué qu'il n'y a pas, dans la liste, le « prochain grand roman médical » dont je parle depuis longtemps, avant même d'avoir écrit Le Choeur des femmes. Ce roman-là, intitulé Les Sept Soignants en hommage aux Sept Samouraïs de Kurosawa et aux Sept Mercenaires de John Sturges, sera inspiré par mon expérience de groupe Balint à la fin des années 80 et par les transcriptions que notre « leader », le Dr Pierre Bernachon, faisait de nos séances. Là encore, ce sera un bouquin que j'ai besoin de « documenter ». Comme je n'ai pas l'intention de mourir bientôt, je le garde pour plus tard.
Donc, en l'état actuel des choses, les deux projets les plus avancés sont le 1° et le 2°. J'hésite d'autant plus que l'un est un roman, l'autre un texte autobiographique, et que je ne sais pas ce que j'ai envie d'écrire le plus (même s'il y a de l'autobiographie dans le premier...).
Alors je m'en vais retourner à mes textes, les imprimer, les relire, les bricoler, les assembler, les insérer dans un fichier bien propre et les envoyer à Paul. Et je pense que lorsque j'aurai appuyé sur la touche « Envoyer », je saurai lequel je veux faire : il sera déjà en train de me travailler.
Et en attendant, je suis curieux de savoir ce que vous en pensez.
Mar(c)tin
(*) In the works = en travail, en élaboration. "Bon, mais alors pourquoi vous l'écrivez pas en français ?" "Eh ben parce que... Chuis snob, chuis snob, c'est vraiment l'seul défaut que j'gobe..."
Partir revenir (ex. n° 12), 3 - par Lyjazz
Ca y est, je suis dans l'avion. Contente d'avoir fait ce voyage. Il m'a redonné de l'énergie. Etrange comme, à chaque fois, le fait d'être loin me donne du recul sur ma vie....Avant d'arriver j'ai bien envie de noter tout ce que je vois différemment, ce que je veux changer à partir de maintenant.
Prendre mes désirs pour des réalités
Prendre du temps pour écrire
Rendre le réel possible et l'impossible réel
Tendre vers cet état nécessaire pour moi à l'écriture, le plus souvent possible, et revenir aussi vers la réalité à volonté
Reprendre la main sur mon bureau (ranger, vider, agencer, manigancer, enfin !)
Attendre des nouvelles en créant
Prétendre à devenir écrivain
Sous entendre que je le suis déjà (parce qu'on l'est, et on le devient)
Vendre des objets qui ne me servent à rien (le faire, vraiment)
épurer, vider mon appartement
Entendre (continuer, écouter et répondre) les états d'âme des amis (et donc devenir Ilona, psychologue en camion)
Trouver comment me ressourcer (encore) après ces séances d'écoute/lecture
Ecrire (aussi) pour évacuer, dire, faire sortir ces vies qui m'habitent
Apprendre l'aromathérapie quantique
Proposer des apprentissages à mes enfants ?
Structurer davantage ma vie quotidienne
Demander à l'univers, et recevoir !
Prendre mes désirs pour des réalités
Prendre du temps pour écrire
Rendre le réel possible et l'impossible réel
Tendre vers cet état nécessaire pour moi à l'écriture, le plus souvent possible, et revenir aussi vers la réalité à volonté
Reprendre la main sur mon bureau (ranger, vider, agencer, manigancer, enfin !)
Attendre des nouvelles en créant
Prétendre à devenir écrivain
Sous entendre que je le suis déjà (parce qu'on l'est, et on le devient)
Vendre des objets qui ne me servent à rien (le faire, vraiment)
épurer, vider mon appartement
Entendre (continuer, écouter et répondre) les états d'âme des amis (et donc devenir Ilona, psychologue en camion)
Trouver comment me ressourcer (encore) après ces séances d'écoute/lecture
Ecrire (aussi) pour évacuer, dire, faire sortir ces vies qui m'habitent
Apprendre l'aromathérapie quantique
Proposer des apprentissages à mes enfants ?
Structurer davantage ma vie quotidienne
Demander à l'univers, et recevoir !
samedi 3 avril 2010
Partir, revenir (exercice n°12), 2 - par Balise
Prendre plus de temps pour moi. (Et lâcher prise, comme je l'ai fait pendant ces dix jours – depuis combien de temps n'avais-je pas pris de vraies vacances ?)
Faire plus de choses qui me plaisent, moins de celles qui m'emmerdent. (Et lire, écrire davantage pour moi, refuser les jobs alimentaires)
Écrire ce bouquin de cuisine, en parlant d'alimentaire. (Et arriver à en faire quelque chose qui me plaît. Et le publier, et devenir riche)
Rêver à des trucs impossibles. (Et pas seulement avant le petit-déjeuner. Et réaliser quelques trucs impossibles, aussi)
Savoir ce qui me plaît. (Et apprendre à temporiser les enthousiasmes délirants inhérents aux nouveaux projets)
Étudier les sujets qui me tiennent à cœur. (Et d'ailleurs j'ai trois bouquins de photo à éplucher à la maison – j'aurais dû les emmener pour l'avion)
Apprendre à dire non. (Et apprendre à ne pas dire oui tout de suite, et à changer d'avis, et à accepter de changer d'avis)
Oser avoir un avis. (Et ne pas se sentir en porte-à-faux lorsqu'il diffère de celui de la personne en face)
M'exprimer au lieu de me contenter d'écouter. (Et arrêter de penser que je n'ai rien d'intéressant à dire)
Évaluer mes relations. (Et supprimer celles qui me font mal, renforcer celles qui me rendent plus forte)
Accepter l'acceptable, même s'il n'est pas optimal. (Et ne pas chercher à optimiser ce qui fonctionne déjà correctement)
Donner le meilleur de moi-même, mais connaître mes limites, et accepter l'aide que je peux recevoir.
Le temps d'écrire (Ficelles et chapeaux-claque, 3)
Comment préserver le temps d'écrire... ? (Gilda)
Ca c'est la question à 1000 $, à laquelle il n'y a pas de réponse générale.
Le temps, je crois, c'est une question personnelle, et le temps d'écrire n'est jamais qu'une extension de la relation personnelle au temps. Du moins, dans mon expérience.
J'ai traversé plusieurs périodes d'écriture, évidemment : adolescent, j'écrivais pour faire face à... je ne sais pas quoi. À l'adolescence, sans doute. C'est une période assez dure pour qu'on ait besoin d'un soutien. Stylos et cahiers me soutenaient. Je passais plus de temps à écrire qu'à apprendre mes leçons (J'avais une mémoire qui m'a permis de me passer de réviser jusqu'en classe de première. Après, j'ai eu du mal...).
Etudiant en médecine, j'écrivais pour faire face à la solitude, à la frustration, à la colère et je le faisais la nuit, le week-end, en me disant qu'il faudrait que je bosse... Quand je suis arrivé à l'hôpital, je n'ai pas moins écrit, au contraire, j'ai acheté de nouveaux cahiers, cartonnés, et je les ai trimbalés avec moi pour pouvoir écrire à tout moment. Quelque chose me dit qu'un Ipad ne peut pas rendre tout à fait les mêmes services, mais je me trompe peut être. Si quelqu'un tient un journal sur un Palm pilot ou apparenté, qu'il le clame ici haut et fort, je pense que c'est important.
Médecin installé, j'ai attendu le patient (j'avais créé un cabinet médical à partir de rien) et j'ai donc beaucoup lu et beaucoup écrit pendant les heures d'attente. Ma salle d'attente à moi, c'était mon bureau...
Lorsque j'ai quitté mon cabinet et que mon activité de médecin s'est restreinte à deux consultations par semaine, j'ai eu beaucoup plus de temps pour écrire mais je n'étais pas encore un écrivain qui vivait de sa plume, alors je traduisais, j'écrivais des textes techniques ou des articles, et la littérature passait en second.
La maladie de Sachs a été écrit chapitre par chapitre, parfois à des semaines d'intervalles, pendant cinq ans. Il y a eu des tas de moments de découragement, et puis d'autres où je devais tout relire pour me rappeler ce qu'il y avait dans ce foutu bouquin.
Depuis onze ans, je suis un écrivain « professionnel » et j'écris (à peu près) ce que je veux (à peu près) quand je veux. La question du temps d'écrire ne se pose plus vraiment : je n'écris pas par plaisir EN PLUS (ou à la place) de mon travail : quand j'écris, c'est du travail et du plaisir en même temps.
Donc je peux dire que j'ai toujours eu du temps pour écrire : je l'ai pris quand il se présentait parce que justement, écrire (comme lire) a toujours été une manière d'employer mon temps de solitude pour comprendre ce qui s'était passé pendant mes temps de confrontation avec le monde.
Bien sûr, ça n'a pas toujours été apprécié autour de moi. Le temps qu'on passe à écrire au lieu de le passer en famille est bien sûr perdu pour la famille. Ça a été possible parce que j'ai choisi de travailler à la maison (en étant traducteur, d'abord) et que je pouvais toujours laisser tomber ce que je faisais pour aller m'occuper des enfants qui en avaient besoin, mais je n'aurais pas pu le faire si je n'avais pas vécu avec une femme qui gère très bien tout le matériel et s'occupe du confort de tout le monde. Le fait que je sois un homme n'est donc pas anodin.
Cela étant, Marie Darrieussecq est une femme, elle a des enfants, ça ne l'empêche pas d'écrire. Ce n'est pas le genre en soi qui « aide » c'est aussi les conditions dans lesquelles on vit et on s'entend avec son compagnon/sa compagne, et l'acceptation de l'activité d'écrivain (ou de peintre, ou de musicien, etc.) par l'autre. Mon activité d'écrivain ayant un caractère professionnel (depuis 1983, je gagne ma vie en partie grâce à l'écriture – journalisme, puis traduction, puis littérature et essais), je n'ai jamais été accusé par MPJ (ma compagne) de « perdre du temps à écrire » ; elle m'a toujours soutenu et encouragé, en sachant aussi que pour moi, écrire n'est pas une manière de me couper du monde : on peut me faire sortir de l'écriture et si j'écris, c'est aussi pour ma famille.
Une chose amusante, et qui n'est pas sans importance : j'ai passé beaucoup de temps à écrire-en-apprenant-à-maîtriser-un-outil-d'écriture. Je veux dire que l'acquisition d'un nouvel appareil (une machine à écrire mécanique, une électrique, un premier PC, tous les PC qui ont suivi et, début 2009, mon premier Mac et peut-être pas le dernier) ou l'abord d'une nouvelle forme d'écriture s'est toujours accompagnée d'une production littéraire. Quand j'ai appris à taper à la machine, en 1972, dans ma High-school américaine, j'en ai profité pour écrire trois nouvelles (la première, en classe !). Quand j'ai acheté ma première machine mécanique, j'ai écrit ce qui allait devenir ma première nouvelle publiée (Spectacle permanent). Quand j'ai acheté mon premier PC, j'ai repris le « tapuscrit » de la première version de La Vacation, et je l'ai transformé à mesure que j'apprenais à me servir de Word et que je maîtrisais l'ergonomie de l'ordinateur. Quand je me suis retrouvé face au Mac dans le bureau au CREUM, j'ai d'abord dit « Je ne sais pas si je vais savoir me servir de ça... » et puis... j'ai écrit Le Choeur des femmes.
De même, toutes les formes que je crois savoir maîtriser (la traduction, l'écriture d'articles scientifiques ou critiques, le roman, les formes hypercourtes de la presse et, plus récemment, des textes analytiques... en anglais) sont associées, dans mon esprit, à une suite d'expérimentations, d'essais et d'erreurs.
Comme si, pour moi, écrire passait constamment par l'apprentissage.
De tout cela, il ressort que je ne « préserve pas » le temps d'écrire. J'écris. Je me suis efforcé, depuis que je me suis mis à écrire, d'intégrer l'écriture à ma vie, de manière aussi professionnelle que possible. Quand j'étais médecin généraliste à temps plein et que j'écrivais « dans les interstices », Daniel Zimmermann, qui était mon « parrain en écriture » avec Claude Pujade-Renaud (ils ont publié mes premiers textes de fiction) me disait « Un écrivain, ça écrit dix heures par jour ! » Je répondais que je n'avais pas le temps (je bossais !). Il a insisté en disant que je ne serais pas écrivain si j'écrivais seulement « en plus ». Et je crois qu'il avait raison. La difficulté ne réside pas dans le fait de « trouver du temps » pour écrire, mais de sauter le pas et de recentrer, peu à peu, sa vie sur l'écriture. C'est un engagement, un risque, un choix. Mais il n'est pas différent du choix de devenir mère, ou alpiniste ou soignant(e). C'est un choix de vie.
(Merci à Jennie G. d'avoir accompagné en ligne l'écriture de ce texte)
vendredi 2 avril 2010
Partir, Revenir (exercice n°12), 1 - par Laurence
Dans l'avion qui le ramenait de ce si long voyage et pendant les heures qui le séparaient encore du moment de la revoir, il se promit de lui dire :
j'ai Pris mon mal en patience,
j'ai Appris la douleur de ton absence,
j'ai Rougi de me voir pleurer,
j'ai Tenté de t'oublier,
j'ai Inventé un monde sans toi,
j'ai Regardé d'autres femmes,
je Reconnais que tu me manques,
j'ai Envie de te revoir,
je Veux te serrer contre moi,
j' Ecarterai tous mes rivaux,
je N'oublierai plus ton anniversaire,
J' Irai même revoir ta mère,
Il Relit ces mots et s'inquiète déjà : saura t-elle les recevoir ?
j'ai Pris mon mal en patience,
j'ai Appris la douleur de ton absence,
j'ai Rougi de me voir pleurer,
j'ai Tenté de t'oublier,
j'ai Inventé un monde sans toi,
j'ai Regardé d'autres femmes,
je Reconnais que tu me manques,
j'ai Envie de te revoir,
je Veux te serrer contre moi,
j' Ecarterai tous mes rivaux,
je N'oublierai plus ton anniversaire,
J' Irai même revoir ta mère,
Il Relit ces mots et s'inquiète déjà : saura t-elle les recevoir ?
jeudi 1 avril 2010
Brève rencontre et plusieurs livres, dernière - par Martine B.
On a tous un jour ou l’autre des
coups de blues. L’hiver en France a été long, le plus jeune de nos fils nous en
fait voir de toutes les couleurs avec ses problèmes d’adolescent, il faut
l’accompagner avec fermeté, avec
tact et humour également, afin qu’il ne se prenne pas au piège des
comportements dits à risques. Or, le tact et l’humour me font cruellement
défaut en ce moment.
Arrêt maladie. Le corps dit STOP
parfois.
Repos forcé. Je ne parviens plus
à lire ni à écrire. Il fait beau enfin, dans le jardin je regarde les crocus
faner, les narcisses s’ouvrir, les bougeons sortir. Je me sens l’âme
contemplative. Pendant une semaine j’apprécie de passer mes
journées seule à la maison. Seule ! Le luxe absolu. Je comprends
que le rythme qu’on m’impose ne me convient pas, que je souffre de mon boulot.
Rien d’original, malheureusement.
Reprise du travail. Le blog comme
sas de décompression. En général je me connecte dès que je rentre à la maison.
Car même si j’ai du mal à écrire en ce moment, je lis tout ce qui est publié.
J’aime ce sentiment de partage avec des inconnus. Des inconnus qui pour
certains me deviennent presque familiers à travers leurs textes et/ ou leurs
blogs. J’ai un instant songé à me rendre au salon du livre dans l’espoir de rencontrer
quelques-un(e)s d’entre vous. Trop crevée, tant pis.
Ce mercredi allez savoir
pourquoi, je visite le blog le matin. Un commentaire me réjouit. Chance inouïe,
c’est peut-être la seule fois de l’année où je suis libre un mercredi
après-midi. La suite, vous la trouverez dans les commentaires de ce post.
C’est grâce à un autre
coup de pouce du hasard que j’ai rencontré Martin Winckler il y a quelques
années. Un ami m’avait invitée à une conférence débat, j’avais accepté parce que
J’avais aimé La Maladie De Sachs à la première lecture, et encore plus à la
seconde. De ce jour là, je me
souviens entre une foule d’autres choses
d’une magistrale leçon sur l’art du suspense. Les Trois Médecins était en cours
d’écriture et après nous avoir bien appâtés, Martin nous avait lancé : « Et
maintenant, si vous voulez connaitre la suite, il faudra lire le
roman ». Aujourd’hui je me dis que peut-être il ne la
connaissait pas lui-même, la suite !
Cette rencontre en tout cas
avait déclenché chez moi, comme chez beaucoup d’entre vous, le désir d’écrire
autre chose.
Ce mercredi donc nous nous sommes rencontrés à
nouveau. Nous avons parlé du blog, de romans parus ou en préparation. Et me voilà à nouveau dans l’expectative.
L’un des prochains romans de Martin m’intrigue et m’attire davantage que les
autres. Good news, c’est le plus abouti apparemment. En partant j’ai acheté «l’Agrégé »
de Bruno Schnebert (sans lire la quatrième de couverture…), je l’ai aussitôt
commencé dans le bus. J’adore son humour caustique.
Il y a des rencontres avec des
textes, avec des auteurs, qui sont des bouffées d’oxygène.
De même, j’ai vu récemment une
pièce intitulée « SIMONE de BEAUVOIR, écrire pour exister » dans
laquelle Laure Mandraud a mis en
scène la relation épistolaire
entre de Beauvoir et son « mari américain » comme elle aimait à
appeler le romancier Nelson Algren.
A travers ces lettres c’est toute une époque que l’on revit, et un amour
profond. Laure a réussi un tour de force. Ce spectacle rencontre un succès
mérité et sera présenté à Avignon.
Aujourd’hui j’ai de nouveau envie d’écrire.
Ecrire, à défaut de changer de vie. Ecrire, pour changer sa
vie.
Martine B.
mercredi 31 mars 2010
Partir, revenir (Exercice n°12)
Situation : Dans l'avion qui le/la ramène au bercail après avoir passé dix jours ailleurs, un homme ou une femme fait la liste de ce qui a/va changé(r) dans sa vie.
Contraintes : Ecrivez-le sous forme d'une énumération/liste de 7 à 21 lignes ou items ou phrases. Le texte doit débuter par le mot : "Prendre" et se terminer par le mot "recevoir".
Date limite de remise des textes : 15 avril 2010.
Mise en ligne au fur et à mesure des arrivées, comme d'hab.
Au boulot, Gang !
Mar(c)tin
Contraintes : Ecrivez-le sous forme d'une énumération/liste de 7 à 21 lignes ou items ou phrases. Le texte doit débuter par le mot : "Prendre" et se terminer par le mot "recevoir".
Date limite de remise des textes : 15 avril 2010.
Mise en ligne au fur et à mesure des arrivées, comme d'hab.
Au boulot, Gang !
Mar(c)tin
lundi 22 mars 2010
Rencontres en France, 26-30 mars 2010
A l'occasion du Salon du Livre de Paris, je suis en France pour quelques jours et je serai heureux de rencontrer lectrices et lecteurs aux jours et lieux suivants :
- Jeudi 25 mars, Orléans, Librairie Chantelivre (place du Martroi), 17 heures : Rencontre-signature avec Bruno Schnebert ("L'agrégé", coll. "Néo", le cherche midi) et Martin Winckler ("Le Choeur des Femmes", POL).
- Vendredi 26 mars, 19h : Lecture/rencontre à "La Terrasse de Gutenberg", 12 rue Emilio-Castelar, Paris 12e
- Samedi 27 mars, 15h : bibliothèque de Vigneux sur Seine,
(63, avenue Henri Barbusse ; 91270 Vigneux sur Seine)
- Samedi 27 mars, 19h à la bibliothèque de Saint-Germain en Laye (3, rue Henri IV, Jardin des arts ; 78100 Saint-Germain-en-Laye)
(rencontres animées par Régine Detambel)
- Dimanche 28, 15-17h, Salon du Livre, dédicaces sur le Stand POL (Hall 1, N71)
- Dimanche 28, 17h, Salon du livre, débat sur le stand de France Info, stand J10.
- Mardi 30, 19h30-21h, Salon du Livre, dédicaces sur le stand POL (Hall 1, N71)
Et aussi :
France Culture, lundi 22 mars, 19 heures : Martin Winckler sera en direct au "Rendez-vous" de Laurent Goumarre pour parler de son roman "Le Choeur des femmes" (POL, 2009). (On peut réécouter l'émission en podcast sur le site de France Culture).
France Culture, "Les passagers de la nuit", 23 h : du 22 au 25 mars, dans le cadre de la série "Deux voix, cinq minutes", diffusion de "Paroles d'amour", un texte de Martin Winckler, avec Farida Rahouadj et Pierre Val ; Réalisation : Anne-Pascale Desvignes.
- Jeudi 25 mars, Orléans, Librairie Chantelivre (place du Martroi), 17 heures : Rencontre-signature avec Bruno Schnebert ("L'agrégé", coll. "Néo", le cherche midi) et Martin Winckler ("Le Choeur des Femmes", POL).
- Vendredi 26 mars, 19h : Lecture/rencontre à "La Terrasse de Gutenberg", 12 rue Emilio-Castelar, Paris 12e
- Samedi 27 mars, 15h : bibliothèque de Vigneux sur Seine,
(63, avenue Henri Barbusse ; 91270 Vigneux sur Seine)
- Samedi 27 mars, 19h à la bibliothèque de Saint-Germain en Laye (3, rue Henri IV, Jardin des arts ; 78100 Saint-Germain-en-Laye)
(rencontres animées par Régine Detambel)
- Dimanche 28, 15-17h, Salon du Livre, dédicaces sur le Stand POL (Hall 1, N71)
- Dimanche 28, 17h, Salon du livre, débat sur le stand de France Info, stand J10.
- Mardi 30, 19h30-21h, Salon du Livre, dédicaces sur le stand POL (Hall 1, N71)
Et aussi :
France Culture, lundi 22 mars, 19 heures : Martin Winckler sera en direct au "Rendez-vous" de Laurent Goumarre pour parler de son roman "Le Choeur des femmes" (POL, 2009). (On peut réécouter l'émission en podcast sur le site de France Culture).
France Culture, "Les passagers de la nuit", 23 h : du 22 au 25 mars, dans le cadre de la série "Deux voix, cinq minutes", diffusion de "Paroles d'amour", un texte de Martin Winckler, avec Farida Rahouadj et Pierre Val ; Réalisation : Anne-Pascale Desvignes.
vendredi 19 mars 2010
Brève rencontre + 1 livre, 10 - par Zelapin
Je dois vous dire que je ne me trouve aucune circonstance atténuante et que le fait que je le reconnaisse n'allège en rien ma faute.
Je dois vous éclairer sur le motif de cette lettre publique: vous assommer de ma propre culpabilité, vous la faire partager jusqu'à ce que vous la fassiez vôtre, insidieuse et collante, mais aussi vous aider à faire la part des choses dans ce que vous croyez partager.
J'espère que vous irez au bout de cette missive malgré les lignes ci-dessus.
Cela étant posé, écoutez l'histoire de ce crime, vous jugerez après.
Vous connaissez cette petite chapelle romane aménagée en lieu d'exposition, vous connaissez la réputation solide acquise au fil des ans grâce à la qualité des œuvres présentées.
J'y suis venue toutes les semaines depuis son ouverture, j'y ai passé des heures, j'ai même participé aux ateliers proposés par les artistes invités ou en résidence.
Quand on a annoncé Sa venue prochaine, j'ai comme vous jubilé, sauté de joie, débouché une bouteille et patiemment revu, relu, redécouvert tout ce que je pouvais de Lui.
Et puis l'heure est arrivée. J'ai attendu toute la matinée, j'ai vu les toiles, les pièces de ses installations, le matériel audio. J'ai vu le dessous des cartes en attendant l'endroit.
J'avais en main la plaquette de cette expo, je la connaissais par cœur, j'étais entière dans son œuvre.
Quand la voiture s'est garée, j'ai tenu bon, je n'ai pas sauté comme un cabri, comme ces écervelés qui se ruaient vers Lui.
J'ai attendu. A l'entrée, j'ai bien pris le temps de remettre mon carton d'invitation à ce vernissage d'un geste calme et contenu. Je profitais du temps, j'étais, pleinement.
Chacune de mes cellules a vibré à l'unisson de ce que je prenais pour de l'art. Je me suis crue toute entière absorbée par sa création. J'ai pensé comprendre, toucher du doigt.
Je suis revenue chaque jour pendant trois semaines.
Je savais qu'il ne restait que six jours à vivre avec son œuvre, là, tout près de moi.
J'ai décidé alors de le voler, de le prendre chez moi, de garder une part de ce qui au final m'appartenait un peu. J'aurais un talisman.
Tromper le gros neuneu à la sortie s'est montré aussi facile que prévu. J'ai posé exactement le même cahier relié, exactement à la même place, j'ai pris le temps de discuter avec big bêta , et même d'écrire ma phrasounette. Je suis sortie.
Et c'est arrivé.
Il, IL était là, est venu vers moi et m'a lancé: « ah, déjà fini? ». Son index posé sur le cahier m'a aidé à comprendre qu'il me prenait pour une employée du service culturel.
J'ai vite accroché et répondu que oui, mais que j'avais déposé le suivant, « quel succès! ».
Sa deuxième phrase fut: « quel ramassis de conneries, quand même! Comme si ces crétins qui se fendent d'un bravo comprennent quelque chose à ce qu'ils ont vu! Ah, ah, ah! ».
Et Il est entré.
Et je suis revenue, le dernier jour, et toute mon encre de sérigraphie y est passée. J'ai consciencieusement conchié chacune de ses bouses d'un élégant petit pschitt de bleu, ou de vert, ou de rouge. Du primaire pour un primaire. Pas un primitif, ce serait trop d 'honneur.
Jamais un livre d'or n'aura aussi bien porté son nom.
Je dois vous éclairer sur le motif de cette lettre publique: vous assommer de ma propre culpabilité, vous la faire partager jusqu'à ce que vous la fassiez vôtre, insidieuse et collante, mais aussi vous aider à faire la part des choses dans ce que vous croyez partager.
J'espère que vous irez au bout de cette missive malgré les lignes ci-dessus.
Cela étant posé, écoutez l'histoire de ce crime, vous jugerez après.
Vous connaissez cette petite chapelle romane aménagée en lieu d'exposition, vous connaissez la réputation solide acquise au fil des ans grâce à la qualité des œuvres présentées.
J'y suis venue toutes les semaines depuis son ouverture, j'y ai passé des heures, j'ai même participé aux ateliers proposés par les artistes invités ou en résidence.
Quand on a annoncé Sa venue prochaine, j'ai comme vous jubilé, sauté de joie, débouché une bouteille et patiemment revu, relu, redécouvert tout ce que je pouvais de Lui.
Et puis l'heure est arrivée. J'ai attendu toute la matinée, j'ai vu les toiles, les pièces de ses installations, le matériel audio. J'ai vu le dessous des cartes en attendant l'endroit.
J'avais en main la plaquette de cette expo, je la connaissais par cœur, j'étais entière dans son œuvre.
Quand la voiture s'est garée, j'ai tenu bon, je n'ai pas sauté comme un cabri, comme ces écervelés qui se ruaient vers Lui.
J'ai attendu. A l'entrée, j'ai bien pris le temps de remettre mon carton d'invitation à ce vernissage d'un geste calme et contenu. Je profitais du temps, j'étais, pleinement.
Chacune de mes cellules a vibré à l'unisson de ce que je prenais pour de l'art. Je me suis crue toute entière absorbée par sa création. J'ai pensé comprendre, toucher du doigt.
Je suis revenue chaque jour pendant trois semaines.
Je savais qu'il ne restait que six jours à vivre avec son œuvre, là, tout près de moi.
J'ai décidé alors de le voler, de le prendre chez moi, de garder une part de ce qui au final m'appartenait un peu. J'aurais un talisman.
Tromper le gros neuneu à la sortie s'est montré aussi facile que prévu. J'ai posé exactement le même cahier relié, exactement à la même place, j'ai pris le temps de discuter avec big bêta , et même d'écrire ma phrasounette. Je suis sortie.
Et c'est arrivé.
Il, IL était là, est venu vers moi et m'a lancé: « ah, déjà fini? ». Son index posé sur le cahier m'a aidé à comprendre qu'il me prenait pour une employée du service culturel.
J'ai vite accroché et répondu que oui, mais que j'avais déposé le suivant, « quel succès! ».
Sa deuxième phrase fut: « quel ramassis de conneries, quand même! Comme si ces crétins qui se fendent d'un bravo comprennent quelque chose à ce qu'ils ont vu! Ah, ah, ah! ».
Et Il est entré.
Et je suis revenue, le dernier jour, et toute mon encre de sérigraphie y est passée. J'ai consciencieusement conchié chacune de ses bouses d'un élégant petit pschitt de bleu, ou de vert, ou de rouge. Du primaire pour un primaire. Pas un primitif, ce serait trop d 'honneur.
Jamais un livre d'or n'aura aussi bien porté son nom.
jeudi 18 mars 2010
Cent recettes pour page-turner (Ficelles et chapeaux-claque, 2) - par M.W.
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Je crois que mon « Rhaa, mais comment
il fait ? » le plus fréquent est un « Rhaaa mais comment il fait pour
que ça se lise aussi vite ? » - J'ai dû finir Les Trois médecins et le Chœur
des femmes en deux ou trois jours après les avoir eus en main, et pas faute
d'avoir essayé de les économiser/savourer. D'un point de vue purement
« technique », il est clair que la division en chapitres courts est
un appel au « Bon, allez, encore un petit dernier » « Bon, il
était trop court, celui-là, allez, un de plus ». Mais il est clair aussi
que ça suffit pas - alors, ya un truc ? Et, en tant qu'auteur, est-ce que
vous vous dites aussi « Bon allez, j'en écris encore un dernier avant
d'aller manger » ?
Je me suis posé la question à partir du
moment où les messages de lectrices (il y en a quelques-uns qui viennent de
lecteurs, mais les femmes lisent et écrivent plus que les hommes...) ont
utilisé le terme de page-turner pour
parler du CDF. Je ne savais pas que j'avais écrit un page-turner, mais en y réfléchissant, j'avais un signe
avant-coureur : j'avais envoyé le début à Paul Otchakovsky-Laurens (mon
éditeur, fondateur de POL) et il n'arrêtait pas de me réclamer la suite et a
fini de le lire sur son iPhone ce qui, quand on connaît la résolution de
l'engin, voulait dire quelque chose. Il aurait très bien pu attendre d'avoir tout et de l'imprimer, mais il était impatient de connaître la fin. Aussi impatient que moi...
Et à force de recevoir des "J'ai lu
votre livre en deux jours j'arrivais pas à m'arrêter", je me suis gratté
la tête en pensant : "Bon, c'est vrai que quand je l'ai écrit, je ne
quittais pas mon fauteuil et mon iMac tout neuf (celui que j'ai au bureau, ce
n'est pas vraiment mon iMac, il restera là quand je ne serai plus chercheur au
CREUM, mais pour le moment y'a que moi qui m'en sert, et c'est mon premier Mac,
ce qui n'est pas rien mais je vais pas digresser, j'en parlerai une autre fois)
et mon excitation à l'écriture (moi aussi, je voulais savoir la suite) a dû
"passer" à la lecture, sous une forme ou une autre."
Seulement ça, c'est juste de la pensée
magique, c'est pas une explication. Je pense que l'explication réside ailleurs,
dans des choses visibles et lisibles, mais que j'ai faites intuitivement, et qui opèrent parce
que le sujet s'y prêtait. Bien sûr, la taille des chapitres compte. Mais quand
je regarde la Maladie de Sachs ou La Vacation, les chapitres sont très
courts aussi, souvent plus courts que dans le CDF.
Il y a deux autres choses dans ce livre-ci
: d'abord, une narration moins fragmentée par les points de vue : dans le CDF
c'est en gros toujours Jean/Djinn qui raconte, même si parfois quelqu'un
d'autre prend la parole. Et c'est son récit qui sert de fil conducteur.
Ensuite, je me souviens avoir terminé beaucoup de chapitres sur une interrogation,
une surprise, une mise en suspens. Par exemple, Jean et Karma se clashent et
puis, de manière inattendue, Karma s'éclipse, ou l'envoie faire autre chose que
ce qu'elle attend, et elle se retrouve avec ses critiques, ses questions, ses
incertitudes... et donc contrainte à aller de l'avant pour reprendre pied/et ou
comprendre ce qui s'est passé. Je pense que la frustration ressentie et
exprimée par Jean à la fin de ces chapitres contribue à donner envie de savoir
ce qui lui arrive ensuite. Enfin, c'est comme ça que je le ressens.
Cela étant, je ne suis pas sûr que ça soit
"reproductible" à volonté. Quand j'écrivais le CDF, j'étais impatient
de connaître la suite de leur histoire (je la découvrais en même temps qu'eux),
et mon souci était surtout de ne pas être ennuyeux avec des descriptions de
consultations, mes conceptions sur la gynécologie ou la relation de soin, etc.
Donc, j'essayais de mettre tout ça en scène dans les situations (ou sous les
formes) les plus variées et dynamiques possibles. Mais alors que dans La maladie de Sachs il n'y a pas
vraiment d'action centrale (c'est une chronique...) ici, il y avait une
interrogation : "Qu'est-ce que ça va donner, cette cohabitation entre deux
personnages si différents ?" Et aussi "Bon, on se doute bien que Jean
va changer, mais comment, pourquoi ? Et Karma, est-ce qu'il est aussi lisse
qu'il en a l'air ? Et Aline, et René/e, qu'est-ce qu'ils viennent foutre là
?"
Ne pas donner toutes les réponses tout de
suite, laisser les lecteurs/trices dans un flou suffisant pour qu'ils/elles
puissent supposer, deviner, imaginer, s'amuser sans risquer de décrocher... C'est
coton, parce qu'on ne sait pas si ça marchera ou pas.
Je ne dirai pas que j'ai utilisé une
recette particulière, là encore je l'ai fait de manière intuitive et
certainement en m'inspirant de tous les page-turners
que j'ai lus sans jamais les analyser, mais en les "sentant"
suffisamment pour savoir si ce que j'écrivais, à la relecture, me donnait envie de tourner la page ou non.
Je pense que dans ce domaine comme dans
d'autres, Less is more. Moins on en
dit (ou plus on le dit de manière à intriguer le lecteur sans le mettre
complètement dans le brouillard), mieux c'est.
Finalement, je pense que c'est ce genre de
méthode (plus professionnelle que la mienne...) qui a contribué à ce que tant
de spectateurs suivent une série comme Lost
avec avidité. (Ou the X-Files, il
y a dix ans.) Quand on laisse les choses en suspens, ça incite le public à
suivre. Mais si en plus on lui sème des indices bizarres... là, on l'excite
suffisamment pour qu'il veuille connaître la suite vite ! L'essentiel, c'est de donner des réponses au fur et à
mesure. Ça veut dire qu'il faut les avoir, les réponses ! Donc, qu'il faut les
avoir imaginées au préalable, les avoir testées et ensuite tout mettre en
place. (Souvent, j'écris sans réfléchir, comme ça vient et puis, à la
relecture, il me faut "ajuster"... J'y reviendrai.)
Alors pour reprendre le cas du Choeur des femmes (mais ce que je vais
dire là est valable pour tous mes autres romans), j'ai essayé de maintenir
l'attention (la tension) en ne laissant jamais Jean souffler. En ne me laissant
jamais souffler. En changeant de rythme, aussi souvent que possible.
Mais alors que La Maladie de Sachs et Les
Trois médecins changeaient de point de vue narratif à chaque chapitre ou
presque, dans Le Choeur des femmes,
j'essayais de bousculer Jean (et la lectrice) à chaque chapitre en changeant de
ton, de lieu, de situation. Pas de manière totalement arbitraire, mais en me
laissant guider par une certaine logique intérieure à la narration : Jean et
Karma bossent dans un centre de planification, qui lui même est lié à un centre
d'IVG, et à une maternité, etc., alors je leur ai fait explorer les différents
lieux de leurs actions, d'une manière plausible par rapport au déroulement de
la journée d'un duo de médecins.
(Le découpage préalable est important aussi
pour rythmer le livre : si je sais que je veux conduire l'action sur huit
jours, je répartis ce que je veux dire au fil des huit journées, en prévoyant
que tel jour il se passera telle chose importante. Du coup, j'ai des repères sur
le chemin. Je fais toujours ça quand j'écris un livre : je choisis une trame,
le plus souvent temporelle, et j'inscris mon histoire (mes histoires) dans
cette trame. De sorte que les histoires, selon leur chronologie, influent en
retour sur le rythme. Et en écrivant de manière "modulaire" (par
chapitres courts auto-suffisants, ou par "histoires à suivre" courant
sur plusieurs chapitres), je peux changer l'ordre des chapitres à volonté ou
presque, ce qui permet de jouer sur le rythme également.
Si vous regardez la table des matières de
mes romans, vous verrez que la trame est comme une "portée" verticale
: les chapitres sont répartis au sein de différents "mouvements" (les
parties)
Chaque moment correspond à un décor, chaque décor secréte sa ou ses situations,
chaque situation ses personnages, chaque personnage son récit propre. Le plus
souvent, je fais ça intuitivement : je saisis la première chose qui me vient à
l'esprit et je vois où ça me mène... et souvent ça me mène à des endroits, des
personnages ou des situations que je n'avais pas anticipés, et qui me viennent
par association d'idées. Le cerveau n'est pas un lieu de découvertes aléatoires
: il entretient des connexions solides, et ces connexions sont comme un réseau
de routes sur lesquels ont peut se laisser pousser...
Et, en toute bonne logique, si ces routes
paraissent excitantes à l'écrivant(e), il
y a de bonnes chances que certains lecteurs aient le même sentiment. Au pire, on court le risque de n'intéresser que les gens qui ont le même sens du suspense ou de l'attente que nous. Mais n'est-ce pas pour ces lectrices/teurs là qu'on écrit ?
Cela étant, je suis quand même surpris
qu'on me dise que mes romans se lisent vite, parce que j'écris "long"
– et je réécris beaucoup. Et parfois, ce que j'avais décidé de dire en trois
phrases prend six pages.
Dans Le
Choeur des femmes, je voulais expliquer en trois lignes comment fonctionne
un DIU au cuivre en contraception d'urgence et comme j'avais pas envie de
m'emmerder (et d'emmerder les lecteurs) à faire une description technique, je
me suis laissé aller à une métaphore délirante où les spermatozoïdes se
transformaient en spermatocyclistes du Tour de France à l'assaut du col du
Tourmalutérus.
Bon, l'inverse est vrai aussi : dans La Maladie de Sachs, j'avais écrit un
long monologue de Pauline expliquant en long en large et en travers à Bruno
pourquoi son non-désir d'enfant ne tenait pas debout, et à la relecture, j'ai
trouvé ça vraiment lourd et emmerdant. Alors, je l'ai supprimé et j'ai
transformé ça en une conversation de quinze ou vingt répliques à l'issue de
laquelle elle lui met le nez sur ses contradictions, et ça marchait beaucoup
mieux.
Enfin, dans le sentiment de rapidité intervient aussi ce qu'on appelle
"la langue" (ou "le style"), bref, la façon d'ordonner
les mots, de les tisser, si on veut, dans la phrases, et de tricoter les
phrases entre elles, à sa manière propre.
Je ne suis pas très fort en descriptions
"factuelles", je préfère écrire des dialogues et, c'est toujours plus
rapide à lire, sauf quand chaque réplique fait six lignes et ne fait pas
avancer l'action. J'ai appris en regardant les séries télévisées que chaque
réplique doit contenir une information utile. Les répliques qui n'apportent
rien nuisent au rythme. C'est vrai aussi en consultation : si je fais
"Mmhhh" au lieu de parler, c'est parce que mon interlocuteur/trice
sait ainsi que je l'écoute, mais n'est pas obligé de s'interrompre. Par
conséquent, un lecteur va plus vite quand l'écrivain ne se regarde pas
écrire... Enfin, je crois.
Reste que tout ça n'est qu'une
approximation, pas une suite de recettes (on ne peut pas écrire contre soi-même, donc tout ce que je dis ici n'est certainement pas utilisable par tout le monde) et, si tant est que
mon analyse soit juste, et que les éléments qui font du Choeur des femmes ou de The
Da Vinci Code ou de Millenium des page-turners (quitte à faire des comparaisons, autant viser haut... ;-) ) soient précisément identifiables, rien ne
garantit que si ça marche une fois, ça marchera la fois suivante, et encore
moins à chaque fois.
Enfin, ça n'empêche pas d'essayer.
M.W.
PS : Est-ce que je me dis "Encore un avant d'aller dîner ?" Non. Si j'ai vraiment envie de connaître la suite (et si je sais qu'elle m'attend en haut de la page suivante), je ne dîne pas...
PS : Est-ce que je me dis "Encore un avant d'aller dîner ?" Non. Si j'ai vraiment envie de connaître la suite (et si je sais qu'elle m'attend en haut de la page suivante), je ne dîne pas...
"J'ai aimé quelqu'un" (Brève rencontre + 1 livre, 9) - par M.W.
J'ai lu trois fois Techniques de l'amour de Frédéric Boyer.
J'ai aimé quelqu'un de toutes mes forces.
C'est un "petit
livre", par le format et le nombre de pages.
Quelqu'un fut l'instant de quelques nuits mon
maître, mon souffle, ma faim, ma toute folie.
Ne vous fiez pas à sa
légèreté d'objet-livre, car elle est inversement proportionnelle à la gravité
de son contenu.
Je ne m'aimais plus que pour l'autre, ce qui
revenait à me perdre, en quelque sorte, comme si je n'existais pas.
Ne vous fiez pas à la
brièveté des paragraphes en le feuilletant sur la table de votre libraire. Ce
livre n'est pas un traité ou un
essai, c'est une suite poétique qui parle du deuil que chaque amour porte en
lui, dès son commencement, et longtemps après sa fin.
J'ai aimé parler avec quelqu'un que j'ai tant
aimé.
Ne vous fiez pas au
titre. Il est comme une première (ou dernière) ironie douloureuse à l'égard du
contenu, et probablement du mouvement qui a fait sortir ce texte des doigts de
l'auteur.
J'ai aimé jusqu'à ne plus savoir qui j'étais ni
qui j'aimais.
Ne vous fiez pas à mon
sentiment sur ce livre : il est partiel, partial et ambivalent. Je l'ai lu
trois fois parce que chacune de mes lectures me laissait dans la bouche ce goût
de cendre que Frédéric Boyer mentionne à deux reprises au moins, et parce que
je ne voyais pas comment l'atténuer, sinon en cherchant obstinément sa cause et
sa cure dans ces phrases ourlées qui, à travers mes yeux, se sont chargées de
tristesse et d'amertume.
Mais je ne saurai jamais à quoi tient le fait que
ce soit cette personne-là précisément et pas une autre.
Si je l'ai lu et relu, et
relu encore, c'est pour tenter vainement de faire mien ce que Frédéric Boyer a
déposé sur le papier comme on insère des fleurs fanées entre deux pages. Mais
ses phrases ne sont ni fanées ni sèches à la lecture ; elle s'élèvent, tels des
éphémères, lumineuses et intimidantes au point qu'on se refuse à tendre la main
vers elles, par crainte de les détruire à force de les désirer.
Comment ce geste, cette position de la main, ce
mouvement des lèvres, cette lumière du regard, peuvent-ils être l'expression de
l'amour ? Après tout, ce n'est qu'une main, qu'un regard.
Si je l'ai lu et relu et
aimé le relire et pleuré en le relisant, c'est parce que la littérature n'est
pas un moyen de connaître l'amour, de le retenir ou de le prolonger – pas plus
que l'amour n'est un moyen de connaître, de retenir ou de posséder l'autre. La
littérature et l'amour sont, l'une et l'autre, insaisissables.
Je peux l'aimer de mémoire.
M.W.
(Toutes les phrases en
italique ont été empruntées au livre.)
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