vendredi 16 avril 2010

Partir, revenir (ex. n°12, 20 et dernier) : un kit de construction par Salomé V.


Partir-revenir : guide d’écriture



Prendre un élément de la rubrique 1 qui servira d’introduction, puis remplir le milieu comme bon vous semble, soit en suivant la tonalité donnée dans l’introduction, soit en créant un phénomène de surprise ou de rupture ; enfin, choisir un élément de la rubrique 2 qui servira de conclusion.

Vous l’avez compris, ce mini guide s’adresse aux amis écrivants qui essaient en vain de faire l’exercice d’écriture n°12 mais sont en panne d’inspiration. Je me permets de leur fournir ainsi quelques pistes, me plaçant très provisoirement au-dessus de la mêlée, ma modestie naturelle dût-elle en souffrir. Bonne chance à tous !



Rubrique n°1 :



1 - prendre son bain, un café, un taxi, une photo, un rendez-vous, des vacances, un flingue,

2 - prendre 4 bananes plantain, les éplucher, les couper en petites rondelles et les faire frire dans un peu d’huile,

3 - prendre ma place dans le trafic, les chemins de traverse, un enfant par la main pour l'emmener vers demain,

4 - prendre racine,

5 - prendre des vessies pour des lanternes, son ado boutonneux pour James Dean, son patron pour un type intelligent, son épouse pour un modèle de vertu, Diafoirus pour un médecin, BHL pour un philosophe, la vie de famille pour un long fleuve tranquille, les patients, les justiciables, les clients, pour des personnes respectables surtout si elles n'ont rien compris à vos explications,

6 - prendre sa femme pour une boniche (excusez le pléonasme),

7 - prendre à César ce qui est à César,

8 - prendre les signes extérieurs de richesse pour une preuve d'intelligence,

9 - prendre un amant - votre conjoint l'a bien cherché-, sa voisine en soutif sur son balcon - depuis le temps qu'elle vous provoque -, son pied intégral avec le premier inconnu qui passe,

10 - prendre une claque, un coup de poing en pleine gueule, un genou dans l'estomac, son gosse, les affaires de son conjoint...et les balancer par la fenêtre, le chiot du voisin du dessus et le noyer dans une bassine - marre qu'il pisse sur votre paillasson.







Rubrique n°2 :

1 - dans mes bras, ma galante aux yeux de biche et de tes lèvres un baiser fiévreux recevoir.

2 - vos invités arrivent, vous êtes prêt à les recevoir.

3 - tendre l'autre joue. Les baffes, c'est toujours par deux qu'il faut les recevoir.

4 - glisser un cercueil miniature dans une enveloppe et surveiller l'acheminement du courrier, pour s’assurer qu'elle va le recevoir.

5 - ne plus craindre les coups que vous ne manquerez pas de recevoir.

6 - se servir est plus efficace et plus sûr que d'attendre de recevoir.

7 - éviter à tout prix de se recevoir.

8 - à partir de maintenant, vous allez recevoir ce que vous allez recevoir.

9 - regarder la mort en face, se préparer à la recevoir.

10 - dorénavant, ne plus rester si longtemps sans recevoir.

Partir, revenir (exercice n°12, 19) - par Lyjazz récidiviste

Prendre garde à surfer sur la douceur de l'air
Être partie en hiver et
me laisser guider par la géographie du printemps
suivre le sens de la ligne du partage des eaux
aller par le canal jusqu'à la mer s'il le faut
le revoir et lui parler, à coup sûr
Prendre son regard dans le mien
me projeter dans sa vie et le ressac
car enfin, après ces dix jours loin, je sais quel est mon vœu
user d'empathie et de persuasion, obsidienne obédience
pour qu'il reconnaisse, enfin, ce que je peux faire pour lui
user de philtres aussi, pour obtenir, finalement, ce que je veux
mouiller à l'avance
Ah, oui, dans ce subtil va et vient je
veux qu'on
convienne d'une date, d'une heure, d'un moment
pour unir nos corps haletants
qui se frôlent, se cognent, se frottent
et ronronnent, feulent
tout d'abord en pensée qui se vit
car enfin, en moi je veux le recevoir....

jeudi 15 avril 2010

Partir, revenir (exercice n°12, 18) - par Marie L.


Prendre le temps. C’est ce qu’elle s’était juré de faire, pour elle, dans l’avion qui l’avait emmenée à New York trois semaines auparavant. Elle avait prévu de rentrer au bout de dix jours, mais au dernier moment elle avait changé son billet. On ne prend pas le temps comme on prend un avion. Alors ce temps dont elle avait besoin, elle avait décidé de se le donner, pour de bon. Trois semaines face à elle-même, pour décider. Revenir ou pas ?
En marchant dans les rues, sans savoir vraiment où la menaient ses pas, elle énumérait mentalement ce qui l’avait poussée à s’envoler.

Sa mère trop présente. Sans doute. Mais depuis quelques temps déjà elle savait s’en éloigner avant de lui laisser une chance de la ressaisir de son cordon nécrosé de solitude.

Son père. L’absent de toujours. Elle ne savait pas parler lorsqu’on lui a dit qu’il était parti. Le tabou autour de son nom, les photos cachées par ses ainés dans les agendas, le silence de plomb, comme toujours pour « ce qui risquerait de faire de la peine ». Elle ne saurait même pas dans quelle allée chercher.

Ses frères, si proches, si lointains, trop occupés par leur nombril d’ados quand elle aurait eu besoin d’une image masculine forte, enveloppante, de quelqu’un pour la soulager du poids de l’angoisse de cette mère abandonnée.

Cette sœur, inconnue, et qui le restera cas il ne peut en être autrement.

C’est comme ça. On n’y peut rien. Il ne faut pas remuer le passer. Ces petites phrases aussi, surtout, elle les a fuies. Trop occupés à occulter ce passé si effrayant pour eux, et pourtant si riche, ils en avaient tous oubliés le présent. Et ça c’était devenu insupportable.

Un avion au dessus d’elle la sort de sa méditation ambulante. Elle sent la crispation autour d’elle dans la rue. Elle n’était pas née à l’époque, mais elle sent bien que chez les anciens la mémoire est vivante. C’est ça qu’elle est partie chercher, à de milliers de kilomètres de chez elle. La mémoire de son histoire. Et pour la retrouver, il fallait s’éloigner de la toile familiale.

Lucie. La lumière. Elle ne pouvait pas continuer à vivre dans l’ombre. Elle a pris son temps et sa décision, la décision de s’offrir le plus beau cadeau. Aujourd’hui, c’est sa vie à elle qu’elle a choisi de recevoir.

Partir, revenir (exercice n°12, 17) - par Muchanuit

prendre les décisions qui s'imposent
tordre le cou aux rumeurs
pousser les murs,virer Mimi, tout nettoyer
éliminer les poils superflus, gommer ce qui se voit
partir sur de nouvelles bases, revoir les fondamentaux
envisager le pire et s'attendre à tout
démolir les fondations, séparer le sol du plafond
trouver la solution, revoir la décoration
ajouter un parfum
mettre tout à plat, restaurer la confiance
élaguer, tailler, raccourcir
aller à l'essentiel,calmer le jeu, tendre la main
déposer les rideaux, poser des rtt
accrocher les tableaux, ranger les voitures
poser du galon dans les embrasures
libérer les accès interdits du séjour
arrondir les angles droit devant soi
ne pas verser dans l'angélisme
ni refuser les compromis ou les postures
choisir d'accueillir avec le sourire
goûter enfin le si délicat plaisir de recevoir.

mercredi 14 avril 2010

Partir, revenir (exercice n°12, 16) - par Younes J.

Prendre femme. Le film l’a marqué et s’il se trouve en cet instant même entre les deux agents chargés de le rapatrier, c’est parce qu’il a été contrôlé à la sortie du cinéma. Il n’a pas eu la place près du hublot. De profil, le visage de l’agent est déjà imprégné de rêveries que miroite l’horizon bleu au-dessus des nuages.

Trouver les coordonnées de Ronit Elkabetz. Il se rendra au cybercafé dont il a été un habitué pour solliciter l’efficacité de google et pouvoir dire tout le bien qu’il pensait du film, de l’actrice et de la réalisatrice. L’hommage à la dame se construit par nappes nourries du sourire de l’hôtesse blonde à l’accent de l’Est. A dix mille kilomètres au-dessus des âmes humaines qu’on ne voit plus. Il aurait aimé être une bernache.

Embrasser les mains de sa mère, celles de son père, puis ses frères et sœurs. Quatre années de clandestinité ne donnent pas le temps pour penser à faire des cadeaux aux êtres chers quittés alors pour le meilleur. Ni de bonbons pour les gosses du quartier pauvre où il a grandi. Embrasser même les voyous et les filles que la cruauté humaine n’épargnait pas.

Essayer de garder bonne figure auprès des ados qui l’ont érigé en héros parce qu’il a tout défié pour partir à la grande aventure du siècle des hordes indésirables et surtout parce qu’ils ne pensent qu’à faire comme lui, ces gosses. Il a laissé quelques gouttes de sueur perler sur son front et les a vues traces humides étalées sur le sol européen. Il revient certes, pourvu qu’on comprenne qu’il y a pire. Il ramène deux mille euros et des poussières et des choses vécues à raconter.

Acheter une télécarte, puis appeler d’un télékiosque à l’air libre en composant le numéro griffonné sur du bout de papier à jeter après la folle lubie. Les coordonnées sont, à coup sûr, celles de l’agent qui n’a jamais le temps pour les sornettes d’un autre monde, véhiculées par des milliers de kilomètres de câblage, venant d’un homme expulsé et qui, de nouveau, doit tout prouver.

Essuyer de nouvelles sueurs encore et encore, essuyer les pieds bénis de sa mère et puis…

Prendre femme, celle dont l’amour est le plus sublime sens à donner et à recevoir.

Partir, revenir (exercice n°12, 15) - par Elisabeth L.

Prendre un avion pour ailleurs, et croire que cela allait changer ma vie, quelle illusion.

Je croyais que le monde me serait donné et il est resté à distance.

Je croyais rencontrer les autres et ils n’ont fait que chercher à m’éviter.

Je croyais oublier mon passé et il m’est revenu en boomerang.

Ce que je voulais c’était changer de vie, mais on n’en a qu’une seule.

Etre quelqu'un d’autre, n’importe qui de préférence !

J’ai pourtant fait les pieds au mur dans ce pays des Antipodes.

« Amer savoir, celui qu’on tire du voyage ! » comme dit le poète1.

Et maintenant je reviens las et je sais pourtant quelle est la voie.

Changer de tête, pas de visage, changer l’intérieur de ma tête.

Et cela ne peut venir que de moi.

Et peut-être aussi, qui sait, de la lettre que je vais recevoir.

mardi 13 avril 2010

Partir, revenir (exercice n°12, 14) - par Magaly

Prendre une profonde respiration
La laisser descendre et couler en moi
Découvrir toutes ses parties qui font un tout
Prendre l’envie de m’écouter… enfin…
Décider de nourrir mes rêves pas seulement ma peau
Ouvrir les portes et redécouvrir le monde
Apprécier la caresse du soleil
Celle de la pluie et du vent aussi
Profiter des paysages immenses et des chemins de traverses
Goûter ce que je ne connais pas
Aimer ou non
Sourire aux autres et pas seulement aux audacieux
Examiner le chemin parcouru, apprécier la distance restante
Faire face à la vie et accepter de la recevoir.
 
Magaly

Partir, revenir (exercice n°12, 13) - par Brigitte F.

Prendre alors la vie d’un meilleur côté
Prendre encore l’amour et le rire pour partage
En reprendre, encore et encore
Passer d’un état  second à un état premier, découverte et respiration
Souffle et vision, texte et lettre
Prendre surtout le temps de… le temps pour… le temps avec… le temps vers….le temps, le temps
Attendre la pleine lune et se sentir mieux
Attendre le printemps et se sentir revivre
Oublier l’hiver, ne plus se sentir vieux
Voir le bleu, le blanc, de la vie toujours en recevoir.

lundi 12 avril 2010

Partir, revenir (exercice n°12, 12) - par Zelapin

Prendre l'avion sans vous,
c'est prendre du bon temps sur un accord mineur.
Quand nous nous poserons, je saurai des tas de choses sur notre vie que vous ne savez pas_encore.

Pour commencer, je vais faire une place à votre « être au monde », une place physique, vous choisirez la pièce, les meubles, les plantes, le tapis, ou rien comme vous le voudrez,

Puis je prendrai plaisir à ménager à vos « effets personnels » de pratiques étendues planes, je savourerai cette matérialité sans vie de votre présence, l'absence de vos formes dans ces tissus pliés vous dessinant déjà,

Avec pudeur et je le voudrais délicatesse je poserai près de la sonnette un nouveau petit carton manuscrit: un blanc, au-dessous un « et », au-dessous mon nom,

Dans le même esprit, un trousseau de clés sur le meuble de l'entrée,

Un nouvel abat-jour dépareillera avec bonheur au bout du canapé, son ampoule prête à lire par-dessus votre épaule,

Et ces banalités d'un ennui à mourir, ces contingences infâmes seront enfin les miennes puisque j'ose en rêver aujourd'hui en plein ciel, si j'ose vous les soumettre, si vous souhaitez les faire vôtres.

Me complaisant (sans garantie de durée mais avec une belle sincérité) dans cette triviale intendance d'une vie partagée, je m'apprête à vous recevoir.

Partir, revenir (exercice n°12, 11) par Christine C.

Prendre un bateau pour traverser le Fleuve,
Marcher sur le Quai en direction du Pont,
Fermer les yeux,
Se souvenir des images, les superposer : un amoureux blond, des enfants souriants,un amoureux brun, d'autres enfants souriants, les miens, un gros
bonhomme noir à chapeau melon, l'eau qui brille comme de la paille
Ecouter les mouettes, le bruit des voitures qui traversent le Fleuve, les vibrations du Pont, les petites vagues qui se brisent,
Arriver au bout du Quai,
S'apercevoir qu'on a remonté le temps en remontant le Fleuve,
Lever enfin les yeux vers la Ville( aller de droite à gauche, de gauche à droite),
Se souvenir du poème de Sophia*, garder les mots longtemps dans la bouche, le chuchoter à ton oreille : digo o nome da cidade, digo para ver,
je dis le nom de la ville, je dis pour voir

Je dis pour que tu vois
C'est mon cadeau, je pense : plaisir d'offrir
joie de recevoir ?


* Sophia de Mello Breyner Andresen

Partir, revenir (exercice n°12,10 ) par Paola


Prendre la tangente, voilà.
Je vais te faire ce cadeau mon Amour, revenir un jour et t’aimer. Devant ce ciel si bleu qu’il m’en faisait pleurer les yeux, j’ai compris ce que le vent m’a dit : partir et mieux revenir. C’est ça, Hombre, que tu voulais que je fasse, hein ?
Faire les valises, les vider du poids des ans, et les remplir de l’espérance. Les déplacer sur des roulettes, pour que jamais leur poids ne m’arrête.
Tiens, regarde, j’y mets le portrait de toi, celui au papillon, la photo que j’avais prise il y a un siècle au moins, tu étais vieux alors. Je la mets au fond, pour ne pas la voir, c’est toi, mais c’est le toi d’avant.
Et dessus, que crois-tu que je pose ? Mon livre, celui qui nous a fait grandir, celui que jamais tu n’as lu, c’est moi qui te l’ai écrit, mais de peur, non, tu ne sais même pas les premiers mots.
Les dessins des enfants, les miens. Ils sont mariés, je suis grand-mère, je ne les vois plus, depuis toi. Alors j’y vais, demain, me reconnaîtront-ils ?
Je suis belle encore, dans mon gris, dans mon vert, dans ma peau qui a pris le soleil. Dix jours partie, dix ans partis, c’est la magie des voyages, ils forment la jeunesse, et rendent fou les vieux sages. Alors mes petites culottes, à côté de mes bas noirs, ma prochaine destination c’est toi, je m’habille en vamp du soir.
Je l’aimais, je croyais, mais toi, toi l’homme au papillon, celui qui parle aux nuages et souffle avec le vent, toi qui a le sang qui bat l’encre de ton cœur, les mots doux, les mots si beaux, maintenant, viens, attends, j’arrive, je suis prête à les recevoir.

Paola.
www.lautrepaola.wordpress.com



vendredi 9 avril 2010

Partir, revenir (exercice n°12, 9) - par Salomé V.

-  Prendre la tangente,  partir, tout quitter, couper les ponts, larguer les amarres,  disparaître,
- Rompre avec  ce quotidien monotone, cette vie de famille étouffante, ce boulot abrutissant,

- Ne plus tomber du lit à l’aube, courir toute la journée, suivre un planning bien organisé,

- Fini le théâtre, terminée la représentation, ne plus jouer le rôle du bon père de famille, de l’époux attentionné ou de l’informaticien dévoué,

- Faire ce que je veux, quand je veux, sans contrainte, sans anticiper la suite des événements,

- Respirer, vivre dans l’instant, profiter de ce qui se présente, avoir du temps,

- M’enivrer de musique, de bon vin, de grand air, bouquiner et dormir tout mon saoul, manger 
n’importe quoi, m’habiller si je veux,

-  Vivre l’aventure,
On dirait que ma vie est un cadeau que je viens de recevoir.

jeudi 8 avril 2010

Partir, revenir (exercice n°12, 8) - par Sundog

Prendre cette liste et l'accrocher sur le frigo ou à scotcher sur ma table de nuit pour ne pas la perdre comme toutes les autres :

1- Gagner du temps, c'est ce que je vais faire désormais. C'est ce que je devrais faire. M'y atteler. Il faut que je me souvienne que la plus grande question de la journée était de savoir quel chemin nous allions prendre avec le groupe pour arriver au sommet de la montagne. Si seulement les gens dans ce groupe avaient été moins frileux les uns avec les autres. Mais pour qui je me prends ? J'ai été le plus froid entre tous.

2- Être plus à l'écoute des autres donc, comme je l'ai bien été avec les chevaux joueurs et peureux et les aigles aux yeux bandés du spectacle médiéval.

3- Être plus à l'écoute de moi-même, et peut-être faire plus de sport, et moins lire. Surtout moins lire des livres de supermarché.

4- Allez dans le café en bas de chez-moi et laisser sur la table mon numéro sur un bout de papier. Oser sans craintes. Pour que la jolie serveuse le trouve avec un pourboire conséquent. Surtout ne pas présumer de quoi que ce soit. Ne plus voir un futur qui n'existe pas.

5- Me délester de l'inutile et, surtout, de la peur de l'imprévisible qui n'a eu de cesse d'alourdir ma vie, et son pas.

6- Relire Le Petit Prince pour voir s'il me change adulte, comme il m'a changé enfant.

7- Provoquer des changements anodins pour que ce que je vois dans le miroir puisse me servir un jour.

 8- Téléphoner à mon père (ne pas oublier). Lui parler pour de vrai (pour une fois). Lui raconter comment le soleil brillait sur toutes les consciences pendant les vacances, et comment j'ai été heureux d'être là-bas, sans même m'en apercevoir. Essayer de ne pas entrer dans son jeu plaintif et négatif. Pendant la conversation : focaliser sur le soleil. Comme je l'ai reçu, lui expliquer sans paternalisme, qu'il n'est jamais trop tard, que lui aussi s'il le souhaite, peut le recevoir.

Sundog

Partir, revenir (exercice n°12, 7) - par Gilda F.


(Pour moi ce serait dans un train. Il reviendrait d'au nord. Et puis ça serait après 8 jours et pas 10, c'était prévu 10 et puis voilà, ça n'aurait pas été, alors la mort dans l'âme la femme aurait raccourci son séjour)


  1. Prendre la décision qui s'impose quant à cet amour que Zangra a mis en route mais qu'au bout du compte il n'éprouve pas ; cesser de se demander pourquoi il a fait ça.

  2. Gagner enfin sérieusement au loto afin de l'aider néanmoins à sortir de sa mouise et mettre aussi hors d'eau les miens ; je ne suis ni éternelle ni fortunée. Il ne mérite pas la faillite dans laquelle il tombe.

  3. (Re)trouver rapidement un amant compétent (et en forme) ; ou tellement mieux, un amoureux. Ne plus se soucier de Zangra puisqu'il ne le veut pas.

  4. Achever fissa « Sans nouvelles », avancer vite « Café vanille, brasse papillon » et le difficile chantier EPAA. Ouvrir enfin le blog sur la vie quotidienne avec une part de thalassémie. Si je peux être encore un peu utile aux autres c'est là.

  5. Ranger l'appartement, sont à retrouver tant de papiers officiels considérés comme importants ; j'aurais des ennuis si ça traîne.

  6. Pour le bien qu'ils m'ont fait quand c'était réciproque, ne cesser d'aimer ni Jef, ni Marieke, ni non plus Zangra. Bien sûr ce n'est plus possible de la même façon. En être consciente sans pour autant nous renier. Ne pas laisser les dragons l'emporter. Pas les dragons, jamais. Seconder Florence.

  7. Cesser de ne faire que donner, se préserver, ménager ses propres forces, apprendre enfin à recevoir.

    Gilda F. 

mercredi 7 avril 2010

Partir, revenir (exercice n°12, 6) - par Martine B.

Prendre sa décision sans trop s’appesantir, quitter ceux qui cherchent à vous retenir

Se lancer un défi, en mesurer les risques,

Ignorer les peureux, les envieux, délaisser son confort,
recommencer ailleurs,

S’octroyer le temps de vivre, remplir son existence,

Décider de tout dire et choisir de l’écrire,

Changer ses habitudes pour aller de l’avant, puiser dans la rencontre un regain d’énergie

Donner beaucoup aussi, apprendre à recevoir.

mardi 6 avril 2010

Partir, revenir et partir encore (exercice n°12, 5) - par Serge A.



Prendre un peu de temps
Sentir le vent venir
S’en aller vider le vin de la cave
Gravir l’escalier de pierre
Puis l’échelle de meunier
Lisser de la main la solive veinée
L’éviter
Ecouter encore le grenier grogner
Puis se pendre à la poutre porteuse
Prier le monde de prendre ça
Comme une fin de non recevoir.

lundi 5 avril 2010

Prendre l'air (Partir, revenir, 4) - par Franck Garot



1. Prendre l'air fatigué de celui qui a trop bossé
2. Taire tout ce qu'il faut taire de ces 10 jours
3. S'assurer que les collègues ne diront rien à Isabelle

4. Prendre l'air amoureux de celui qui l'aime
5. Taire tout ce qui pourrait lui prouver le contraire
6. S'assurer une nouvelle fois que l'hôtel a bien lavé mon linge

7. Prendre l'air heureux de celui qui retrouve les siens
8. Taire à ses enfants qu'ils devraient avoir honte de leur père
9. S'assurer que jamais ils ne se doutent

10. Prendre l'air dégagé d'un banquier suisse
11. Taire le but de ces retraits d'argent
12. S'assurer qu'ils passent pour des cadeaux professionnels

13. Prendre l'air fatigué de celui qui a trop bossé
14. Taire tout ce qu'il faut taire de ces 10 jours
15. S'assurer que ma vie n'essuie pas une fin de non recevoir

--
Franck Garot

dimanche 4 avril 2010

"In the Works" (*) (Ficelles et chapeaux-claque, 4)

En réponse (partielle) à Adélaïde... 


Lundi 23 mars, à Paris, j'ai déjeuné avec Paul Otchakovsky-Laurens, « mon éditeur ». (J'ai été publié par tout plein de maisons, mais Paul O.-L. est et reste à jamais monéditeur, en raison des relations très particulières, très personnelles que nous avons établies depuis près de 22 ans.) On déjeune ensemble une ou deux fois par an, pour parler de ce que j'ai en travail, et ça me fait beaucoup de bien quand je ne sais pas ce que je vais écrire ensuite. Pendant de nombreuses années, (avant que je sois un écrivain « reconnu ») ces rencontres étaient pour lui l'occasion de me rassurer et de m'encourager sur la légitimité de ce que j'écrivais... Et tandis que j'écris ça, je me dis que je devrais raconter l'histoire de cette relation et de ma relation parallèle (mais pas superposable) avec Jean-Paul Hirsch, le bras droit et le frère en édition de Paul (ou son éminence grise, ou son ombre et notre ange gardien, à nous les écrivains maison), mais tout de suite après je me dis que c'est le genre d'histoire qu'on ne raconte que quand l'autre est mort et comme ce n'est pas du tout mon souhait et que j'ai pas du tout envie de lui porter la scoumoune, je pense que je vais m'abstenir, mais d'un autre côté pourquoi attendre que les personnes qu'on aime et/ou respecte soient mortes pour parler de la relation qu'on a avec elles ? Sacrée question à laquelle je vais résister aujourd'hui puisque ce n'est pas mon propos (mais je la mets de côté, ne vous en faites pas). Mon propos est ce dont j'ai parlé avec Paul l'autre jour : qu'est-ce que j'écris maintenant ?


« Maintenant », c'est à dire : « après Le Choeur des femmes ». J'ai investi beeaucoup d'énergie et d'amour et d'espoir dans ce roman, dont les lecteurs me le rendent bien depuis sa sortie (il s'en est vendu pas loin de 60 000 et il continue à se vendre, lentement mais régulièrement, ce qui n'est pas rien dans le contexte économique actuel du livre et de l'édition). Mais là, ces derniers mois, je me sentais « désinvesti », « vidé », bon à rien, et je me demandais quoi faire. Ou plutôt, pour être très précis, lequel de mes trois projets amorcés j'allais mener à bien.

Quand j'ai déjeuné avec Paul, je lui ai décrit les trois projets, il m'a écouté attentivement et puis m'a dit, comme il le fait presque toujours : « Peu importe quel livre vous faites, allez vers celui qui vous tient le plus à coeur et écrivez-le à votre rythme, sans pression aucune. » Traduction : « Je ne vous demanderai pas de me le rendre à date fixe pour pouvoir composer mon programme éditorial » ; Paul prend les écrivains et les livres comme ils viennent, il ne les presse ni ne les pressure jamais. Il me fait penser à ces directeurs de production de la télévision américaine qui, depuis les années 80, ont pour philosophie de laisser les scénaristes écrire et de les protéger des « Networks ». Paul publie les livres qu'il aurait voulu écrire. Il est si attaché à son indépendance éditoriale qu'il ne voudrait pas se mêler du travail des écrivains. Ça ne l'empêche pas de faire des remarques ou des objections parfois, et même de refuser des manuscrits (j'ai eu droit aux trois, en vingt ans, ce qui montre qu'il n'a rien de complaisant, même avec les écrivains maison, et d'autres que moi ont pu le constater) mais j'ai coutume de dire qu'il fait de l'édition comme Bruno Sachs fait de la médecine : sans entretenir de rapports de force avec les écrivains qu'il publie.

Il a ajouté « Vous savez probablement lequel de vos projets vous avez envie de mener à bien, mais en écrivant, ça vous paraîtra plus clair. » Et ça m'a donné l'idée de mettre « au propre » le début de chacun des trois projets en question et de les lui envoyer. Non parce qu'il va me dire lequel il préfère (ce serait me pousser dans une direction qui n'est pas nécessairement la mienne) mais parce que ça va me permettre, à moi, à l'écriture, de savoir vers lequel de ces projets va mon désir en ce moment.

Les dix jours passés à Paris, loin d'un lieu de travail (j'avais mon ordi avec moi, mais je ne peux pas vraiment écrire quand je suis en voyage et ne suis pas déjà immergé dans un livre en travail) ont eu également la vertu de me mettre « hors champ ». Des trois projets que j'avais très envie de prendre à bras-le-corps, j'en ai déjà mis un de côté. Il me reste à choisir entre les deux autres.

« Bon mais alors, c'est quoi ces deux foutu putain de bordel de projets à la noix ???? » vous demandez-vous.

Alors, sans ordre préférentiel :

1° Un truc romanesque qui s'est intitulé d'abord La tête d'un homme puis La voix des hommes (sur la suggestion de mon plus jeune garçon, en écho au Choeur des femmes). C'est un texte sarcastique de fiction d'inspiration autobiographique dans lequel un écrivain est seul chez lui (sa compagne est absente pour un délai et des motifs indéterminés) et doit faire face à l'intendance, à ses enfants et au texte qu'il écrit et qui s'intitule Cet homme en kit. C'est un roman dans lequel il n'y a pas de médecin (même si l'écrivain est peut être médecin, mais je ne suis pas sûr que ce soit indispensable à mon propos, qui rejoint des entrées récentes de ce blog, au sujet du « Temps d'écriture disponible »).

2° Un machin autobiographique inspiré par une discussion avec Daniel Pennac, l'automne dernier, au salon du livre de Montréal. Quand je lui parlais de mon admiration (envieuse...) à l'égard de l'influence consolatrice qu'ont eue sur tant de lecteurs des livres tels que Comme un roman ou Chagrin d'école, il m'a dit qu'il aimerait que j'écrive un livre du même genre sur le soin. J'ai cherché comment écrire un texte autobiographique sur la médecine, moi qui n'ai jamais été malade ni opprimé par les médecins (alors que Pennac a été un cancre opprimé par l'éducation nationale) et j'ai fini par me rendre compte que j'avais quelque chose à raconter sur la manière dont mes parents, chacun à sa manière, m'ont « enseigné » le soin. Le titre (inhabituellement long venant de moi qui aime les titres courts et polysémiques) serait 

Mon père était médecin
(et ma mère le soignait)



3° Un OLNI (objet littéraire...) qui est à la fois un roman de SF, une histoire d'amour transtemporelle (le personnage principal tombe amoureux d'une femme qui vit à une époque différente de la sienne, comme le personnage de Laura d'Otto Preminger tombe amoureux du portrait d'une femme qui vient d'être assassinée, ou comme le peintre de Portrait of Jennie de William Dieterle tombe amoureux d'un modèle qui est peut-être un fantôme), une interrogation sur le sentiment amoureux vu par l'anthropologie et la psychologie évolutionniste, une critique d'une société de plus en plus médicalisée, un roman épistolaire, une réflexion sur la mémoire, la lecture des textes du passés et l'écriture de textes qui seront (peut-être) lus dans le futur, une métaphore d'un vieux fantasme personnel qui m'a donné le goût des histoires de paradoxe temporel, etc. Un gros truc. Très ambitieux. Le genre de roman qu'on écrit après avoir lu des volumes de bouquins de physique quantique et révisé Orwell, Aldous Huxley et la moitié d'Asimov.

Bon, vous l'avez compris tout de suite, c'est le troisième que j'ai mis de côté. Pas fou. Je sais quand un projet n'est pas mûr. Je caressais depuis longtemps l'idée d'un roman d'amour mêlé à une histoire de voyage dans le temps (il y en a au moins deux ébauches dans Histoires en l'air, POL, 2008) mais une suite d'événements et de rencontres inattendues l'a fait beaucoup progresser ces derniers temps, ce qui m'a amené à le remettre en chantier. Seulement, il en va de certains livres comme de certains films : plus la réflexion avance, plus les ambitions augmentent, et pour être à la hauteur, la préparation doit s'allonger.

Celles et ceux qui me lisent depuis longtemps auront aussi peut être remarqué qu'il n'y a pas, dans la liste, le « prochain grand roman médical » dont je parle depuis longtemps, avant même d'avoir écrit Le Choeur des femmes. Ce roman-là, intitulé Les Sept Soignants en hommage aux Sept Samouraïs de Kurosawa et aux Sept Mercenaires de John Sturges, sera inspiré par mon expérience de groupe Balint à la fin des années 80 et par les transcriptions que notre « leader », le Dr Pierre Bernachon, faisait de nos séances. Là encore, ce sera un bouquin que j'ai besoin de « documenter ». Comme je n'ai pas l'intention de mourir bientôt, je le garde pour plus tard.

Donc, en l'état actuel des choses, les deux projets les plus avancés sont le 1° et le 2°. J'hésite d'autant plus que l'un est un roman, l'autre un texte autobiographique, et que je ne sais pas ce que j'ai envie d'écrire le plus (même s'il y a de l'autobiographie dans le premier...).

Alors je m'en vais retourner à mes textes, les imprimer, les relire, les bricoler, les assembler, les insérer dans un fichier bien propre et les envoyer à Paul. Et je pense que lorsque j'aurai appuyé sur la touche « Envoyer », je saurai lequel je veux faire : il sera déjà en train de me travailler.

Et en attendant, je suis curieux de savoir ce que vous en pensez.

Mar(c)tin




(*) In the works = en travail, en élaboration. "Bon, mais alors pourquoi vous l'écrivez pas en français ?" "Eh ben parce que... Chuis snob, chuis snob, c'est vraiment l'seul défaut que j'gobe..."

Partir revenir (ex. n° 12), 3 - par Lyjazz

Ca y est, je suis dans l'avion. Contente d'avoir fait ce voyage. Il m'a redonné de l'énergie. Etrange comme, à chaque fois, le fait d'être loin me donne du recul sur ma vie....Avant d'arriver j'ai bien envie de noter tout ce que je vois différemment, ce que je veux changer à partir de maintenant.

Prendre mes désirs pour des réalités
Prendre du temps pour écrire
Rendre le réel possible et l'impossible réel
Tendre vers cet état nécessaire pour moi à l'écriture, le plus souvent possible, et revenir aussi vers la réalité à volonté
Reprendre la main sur mon bureau (ranger, vider, agencer, manigancer, enfin !)
Attendre des nouvelles en créant
Prétendre à devenir écrivain
Sous entendre que je le suis déjà (parce qu'on l'est, et on le devient)
Vendre des objets qui ne me servent à rien (le faire, vraiment)
épurer, vider mon appartement
Entendre (continuer, écouter et répondre) les états d'âme des amis (et donc devenir Ilona, psychologue en camion)
Trouver comment me ressourcer (encore) après ces séances d'écoute/lecture
Ecrire (aussi) pour évacuer, dire, faire sortir ces vies qui m'habitent
Apprendre l'aromathérapie quantique
Proposer des apprentissages à mes enfants ?
Structurer davantage ma vie quotidienne
Demander à l'univers, et recevoir !

samedi 3 avril 2010

Partir, revenir (exercice n°12), 2 - par Balise



Prendre plus de temps pour moi. (Et lâcher prise, comme je l'ai fait pendant ces dix jours – depuis combien de temps n'avais-je pas pris de vraies vacances ?)

Faire plus de choses qui me plaisent, moins de celles qui m'emmerdent. (Et lire, écrire davantage pour moi, refuser les jobs alimentaires)

Écrire ce bouquin de cuisine, en parlant d'alimentaire. (Et arriver à en faire quelque chose qui me plaît. Et le publier, et devenir riche)

Rêver à des trucs impossibles. (Et pas seulement avant le petit-déjeuner. Et réaliser quelques trucs impossibles, aussi)

Savoir ce qui me plaît. (Et apprendre à temporiser les enthousiasmes délirants inhérents aux nouveaux projets)

Étudier les sujets qui me tiennent à cœur. (Et d'ailleurs j'ai trois bouquins de photo à éplucher à la maison – j'aurais dû les emmener pour l'avion)

Apprendre à dire non. (Et apprendre à ne pas dire oui tout de suite, et à changer d'avis, et à accepter de changer d'avis)

Oser avoir un avis. (Et ne pas se sentir en porte-à-faux lorsqu'il diffère de celui de la personne en face)

M'exprimer au lieu de me contenter d'écouter. (Et arrêter de penser que je n'ai rien d'intéressant à dire)

Évaluer mes relations. (Et supprimer celles qui me font mal, renforcer celles qui me rendent plus forte)

Accepter l'acceptable, même s'il n'est pas optimal. (Et ne pas chercher à optimiser ce qui fonctionne déjà correctement)

Donner le meilleur de moi-même, mais connaître mes limites, et accepter l'aide que je peux recevoir.