dimanche 21 août 2011

Le livre de mon enfance, par Joan (Ex. N°18)


J'ai sept ans. Je sais lire depuis... Je ne sais plus.
Dans ma petite tête, je dirais toujours.
Je n'imagine pas un "avant" la lecture.
Je ne m'en souviens pas.
Comme si je n'étais véritablement née qu'au contact de l'écrit.

Je lis, beaucoup.
Les étiquettes des produits ménagers, les tracts politiques, les dictionnaires.
Lorsque je suis éveillée, lorsque mes yeux sont ouverts, je ne me sens entière qu'en déchiffrant.
J'aime lire.
Mais pas tout. Je lis pour apprendre, comme pour calmer une soif inextinguible de connaissances.
Malgré l'insistance des enseignants et de mes proches, je reste hermétique à la fiction. Elle m'ennuie profondément. 
A quoi bon lire quelque chose de faux, qui ne peut rien m'apprendre.
Je préfère le dictionnaire.
Pourtant, sage, conciliante, j'ouvre des albums, des petits romans.
Mes yeux courent sur les pages, lisent les mots sans les relier entre eux.
J'y gagne quelques facilités en orthographe et cela rassure mon entourage.

Je dévore l'informatif.
Les dinosaures. La révolution française. Les avions.
L'anatomie. L'astronomie. Les chevaux.
L'électricité. Monet. Les violons.
Les félins.

Les félins...
Je suis à court. J'ai fini de lire tout ce que j'avais trouvé à leur sujet à la bibliothèque. J'ai fini les petits livrets que mes parents m'ont procuré.
Le chat. Le tigre. Le léopard. Le puma.
Désœuvrée, j'entreprends de lire les titres qui peuplent les étagères familiales.
L'écume des jours. Les robots de l'aube. Madame Bovary. The sun also rises. Paroles. 1984. Nana. La vie devant soi. Bonjour tristesse. Le lion.

Le lion? Quelle aubaine!
Ce livre est bien plus épais que mes petits fascicules.
Ce M. Kessel doit être un spécialiste, un zoologue hors pair.
Je vais me régaler.
J'ouvre, fébrile, le bouquin.

Que dire de ma déception?
Elle n'a d'égal que la joie que j'ai éprouvée en découvrant le titre.
Frustrée, je laisse tout de même mes yeux se repaître des mots.
De bien jolis mots, des suites de lettres intéressantes et nouvelles.
Kilimanjaro. Nairobi. Kenya.
Masaï. Oriounga. Sybil. Wakamba.
Kikouyou.
Kikouyou me plaît beaucoup. Je décide que c'est un bon mot.
Je cherche autour de lui d'autres mots pour le comprendre.
Puis d'autres, et d'autres encore.
Je reviens au début.
Je cesse de ne lire qu'avec mes yeux.
Je plonge dans l'histoire.
Je suis Patricia, je suis John, je suis King.
Je suis le Kilimanjaro, je suis un guerrier Masaï, je suis l'angoisse de Sybil.
Je suis l'Afrique.
Je suis la mort du lion.

Lorsque ma mère me retrouve, je suis au désespoir.
Je sanglote. Je suis heureuse. J'ai mal au coeur.
J'en veux d'autres.
D'autres histoires, d'autres émotions, d'autres jolis mots qui racontent.

J'ai toujours, au fond de ma bibliothèque en désordre, ce livre que j'ai ouvert il y a trente ans.
Un jour, peut-être, je le relirai.

Joan

mardi 16 août 2011

Le livre de mon enfance - par S. (Ex. n°18)



J’ai tout de suite aimé ce livre. Sur la couverture, un jeune garçon court à toutes jambes vers on ne sait quelle destination. J’étais sensible à la course folle de l’enfant. 

Adulte, je suis encore touchée par la course du monde, ce perpétuel mouvement qui pousse et porte loin de nous ceux que l’on aime… Je participe de cet élan, et pourtant je n’aime pas courir. Je n’aime pas les couloirs tracés sur les pistes des stades, je n’aime pas les lignes droites. Je leur préfère les chemins de traverse, les sentiers qui serpentent, flânent et s’étirent en mille et un détours.


Le roman s’ouvre sur une scène de la vie quotidienne : comme tous les jours, Frédéric se rend à l’école . « Mais comme il est en avance, il fait le détour par la place ». C’est ce détour, cette transgression de la « ligne droite» conduisant à l’école, qui brise la routine par la magie d’une rencontre. Délaissant le droit chemin, Frédéric entrevoit l’image d’un monde où les règles, les valeurs sont apparemment différentes. 

A l’écart de la communauté villageoise, sur le terrain communal se dresse une roulotte de forains. Caché dans les buissons comme un voleur, Frédéric espionne une fillette et son père. Le lendemain, à l’école, la petite fille de la roulotte se montre froide et distante envers ses camarades de classe. Déplacée dans un univers qui n’est pas le sien, vivant en marge des enfants du village, adultes miniatures remplis d’idées fausses et de préjugés, elle préfère la solitude à la compagnie d’imbéciles. 

Mais Frédéric ne s’y trompe pas. La veille, il a observé la fillette et son père à leur insu, il ne porte pas sur l’enfant le regard dur, souvent cruel, des villageois. Il ne fantasme pas comme eux sur l’étranger. Cette enfant lui ressemble, il le sait.
La fuite d’un hamster à l’école, le danger, le sauvetage dans la rivière rapprochent ces deux êtres. Un soir, Frédéric peut enfin pénétrer l’univers mystérieux des gens du voyage. Sur une illustration colorée, on le voit faire sauter des crêpes au-dessus d’un feu de camp, devant la roulotte. 

A ses côtés, Sandrine tient le saladier contenant la pâte à crêpes, sous le regard bienveillant du père. Longtemps, cette image d’un bonheur abrité mais fragile m’a fait rêver.

J’aimais Frédéric et Sandrine et je m’identifiais à eux sans peine. Enfant, j’étais sensible aux notions de justice, de tolérance, de respect de la différence. J’ai donc apprécié l’épilogue du « vol » du porte-monnaie, où la fillette dénonce par son courage et sa droiture la bêtise et les préjugés des gens dits « normaux ». 

Car dans ce roman, deux mondes s’affrontent : le monde clos des sédentaires englués dans leurs habitudes et leurs préjugés, prisonniers d’un cadre de vie dont l’étroitesse borne souvent celle du champ spirituel, et le monde infini de ceux qui voyagent, briseurs de chaînes en quête de mouvement, d’espace et d’inconnu. Au confluent de ces deux mondes, face aux adultes, deux êtres jeunes brisent les cadres de vie, abolissent les frontières, réconcilient l’homme avec l’homme. 

Pour l’enfant que j’étais, ce fut une belle leçon de vie.

samedi 13 août 2011

Le livre de mon enfance, par Céline Laurent (Ex. n°18)


« L’enfant noir » de Camara Laye




Parmi les livres proposés par ma prof de français au collège.
L’histoire d’un petit garçon vivant dans un village d’Afrique.
Première récit autobiographique, avec la sensation d’une véritable rencontre.
Sa peur lors de la cérémonie d’initiation.
Ce qu’il est devenu, un écrivain.
Depuis cette lecture, la sympathie pour les hommes noirs, qui ont tous été un enfant noir.

Depuis, je sais qu’en Afrique, il y a plusieurs pays, que la couleur de la peau ne préjuge pas de l’individu, ni en bien, ni en mal. Mais la vie nous joue des tours, n’est-ce pas, et nous avons accueilli un étudiant l’an dernier : la gentillesse-même. Le lien avec lui est tel qu’il est question de nous rendre chez lui : le même pays que Camara Laye. 

Céline Laurent

mercredi 10 août 2011

Le livre de mon enfance, par Sam (Ex. n°18)



Blake et Mortimer, mes héros



Lorsque j’étais enfant, chaque semaine, mon père avait coutume de revenir des courses au supermarché avec une bande dessinée. Il aimait la bande dessinée. Mais je pense qu’il aimait par dessus tout l’idée que cette littérature populaire offrait, par ses histoires, ses héros, ses graphismes, un divertissement de qualité tant aux adultes qu’aux enfants. Aussi, par cette pratique, il savait qu’il assurait à ses enfants non seulement un plaisir immense, mais encore une culture solide. J’ai donc eu la chance de suivre les aventures de Tintin, Alix, Lefranc, Tif et Tondu, la Patrouille des Castors, Ric Hochet, Astérix, Lucky Luke… C’est dans ces séries que je trouve mes plaisirs enfantins de la lecture. Mais mon bonheur de lecture le plus grand, c’est Blake, Mortimer et Olrik qui me l’ont donné. Cette série est pour moi fondatrice, dans le sens où elle a forgé une partie de mon univers mental enfantin et, par force, adulte. Il faut se plonger dans ces albums au graphisme somptueux pour comprendre la richesse souterraine de cette œuvre.

E.P. Jacobs est un sorcier. C’est ainsi que je m’imaginais l’auteur de ces merveilles. La quatrième de couverture, d’un blanc austère barré d’une ligne orange, le montre en photo noir et blanc, l’air sévère, revêche, quasiment patibulaire, scrutant le lecteur les lunettes d’écaille à la main, avec une tenue vestimentaire intrigante pour un auteur de BD : nœud papillon noir, chemise blanche, boutons de manchette et veste pied-de-poule. Jacobs était pour moi un mystère. Comment ce vieux bonhomme si peu jovial pouvait-il créer des aventures aussi trépidantes, des atmosphères aussi étranges, des personnages aussi purs, des sentiments aussi nobles, des images aussi belles ? Aujourd’hui, je sais que Jacobs n’était pas un sorcier ; c’était un génie.

Jacobs a exploré tous les genres de l’aventure : la guerre (Le secret de l’Espadon), l’énigme policière (L’affaire du collier), le fantastique (Le mystère de la grande pyramide, La marque jaune, SOS Météores, Les 3 formules du professeur Sato) parfois mâtiné de science fiction (L’énigme de l’Atlantide, Le piège diabolique). Jacobs est sans concession : Blake et Mortimer, c’est la lutte du Bien contre le Mal, ou plus précisément de l’Humanité contre la Sauvagerie. Les sentiments sont exacerbés : d’un côté l’Amitié, le Courage, l’Héroïsme, le Sacrifice, la Fidélité, la Loyauté ; de l’autre le Haine, la Trahison, la Cruauté, la Déloyauté, l’Egoïsme. Mais si Blake (le fin capitaine anglais ou gallois blond) et Mortimer (le scientifique écossais massif et roux) sont des héros pleinement positifs, je ne suis jamais parvenu à voir dans l’ombrageux Olrik un méchant négatif. Il est beau, flegmatique, fair-play, courageux, acrobatique, intelligent… Olrik, c’est Méphisto ; son charme opère sur le lecteur comme sur ses complices. Mais où est l’Amour ? Blake et Mortimer, c’est un monde d’hommes, qui s’adresse résolument aux garçons. Pas de filles, pas de sentimentalisme. Jacobs raconte pourtant les épisodes d’une histoire d’Amour : l’Amitié entre deux hommes qui combattent le Mal.

Sam

dimanche 7 août 2011

Le livre de mon enfance - par Christina (Ex. n°18)



Savait-elle, ma mère l’inestimable cadeau qu’elle me faisait  en me collant ce livre entre les mains ou voulait-elle simplement, une fois de plus, avoir la paix ? Me l’aurait-elle confié si légèrement si elle avait pressenti  l’influence qu’il exercerait sur moi et par là-même, sur mon avenir ? 

Et si je n’ai jamais dû, comme Frances (mon héroïne) et Neeley (son petit frère), guetter le moindre morceau de métal ou de cuivre, perdu au fond du caniveau, dans l’espoir d’en obtenir quelques pennies chez le ferrailleur... 

Si je n’ai jamais dû, pendant plusieurs jours d’affilée, “jouer au pôle nord” et souffrir de la faim dans une cuisine sans feu; aux tablars et à la glacière désespérément vides, parce que l’argent manquait cruellement... 

Si je n’ai jamais (jamais ?), eu peur ou froid ou faim dans mon enfance de petite fille bien nourrie, je me suis néanmoins identifiée par la suite à tant de réminiscences de cette biographie-là, qu’elle a sensiblement déteint sur la mienne. 

J’ai bien dû le lire  six fois, ce livre, la première année. Aujourd’hui encore j’en connais certains passages par coeur. Quel âge avais-je la première fois ? Onze ans, Douze ans ? Du jour (à sept ans et demi) ou j’ai su que je savais lire en déchiffrant (et comprenant !) un nom de rue, je n’ai plus jamais été seule. Une fois les dents (les yeux ?) faites sur les incontournables Bibliothèques Rose, Verte et autre Club des Cinq, c’est ce livre-là qui m’a le mieux appris les “choses de la vie” et grâce auquel mon imaginaire s’est éveillé aux goûts, aux bruits et aux odeurs. J’ai compris aussi que plus que n’importe quelle fiction ou conte de fées, c’est “la vraie vie des gens” qui me passionnerait à jamais. 

Est resté encré (sic!)  en moi le goût du concombre au vinaigre lentement savouré par Frances, sur les marches de l’escalier de secours de son immeuble. Une fois dessus elle était comme nichée dans les branches de “son” arbre. Le seul arbre qui pousse à Brooklyn, même sur du béton, disait le tout début du livre... Elle lisait, tout en grignotant son concombre (la rumeur courait que celui qui les vendait crachait dans le tonneau quand il était de mauvaise humeur), le livre emprunté à la bibliothèque de son quartier. Elle s’était fait le serment d’en lire un par jour pendant toute sa vie et tous les auteurs de A à  Z.

J’entends encore le bruit du clapotis de l’eau contre la barque de location, ce jour mémorable où Johnny, le père, emmena Frances et Neeley à la pêche sur l’Hudson River. Il finit par tomber à l’eau tant il avait bu pour se donner du courage et tant il s’était démené pour faire croire à sa progéniture qu’il était doué pour la pêche. Le père trempé, son chapeau perdu, les deux enfants souillés... ce fut une belle journée ! 

J’étouffe dans la chaleur de la petite pièce, presque un débarras, dans laquelle dormaient Frances et Neeley. Frances se relevait la nuit à l’heure du dernier tramway pour écouter son père rentrer. Serveur de son métier, avec un grave penchant pour l’alcool, comme on l’aura compris, le pauvre Johnny était bien incapable de rentrer avec la totalité de sa paie les rares fois où il avait eu la chance d’être engagé pour un service (l’histoire se passe au début des années trente). Charmeur; adoré de sa femme et de sa fille, on l’entendait rentrer de loin, sifflotant la complainte de Molly Malone...

J’entends d’ici le fracas des balais et du seau jetés violemment sur le sol de la cuisine, pour bien signifier que la semaine était finie, par Katie, la mère, brave petite femme courageuse et travailleuse, pleine de touchante abnégation... “Pauvre mais honnête et digne” me répéterais-je avec un demi-sourire en pensant à elle chaque fois que dans ma vie il fera froid. 

Je n’oublierai jamais l’odeur du macadam brûlant quand Neeley jouait au base-ball dans la rue pendant que ses copains mataient la poitrine naissante de sa soeur.

J’ai recherché souvent la chaleur du poêle, dans la petite école que Katie et Johnny nettoyaient à leurs débuts et sur les bancs de laquelle ils ont conçu Frances... “Je vais mon chemin, toi le tien” avait dit Johnny à sa petite amie du moment quand il était tombé amoureux fou de la belle Katie.

Et quarante ans plus tard, la brûlure causée par la main du satyre sur la jambe de Frances, quand il avait réussi à l’agripper à travers les barreaux des marches de l’escalier, et ne voulait plus la lâcher, est toujours aussi vive dans mon frisson de dégoût. C’est Katie, alertée par les cris de sa fille, qui a réussi à l’en décoller à coup de fer à repasser. Il n’y eut pas de second cadavre de petite fille violée cette année là dans la cave, mais la peur a longtemps hanté les esprits. 

Frances.  Frances qui avait  presque mon âge et à cause de qui je m’étais fait le serment d’aller vivre en Amérique - le pays de tous les possibles - un jour. Frances, à cause de qui j’ai jeté mon dévolu sur l’homme qui serait susceptible de m’y emmener. Au risque d’en mourir. 

Frances qui aimait tellement écrire “la vérité” et ne comprenait pas que la maîtresse préfère les mensonges bien polis, bien propres, bien nets et surtout sans bavures “sales”. Frances qui avait menti alors pour s’approprier la poupée convoitée et destinée à une “autre” petite fille pauvre. Pendant que de mon côté, sous le ciel de Bruxelles, je m’appropriai  une idée, et, subséquemment les lauriers en retour, d’une petite camarade qui n’avait pas parlé assez fort.

Comme Katie, j’ai connu un deuil cruel, j’ai connu les méfaits de l’alcool, j’ai vécu l’abnégation d’une femme pour ses enfants, pour son mari, avant d’enfin trouver la sérénité et ma “place” dans l’univers. 

Comme Frances, je suis partie à l’assaut de mes rêves, dont j’ai exaucé une partie, cumulé échecs et réussites et appris à rire de moi quand il s’agissait de survivre.

Et le jour où, à mon tour, j’ai eu envie d’écrire “mon” roman; il ne m’a pas fallu aller bien loin... quoi de plus passionnant à raconter que la VIE, tout simplement ? 

mardi 2 août 2011

Le livre de mon enfance - par Don Bruno de la Vega (Ex. n°18)



            TINTIN




                  (LE LOTUS BLEU, MAIS PAS QUE…)



           
C’est la première œuvre qui me vient à l’esprit.

Parce que, en vrac (de tête, sinon c’est pas rigolo !) :

Le Raïdjadjah –je n’en vérifie pas l’ortograffe– le poison qui rend fou et terrorise les jeunes lecteurs par la même occasion, « Lao tseu l’a dit « Il faut trouver la voie » mais d’abord je dois te couper la tête », brrrrrrr, « Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, violette, violette », Tintin est devenu fou, ce n’est pas possible !!! « Damned » ou quelque chose d’approchant « cette lame est en fer-blanc ! », c’est quoi du fer-blanc ? Tintin survit au coup au poignard ! « Tu vois mon vieux Tchang, en Occident, on croit que vous mangez des nids d’hirondelle, que vous jetez parfois les bébés dans les rivières et que vous leur emmaillotez les pieds pour qu’ils ne grandissent pas » Malgré la distance et les années Tintin (Hergé) et Tchang (Zhang) resteront amis toute leur vie.

Mais aussi :

« Grrrrros plein d’soupe ! » « Encore un peu trop à droite ! » « Rodrigo Tortilla, tou m’as toué ! », ce perroquet est très énervant, « le fétiche Arumbaya ! » un exemplaire surveille toutes mes consultations, « Un indien, Capitaine, mais un indien Quichua… », « Quand lama fâché, lui toujours faire ainsi » Zorrino est mort de rire, « En tout cas, ils sont dans un endroit où il fait très chaud », les Dupondt sont paumés, comme dab…  « Du ragoût de jeune chien, une spécialité syldave » Milou ? Milou !!! « Trois feux rouges disposés en triangle » Qu’est-ce que cela peut-il bien vouloir dire ? Vous trouvez vraiment que le Dr Müller ressemble à Mull Pacha ? « Szut, c’est mon nom ! » « Vous êtes ridicule Tintin, c’est comme si moi, je vous disais que vous alliez tomber sur votre ami, là, le Général Alcazar, au coin de la rue » Paf ! « Nous bons musulmans, nous vouloir juste allez à La Mecque »… « Tchang ! Le Migou ! Foudre Bénie ! » et puis, celui-là, je suis allé l’acheter avec mon père lors de sa sortie : « Encore occupé à tricher le patron ? » Laszlo Carreidas est un milliardaire très antipathique « Szut, mon vieux Szut ! » « Regardez patron, un machin, un singe là, un nasique, son nez me fait penser à quelqu’un, pas vous ? » Rastapopoulos est furieux. Je laisse Allan conclure sur une question exsitentielle capitale : « Dis moi, vieux pirate, quand tu dors, ta barbe, elle est sur ou sous les couverture ? ».

Voilà.

C’était quand même mieux que le Club Dorothée, non ?

Ah oui, aussi : « Par Horus Demeure !!! » mais ça n’a rien à voir !


Don Bruno de la Vega

vendredi 29 juillet 2011

La machine infernale - par Marc's Twin



Je l’ai depuis quelques semaines. Il est gris, pas plus grand qu'un livre de poche, mais plus mince. Il ne m’appartient pas : le directeur du centre où je travaille l’a acheté pour les chercheurs mais presque tout le monde a déjà un iPad, alors c’est à moi qu’il l’a confié.

J’avais très envie d’en avoir un pour lire les centaines d’articles en PDF que je télécharge régulièrement. Evidemment, il faut les transformer au format de lecture de l’objet, sinon il n’est pas possible de les lire de manière satisfaisante, en augmentant la taille des caractères.

Je ne sais pas encore très bien m'en servir. Mais c'est comme tout, on apprend à l'usage. 

J’ai commencé par lire The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde de Robert-Louis Stevenson. Il était présent dans la mémoire, quand je l’ai reçu. Je n’avais jamais lu Jekyll & Hyde, figurez-vous, et encore moins en anglais. J’étais heureux de pouvoir le faire dans le bus et le métro c’est là que je lis le plus souvent, en ce moment, mais ce matin pour la première fois depuis longtemps, je me suis assis pour lire dans un fauteuil, un article qu’un ami m’a envoyé et que j’avais transféré dessus.

J’ai encore plus envie de lire depuis que je l’ai.

Je le transporte partout avec moi.

Il est en train de devenir un objet transitionnel, vous savez, comme la couverture de sécurité de Linus, le personnage de Peanuts.

Vous allez me dire : « Ce n’est pas bien grave. Il évite d’avoir à imprimer (et donc de consommer du papier). Il ne prend pas de place. Il peut contenir beaucoup de textes. C’est un objet utile.»

C’est vrai : je n’arrête pas de le remplir, mais le mot imprimé prend une place infinitésimale dans sa mémoire, et jusqu’ici je n’en ai pas rempli le dixième, alors que j’ai de quoi lire pour un an, au bas mot…

Mais c’est une machine infernale. Comme toujours, avec la technologie. Plus on en a, plus ça devient chronophage.

Quand je suis arrivé au Centre, à l’Université de Montréal, j’ai découvert la frénésie d’accéder à des milliers d’articles en ligne. Même si ce n’est pas vrai, j’ai eu le sentiment que j’avais la quasi-totalité du savoir à ma portée, au bout de mes doigts. Je me suis mis à télécharger des articles à tour de bras.

Et puis un des chercheurs m’a parlé de sites incroyables, sur lequel on peut trouver la version téléchargée (PDF, e-book) de milliers d’ouvrages. Ce sont en quelque sorte des banques de livres (le plus souvent scientifiques, mais pas toujours, il y a des centaines de romans aussi) mis en ligne par leurs lecteurs. Pas très rentable pour les éditeurs, mais tellement pratiques pour les vamplires (un vamplire, c’est un parasite qui suce la moelle des livres). Je me suis mis à télécharger à double tour de bras. Des romans, des livres de sciences humaines, les œuvres complètes de Shakespeare, celles d’Albert Camus que l’université de Chicoutimi a mises à disposition du public car au Québec, la plupart sont dans le domaine public. Bref, des dizaines de livres.

Et puis j’ai reçu l’objet. J’avais donc tous ces articles, tous ces livres, et je me suis mis à les préparer pour les transférer dedans. Avec un logiciel qui porte le joli nom de calibre. Il reconnaît les fichiers, permet de les renommer, de les transformer dans un format lisible par la machine…

Du coup, je suis retourné sur les sites de téléchargement de livres. J’ai cherché les romans de SF de mon enfance. J’en ai trouvé…. Un paquet ! Et j’ai passé ma matinée à télécharger, convertir, transférer, vérifier que ça marche, lire une page puis deux, puis me rappeler et télécharger d’autres livres, souvent disponibles dans le domaine public (C'est merveilleux, le domaine public, tout Arsène Lupin est dans le domaine public ! ) que j’avais envie de relire - en anglais cette fois-ci, puisque la plupart des romans que j’ai lus adolescents étaient traduits : les personnages de romans d'énigme - Sherlock Holmes, le Professeur Challenger, les enquêtes d’Hercule Poirot, Le Juge Ti, Lord Peter, Le Baron, Ellery Queen ; les auteurs de SF - Sheckley, Simak, Asimov, Bester, Sturgeon, Kuttner, Anderson….

Aaaaargh !!!!

C’est merveilleux.

J’ai le sentiment d'avoir sous la main la bibliothèque de mes quinze ans. 

Aaaaargh !!!!

C’est horrible.

Il va me falloir quinze ans pour relire tout ça !

Mar(c)t(w)in

Le livre de mon enfance - par S. (Ex. n°18)



Mes parents avaient fait construire une maison à la campagne, près de B*. Nous y avons emménagé au printemps 1975. A la rentrée suivante, j’entrais en CE2 dans la classe unique de l’école du village. Elle comptait 25 élèves. En CE2, nous étions 2. La salle de classe était petite, éclairée par de grandes fenêtres. Les pupitres, disposés par ordre de taille, les petits devant, les grands derrière,  occupaient presque tout l’espace. C’étaient de vieux pupitres en bois, au banc et plateau soudés, qu’on cirait à la fin de chaque année scolaire. Ils étaient pourvus d’un plan incliné, d’un trou pour l’encrier, d’une entaille pour les stylos et les crayons. Un poêle trônait au fonds de la classe, et juste à côté, dans un angle, l’armoire vitrée qui renfermait la bibliothèque de classe. D’où venaient les livres qu’on y trouvait ? Je l’ignore. 
Le maître animait la classe avec charisme et talent, passant d’une section à l’autre, expliquant une leçon aux élèves du cours élémentaire quand les cours moyens résolvaient un problème de mathématique ou s’échinaient sur un exercice de français. Lorsqu’un élève avait fini avant les autres, il pouvait aller prendre un livre dans l’armoire et s’y plonger le temps que ses camarades achèvent à leur tour l’exercice demandé. Il existait un cahier des prêts, tenu par un élève
Mon camarade de CE2 étant plus lent que moi, j’avais souvent l’occasion de me servir dans la bibliothèque. Je prenais les livres au hasard : l’armoire comprenait peu d’ouvrages et je dévorais tous les livres qui me tombaient sous la main. En une journée, deux au plus, j’avais terminé ma lecture.  Un matin, le maître d’école, étonné de ma rapidité, me soumit à un interrogatoire serré pour vérifier que je comprenais ce que je lisais. Après quelques mois d’école, j’entamai une seconde lecture des livres de l’armoire.
En septembre 1976, j’entrai en cours moyen. Nous étions 3 ou 4 élèves en CM1. C’est cette année-là, ou l’année suivante, que j’ai découvert « Monica et le prince ». J’ai tout de suite été conquise par l’héroïne, Monica, que j’admirais et que j’enviais : « Avec une élégance qui s’ignorait, elle portait le plus souvent, bien que ce ne fussent plus les mêmes que deux ans auparavant, une jupe verte et un corselet de velours noir sur un corsage blanc. Mais aujourd’hui, elle n’allait plus pieds nus. Il y avait pourtant, dans sa personne, quelque chose qui paraissait ne devoir jamais changer : une sensibilité prompte qui se reflétait dans ses yeux, dans ses traits, dans ses mouvements, et cette indépendance un peu sauvage, un peu farouche, qui attirait et inquiétait à la fois ; On avait l’impression que nul ne serait jamais assez fort pour la retenir tant qu’elle n’aurait pas d’elle-même décidé de s’incliner devant une volonté autre que la sienne. On sentait qu’elle ferait tout ce qu’elle voudrait, envers et contre tout, quelles que fussent les conséquences de sa passion pour la liberté.
Deux années dans un milieu différent de celui où s’étaient déroulées les premières années de sa vie n’avaient en rien entamé sa personnalité. »
Au fond, l’intrigue m’intéressait peu. J’étais fascinée par l’héroïne : elle savait si bien concilier des mouvements du cœur opposés en un savant mélange qui faisait toute la force de sa personnalité : l’élégance alliée à ce caractère farouche, une soif de liberté sans borne conjuguée au désir de soumission à l’homme qu’elle aimait, une volonté, une détermination constantes, qui la feraient triompher de toutes les épreuves. Enfin, malgré son ascension sociale, une fidélité sans faille à son milieu d’origine. Monica, c’était moi. J’étais encore une petite fille, mais comme elle, je savais qu’en grandissant j’allais triompher des obstacles qui se dresseraient sur ma route, et que je rencontrerais l’amour à l’issue d’une série d’épreuves.
La lecture de ce roman a-t-elle contribué à forger mon caractère, ou  m’a-t-elle révélé des désirs profondément enfouis ? 
J’ai relu ce livre bien plus tard. En 1992, j’étais étudiante lorsque mon maître, qui prenait sa retraite de l’Education nationale, a été décoré des palmes académiques. Comme de nombreux anciens élèves, j’ai assisté à la cérémonie qui se tenait dans la petite salle de l’école communale. A l’issue de celle-ci, comme j’exprimais le souhait de relire ce roman, monsieur B* me l’a prêté. En le relisant, j’ai retrouvé le plaisir de l’enfant, teinté de la nostalgie et de l’amusement de l’adulte. A présent, je discernais la grossièreté de l’intrigue, les caractères stéréotypés des personnages, la pauvreté du style : c’était du Barbara Cartland pour petite fille. Peu importe.
Plus tard, j’ai travaillé quelques années dans une bibliothèque spécialisée en littérature de jeunesse.  Un jour, dans une période professionnellement très difficile, j’ai dû participer à une réunion où je redoutais l’agressivité de certains collègues.  J’étais arrivée en avance, et j’ai emprunté, dans le fonds ancien de cette bibliothèque, deux petits romans que j’avais lus enfant : « Il court il court Frédéric » de Jacqueline Goudet, et surtout « Monica et le prince » de Jean Muray. Au début de la réunion, j’ai posé ces deux livres en évidence sur la table, devant mon dossier. Aucun collègue autour de la table ne pouvait comprendre l’importance de leur présence physique entre eux et moi. J’étais invulnérable, parce que j’étais seule à connaître leur puissance à ce moment précis. J’étais seule à savoir que ces livres, qui portaient en eux le souvenir tranquille et rassurant du maître, mettaient entre les autres et moi-même toute la distance qui me séparaient de mon enfance, et me protégeaient du présent comme un rempart indestructible.
Le soir même, après le coucher des enfants, je me suis replongée dans « Monica et le prince ». Et j’ai redécouvert ce petit roman avec le  même plaisir teinté de nostalgie que j’avais éprouvé 10 ans auparavant.

mardi 26 juillet 2011

Le livre de mon enfance - par Marie (Ex. n°18)




Il m'en reste la sensation d'être celle qui vit ce que vit l'héroïne (pour une narratrice qui se drogue, être l'héroïne est assez logique). 

J'ai dix ans et demi, je suis sur mon lit, c'est l'après-midi et je lis Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée. Je pense que c'est ma copine Babeth, qui est en quatrième qui m'a prêté ce livre.

J'ai le sentiment que je ne suis pas assez âgée pour lire ces pages, que je commets quelque chose d'interdit, mais je suis fascinée par ce récit.

Ma mère m'appelle, je la rejoins à la cuisine et je me sens coupable d'avoir fumé du haschich, d'avoir menti, de mettre en danger ma santé (c'est encore le début du livre, c'est pas aussi trash que la suite).

Je sais pourtant que j'étais seulement en train de lire, mais je me sens enfermée dans les pages, intégrée à la narration.

C'est la première fois que j'éprouve ça. J'en suis très mal à l'aise et en même temps heureuse de pouvoir vivre ces expériences sans m'exposer vraiment.

Ce qui m'en reste est simultanément très physique (je peux à nouveau me sentir dans le même état à trente ans d'écart) et très distancié puisque je sais maintenant que j'ai expérimenté quelque chose d'universel et essentiel pour tout lecteur.

Depuis maintes et maintes fois vécue, la puissance de cette lecture particulière me revient très distinctement.

Marie