vendredi 2 octobre 2009

Crime parfait (Exercice d'écriture n° 4)

En un à deux feuillets (1500 à 3000 signes)
et sous la forme d'un rapport de police
décrire un "crime parfait" (qui peut être autre qu'un meurtre)
dont les éléments obligés seraient
- une jeune épouse
- sa belle-mère
- un cadeau que l'une a fait à l'autre.
Bien entendu, la "criminelle" et la "victime" peuvent être l'une, l'autre ou les deux.
Délai de remise : dimanche 11 octobre à minuit, heure de votre méridien.
Mise en ligne à partir du 12 octobre.

mercredi 30 septembre 2009

Histoire d'ogre - par Anne la bibliothécaire

Il était une fois... Ah ! quel beau début pour un livre destiné à la jeunesse. Ces mots vous invitent à la poésie, à la rêverie, au monde de la petite enfance. Mais ici ! Heulamondieu non ! Pas vraiment... En tout cas il ne se termine pas par : "ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants".
Donc, il était une fois un bûcheron qui en fait était un ogre.
Il était une fois une forêt mystérieuse.
Il était une fois une ribambelle d'enfants à qui on avait interdit d'aller dans la forêt mystérieuse. Jusque là rien que de très normal pour ce genre de littérature.

Mais aussi malheureusement, il était une fois... une tronçonneuse !
Et lorsque tous les personnages se rencontrent, cela devient vraiment glauque et sanglant, à la limite du supportable. Je vous passe les détails sordides et les épisodes rougeoyants qui émaillent ce livre monstrueux dont les illustrations tout à fait réalistes vous feront dresser les cheveux sur la tête et naître une chair de poule glacée.
Comment peut-on appeler cela un livre pour enfants. Ici Benoit Mignon se régale et nous gâte vraiment. Bien sûr les légendes, les contes et autres fables sont loins d'être des bluettes et sont remplis d'horreurs en tous genres : ogres donc anthropophages, marâtres assassines, monstres hideux, père amoureux de sa fille et qui veut l'épouser, enfants mis au saloir... et j'en passe. Bien sûr les enfants d'aujourd'hui sont plus soumis aux drames quotidiens rééls ou fictifs dont on les abreuve. Peut-être sont-ils plus "résistants" voire blasés. Mais là nous atteignons un pic : pic du mauvais goût, pic de la "glauquitude" si j'ose me permettre.
En tout cas on ne peut pas dire que l'illustratrice Anne Mignon ne colle pas à son sujet. Ses dessins sont de toute beauté dans les 2/3 du livre. L'atmosphère de la forêt est particulièrement bien rendue, ses grands arbres sombres se repliant sur les pauvres enfants perdus. Le livre vaudrait la peine d'être acheté juste pour les magnifiques aquarelles qui l'illustrent en son début. Elles vaudraient même un bel encadrement. Mais que dire de l'histoire, car lorsqu'on arrive à la maison de l'ogre-bûcheron tout se déchaîne... Les illustrations montrent alors une certaine prédilection pour la couleur rouge...
Oserais-je conseiller ce livre aux jeunes vampires assoiffés de sang et aux sadiques invétérés, à ceux qui n'aiment pas les enfants et à ceux qui souhaitent les voir faire des cauchemars chaque nuit au son d'une simple mobylette qu'ils prendraient pour une tronçonneuse ?...
Pour les courageux, j'indiquerai seulement qu'il est édité chez Offmann dans la collection Grand format 6-8 ans [et si!], qu'il fait 50 pages et vous coûtera la modique somme de 20 euros.
A vous de voir... ou pas.

Rendez-vous manqué - par Younes Jama



Parfois on manque des rendez-vous avec la littérature et plus précisément avec les romans. Il est question d’états d’âme, de lieux et d’époques. C’est le cas du roman ‘ Rendez-vous ’ de Christine Angot, publié chez Flammarion peu avant la rentrée 2006. On m’avait prêté ce livre pour me faire découvrir cet écrivain et la lecture fut arrêtée à la page 100, phrase et paragraphe point finis, choix radical suite à un agacement qui montait crescendo dès les premières pages. 

Est-ce pertinent une fiche de lecture d’un roman entamé et non fini ? Je n’ai l’art du style et puis qu’ai-je retenu au bout de ces 100 pages lues ? J’avais oublié le titre et j’ai dû chercher pour retrouver le résumé. L’Amour, le temps d’un livre confidences, entre l’écrivain et l’acteur de théâtre, le sexe entre l’écrivain et le banquier sexagénaire dont le bien doté par la nature n’est pas épargné aux lecteurs, et l’usité exercice du trio dans le Paris bourgeois à suffoquer de nombrilisme, propre à ce début de siècle.   

Il n’y a dans ce roman qu’un seul et unique ‘Je ’ corps égoïste et témoin aveugle de son époque, sans projection sur l’avenir de la société où il vit. Trois ans plus tard, la crise financière éclata.

La femme du Vème - par Marie/zelapin (Exercice n°3)


Cette note de lecture est rédigée de mémoire car je n ai pas jugé utile de conserver le livre dont il est question, je l’ai donné.

En effet, j’ai de La femme du Vème de Douglas Kennedy le souvenir impérissable qu’aurait pu me laisser un mauvais millefeuilles: la crème était lourde, le glaçage démonstratif et écoeurant, le feuilletage cartonné.

Au final, on n’a pas l’impression d’avoir mangé un dessert, on a peiné à le terminer.

Ce livre donne la même impression: l’écriture est laborieuse, les personnages et l intrigue inconsistants et le mystère éventé.

Au final, on n a pas l’impression d avoir lu un roman. On le termine pour être certain de n’avoir rien raté qui pourrait expliquer cet ennui.

Que ce soient les péripéties du personnage masculin central dans Paris ou sa relation à cette femme, tout est surjoué (sur-écrit). Les scènes « crues » (crues, pas érotiques) sont presque aussi excitantes qu’un livret médical d information au patient.

Le pseudo fantastique lié au personnage féminin est mal amené, tout comme les événements de sa biographie semblent plaqués sur la trame de ce roman, comme s’ils avaient été initialement prévus pour un autre.

Si je le conseille à la lecture, c’est pour un exercice (1) : à la fin de chaque chapitre, tenter de réécrire ce qui nous parait trop indigeste.

Mais aussi pour découvrir :

- un personnage d écrivain dans un roman (on pourra avec plus de bonheur lire du Djian).     

- la vision d un certain Paris par un américain,

- ce qu’est un roman de Douglas Kennedy,

- tout ce que je n ai pas su apprécier (et me le relater!).

(1) Tiens donc?!


 Marie/zelapin

Un jeu qui tourne mal - par Laura T. (Exercice n°3)


« Le jeu de l’ange » de Carlos Ruiz Zafon est sans aucun doute le livre le plus prétentieux et dénué d’humour que nous ayons eu entre les mains depuis longtemps. En effet, l’auteur ne fait que réécrire « l’ombre du vent » en plus volumineux et parfois plus assommant. Truffé de références littéraires abondamment citées ou « quasi » plagiés, il serait intéressant d’avoir le point de vue de l’auteur quant cette auto-parodie. Parfois l’intertextualité ne rend pas service, le palimpseste encore moins, surtout si ce n’est pas nécessairement voulu. Genette a du hurler en voyant le désastre…
Malgré tout, nous avons apprécié cet ouvrage, en créant une nouvelle mythologie populaire, il réinvente le genre à sa façon, même si on peut déplorer parfois son manque d’originalité. L’auteur connaît ses classiques et les manie à la perfection. On ne peut s’empêcher de penser aux « mystères de Paris ». L’ombre d’Eugène Sue plane au-dessus de cette Barcelone obscure et mystérieuse. Antonio Muñoz Molina a écrit « les mystères de Madrid », Zafon réinvente Barcelone la mystérieuse. Ce livre est peut-être le grand roman populaire qu’il manquait à la littérature espagnole, amateurs du genre, n’hésitez pas.

Laura T.

lundi 28 septembre 2009

"New York Central", une critique de Thierry (Exercice n°3)

« New York Central, vie et considérations de Marcial Schnaps. » J.F. Dos.

Publié dans l’indifférence en 1893, New York Central est le seul livre de son auteur. Dos disparaîtra un an après. D’abord célébré par d’obscurs cercles littéraires, le livre prendra de l’importance, jusqu’à devenir une référence majeure.
Pourtant rien ne le destinait à faire l’objet d’un tel culte. Sur plus de 650 pages, dans un style pompeux, Dos nous narre la vie de ce Schnaps, se résumant à un minuscule appartement crasseux, dans lequel il enchaîne des leçons de morale à un rat, des bouteilles de vodka frelatées, des lettres d’insultes à ses voisins, puis des jets nocturnes d’ordures dans Central Park. Le livre commence et finit sur cette activité. Entre temps : rien. Pourquoi perdre son temps à lire ce pavé grotesque ?
Dans son cours de littérature, Nabokov désigne le chapitre central du livre comme une des plus belle chose jamais écrite. De plus, ces 45 pages semblent être l’influence stylistique principale de la littérature de la deuxième moitié du 20ème siècle. Malheureusement, pour apprécier ce chapitre à sa juste valeur, la lecture entière du livre est indispensable. La richesse de ces pages ne s’exprime qu’au regard de cette vie nauséeuse et ridicule.


Thierry

dimanche 27 septembre 2009

Démagogique (et manichéen, par-dessus le marché !)

Il y a quelques années, au salon du livre, je signais au stand POL (Les Trois Médecins, je crois) et je vois un type s'approcher. Il a mon âge ou un peu plus, il vient vers moi sans sourire (c'est jamais bon signe, dans un salon), se plante à un mètre cinquante de la table (les personnes qui viennent saluer ou faire signer un livre s'approchent tout près) et me dit : "Winckler, c'est vous ?" Je réponds en hochant la tête. Il poursuit, sur un ton plutôt amer : "Je suis médecin. Je voulais vous dire que vos livres sont... démagogiques !"

Sans m'énerver, je m'incline, et dis : "Ah. Je suis désolé que vous le ressentiez comme ça. Voulez vous m'en dire plus ?" Il secoue la tête et répond : "Non. Je voulais vous dire ça. Ils sont démagogiques. Voilà." Il reste là, en suspens, oscillant d'un pied sur l'autre, quand une femme de son âge - sa compagne, probablement - s'approche de lui, apparemment soucieuse de son attitude, le tire par la manche et murmure : "Bon, ça va, tu lui as dit ce que tu voulais lui dire, à présent, viens, on s'en va." Il retire son bras et répète : "Ils sont démagogiques, voilà tout" et finit par la suivre.

 Sur le stand, je me gratte la tête, perplexe. Ce n'est pas la première fois, ni la dernière, qu'on qualifie mes livres de "démagogiques". Quelques années plus tôt, un autre médecin, m'a déclaré, en réunion, qu'à son avis, La maladie de Sachs donnait de l'exercice de la médecine une image qui la "tirait vers le bas" en caressant le lecteur dans le sens du poil (ou quelque chose d'approchant).

Il y a quelques jours, je me gratte la tête de nouveau. Sur son blog, une lectrice jadis enthousiaste à la lecture de "Sachs" déclare  qu'elle ne comprend pas ce qui s'est passé, qu'elle a décroché au bout de 200 pages du Choeur des femmes et ajoute "A un moment je me suis dis que c'était intentionnel, que les personnages étaient volontairement caricaturaux et le propos utilement démagogique, et que ça allait basculer si j'étais patiente, mais voilà, je ne le suis pas, et je laisse tomber, tant pis pour moi s'il fallait attendre la page 400 pour saisir..."

Bien embêté, plus embêté que par l'opinion d'un confrère désagréable, je lui écris pour lui demander de me préciser ce qu'elle veut dire par "caricatural et démagogique". (Ah, oui, on m'a souvent dit que mes personnages sont "manichéens" et "simplistes", aussi...). Parce que je veux comprendre. Quand on me dit "Ca ne m'a pas intéressé" ou "Je n'ai pas accroché", je ne pose pas de question. AImer un livre ou un film, c'est tellement subjectif.

Mais quand on qualifie le contenu ou les personnages ou l'écriture, et quand on les qualifie de manière aussi précise, je cherche à comprendre. J'ai vraiment envie qu'on m'explique ce qu'il y a de "caricatural", de "démagogique" (ou, question subsidiaire, de "manichéen") dans Le Choeur des femmes. 

Ma requête n'a pas abouti, je pense que cette lectrice blogueuse a mal pris l'insistance avec laquelle je lui demandais de préciser sa pensée (car sa pensée m'intéresse...) et elle ne m'a pas vraiment répondu.

Du coup, la question de ces termes : "démagogique" (retrouvé dans son texte) et "manichéen" (qui m'est revenu en écrivant le début de ce texte) s'est reposée. Je suis donc allé faire un tour vers leurs définitions.

"Démagogi(qu)e" 

D'après un dictionnaire en ligne, la démagogie est une "politique dans laquelle on flatte un groupe, une assemblée de personnes afin de gagner leur adhésion ou augmenter sa popularité."

La définition de Wikipédia précise que la démagogie est "l'art de mener le peuple en s'attirant ses faveurs, notamment en utilisant un discours simpliste, occultant les nuances, utilisant son charisme et dénaturant la réalité. Le discours du démagogue sort généralement du champ du rationnel pour s'adresser aux passions, aux frustrations de l'électeur. Il recourt en outre à la satisfaction des souhaits ou des attentes du public ciblé, sans recherche de l'intérêt général mais dans le but unique de s'attirer la sympathie et de gagner le soutien. L'argumentation démagogique est délibérément simple afin de pouvoir être comprise et reprise par le public auquel elle est adressée. Elle fait fréquemment appel à la facilité voire la paresse intellectuelle en proposant des analyses et des solutions qui semblent évidentes et immédiates."

Ce que je trouve intéressant, c'est la double connotation, politique et manipulatrice du terme démagogique. Sans hésiter, je revendique la dimension politique de mes livres - dimension qui n'aura échappé à personne, j'en suis sûr. Qu'un livre comme Le Choeur des femmes fasse écho aux "frustrations" du public, je n'en disconviens pas non plus. La frustration des femmes face à la manière dont tant de médecins les traitent mal et les maltraitent est grande.

En revanche, à l'évocation du caractère "manipulateur" de mon propos, qui "dénaturerait la réalité" pour flatter le public et lui proposer des solutions "simplistes", je me gratte la tête de nouveau.

Mon propos serait mensonger si je prétendais que certains de mes confrères sont des salauds en sachant pertinemment qu'il n'en est rien. Or, je sais pertinemment qu'ils le sont ! Il n'y a donc rien de mensonger (ni de manipulateur) à le dire (ou à le faire savoir). C'est anticonfraternel, certainement, mais c'est parfaitement conforme à la déontologie, qui veut qu'un médecin ne laisse jamais un autre médecin déconsidérer l'exercice médical. Certes, de leur point de vue, je déconsidère l'exercice médical en les dénonçant. Mais à mes yeux, ils déconsidèrent l'exercice médical en agissant comme des brutes. Il y a donc matière à débat d'idées, mais bizarrement, les confrères qui me trouvent démagogique ne veulent jamais débattre...

Enfin, est-ce que mon livre "flatte le public", "lui propose des solutions simplistes" et "fait appel à sa paresse intellectuelle" pour faire passer ses argumentations ?

Il serait sans doute "démagogique" de demander aux lecteurs/trices de répondre, je ne le ferai donc pas. Mais j'ai peine à croire que mes quatre romans médicaux (les trois suscités + La vacation) soient vraiment faits pour des "paresseux intellectuels". Six cents pages de texte serré et/ou de composition acrobatique, c'est une bien piètre stratégie pour convaincre des paresseux/ses de m'élire... pardon, de me lire.

"Manichéen"


Le manichéisme est une religion créée par le Perse Mani (ou Manès) au IIIe siècle ap. J.C. "Par dérivation et simplification du terme, on qualifie aujourd'hui de manichéenne une pensée ou une action sans nuances, voire simpliste, où le bien et le mal sont clairement définis et séparés."

Le bien et le mal ? Oui, bien sûr. L'éthique et la morale sont là pour débattre de ce qui est "bien" ou "bon" et de ce qui ne l'est pas. C'est tout le sens du Choeur des femmes. Il y a des comportements médicaux éthiques, d'autres qui ne le sont pas. Et c'est précisément de ça que Jean et Karma débattent.

Quant à savoir si ma définition du "bien" et du "mal" en médecine est "simpliste", il me semble que les six cents pages du livre (mais aussi de Sachs et des Trois médecins) démontrent que, même s'il existe des gens absolument malfaisants et des gens qui sont absolument dénués de méchanceté... la majorité de l'humanité (les deux héros inclus) n'est pas "toute bonne" ou "toute mauvaise", mais fait de son mieux (ou de son moins mal...) Enfin, je crois que c'est clair. Si ça ne l'est pas, cela signifie-t-il que je n'ai pas été assez simpliste pour que ce soit compréhensible par tout le monde ? Donc, pas assez démagogique ?

Alors, oui, finalement, si le Choeur des femmes n'est pas à proprement parler "démagogique" (il n'appelle pas vraiment à guillotiner les gynécologues maltraitants, il exhorte seulement - mais vigoureusement - les femmes et les intersexué(e)s, entre autres, à ne plus se laisser maltraiter) c'est sans doute un roman manichéen, puisqu'il énonce fermement qu'un médecin a l'obligation morale de "bien" se comporter dans l'exercice de son métier.

Cela dit, en y réfléchissant bien, si mes livres prônent le "manichéisme médical", dois-je vraiment en avoir honte ?

Je n'en suis pas certain. Surtout quand je lis ce résumé de la vie de Mani, toujours sur Wikipédia(1) :

Peintre visionnaire et philosophe, poète, musicien, médecin et consultant en développement personnel, Mani transmit une vision du monde et de la vie si puissante que son enseignement se répandit, de manière totalement pacifique, de l’Afrique à la Chine, des Balkans à la péninsule arabique.

"Totalement pacifique."
Tous les gynécologues non démagogues ne peuvent pas en dire autant...

____________________________________ 
(1) Pourquoi j'utilise Wikipédia pour donner des définitions ? Parce que je suis démagogique et paresseux, pardi !

mercredi 23 septembre 2009

Haïku - par Pascale


Frisson nocturne
Manque la belle ronde
Au plafond du soir

Bonne critique de livre détesté (Exercice d'écriture n°3)

Rédigez la critique/note de lecture d'un livre (roman, essai, livre pour enfant, ce que vous voulez - mais ça ne peut pas être un de mes livres) que vous détestez en expliquant au lecteur pourquoi il doit le lire quand même.

Vous devez faire ça en 1200 signes-zé-espaces (titre de l'article non inclus). 
Date limite de remise, mercredi 30 septembre à minuit (heure de votre fuseau horaire).
Mise en ligne des textes à partir de samedi.

mardi 22 septembre 2009

Qui a le droit d'écrire ?

Une internaute m'écrit pour me demander si elle a le droit d'écrire ici, car elle a le sentiment que ce sont surtout des écrivains professionnels qui contribuent aux commentaires (ou aux exercices) ; elle me demande si "il y a des règles" et si elle a le droit de lire et d'écrire sur ce blog. Je lui réponds qu'à ma connaissance les intervenants écrivains professionnels sont en minorité et qu'il n'y a pas de règles.

Et ça me donne l'occasion de revenir sur quelque chose qui m'a longtemps pourri la vie, bien avant que je sois publié, et pendant un bon moment après qu'un de mes livres ait, pour la première fois, été lu par de nombreux lecteurs.

Longtemps, je me suis demandé si j'avais le "droit" de penser que j'étais écrivain.

"L'écrivain", pensais-je comme beaucoup de monde, "est un être à part. Le statut d'écrivain, on ne le décroche pas comme ça. Faut le mériter. On ne se décrète pas écrivain. Il faut au moins que ça soit décidé par une commission spéciale de l'Académie, ou quelque chose. Il faut que ça soit notoire et écrit dans les journaux. Il faut qu'un type comme Bernard Pivot (autrefois) ou François Busnel (en ce moment) le dise à la télévision en vous lançant un regard énamouré (si vous êtes, mettons, Juliette - pardon, Justine - Lévy) ou déférent (si vous êtes, au hasard, Philippe - pardon, Patrick - Poivre d'Arvor) - "Quand on lit votre livre on sait qu'on a affaire à un écrivain"... Bref, il faut que quelqu'un vous ait estampillé, et que ça ne soit ni votre mère, ni votre moitié, ni votre "gang" de copains/copines. Faut que ce soit O-FFI-CIEL."

Je ne dirais pas que, quand je pensais ça, j'étais "stupide" (ça voudrait dire que celles ou ceux qui le pensent le sont et que moi, je ne le suis plus) mais je dirai, sans hésiter, qu'on m'avait bourré le mou. A l'école, dans les journaux, à la radio, à la télé. Implicitement, on m'avait fait croire à quelque chose qui n'existe pas : le statut sacré de l'écrivain.

Il n'y a pas de statut sacré de l'écrivain, pas plus que pour les musiciens ou les acteurs ou les peintres. Il y a des personnes qui ont un goût ou des aptitudes pour une expression artistique et qui en font, ou non, un métier. Un de mes meilleurs amis est un pianiste extraordinaire. Mais il joue pratiquement toujours seul (ou avec des amis très proches) et ne donne jamais de concert. Mais il peut passer des heures à travailler une pièce de Schumann ou de Bach. Est-ce qu'il est "moins" musicien qu'un pianiste-concertiste professionnel ? A-t-il "moins le droit" de jouer du piano ? Non. Ce n'est, simplement, pas son métier. Jouer lui donne du plaisir (et en donne à ceux qui l'écoutent, croyez-moi), c'est la seule chose qui importe. Un autre de mes amis est médecin ET auteur-compositeur-interprète. Il joue et enregistre avec d'autres musiciens (qui ont un autre métier, car ça ne nourrit pas...). Et ils ont auto-produit leur premier disque. Vaut-il moins que le disque d'un chanteur publié par une grande maison ? A mes oreilles, non. Ce qu'il fait est beaucoup mieux que tout plein de chansons sans texte ni mélodie qu'on nous balance sur les ondes. Je suis bien content qu'il ne se demande pas s'il "a le droit" de composer et jouer.

Pour l'écriture, c'est encore plus vrai. Il y a plus de gens qui savent lire et écrire que de personnes qui savent lire la musique et en jouer.

Mais il en va de l'écriture comme de la musique : on ne publie pas comme ça, les éditeurs français ont beau être légion, ils reçoivent plus de manuscrits qu'ils ne peuvent en publier (et, si je peux me permettre cette opinion, la plupart en publie beaucoup trop...), ce qui rend la lisibilité de beaucoup de textes problématique. De plus, contrairement aux pays anglo-saxons, on publie peu de textes courts (nouvelles, poésie) en France, ce qui veut dire que ces formes qui, en Amérique ou en Angleterre, sont souvent des bancs d'essai pour nombre d'écrivains, n'existent pas ici.


Depuis quelques années, la possibilité de mettre des textes en ligne, sur un blog ou un site, a changé la donne. Un nombre très important de personnes écrivent et donnent à lire ce qu'elles écrivent.
Mais il faut avoir entendu ou lu ce que beaucoup (trop) de critiques et d'écrivains estampillés disent de l'écriture en ligne et des blogs. Le mépris et la méfiance à leur égard sont malheureusement très répandus en France, beaucoup plus qu'ailleurs. Toujours à cause de l'image sacrée de l'écrivain.

Est-ce que l'écriture en ligne a "moins de valeur" que l'écriture publiée ? Je n'en sais rien et à vrai dire ça ne me soucie pas. Je pense que c'est une question vaine. Et que cette question est significative d'une posture de classe.

Qui aurait donc le droit de dire "ça c'est bon, ça c'est mauvais" ? Sur quels critères ?

J'ai beau être un écrivain publié et lu (il y a des écrivains publiés qui ne le sont pas, et je mesure ma chance), je ne me sens pas de qualité particulière pour dire ce qui est bon ou ne l'est pas. Je peux dire "J'aime ou je n'aime pas, pour telle ou telle raison", mais c'est tout. C'est d'ailleurs ce que je fais pour parler des écrivains que je lis et que je n'aime pas.  Je dis "Je n'aime pas et ça me tombe des mains", "ça m'a ennuyé", ou "c'est pas le genre de littérature qui me transporte". C'est subjectif, et ça ne concerne que moi. Car si des lecteurs ont aimé ce livre-là (ou aiment cet auteur-là), qui suis-je pour dire qu'ils ont tort ?

Je déteste entendre dire que Maurice Leblanc, qui était l'un des romanciers-feuilletonnistes les plus lus de son époque, "n'écrivait pas bien". Quand je le lisais, à l'adolescence, j'étais transporté par les aventures d'Arsène Lupin, qui me tenaient éveillé jusqu'au milieu de la nuit. Personne n'a le droit de dire qu'il n'écrivait pas bien, puisque, nom de dieu, il me faisait lire !!!! (Vous entendez l'ogre Winckler rugir, là, j'espère ?)

Etre critique littéraire est un exercice difficile. A mon humble avis, les critiques devraient avoir pour mission de faire lire des textes en expliquant pourquoi (du point de vue du/de la critique) ces textes sont riches et gratifiants à la lecture et peuvent faire le bonheur des personnes qui se risqueront à les lire. Ils ne devraient pas se contenter(comme je l'ai vu faire par plusieurs critiques parlant du Ciel de Bay City de Catherine Mavrikakis) de résumer le début d'un roman puis de parler des "qualités d'écriture" de l'auteur pour qu'on ne s'aperçoive pas qu'ils ne l'ont pas lu en entier.

Ils ne devraient surtout pas "sacrer" un écrivain avant même que son dernier livre soit disponible comme le digne héritier de Flaubert, Proust ou Marguerite Duras, comme s'il s'agissait de désigner les membres de dynasties ou de lignées aristocratiques. Ils devraient, en bons professionnels, faire leur boulot, c'est à dire donner envie de lire des livres (et donner les clés pour les apprécier) plutôt qu'encenser des auteurs. L'écrivain sacralisé, "autorisé" (aux deux sens du terme) est un pur produit de la pensée la plus bourgeoise.

C'est cette sacralisation, entretenue par une partie de la critique (mais aussi par bon nombre d'enseignants, de journalistes et d'intellectuels auto-proclamés, hélas !) qui entretiennent chez le plus grand nombre l'idée qu'un écrivain est un être rare.

Or, non seulement c'est faux, mais c'est aussi profondément méprisant pour ceux qui écrivent et ne publient pas ou qui publient mais restent dans l'ombre, et qui, tout publiés qu'ils soient, ont un autre métier (ce qui est le cas de l'immense majorité) et ne se sentent pas "sacrés" du tout.

Personnellement, je n'ai pas envie d'être qualifié de sacré. Ca pourrit les relations humaines.

Tout ça pour dire (maintenant que j'ai vidé mon sac) que tout le monde a le droit d'écrire. Certains ont la chance de - ou l'entregent nécessaire pour - être publiés. Est-ce que ça les rend plus "écrivains" que les autres ? Non. Ca les rend seulement plus visibles.

N'oubliez jamais, vous qui lisez ceci, que tous les éditeurs publient des livres pour gagner de l'argent (et c'est bien naturel : comment pourraient-ils publier d'autres livres, sinon ?) et que leurs critères ne sont pas toujours la "qualité littéraire", bien subjective, des textes qu'on leur propose. En matière d'édition, beaucoup d'éditeurs préfèreront toujours le "coup" juteux (comme, je dis ça au hasard, les amours pseudo-autobiographiques d'un président et d'une princesse) au roman disséquant la société au scalpel.



L'écriture est un mouvement ET un travail ET un jeu ET un plaisir ET un casse-tête pour ceux/celles qui s'y adonnent profondément, qu'ils le fassent toute la semaine ou seulement le dimanche. J'ai écrit La maladie de Sachs par épisodes, un chapitre à la fois, quand je n'avais pas de travail urgent (traduction ou article) à remettre, et ça m'a pris cinq ans. A l'époque, je doutais d'être un écrivain. Je me trompais. J'étais déjà un écrivain. Non parce que les muses de l'Olympe s'étaient penchées sur mon berceau, mais parce qu'écrire (ce bouquin ou mon journal ou des chroniques pour Télécâble Hebdo) était ma musique et le clavier, mon instrument. J'écoutais du jazz au casque, et j'avais le sentiment que le phrasé irrégulier de mon clavier faisait écho à celui de Bill Evans ou d'Oscar Peterson. J'ai eu la chance de pouvoir passer pro, puis de faire un livre/disque qui a très très bien marché. Et puis celle de toujours avoir eu des engagements pour donner mes concerts-livres suivants. Ca ne me rend pas un "meilleur écrivain" pour autant. Et puis "meilleur écrivain que qui, d'abord ?"

J'ai nommé ce lieu "blog pour "écrivants". Sur ce blog, qui n'est qu'une estrade au fond d'un bar enfumé, j'ai posé mon piano à écran et je joue pour qui veut écouter. Et toutes celles, tous ceux qui le désirent peuvent monter avec leur instrument, et participer à la jam-session.

A leur manière, avec leurs mots, leurs mots qui valent ce qu'ils valent, mais justement, ce sont les leurs. (Merci, Mama Béa.)
Et ils sont les bienvenus.

lundi 21 septembre 2009

dimanche 20 septembre 2009

Haïku - par Jeanne

bleu gris le ciel
lune installée
adieu soleil




Réveils ("Contretemps", dernière) - par Lilian Saint-Gaudin

Comme je n'avais pas donné de date limite pour l'exercice "Contretemps", je publie celui-ci, mais c'est la dernière fois, hein ? Maintenant, faut faire les autres. Et pas dépasser la date limite, hein ? Hein ? Sinon je vais pas m'en sortir, moi... ;-) (MW)

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C’est la pluie qui le réveilla.

Il sortait tout juste de la réunion de coordination du groupe marketing d’ASSUR’TOU, et c’est en sortant de l’immeuble que la pluie s’abattit sur le trench dans lequel il se croyait protégé des éléments, transformant sa raie sur le côté, il le voyait d’un œil fatigué dans une vitre, en placard qui lui tombait de tous les côtés à la verticale.

La pluie l’imbiba aussitôt et sa noyade lui rappela ce qu’il venait de se passer : Giles Gerti, son manager venait littéralement de l’humilier devant l’équipe entière. Il le voyait à ses collègues qui en sortant évitaient son regard.
« Et c’est avec des idées pareilles que tu veux lancer la campagne qui est censée relancer la branche assurance-vie? Non mais ce sont des idées de branleur, ça ! Et tu as 15ans de boîte ? T’as toujours des idées du même type ? Non mais continue comme ça et tu finiras dans un placard quelconque où tu pourras faire office d’étagère. Là au moins, pas besoin d’idées » Il avait baissé la tête et cherché à cacher une larme. Elle ne passa pas inaperçue. La suite de la réunion fut longue et aveugle. Il ne se réveilla que sous la pluie.
En hiver à la sortie des bureaux, c’étaient les lumières qui dominaient, des halos partout qui tentaient inutilement de se cacher derrière la brume. D’habitude il trouvait ça plutôt gai : Noël approchait. Mais là il était complètement…à côté. Et son manteau qui ne lui servait à rien. Il le retira lentement pour le poser par terre passant sa mallette d’une main à l’autre. Sa mallette…elle dérangeait d’ailleurs ; il la posa alors sur son manteau et se cala les mains dans les poches. Il voulait perdre ses larmes et leva son visage cers le ciel.
Il ne pleurait plus, il s’en aperçu immédiatement. La pluie, le ciel le soutenaient. Il ne pouvait plus pleurer. Il était réconforté. L’eau était avec lui. C’était lui qui l’avait appelée. Et s’il lui commandait. Un sourire se dessina entre les lampadaires du parvis. Quel con, il le savait, pas lui mais Giles. Comment avait-il pu ? Comment s’était-il adressé à lui ?

Il se dirigea vers l’entrée du RER comptant les gouttes qui s’abattaient sur ses pommettes. Demain il lui ferait voir, il lui rabattrait sa jeunesse, ses certitudes, son école d’arriviste, son management qui fleurait bon le dégraissage et le suicide de masse. Le bruit sur la vitre de son wagon ne faisait que confirmer sa certitude : chaque goutte était un point d’exclamation à sa révélation : c’était fini tout ça. Le chemin qui luisait sous ses pas, reflétait sa célébration que lui rendaient les lampadaires. Et en se couchant la même idée l’amenait vers son sommeil lumineux. Enfin !


C’est la pluie qui le réveilla.

15 minutes avant la sonnerie du réveil. Il se leva avec une impression de martellement. Le vent projetait la pluie sur les vitres de son appartement. Les lumières sur le trottoir n’arrivaient pas à révéler les employés plus matinaux que lui qui se protégeaient tant bien que mal sous leur parapluie à contre-sens.

Il posa son front contre la vitre et se vit dehors, dans une heure subissant les éléments. Certainement que son pardessus et sa mallette étaient à l’accueil peut-être trouvés par le vigile. Comment allait-il expliquer qu’il les avait oubliés devant l’immeuble ? Il espérait que Giles ne serait pas de trop mauvaise humeur aujourd’hui. Il se leva prendre sa douche.

Haïku - par Quine

Le champignon dort
sur le toit des galeries
d'une taupinière

Haïkus - par Martine Bourguignon

Une étoile luit
dans les ténèbres de l'ennui,
ton sourire évanoui.


The torch is out,
And I wander alone
Through the dark lanes of grief


All the lights fade out
When you are away
And I stumble, my love.

Haïkus - par Younes Jama

Haïku (nuit)

de l'étreinte
souvenirs troublants
le rai n'est plus


Haïku (absence)

l'âme qui s'en va
mystique à souhait
le vent mime

A qui un écrivain offre-t-il ses livres ?

Je trouve sur la page FB de François Bon un lien vers un article consacré à son "Incendie du Hilton". Il le donne en s'excusant presque que ce soit un article consacré à son livre. Et je commente "Si l'article te fait plaisir, il n'y a aucune raison de ne pas le partager."

J'ai eu le même type de pudeur quand Vincent Berville m'a mis un site en ligne "clés en main", à la suite de la fin de ma chronique sur France Inter, en août 2003. Je voulais en faire une sorte de prolongement de la chronique, avec des infos, des textes critiques et polémiques, mais pas un portail de présentation de mes livres. Il a insisté (et il est revenu dessus il y a quelques semaines) en disant qu'après tout, il était naturel que j'informe mes lecteurs de mes publications et de ce qu'on en dit. C'est d'ailleurs ce que font les écrivains américains, sans aucune fausse pudeur, sur leurs propres sites.

Et lire ce même type d'hésitation sous la plume de François Bon m'a fait penser à ce que j'ai envie de faire de mes livres quand ils sont publiés. J'ai envie de les donner à tout le monde. En tout cas, à toutes les personnes que j'aime ou plus simplement, que j'estime. (Je respecte tout le monde, mais je suis un être humain, il y a des gens que j'estime plus que d'autres...)

Donc, je donne mes livres à mes amis les plus proches, j'en garde un exemplaire pour chacun des huit individus (ce ne sont plus tout à fait des enfants) que j'ai élevés avec MPJ (encore que je ne l'ai pas fait pour TOUS les bouquins, damn...) et je le distribue à des personnes moins proches, mais qui m'ont touché (pour ce qui concerne le Choeur des Femmes, les membres du CREUM et du département de philosophie de l'UdeM qui m'accueille depuis février, et où je l'ai écrit) ou alors les membres de la librairie Olivieri, ou un/e étudiant(e) de passage qui me dit avoir lu un autre de mes bouquins ou de mes textes et qui m'en parle avec tant de chaleur que j'éprouve le besoin de m'acquitter de ce bonheur qu'il/elle me fait en lui donnant quelque chose.

Ou alors, l'autre jour, dans le métro, quand François a dit "Faut que je lise ton livre, mais je l'ai pas encore", j'ai sorti l'exemplaire que je trimbalais avec moi pour chercher des extraits à faire lire à mes étudiants du cours d'éthique clinique, et je le lui ai donné, je n'y aurais pas pensé s'il ne l'avait pas mentionné.

Je n'attends jamais que le livre que j'ai donné soit lu. En particulier, je n'ai jamais attendu de mes enfants ou de mes amis les plus proches qu'ils les lisent. D'autant plus que j'en ai publié plusieurs dizaines en dix ans, dans des genres différents, alors je sais que peu de lecteurs pourraient suivre ce rythme-là ou lire ne serait-ce que mes romans (il y en quelques-uns, mais ce sont tous des lecteurs/trices hors du commun... Fanny, Emmanuelle, Alexis, David, Elodie entre autres, qui sont aussi des camarades internautes).

Je suis content quand un de mes enfants lit un de mes livres, pas nécessairement un roman, mais souvent un des livres sur les séries ou Super Héros. Mais je n'attends pas qu'ils le fassent. J'écris les livres pour les élever, pas pour qu'ils les lisent. Si, dans vingt ans, ou après ma mort, l'un d'eux retrouve un de mes bouquins sur une de ses étagères et, en le feuilletant, se dit "C'était pas mal, ce truc-là", ça me suffit. Je veux seulement qu'ils n'aient jamais honte d'avoir été élevés grâce à mes textes. Enfin, je ne sais pas si je me fais bien comprendre.

Quand j'étais adolescent, et plus tard encore, j'avais envie de donner mes textes bien sûr pour les faire lire, mais aussi parce que j'avais envie d'offrir quelque chose à mes amis, quelque chose que j'avais fait. Je ne savais pas trop bien bricoler, peindre, dessiner et encore moins composer des chansons (j'aurais aimé savoir faire tout ça) mais j'écrivais, de la fiction, alors je recopiais mes six ou sept nouvelles achevées (j'étais sûr de ne jamais pouvoir en écrire d'autres et d'être incapable d'écrire un roman) dans des cahiers et je les offrais à qui j'aimais et voulais faire savoir que je l'aimais. Et puis, bien entendu, j'ai offert par wagons les livres qui m'avaient touché profondément, Le Carnet d'Or, La vie mode d'emploi, pour ne citer que ces deux-là. (J'offrais des livres que je m'étais approprié en tant que lecteur. C'étaient "mes" livres avant que je n'en écrive.) Offrir un livre, à mes yeux, c'était un geste d'amour. Ca l'est toujours. Je n'aime rien plus que tomber sur un nouveau livre et me dire : "Ah, je sais que MPJ ou l'un des enfants va l'adorer".

Aujourd'hui, je sais qu'on peut estimer quelqu'un sans l'aimer, et que c'est une raison suffisante de lui offrir quelque chose. Je sais aussi qu'offrir un livre ce n'est pas "rien" (c'est ce que j'ai dit pendant longtemps), c'est un cadeau extrêmement chargé (il y a des gens qui ne lisent pas et qui sont très très touchés qu'on leur offre des livres, et je n'en ai pas toujours eu conscience, tant une vie sans lecture me semblait impossible alors que bien sûr, les vies sans lecture sont infiniment plus nombreuses que les vies avec, sur cette planète), ce n'est pas un cadeau dénué de sens ou de poids. Mais on ne sait jamais quel sera le poids d'un livre qu'on offre pour l'autre.

Je ne sais pas s'il y a une question dans ce texte, si je soulève la moindre interrogation philosophique, littéraire, éthique ou autre, mais le fait est que j'aime offrir des livres, que ça reste mon cadeau préféré (les DVD de films ou de séries viennent juste après, sans doute parce que ce sont les objets qui ont, à mes yeux, le plus de valeur au monde. Je ne suis pas sûr que ce soit "culturel" ou uniquement lié à mon milieu de naissance, car beaucoup de personnes dans ma famille aimaient lire mais auraient trouvé qu'offrir un livre était "un pis-aller", un cadeau un peu facile.

Mais comment un livre pourrait-il être un cadeau "facile" ? Quand on l'a choisi au dernier moment sur une table de "Prix littéraires" sans savoir de quoi il s'agit, oui, peut-être. Mais même dans ces conditions, qui sait si le livre, choisi au hasard, n'aura pas un effet profond sur celui/celle à qui il sera offert et qui le lira ?

Entre celui/celle qui offre et celui/celle qui reçoit, le livre est un tiers liant.

Merci, François.

vendredi 18 septembre 2009

Haïku (de plusieurs auteurs)

Un marron
Sur la tête
Et le jour disparu
(Anonyme)

Clavier céleste
Cendrillon démérite
Pantoufle éperdue.

(Marie-Thérèse)

The lights are out
The darkness comes
I’m safe

(Emmanuelle)

Sans tes yeux clos
Sans ton cou parfumé
Je me rends, conte.

(Emmanuelle)