samedi 22 mai 2010

Le corps d'un homme - par MWZ

1.
Dans mon cahier n°7, en Avril 1983, j'ai collé une demi-page découpée dans un journal ; je croyais jusqu'à ce que je l'ouvre ce soir qu'il s'agissait de Libération, mais je n'en suis plus sûr, car rien ne l'indique et c'est la page 52. Or, je doute que Libé ait jamais eu 52 pages.

Sur la demi-page de journal figurent deux photos rectangulaires, placées l'une au-dessus de l'autre.

La première représente un homme appuyé contre un mur au-dessus d'une bouche d'air chaud près du jardin des Tuileries. Il baisse la tête et se cache le visage ; il y a deux sacs en plastique bourrés posés de chaque côté de lui. Le second cliché, juste en dessous, montre seulement le soupirail, le mur et une trace noire sur le mur, une tache grossièrement circulaire, mais informe, une tache estompée sur les bords, comme une tache de graisse sur un vêtement...

Sous les photos est imprimé un commentaire que je recopie ici intégralement :

« Alexandre, un clochard, a passé plusieurs années de sa vie à profiter du souffle d'air chaud qu'exhalait le soupirail qui surplombe le centrail téléphonique à l'extrémité du jardin des Tuileries. X., photographe de mode, l'a souvent photographié comme il le trouvait : de profil, la tête baissée sur son bras gauche, debout sur ses deux pieds, prenant avec sa main droite un troisième point d'appui en profitant d'un décrochement du mur. Alexandre, un jour, s'est couché – il était malade et il crachait ; un autre jour, il a disparu – peut-être était-il mort – laissant sur le mur son ombre, trace noircie par le frottement de son coprs impressionné à même la pierre. L'histoire est émouvante parce qu'il n'est pas courant, en quittant la vie, de laisser sa photographie d'identité sur le mur attenant. L'image, elle, est étrange parce qu'elle est inclassable. Elle participe des derniers perfectionnements de la technique de prise de vue (l'image Polaroïd) tout en nécessitant une pose très longue qui renvoie un siècle plus tôt. Elle évolue à mi-chemin entre l'instantané de reportage (c'est une scène de rue) et la prise de vue en studio qui s'opère avec un éclairage précis. C'est une image classique dans laquelle Alexandre a repris la même pose comme les modèles font dans les académies de peinture après le repos, c'est aussi une image expérimentale, qui retrouve un à un tous les ingrédients de la photographie. Alexandre a été tout à la fois opérateur et sujet. En prenant toujours la même pause (sic !), il s'est offert à la lumière du jour comme un objet de vitrine qui jaunit au soleil, il s'est imprégné dans le mur, petit à petit, surajoutant à chaque fois une image presque semblable. Il s'en est fallu de peu, comme dans une histoire de Marius et Olive, que le mure se mette à défiler derrière lui comme une vulgaire pellicule. Pour qu'on ait, impressionné, le scénario entier de la vie d'Alexandre. Au lieu de ça, les images se sont superposées les unes aux autres, et à défaut d'histoire, on a sûrement une des plus belles images de l'histoire de la street photography, l'autoportrait d'Alexandre. Ceci explique peut-être cela. Alexandre s'est toujours refusé à montrer son visage à l'objectif considérant que cette image-là serait moins probante que la sienne. » 

2.
Sur trois pages de mon cahier, autour de l'article découpé, j'ai écrit ceci :

« Voici ce qui me bouleverse : c'est de faire de la vie fantôme d'un individu un objet d'art ; de célébrer le génie involontaire d'une personne qui, sans un photographe désoeuvré, n'aurait pas eu d'existence pour les lecteurs en quête de nouveauté. Ce qui me choque c'est cette façon tranquille de replacer les photos dans une non-histoire, « Un jour,  Alexandre s'est couché – il était malade et il crachait. Un autre jour il a disparu – peut-être était-il mort » et, par ces mots, d'évacuer définitivement cette existence qui, dans la rue, nous aurait fait changer de trottoir. Alexandre n'a même pas droit à la mort « peut-être était-il mort... » il n'avait pas le droit à l'existence : on ne lui a pas demandé son avis pour le photographier.


Qu'il se soit caché le visage ne signifie pas forcément, comme le commentaire le suggère, que « cette image-là serait moins probante » que sa trace sur le mur, cela signifie peut-être aussi que le regard des autres (notre regard) est une violence pour lui : il se détourne quand on le croise en chair et en os, puisqu'on change de trottoir, et il se pose, s'impose sur lui quand quelqu'un s'est permis de le mettre en image, de le médiatiser, de l'annuler en tant qu'existence, bref, quand il s'st agi de « faire » (et de vendre) une « bonne photo ».


La présence d'Alexandre sur la bouche d'aération, sa disparition (peu importe qu'il soit mort, ce qui compte, c'est qu'il n'empêche plus l'objectif de montrer la tache sur le mur !!!) et la trace qu'il a laissée se suffisent alors à elles-mêmes, on peut les qualifier d'artistiques. Envolées la misère, le dégoût, le rejet, la pourriture, les miasmes, la pluie, les crachats. On s'en fout d'Alexandre, mais quand même, ce que c'est beau, la photographie. Et comme notre regard de violeur est plein de sensibilité artistique !!! »

3.
Trente-cinq ans ont passé et mon sentiment n'a pas changé. Dans cette demi-page, deux personnes me donnaient envie de vomir. La première est le photographe de mode, qui a cru bon, entre deux séances pour magazines féminins (Ah ! la vie, la vraie, celle qui pourrit dans la rue, c'est tellement plus croustillant que toutes ces filles qui posent !) de mitrailler Alexandre au passage, sans lui demander son avis, sans s'interroger sur les raisons pour lesquelles il détournait le visage - ces raisons qui viennent immédiatement à l'esprit : la honte à l'idée d'être vu ainsi, la peur d'être reconnu par quelqu'un qui l'a autrefois aimé, le dégoût d'être fusillé contre ce mur, encore et encore par quelqu'un qui ne s'est posé aucune question avant d'appuyer sur le déclencheur...

Et puis il y a le commentateur, qui pousse l'insensibilité et le snobisme très loin, je trouve, plus loin encore que je ne me le rappelais, puisqu'il loue les qualités des clichés, passe sous silence les scrupules qu'aurait pu avoir le photographe, fait mourir un homme « peut-être » puis certainement (« il est rare, en quittant la vie... ») et va jusqu'à construire un récit totalement inepte dans lequel celui qu'il appelle Alexandre devient en quelque sorte l'auteur de ces clichés, Alexandre, le héros qui laisse sa marque sur le mur et la photo-à-faire. Et d'ailleurs, "Alexandre", était-ce vraiment son nom ? Et, s'il connaissait son nom, n'est-ce pas parce que le photographe le lui avait demandé ? Et s'il le lui avait demandé, comment a-t-il pu continuer à le photographier ? Tout ça, le commentateur ne se l'est pas demandé. Il s'est contenté de parler de ces photos, objets d'art, de street photography et de leur beauté esthétique.

Je ne reproduis pas les photos ici, car je m'en voudrais de reproduire le voyeurisme de l'ensemble. Et je ne donne pas le nom du photographe et de l'auteur du commentaire qui, en niant ainsi la réalité d'un homme, ont fait de leurs spectateurs des voyeurs. Ils sont innommables.

Pourquoi est-ce que j'écris ceci, ce soir ? Parce que ces jours-ci, après avoir entendu, deux soirs de suite, des hommes bons dire des textes sensibles, d'une voix pleine du souci de l'autre, ma colère m'est revenue, intacte et vive, malgré les vingt-cinq années écoulées.

On ne devrait jamais montrer ou dire ce qu'on veut, n'importe quand, juste parce qu'on en a envie, sans s'interroger sur la décence de ce qu'on montre ou de ce qu'on dit.

Marc




dimanche 16 mai 2010

La voie d'un homme (extrait) - par MWZ

Ça aurait pu commencer comme ça :

« En se réveillant dans son lit un matin après un sommeil sans rêves, Franz Karma se retrouva métamorphosé en une créature innommable. Quand il ouvrit les yeux, il était allongé les bras en croix, face au plafond qui lui sembla couvert d’étranges graffiti. La peau de son dos, inhabituellement hypersensible, souffrait le martyre sous l’effet conjugé et superposé d’une boule dure de nature indéterminée, des plis du drap sous ses fesses nues et de l’humidité produite par la transpiration de la nuit. Jamais, au grand jamais il n’avait éprouvé des sensations aussi précises et aussi pénibles, et cela le troubla grandement.


Il écarquilla les yeux. Le soleil d’été, qui se frayait déjà un chemin à travers les interstices du volet roulant, lui permettait de voir qu’il était bien dans la chambre où il s’était couché, la veille comme chaque soir. Il se tourna vers le chevet. Le radio-réveil indiquait 7 h 13. Il secoua la tête et de longues mèches de cheveux bruns caressèrent son visage.

En posant le menton sur son sternum, iI constata que, comme chaque matin, quelque chose soulevait le drap et lui interdisait de voir ses pieds dépasser du lit. Mais ce quelque chose n’était pas le piquet de tente qui se dressait entre ses cuisses depuis la lointaine époque de sa puberté. Il n’y avait pas une, mais deux protubérances sous le drap ce matin-là, à mi-chemin entre son menton et l’emplacement habituel de ses érections.

« Que m’est-il arrivé? » pensa-t-il. Était-ce un rêve ?

Il souleva le drap et vit avec stupéfaction qu’il avait d’énorme seins. Certes, depuis qu’il avait dépassé la quarantaine, ses pectoraux s’étaient arrondis, comme c’est souvent le cas des hommes qui s’empâtent sous l’effet conjugué d’une nourriture abondante et d’une réduction de toutes leurs activités physiques. Mais en cet instant, ils étaient surmontés par deux glandes mammaires d’une taille impressionnante. De plus, cette poitrine apparue du jour au lendemain était recouverte par un tissu épais, rugueux, de consistance inconnue.

Luttant contre l’angoisse qui le clouait au lit, il repoussa le drap du pied et, sans oser regarder, il avança prudemment la main vers son nombril. La peau de ses doigts avait une sensibilité bizarre et l’effleurement de son abdomen déclencha une sensation étrange. Sa main glissa plus loin, vers l’entrejambe, où ses phalanges se retrouvèrent soudain prises dans une toison fournie, et non dans les rares poils poivre et sel qui, la veille encore, montaient bravement mais vainement la garde à la racine de son pénis. Son cœur bondit.

Il glissa la main un peu plus bas et, après avoir franchi le dos d’âne du pubis il sentit… rien. Enfin, pas tout à fait rien, mais un vide, un creux, une absence. Il poussa un cri et, en un effort surhumain, il s’assit sur le lit et repoussa le drap. En lieu et place de son T-shirt de nuit préféré, son thorax était recouvert d’un tablier bleu à fleurs.

Dessous, leur mamelon désagréablement irrité par le tissu, deux seins féminins pendaient, lourds et fatigués. Dans son dos, la boule dure qui le mordait cruellement n’était autre que le nœud formé par la ceinture du tablier. Son sexe avait disparu. Ses avant-bras, ses poignets et ses mains étaient recouverts de gants en caoutchouc rose. Il s’était transformé en… en… … »

« mère de famille paraplégique ? » « fille-mère désemparée ? » « Mamma italienne gagnée par une obésité galopante ? » « Mrs Doubtfire ? »

Je cale.

En tout cas, l’hommage à Kafka s’imposait. Même si je ne suis pas le premier, hélas ! Philip Roth s’est déjà emparé de La Métamorphose dans un petit bouquin intitulé Le Sein. Il y a ving-cinq ans, au bas mot - à une époque où, n’ayant encore rien publié, j’étais bourré de complexes littéraires, à juste titre – celui du bouquin, le clin d’œil appuyé et la réputation de l’auteur m’avaient poussé à l’acheter mais j’avais trouvé le résultat décevant. Je ne vois pas bien l’intérêt de transformer un personnage en un seul sein.

Et pourquoi le faire finir dans un lit, sous la forme d’une énorme masse flasque détachée de tout, et pas sur la poitrine d’une femme– ou de plusieurs, d’ailleurs ? Si j’avais eu l’idée avant Roth, j’aurais raconté les aventures d’un type transformé en une paire… non, en une tripotée de prothèses en silicone fabriquées sur la même chaîne d’usine, portant des numéros qui se suivent mais que le sort distribue évidemment au hasard des commandes à travers tous les Etats-Unis

... à une jeune femme qui devient stripteaseuse pour payer ses études et qui, un soir où elle ne bosse pas, rencontre l’amour en la personne d’un brave type qu’elle croise au supermarché et qui la regarde tout le temps dans les yeux ; elle décide de renoncer à ses appas artificiels pour redevenir une vraie femme dans les bras de celui qu’elle aime et paye son intervention une somme astronomique (gagnée à la sueur de son string) mais meurt sur la table d’opération sous le scalpel d’un chirurgien saoul…

... à une desperate housewife qui se fait upgrader en 95 B pour récupérer son mari parti avec une jeunette et qui, constatant que finalement ça ne va pas loin, décide en désespoir de cause de se venger en étouffant entre ses mammelles tous les hommes qu’elle y a attirés ;

... à une actrice de porno dont c’est la troisième paire successive après de nombreuses années dans des conditions de travail difficiles, qui a envie de faire redécoller sa carrière en se faisant, en plus, poser des prothèses fessières et à qui un producteur propose, parce qu’il pense qu’elle est une bonne comédienne, de tenir le rôle d’une Playmate de Playboy clouée à pas trente ans dans un fauteuil roulant par un accident de voiture (c’est vraiment arrivé à l’une d’elles mais je n’arrive pas à me rappeler son nom - Shirley ? Sherri ? ) ;

... à une ‘trans’ Homme -- Femme qui veut de jolis seins mais pas de néo-vagin -- et j’aurais imaginé le dialogue entre ses seins et sa queue, surpris et troublés tous les trois de se retrouver à cohabiter sur le même corps et finissant par trouver que, finalement, on peut vivre ensemble, et les critiques français auraient trouvé ça ridicule ou grotesque, bien sûr, mais si le livre avait eu la chance de franchir l’Atlantique, les critiques anglo-saxons y auraient vu la métaphore parfaitement assumée d’une aspiration à la coexistence douloureuse mais constructive des deux sexes au sein du microcosme constitué par le corps de mon héros ‘in’ ;

.... à une mère de famille quinquagénaire mais vachement bien conservée (comme il faut qu’on pleure pendant tout le film - ça pourrait être un film, je vois déjà ça d’ici – il me semble que Meg Ryan serait parfaite pour le rôle), mutilée par un cancer du sein gauche ; sa pauvre prothèse isolée (appelons-la Lolo…) espère, à l’insu de sa propriétaire, que Meg aura un cancer de l’autre côté parce que c’est sa seule chance (à la prothèse, pas à la pauvre femme) de retrouver sa sœur de lait… enfin, de silicone, celle qui a été conçue et fabriquée le même jour, sur la même chaîne, dans le moule jumeau du sien et qui est restée seule dans le tiroir à deux places d’un des placards de l’usine ; le jour où le cancérologue annonce que le cancer a guéri et que Meg n’en fera pas à l’autre sein, la malheureuse Lolo doit faire son deuil de jamais retrouver sa jumelle ; mais dans le groupe de soutien d’amputées auquel elle participait, Meg s’est liée à la jolie Angelina, trente ans à peine, dont l’atrophie congénitale du sein droit et l’hypertrophie du sein gauche déforment affreusement la silhouette et lui donnent de sacrés complexes (- Ne me regarde pas je suis immonde ! D’un côté je ressemble à une actrice de porno, de l’autre à un mannequin de Lagerfeld. Je peux quand même pas draguer les mecs de profil ! ) ; évidemment, les deux femmes se lient d’amitié, Angelina aide Meg à faire face aux chimiothérapies en lui offrant une collection de foulards ; Meg soutient Angelina dans son juste combat contre la psychanalyste plate comme une limande qui tente de la forcer à accepter sa poitrine asymétrique plutôt que recourir à un rééquilibrage artificiel qui ne pourra en aucun cas (dit la psy le doigt dressé) lever l’hypothèque libidinale qu’a laissée sur la psyché d’Angelina l’empreinte indélébile de sa castration monomammaire ; finalement, elles emportent le morceau toutes les deux, l’une en battant le cancer, l’autre en collant une tarte à la psy et le jour où, toute heureuse, Meg apprend qu’elle est guérie, elle va rendre visite à Angelina qui vient enfin de se faire opérer ; au moment où les deux femmes s’étreignent en pleurant (manière subtile de laisser entendre qu’elles en ont fini avec les hommes, car ce qu’elles ressentent dans leur corps, dans leur chair, seule une femme qui a subi les mêmes tourments, vécu les mêmes malheurs, affronté les mêmes angoisses, traversé les mêmes épreuves avant de voir enfin son image réparée peut le comprendre), grâce à l’un de ces plot twists auxquels le cinéma hollywoodien le plus roué nous a habitués (car, et on l’a vu venir gros comme un camion tant c’était prévisible, Meg porte sa prothèse à gauche, Angelina à droite), Lolo-la-prothèse orpheline découvre que, sous les tendres battements du cœur de Meg, la forme ferme et ronde que l’on vient d’implanter à Angelina pour lui donner une féminité chèrement gagnée et contre laquelle elle se trouve serrée fiévreusement grâce à l’étreinte des deux femmes n’est autre que Lola, sa sœur de silicone, enfin retrouvée après des années de séparation et si je fais pas pleurer les nanas avec ça je sais vraiment pas ce qu’il faut faire… faut que j’envoie ça en lecture à Anna Gavalda et Muriel Barbery pour qu’elles me donnent leur avis.

Et si, en lieu et place de ce mélo – ou alors en même temps, tiens ! Et je vendrais les deux scénarios sous deux pseudos différents, à deux boîtes de prod différentes et les deux films seraient produits en même temps et se retrouveraient en compétition la même année au festival de Venise, histoire que tout le monde subodore que mes artifices mammaires cachent des ambitions artistiques – je troussais l’histoire très, très grinçante et très, très noire d’une série de quatre prothèses de taille décroissante, des sœurs Dalton de silicone en quelque sorte, acquises par un studio pour apparaître quelques secondes dans films et séries télévisées, et qui n’arrêtent pas de se chamailler, façon Toy Story, dans l’armoire où on les range avec d’autres accessoires du même acabit, tandis que l’une d’elles noie son chagrin dans le dissolvant en pensant à l’heure de gloire qu’elle connut jadis dans deux scènes mémorables de Nip/Tuck : l’une où le chirurgien esthétique bellâtre interprété par Julian McMahon la place d’un geste tendre sur le portrait grandeur nature de la maîtresse dont il entend perfectioner la plastique ; l’autre où, au-dessus du champ opératoire, il la tient dans sa main gantée et se lance dans un long monologue amoureux en la caressant du regard comme Hamlet le crâne de Yorick…

Oui. Ça serait pas mal du tout.

Bien sûr, il faut encore que je l’écrive, mais je suis sûr que ça ferait un bien meilleur bouquin et de bien meilleurs films que la… pochade de ce petit prétentieux de Roth. Sous prétexte qu'il est écrivain, juif et américain il se croit tout permis ?

Si j’étais newyorkais, moi aussi je me permettrais n’importe quoi.

Enfin, si j’avais pas plus urgent à faire et ma tripotée de monstres à combattre à mains nues pour sauver le monde. C’est un petit monde, d’accord, mais un monde quand même, et il faut bien que quelqu’un le sauve. Et si c’est pas moi…

Mais je m’égare. Faut pas que je m’égare.

La parodie de Kafka m’est venue immédiatement, ce matin, dès que je me suis assis au clavier, mais je ne l’ai pas écrite d’abord parce que je n’ai pas eu le temps, vous l’imaginez bien, mais aussi, à la vérité, parce que je n’étais pas dans une veine aussi… absurde. Ce matin, à mon réveil, dans mon demi-sommeil, je n’ai pas imaginé que je me transformais en matrone ménagère. Pour une fois, je n’avais ni mal au dos, ni à la fesse, ni à l’épaule. J’étais allongé dans le noir, j’entendais des bruits vagues dans le couloir, comme un bruissement tranquille, mais ça ne m’empêchait pas de somnoler. Je me sentais léger. Je n’avais aucun souci, aucun poids sur les épaules. J’étais bien.

Ça ne pouvait pas durer.
Brusquement la porte s’est ouverte, et dans un rectangle de lumière qui me faisait mal aux yeux comme quand j’étais gamin, j’ai vu et entendu une silhouette apparaître et m’appeler comme elle ne l’avait pas fait depuis bien longtemps.

- Marc !

Je lui ai répondu Fous-moi la pais Maman va t’en laisse moi tranquille je dors. Et, contre toute attente, elle a refermé la porte. Ça m’a plutôt surpris car, de mémoire d’homme (enfin, de la mienne) ça ne s’était jamais produit. D’abord parce que je n’ai jamais parlé comme ça à ma mère, j’aurais eu trop peur de prendre une tannée, ensuite parce que l’eussè-je fait, je doute fort qu’elle aurait obtempéré. C’était pas l’genre.

Mais quelques secondes plus tard, elle a recommencé. Elle a ouvert la porte une nouvelle fois, m’a posé une question que je me rappelle pas et a refermé après avoir entendu ma réponse, que j’ai oubliée aussi. Je trouvais bizarre que mes lunettes soient pendues quelque part au plafond et qu’elle m’appelle tantôt « Marc » (ça, c’était normal), tantôt « Docteur » (ce qui l’était beaucoup moins, ma mère ne m’a jamais appelé Docteur).

Elle était vêtue d’une blouse d’infirmière, elle avait un stéthoscope autour du cou et elle me parlait tantôt comme si j’avais douze ans, tantôt comme si j’en avais trente. Ça m’emmerdait beaucoup, bien sûr, qu’elle ne me laisse pas dormir tranquille, mais ce qui me tracassait le plus, tout de même, c’est qu’elle avait l’air de se porter plutôt bien.

Mieux que la dernière fois que je l’ai vue. En fait, je crois bien m’être dit que je ne l’avais jamais vue comme ça, jeune et belle, trente-cinq ans peut-être, pas aussi jeune que quand elle s’est mariée avec Papa, mais jeune comme sur les photos… d’avant ma naissance. Ça m’a tracassé pendant un moment, jusqu’à ce que je comprenne que je rêvais.

Le bruit de la porte était sûrement une hallucination auditive, comme j’en ai souvent dans mes demi-sommeils. À moins que je n’aie greffé ce rêve absurde – mais qui me rappelait vaguement quelque chose je ne sais plus quoi, encore une foutue série télé probablement – sur le bruit infernal que fait la porte de Jujuvert chaque fois qu’il se lève la nuit pour aller boire ou pisser ou vérifier que tout le monde n’a pas été assassiné par un tueur nocturne et qu’il n’y a pas une mare de sang sur le parquet du couloir.

Hallucination ou non, ma mère n’en avait cure et elle a continué à me harceler.

- Marc !... Docteur !
- Maman fous moi la paix….
- Un patient vient d’arriver.
- L’interne peut pas s’en occuper ? (Merdemerdemerde)
- C’est ton frère, Marc.
- Mon frère ? Ça fait quinze ans que je suis en froid avec mon frère.
- Justement, il y a de la glace dans le frigo. C’est l’occasion ou jamais de vous réconcilier.
- Mgrblmxxxplxffftt… Damn !!!
- Tu peux faire ça pour ta mère, quand même ? Tu ne trouves pas que je suis assez triste comme ça ?
- Tu es morte, Maman. Ça fait quinze ans que tu es morte. Mon frère et moi, on ne s’est fâchés qu’après ta mort. Tu n’es même pas au courant.
- Et ça devrait me consoler ? Savoir ses enfants fâchés, tu crois que c’est agréable, pour une vieille dame morte ?

Je me suis redressé sur le lit.

- Maman, fous-moi-la-paix !

Elle n’a pas répondu, car elle avait disparu. Mes yeux étaient fermés et j’avais un mal de chien à les ouvrir. J’avais un mal de chien à bouger d’ailleurs. Et puis, finalement, j’ai ouvert les yeux et j’ai vu que j’étais allongé. La porte était fermée, un rai de lumière filtrait du couloir. Et à ce moment précis j’ai su que j’étais réveillé parce qu’une pensée lancinante m’a traversé l’esprit.

« Il faut que je dégivre le frigo. »



jeudi 13 mai 2010

Du neuf avec du vieux (Ex. n°13, 10) par Sundog

Enoncé de l'exercice n°13 
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Amélie Nothomb, A l'ombre des Cerisiers en Fleurs
Mori Fubuki avait écrit son mot en japonais dans sa lettre. Par la suite au fil des ans, des lettres lui ont été adressées, à raison de deux par an, toutes se sont trouvées perdues quelque part, sans réponses. Mori Fubuki était-elle morte, gisait-elle dans un recoin de la compagnie Yumimoto, un quelconque placard de toilettes, écrasée par le poids des années passées ? Un rêve de fièvre allait me pousser à partir à sa recherche, et je décidai de prendre pour point de départ de mon investigation cette compagnie où j'avais montré toute l'étendue de la frivolité occidentale. Mais c'est sur un homme possessif comme un démon que j'allais, après quelques cabrioles, me casser les dents. Littéralement.


Christine Angot, Aimez-vous Murat ?
Une femme d'âge mûr, écrivain, tombe amoureuse à répétition d'hommes plus jeunes qu'elle. Leurs rapports sexuels se passent sans amour et sont douloureux. A-t-elle perdu sa jeunesse, ou regrette-t-elle le temps passé où sa séduction était à niveau de l'âge des hommes rencontrés ? En parallèle, sa fille, son amour de toujours, son or, tombe amoureuse d'un jeune homme de dix ans de plus qu'elle. S'ensuit un jeu de pouvoir et de perversion entre les amours maternelles et ceux de la filiation : où est passé le Père dans tout ça ? Surtout quand tous les anciens amants de la narratrice se retrouvent pour l'incriminer dans son incapacité à souder de vraies relations humaines ?


Marc Lévy, Le Bleu et le Jaune
Rencontrer l'amour de sa vie après avoir perdu tout espoir en la médecine. Une greffe qui se passe mal, un accident terrible en mémoire et voilà qu'un miracle se produit : la mort n'existe pas, l'esprit peut se détacher du corps. A travers un voyage incroyable, de l'impossible, l'amour comme un lointain souvenir, il va falloir retrouver l'histoire du futur, pour ne pas que celui-ci ne soit qu'un gouffre sans fond. 


Bernard Henry-Lévy, Les Lamentables
Loin de la posture de rébellion d'autrefois, les lamentables s'expriment partout et nulle part, chroniqueurs de télé ou du net, dans une infinie arrogance, avec un agenda à longue vue. A travers plusieurs villes de l'Amérique, plusieurs ombres, plusieurs clochards, prostituées, hommes d'affaires, journalistes, faux démocrates et clinquants véhicules, sans parler des piscines remplies de champagne, c'est ici la déliquescence d'une époque pointée du doigt, une démocratie à trois vitesses qui donnent aux uns pour tuer les autres. Un pamphlet incendiaire et lucide sur notre époque.


Bernard Werber L'Atome de Chagrin
Derrière la réalité se cache une autre vie, peut-être plus belle, peut-être plus atroce, mais en tout cas plus réelle. L'Ange connaissait très bien l'histoire de l'Atome, qui date de bien avant le 21 ème siècle. C'est avec trois enfants, à la vue limitée, que le Grand Chagrin de l'Atome commence, avec la complicité de l'Ange. Si les fourmis annonçaient depuis des millénaires l'âge d'or de l'internet, alors quid des enfants indigos, ces élus pour mener l'humanité à bon port ? A la fin, tout le monde doit faire ses comptes dans ce livre une fois de plus écrit en écriture automatique. Grand Prix des Lectrices de Elle.


+Joker :
Martin Winckler L'insécurité sociale
Tu es là. Tu remplis plusieurs feuilles de sécurité sociale. Tu regardes l'heure. Tu te grattes le menton. Ils n'entendent pas, ils ne comprennent pas. Ils ne regardent pas. J'ai envie de leur dire : écoute ! Regarde ! Regarde-moi. Mes yeux te disent une chose nécessaire, importante. Tout ce qu'ils veulent, c'est que tu remplisses la feuille. Ou que tu ne refuses pas la carte. Et tu le fais, ça dépend s'ils sont sympa ou pas. Des fois, tu prends plaisir à ne pas leur accorder ce qu'ils veulent. Alors tu leur mets un générique. Les vieilles font souvent la grimace même si ça leur fait des économies. On a les gouvernements qu'on mérite.

mercredi 12 mai 2010

Du neuf avec du vieux (Ex. n°13, 9) - par Salomé Viviana






Enoncé de l'exercice n°13 
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L’accouchoir, par Salomé Viviana

Dans la Clinique des femmes, l’auteure nous a relaté comment Octave Coupeau, gynécoloque obstétricien, a fondé et développé un établissement de soins spécifiquement dédié à la santé tant psychologique que physiologique des femmes. Cette clinique, dans laquelle les soignants utilisent des techniques révolutionnaires, est un paradis pour les sens. Le succès est immense. Dans l’accouchoir, le second volet, Salomé Viviana raconte comment Octave Coupeau, victime d’un tragique accident médical*, se met à boire et sombre peu à peu dans la folie. La Clinique des femmes se transforme alors en un accouchoir monstrueux. Les femmes accouchent à la chaine, comme des poules en batterie attachées sur des tables. On coupe, on taille dans les chaires, on expulse. Et le personnel connaît une vie d'enfer.
* les lecteurs qui ne souhaitent pas que la suite leur soit révélée ne liront pas ce renvoi. Pour les autres, il est précisé que Coupeau a été la victime malheureuse d’un coup de pied donné par une femme refusant l’épisiotomie ; ses ciseaux lui ont crevé un œil.


Par ici la sortie, par Bernard Werber

Après Exit, Bernard Werber propose aux suicidaires une autre porte de sortie : un pacte avec le diable. Des vœux exaucés et une fin assurée… Comme dans sa saga des Fourmis, l'objet du texte sert de prétexte à une présentation philosophique de la nature des motivations qui, de tous temps, ont procuré du plaisir à l'humanité.

Le rouge et le noir, par Don Bruno de la Véga.

Un beau diable que ce médecin… entre la chirurgie et la médecine légale son cœur balance. Lisez-le vite pour découvrir quelle vocation il va finalement choisir… Un opuscule plein d’humour sur l’exercice actuel de la médecine.

Douleurs et saignement, par Amélie Nothomb.

Une personne, deux vocations : laquelle l’emportera ? la bouche rouge sang un peu vampire qui mord et qui embrasse ou le chapeau noir un peu magicien couvant d’étranges idées ?

Le lys dans l’awalé, par Bernard-Henry Lévy

Dans cet essai captivant, qui illustre la passion de la France pour une Afrique encore dominée par le spectre de la colonisation, Bernard-Henry Lévy porte un regard novateur sur la Françafrique : il trace un parallèle entre l’attrait inconscient mais toujours présent des Rrançais pour une certaine forme de monarchie et la fascination des Africains pour les dictateurs. Il reste à la démocratie un long chemin à faire avant de s’implanter en Afrique.

Les Misérables, par Israël Nisand.

Cosette habite chez les Thénardier dans la vallée de la Murge, un lieu reculé, coupé du monde. A l’instar de nombreuses adolescentes de cette région qui n’ont accès ni à l’information, ni à la contraception, elle se retrouve enceinte. Survient alors Jean Valjean, tout juste échappé du bagne des études médicales…

La rosière, par Christine Angot

Christine Angot n’en finit pas d’exposer le sexe, dans tous ses états. Elle n’avait toutefois pas encore exploré les différents aspects de la chasteté, de la virginité et de la continence. C’est désormais chose faite.

L’Autre, par Martin Winckler

Dans ce style d’ouvrage protéiforme auquel il nous a habitués, Martin Winckler poursuit son exploration des genres . Dans la lignée de Un pour deux et l’un est l’autre, il nous présente l’Autre, tout seul, avec un grand A, celui qui vous est irréductiblement et irrémédiablement étranger, Mesdames, j’ai nommé l’Homme. C’est donc la voix d’un homme qui nous est ici donnée d’entendre, dans toute sa singularité. Un grand roman de la vie quotidienne, avec la participation de Salomé Viviana, juriste, pour les chapitres se rapportant à la loi des genres et aux droits de l’Homme.

Barrages contre le pacifique, par Jean-Christophe Rufin.

Dans cette œuvre autobiographique et empreinte d’humilité, l’auteur raconte comment est née sa vocation pour une médecine humaine et pacifique, les obstacles qu’il a rencontrés et ses désillusions. Contre vents et marées il poursuivra cet engagement en devenant diplomate.

L’éducation sentimentale, par Marcel Rufo

Cet ouvrage vous apportera des explications claires qui vous guideront pour décoder et comprendre les réactions de vos enfants, notamment sur ses capacités à plaire, à aimer et à être aimé, sa sensorialité, sa sexualité.

lundi 10 mai 2010

Du neuf avec du vieux (Ex. n°13, 8) - par Lyjazz



Enoncé de l'exercice n°13 
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Amélie Nothomb
L'Assommoir

C'est l'histoire, véridique, d'un tord boyau, d'une boisson tirée d'une plante et qui redonne vie à toute une région. Eugène Dithyrambe, belgo-sénégalais de son état, cultive en son jardin cette plante. Mais les aléas étatiques et politiques de son époque l'empêchent d'en tirer profit. Découvrez l'histoire triste et rocambolesque qu'il devra vivre pour parvenir à sa fin.


Christine Angot
La peau des couilles est-elle en chagrin ?

Forte d'une trentaine d'années d'expériences avec des hommes, des plus hauts placés aux plus roturiers, Christine nous dévoile ici sa constatation terriblement perturbante et non moins éminemment lesbienne : les hommes ne sont plus ce qu'ils étaient ! Non seulement les spermatozoïdes leur font défaut, mais encore leurs couilles sont de plus en plus vides et rabougries.

Jean-Christophe Rufin
Le rouge asiatique et le noir africain

Abyssin une fois, géographe une autre fois. Un constat romancé, mais terriblement ressemblant, de l'état du monde. Rufin nous entraine à réfléchir ici sur les liens entre l'économie et la pensée asiatiques qui sont près de dominer le monde, tandis que l'Afrique, multiple mais éclatée, continue sa lente descente vers l'enfer.

Marc Lévy
Les plus Misérables

Sont-ils vraiment les sans grades, les sans papiers, les déshérités ?
Marc Lévy revient avec son opus de l'année sur ces données qui devraient nous pousser à agir. Mais son histoire cette fois parle d'Hector, vieux-beau riche et célèbre, qui se met en devoir de vivre des aventures au pays des plus pauvres pour se donner bonne conscience. Vous découvrirez comment son aventure va le transformer.

Philippe Djian
Vingt cinq ans après

Une fois n'est pas coutume, Djian nous raconte ici l'histoire de sa vie. Dans cette autofiction il nous enchante en maçon qui écrit la nuit parce que ça lui plait, il nous agace en écrivain marié à une peintre et qui reste vissé à son Mac. Il sait parfois nous emporter lorsqu'il compare ses enfants à des artistes ou des héros des livres de Brautigan. L'exercice devient plus périlleux quand il s'agit d'expliquer ses liens avec les femmes, bien plus jeunes que lui, qu'il a parfois mises dans son lit : et c'est là qu'on peut se demander où est la fiction, où est la vérité ?

Michel Houellebecq
Au sombre des jeunes filles en sueur

C'est une puissante ode à la partie sombre de ces êtres jadis adulés que sont les jeunes filles.
Fini les vierges potentielles, les licornes chastes et pures.
Citation : « les jeunes hommes tournaient autour des groupes de jeunes filles pour en sentir l'odeur, en vue de s'aguerrir avant de partir en chasse. Très vite ils entraient en transe et cela leur permettait de se transpercer la peau du scrotum sans douleur. »

Frédéric Beigbeder
La gerbe

Celle des lendemains de bitures et de barbituriques, des lendemains de garde à vue et de déceptions enfantines. Nausée mondaine de voir que d'autres enfin ne sont pas aussi riches et pourquoi alors se mesurer à eux, ne pas rester simplement dans un monde unicolore de riches ?
La gerbe est la suite de Un roman français. Un livre attendu puisqu'il donne à voir les faiblesses et l'humanité de ce Beigbeder.

Katherine Pancol
Aimez-vous Chopin ?

C'est l'année Chopin et il l'a fait pleurer à chaque écoute. Madeleine est à peine grand-mère et elle veut déjà initier sa petite fille à ce grand musicien. Ses tribulations de femme, jeune encore, prise entre ses copines, son club de natation et ses flirts, ne passe pas souvent par le domicile de sa fille...

Bernard-Henry Lévy
L'étranger à moi-même

Comment réconcilier vie sociale, en vue, et vie personnelle ? Comment trouver son centre quand on se disperse de cette manière ? BHL nous indique ici ses recettes pour tenter d'y parvenir. Sera-ce suffisamment convainquant ?

Bernard Werber
Un barrage contre l'opacifique

Un autre domaine très particulier étudié par l'infatigable curieux qu'est Werber : la mémoire du trouble. Toujours très documenté, avec un esprit vulgarisateur certain. Et un aspect romanesque à rebondissements.

Eliette Abécassis
L'éducation des sentiments

Ca commence par une approche philosophique des sentiments. C'est aussi un bréviaire pour les adolescents prépubères qui se demandent comment draguer. Ça se veut un guide à l'usage du plus grand nombre.

samedi 8 mai 2010

Du neuf avec du vieux (Ex. n°13, 7) - par Guillaume L.



Enoncé de l'exercice n°13 
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La Nausée :
Expression du système digestif par Michel HOUELLEBECQ

La vie de Richard est un enfer.
Cadre commercial sans ambition dans une entreprise spécialisée dans les énergies éoliennes, il lutte chaque jour contre son aérophagie qui l'empêche de vivre et d'aimer.
A la veille d'un suicide qui paraît inéluctable, il ne doit son salut qu'à l'arrivée d'Elisabeth, nouvelle directrice des ventes, végétarienne et adepte de médecine ayurvédique qui changera sa vie en lui offrant du charbon végétal.
Guéri, il séduira Elisabeth, se reconvertira en naturopathe et deviendra le spécialiste incontesté du charbon végétal.

Vingt ans après :
Place des grands hommes, par Marc LEVY

Stéphane et Peter se sont rencontrés et aimés lors d'un voyage scolaire en Angleterre. Puis ils se sont perdus de vue.
Vingt ans plus tard, chacun à fait sa vie : Stéphane est architecte des bâtiments de France, marié et père de 2 enfants ; Peter est célibataire et dirige une entreprise de travaux publics outre-manche. Leur rencontre sur un chantier bouleversera leur vie. Réussiront-ils à renouer les fils que le passé avait réussi à dénouer ? Pourront-ils surmonter les obstacles que leur amour renaissant fera surgir sur leur route ? Pourront-ils exprimer leur amour sans craindre la stigmatisation dans leur milieu professionnel ?

L'étranger :
Je l'ai bien connu... par Bernard Henry LEVY

A l'aube d'un déclin intellectuel que la sénilité rend inéluctable, BHL se livre sans détours à Laurent JOFFRIN dans un livre d'entretiens sincères et bouleversants. Il y raconte son parcours, ses faces à faces égotiques, ses traversées du miroir, ses VAE (validations des acquis de l'expérience), ses autofictions, ses autobiographies. Il se livre ici comme jamais il ne l'avais fait auparavant. Une leçon de vie..

L'Assommoir :
L'assommée, par Amélie NOTHOMB

Gabrielle est une écrivaine ambidextre à succès.
Un jour, frappé par la foudre, elle devient narcoleptique et perd du même coup,son talent et son ambidextrie. Condamnée à tenter d'écrire de la main gauche, entre deux accès de sommeil, elle finira par faire appel à un nègre d'écriture dont elle tombera éperdument amoureuse.

Aimez vous Brahms ? : 
Aimez vous Gossip ? par Frédéric BEIGBEDER


Karim a 32 ans et est célibataire. Chroniqueur aux Inrocks, à la rubrique des musiques actuelles anglo-saxonnes, spécialiste des chanteuses féministes, il cherche éperdument la femme de sa vie.
Un jour dans une soirée entre amis, il rencontre Emilie. C’est le coup de foudre.
Elle a 30 ans, est rédactrice de mode chez Elle, et très engagée dans la lutte contre les discriminations faites aux personnes à forte corpulence.
Il n’y a qu’un problème : elle est fan de Bénabar et de Vincent Delerm .
Karim et Emilie pourront-ils s’aimer sans se déchirer ?

vendredi 7 mai 2010

Du neuf avec du vieux (Ex. n°13, 6) - par Jean-Claude Pompougnac


Enoncé de l'exercice n°13 
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(A l’ombre des jeunes filles en fleur).
Amélie Nothomb, A Londres, des jeunes filles en pleurs.

Arielle rejoint celui qu’elle croyait aimer parti travailler Outre Manche. Elle se voit obligée de faire la connaissance d’une très jeune rivale, moins naïve qu’elle ne veut bien le faire croire et plus perfide encore qu’Albion. Quand le crime parfait se révèle être une autre paire de manches.


(La Nausée)
Michel Houellebecq, Un prêté pour un rendu.

Pour échapper à la dépendance, Michel accepte d’être hospitalisé. Ses compagnons d’infortune s’entendent comme larrons en foire pour lui confirmer que l’enfer; c’est les autres. Surtout quand ils sont brunes et faussement nymphomanes.

(L’Assommoir) :
Bernard Henri Lévy, Voyage au bout de l’ennui.

Le philosophe revisite un siècle de mélancolie démocratique avec comme fil conducteur le spleen baudelairien et le dandysme brumélien. Une dissection sans concessions des vanités contemporaines opérée avec un implacable scalpel tiré de l’Ecclesiaste.

(L’étranger)
Marc Lévy, L’inconnue du trottoir d’en face.

Julie refuse d’admettre qu’elle est la proie de harcèlement moral de la part d’Aurélien, son patron. Son errance dans la ville la conduit à la rencontre d’une singulière thérapeute…


(Le Rouge et le Noir) :
Philippe Djian, Un mouroir le long du chemin

Eve et Bastien doivent fuir la capitale où, suite à une série de coups tous plus tordus les uns que les autres, ils sont en danger de mort. La France profonde n’est pas le rassurant refuge qu’ils voulaient croire et il s’avère qu’aller à Thouars est hasardeux.

(La peau de chagrin)
Katherine Pancol, Un lifting pour Miss Godiche

Avec une insondable tristesse, Julien assiste à la lente descente aux enfers de sa mère que son refus de vieillir a poussée dans les bras de son meilleur ami.

(Vingt ans après),
Frédéric Beigbeder, Un pour tous, tous pour moi.

Ils étaient quatre, la bande du Relais de la Concorde. Chacun a fait son chemin et plus rien ne semble désormais pouvoir les rapprocher. Charles-Jean, plus lucide que les autres saura-t-il tirer profit des aventures d’une génération comblée.


(Un barrage contre le Pacifique)
Christine Angot, Des horizons dérisoires.

Tel un fantôme, le père absent hante la vieille maison presqu’en ruines où une mère courage et ses deux filles tentent de survivre au milieu d’un voisinage hostile


(Les Misérables)
Jean-Christophe Rufin, Une histoire sans faim

(Aimez vous Brahms ?) :
Bernard Werber, Un violon en Suède, deux cigales en Norvège, trois fourmis en Islande.


jeudi 6 mai 2010

Du neuf avec du vieux(Ex. n°13, 5) - par Joachim Séné

Joachim Séné a allègrement (et malicieusement) transgressé l'énoncé de l'exercice n°13. Il nous propose sa propre version iconoclaste de La Peste, d'Albert Camus. Et ça s'intitule...


La grippe 
par Martin Winckler  







Le plan détaillé

Un jour d’avril à Calvi, en Corse, tu découvres un cochon mort sur ton palier. Quelques jours plus tard, c'est au tour de ton concierge, sur lequel tu trébuches, il est mort sur ton palier, ah non, tu regardes d'un peu plus près: il s'est simplement évanoui, mais il est très malade, respire difficilement et, malgré tous les soins que tu peux lui prodiguer, toutes les tentatives auxquelles même Gregory House n'aurait pas pensé, toi, Bruno Sachs, avec qui House partage le goût d'être éloigné des autres, tu perds un patient, dans tes pieds, sur le palier (tu ne l'avais pas déplacé pendant plusieurs jours, à quoi bon?), sans réellement savoir de quoi il est mort.

Grand, un employé de mairie, vient te proposer ses services pour lutter contre l'épidémie. Les Autorités, le Corps Médical, le Ministre, l'OMS, se décident finalement à fermer la ville, à l’isoler pour empêcher la maladie de se propager au monde des affaires et aux usines qui tournent-tournent, sans parler des banques-qui-banquent, ceci sur ton avis, ton diagnostic de ce qu'est cette maladie, car tu as toi aussi bien hésiter avant de prendre conscience qu'il s'agit bel et bien de la grippe porco-aviaire-bov-ovine, celle là-même prophétisée par les médias et les ministres de la santé depuis des générations et des générations.

Tu laves tes mains à l'aide d'une solution hydro-alcoolique qui te brûle les quelques fines entailles laissées par les échardes du palier où est mort le concierge. Tu es en compagnie de Vaubert, présentateur télé, à la terrasse désertée d'un café avec vue sur mer. Vaubert veut regagner Paris pour retrouver sa femme, il boit un thé et n'a même pas de caméra avec lui. Plus tard, honteux de pouvoir partir seul en jet privé, il partira quand même mais organisera depuis Paris un grippothon et t'enverra une partie de l'argent récolté sous forme d'aide internationale avec engagement de participer à trois plateaux télé avec lui dès la fin de la crise.

Grand continue d'être présent, utile, et il essaie d'écrire un livre sur l'épidémie, mettant en scène un certain Sachs, personnage sombre, autant que tu sembles l'être - ou veux le faire croire.

Routta, alors en vacances et maintenant bloqué, twitte depuis le wifi de son hôtel sa chronique du fléau. Il devient ton collègue et te suit dans tout tes déplacements, du moins ceux que tu veux bien lui signaler comme étant médicaux.

Le ministre Loupane voit dans l'épidémie l'opportunité de promouvoir les actes de "modernisation de la société", comme: voter pour lui, "réformer" la sécurité sociale et privatiser l'hôpital.

L’été, les va-et-vient dans ton cabinet, tes propres va-et-vient dans la petite ville et alentour, font parler les gens, derrière leurs volets mi-clos. Vaubert fait d'ailleurs une émission spéciale où il déballe toute ta vie, et le fait que tu continues à pratiquer des avortements en pleine épidémie fait, le lendemain, la une scandalisée des blogs.

À l’approche de l’automne, revirement de Vaubert, qui te soutient, via un magazine d'enquêtes médicales, toi et Routta, dans votre lutte acharnée contre la grippe porcine-aviaire-chevaline. C'est à ce moment que tu assistes à l’agonie d'un enfant, une mort, une souffrance, un monde qui sombre. Le ministre Loupane y assiste également et ressent alors une crise de conscience, brutale, il est catégorique: il faut commander 914 millions de vaccins: sans attendre, il appelle ses anciens collègues du conseil d'administration.

Routta et toi luttez toujours sans relâche mais, alors que la grippe porco-cani-avi-gallinacée régresse, Routta meurt bêtement en mangeant des escargots infectés par une souche mutante du virus.

En janvier, la grippe porco-bo-viaire régresse, et Grand publie son chef-d'œuvre, non sans avoir transformé quelque peu la réalité, en faisant tenir certains rôles-clés à des femmes et en gommant sur la couverture, finalement et avec réticence, son pseudonyme, Grand, pour son vrai nom, Sachs.


Le résumé

Un jour d’avril à Calvi, en Corse, tu découvres un cochon mort sur ton palier. Quelques jours plus tard, c'est au tour de ton concierge. Toi, Bruno Sachs, tu perds un patient sans réellement savoir de quoi il est mort. La ville est fermée, tu annonces officiellement qu'il s'agit bel et bien de la grippe porco-aviaire-bov-ovine, Grand, qui travaille à la mairie t'aide, tout en écrivant un livre sur ce qui se passe. Pendant l'été, un talkshow balance que tu continues à pratiquer des avortements en pleine épidémie, scandale. Ensuite tu assistes à l’agonie d'un enfant, en présence du ministre de la santé qui prend conscience de l'urgence de commander 914 millions de vaccins à ses anciens collègues du conseil d'administration. Routta et toi luttez toujours sans relâche mais, alors que la grippe porco-cani-avi-gallinacée régresse, Routta meurt bêtement en mangeant des escargots infectés par une souche mutante du virus. En janvier, la grippe porco-bo-aviaire régresse, et Grand publie son chef-d'œuvre, qui sera adapté au cinéma (un échec), en jeu vidéo, et en série télé (un succès).

- (pastiche aidé par wikipedia fr & en et par http://lettresbacpro.free.fr/personnagespeste.htm)

Joachim Séné
http://www.joachimsene.fr

mercredi 5 mai 2010

Du neuf avec du vieux (Ex. n°13, 4) - par "Alice 13"


Il est recommandé de lire l'énoncé de l'exercice n°13 avant de lire le texte qui suit.
MW
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Un barrage contre le pacifique :
Le Pacifique s'est barré, par Michel Houellebecq

Sylvain rêve depuis longtemps de régler ses comptes au Pacifique. L'idée lui vint de louer un Jet privé avec l'aide d'une bande d'acolytes anonymes...

Aimez-vous Brahms ? :
Des phrases courtes mon chéri, par Katherine Pancol

Sophia Stivanski approche de la retraite. Ses joyeux amis lui offre un piano. Tout son avenir en est bouleversé. Mais Brahms sème la zizanie. Jaloux, il décide de jouer des bémols.

Vingt ans après :
Avant tes vingts ans, par Philippe Djian

Un sexagénaire raté jaloux cynique et corrompu jette son dévolu sur le dos de son petit fils musicien qui défraie toutes les chroniques. Mais Martine, l'ex-épouse, décide de reprendre les choses en main. Elle engage une chanteuse de charme.

La peau de chagrin :
Les nerfs à vif, par Marc Lévy

Personne ne pouvait se douter que derrière le nouveau prototype AX 278 se cachait une nouvelle entité.

La nausée :
Le rendu, par Christine Angot

Isabelle, cleptomane, se fait soigner... elle se décide enfin à rendre tout ce qui ne lui appartient pas... Mais voilà que ce mal étrange revient à la charge. Il est impossible de décrire ce scénario tant les personnages se mélangent les uns aux autres. C'est un roman construit en pointillés. Tout se cache dans les fonds de tiroirs mais il ne faut pas déjà en donner la clef !

Le rouge et le noir
:
Black eyed peace, par Amélie Nothomb

Il se passe d'étranges choses au Parc de Saint Cloud. Mais Justine connait la musique, elle sait que l'on essaie de tenter de la faire sortir de la noirceur de son âme perdue dans les bas-fonds du désespoir. Pourtant, allongée sur la pelouse du Parc, une mystérieuse dame en rouge lui fait signe. Est-ce que le monde va retrouver ses couleurs ?

A l'ombre des jeunes filles en fleurs :
Tiens-toi tranquille, par Bernard Henry Lévy

Valentin rencontre Félix. Il décide de raconter calmement toute son histoire.

Les Misérables :
Les nouveaux riches, par Bernard Werber

Xavier n'en croit pas ses yeux. En un clin d'oeil, il est devenu riche ! Ce recueil fourmille de recettes formidables, suivit d'un débat sur le trop perçu. Après ça, vous n'aurez qu'une envie : le relire

L'étranger :
A poils !, par Jean-Christophe Rufin

Il est aujourd'hui interdit à quiconque de porter la barbe. Un soldat à qui on a refilé le mot de passe décide de se venger et se fait passer pour un inconnu.

L'assommoir :
Le marteau piqueur, par Frédéric Beigbeder

Patricia décide d'embêter ses voisins mesquins. En plein été, elle s'achète un pic-vert et le met en cage. L'oiseau moqueur se prête au jeu.


mardi 4 mai 2010

Du neuf avec du vieux (Ex. n°13, 3) - par Alexis Z.


Il est recommandé de lire l'énoncé de l'exercice n°13 avant de lire le texte qui suit.
MW


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Amélie Nothomb :
Pacifisme de l’hydro-électrique
Elle était là. La mer. La mère aussi, et le père, et tous les diplomates belges du monde n’empêcheraient pas l‘Océan Pacifique d’avancer et de submerger la propriété. Pourtant elle l’a construit, ce barrage, entre le Japon et la Belgique, et elle s’est sentie… électrique !

Bernard-Henry Lévy :
Moi, Vingt ans après
Ces trois mousquetaires du gauchisme estudiantin m’avaient accepté parmi eux, moi l’outsider romantique. Grâce à eux j’avais accompli l’exploit intellectuel du siècle, et 20 ans après ils revenaient me chercher pour les aider, pauvres mercenaires du combat d’idée en manque d’idée et de héros.

Bernard Werber :
La rouge et la noire
Dans une vallée du Dauphiné, une jeune fourmi rouge se fait engager comme précepteur dans une famille de fourmis noires. Il séduit la reine mais ça ne lui suffit pas : il veut devenir fourmi noire lui-même et doit pour cela entrer au séminaire de la grande fourmilière de Grenoble.

Alexis Z.

lundi 3 mai 2010

Du neuf avec du vieux (Ex. n°13, 2) - par Martine B.






Pour les nouveaux arrivants sur ce blog : je recommande de lire l'énoncé de l'exercice n°13 avant de lire le texte qui suit.
MW



Mémoires d’un jeune homme possédé, de Frédérik Beigbeder
Un jeune homme désespéré est sauvé du suicide par un publicitaire qui lui propose un pacte diabolique : il lui offre une peau de chagrin qui lui permettra d’exaucer tous ses vœux, mais sa vie ne lui appartiendra plus. Le jeune homme, devenu immensément riche, s’adonne aux plaisirs des soirées parisiennes et multiplie les conquêtes féminines tandis que la peau de chagrin se resserre peu à peu.

Cà c’est l’amitié, de Philippe Djian.
L'action se déroule en 2024. Les Trois Médecins ont vieilli et sont désormais séparés car Christophe Gray a émigré aux Etats-Unis. Mais ils finissent par se retrouver pour venir en aide à Bruno Aysse, pris en otage lors d’une mission humanitaire en Irak.

Le siècle des blasés, de Bernard- Henry Lévy.
Alors que Bertrand Hugues Lewinsky écrit un ouvrage sur Jean Paul Sartre, un changement s'empare de lui : il éprouve en sentiment d'étrangeté et de dégoût envers tout ce qui l’entoure. Sa nausée va croissant. Il trouvera le salut en épousant un top-modèle et en écrivant des scenarii pour des séries télé.

Le miroir de Colette, de Bernard Werber
Dans ce deuxième tome des Misérables Fourmis, Colette, ado amnésique de treize ans, rencontre quatre clochards qui vivent dans une décharge. Recherchée par la police elle part en cavale avec l’un d’eux, Jean Valvent. A recherche de son passé, Colette va découvrir notre futur.

Vietnamien, de JC Rufin.
Vietnam, 2009. Une mère de famille se bat contre des promoteurs qui l’ont escroquée en achetant à bas prix son ancienne propriété agricole. Les ouvriers recrutés pour construire un immense complexe touristique à cet endroit sont honteusement exploités. La rencontre entre Suzanne et Dong, le chef de chantier, promet d’être explosive….

Les papillons volent à Central Park, de Katherine Pancol
Une décoratrice d’âge mûr ayant une liaison avec un homme depuis dix ans se laisse séduire par un jeune tagger New-Yorkais. Ce roman au style percutant nous plonge dans l’univers fascinant de l’art urbain, dans lequel l’amour n’est pas toujours très glamour.

Vous revoir de bonne heure, de Marc Lévy
Un jeune père célibataire s’installe à Brighton avec son fils Léo. Il fait la rencontre d’Albertina, mère de Poppy, avec qui Léo va en classe. Afin de pousser la jeune femme à révéler ses sentiments envers lui, il essaie de la rendre jalouse en se rapprochant d'Andrea, sa voisine, mais son stratagème aura des conséquences inattendues.

Liqueurs et tremblements, d’Amélie Nothomb.
Amélie, secrétaire bilingue dans une prestigieuse société japonaise, vit à Tokyo avec son amant Arthur Lemonnier. Celui-ci la quitte pour Angèle. Un an plus tard elle épouse Paul Coupeau, avec lequel elle a une fille Ninon. Ils créent une entreprise de traduction, mais leur penchant pour l’alcoolisme mondain les mène à la faillite et Amélie est contrainte à accepter un poste de dame pipi.

dimanche 2 mai 2010

Du neuf avec du vieux (Ex. n°13, 1) par Dave Feng


NB : Pour ceux qui débarquent : lisez l'énoncé de l'exercice avant de lire le texte ci-dessous.


Bon, ben, ça n'a pas traîné, et vu le nombre de commentaires sur le seul énoncé de l'exercice, j'ai l'impression que ça suscite beaucoup de réactions. Voici la première, mais aux autres blogueurs : SVP, envoyez-moi vos contributions à l'adresse habituelle, en fichier attaché ou dans un message, mais non en commentaire, afin que je les mette en ligne plus facilement. Merci par avance à toutes et à tous. Merci, Dave !



ATTENTION ! Je recommande amicalement à celles et ceux qui ont l'intention de faire l'exercice n°13 de le rédiger AVANT de lire les contributions déjà publiées...

MW



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- L'Assommoir - Bernard Werber.
Nouveau titre : « Le chagrin des fourmis ».

Gervaise est une fourmi travailleuse, mais pas très fine. Comble de malheur, elle se brise une patte. Devenue pentapode, elle cède aux avances d’un moustique et met au monde, quelques minutes plus tard, huit cents œufs. Submergée par le désespoir, elle se noie, littéralement, dans une mare de vin. Une réflexion iconoclaste sur les dangers de l’alcool.

- La peau de chagrin - Michel Houellebecq.
Nouveau titre : « Diminution du domaine de l’intime ».

Bertrand est un informaticien érotomane qui fréquente des sites Internet échangistes. Il défend la théorie que l’avenir de la condition humaine se joue dans la capacité à mener une vie sexuelle sans jamais rencontrer personne. Le diable lui offre un pass illimité pour tous les sites hardcore d’Internet. Mais, en échange, son pénis rétrécit chaque jour. Un récit philosophique et visionnaire.

- Le rouge et le noir - Frédéric Beigbeder.
Nouveau titre : « Le skaï et le velours côtelé ».

Jean-René François est un jeune professeur de latin. Ambitieux, il renonce à son sacerdoce et hésite entre une carrière dans la publicité et un avenir glorieux dans les lettres françaises. Hélas, il est né trop tard et ne peut accomplir aucun de ces destins. Il se rabat sur l’écriture cinématographique de films comiques moquant les régionalismes français.

- Les Misérables - Amélie Nothomb.
Nouveau titre : « Torpeur et frémissements ».

Amélie, fils de riches vendeurs d’armes belges, se retrouve à la rue quand la paix universelle met enfin un terme à tous les conflits armés et ruine sa famille. Elle a toujours admiré le raffinement et l’art de vivre des pauvres. Hélas, elle est confiée à un méchant couple, les Thénardier, qui la forcent à manger ses chapeaux. Heureusement, la révolution gronde et Amélie est sauvée par Jean Valjean, un chapelier héroïque.

- Vingt ans après - Justine Lévy.
Nouveau titre : « Quarante ans après ».

L'action se déroule dans le contexte des élections présidentielles françaises. Quatre amis qui formaient jadis un carré de « nouveaux philosophes » ont vieilli et sont désormais séparés par leurs idées politiques: certains sont devenus conservateurs, d’autres sont devenus carrément réactionnaires. Mais ils finissent par se rassembler pour venir en aide à Fink, attaqué par le fisc pour avoir déclaré des droits d’auteur faussement élevés, afin de faire croire au succès de ses livres. Le roman est raconté par la fille de Bernard, qui parsème le récit de remarques fines et perspicaces sur sa vie personnelle.


- A l'ombre des jeunes filles en fleur – Jean-Christophe Rufin.
Nouveau titre : « A l’ombre des palmiers en fleur ».

Marcello est un brillant médecin, homme de lettres, diplomate et aventurier. Armé de sa seule moustache et de son idéalisme délirant, il part à la découverte de la Seine-et-Marne. Après bien des péripéties, il remonte pour la première fois le fleuve RER et découvre avec horreur que les autochtones prennent le RER tous les jours. Poursuivi par les contrôleurs qui veulent lui faire payer son ticket, il découvre un oasis merveilleux, un golf où il fait bon vivre, loin des tracas de la ville et des contraintes de la vie pratique.

- La nausée - Bernard-Henry Lévy
Nouveau titre : « La logorrhée ».

Henry-Bernard est un intellectuel solitaire mais admiré de tous. Epuisé par une vie entièrement consacrée à écrire des éditoriaux et à poser pour des catalogues de vente de chemises blanches à col ouvert, il entame une profonde retraite de deux jours à Ibiza. Devant un arbre, il se rend compte que sa perception des objets a changé. Il s’adresse alors longuement à cet arbre pour lui faire valoir l’absurdité de sa position existentialiste de végétal, incapable de goûter l’intelligence d’Henry-Bernard. Convaincu, l’arbre se suicide et Henry-Bernard peut retourner dans les salons parisiens.

- L'étranger - Marc Lévy
Nouveau titre : « Pourquoi pas l’étranger qui m’aime ? ».

Un événement inouï et invraisemblable bouleverse Meursault : il rencontre un homme à la beauté troublante sur la plage. Entre ces deux êtres uniques et particuliers, un lien passionné et bouleversant va se nouer. Ils se promettent de toujours se chérir passionnément, même si l’un des deux devait décider d’abattre l’autre d’un coup de pistolet.

- Un barrage contre le Pacifique - Christine Angot
Nouveau titre : « Une embardée dans le Canal Saint-Martin ».

Christine, romancière, a fait partie des premiers colons installés près du canal Saint-Martin. Ce roman est le récit de sa désillusion, suscitée par la découverte des vices des indigènes, qui ne lisent que des mangas et France Soir. Déçue, elle enfourche son scooter et reprend le chemin de Saint-Germain des Près.

- L'éducation sentimentale - Philippe Djian
Nouveau titre : « Le blues des temps passés ».

Jimmy est un petit arriviste minable, misérable, dépressif, qui lit Salinger dans le métro qui le mène chez sa mère, à Passy. Il rencontre Michael Robinson et sa femme, qui dirigent un journal de mode à destination des jeunes urbains cools qui regardent Six Feet Under. Eperdument amoureux de Mrs. Robinson, Jimmy traverse son époque, sans prendre parti, en retournant sa veste en cuir, quand l’exige la possibilité de publier un article dans Cool Attitude.

- Aimez-vous Brahms ? - Katherine Pancol
... (je n’ai lu ni l’une, ni l’autre… hélas?)

Dave Feng

samedi 1 mai 2010

Du neuf avec du vieux (exercice n°13 - enfin, je crois...)

Soit dix grands classiques de la littérature française du 19e et du 20e siècle

-  L'Assommoir
- La peau de chagrin
- Le rouge et le noir
- Les Misérables
- Vingt ans après
- A l'ombre des jeunes filles en fleur
- La nausée
- L'étranger
- Aimez-vous Brahms ?
- Un barrage contre le Pacifique
Bonus :
- L'éducation sentimentale (voir commentaire ci-dessous en réponse à Salomé)


Soit, d'autre part, dix écrivains contemporains à la mode choisis au hasard...

Michel Houellebecq
Katherine Pancol
Philippe Djian
Marc Lévy
Christine Angot
Amélie Nothomb
Bernard-Henry Lévy
Bernard Werber
Jean-Christophe Rufin
Frédéric Beigbeder
+ 1 "joker" (l'auteur de votre choix, pour faire le 11e - voir la réponse à Salomé ci-dessous dans les commentaires)

Attribuez un livre à chacun(e) d'eux/elle, donnez lui un nouveau titre dans le style de son nouvel auteur, et écrivez un résumé en trois lignes pour chaque nouvel ouvrage.
Je vous rassure, vous n'avez besoin d'avoir lu ni les uns, ni les autres. Il est beaucoup plus intéressant de faire cet exercice avec ses préjugés...  et avec Wikipédia.
L'écriture, c'est de la documentation (même approximative) et de l'imagination.

Note complémentaire :
Vous n'avez pas non plus besoin de traiter tous les livres. Même un seul, bien trouvé, peut suffire. Vous pouvez aussi décider d'attribuer plusieurs livres (ou tous) à un seul auteur. Bref. Vous avez le droit de détourner la contrainte à votre convenance. Sentez vous libre sous contrainte. 
Signé : Martin Winckler, dictateur de la double injonction littéraire... :-)


Date limite de remise : prolongée au 20 mai à minuit (cf commentaire de Salomé, ci-dessous).

Et voici la première contribution...

MW

jeudi 29 avril 2010

Le plan du labyrinthe (Ficelles et chapeaux-claque, 5)


Ornella a écrit : « Je ne sais plus où,  mais j’ai lu que vous n’aviez pas en tête la fin du CDF  quand vous en avez debuté l’écriture. Pourtant le roman semble très construit. Construisez vous réellement l’intrigue de vos romans au fur et à mesure de l’écriture ? Si oui, restez-vous coherent ? »


La réponse à la première question est « oui ». C'en est même gênant, par certains côtés : je ne sais pas toujours où je vais, et ce que ça va donner. Et même le plus souvent. Il m'est arrivé au moins deux fois de commencer un roman sans rien avoir d'autre (ou presque) que le titre : Touche pas à mes deux seins et Un pour deux. Enfin, pour Un pour deux et les deux autres volumes de la trilogie j'avais le personnage de René/e, quand même. Très vite, j'ai  décidé que le cadre serait Tourmens, ses « points chauds » l'hôpital Nord (celui des quartiers pauvres) et le centre Multimédiatique Michel-Houellebecq, ses têtes de Turc le maire Francis Esterhazy, son épouse top model Clara et le bouffon de cour Victor-Henri Slezak. J'aime bien me moquer des personnalités qui m'insupportent.

Pour le CDF, (et d'ailleurs pour Sachs et Les Trois médecins et La vacation), j'avais essentiellement le cadre (l'unité 77, le cabinet de campagne, la fac, le centre d'IVG), les personnages principaux et la trame temporelle. Et puis un argument de départ très simple et finalement assez vague : la vie d'un médecin généraliste vue par ses patients ; l'activité d'un médecin dans un centre d'IVG et ses tentatives pour en rendre compte dans un roman ; les études de médecine de Bruno Sachs comme remake des Trois Mousquetaires ; un roman d'initiation dans un centre de santé des femmes. Mais c'est ce qui m'a permis d'avancer. 

En ce moment, le roman que je voudrais écrire et qui s'intitule pour l'heure La voie d'un homme stagne parce qu'il me manque une dimension. Je sais qui sont les personnages principaux (un écrivain/médecin/père de famille et sa mère) et où ça se passe (chez lui) mais pas exactement ce que je veux raconter, ni en combien de temps ça se passe. Il semble, au vu de mes précédentes expériences, que j'aie le plus souvent besoin d'avoir un « cadre temporel » (ou d'une trame pré-établie) pour pouvoir construire mes livres. Le cadre en question est visible dans les quatre romans médicaux. Il l'est moins dans la Trilogie, mais il existe néanmoins : je m'étais fixé de construire chaque volume comme une « saison » de série télévisée du câble, en 13 « épisodes » (chapitres) divisés chacun en 4 « actes » (scènes). 

C'est l'idée de construire ça comme une série télé qui m'a donné ensuite l'idée de faire commenter la deuxième « saison » (L'un ou l'autre) par trois « spectateurs » dont les remarques sont intégrées au texte, et de faire construire la troisième (Deux pour tous) par ses scénaristes, sous les yeux même du lecteur. Une triple mise en abŷme, en quelque sorte. Ça n'était pas purement formel, et pas gratuit du tout. Les difficultés d'écriture que rencontrent les scénaristes étaient les miennes et je voulais, en les formulant, les surmonter pour arriver au bout de l'histoire. 

Rétrospectivement, la Trilogie n'est pas seulement la genèse d'un super-héros, c'est aussi la fin d'un cycle et la remise en perspective de dix années d'écriture. C'est ce qui m'a permis d'écrire Le Choeur des femme comme si c'était mon « second premier roman », mais du coup je me sens un peu frigorifié. Après La vacation (mon premier premier roman), j'ai mis presque dix ans à écrire La maladie de Sachs. Je n'aimerais pas qu'il m'arrive la même chose une nouvelle fois.

Mais il y a beaucoup de points communs entre La voie d'un homme et Les Cahiers Marcoeur, le livre inabouti que j'ai écrit entre La Vacation et Sachs, et je me demande si je vais de nouveau me perdre dans un projet sans suite ou si je vais parvenir, cette fois-ci, à le surmonter.

Il me manque encore la trame, le cadre, la toile qui va me permettre de construire, alors je n'avance pas beaucoup. J'en suis encore au stade où j'accumule les informations, les références, les idées, les scènes, les bouts de ficelle qui viendront composer toutes les pièces du puzzle qu'est le roman.

Pour avancer dans l'écriture d'un roman, je me fabrique souvent un plan (vague) de ce que je veux y voir figurer. C'est ce que j'ai fait pour Sachs (avec le découpage qui suit celui de l' « observation clinique ») et pour LTM (j'ai construit l'itinéraire des étudiants en le calant sur le contenu pédagogique de mes propres études). Pour La Vacation et le CDF, je me suis plutôt laissé guider par la topographie (réelle et imaginaire) des lieux et la « logique » du travail dans un hôpital. J'ai besoin de « tuteurs » narratifs. Ils me rassurent, je pense. Alors je ruse : dans Un pour deux, l'une des trames policières (l'enquête sur l'agression de Sonia) est empruntée à Bullitt, le film de Peter Yates. Celle du Numéro 7 lorgne du côté de The Stars, My Destination de Alfred Bester (lui-même inspiré par Le Comte de Monte-Cristo !!!)

La figure du roman comme puzzle, surexploitée depuis G. Perec, m'a toujours paru insuffisante pour parler du travail de l'écrivain si on ne la superpose pas à celle du labyrinthe, « que le rat-écrivain construit en même temps qu'il se propose d'en sortir », pour paraphraser le susmentionné. Le puzzle, c'est le produit fini (je ne peux plus le voir en désordre une fois qu'il est achevé). L'idée de labyrinthe, et surtout celle de l'itinéraire dans le labyrinthe est beaucoup plus proche de ce que je ressens au moment où j'écris : d'abord, je ne sais pas très bien où je vais. Je sais, bien sûr, qu'il y a une sortie, et je sais à peu près à quoi elle ressemble (souvent, je l'ai en tête très tôt, dans ses grandes lignes). 

Mais je ne sais pas par où je vais passer (puis faire passer le lecteur) pour y parvenir, quelles impasses, quelles chausse-trappes, quels raccourcis inattendus, quels « niveaux cachés » (comme on dit dans les jeux vidéo) je vais rencontrer. Enfin, construire. C'est pourquoi, à la réflexion, le choix de mon pseudo me paraît être tout à fait justifié. J'avais un moment envisagé de prendre celui de « Marc Valène ». Serge Valène est le peintre/narrateur qui, dans La vie mode d'emploi, met en place sur une toile l'immeuble sans façade où il a vécu et imagine les histoires qui se sont déroulées dans les pièces ainsi accessibles au regard. 

Gaspard Winckler, lui, est l'artisan qui colle sur une planchette de bois les aquarelles peintes par Bartlebooth et les découpe ensuite de manière chaque fois différente pour en faire un puzzle de recomposition imprévisible. Valène, c'est Perec ; Bartlebooth, c'est le personnage/lecteur de son roman ; Winckler, c'est l'écrivain dans le roman. C'est l'écrivain qui travaille sous contrainte, et qui transforme les errances de son alter-ego en casse-tête qui lui permettra peut être de gagner sa croûte.

La voie d'un homme est une autofiction. La réinvention d'épisodes autobiographiques sous une forme très facétieuse – et que j'aimerais drôle, mais il paraît que lorsque j'essaie d'être drôle dans mes textes, je n'y parviens pas. En tout cas, le projet renvoie, comme je le disais plus tôt, à quelque chose qui était en germe dans Les Cahiers Marcoeur, mon grand roman inédit. Marcoeur est un écrivain qui écrit tout le temps, au point de ne vivre que pour ça. Au centre du livre, il y a son « grand projet », intitulé Cet Homme en Kit. Le portrait d'un homme en pièces détachées. Le projet n'est jamais décrit, seulement évoqué, et l'histoire de Marcoeur reste en filigrane de celle de six autres personnages qui s'appellent tous « Sachs » mais avec une graphie qui change à chaque fois : Sacks, Sax, Zacks, Zax, Zachs.

En ce moment je lis un bouquin d'anthropologie assez extraordinaire intitulé Sex, Time and Power. L'auteur, Leonard Shlain, y théorise comment, il y a 40 000 ans, Homo Sapiens, qui existait déjà en tant qu'espèce depuis plus de 100 000 ans, a grâce à la synchronisation des cycles menstruels avec le cycle lunaire, est devenu carnivore et chasseur, et a pris conscience simultanément de l'écoulement du temps et de sa propre mortalité. Sous la plume de Shlain, les comportements humains apparemment les plus paradoxaux deviennent soudain lumineux, grâce à des explications très simples et d'une logique confondante.

Inévitablement, comme lorsque je lisais fils (voir cette entrée du blog...), j'ai très envie d'associer ma lecture à ce qui est déjà écrit de La voie d'un homme et aux fragments de Cet Homme en Kit qui me restent. Sur la dernière page de garde du bouquin de Shlain, j'ai écrit la liste suivante :
-      Habitat
-      Alimentation
-      Sexualité/reproduction
-      Vie sociale
-      Productions culturelles et artistiques
-      Physiologie et santé
-      Langage

Ces sept éléments pourraient constituer les « parties » du livre, qui se présenterait alors, en apparence, comme l' observation d'une espèce faite par un ethnologue (ou un naturaliste). À ceci près qu'ici, il ne s'agit pas de décrire une espèce sexuée, mais l'un des deux genres, à travers le portrait d'un seul individu.

Ambitieux ? Oui, on peut dire ça. Et donc, casse-cou. Mais je suis prêt à tout pour avancer.

******

Quant à la cohérence, ce n'est pas à moi de le dire, mais aux lecteurs. En tout cas, quand un roman est terminé, je le relis de nombreuses fois, pour vérifier qu'il n'y a pas d'incohérence. Justement, en relisant Le Choeur des femmes pour le préparer à l'impression, j'ai réalisé qu'à un moment donné, j'avais fait rentrer Jean le chez elle sans sa voiture (qui n'a pas démarré) et que le lendemain, elle retournait à l'hôpital... en voiture. Il m'a fallu reprendre ce paragraphe et la coller sur un vélo tout en rendant la chose plausible, car ce matin-là, elle a une migraine carabinée.

De même, quand j'ai relu La Vacation avec la correctrice qui travaillait chez P.O.L, à l'époque, elle m'a fait remarquer qu'au début du livre Bruno porte une sacoche, et qu'à la fin il porte un cartable. Elle m'a expliqué que c'est ce qu'on appelle « un échafaudage » (dans le même sens que les structures tubulaires qu'on accolle à un bâtiment pour le nettoyer ou le rénover. Au début de l'écriture d'un manuscrit, on utilise certains mots pour désigner un objet particulier, et puis il nous en vient un autre qui prend le dessus et, comme on ne se souvient pas toujours de ce qu'on a fait auparavant, on ne peut pas toujours corriger le premier choix. 

Ce genre de chose ne m'arrive plus (je suis très vigilant et la fonction « Rechercher Remplacer » des traitements de textes aide beaucoup) mais il m'arrive régulièrement de « retoucher » certains passages du début d'un roman pour annoncer de manière subliminale ce qui va survenir plus tard dans le déroulement de l'intrigue – une fois que je le sais moi-même, ce qui survient parfois assez tard ! Alors, question cohérence, je fais de mon mieux, mais c'est aux lecteurs/trices de dire si j'ai correctement accompli mon travail.

Et là en cet instant, il est 1h02 du matin, mes yeux se ferment et je ne suis pas sûr que ce que je viens d'écrire a le moindre sens, la moindre cohérence...

(À suivre... )




dimanche 25 avril 2010

Ecrivains modèles et livres pour île déserte (suite) - par MW


Pendant très longtemps, j'ai ressenti un grand malaise, presque une certaine honte, à nommer les écrivains que j'aimais. Ce n'étaient pas des "classiques" - ceux que les enseignants nous présentaient en levant le manuel devant eux comme un objet mystique et en nous ordonnant de nous prosterner pour en lire la parole sacrée. D'ailleurs, il y avait de l'incongruité à nommer l'auteur d'un roman d'aventures ou d'un roman policier. Ce genre de roman n'avait pas d'auteur. C'était de la littérature "pour la jeunesse".
Mais je ne savais pas qu'il y avait de la littérature "pour la jeunesse" et de la littérature "pour les grands". Je savais seulement qu'il y avait des livres que j'avais du plaisir à lire, et d'autres qui ne m'attiraient pas.

Jusqu'à l'âge de 17 ans, j'ai lu d'une manière très particulière, très obsessionnelle : quand un livre me plaisait, cela me donnait bien sûr le désir de lire d'autres livres de la même trempe. Lorsqu'il s'agissait de romans mettant en scène un héros récurrent - mettons : Bob Morane ou Sherlock Holmes ou Hercule Poirot ou Arsène Lupin ou Wenceslas Vorobeïtchek, alias "Monsieur Wens" - c'était facile : le personnage me guidait - c'était d'ailleurs souvent le cas dans le domaine policier. Quand il s'agissait de SF, c'était plutôt l'écrivain que je suivais à la trace. Les romans de "littérature générale" (comme on dit en France) ne m'ont pas attiré avant ma rencontre fortuite avec un très beau roman de Robert Merle, L'ïle, lorsque j'étais en classe de Terminale.

Comme beaucoup d'adolescents avant moi j'ai bien sûr lu du Jules Verne à tour de bras, et celui-ci m'a aiguillé vers Herbert-George Wells, mais au lycée, je n'ai pas lu les classiques recommandés ou imposés. J'ai détesté Le rouge et le noir, j'ai trouvé L'éducation sentimentale incompréhensible et Balzac me pompait l'air. Quarante ans plus tard, je pense tout simplement que les descriptions m'insupportaient et que la finesse des considérations psychologiques m'échappait totalement. Ce que je voulais, c'est que ça bouge. Le plus drôle, c'est qu'aujourd'hui,  j'aime beaucoup plus les séries psychologiques que les séries d'action. Comme si la confusion des sentiments m'était plus accessible au travers de dialogues ou de silences qu'à la faveur de descriptions suggestives. Lorsque Emma va chercher des verres en cristal au sommet d'une étagère pour servir une liqueur à Charles (qui n'est pas encore son mari) j'étais incapable de comprendre (et je le suis encore : il a fallu qu'on me l'explique) que ce geste signifie combien elle le tient en haute estime...

Ce qui m'a toujours plu, dans les livres, c'est la surprise ; les détours ; les chausse-trappes ; les coq-à-l'âne ; les labyrinthes. Bref : la construction. Je ne dis pas que je ne peux pas goûter une phrase bien faite et pleine de subtilité, mais rien ne me ravit plus qu'un écrivain qui sait jouer avec le même talent d'une construction savante et d'une belle maîtrise des mots. En disant cela, je pense à Camille Laurens, dont tous les romans (sauf le dernier en date, que je n'ai pas lu) m'ont à la fois ému, ravi et fait rire (ses calembours sont les plus fins et les plus signifiants qui soient).

Mais je pourrais dire la même chose du livre de Marie Darrieussecq dont j'ai parlé ici (Rapport de police) qui, bien qu'il s'agisse d'un essai, m'a passionné et impressionné.

Le goût pour les constructions élaborées est venu d'abord, avec la littérature policière et la science-fiction. J'aimerais encore, aujourd'hui, retrouver le plaisir éprouvé devant la malice d'un whodunit de Stanislas-André Steeman (bien oublié aujourd'hui et c'est un malheur) ou la chute d'une nouvelle de Robert Sheckley. Je continue encore, aujourd'hui, à lire nouvelles et romans parlant de crimes impossibles (le vertigineux The Tokyo Zodiac Murders de Shoji Shimada - merci Roland Lacourbe !!!) ou d'histoires de voyages dans le temps (le magnifique The Time-Traveler's Wife d'Audrey Niffennegger, très mal traduit sous le titre Le temps n'est rien). Et mes romans de littérature "de référence" - Le Carnet d'or, La vie mode d'emploi ou Fils, de Serge Doubrovsky (c'est celui-là que j'avais oublié dans mon énumération, l'autre jour).

Fils est moins connu que Un amour de soi ou Le livre brisé, du même auteur, mais il a une importance considérable dans mon itinéraire d'apprenti-écrivain. C'est un bouquin impressionnant, tant par sa construction (qui ne se laisse pas appréhender facilement) que par son écriture (qui peut faire fuir plus d'un lecteur). Le texte n'est pas chapitré, mais constitué de "blocs d'écriture" que le lecteur parcourt comme on saute d'une pierre à une autre pour traverser un torrent, et dans lesquels se mêlent trois récits savamment entrelacés : l'histoire de la relation difficile entre le narrateur, sa mère et ses femmes ; le trajet qu'il parcourt chaque semaine entre le New Jersey et l'université de Manhattan dans laquel il donne des cours de littérature ; et enfin, le cours lui-même, consacré à Phèdre. Le titre,  fils (il n'a pas de majuscule sur la couverture de l'édtion originale, chez Galilée), est, bien sûr, richement polysémique. Or, j'ai lu ce roman entre le premier jet (un long monologue sans structure) et la version définitive de mon premier roman, La Vacation. Il ne fait aucun doute que le travail de Doubrovsky m'a servi non seulement d'exemple, mais d'encouragement. Je n'aurais pas eu l'idée (ou l'audace) de truffer mon roman de parenthèses et d'italiques si je n'avais pas été émerveillé par l'usage que fils en faisait.

Je ne l'ai jamais relu, et, aujourd'hui, j'en ai très envie.
J'ai eu l'occasion de rencontrer Serge Doubrovsky (je lui avais écrit, il m'avait répondu, nous avons pris un café ensemble un jour à Paris, où il vivait la moitié de l'année) et je me souviens d'une figure à la Roland Barthes, un homme réservé, cultivé, courtois, plein d'un mélange de tristesse et d'humour, et qui semblait profondément touché et surpris par l'attachement que je portais à son travail (j'ai lu par la suite plusieurs autres de ses livres, y compris l'épatant essai qu'il a consacré à Proust : La place de la Madeleine).

(A suivre)


PS : Je viens d'aller sur le site consacré à fils que m'indique Isabelle Grell (cf commentaire n°2) et c'est une merveille. Je vous le recommande. 

lundi 19 avril 2010

Partir, revenir (ex. n°12, le retour) - par Ornella N.


Prendre notre rencontre comme une chance.
Oublier les nuits passées à penser que peut-être.
Maquiller mes yeux bleus en noir pour ne pas lui ressembler.
Construire un futur où tu n’auras pas ta place.
T’imaginer souvent, berçant votre enfant.
Oublier que ça aurait pu être le nôtre.
Chasser la transparence de ton sourire sur les visages des hommes qui m’approchent.
Déménager pour vivre loin de ton fantôme.
Accepter notre défaite.
Ravaler mes larmes.
Etre forte.
Grandir.
Sourire de nos souvenirs.
Et puis un jour, vous rencontrer à nouveau.
Et, en ne t’aimant plus vraiment, proposer de vous recevoir.