samedi 4 mai 2013

Le Temps qui Court - Par Virginie D.


(réflexion en rénnings inspirée par un soleil levant sur le Donaukanal, Vienne)

Courir partout : au temps de Tokyo, de Vienne ou de Chicago.
Courir tempo.
Ne courir que rarement, faute de temps.
Courir à temps partiel.
Courir à temps perdu.
Ou courir après le temps. Ce temps qui court. Si vite.

Courir par temps gris, temps incertain ou temps de chien
Courir pour le temps que ça dure.
Courir parce que le temps presse.
Courir pour prendre un temps de repos. Aussi.
Courir pour rattraper le temps perdu.
Courir avec tant d’effort, souvent.

Courir parce que les temps sont durs.
Courir hors du temps.
Courir au temps voulu. Courir de temps en temps.
Courir parce qu’il en est encore temps.
Courir pour tant de raisons.
La plupart du temps : simplement courir.

Courir en prenant son temps. Ou pour améliorer ses temps.
Courir pour défier le temps.
Ou pour se laisser du temps.
Courir pour tuer le temps, ou en gagner.
Trouver le temps de courir
Courir aussi parce qu’il nous reste si peu de temps.

Commencer à courir juste à temps.
Courir le temps d’une vie.
Cours. Attends.
Et moi.
Moi?
Moi je cours, pour arrêter le temps.

mercredi 20 mars 2013

Le métier d'écrire (plan d'un livre en travail)




Quatrième de couverture
« Comment êtes-vous devenu écrivain ? »
« Pourquoi portez-vous un pseudonyme ? »
« Comment écrivez-vous ? »
Au fil des rencontres – dans des librairies ou à la table de signature d'un salon du livre, par lettre ou par courriel, sur mes sites internet ou ma page Facebook – lectrices et lecteurs m'ont posé beaucoup de questions sur le métier d'écrire : des questions personnelles, d’autres plus générales. Parfois, j'avais la réponse toute prête. Le plus souvent, j'ai dû creuser la question. Parfois, j'ai répondu en faisant part de mes propres interrogations de lecteur et d'écrivant. Souvent, j'en ai fait un texte et je l'ai posté en ligne.
Un jour, j'ai eu envie de rassembler les brassées de questions, de réponses, de réflexions et d'en faire des bouquets.
Et un bouquin.


Présentation
Qui etes vous ? 
Pourquoi portez-vous un pseudonyme ?
Est-ce que ça vous perturbe d’avoir deux identités ?
Quel nom utilisez vous et quand ?
Pourquoi signez-vous parfois des deux noms ?

Lectures
Qu'est-ce que vous lisiez avant d'écrire?
Dans quelles langues lisez-vous ?
Où lisez-vous ?
Quels sont vos écrivains modèles ?
Pourquoi aimez-vous les séries télé ?


Se mettre a ecrire
Quand avez vous commencé à écrire ?
Qu'est-ce que vous écriviez ?
Avez-vous tenu un journal ?
Comment avez-vous appris à écrire ?
Quand avez vous eu envie d'avoir des lecteurs ?
Qui ont été vos premiers lecteurs ?

L'autre metier
Comment êtes vous passé de la medecine à l’écriture ?
Est-ce que l'histoire de vos patients se retrouve dans vos livres ?
Est-ce que vous pourriez écrire sur autre chose que la médecine ?
Êtes-vous plutôt médecin ou plutôt écrivain ? Peut-on être les deux en même temps ?
Que pensent vos patients de vos livres ?
Quels écrivains-médecins admirez-vous le plus ?
Pourquoi est-ce que vous en voulez tant aux médecins ?

Comment avez-vous trouvé un editeur ?
Pourquoi publiez vous chez POL ?
Bon mais alors, pourquoi publiez vous ailleurs que chez POL ?
Quelle différence entre les livres que vous publiez chez POL et ceux que vous publiez ailleurs ?
Quelles relations avez-vous avec vos éditeurs en général (et en particulier) ?
Combien de livres avez-vous publié ?         
Pourquoi tant de genres différents ?
Est-ce que vous avez gagné beaucoup d'argent en écrivant ?
Est-ce qu'avoir un autre métier ça aide ou ça rend l'écriture difficile ?

Les autres ecritures
Pourquoi avez-vous fait de la traduction ?
Pourquoi avez-vous fait du journalisme ?
Pourquoi êtes-vous devenu critique de séries télé ?
Qu'est-ce que vous ont apporté ces autres formes d'écrit ? 
Vous qui aimez les séries télé, avez-vous eu envie d'écrire pour la télévision ?

L'Ecriture et les autres
Est-ce que vos livres sont autobiographiques ? 
Parlez-vous de votre famille dans vos livres ?
Parlez-vous de vos patients dans vos livres ? 
Est-ce que vous réglez vos comptes dans vos livres ?
Est-ce que vos enfants lisent vos livres et qu'en pensent-ils ?
Pour qui écrivez-vous ?
Est-ce que le regard des autres compte ?
Quels sont les inconvénients d’être écrivain ?
Quelles relations avez vous avec les autres écrivains ?
Quelle est votre expérience de la presse et des médias ?
Que pensez-vous de la critique littéraire ? Lisez-vous les critiques de vos livres ?
Vous qui avez reçu un prix, que pensez vous des prix littéraires ?
Quelles expériences marquantes (bonnes ou mauvaises) avez-vous vécu en tant qu’écrivain ?
Comment s’est passée l’adaptation de votre roman « La maladie de Sachs » au cinéma ?

Ecriture et engagement
Quels messages voulez-vous faire passer dans vos livres ?
Pourquoi votre site d’informations médicales est-il gratuit ?
Faut-il du courage pour écrire des livres engagés ?
Avez-vous pensé à faire de la politique ?
Que s'est-il passé à France Inter ?
Pourquoi avez-vous quitté la France ?

Les lecteurs
Faites-vous beaucoup de rencontres avec les lecteurs ? Lesquelles préférez vous ?
Avez-vous un site internet à quoi vous sert-il ?
Pourquoi un site internet et un blog ?
Est-ce que vous répondez aux courriers de lecteurs ?
Est-ce qu’on vous reconnaît dans la rue ?

L'ecriture au jour le jour
Comment écrivez-vous ?
Quand écrivez-vous ?
Où écrivez-vous ?
Comment travaillez-vous votre style ?
Combien d'heures écrivez-vous chaque jour ?
A qui faites-vous lire ce que vous écrivez ?
A qui parlez-vous de ce que vous écrivez ?
Qu'est-ce que vous aimeriez écrire ?
Quand vous n'écrivez pas, qu'est-ce que vous faites ?
Pourquoi vos romans se déroulent-ils tous à Tourmens ?
D'où vous viennent vos idées ?
Etiez-vous sur depuis le départ que vous seriez ecrivain ?
Avez-vous été saisi parfois du doute de ne pas réussir a vous faire publier ?
Ecrivez vous des histoires pour plaire ? (choisissez-vous les sujets de vos romans en ayant dans la tête son « positionnement marketing »)
Vous imposez-vous un nombre de pages/chapitres à écrire par jour ?
Notez-vous les anecdotes du quotidien pour les réutiliser ?
Avez-vous besoin de ruptures de rythme pour avancer dans un roman ou au contraire d'un certain train-train?
Relisez-vous vos textes avant d’arriver à la fin ? Ou bien écrivez-vous l’ensemble d’abord pour ensuite revenir sur le texte?
Et le plaisir dans l’écriture ?
Connaissez-vous vos personnages ? (Vous inspirez-vous toujours de personnes que vous connaissez ou bien les créez-vous de toutes pieces ?) Physiquement les visualisez- vous ?
Choisissez-vous d’écrire sur un thème en particulier ou les thèmes que vous abordez s’imposent-ils comme des evidences ?
Comment construisez-vous vos livres ?
Dans quelle langue écrivez-vous ?
Y a-t-il des moments où vous n’avez pas envie d’écrire ?
Quand vous aviez un autre métier, où trouviez vous le temps d’écrire ?
Est-ce que vous faites un plan ?
Que faites-vous quand vous calez ?
Quand savez-vous que vous avez fini ?

Qu'est-ce que vous lisez depuis que vous ecrivez ?

L'ecriture pour tous
Est-ce que tout le monde peut écrire ?
Qu'est-ce qu'un écrivain ? (Et un écrivant ?)
Est-ce qu'on peut apprendre à écrire ?
Que faut-il faire pour écrire ?
Que faut-il faire pour être publié ?
Que fait-on dans les ateliers d'écriture ?
Que fait-on dans les cours de création littéraire ?
Est-ce que vous auriez des exercices à nous conseiller ?
Est-ce que je peux vous envoyer mon manuscrit ?
Quels conseils donneriez-vous a celles et ceux qui ecrivent ?
Par qui est-il bon de se faire relire ?


PS : Si vous avez d'autres questions, posez-les moi dans la zone commentaire, je les inclurai dans le livre. 

Mar(c)tin 

dimanche 3 mars 2013

White Night/Blues Blanc



Climbing down the Old Main at Midnight, homebound
Through the laughing clusters of young partygoers
My eyes caught by the grin of a horse-headed man
While my steps on the snow vanished behind me.

I had read all my lines in the softest warm voice
And received a few words of appreciation
Then spent four hours listening to strangers
Tasting their own sweet share of Timely Search

I had listened and felt and smiled and laughed and sighed
Clapped my hands gladly when they quit stumbling through
But I kept turning back, waiting for the shadow
Of a free-wheeling Vixen coming in and all true

When I left the reading before voices would dry
Stood in the underground, mute among the volumes
Aware I would never get to know the endline
Nor woo the young scholar hiding behind the screen

And now, climbing down Main, strolling between snowflakes
I hovered, full of words and sounds and memories
My heart nearly at peace, neither sad nor wary
Plotting a new fiction of endless love in time.

MWZ
Montreal, March 3, 2013 - 01.15

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Blues Blanc

J'arpentais Saint-Laurent
A minuit, au retour
Parmi les grappes riantes
Des jeunes gens en sortie
Quand mes yeux ont croisé
Un homme à tête de cheval
Et mes pas sur la neige
S'effaçaient derrière moi.

J'avais lu ma partie
De ma voix la plus douce
Et reçu quelques mots
De fine appréciation
Et puis passé quatre heures
Face à des étrangers
Savourant leur morceau
Le temps d'une Recherche

J'ai écouté, senti
Ri, souri, soupiré
Applaudi, gratifié
Quand ils avaient fini
Tournant les yeux sans cesse
Dans l'espoir de saisir
L'ombre d'une Amazone
Apparue à l'entrée

J'ai quitté la lecture
Avant que les voix cessent
Me suis longtemps tenu
Muet parmi les livres
Conscient qu'au grand jamais
Je n'en saurais la fin
Ni ne courtiserais
La jeune femme à l'écran

Et là, sur Saint-Laurent
Evitant les flocons
J'allais, repu de mots
de sons, de souvenirs
Et le cœur presque en paix
Ni triste, ni lassé
Mais en tête une histoire
D'amour intemporel.


MZW
Montréal, 3 mars 2013 - 12.15





lundi 21 janvier 2013

Alter et Ego sont dans un bateau.


(Martin Winckler et Marc Zaffran, entretien) 


Marc Zaffran : Comment veux-tu qu'on procède ?

Martin Winckler : Je ne comprends pas ta question.  

MZ : J'ai proposé à @nalyses une interview croisée, mais qui interroge qui ?

MW : Mmhhh… L'écrivain, c'est toi. Moi, je ne suis que la façade. A toi la parole.

MZ : OK…

MW : Mais d'abord, je te présente : tu te nommes Marc Zaffran, tu es né en 1955 à Alger. Tu as grandi en France à partir de 1962, tu as fait des études de médecine, puis pratiqué la médecine de famille à la campagne et dans un hôpital de province entre 1983 et 2008. Tu t'es installé à Montréal en 2009 et tu es résident permanent du Canada depuis 2011. Après ton premier roman, La Vacation, chez P.O.L en 1989, sous le pseudonyme de Martin Winckler – c'est à dire : bibi – tu en as publié quinze autres, ainsi que des nouvelles, des contes, des essais sur la culture populaire – les téléséries en particulier – mais aussi le cinéma et la bande dessinée américaine, des manuels médicaux pour le grand public, des livres plus ou moins pamphlétaires consacrés à la relation de soin... En tout, une cinquantaine de bouquins. C'est ça ?

MZ : A peu près. Je n'ai pas fait le compte. Il y en a un ou deux que je préfère oublier.

MW : Vraiment ?

MZ : Vraiment.

MW : Alors on n'en parlera pas. Mais on reparlera de la bibliorrhée.

MZ : Si tu veux.

MW : Commençons par une question simple qu'on te pose souvent, et qu'on se pose pour tous les écrivains : depuis quand écris-tu ?

MZ : Je ne me rappelle pas exactement. Mes archives les plus anciennes sont des cahiers de nouvelles transcrites à l'âge de treize ans, mais probablement écrites au cours des deux années précédentes. A quatorze ans, je me mets à tenir un journal. Mais je ne sais pas s'il y a eu un "début", à proprement parler… Je vois ça comme une sorte de glissement insensible de la lecture à l'écriture, l'une dans le prolongement de l'autre. A l'époque, je passe mon temps à relire – donc, à réinventer – les  livres que j'aime. Aujourd'hui, quand j'écris, j'ai le sentiment d'inventer – j'utilise ce mot parce qu'il signifie aussi bien "découvrir" qu' "imaginer" – le  texte de chacun de mes livres à mesure que je l'écris afin de pouvoir enfin le lire.

MW : Pourquoi "enfin" ?  

MZ : Parce qu'une fois que j'en ai eu l'idée, mais tant que je ne suis pas assis pour l'écrire, il est là, quelque part, dans ma tête. Je m'en fais une idée fantomatique, souvent écrasante et impossible à circonscrire tout à fait. Quand je pense à un livre, quand l'idée m'en vient d'abord, j'ai le sentiment que je suis face à une sorte de cathédrale, un monde que je ne parviendrai pas à remplir. Et puis, une fois au travail, ça devient un monde à taille humaine, habité par les histoires. Je pense d'ailleurs que s'il me semble vide et vaste avant l'écriture c'est précisément parce qu'il n'est pas encore habité. Par les personnages, par leurs histoires, par leurs paroles.

MW : Est-ce que le résultat écrit est décevant par rapport au "projet mental" ?

MZ : Décevant, non. A mesure que le roman prend peu à peu ses contours, l'image initiale disparaît, et quand j'ai fini je l'ai oubliée ; le texte l'a remplacée. Une fois terminé, le roman est moins écrasant que l'idée initiale, mais aussi plus juste. Et j'espère, tout aussi riche pour le lecteur. Alors, déçu, non. Insatisfait, oui, parfois.

MW : Peux-tu préciser ?

MW : Il m'arrive, pendant l'écriture, et parfois après, de ne pas être content d'un chapitre, d'un passage, d'un tournant du livre, mais toujours pendant l'écriture et à ce moment-là je fais marche arrière, ou je coupe le texte qui ne "va nulle part" et je reprends. Mais je ne m'aventure jamais dans une direction qui ne me va pas car si ça n'est pas la bonne, je cale très vite. Et puis je suis très exigeant avec moi-même quand j'écris pour P.O.L. Et Paul Otchakovsky-Laurens est plus exigeant que mes autres éditeurs… même si paradoxalement, c'est lui qui me fait le moins de remarques formelles. Mais il m'a déjà refusé – à juste titre – deux livres. Et ce refus a confirmé mon sentiment plus ou moins précis que le livre n'était pas fait pour être publié. Mais, d'un point de vue général, je ne rends pas un livre à un éditeur si je ne suis pas content du résultat, si je n'ai pas atteint l'objectif que je m'étais fixé en commençant.

MW : Et cependant, tu n'as pas tout le livre en tête avant de te mettre à le rédiger.

MZ : Non. J'ai le début et la fin, le plus souvent : j'écris beaucoup le début de mes romans, parfois plusieurs fois ; et je sais à peu près où je veux finir – sinon les dernières phrases, du moins la dernière scène ou la dernière situation. Une fois que j'ai mon début bien en main, je me lance. Il y a bien sûr, en cours d'écriture, des moment de tâtonnements, de doute, de réflexion intense sur la manière dont je vais "boucler" toutes les histoires de manière satisfaisante – à mes yeux, du moins – mais comme je sais où je veux aller, je trouve toujours un moyen d'avancer.

MW : Et qu'est-ce qui vient en premier ? La narration ou le travail de la langue ?

(...) 

L'intégrale de cet entretien est publié par la revue en ligne @analyses. Cliquez ici pour le lire intégralement et/ou le télécharger. 

vendredi 11 janvier 2013

Autoportrait en baladin


A Virginie D. 


Pour moi - et je parle ici seulement pour moi - écrire n'est pas un "don" ou une capacité particulière. Plutôt un trait de personnalité, dont je ne peux pas plus me défaire que de la couleur de mes yeux. 

Une vilaine habitude égoïste, comme le fait de plonger dans un film ou un livre. Au fond, quand j'écris, je plonge de la même manière. Dans une histoire de mon cru qui emprunte à la fois à mon expérience sensible, à mon imaginaire et à ce que j'ai appris (en lisant, en écoutant, en regardant). Mais c'est la même plongée.

Pendant longtemps, j'ai vécu l'écriture comme une manière secrète de surmonter un handicap – mon incapacité à dire, ma difficulté à me lier aux autres. Ecrire, à l'adolescence, c'était un peu m'échiner à apprendre des tours de passe-passe pour me les faire à moi-même, debout devant un miroir. Personne ne regardait. Je n'osais pas faire mes tours en public. Quand je m'y aventurais (quand je donnais à lire ce que j'avais écrit), je déclenchais au mieux un sourire complaisant, au pire un regard méprisant. " C'est quoi, ça ?"

Alors même que je ne les livrais qu'à des yeux choisis, on recevait mes démonstrations (les cahiers pleins d'histoires que je donnais en offrande) comme des gestes tantôt incongrus, tantôt pitoyables, tantôt vaniteux.
Pour qui me prenais-je donc avec mes pâles imitations ?

Un jour, une personne ou deux (je ne te remercierai jamais assez, Raphaël...) ont ouvert de grands yeux bienveillants devant un petit truc que j'avais mis au point tout seul, juste pour voir si ça pouvait marcher. Et là, j'ai découvert avec stupéfaction que ces regards ressemblaient à ceux que je portais sur mes modèles. Je me suis senti à la fois ravi et embarrassé. Est-ce que mon petit truc de rien du tout le justifiait, le méritait ?

Il m'a fallu longtemps pour me départir de mon sentiment d'indignité, me convaincre que mes petits travaux de plume avaient un intérêt.

Aujourd'hui, je sais que l'écriture n'était pas (n'est jamais, pour personne) une activité solitaire un peu suspecte. J'arrive même à la qualifier d'activité artistique – même si j'ai toujours beaucoup de mal à penser que mes textes sont de la même nature que l'interprétation d'un morceau de Gershwin par Bill Evans, une planche de Gotlib ou de Sienkiewicz ou le travail stupéfiant de la troupe de danseurs que j'ai vue il y a quelques mois  répéter sans musique et dont les figures, frôlements et respirations m'ont laissé vibrant d'émotion.

Quand j'écris, j'ai encore et toujours l'impression d'être l'adolescent qui a passé des années à essayer de comprendre et de reproduire les tours de magie (les livres) qu'il admirait puis d'inventer les siens. Je n'ai pas de mérite : j'aime ça. C'est seulement un petit tour de mon cru. Face aux géants du genre, je ne ferai jamais le poids.

Oui, je sais, un livre ça a "du contenu", ce n'est pas seulement une illusion. Oui. Et justement. Les grands livres vous restent longtemps au fond de la rétine. Les miens, qui dit qu'ils ne sont pas seulement un feu de paille ?  

Alors, chaque fois que je termine un livre, un texte, un message, j'ai envie de présenter des excuses. Pour avoir pris du temps, sollicité de l'attention, mobilisé de la réflexion (dans le meilleur des cas) - et de remercier celles et ceux qui me les ont accordés. Et aujourd'hui encore je ne pense pas qu'écrire est un "don". Je veux dire "une qualité exceptionnelle suscitant l'admiration". D'un trait de personnalité, j'ai eu la chance de pouvoir faire un mode d'expression, un outil, un métier. Ca m'a pris du temps, car c'est du boulot.

J'ai travaillé. Sans avoir conscience que chaque fois que j'écrivais quelque chose, j'apprenais quelque chose : une manière nouvelle de mettre un mot après l'autre, de raconter sans tout dire d'un coup, d'embobiner le lecteur (la lectrice…) avec mes jeux de mains (jeux de vilain), de lui en mettre plein la vue en faisant disparaître une tour Eiffel dans un chapeau ou jaillir un éléphant sous le piano.

Mettre le tour au point (écrire le livre) c'est ce qu'il y a de plus long, de plus difficile, mais une fois le numéro lancé sur la scène et le lecteur, la lectrice installés dans leurs fauteuils, les jeux sont faits. Qu'on me suive ou non jusqu'au bout, ce n'est plus moi qui tire les ficelles, le livre existe seul. 

Moi, je suis déjà de retour au sous-sol. J'essaie de ne pas penser à celles et ceux qui sont, ou ne sont pas venu(e)s regarder le nouveau spectacle ; j'essaie de ne pas guetter le son des applaudissments, de ne pas souffrir du silence ; j'essaie de ne pas me demander si je pourrai installer le prochain bouquin/numéro sur les mêmes planches, lever le même rideau, abuser du même éclairage. S'ils ne trouveront pas ça un peu trop répétitif, à la fin.

J'évite de me demander combien de temps ça durera. 

Je ne pense plus au livre – je ne peux plus rien y changer – alors, je m'échine à en préparer un autre.

En espérant produire encore quelques étincelles dans ces yeux bienveillants. Et histoire de me prouver que je n'ai pas dit mon dernier mot. Que j'ai encore de nouveaux tours à imaginer, des histoires à raconter.

Mar(c)tin