jeudi 2 décembre 2010

Comment j'ai gagné ma vie (en/d')écrivant, 4


4e épisode : Séries en famille  (1993-1996)

En 1993, lorsque j’ai quitté mon cabinet médical et me suis mis à écrire et traduire pour gagner ma vie, je vivais avec MPJ au rez-de-chaussée d’une grande maison en partie désaffectée (le premier étage était inoccupé). Nous avions un poste de télévision mais l’antenne de toit ne donnait que des images floues et le contenu des chaînes, pour tout dire, ne nous intéressait pas beaucoup. Nous avons investi dans un excellent magnétoscope multistandard. A l’époque, lorsque j’allais à Paris, je passais toujours du temps dans le rayon films la Fnac de la rue de Rennes ou du magasin Virgin des Champs-Elysées. Quand nous n’étions pas trop fauchés, j’achetais des classiques du cinéma américain en VOST et, parfois, des films importés, en PAL ou en NTSC.

Je n’ai pas de goût particulier pour les produits de luxe, sous quelque forme que ce soit. Les voitures ; les vêtements, chaussures et montres de prix me laissent indifférent ; je ne pratique pas de sport coûteux et je préfère un bon film ou une soirée chez des copains à un repas dans un restaurant coté - et, depuis que je vis avec MPJ, je mange très bien sans avoir besoin de partir de chez moi. Mes seules luxes, depuis bientôt vingt ans, sont mes outils de travail : les livres (beaucoup de livres), les cassettes puis les DVD et les ordinateurs avec lesquels j’écris. Depuis mon arrivée à Montréal, mon ordinateur principal était jusqu’ici l’IMac qui se trouve à mon bureau, au CREUM. Chez moi, je bossais jusqu’à ces dernières semaines, sur un minuscule PC portable, auquel j’avais ajouté un clavier et un grand écran. Comme j’ai reçu récemment la deuxième  partie de mon à-valoir pour Les Invisibles, je me suis résolu - non sans une forte pression de MPJ - à acquérir… un IMac identique à celui du bureau. (Ca me fait penser qu’il faudra que je raconte comment je suis passé des PC au Mac, mais c’est une autre histoire.) Et, bien sûr, j’ai commandé des livres et des DVD. Ce matin, au CREUM, un paquet m’attendait. Il contenait trois livres (The End of Eternity d’Isaac Asimov, que je voulais relire en anglais quarante ans après l’avoir lu dans la collection Présence du Futur, chez Denoël ; Sperm Wars de Robin Baker et The Red Queen de Matt Ridley, deux livres sur l’évolution de la sexualité) et le DVD de Castle, The Complete First Season – série de comédie policière comme on en faisait dans les années 40, en France aussi bien qu’en Amérique.

Toujours est-il que pendant les années où nous avons vécu, au 109 de la rue Ambroise Paré au Mans, dans une maison qui plus tard disparut avec le petit parc et les potagers entre lesquels elle était plantée, nous n’avons pas regardé la télévision. Nous regardions des films – et nos enfants ont pris l’habitude de regarder des VOST plutôt que des films doublés (ce qui ne les empêche pas de garder un faible pour la VF de The Princess Bride - Tiens ! encore une anecdote qu’il faudra que je raconte - ou celle de Retour vers le Futur). Lorsque je me suis mis à travailler à la rédaction de Mission : Impossible, dont j’ai parlé dans l’épisode précédent, j’ai bien sûr revu toute la série, grâce aux cassettes de mon co-auteur, Alain Carrazé, qui avait tout enregistré lors de la rediffusion en boucle sur La 5, chaîne franco-berlusconienne des années 80, puis sur M6, qui l’avait reprise.
Par l’intermédiaire de PJ et Hélène Oswald, j’ai également rencontré un autre critique de séries, Christophe Petit. Rémois d’origine, Christophe y avait créé et y animait ce qui restera la première (et sans doute la meilleure) revue consacrée aux fictions télé : Génération Séries. Il publiait avec une rigueur, une obstination et un dévouement extraordinaire, malgré les difficultés qu’il rencontrait, des actus, des dossiers sur des séries anciennes et nouvelles, des guides d’épisodes, des interviews de comédiens et de producteurs aussi bien français que britanniques ou américains.  Dès qu’on s’est rencontrés, on est devenus amis. Je me souviens être allé chez lui, peut-être après la présentation du livre dans une librairie rémoise, et avoir vu, sur ses étagères, les cassettes de la série Star Trek The Next Generation (ST:TNG, 1987-94). J’étais un fan de la série originelle, et je ne connaissais pas cette première spin-off, dont les vidéos commençaient à être disponibles en version PAL, en Grande-Bretagne. Très généreusement, Christophe m’a proposé de me les prêter. J’avais bien fait d’acheter un magnétoscope multistandard !

Pour MPJ et moi, mon entrée dans le monde des séries reste intimement lié à l’arrivée des jumeaux, nos premiers enfants ensemble. Quand ils sont nés, fin 1993, Mission : Impossible venait d’être publié. Au cours des mois suivants, quand ils se réveillaient la nuit, pendant que MPJ donnait le sein à l’un, j’allais donner le biberon à l’autre (et m’endormir) devant un épisode de ST:TNG. Et d’un point de vue général, l’écriture des livres consacrés aux séries par 8eArt reste lié à nos enfants plus grands. L’été où je finissais l’écriture de Mission : Impossible, nous devions partir passer une semaine en Bretagne, les cinq enfants, MPJ enceinte des jumeaux et moi, avec le C25 à 9 places que nous avions acheté d’occasion, dans une maison de vacances qu’on avait promis de nous prêter. Au dernier moment, les personnes qui nous l’avaient promise (de manière un peu inespérée et, somme toute, peu fiable) nous ont appelés pour nous dire qu’elle n’était plus libre. Nous n’avions pas les moyens de louer une maison de vacances. Nous étions coincés chez nous. Le coup était rude, d’autant que nous avions réussi à grand-peine à négocier avec nos ex  respectifs pour que cette semaine familiale coïncide avec les vacances de MPJ qui, travaillant dans un bureau de la communauté urbaine, ne choisissait pas ses dates. Pour occuper de manière constructive nos cinq monstres (les quatre plus vieux avaient à l’époque entre 12 et 10 ans, et le cinquième quatre), j’ai mis à profit le travail que je venais de faire sur Mission : Impossible en écrivant un épisode inédit. Les enfants connaissaient la série, bien sûr : je l’avais regardée suffisamment avec eux pour qu’ils en aient saisi les ressorts, les figures imposées, les moments charnières. Et par bonheur, ils pouvaient, à eux cinq, reconstituer le casting originel ! Mélanie devint Cinnamon, Pierre devint Jim, JB devint Rollin, Thomas devint Barney, Paul devint Willy. J’écrivis avec eux Mission : Impossible, Junior et, grâce à une caméra vidéo prêtée par des amis, cela devint un court-métrage de 20 minutes dans lequel je joue… le rôle du villain.

La relation étroite entre nos enfants et mon travail sur les séries ne cessa pas là.
Fin 1993, juste avant la naissance des jumeaux, MPJ et moi nous étions mis à la recherche d’une maison assez grande pour accueillir une famille de neuf personnes. Nos aînés ne vivaient pas toujours avec nous, mais ils passaient toujours leurs weekends et la moitié des vacances chez nous ensemble (c’étaient eux qui l’avaient demandé, d’emblée) et nous savions qu’ils finiraient par grandir. Au 109 rue Ambroise Paré, ils cohabitaient dans une grande pièce-dortoir où Mélanie avait un lit et un coin à elle, et les quatre garçons des lits superposés. Mais quand ils seraient adolescents, nous savions qu’ils auraient besoin d’une chambre individuelle. Nous cherchions donc une maison suffisamment grande pour que chacun ait sa chambre. Après avoir visité un grand nombre de logements qui ne correspondaient pas du tout à nos besoins (lesquels étaient pourtant très précis, mais on dirait que beaucoup d’agents immobiliers n’écoutent pas ce que les gens leur disent) nous avions fini par trouver, un peu par hasard, LA maison qu’il nous fallait. Elle avait un jardin pas très grand, mais assez ; beaucoup de chambres et un grenier ; et, au rez-de-chaussée, un petit bureau. Après l’avoir vu, MPJ et moi nous nous sommes regardés en disant : « Ca, ce sera le petit salon de télévision ». Des fauteuils (en particulier celui sur lequel nos enfants s’entassaient pour regarder The Princess Bride ou L’homme qui rétrécit) d’un côté, une télévision de l’autre, ça serait parfait.

Nous n’avons emménagé dans la maison qu’en juin 1994, avec nos jumeaux de six mois et leurs cinq frères et sœurs mais d’un seul coup, les relations avec la télévision ont changé.

Notre nouvelle maison se trouvait dans une rue câblée. Je me suis tout de suite abonné au fournisseur d’accès local, qui diffusait entre autres Canal Jimmy, Série Club et Téva, trois chaînes proposant en VOST des séries récentes de grande qualité. Depuis plusieurs années, Canal Jimmy (dont Alain Carrazé était conseiller aux acquisitions, il n’y a pas de hasard) était devenue la chaîne-phare en matière de séries. Après The Larry Sanders Show et Dream On, deux comédies produites par HBO, elle commença en juillet 1994 (au moment de notre installation !) la diffusion d’une série policière hors du commun diffusée par la chaîne américaine ABC depuis l’automne précédent : NYPD Blue (New York Police Blues). Quelques années plus tard, ce serait Jimmy encore qui ferait connaître My So-Called Life (Angela, 15 ans), Profit, Six Feet Under, The Sopranos à un public français encore vierge – mais je parlerai de ça plus tard.

Lorsque nous nous installons dans la nouvelle maison, les enfants se mettent à regarder ce que proposent les chaînes. Et à me le montrer. Chaque samedi, sur M6, ils regardent une série intitulée (en français) Code Quantum, que je trouve un peu gnangnan. J’en parle à Christophe Petit, qui m’explique que je me trompe, c’est une très bonne série, il faut que je lui donne sa chance (je dois à la vérité de préciser qu’il avait dû faire la même chose avec ST:TNG, car les deux premiers épisodes qu’il m’avait prêtés ne m’avaient pas convaincu ; heureusement, il avait insisté, et heureusement, je lui avais fait confiance). Christophe m’envoie plusieurs cassettes contenant les épisodes que j’ai ratés et je découvre que Quantum Leap (1989-1993) est effectivement une excellente série,  un peu desservie par sa VF, mais intelligente, drôle, émouvante et engagée. Grâce au prétexte du voyage dans le temps, le héros, Sam Beckett (le choix de son nom n’est pas un hasard) nous fait explorer sur un mode mêlant comédie et drame, à travers les yeux de personnages de tous les jours, l’histoire sociale et culturelle des Etats-Unis au cours de la deuxième moitié du vingtième siècle, anticipant ce que fera dix ans plus tard sur un mode plus sombre l’excellente Cold Case (2002-2009). Grâce à mes enfants et à Christophe Petit, Code Quantum devient la première série contemporaine à laquelle je consacre un long article, publié par Génération Séries, et assorti d’un guide d’épisodes complet.

Pendant ce temps, à 8eArt, la lutte continuait. Avant la publication de Mission : Impossible, PJ et Hélène Oswald m’avaient invité à contribuer aux nouveaux ouvrages qu’ils préparaient avec les auteurs et complices habituels de la maison : Alain Carrazé et Christophe Petit, mais aussi Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret. Collègues et amis depuis fort longtemps, critiques et grands connaisseurs de la SF et du polar, Baudou et Schleret avaient déjà publié chez 8eArt deux ouvrages remarquables, et aujourd’hui encore inégalés dans la production éditoriale française : Meurtres en séries (1990), consacré aux séries policières et Les feuilletons historiques de la télévision française (1992). Baudou avait également signé, avec Philippe Ferrari, un ouvrage de référence sur la série britannique Destination : Danger (1991). En 1995, ils publieraient également le magnifique Merveilleux, fantastique et science-fiction à la télévision française. Entre temps, avec Alain et Christophe, ils préparaient quatre nouveaux volumes pour l’éditeur : Les Grandes Séries américaines (en deux volumes), britanniques et françaises. Le dernier volume, malheureusement, ne parut jamais en raison de la disparition de la maison d’édition 8eArt en 1996, mais je fus enrôlé pour participer aux trois autres.

Pendant les années 1993-1997, la critique de séries ne fut pas vraiment une activité lucrative. Les éditions Huitième Art vivaient mal, et lorsque les auteurs recevaient une rémunération pour leurs textes, ils étaient modestes. Nous le savions et l’acceptions car il n’y avait, alors, aucun autre endroit pour écrire des choses intelligentes sur un genre presque unanimement méprisé par la critique et la presse françaises.
Je gagnais essentiellement ma vie en traduisant (je l’ai raconté précédemment) mais passer sa vie à traduire des livres d’intérêt inégal n’a rien d’enthousiasmant. Regarder des séries (parfois avec mes enfants, parfois avec MPJ, parfois seul) pour en tirer des textes originaux, c’était à la fois une détente et un stimulus important. Je me souviens m’être un jour assis devant un épisode de ST :TNG et m’être senti coupable de regarder la série lorsque MPJ s’était mise à repasser derrière moi. Quand je me suis levé après avoir éteint la télé au milieu de l’épisode, elle m’a dit « Vous allez écrire quelque chose au sujet de la série, non ? » (Je devais, effectivement, écrire un article pour Génération Séries.) « Euh, oui… » « Alors, vous travaillez. Et moi, pendant ce temps-là, je fais de l’anglais. » (Les cassettes de Christophe étaient en VO non sous-titrée.) Et elle m’a obligé à m’y remettre.

Pendant ces années-là, pour mes collaborations aux trois volumes des grandes séries, j’ai revisité beaucoup de séries anciennes que je n’avais pas vues intégralement ou pas du tout (The Twilight Zone, The Outer Limits, Alfred Hitchcock Presents, The Wild, Wild West, The Man from U.N.C.L.E, Get Smart !, ) et des séries beaucoup plus récentes, datant des années 80 mais diffusées en France seulement depuis l’apparition du monopole de l’ORTF, après 1986 : Hill Street Blues, Wiseguy, Dream On, et bien d’autres.
Le fait d’être abonné à Canal Jimmy et Série Club m’a aussi donné accès, bien avant que les médias s’en entichent, à des séries qui restent méconnues, telles NYPD Blue et d'autres, qui furent déclinées jusqu'à la nausée, comme Friends (1994-2004).

Ce n’est pas une expérience banale d’avoir regardé Friends presque en direct, avec seulement quelques mois d’écart entre la diffusion aux Etats-Unis et la diffusion en VOST sur Jimmy.
La comédie de NBC a été la première à être diffusée simultanément sur cinq chaînes françaises au moins (Jimmy, Canal +, France 2, AB1 et RTL9 !). Elle a été aussi la première série à faire l’objet d’une immense popularité parmi les jeunes adultes, au point de donner lieu à des soirées spéciales dans des cafés ou des clubs. Elle a eu aussi l’honneur d’être la première série dont les cassettes vidéo se sont plus vendues en VOST qu’en VF, plusieurs années avant l’apparition et la démocratisation du DVD.

Lorsque Friends a commencé sa diffusion sur Jimmy en 1996, nos aînés avaient entre 13 et 15 ans et ils ont regardé la série assidûment, pendant ses premières années, puis de loin en loin jusqu’à la fin de sa diffusion, qui dura 10 ans.  C’est en entendant mes enfants dire, en revoyant un des premiers épisodes de Friends à l’âge adulte, que j’ai pris conscience d’un aspect que personne n’avait jusque là noté et souligné, du moins en France (j’aurais l’occasion de le faire dans des livres ultérieurs, au début des années 2000) : les séries télévisées, qu’il s’agisse des soaps de la journée ou des séries hebdomadaires du soir, sont les seules fictions dont les comédiens et les personnages vieillissent en même temps que leurs spectateurs. Il en résulte une connivence, une proximité et une familiarité qui ne peut découler d’aucune autre forme de fiction.

Une autre série, bien sûr, m’a totalement bouleversé quand j’en ai vu l’épisode-pilote, en 1995. Alain Carrazé, qui l’avait obtenu d’un de ses correspondants aux Etats-Unis, me l’avait envoyé en me disant que ça m’intéresserait sûrement et qu’il voulait savoir ce que j’en pensais.
C’était un téléfilm de 75 minutes (90 minutes avec la pub). Il commençait dans le noir. Au premier plan, un type allongé. Au second plan, une porte s’ouvre un peu brusquement et une infirmière apparaît. Elle harangue le type allongé, lui parle d’une patiente, s’en va. Elle revient quelques secondes (en réalité, deux heures) plus tard, pour lui dire qu’il doit se lever…
Ainsi commençait ER (Urgences, 1994-2009). Et cette série-là allait avoir une immense influence sur le roman que j’étais en train d’écrire.

(A suivre…)

Mar©tin


Bonus : Vous auriez aimé voir Mission : Impossible, Junior ? Mais il suffisait de le demander ! La vidéo a été remontée et remixée quinze ans après par "Rollin", devenu ingénieur du son et par Brice, compagnon de "Cinnamon" et monteur de formation. CLIQUEZ ICI. 

mercredi 1 décembre 2010

La vie en brève, 4 - par Serge (Ex. n°16)


"Pressé de sortir  et d’entrer dans la vie dés votre naissance prématurée, sans doute fils claustrophobe d’une maman pressée et d’un papaéjaculateur précoce, vous acceptâtes, par  devoir de clone,  la mission de réussir ce que vos anciens avait raté. Vous vous acquittâtes habilement d’une studieuse scolarité franchissant ce  passage étroit où se faufiler sans dommages et  de votre  adolescence perdure cette période d'invincibilité et d'immunité ornée d’une crinière léonine qui rendit jaloux les dégarnis et fit la fortune des capilliculteurs.

Révolutionnaire opportuniste tournant  à contresens pour revenir à votre point de départ après avoir dépavé les rues tel un  fou lucide intermittent qui  touche le fond de la vérité et remonte à la surface de l'erreur vous vint la raison et la réversibilité vestimentaire.

Adulte, à l’heure du  renoncement,  la rencontre avec une actrice filiforme, évidente comme l’intersection de deux improbabilités fut la plus douce des punitions.

Libertin des mots martyrisés pour enfanter des idées imaginaires, dans la zone de non compromis de l’art, nous avons admiré le triptyque de votre talent protéiforme d' écrivain persistant, de cinéaste soporifique  et de justicier philosophe au courage  inversement proportionnel à la proximité du danger.
À bout d'échec et à taux d'usure,  investissant notre  espace, notre temps,  votre talent et votre  énergie de la difficulté à  vous faire aimer jusqu’ à vous faire détester votre entêtement  fût  finalement récompensé par la valeur ajoutée à votre notoriété prégnante d’un attentat pâtissier commis par un envieux de votre emblématique chemise.

Par facilité et goût des impasses, toute votre volonté  tendue d'un priapisme verbal bandant l’arc d’un Ulysse de pacotille, cédant aux sirènes lors de vos copulations médiatiques vous nous infligeâtes la dictature de vos redondances  jusqu’à la douleur de la  flagellation.

Cependant nous vous resteront attachés par amour, ce sentiment définitif et irréversible devenu  tendresse comme une épouse, dame aux rêves volages et aux réveils fidèles  à un mari, ce monsieur qui dit “je t’aime” au début et “qu’est-ce qu’on mange” à la fin.

Grâce à votre descendance, véritable projection du Vous dans le futur, la saga continue.

Sans rancune aucune, au Bien Achevé B.H.L désormais horizontal sous l’ultime et définitive Arielle Tombale, la population reconnaissante. "

mardi 30 novembre 2010

La vie en brève, 3 - par Kate Bonobo (Ex. n° 16)


Oyez, Oyez, avis à la population, Benoît XVI est mort !

Lui qui jadis criait « Sus à la copulation encapuchonnée ! » a subi la flagellation sur la Place Saint Pierre pour avoir autorisé l’usage du préservatif aux prostitué(e)s sidaïques.

Dieu n’était pas d’accord, la communauté ecclésiastique en a convenu. Elle a donc jugé le Souverain Pontife pour incitation à la débauche et a chargé un cardinal revêtu d’une auréole de sainteté, certifiée par les autorités cléricales, de lui infliger la sanction divine.

Par les mains du bourreau, le Saint Esprit a encore frappé. L’ordalie est sans appel : il était bien coupable, n’ayant pas survécu.

Benoît, nous implorons Dieu qu’il te fasse rôtir en enfer. Pardonner tes paroles licencieuses s’avèrerait pour lui difficile, à moins de se compromettre devant tous ses saints, ce qui ne ferait pas très sérieux.

Le Pape est mort ! Vive le Pape ! Celui qui lui succèdera devrait être encore plus con que le précédent. Amen.

samedi 27 novembre 2010

La vie en brève, 2 - par Julie (Ex. n°16)



Zénobie Maindefer est morte ce matin à l'âge vénérable de 88 ans. 88, ça fait tout de même plus net que 87 ou 89. On reconnaît bien là son amour déraisonnable de l'ordre, aussi bien matériel que moral, qui l'avait bien jeune détournée d'éventuelles envies de copulation - dont on n'a jamais décelé aucune trace chez elle, même pendant les poussées hormonales de l'adolescence. A cet âge tendre, elle se vouait déjà à rendre l'intérieur familial impeccable, maniant le balai et la Bible avec une ardeur qui confinait à l'auto-flagellation. L'observateur attentif aurait pu remarquer avec une certaine gêne qu'elle en tirait quelque chose de l'ordre du plaisir, mais les voies des grenouilles de bénitier sont impénétrables, surtout quand elles sont comme Zénobie restées vieilles filles, et fières de n'avoir pas contribué à la croissance "infernale" de la population mondiale. Qu'elle retourne donc à la poussière... si toutefois il en reste.

Julie

jeudi 25 novembre 2010

Suicide du Salon du roman - Par Bruno De La Vega (Ex. n°16, 1)


SUICIDE DU SALON DU ROMAN

Le salon du roman est mort, samedi soir en région parisienne.
La rédaction du journal et l’auteur de ces lignes sont bien sûr effondrés et présentent leurs condoléances à la famille de la grande littérature.
Les circonstances qui entourent cette disparition sont tragiques, mais nous ne pouvons écrire ici que rien ne laissait prévoir cette fin. En effet, nous avions rencontré le salon du roman quelques jours avant son geste funeste. Il s’était confié à nous et son ton était quelque peu déprimé : « Vous savez, il en faut de l’énergie pour continuer à me tenir, comme cela, droit dans mes bottes, tous les ans. Alors que, je peux bien vous le dire, j’en ai plus qu’assez de cette population d’auteurs, qui ne pensent qu’à venir chez moi, pour se distraire, passer un week-end de loisirs, à picoler, à s’empiffrer aux frais de la princesse, à assouvir leur besoin de copulation, prétextant me présenter leur dernier ouvrage, la plupart du temps, un livre écrit à la va-vite, de mauvais genre, noir, humoristique ou pire des deux. Je sais bien que c’est de ma faute, que j’aurais du être plus vigilant et ne permettre que la venue de vrais Livres de Littérature, avec deux grand L » 
Nous ne pensions pas que cette auto flagellation était prémonitoire d’une disparition prématurée…mais chaque fois que nous lirons un livre de grande littérature, que les auteurs de mauvais genre osent parfois qualifier de poussiéreux, voire d’ennuyeux, nous aurons une pensée émue pour notre salon disparu.

Bruno De La Vega

lundi 22 novembre 2010

La vie en brève (Exercice d'écriture n°16)

Ecrire la notice nécrologique
D'une personne de votre choix
En exactement quatorze lignes de 70 signes et espaces maximum (donc 980 signes maxi au total)
Ton : de préférence humoristique (voire caustique)
En utilisant les mots "copulation", "flagellation" et "population" au moins une fois


Publication au fur et à mesure de la réception, comme d'habitude.
A vos claviers !
Mar(c)tin

mercredi 17 novembre 2010

"Comment écrivez vous ? "- Des questions en vrac (Ficelles et chapeaux-claques, 7)


·       Connaissez-vous vos personnages ? Je veux dire, est-ce que vous vous inspirez toujours de personnes que vous connaissez ou bien les créez-vous de toutes pieces ? Physiquement les visualisez- vous ?


Ca dépend. Je ne suis pas très bon pour décrire (les gens ou les choses) alors j’ai besoin de modèles. Donc, je m’inspire souvent de personnes que je connais, mais ça ne se voit pas nécessairement, car je ne les décris pas (ou alors, très vaguement). Mais j’ai leur visage en tête, et c’est ça qui m’aide à écrire. Cela dit, une fois qu’ils sont « mis en scène », ils cessent d’être les sosies des personnes vivantes. D’ailleurs, d’un point de vue général, je n’aime pas l’idée que mes amis se « reconnaissent » (à tort) dans mes personnages. Alors de deux choses l’une : ou bien ils sont une caricature (comme le redoutable Maire Esterhazy, petit homme caractériel et mégalomane dans la Trilogie Twain) et tout le monde peut voir de qui il s’agit ; ou bien ce sont des personnages composites et les reconnaissances sont souvent trompeuses. Par exemple, on pense que Bruno Sachs ou Franz Karma, c’est moi, mais je les ai imaginés avec le visage d’un de mes amis de fac, Olivier M. pour l’un, et le visage de mon père pour l’autre. Donc, quand je les écris, je ne pense pas du tout à moi. Ce que j’aime faire aussi, c’est suggérer que mes personnages ressemblent à des comédiens que j’aime bien. Ainsi, Aline, la secrétaire de l’Unité 77 dans le Chœur des femmes  ressemble à  Abby Sciutto, la « lab tech » de la série NCIS. Avec dix ans de plus…
Ensuite, s’il s’agit de dire que je les « connais », non, pas vraiment. Ils ont toujours quelque chose à m’apprendre. Dans mon esprit, mes personnages se définissent par leur comportement, et non par une sorte de contenu psychologique que j’aurais prédéfini.



·       Choisissez-vous d’écrire sur un thème en particulier ou les thèmes que vous abordez s’imposent-ils comme des evidences ?

Je n’écris jamais « par thèmes ». Je ne connais le thème de mes romans qu’une fois qu’ils sont publiés et qu’on (les lecteurs, parfois quelques critiques) en parle. De toute manière, je pense que j’ai des thèmes généraux récurrents : les abus de pouvoirs liés à la médecine, les relations amoureuses et familiales, le partage du savoir… Donc, les thèmes, ils sortent toujours. Quand je me mets à écrire, c’est parce que j’ai une histoire à raconter (d’abord) puis une forme pour la raconter (ça peut être assez long à définir). Et là, je me mets au boulot, en sachant à peu près où je vais, mais sans savoir toujours très bien par où je vais passer. Mais une fois que j’ai mon histoire et ma forme, je ne me pose plus de questions, j’avance. En ce moment, je n’avance pas sur mon prochain roman, parce que je ne sais pas exactement quelle histoire je vais raconter ni sous quelle forme. Jusqu’ici j’avais des histoires simples (et la forme me permettait de les rendre plus complexes, plus étoffées) mais cette fois-ci, j’ai une histoire compliquée, et j’aimerais que la forme soit en accord. Alors, je tâtonne.


·       Comment écrivez-vous ? Le matin ? Le soir ? En silence ? En musique ? Avec le bruit des gens qui passent ?

J’ai toujours écrit empêché, depuis que je suis gamin. Ma chambre était un hall de gare (il y avait trois portes, tout le monde passait par chez moi pour traverser l’étage). Et depuis que je suis adulte, j’ai passé le plus clair de mon temps à travailler sur un bureau installé dans mes chambres successives, parfois (en 1993-94, en particulier) avec des bébés dans un lit juste derrière moi, ou sur les genoux - et c’est parfois acrobatique, vu la propension qu’ils ont à foutre leurs menottes couvertes de beurre et de confiture sur le clavier… Je peux écrire en silence ou en musique (mais pas de la chanson, plutôt un trio de jazz, Bill Evans de préférence). Je peux écrire avec des gens dans la pièce (à condition qu’ils ne m’adressent pas la parole, le fait qu’ils parlent ne me gêne pas). J’écris mieux le soir que le matin, sauf quand je suis dans un roman, alors là j’écris jusqu’à pas d’heure et je me lève dès que je me réveille et je suis capable de m’y remettre. Mais globalement je suis plutôt quelqu’un du soir et de la nuit que du matin.


·       Etiez-vous sur depuis le départ que vous seriez ecrivain ? Ou avez-vous été saisi parfois du doute de ne pas réussir a vous faire publier ?


Je sais que j’ai eu très tôt envie d’écrire des livres et « être écrivain », pour moi, c’était ça : aligner les bouquins. C’est ma rencontre avec les écrivains américains de SF (Asimov, Sturgeon, Sheckley, Bester) qui m’a fait comprendre que c’était un métier et qu’on pouvait gagner sa vie avec. En France, il était plutôt sous-entendu qu’on ne pouvait être écrivain que si on avait d’emblée un talent tellement impressionnant que toute la galaxie allait le savoir. Comme personne ne me disait rien de tel, je pensais que je me faisais des idées.
Avant d’être publié pour la première fois, bien sûr, j’ai douté de la possibilité que ça m’arrive. Après le premier livre, j’ai moins douté, mais je n’ai jamais pensé qu’une publication était assurée ou que mes livres allaient toujours plaire. Le dernier roman que j’ai écrit, Les Invisibles, qui sortira en mai 2011, est différent des précédents. C’est un roman policier, mais la narration est très particulière pour moi : il n’y a qu’un seul narrateur, et c’est un homme. Ça ne m’était pas arrivé. Je me suis demandé si les éditrices qui s’occupent de moi au Fleuve allaient aimer, et si c’était intéressant. Je pensais que non, qu’elles me diraient : « Ca ne nous plaît pas. » Et j’étais étonné qu’elles me disent le contraire. Le doute ne disparaît jamais, je pense, sauf quand on est boursouflé d’une très grande vanité.


·       Ecrivez vous des histoires pour plaire ? – Je veux dire, choisissez-vous les sujets de vos romans en ayant dans la tête son « positionnement marketing » (l’expression n’est pas belle pour parler de livres mais enfin…)

Je mentirais en disant que je n’espère pas que mes livres vont se vendre, bien sûr, mais je n’ai plus de complexe à ce sujet parce que je me souviens qu’on avait posé à Howard Hawks (probablement le cinéaste américain que j’aime le plus) la question de savoir s’il faisait des films artistiques ou commerciaux. Et il avait répondu : « Je serais stupide de faire un film en ne voulant pas que les spectateurs aillent le voir. Mais je pense que quand on fait un bon film avec de bons acteurs et une équipe qui a du talent, ça se voit et ça s’apprécie. » Enfin, à peu près. Je le cite de mémoire et je ne peux pas vous dire où j’ai lu ça. Toujours est-il que Hawks (comme Ford, d’ailleurs) s’était très vite affranchi des studios et produisait ses propres films. Alors bien sûr, il voulait qu’ils aient du succès. Parce qu’il savait que le succès commercial, pour lui, c’était la liberté. Mais s’il était indépendant, c’est précisément parce qu’il voulait tourner les films qu’il voulait tourner, et non être l’exécutant d’un studio qui lui aurait confié seulement les films desquels ils espéraient de grosses recettes.
Donc, en ce qui me concerne, bien sûr, j’espère que mes livres vont être très lus (et donc, se vendre beaucoup). Mais je serais incapable de dire quel est leur « positionnement marketing ». J’écris d’abord pour raconter une histoire que je n’ai lue nulle part ailleurs (du moins, sous cette forme). Je fabrique un objet-livre que j’ai envie de pouvoir lire avec plaisir. Et je fais mon possible pour que ce livre plaise au lecteur que je sais être. Par conséquent, j’écris pour ce lecteur-là (et ceux qui lui ressemblent). J’ai la chance qu’il y en ait beaucoup dans ce genre.


·       Quels conseils donneriez-vous aux gens comme nous ? – a part écrire et lire.

Je suis comme vous, donc je n’ai pas de conseils à donner autres que ceux-là : lire beaucoup et écrire beaucoup et saisir toutes les occasions d’écrire, partout où on peut. Une des participantes à ce blog, Elise D., m’a envoyé un texte l’an dernier. C’était le premier texte qu’elle écrivait depuis de nombreuses années, alors qu’elle avait beaucoup écrit pendant son adolescence. Et ça a déclenché chez elle le désir de reprendre. Elle a mis un blog sur pied « Penser avant d’ouvrir la bouche » et comme ça marchait bien, elle a proposé d’en faire un livre à un éditeur de Montréal, qui en voyant le blog a dit oui. Et là, elle bosse sur son bouquin (c’est un livre sur le végétarisme, pas un roman). Il y a un an, elle n’aurait jamais imaginé qu’elle ferait ça. Et tout ce qu’elle a fait c’est lire (beaucoup) et se remettre à écrire.


       Par qui est-il bon de se faire relire ?

Je commence par les personnes à qui (à mon humble avis) il n’est PAS BON DU TOUT de donner nos textes à lire tant qu’ils ne sont pas terminés : les membres de sa famille (parents, frères, soeurs, cousins, cousines, etc.) ; les amis proches ou intimes ; les collègues de travail ; les gens dont on veut devenir l’ami ; les écrivains professionnels ; les profs qu’on aime bien et qui sont des écrivains frustrés…

Dans l’entourage proche, le conjoint est un cas à part.
Personnellement, j’ai toujours donné mes textes à lire à ma compagne, MPJ, et je m’en suis toujours félicité parce qu’elle est à la fois une très bonne lectrice (si elle rit, si elle pleure, si elle tourne les pages très vite, je sais que j’ai réussi à faire ce que je voulais) et aussi parce qu’elle sait désigner, sans complaisance ni malice, les défauts que j’ai laissés passer. Mais je pense que la relation qui nous lie est exceptionnelle. 

Alors je ne suis pas sûr qu’il soit de règle que le compagnon ou la compagne d’un(e) écrivain(e) soit un bon lecteur ou une bonne lectrice. Ça dépend vraiment de la personne et de la relation qu’on a établie avec elle. Autrement dit : c'est indépendant du fait qu'on écrit ou non. 

Mais il faut une indépendance intellectuelle hors du commun et une relation très sereine pour ne pas être tenté(e) de lire sans arrêt dans les textes d’un écrivain une transposition de sa vie et ne pas en être atteint(e) quand on est très proche de l’auteur (ou quand on se sent proche de lui). 

Les amis, en particulier, peuvent avoir des réactions surprenantes. Lorsque j’ai écrit mon premier roman, une fois terminé, je l’ai fait lire à un ami très proche, dont je pensais qu’il serait sensible à ce que j’avais écrit. Sa réaction – très négative – m’a totalement surpris. Comme quoi…

Je pense également qu’il est hautement risqué de faire lire ce qu’on écrit à une personne avec qui on aimerait avoir une relation intime, ou avec qui on ne sait pas exactement sur quel pied danser. Bien sûr, lui donner à lire ce qu’on écrit peut avoir un effet extrêmement positif (si c’est ressenti comme une sincérité) mais parfois aussi très négatif (ça peut être ressenti comme une intrusion dans les sentiments de l’autre, ou ça peut donner un levier à quelqu'un qui désire vous manipuler - et Dieu sait qu'on ne sait jamais qui veut nous manipuler, et Dieu sait qu'on ne se fait jamais manipuler aussi bien que par le biais de ce qu'on chérit le plus au monde). 

L’aptitude à commenter sereinement ce qu’un ou une autre a écrit est proportionnelle au respect qu'on peut avoir pour l'écriture et pour l'auteur(e), proportionnelle à l'honnêteté intellectuelle que l'on est capable d'avoir, et inversement proportionnelle à la frustration propre qu’on peut éprouver à (ne pas) écrire . C’est pour ça entre autres que je ne lis pas les manuscrits et que je préfère ne pas en recevoir. Il faut que je sois particulièrement détaché de mes propres préoccupations d’écrivain pour lire la prose d’autrui sans m’énerver… 

En ce moment, je suis en train de lire un livre par obligation, et ce livre ne me plaît pas. Je le trouve superficiel, je n’arrive pas à le saisir. Sans pour autant savoir s’il s’agit du style, du contenu, des deux ou de ma propre frustration à ne pas pouvoir écrire « à la hache » en ce moment. Alors, je me méfie de ma lecture, je cherche les points positifs, j’essaie de voir ce que je ne vois pas, car je suis sûr que c’est un très bon livre, mais je n’arrive pas à voir en quoi, et ça m’embête, car ça voudrait dire alors que je ne suis pas un bon lecteur…

Bon, mais tout ça ne nous dit pas à qui faire lire…

Il est rare, en France, de trouver des gens qui relisent de manière dépassionnée, technique, intelligente et aidante. Le plus souvent, ceux qui existent (et n’ont pas d’ego ou de désir rentré d’écrire) travaillent dans les maisons d’édition. Donc, les meilleures personnes pour relire un manuscrit, pour en voir le potentiel et pour aider l’écrivain à le (re)travailler, c’est un éditeur ou une éditrice. Chevronné(e) de préférence.

Pour ma part, j’ai eu la chance de pouvoir faire lire mon premier roman à trois personnes qui avaient toutes les qualités requises, et qui n’étaient pas éditeurs/trices. C’étaient trois écrivains, qui portaient sur mon travail un regard bienveillant mais pas du tout complaisant. Ils (deux hommes et une femme) avaient leurs propres préoccupations mais étaient aussi dotés d’une distance (et d’un humour) qui leur ont permis de me lire le crayon à la main, sans se transformer en profs castrateurs ni tomber dans la dithyrambe bêtasse.

Et ils m’ont bien fait comprendre qu’ils préféraient ne pas me donner d’avis sur un travail inachevé.

C’est pour ça que je conseille toujours de finir un manuscrit avant de le donner à lire. On ne peut rien dire d’un fragment. A la rigueur des trois premiers chapitres ou des cinquante premières pages (mais qu’est-ce qu’on peut dire en dehors de : « J’aimerais lire la suite » ou « Je me suis ennuyé » ?) mais pas de quelques pages, à moins de tomber sur un(e) écrivant(e) dont les textes sont impressionnants par leur ton, leur rythme, leur mouvement, même en quelques pages. Et je dois dire, à ma grande joie, que ça m’est arrivé à plusieurs reprises depuis que ce blog existe. Il y a parmi les participant(e)s à ce blog des personnes dont les textes m’ont coupé le souffle. Mais c’est une opinion purement personnelle, pas un jugement absolu, alors généralement, j’essaie de ne pas être trop dithyrambique mais d’être encourageant, et surtout j’invite à ne pas m’envoyer de manuscrit, même si je ne déteste pas lire de très bons textes de une à trois pages.

·       Vous imposez-vous un nombre de pages/chapitres à écrire par jour ?

Non, je ne m’impose jamais rien. Parfois je sais que je dois rendre un texte à telle date, alors c’est le délai qui m’impose de m’asseoir et d’écrire pour rendre mon travail à l’heure. Mais je n’ai pas besoin de me dire « tant de pages aujourd’hui ». Je me débrouille pour le faire à temps, avec des ajustements si je suis en retard, mais le plus souvent minimes (un mois pour un roman, quelques jours pour un article). La seule chose que je m’impose, c’est de respecter les délais. Ça m’aide à travailler d’ailleurs : quand Paul me dit que pour insérer un de mes livres correctement dans le planning de publications, il faudrait qu’il l’ait à telle date, je me donne la date en question pour finir. En sachant que si je ne le fais pas, eh bien le bouquin paraîtra six mois plus tard, et voilà tout… 


·       Notez-vous les anecdotes du quotidien pour les réutiliser ?

Non, pas vraiment. Il m’arrive de transcrire des histoires du quotidien dans l’un de mes journaux ; il m’arrive aussi de recourir à une anecdote du quotidien dans un de mes livres, mais je ne note pas pour réutiliser. Ce que je note pour réutiliser, ce sont plutôt des réflexions, des paroles, des listes de mots ou de phrases qui me servent à organiser ce que j’ai pensé en lisant autre chose, par exemple. Mais c’est le fait de noter qui est important en soi, pas la note elle-même puisqu’il m’arrive souvent de ne même pas relire mes notes pour un projet, et de les retrouver une fois le livre publié et de me dire « Ah, c’est marrant, j’avais écrit ça… »


·       Avez-vous besoin de ruptures de rythme pour avancer dans un roman ou au contraire d'un certain train-train?

J’ai besoin, quand je n’avance pas (quand le projet n’a pas encore pris forme dans ma tête), de faire autre chose pour ne pas y penser, et d’y revenir ensuite. Quand je suis dedans, en général, j’ai envie de ne faire que ça. Je ne sais pas si on peut parler de « train-train ». Quand j’écris pleinement un roman, je suis littéralement possédé, je ne pense qu’à ça et je ne veux penser qu’à ça, et je n’écris que ça et je ne veux pas écrire autre chose car tout autre sujet m’emmerde. Mais il peut m’arriver de ne pas entrer dans cet état avant d’avoir écrit la moitié du livre, ou au contraire, d’y entrer dès la quarantième page. Alors là encore, je n’ai pas de « règle ». Chaque livre est une aventure en soi.

·       Relisez-vous vos textes avant d’arriver à la fin ? Ou bien écrivez-vous l’ensemble d’abord pour ensuite revenir sur le texte?

Les deux. J’écris des romans qui sont compliqués (parce que polyphoniques, anti chronologiques, etc.) et souvent longs. Donc, j’ai besoin de me relire périodiquement pour me rappeler ce que j’ai écrit ! Quand je suis suffisamment avancé dans l’écriture du roman, j’ai aussi, en général, tout relu trois ou quatre fois depuis le début. Je termine, et ensuite je relis soigneusement pour régler le problème des incohérences de narration, ôter les échafaudages, etc. Je n’ai jamais complètement fini de relire. Mais une fois que le livre est terminé, ma relecture ne modifie que des détails (au plus, un paragraphe). Elle ne modifie pas la structure du livre, jamais. Les problèmes de structure je les ai toujours réglés au début, car ce n’est que lorsque j’ai la structure définitive que je peux avancer. Si je ne l’ai pas, je piétine. Et quand je piétine, je sais que ça veut dire : « Tu n’as pas ta trame."


·       Bon, mais… et le plaisir dans tout ça ?


Ah, le plaisir…
Bonne question, ça. Je me rends compte que dans mon « Comment j’ai gagné ma vie… » il n’est pas beaucoup question de plaisir. Sans doute parce que j’ai une relation bizarre au plaisir de l’écriture  - et au plaisir, tout court.

J’éprouve du plaisir quand je lis un livre qui me transporte. Et il ne fait aucun doute que je cherche à écrire des livres qui transportent, à reproduire (chez les autres) le genre d’ivresse que je peux ressentir en lisant. Cette ivresse-là, je ne la ressens pas souvent pendant que j’écris, et en tout cas pas avant d’avoir atteint un certain stade dans un texte ou un livre. Il y a quelques semaines, j’ai écrit un texte sur Montréal (pourquoi j’y vis, comment j’y suis arrivé) pour un prochain livre/magazine qui lui sera consacré au printemps prochain par les éditions Autrement. Il m’a fallu trois ou quatre réécritures successives pour mettre le doigt sur ce que je voulais vraiment dire, et pendant que je cherchais, je n’éprouvais pas de plaisir à écrire. J’écrivais, mais ça ne me faisait pas plaisir à proprement parler. Quand j’écris, la plupart du temps, je ne ressens rien de particulier. Je ne sens pas mon corps. Je suis concentré sur les mots qui s’alignent comme par miracle sur la page blanche virtuelle inscrite dans le noir de l’écran (merci la fonction « plein écran » des traitements de texte moderne !). Je ne ressens du plaisir que lorsque j’arrive à mettre en mots exactement ce que je cherche à dire. Et ça, le plus souvent, ça se passe à la fin des romans, au moment de la résolution des histoires, des conflits. Au moment où tout se dénoue. Je n’ai compris comment le faire que peu de temps avant (ce n’est pas planifié de longue date) et j’éprouve une grande excitation et un grand plaisir à le mettre en mots.

Cela dit, le plaisir, pour moi, c’est surtout après. Quand quelqu’un me dit ce qu’il/elle a ressenti en lisant telle ou telle phrase. Un message ou une lettre qui m’arrive de très loin écrit par quelqu’un qui s’est donné la peine de m’écrire pour me parler de sa lecture, ou de sa vie. Une personne qui s’arrête près de moi pour me dire comme ça, très vite, presque en s’excusant, que tel ou tel de mes textes l’a touchée.

Le plaisir c’est aussi quand le texte est devenu un livre. Quand je tiens le livre entre mes mains. Il est là. Il est beau. Je suis content. 






Merci à toutes et à tous ceux qui m'ont envoyé leurs questions... 
Mar(c)tin 


lundi 15 novembre 2010

Comment j'ai gagné ma vie (en/d') écrivant, 3


3e épisode : De Comics en Séries

En 1992 ou 1993, un jeune éditeur nommé Didier Pasamonik me contacte (par l’intermédiaire de Que Choisir, je pense) et me propose de réaliser un petit bouquin que lui a commandé un groupement de pharmaciens. Il s'agit d'un guide des médicaments incompatibles avec l'alcool. Je lui dis que je suis prêt à le faire, bien sûr, et il me propose de le rencontrer. Quand j’arrive dans son bureau, je découvre des affiches de comic-books. Je lui demande s’il en édite aussi. Il me répond qu’il lance une collection pour un fabriquant français de jeux vidéos. En effet, la maison américaine de comics Dark Horse dispose de la licence de nombreux personnages de jeux et la boîte française y voit une nouvelle source de profit en relation avec les jeux qu’elle-même commercialise. J’explique à Didier que je suis traducteur et que s’il en cherche un… Il me répond qu’il en a déjà un, très occupé, et que ça n’est pas de refus. Pendant les quelques années qui vont suivre, je vais régulièrement traduire, de l’anglais au français, des comics divers et variés, mettant en scène des personnages très connus ou très à la mode dans le monde des comics et des jeux à ce moment-là (The Mask, Predator, James Bond, Star Wars, Grendel, Alien…) et les premières adaptations de certains mangas, déjà traduits aux Etats-Unis, mais pas encore en France : Caravan Kidd, Outlanders

Comme j’ai bouffé des comics en quantité industrielle entre 1966 et 1977, je n’ai aucune difficulté à trouver la bonne longueur et le ton qui convient pour traduire ces textes bourrés d’expressions de tous les jours, mais aussi de mots-valises ou de « technobabble », le vocabulaire pseudo-scientifique inventé par la série Star Trek qu’utilisent deux techniciens penchés sur un moteur de fusée en panne :
- Damn ! Le cyclotron positronique a grillé, on est foutus !!!
- Non ! Attends ! Si je réaligne les vecteurs luminoiridescents sans faire fondre le bouclier de confinement, ça nous donnera assez d’énergie pour remettre les réacteurs à plasma en phase et l’orage magnétique nous éjectera hors du champ de gravitation du trou noir.
– Tu crois ? 

Je suis payé à la page, au tarif syndical de l’époque qui avait cours dans le milieu de la BD. Comme la boîte de jeux vidéo veut lancer ses albums le plus vite possible, et comme je travaille très vite, on m’envoie beaucoup d’albums à traduire. Pendant deux ou trois ans, j’arrondis mes fins de mois en alternant comics et articles médicaux. De plus, on m’envoie les albums à parution, ce qui fait le bonheur de mes enfants, bien entendu. Ils sont eux-mêmes la première génération d’enfants qui grandissent avec les jeux vidéos et ils ne manquent pas de BD à la maison, mais montrer aux copains une BD traduite par papa, c’est vraiment la classe.

Traduire de la BD est vraiment de l’écriture sous contrainte. Non seulement de style (il faut respecter celui de l’original) mais de longueur. Quand on traduit de l’anglais en français, on écrit entre 20 et 30 % « plus long » (en nombre de signes). L’anglais est plus bref, beaucoup de mots sont plus courts, et les anglo-saxons raffolent d’acronymes, y compris dans les expressions courantes : ASAP signifie « As Soon As Possible », DOA « Dead on Arrival » et les deux acronymes s’utilisent telles quelles dans le langage parlé. Je suis donc obligé d’adapter. ASAP devient « Fissa » et DOA, « DCD ». Plus que de l’adaptation, la traduction de comic-books est souvent une re-création. 

De nombreuses années plus tard en 2004, j’aurai l’occasion de traduire de nouveau des comics. L’éditeur de Semic France, qui distribue alors encore les comics de DC (la firme propriétaires des personnages de Batman et Superman), a décidé de publier un recueil des aventures de Batman dessinés par Neal Adams, l’un des plus grands dessinateurs des années 70.  Il connaît mon intérêt pour les comic-books (j’ai écrit entretemps un grand livre sur les super-héros) et me propose d’écrire une préface. Je lui demande qui traduit et, comme il ne le sait pas encore, je propose de le faire : les histoires qu’il va publier, je les ai lues quand j’avais 12 ou 13 ans. Les traduire (pour certaines, les retraduire correctement, car les éditions de BD étrangères en fascicule bon marché, dans les années 60 étaient plutôt bâclées) c’est une occasion de renouer avec mon enfance. Et pour rester dans le ton de l’époque, ma traduction essaiera de retrouver le vocabulaire et le ton des années 60, celui que je lisais dans les romans pour la jeunesse et les récits de science-fiction… C’est probablement de ce recueil (Batman par Adams, Semic, 2005) que je suis le plus fier, mais malheureusement, je crois qu’il est désormais introuvable, la maison d’édition lyonnaise ayant perdu les droits des personnages au profit d’une multinationale italienne.  

Ma collaboration avec le fabriquant de jeux vidéos (que je ne verrai jamais et avec qui je serai toujours en contact par téléphone puis par courriel) se terminera de manière un peu abrupte,  deux ou trois ans plus tard. Pour des raisons que j’ignore, mon employeur me paye de manière de plus en plus irrégulière au point qu’arrive un jour où je refuse de continuer mes traductions pour lui : il me doit environ 16.000 francs (2500 €) de l’époque. J’ai beau le relancer, rien n’y fait : on me promet un chèque qui n’arrive jamais, et pendant ce temps, moi, je mange mon frein en me demandant comment je vais payer mes traites.

On est en 1995 ou 1996, MPJ et moi avons acheté une maison suffisamment grande pour y loger nos 7 enfants (les cinq nés de nos premiers mariages et les jumeaux, nés en 1993 après deux ans de vie commune et mon départ du cabinet médical). Le remboursement de cette maison est notre priorité (avec l’alimentation, les vêtements, les transports…). Nous travaillons tous les deux, mais nous n’avons pas un sou d’avance.

Comment faire pour récupérer le juste salaire d’un travail que j’ai fait avec d’autant plus de sérieux qu’il est un des plus agréables qu’on m’ait confiés ?
Le pire qu’on puisse faire à un commerçant c’est d’altérer son image…  Dans l’espoir de faire céder mon mauvais payeur, je bluffe : je lui explique que je travaille à Que Choisir et dans plusieurs revues d’informatique qui publient des revues des jeux  qu’il conçoit et commercialise et que s’il ne me verse pas ce qu’il me doit dans la semaine, il aura droit à la pire campagne de contre-publicité du siècle. Et vous savez quoi ? Le jour même où j’envoie mon courriel (je vous jure !) un message m’informe que le chèque vient de partir. Ce souvenir précis d’échange de courriel me permet de parler de mes premiers pas sur l’Internet.

D'abord, une précision : je parle toujours de « L’Internet » ou du « Web » à l’américaine (« The Internet », « The (World Wide) Web ») et non « Internet » à la française, comme s’il s’agissait d’une entité souveraine (« Dieu », « De Gaulle », « Matignon »…). Certains me disent que c’est snob, je pense que c’est en fait plus juste. Le terme désigne le « Réseau des Réseaux », le système qui a permis à tous les réseaux de s’interfacer, je pense qu’il mérite un article. Régulièrement, je suis obligé de batailler avec les correcteurs de mes livres qui corrigent mon « L’Internet » en « Internet » et ça m’horripile prodigieusement. On a ses petites manies.

J’ai eu ma première adresse électronique en 1993 ou 1994. Le serveur, Compuserve, aujourd’hui disparu, est alors l’un des plus populaires d’Amérique. Je ne sais plus pourquoi je m’y abonne, mais je le fais dès que je le peux, c’est à dire dès que je peux m’acheter un modem (l’internet passait alors encore par les lignes téléphoniques classiques, via un modem interne installé sur l’ordinateur) et me payer l’abonnement. Au début, les services proposent surtout des informations internationales, des logiciels gratuits à télécharge, l’e-mail bien sûr, mais aussi des forums d’utilisateurs ou d’amateurs : les groupes « alt ». On ne communique pas encore en « chat » comme on le fait couramment aujourd’hui, mais par l’intermédiaire de « mailing lists » : les membres envoient des messages à un modérateur, qui les réexpédie groupés à l’ensemble de la liste. Je m’intéresse essentiellement, à cette époque-là aux forums d’informatique domestique qui peuvent m’aider à améliorer ma connaissance des machines et des logiciels, mais un forum en particulier prendra rapidement une grande importance.  Mais n’anticipons pas.

En 1989, l’année où j’ai publié La Vacation,  je suis tombé sur un livre sensationnel. C’est un beau livre, dans le style des livres de cinéma, richement illustré, mais consacré à une série télévisée. Le Prisonnier, chef-d’œuvre télévisionnaire est signé d’un duo qui m’est jusque là inconnu, Alain Carrazé et Hélène Oswald, et publié chez une maison d’éditions manifestement nouvelle : 8eArt. Un an plus tard, Carrazé récidive avec Jean-Luc Putheaud et Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Des gens qui respectent les séries et ressuscitent de pareille manière les classiques télé de mon enfance sont inévitablement des gens intelligents. Je me suis acheté un magnétoscope en 1982 (après la naissance de mon premier enfant…) et, au milieu des annes 80, l’apparition des chaînes privées et en particulier de Canal et de « La 5 » a permis aux spectateurs français de découvrir des séries inconnues et aux nostalgiques comme moi de revoir leurs séries d’antan. 

J’ai enregistré et revu tout Mission : Impossible (malgré une diffusion dans le désordre le plus total) et j’ai acheté en Allemagne, à la sortie de la version allemande de La Vacation l’extrordinaire The Mission : Impossible Dossier, ouvrage hyperdocumenté du journaliste Patrick White qui raconte par le menu toute la production de la série. M : I (1966-1973) était ma série préférée quand j’avais 12 ou 13 ans. Vingt-cinq ans plus tard, elle n’a rien perdu de sa force narrative et de son intelligence. 

Je prends la plume (enfin, le clavier) et j’écris aux éditeurs de 8e Art en leur disant, en substance, ceci : « Je vous remercie du travail que vous avez déjà accompli. Etant donné la mauvaise réputation des séries américaines, je comprends que vous ayez voulu commencer vos publications par des séries classiques britanniques. J’espère que vous serez amené à traverser l’Atlantique. La série classique par laquelle vous devez commencer, c’est Mission : Impossible et voici pourquoi. » Et je termine ma lettre par une description critique de plusieurs pages. Fin 1991, je reçois un coup de fil d’Alain Carrazé qui me propose de le rencontrer et me dit : « Les lecteurs de 8eArt, à qui nous demandons de nous suggérer quelles séries traiter, nous réclament en majorité Mission : Impossible. Nous avons lu votre lettre avec attention. Voudriez-vous co-écrire le livre avec moi ? »  

Je suis allé le voir très vite. Il m’a présenté Hélène et Pierre Jean Oswald. Leur travail d’éditeurs militants dans plusieurs maisons créées par eux au cours de la deuxième moitié du 20e siècle (Editions Oswald, Nouvelles éditions Oswald/NéO) avait permis de découvrir ou redécouvrir de nombreux auteurs de roman policier, de science-fiction et de littérature fantastique, en particulier grâce à la collection « Le Miroir Obscur ». Après la fin de NéO, leur aventure se poursuivait dans la nouvelle entreprise, modeste mais très courageuse qu’était 8eArt. Entre Pierre Jean, Hélène et moi, la sympathie et l’amitié ont été immédiates. Je n’étais qu’un jeune écrivain, auteur alors d’un seul roman, mais ils m’ont tout de suite adopté, comme l’avaient fait Daniel Zimmermann et Claude Pujade-Renaud quelques années auparavant. Pour eux, j’ai tout de suite été un écrivain et non un simple « fan de séries ». Et le premier livre que j’ai fait pour 8eArt m’est d’autant plus cher qu’il serait impossible à faire aujourd’hui.

Car PJ et H ne voulaient pas publier des livres « pour les fans », mais de beaux livres contenant des textes de qualité. Hélène était tombée amoureuse du Prisonnier et c’est ce qui avait lancé leur nouvelle aventure éditoriale. Mais auparavant, elle regardait peu la télévision et considérait (comme beaucoup d’intellectuels) que les séries étaient des sous-œuvres de mauvaise qualité. Depuis leur rencontre avec Alain Carrazé, qui en avait une connaissance encyclopédique et portait un jugement critique souvent très fin quant à la qualité des productions, les Oswald s’étaient mis à regarder des séries ; ils venaient de publier Destination Danger (série britannique qui avait lancé Patrick McGoohan, le créateur, producteur et acteur du Prisonnier) et en préparaient un autre consacré à Amicalement Vôtre, une série mineure mais très populaire en France à l’époque, et envisageaient déjà une… série de livres décrivant les meilleures œuvres du genre. 

Mission : Impossible, dont j’écrivis toutes les parties analytiques et descriptives (les trois quarts du livre) tandis qu’Alain se chargeait de l’histoire de la production et d’interviews exclusives avec quatre de ses cinq acteurs principaux, fut la cinquième monographie 8eArt. Ce fut aussi la dernière, malheureusement, mais c’est le plus beau livre, esthétiquement parlant, qu’il m’ait été donné de publier. Car la description détaillée des thèmes de la série, le « découpage d’un épisode typique », le travail d’analyse épisode par épisode (il y en eut 171 dans les années 60, 35 lors de la reprise de la série en 1988), les entretiens exclusifs et l’historique de la production sont illustrés de magnifiques photographies que nous envoyèrent un grand nombre de collectionneurs privés et que même les comédiens n’avaient jamais vues. Si je me souviens bien, le tirage était limité (5000 exemplaires) et comme tous les livres 8eArt, l’ouvrage fut vendu par souscription. Les premiers souscripteurs (et les auteurs) eurent droit à une photographie numérotée ne figurant pas dans l’ouvrage. Comme Alain, j’eus droit à une vingtaine d’exemplaires. Chacun des cinq acteurs de la série originelle eut droit aussi à son exemplaire. Barbara Bain (‘Cinnamon Carter’) et Greg Morris (‘Barney Collier’) nous firent l’honneur de nous écrire pour nous remercier. Grâce à Alain, j’eus l’occasion de rencontrer et d’interroger Martin Landau (‘Rollin Hand’) lors d’un passage à Paris… et de lui faire signer l’exemplaire de MPJ (ils ont en effet un point commun…)

Tout ceci pour dire que l’histoire de ma relation écrite avec les séries a commencé par la réalisation d’un rêve d’adolescent. Un rêve que j’ai eu tard (je n’aurais jamais imaginé, en 1968, rencontrer les acteurs de ma série préférée) mais que j’ai pu transformer en un travail de création. Si notre Mission : Impossible n’est pas la mine d’information que reste le livre de Patrick White, ça n’en est pas moins l’un des livres les plus beaux et les plus littéraires qu’on ait jamais consacré à une grande série.

Ma carrière de critique de séries télévisées ne faisait que commencer. Elle allait se poursuivre avec d’autres livres 8eArt mais aussi ma collaboration à deux revues : le trimestriel Génération Séries et l’hebdomadaire Télécâble Satellite Hebdo.

(A suivre…)