lundi 8 mai 2017

Les Histoires de Franz - Présentation, quatrième de couverture et extrait




Les Histoires de Franz est le deuxième volet d’une suite romanesque inaugurée en 2016 par Abraham et fils (qui sera repris à l'automne 2017 par Folio)

Dans ce premier volet, le Docteur Farkas, médecin rapatrié, et son fils Franz, âgé d’une dizaine d’années, arrivaient en 1963 à Tilliers, petite ville de la Beauce, et emménageaient dans une maison ancienne. Ils se liaient à Claire et Luciane, une jeune veuve et sa fille, et élucidaient ensemble l’énigme entourant deux familles juives cachées dans la maison en 1942.  

Le deuxième volet - qui peut être lu sans avoir lu le premier - suit la famille Farkas entre 1965 et 1970. Abraham est devenu médecin responsable de la maternité à l’hôpital local de Tilliers ; Claire et deux de ses amies militent au Planning familial naissant ; Luciane a dix-huit ans et cherche à s’émanciper ; Franz tient un journal, écrit des nouvelles, entretient une correspondance nourrie avec un interlocuteur mystérieux, rencontre au lycée des enseignants hors du commun et se lie à deux adolescents qui, comme lui, viennent de loin. Au fil de leurs engagements, les Farkas croiseront des fantômes – les disparus de la guerre d’Algérie, les laissés-pour-compte de l’empire colonial français – et feront de leur mieux pour les sortir de l’oubli. 

Roman polyphonique, Les Histoires de Franz évoque la France des années soixante à travers d’autres voix que celles des livres d’Histoire.



Le troisième volet s’intitulera Franz en Amérique. 

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Les Histoires de Franz, 
Quatrième de couverture : 

NB : La couverture ci-contre n'est pas définitive : il faut encore qu'on ajoute un "Les" au titre. :-) 




Tilliers, petite ville de France, à la fin des années soixante.
Dans la famille Farkas, Claire (la mère) soutient et transmet, Luciane (la fille) se révolte et s’émancipe ; Abraham (le père) écoute et soigne ;  Franz (le fils) observe et (s’)écrit.
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Ensemble et séparément, ils vivent et racontent les séquelles de la guerre d’Algérie et les conséquences de mai 68 ; la cause des femmes et les silences des hommes ; l’acné juvénile et les cicatrices du colonialisme ; les mélodies des Beatles et les maladies d’amour.

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Extrait 1 


Les murs ont des oreilles
(Perspective narrative)


C’est vrai, j’ai une très bonne mémoire mais, à la vérité, je ne fais aucun effort : chaque fibre de ma carcasse se souvient.  Je ne suis pas juste une maison bourgeoise ou la « maison-du-Docteur-Farkas-et-de-sa-famille », mais une gigantesque boite à souvenirs. Chaque événement qui se déroule entre mes murs s’imprime dans l’usure des tapis, le reflet des miroirs, le jeu des parquets et des tiroirs, les bosses sur les casseroles, la rouille qui teinte goutte à goutte l’émail du lavabo dans la petite salle d’eau.
Et j’imagine qu’il en va de même dans toutes les maisons, tous les appartements, qu’ils soient riches ou pauvres, neufs ou délabrés.
On ne peut pas être habitée ainsi sans s’imprégner de la vie qui passe.
Je parie qu’un jour, un écrivain tentera de fixer tout ça dans un livre - il y représentera, mettons, un immeuble dont la façade aura été enlevée et décrira toutes les pièces du devant, les habitants, leurs chats, leurs buffets, leurs horloges, leurs bouilloires.
En attendant, tout ce qui se passe ici, tout ce qui passe par ici, je le conserve soigneusement par-devers moi, car telle est ma nature. Je ne vois pas au-delà de mes murs, mais j’entends les voix résonner tout autour : dans la rue du Crocus (ou des Crocus, tout dépend par quel bout on la prend), dans la rue Aliénor-d’Héraby, dans la cour du presbytère tout au bout de l’îlot, mais aussi de l’autre côté du mur de la maison voisine.
Je vois, j’entends, je retiens, je contiens, j’accumule les histoires. Celles qui se déroulent et celles qu’on raconte, qu’on répète, qu’on invente, qu’on chuchote et qu’on écrit ici. Qu’on murmure sur le pas de la porte ou au téléphone. Qu’on lit dans les journaux ou qu’on entend sortir d’un haut-parleur. 
Je n’ai pas toujours su que je contenais tout ça. Je n’en ai pas toujours eu conscience. Longtemps, je me suis tenue dans un demi-sommeil. Je sentais les vies se dérouler, se heurter, se défaire sans savoir que j’en faisais partie, que j’en étais le théâtre. C’est l’arrivée d’Abraham et de Franz qui m’a réveillée, révélée à moi-même.
Brusquement, j’ai compris que les ombres qui défilaient dans les couloirs étaient des êtres de chair et de sang, que les sons qu’ils produisaient étaient des émotions, que leurs entrées et leurs sorties étaient de la vie.
La vie d’Abraham, de Franz, de Claire et de Luciane a fait vibrer l’écho des vies passées. Alors, je n’ai plus seulement vu et entendu, je me suis mise à regarder et à écouter. À tout garder en moi, vivant.
Et un jour, je me suis rendu compte que je pouvais aussi parler - enfin, si l’on peut dire - et que Franz m’entendait. Car il écoutait, lui aussi. Il écoute tout. Quand il avait neuf ou dix ans, il s’allongeait sur le sol de la chambre de son père pour l’entendre parler avec ses patients par un petit soupirail. Il en a entendu de belles.
Petit à petit, on s’est mis à « bavarder », tous les deux. Enfin, si l’on peut dire. Il ne sait pas que je l’écoute parler tout haut quand il est seul, ou la nuit quand il est éveillé et murmure au fond de son lit ; il ne sait pas non plus que je lis par-dessus son épaule quand il lit et quand il écrit ; il ne sait pas, enfin, que je lui souffle des choses à l’oreille.
Je ne perds pas une miette de ce qu’il dit ou fait. De mon côté, quand j’agite un indice, une idée, une intuition sous son nez, il l’aperçoit. Parfois. Et parfois, il s’accroche et les suit jusqu’au bout. Au fil des années, ça a produit quelques résultats intéressants…
Mais le plus clair de mon temps, je le passe à emmagasiner tout ce qui résonne ici.
Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça n’arrête pas.

Il y a les sons de tout le monde :
La sonnerie du téléphone et le toc-toc du marteau en forme de dauphin à la porte d’entrée.
Les portes qui s’ouvrent et qui se ferment, qui claquent et qui tapent, qui chuintent et qui grincent.
La voix de la radio annonçant les nouvelles au milieu des tintements de vaisselle et de casseroles, dans la cuisine pendant que le ragoût frémit.
Les conversations dans le cabinet d’Abraham, qui montent le long du conduit d’aération et bruissent à travers le soupirail de la chambre, avant d’aller se perdre au deuxième étage.
Le bruit de l’aspirateur quelque part dans la maison.
Un volet qui bat.
Les borborygmes dans les conduites et le goutte à goutte dans le grenier, derrière le ballon du chauffage.
Le générique d’une émission à la télévision, dans le salon.

Et les sons de chacun :
Les Mmmhh d’Abraham écoutant ses patients et ses Respirez fort quand il les ausculte.
Le cliquetis de la machine à écrire de Claire et sa voix quand elle répond au téléphone.
Le crachotement du saphir quand Luciane écoute une énième fois Barbara sur son Teppaz blanc et ses larmes quand elle chante avec elle.
Et, dans la chambre de Franz, le froissement des pages et ses hoquets de rire quand il lit Les Dingodossiers ou La Rubrique à Brac.

Et puis les déplacements dans le labyrinthe des couloirs - les corps des habitants et ceux des invités, de l’entrée au bureau, à la cuisine, au salon, au jardin, et leur ascension vers les chambres pour aller y chercher un objet oublié, se réfugier pour lire ou écrire ou pleurer, ou aller se détendre, s’étendre, s’étreindre.
Je vois les corps, et les jardins secrets. Ces cachettes que personne ne voit et n’explore, sauf le premier intéressé.
*
Prenez le secrétaire de Franz. C’est un meuble droit et étroit, haut d’un mètre cinquante environ, portant à sa partie supérieure deux étagères vitrées, à sa partie inférieure trois autres étagères cachées par une porte doublée d’un abattant qui sert de plan de travail. Franz a fait ses devoirs dessus de la fin de ses classes de primaire à ses premières années du lycée. À la fin de la cinquième, ses parents lui ont acheté un vrai bureau, et le secrétaire est devenu son coffre à trésors. Il range en haut ses livres les plus précieux et cache, en bas, derrière la porte fermée à clé, des cahiers, des carnets, des lettres et des dessins, des textes, des opuscules et des magazines.
Je connais tous les papiers secrets qu’il garde dans son saint des saints, car je l’ai vu les écrire ou les feuilleter, les cacher ou les sortir pour les lire en cachette la nuit, sous ses couvertures.

Sur les premières pages d’un de ses cahiers, on peut lire la liste suivante :

Histoire(S)
Livre d’histoire
Histoires de famille
« Tu connais l’histoire de Toto à vélo ? » 
Histoires d’amitiés
Histoires d’amour
Histoires de cul
« Dans quelle histoire es-tu donc encore allé te fourrer ? »
Histoires drôles
Histoires à pleurer
« Pour faire un bon film, il faut trois choses : une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire. » (John Ford)
Histoire de l’art
Histoire de l’humanité
Une vie sans histoires
« Ne fais pas donc d’histoires ! »
Histoires de temps
Histoires d’argent
Une histoire de fou !
« Laisse-la donc raconter son histoire ! »
C’est de l’Histoire Ancienne
Histoire moderne
Pour la petite histoire
La grande Histoire
L’Histoire avec sa grande hache
Le sens de l’Histoire
En faire toute une histoire
L’histoire d’un instant
« Tu me soûles, avec tes histoires ! »
Histoire d’un combat
Histoire sainte
Histoires sans paroles
Préhistoire
« Et voilà comment on écrit l’histoire, Môssieur ! »
Une sale histoire
Une histoire bien embrouillée
Ma propre histoire
Histoires mystérieuses
« Oh, là, la ! C’est une longue histoire… » 
Histoires à ne pas dormir la nuit
Histoires extraordinaires
Les gens heureux n’ont pas d’histoire
Une belle histoire
Une histoire à dormir debout
Et cela, mes amis, c’est une autre histoire…

Ces cahiers m’émeuvent. J’ai le sentiment qu’ils font partie de moi.
J’ai aussi un faible pour le tout petit classeur à couverture cartonnée dans lequel il inscrit, inscrira, sur des fiches bristol à petits carreaux, ses accomplissements, ses idées, ses projets.

Textes plus ou moins achevés :
- La partie de billes
- La voix dans le soupirail
- Le couloir de nulle part
- Les pas dans le grenier
- Un banc au clair de lune
- La fille du temps
- Le bébé dans l’ascenseur

Textes en cours d’écriture :
- La Patrouille de l’aube
- Dans la Colonie Educative
- La lèpre
- L’ennemi

Projets esquissés :
- La mère fantôme
- La sylphide dans la colonne

*
Entre mes murs, je vois et j’entends toutes les histoires en même temps, depuis et dans longtemps.
Je les sens aussi, dans les corps de ceux qui vivent et ont vécu ici.
Parfois, silhouettes et saisons se superposent : Franz lit seul au printemps dans le grand fauteuil de sa chambre tandis qu’au même endroit, l’hiver d’une autre année, des amoureux transis et heureux se serrent l’un contre l’autre sur un sofa élimé ; Abraham s’approche de Claire penchée sur son clavier et pose tendrement les mains sur ses épaules tandis que dans la même pièce, quarante ans plus tard, un autre couple se déchire ; Luciane danse et chante à tue-tête dans le jardin comme Julie Andrews dans La Mélodie du bonheur tandis que derrière elle, dans l’ombre, une silhouette enterre quelque chose au pied du bosquet.
Qui est cette ombre, demandez-vous ?  Quand se trouve-t-elle dans le jardin ? Plus tôt ? Plus tard ? Attendez, que je réfléchisse… Ma mémoire est très précise, mais les époques se mélangent un peu. Tous les souvenirs ne me reviennent pas dans l’ordre. Je ne rajeunis pas, vous savez… 
Mais vous me laissez le temps de retrouver mes esprits, je vais remettre le doigt dessus.
D’ailleurs, mon récit ne fait que commencer, et il ne faut jamais commencer en révélant le pot-aux-roses, la clé de l’énigme, le fin mot de l’histoire.
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Ce ne serait pas du jeu.


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Extrait 2 (publié par la revue en ligne "Secousse")  

Lisez ici "La Ventriloque". 


Les Histoires de Franz sera disponible en librairie fin Août 2017

Cinq semaines à San Francisco - Week One - Haight-Ashbury, Berkeley, Contemporary Jewish Museum, Golden Gate Park, Ocean Beach

Fin février 2017, une amie/correspondante Twitter, @Stefiegraphie, me signale que le Consulat Général de France à San Francisco lance un appel à candidature pour une résidence d'écrivain, "A Room with a View". Pas très convaincu que ma candidature sera retenue, je me rends sur la page tout de même, et je me dis "Pourquoi pas !"

Les conditions sont simples : être déjà publié, avoir au moins un livre traduit en anglais (je n'en ai qu'un, mais il a beaucoup de pages), être disponible aux dates proposées (mai-juin) et avoir un projet d'écriture en rapport avec la ville. La bourse consiste en un billet d'avion, un logement et $750.

Au moment où j'envisage de postuler, je suis en train de rédiger Les Histoires de Franz, la suite de Abraham et fils, et j'ai déjà en tête le titre (et le contenu approximatif) du troisième volume : il s'intitulera Franz en Amérique. Je n'ai pas fixé de manière définitive la destination de Franz mais je vois là l'occasion d'explorer rétrospectivement une région et des moments historiques marquants : si Franz part en Amérique, ce sera en 1971-1972, années riches en événements.

Je rédige donc un projet et je m'inscris.
Fin mars (je suis en France pour une tournée de rencontres/conférences), Stefie me twitte : "On va être voisins". Elle vient de lire sur le fil Twitter du Consulat que je suis lauréat. C'est inespéré (c'est la première fois que je concours à une résidence d'écrivain française) et c'est une belle surprise. Je suis passé brièvement à San Francisco en 1976, lors d'un voyage en Greyhound bus à travers les Etats-Unis, j'en ai gardé des souvenirs plaisants, mais trop brefs. Cette fois-ci, je vais pouvoir arpenter la ville et ses environs de manière beaucoup plus systématique.

Du coup, ça me donne un coup de fouet pour finir Les Histoires de Franz et, de manière assez compréhensible, ça me permet de le conclure en sachant un peu mieux ce que sera la suite. Ce voyage, je le sens, sera une expérience nouvelle et enrichissante à plus d'un titre. D'abord, ça doit être la première fois depuis... 1976, que je pars seul aussi longtemps. (Pendant les quarante ans d'intervalle, j'ai été occupé...) Ce sont à la fois des vacances (je ne "travaille" pas à proprement parler, même si on m'a organisé des rencontres au Lycée français, à Berkeley, au Green Apple Bookstore, au Consulat) et du travail : je vais relire et corriger les épreuves d'un livre et peut-être deux, je fais du repérage pour un troisième et je dois en co-écrire un quatrième sur la douleur avec un de mes amis.

C'est du dépaysement : je ne suis pas venu aux Etats-Unis depuis un bon moment, et jamais si longtemps depuis quarante ans.

Bref, c'est une belle aventure. Et ceci est un journal (en léger différé) de cette aventure.

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Je suis arrivé le 1er mai. L'appartement où je loge, situé sous la résidence du Consul général de France, se trouve a quelques "blocs" au sud du Golden Gate Park, entre les quartiers de Cole Valley et de Inner Sunset. C'est un quartier très gentrifié, quadrillé par de nombreuses lignes de bus et de tramway.

L'après-midi de mon arrivée, j'étais attendu par Stéphane Ré, un des membres du service culturel qui m'a emmené au Consulat rencontrer ses collègues. Nous avons pris un café sur la terrasse de l'immeuble, sur Kearny Street.


(De gauche à droite : Mar Roig, Hannah Loué, Emilie Passerieux, Stéphane Ré.)

J'ai tout de suite acheté un passe de transport en commun : 100 $ pour le mois (90 Euros), ce qui à mon avis est la manière la moins coûteuse de se déplacer en ville. Le passe est valable pour les bus,et tramways (MUNI et le métro (BART) dans SF intramuros. Je pensais avoir à louer une voiture, mais le BART permet également d'aller à Berkeley et Oakland, les villes voisines, où se déroulera Franz en Amérique (du moins en partie).

Deux jours après mon arrivée, je me suis baladé autour de l'intesection Haight-Ashbury, repère historique de la contre-culture et de la communauté hippie des années 60-70 avec Eglantine Colon, professeur de littérature française à Berkeley,  qui fait partie du comité de sélection. Elle vit aux Etats-Unis depuis plusieurs années ; elle a fait sa thèse à Duke University, en Caroline du Nord. Nous avons (entre autres) parlé d'Alice Kaplan, qui a longtemps travaillé à Duke.

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Aparté : 
Alice Kaplan est l'auteure de plusieurs livres importants centrés sur des écrivains français et américains du milieu du 20e siècle. Elle a traduit Louis Guilloux et Roger Grenier en anglais.

Je l'ai rencontrée il y a une quinzaine d'années après avoir traduit (sur la proposition de Philippe Lejeune) un texte parlant de la réception de son livre autobiographique, French Lessons. C'est un beau livre sur son expérience d'un an en France, pendant sa troisième année d'université. J'y ai bien sûr trouvé des échos de ma propre expérience d'une année dans le Minnesota, racontée dans Légendes. 

Malheureusement, il n'existe pas de traduction de French Lessons. Après avoir constaté que le traducteur commandité par Gallimard "inventait" des choses qui n'étaient pas dans l'original, Alice K. m'a confié avoir fait usage de son droit moral pour refuser que la traduction soit publiée. C'est vraiment dommage.

Depuis ce beau texte, Alice K. a publié plusieurs livres importants concernant des écrivains, notamment :
Intelligence avec l'ennemi : le procès Brasillach (Folio)
Trois Américaines à Paris : Jacqueline Bouvier Kennedy, Susan Sontag, Angela Davis (Gallimard)
En quête de "L' Etranger" (Gallimard)  
J'ai beaucoup appris en les lisant sur la France et le regard que les intellectuels américains portent sur elle.





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Mercredi, Eglantine C. et moi avons longé Haight Street et ses reliquats des sixties jusqu'au Buena Vista Park et parlé de beaucoup d'autres choses - littérature et culture en général, mais aussi santé des femmes et gender studies. 

Le jeudi, j'étais invité à donner une lecture dans son département.

Voici des photos d'Eglantine C. et du public qui avait eu la gentillesse d'assister à la rencontre.














La fin de semaine s'est passée en visites et balades.
Le deuxième jour, je m'étais rendu à Green Apple Books on the Park, tout près du Golden Gate Park.
J'y ai salué Noah Mintz, libraire et traducteur qui lui aussi fait partie du jury de sélection de la résidence.
J'en ai profité pour acheter quelques livres et manuels pour m'aider à explorer la ville.
- un plan papier (je trouve ça plus facile à lire que les cartes en ligne),
- une série de cartes "City Walks" (ci-dessus) avec cinquante promenades à pied dans SF (il existe une autre version pour les cyclistes)
et deux livres, dont l'épatant San Francisco Noir, 
qui recense tous les films noirs situés ET filmés (en partie au moins) à San Francisco. Depuis Le faucon maltais jusqu'à The Game, en passant par  Vertigo, Bullitt et bien d'autres.


Vendredi :  Contemporary Jewish Museum, sur Mission Street (non loin du SF MOMA, le musée d'art moderne de SF, que j'irai voir plus tard).
Le CJM est construit sur le site (et à l'intérieur des murs) d'un bâtiment très ancien : le centre de production d'électricité de SF, qui fonctionna jusqu'en 1968, puis fut désaffecté et resta intact jusqu'à la fin des années 90, car c'était un monument historique.
L'architecte qui l'a construit - ou plutôt, qui a "inséré" le nouveau bâtiment dans l'ancien - est Daniel Liebeskind qui a conçu le Musée Juif de Berlin.

La spécificité du CJM c'est que ce n'est pas un musée avec une collection permanente, ni un musée historique, mais un musée qui ne reçoit que des expositions spécifiquement conçues pour lui, ou itinérantes. La seule oeuvre permanente du CJM, c'est le musée lui-même. Et il vaut la peine d'être vu en tant qu'oeuvre architecturale. A noter que j'étais le seul visiteur,  j'ai donc bénéficié à moi tout seul des connaissances de la guide, Deborah, la "docent" (retraitée volontaire) présente ce jour-là. Je sais désormais que pendant l'année où Franz sera dans la région (1971-1972), le Jessie Street Power Substation, qu'il occupe désormais, était un bâtiment inoccupé, encore rempli de turbines électriques et de coursives en métal (certaines y sont toujours visibles). 



Samedi : Golden Gate Park 

Le GG Park (412 ha) , c'est le Central Park (ou, pour mes amis de Montréal, le Parc Lafontaine) de SF. (NB : Central Park fait  341 ha, le Parc Lafontaine 36) 
On peut le parcourir en vélo (il y a plusieurs kiosques de location aux entrées) ou à pied. C'est un lieu de pique-nique, de balade, de réunion, de rencontres, de musique, de sport (il y a plusieurs stades et des courts de tennis) ; on y trouve des musées (le musée de Young, le Musée des Sciences), un jardin japonais qui date de 1894, un mémorial aux victimes du SIDA, un jardin botanique... 



Je voulais aller voir une exposition dédiée au "Summer of Love" de 1967 (c'est le 40e anniversaire cette année, ça tombe bien !) au de Young mais un samedi, ça grouillait de monde, j'y retournerai un autre jour, tôt le matin. En attendant, j'ai longé la moitié du parc et je l'ai traversé deux fois de part en part, et rien que ça valait la balade. Et puis j'y ai retrouvé un vieux copain, Will S.,  qui berce les soirées de Franz à Londres à la fin des Histoires de Franz. 










Dimanche : Ocean Beach 

C'est la plage qui longe toute la côte ouest de SF. J'ai commencé ma balade à la pointe nord-ouest, sur le site des anciens Sutro Bath et de Cliff House, et après avoir (du bout de mes souliers) posé les pieds sur l'eau du Pacifique, j'ai marché le long de la plage jusqu'à Judah street, au sud du Golden Gate Park. 






Il y avait des baigneurs, des familles avec leurs enfants, des promeneurs de tous les âges, des voyageurs dans leur minibus (en haut, la chambre des maîtres ; en bas, la chambre des chiens), des joueurs de volley ball, des cyclistes... 






La ligne "N - Judah" du tramway traverse San Francisco d'est en ouest et elle passe à une rue de la résidence. (Ou plutôt, de l'escalier que j'emploie pour y accéder.) 
Jusqu'ici, je l'avais surtout empruntée pour aller vers l'est ou revenir à la résidence. Cette fois-ci, je l'ai prise pour revenir d'Ocean Beach. 

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Aparté : 
Adolescent, j'ai lu une série de romans policiers de Ellery Queen intitulés "La Chronique de Wrightsville". Dans un des romans ("Le roi est mort" ? "La Décade prodigieuse") un homme très riche a un fils qu'il nomme Judas parce que (si je me souviens bien) sa femme est morte en le mettant au monde. Plus tard, la gouvernante ou l'institutrice de l'enfant lui dit qu'elle va changer son nom en changeant juste une lettre (s en h) car si Judas est le nom d'un traître, Judah (orthographe anglaise) est le nom d'un grand roi - (Judas Maccabée). 
Ici, la ligne est nommée en honneur de Theodore Judah l'ingénieur des chemins de fer qui contribua à construire la ligne transcontinentale, en particulier sur sa section "Central Pacific Railroad" 


J'aime beaucoup le tramway de SF. Il est lent mais fiable, les voitures le laissent passer sans s'énerver, il circule et s'arrête au milieu de la rue, il se transforme en métro au centre-ville en se glissant (lentement mais sûrement) dans un tunnel et il en passe toutes les cinq à quinze minutes selon l'heure de la journée. 

Une constatation assez surprenante pour une grande ville américaine : SF est très peu bruyante dans les quartiers où j'ai circulé jusqu'ici (plutôt résidentiels) : une grande partie des véhicules individuels sont des voitures hybrides (donc, très silencieuses) et les transports en commun sont électriques... 

C'est tout pour cette semaine. More to come next week. 
Si vous avez des questions sur San Francisco, Berkeley ou Oakland, pendant que j'y suis, envoyez-les moi à martinwinckler/at/gmail.com, j'essaierai d'y répondre. 

San Francisco, Cole Valley Café, le 8 mai 2017

De votre correspondant sur place, 
Mar(c)tin Winckler












lundi 20 mars 2017

Alors elle se tait - par Florence Braud


Coralie a 20 ans. Elle est élève aide-soignante. Dans le service d'orthopédie dans lequel elle effectue son stage, elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Des gestes parfois brusques, des paroles blessantes. Mais Coralie ne dit rien. Parce qu'elle est stagiaire. Parce qu'elle doit valider son stage. Parce que ça n'est pas à elle, la petite jeune, de dire quelque chose aux soignants diplômés. Alors elle se tait.

Coralie a 22 ans. Diplômée depuis peu, elle effectue des missions d'intérim. Dans certains établissements, elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Des moqueries, des toilettes vite expédiées. Mais ça n'est pas à elle, l'intérimaire de passage, de dire quelque chose. Alors elle se tait.

Coralie a 25 ans. Après quelques années d'intérim, elle aimerait se poser un peu. Elle enchaîne les CDD au sein d'un EHPAD, en espérant décrocher un CDI. Elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Des petites humiliations quotidiennes, des repas trop vite expédiés. Mais Coralie espère un CDI, alors ça n'est pas le moment de se mettre l'équipe à dos. Et puis, ça n'est pas à elle, la remplaçante, de dire quelque chose. Alors elle se tait.

Coralie a 26 ans. Elle est enfin en CDI. Elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Des sonnettes débranchées, des résidents qui restent dans leurs protections souillées trop longtemps. Mais bon, elle est en période d'essai, alors serait-ce prudent d'aller critiquer ses collègues en ce moment? Et puis, est-ce vraiment à elle de le faire? L'infirmière serait mieux placée qu'elle non? Alors elle se tait.

Coralie a 30 ans. Elle est toujours en CDI dans le même EHPAD. Elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Mais cette année, elle passe le concours infirmier et, si tout se passe bien, sa formation sera financée par son employeur. Ce serait dommage de passer à côté d'une si belle occasion pour quelques paroles malheureuses! Alors elle se tait.

Coralie a 32 ans. Elle est élève infirmière. Dans le service de gastro-entérologie dans lequel elle effectue son stage, elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Des jugements, des sarcasmes, des "il l'a bien mérité". Mais Coralie doit valider son stage. Alors elle se tait.

Coralie a 35 ans. Elle est infirmière. De retour à l'EHPAD, elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Mais c'est compliqué, parce que bon, quand même, ça fait 10 ans qu'elle travaille ici, alors elle ne se voit pas jouer à la cheffe avec ses collègues. Alors elle se tait.

Coralie a 45 ans. Elle s'est habituée aux choses qui la mettaient mal à l'aise. Les jugements, les moqueries, les gestes un peu brusques... Elle s'est habituée à tout ça, parce qu'au fond, cette équipe est sympa, tout le monde se connaît depuis longtemps ici, c'est un peu comme une grande famille. Et puis, il faut avouer que certains résidents sont difficiles quand même, alors rire un peu entre collègues, ça détend, ça permet de supporter les conditions de travail et les horaires à rallonge. Alors elle se tait.

Coralie a 90 ans. Infirmière à la retraite, elle est en EHPAD. Mais maintenant, quasi grabataire, elle ne passe plus ses journées en salle de soins mais dans sa petite chambre. Et, du fond de son lit, elle voit et entend des choses qui la mettent mal à l'aise. Des gestes brusques, des paroles déplacées, des moqueries. Mais ni les stagiaires, ni les aides-soignants, ni les infirmiers ne disent jamais rien à personne. Et elle, Coralie, n'ose jamais se plaindre, parce qu'elle sait bien que les soignants sont débordés, parce que certains sont quand même gentils avec elle, et parce que ça pourrait être pire après tout. Alors elle se tait.



mercredi 1 mars 2017

Rencontres et conférences en mars 2017

Fin février 2017, une amie/correspondante Twitter, @Stefiegraphie, me signale que le Consulat Général de France à San Francisco lance un appel à candidature pour une résidence d'écrivain, "A Room with a View". Pas très convaincu que ma candidature sera retenue, je me rends sur la page tout de même, et je me dis "Pourquoi pas !"

Les conditions sont simples : être déjà publié, avoir au moins un livre traduit en anglais (je n'en ai qu'un, mais il a beaucoup de pages), être disponible aux dates proposées (mai-juin) et avoir un projet d'écriture en rapport avec la ville. La bourse consiste en un billet d'avion, un logement et $750.

Au moment où j'envisage de postuler, je suis en train de rédiger Les Histoires de Franz, la suite de Abraham et fils, et j'ai déjà en tête le titre (et le contenu approximatif) du troisième volume : il s'intitulera Franz en Amérique. Je n'ai pas fixé de manière définitive la destination de Franz mais je vois là l'occasion d'explorer rétrospectivement une région et des moments historiques marquants : si Franz part en Amérique, ce sera en 1971-1972, années riches en événements.

Je rédige donc un projet et je m'inscris.
Fin mars (je suis en France pour une tournée de rencontres/conférences), Stefie me twitte : "On va être voisins". Elle vient de lire sur le fil Twitter du Consulat que je suis lauréat. C'est inespéré (c'est la première fois que je concours à une résidence d'écrivain française) et c'est une belle surprise. Je suis passé brièvement à San Francisco en 1976, lors d'un voyage en Greyhound bus à travers les Etats-Unis, j'en ai gardé des souvenirs plaisants, mais trop brefs. Cette fois-ci, je vais pouvoir arpenter la ville et ses environs de manière beaucoup plus systématique.

Du coup, ça me donne un coup de fouet pour finir Les Histoires de Franz et, de manière assez compréhensible, ça me permet de le conclure en sachant un peu mieux ce que sera la suite. Ce voyage, je le sens, sera une expérience nouvelle et enrichissante à plus d'un titre. D'abord, ça doit être la première fois depuis... 1976, que je pars seul aussi longtemps. (Pendant les quarante ans d'intervalle, j'ai été occupé...) Ce sont à la fois des vacances (je ne "travaille" pas à proprement parler, même si on m'a organisé des rencontres au Lycée français, à Berkeley, au Green Apple Bookstore, au Consulat) et du travail : je vais relire et corriger les épreuves d'un livre et peut-être deux, je fais du repérage pour un troisième et je dois en co-écrire un quatrième sur la douleur avec un de mes amis.

C'est du dépaysement : je ne suis pas venu aux Etats-Unis depuis un bon moment, et jamais si longtemps depuis quarante ans.

Bref, c'est une belle aventure. Et ceci est un journal (en léger différé) de cette aventure.

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Je suis arrivé le 1er mai. L'appartement où je loge, situé sous la résidence du Consul général de France, se trouve a quelques "blocs" au sud du Golden Gate Park, entre les quartiers de Cole Valley et de Inner Sunset. C'est un quartier très gentrifié, quadrillé par de nombreuses lignes de bus et de tramway.

L'après-midi de mon arrivée, j'étais attendu par Stéphane Ré, un des membres du service culturel qui m'a emmené au Consulat rencontrer ses collègues. Nous avons pris un café sur la terrasse de l'immeuble, sur Kearny Street.

J'ai tout de suite acheté un passe de transport en commun : 100 $ pour le mois (90 Euros), ce qui à mon avis est la manière la moins coûteuse de se déplacer en ville. Le passe est valable pour les bus,et tramways (MUNI et le métro (BART) dans SF intramuros. Je pensais avoir à louer une voiture, mais le BART permet également d'aller à Berkeley et Oakland, les villes voisines, où se déroulera Franz en Amérique (du moins en partie).

Deux jours après mon arrivée, je me suis baladé autour de l'intesection Haight-Ashbury, repère historique de la contre-culture et de la communauté hippie des années 60-70 avec Eglantine Colon, professeur de littérature française à Berkeley,  qui fait partie du comité de sélection. Elle vit aux Etats-Unis depuis plusieurs années ; elle a fait sa thèse à Duke University, en Caroline du Nord. Nous avons (entre autres) parlé d'Alice Kaplan, qui a longtemps travaillé à Duke.

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Aparté : 
Alice Kaplan est l'auteure de plusieurs livres importants centrés sur des écrivains français et américains du milieu du 20e siècle. Elle a traduit Louis Guilloux et Roger Grenier en anglais.

Je l'ai rencontrée il y a une quinzaine d'années après avoir traduit (sur la proposition de Philippe Lejeune) un texte parlant de la réception de son livre autobiographique, French Lessons. C'est un beau livre sur son expérience d'un an en France, pendant sa troisième année d'université. J'y ai bien sûr trouvé des échos de ma propre expérience d'une année dans le Minnesota, racontée dans Légendes. 

Malheureusement, il n'existe pas de traduction de French Lessons. Après avoir constaté que le traducteur commandité par Gallimard "inventait" des choses qui n'étaient pas dans l'original, Alice K. m'a confié avoir fait usage de son droit moral pour refuser que la traduction soit publiée. C'est vraiment dommage.

Depuis ce beau texte, Alice K. a publié plusieurs livres importants concernant des écrivains, notamment :
Intelligence avec l'ennemi : le procès Brasillach (Folio)
Trois Américaines à Paris : Jacqueline Bouvier Kennedy, Susan Sontag, Angela Davis (Gallimard)
En quête de "L' Etranger" (Gallimard)  
J'ai beaucoup appris en les lisant sur la France et le regard que les intellectuels américains portent sur elle.





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Mercredi, Eglantine C. et moi avons longé Haight Street et ses reliquats des sixties jusqu'au Buena Vista Park et parlé de beaucoup d'autres choses - littérature et culture en général, mais aussi santé des femmes et gender studies. 

Le jeudi, j'étais invité à donner une lecture dans son département.

Voici des photos d'Eglantine C. et du public qui avait eu la gentillesse d'assister à la rencontre.














La fin de semaine s'est passée en visites et balades.
Le deuxième jour, je m'étais rendu à Green Apple Books on the Park, tout près du Golden Gate Park.
J'y ai salué Noah Mintz, libraire et traducteur qui lui aussi fait partie du jury de sélection de la résidence.
J'en ai profité pour acheter quelques livres et manuels pour m'aider à explorer la ville.
- un plan papier (je trouve ça plus facile à lire que les cartes en ligne),
- une série de cartes "City Walks" (ci-dessus) avec cinquante promenades à pied dans SF (il existe une autre version pour les cyclistes)
et deux livres, dont l'épatant San Francisco Noir, 
qui recense tous les films noirs situés ET filmés (en partie au moins) à San Francisco. Depuis Le faucon maltais jusqu'à The Game, en passant par  Vertigo, Bullitt et bien d'autres.


Vendredi :  Contemporary Jewish Museum, sur Mission Street (non loin du SF MOMA, le musée d'art moderne de SF, que j'irai voir plus tard).
Le CJM est construit sur le site (et à l'intérieur des murs) d'un bâtiment très ancien : le centre de production d'électricité de SF, qui fonctionna jusqu'en 1968, puis fut désaffecté et resta intact jusqu'à la fin des années 90, car c'était un monument historique.
L'architecte qui l'a construit - ou plutôt, qui a "inséré" le nouveau bâtiment dans l'ancien - est Daniel Liebeskind qui a conçu le Musée Juif de Berlin.

La spécificité du CJM c'est que ce n'est pas un musée avec une collection permanente, ni un musée historique, mais un musée qui ne reçoit que des expositions spécifiquement conçues pour lui, ou itinérantes. La seule oeuvre permanente du CJM, c'est le musée lui-même. Et il vaut la peine d'être vu en tant qu'oeuvre architecturale. A noter que j'étais le seul visiteur,  j'ai donc bénéficié à moi tout seul des connaissances de la guide, Deborah, la "docent" (retraitée volontaire) présente ce jour-là. Je sais désormais que pendant l'année où Franz sera dans la région (1971-1972), le Jessie Street Power Substation, qu'il occupe désormais, était un bâtiment inoccupé, encore rempli de turbines électriques et de coursives en métal (certaines y sont toujours visibles). 



Samedi : Golden Gate Park 

Le GG Park (412 ha) , c'est le Central Park (ou, pour mes amis de Montréal, le Parc Lafontaine) de SF. (NB : Central Park fait  341 ha, le Parc Lafontaine 36) 
On peut le parcourir en vélo (il y a plusieurs kiosques de location aux entrées) ou à pied. C'est un lieu de pique-nique, de balade, de réunion, de rencontres, de musique, de sport (il y a plusieurs stades et des courts de tennis) ; on y trouve des musées (le musée de Young, le Musée des Sciences), un jardin japonais qui date de 1894, un mémorial aux victimes du SIDA, un jardin botanique... 



Je voulais aller voir une exposition dédiée au "Summer of Love" de 1967 (c'est le 40e anniversaire cette année, ça tombe bien !) au de Young mais un samedi, ça grouillait de monde, j'y retournerai un autre jour, tôt le matin. En attendant, j'ai longé la moitié du parc et je l'ai traversé deux fois de part en part, et rien que ça valait la balade. Et puis j'y ai retrouvé un vieux copain, Will S.,  qui berce les soirées de Franz à Londres à la fin des Histoires de Franz. 










Dimanche : Ocean Beach 

C'est la plage qui longe toute la côte ouest de SF. J'ai commencé ma balade à la pointe nord-ouest, sur le site des anciens Sutro Bath et de Cliff House, et après avoir (du bout de mes souliers) posé les pieds sur l'eau du Pacifique, j'ai marché le long de la plage jusqu'à Judah street, au sud du Golden Gate Park. 






Il y avait des baigneurs, des familles avec leurs enfants, des promeneurs de tous les âges, des voyageurs dans leur minibus (en haut, la chambre des maîtres ; en bas, la chambre des chiens), des joueurs de volley ball, des cyclistes... 






La ligne "N - Judah" du tramway traverse San Francisco d'est en ouest et elle passe à une rue de la résidence. (Ou plutôt, de l'escalier que j'emploie pour y accéder.) 
Jusqu'ici, je l'avais surtout empruntée pour aller vers l'est ou revenir à la résidence. Cette fois-ci, je l'ai prise pour revenir d'Ocean Beach. 

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Aparté : 
Adolescent, j'ai lu une série de romans policiers de Ellery Queen intitulés "La Chronique de Wrightsville". Dans un des romans ("Le roi est mort" ? "La Décade prodigieuse") un homme très riche a un fils qu'il nomme Judas parce que (si je me souviens bien) sa femme est morte en le mettant au monde. Plus tard, la gouvernante ou l'institutrice de l'enfant lui dit qu'elle va changer son nom en changeant juste une lettre (s en h) car si Judas est le nom d'un traître, Judah (orthographe anglaise) est le nom d'un grand roi - (Judas Maccabée). 
Ici, la ligne est nommée en honneur de Theodore Judah l'ingénieur des chemins de fer qui contribua à construire la ligne transcontinentale, en particulier sur sa section "Central Pacific Railroad" 


J'aime beaucoup le tramway de SF. Il est lent mais fiable, les voitures le laissent passer sans s'énerver, il circule et s'arrête au milieu de la rue, il se transforme en métro au centre-ville en se glissant (lentement mais sûrement) dans un tunnel et il en passe toutes les cinq à quinze minutes selon l'heure de la journée. 

Une constatation assez surprenante pour une grande ville américaine : SF est très peu bruyante dans les quartiers où j'ai circulé jusqu'ici (plutôt résidentiels) : une grande partie des véhicules individuels sont des voitures hybrides (donc, très silencieuses) et les transports en commun sont électriques... 

C'est tout pour cette semaine. More to come next week. 
Si vous avez des questions sur San Francisco, Berkeley ou Oakland, pendant que j'y suis, envoyez-les moi à martinwinckler/at/gmail.com, j'essaierai d'y répondre. 

San Francisco, Cole Valley Café, le 8 mai 2017

De votre correspondant sur place, 
Mar(c)tin Winckler













vendredi 3 février 2017

"La La Land", film catastrophe (La séquence du spectateur, 2)

La semaine dernière, je suis allé voir La La Land avec ma blonde.

Ma blonde est canadienne ; bien qu'on n'ait pas grandi avec les mêmes films et les mêmes chansons, sa culture musicale et cinématographique est au moins aussi étendue que la mienne et c'est avec un plaisir non déguisé qu'on s'apprêtait à passer deux heures à chanter et danser par écran interposé.

On est sortis anéantis. Et très en colère.

Loin de moi l'idée de gâcher le plaisir de celles et ceux qui sont revenus enchantés du film de Damien Chazelle. C'est leur droit le plus strict, les goûts et les couleurs ça ne se discute pas et je n'ai pas l'intention, ici, de dénigrer le leur. Mais j'ai très envie d'expliquer pourquoi je ne partage pas l'enthousiasme d'une partie de la critique et du public à l'égard de ce film. Pour que ceux et celles qui n'ont pas aimé se sentent moins seuls, et n'aient pas le sentiment d'être des andouilles qui n'ont rien compris. Ce n'est pas le cas. On a le droit de ne pas aimer La La Land ou de l'avoir trouvé pas terrible pantoute, et de s'être ennuyé(e) ; sans avoir honte de le dire.
***

D'abord, une réminiscence : Quand j'étais gamin, j'allais souvent au cinéma le dimanche après-midi avec mon frangin. Le cinéma était sur la place de la mairie, à deux pas de notre maison, on y allait sans nos parents alors qu'on n'avait que dix et douze ans, et on allait voir ce qu'on voulait : des westerns, des films d'aventure et des films de guerre. Les films un peu plus "adultes" (les drames psychologiques) ne nous intéressaient pas, évidemment.



A partir de l'âge de douze ou treize ans, sans doute influencé par l'exposition hebdomadaire à Pierre Tchernia officiant l'émission "Monsieur Cinéma", je me suis mis à lire des revues "intellectuelles" comme Positif ou Les Cahiers du Cinéma, des livres consacrés à Orson Welles, John Ford, Howard Hawks et Jerry Lewis. Je me suis mis dans la tête qu'il y avait des bons films et des mauvais (ce qui est vrai) et que seuls les films des "grands réalisateurs" étaient bons (ce qui est évidemment faux).

Un jour, mon frère a voulu aller voir un "western spaghetti". Je ne me rappelle pas le titre mais j'étais farouchement opposé au fait d'y aller. J'avais le sentiment de trahir tout le panthéon du 7e art (Ford, Hawks et Hathaway en tête) en allant voir pareil sous-produit.

Mon père a insisté pour que j'accompagne mon frère, en disant : "Tu ne sais pas si ce film est bon ou mauvais. Et même s'il l'est, pour apprécier les bons films, il faut en voir des mauvais."

J'y suis allé. Le film était (à ma grande honte) moins mauvais que je ne le craignais ; on a passé un très bon moment, et je regrette aujourd'hui de ne pas avoir suffisamment de souvenirs précis pour le rechercher et y rejeter un coup d'oeil. C'est dire à quel point j'étais content de l'avoir vu.

Tout ça pour dire que j'ai depuis longtemps fait une croix sur mes préjugés "élitistes" en matière de cinéma (ou de télévision). Je ne crois pas qu'il y a du "grand" cinéma et du "petit", mais qu'il y a des films qui marquent et font plaisir et d'autres... qui ne laissent pas grand souvenir.

***

On ne voit jamais un film "hors contexte" : il y a les circonstances extérieures (avec qui, dans quel état d'esprit) et ce qu'on pourrait nommer l' "intertextualité" du film : une partie du plaisir qu'on tire de la vision tient, bien évidemment, à toutes les allusions qu'on y trouve à des films antérieurs, à des musiques ou des éléments familiers, à des lieux qu'on connaît, à des émotions déjà ressenties.

C'est particulièrement vrai quand on va voir un film "de genre". Si j'apprécie particulièrement plusieurs des films Marvel (et tout récemment Civil Wars et Doctor Strange) c'est parce que j'y retrouve l'excitation et l'émerveillement de mes lectures de comic-books d'autrefois.




Ou encore, en revoyant pour la quatrième fois Interstellar l'autre jour, je pensais une nouvelle fois que le film de Nolan est en même temps une réminiscence et l'antithèse de 2001 l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick (je me promets d'écrire un papier là-dessus).



Ces dernières semaines, juste après avoir vu l'excellent et émouvant Arrival de Denis Villeneuve, ma blonde et moi avons fait une "cure" de films d'espace - L'étoffe des héros, Space Cowboys, Apollo 13, The Martian, Interstellar, Gravity - et il est frappant de voir comment ces films se répondent les uns aux autres : on voit que les réalisateurs et scénaristes des plus récents ont vu les plus anciens. (Et je ne vous apprendrai pas que la "marche des astronautes au ralenti" d'Armageddon, des monstres dans Monstres et Cie. et de bien d'autres films est un "meme" lancé (dans l'espace) par L'étoffe des héros.)




Cette intertextualité devient une composante essentielle du film quand, par exemple, Sleepless in Seattle (Nuits blanches à Seattle) de Nora Ephron cite visuellement An Affair to remember (Elle et Lui) de Leo McCarey et, (dans une hilarante scène dialoguée entre Tom Hanks et Victor Garber) The Dirty Dozen (Les Douze Salopards) de Robert Aldrich. Le film de Nora Ephron pourrait parfaitement fonctionner sans, mais ces références apportent aux spectateurs un plaisir supplémentaire que personne ne peut bouder tant il donne du relief  aux sentiments des personnages - et donc, aux nôtres.




J'ajouterai enfin que j'ai toujours aimé les comédies musicales, depuis mes premiers films d'Astaire ou de Kelly, en passant par toutes celles que j'ai vues en Amérique quand j'avais dix-sept ans, aussi bien au cinéma que sur scène. J'ai à la maison une flopée de DVD de comédies musicales "classiques" ou récentes, de Singing in the Rain à Chicago en passant par de beaucoup moins connues (mais pas moins réjouissantes) telles Kiss Me Kate, Guys and Dolls ou Newsies. 

J'ai aussi eu la chance d'assister (et d'emmener quatre de mes enfants) à une représentation The Book of Mormon à Broadway en 2014 et c'était ab-so-lu-ment éblouissant.

Autant dire que, lorsque je suis allé voir La La Land - au sujet duquel je n'avais lu aucune critique, aucun descriptif approfondi - j'étais donc dans les meilleures disposition du monde, prêt à apporter tous mes souvenirs de cinéma à l'appréciation de ce film dont tous les commentaires sur FB ou Twitter semblaient n'exprimer que plaisir et bonheur.

***

Et, justement, j'en attendais peut-être trop.

Mais prenons les choses dans l'ordre.

La moindre des choses quand on fait une comédie musicale, c'est de choisir des acteurs qui savent chanter et danser. Ryan Gosling fait bien illusion au piano, mais il n'a pas de voix, et Emma Stone encore moins. A plusieurs reprises, c'est douloureux de l'entendre chanter tant elle force sa voix et ne parvient jamais à la maîtriser. (J'ai trouvé d'ailleurs que pendant tout le film, l'un et l'autre acteur parlent à la limite de l'intelligibilité, ce qui est un exploit quand on connaît le niveau de qualité sonore des salles de cinéma actuelles.)
Quant à la danse, elle est très pauvre (même le numéro d'ouverture, impressionnant par son ampleur, mais étique dans sa chorégraphie) : l'un et l'autre ne semblent savoir danser que la valse, assez mal d'ailleurs pour que, lorsqu'on les voit en ombre chinoise (à l'observatoire), on se rende compte qu'il ne s'agit pas d'eux...

Leur amateurisme serait acceptable si les personnages étaient traités comme des amateurs et non comme des danseurs professionnels ; ou encore s'ils avaient le niveau de préparation d'une Renée Zellweger ou d'une Catherine Zeta-Jones dans Chicago (ah, oui j'oubliais, Zeta-Jones est une vraie danseuse...).




Le même amateurisme serait tout aussi acceptable si les gros morceaux de danse étaient confiés à des professionnels. Mais là, les deux acteurs sont le couple dansant central - et unique, autre signe de pauvreté du film. Dans l'épatante Kiss Me Kate, le couple central ne danse pas, il ne fait que chanter (très bien, je vous remercie). Les numéros dansés sont assumés entre autres par de vrais pros comme Ann Miller et Bob Fosse. Du coup, on oublie que les deux personnages principaux ne dansent pas...



Ici, Gosling et Stone sont manifestement incapables d'assumer le poids qu'on leur fait porter : ça se voit à leur raideur et la gueule sinistre avec laquelle ils se déplacent. Comparez ça à n'importe quelle comédie musicale classique : dans chaque scène de Chantons sous la pluie vous pouvez compter les dents de Debbie Reynolds ou de Gene Kelly ; ils sourient sans arrêt - et ils nous donnent le sentiment que c'est facile. Dans La La Land, tout se traîne, à commencer par les personnages.

Attention ! Gosling et Stone sont de très bons acteurs - (re)voyez Crazy Stupid Love - quand ils sont bien dirigés, et quand ils ont quelque chose à raconter. Ici, rien de tel - ce qui nous amène au deuxième point : l'absence de scénario. 

Ceux qui prétendraient qu'"une comédie musicale ne raconte rien" n'ont manifestement pas vu (ou pas connaissance de) West Side Story, South Pacific, Chicago ou Billy Eliot. Ou de The book of Mormon, écrit par Trey Parker et Matt Stone, les deux compères de South Park.




La La Land ne raconte rien... 

Et ce rien (ou ce pas grand-chose) est vraiment très mince. De quoi s'agit-il donc ? Du coup de foudre entre une femme qui veut devenir actrice et un pianiste qui veut ouvrir son propre club de jazz. Et puis ? Et puis ? Et puis, c'est tout. Il n'y a pas d'intrigue, pas d'enjeu qui les dépasse, pas d'obstacle lié à l'adversité, pas de méchant ou de conflit, pas de personnages secondaires, sinon fantomatiques : les colocataires de l'héroïne n'apparaissent qu'une fois et on ne connaît pas leur nom ; le couple mixte ami du personnage de Gosling fait de la figuration muette ; quant à John Legend, qui en est une à lui tout seul, et aux musiciens de jazz afro-américains qu'on voit dans les clubs, il semblent n'être là que pour servir de faire-valoir aux deux personnages principaux, blancs et très peu créatifs.

C'est dommage, parce qu'avec de bons personnages secondaires, même si ce ne sont pas des danseurs de haut vol, on peut faire d'excellents numéros.




Enfin, pour un film de 2016 qui se passe dans le milieu du showbiz, il est d'un hétérocentrisme confondant. Il n'y a pas un seul personnage gay ou queer dans tout le film. A croire qu'il n'y a pas de communauté LGBTQ à Hollywood...

Enfin, quel musicien digne de ce nom, respectueux des musiciens d'aujourd'hui, se permettrait de dire que "le jazz est en train de mourir" (lamentation du personnage de Gosling) ? Quelle arrogance ! Quelle vanité ! Quel mépris pour ceux et celles qui le font vivre tous les jours ! Le fait que ce soit un personnage de musicien blanc ajoute au malaise. L'idée qu'il va faire "revivre le jazz" à lui tout seul en ouvrant une boîte de nuit est au moins risible. Au pire, insultant.

Le jazz se meurt et Hollywood est "straight".
Ben voyons.



De même, on voit Gosling jouer (crédiblement) au piano les morceaux qu'il a "composés" pendant tout le film, mais on n'entend pas un mot du one-woman-show de Stone, alors qu'elle passe une bonne partie du film à le peaufiner et à le préparer. C'est dommage, mais ça met en relief une nouvelle fois la vacuité du scénario (et son manque de diversité et de parité...). En outre, l'un et l'autre personnage n'embrassent leur vocation première (pianiste, auteure) que pour l'abandonner à la fin : Gosling devient patron de boîte de nuit, Stone devient actrice et joue les textes des autres alors qu'elle s'est défoncée à écrire son propre spectacle. Il est devenu un pilier de bar, elle est devenue une icône. Bravo, les artistes. C'est encourageant pour ceux qui travaillent.

Mais entre le début et la fin, que s'est-il passé ?  Ils se sont aimés, se sont séparés et se retrouvent. On a déjà vu ça cent fois, mais en cent fois mieux. Et parfois, en moins de deux minutes.



... Et ne le raconte pas bien. 

Voilà une comédie musicale qui lorgne du côté des classiques et rend hommage à Singing in the rain en se situant dans le milieu du cinéma. Il y a un plan mémorable de ce dernier film pendant lequel Kelly et O'Connor traversent un plateau : on voit trois films se tourner à l'arrière-plan. C'est drôle, informatif, fabuleux.

Dans La La Land, que voit-on du monde du cinéma en dehors des trottoirs entre les plateaux et des séances de casting, bien vues, mais tout de même anecdotiques ? Rien. La mise en scène n'a ni punch ni énergie, elle non plus, et quand elle cite Rebel without a cause (La Fureur de vivre), c'est pas pour nous montrer James Dean ou Natalie Wood (qui pourraient être les "totems" des deux personnages) mais un bête plan de voiture arrivant à l'observatoire, pour bien nous faire comprendre dans le plan suivant (le même, exactement !) que Gosling et Stone vont au même endroit pour "danser dans les étoiles" !!! (Soupir.)

A la fin du film, pendant la séquence de "réalité alternative" imaginée par Stone, et qui imite ouvertement les grands ballets de fin de Singing in the rain et de An American in Paris, plusieurs plans nous montrent des décors peints en couleurs pétantes, comme chez Donen/Kelly et Minelli. Mais alors que dans lesdits films, le décor fait partie intégrante de l'action et des ballets, ici, il est juste plaqué, et les acteurs ne font que le traverser. Beaucoup de bruit (et d'argent) pour pas grand-chose.

De beaux décors, ce n'est rien sans de beaux artistes.







Coup de grâce : la musique est insipide et les lyrics inexistants. 

Je regrette d'avoir à dire que compositeurs et paroliers de La La Land ont composé des chansons sans énergie, sans esprit, sans humour et sans étincelle. En dehors de la scie insupportable que Gosling nous inflige au piano tout au long du film, je vous défie d'avoir retenu le moindre refrain en sortant. En revanche, ça m'étonnerait que vous ne connaissiez ni America ni Singing in the rain ni Nous sommes des soeurs jumelles.


Tiens, Les Demoiselles de Rochefort ! En voilà une comédie musicale réussie, et française en plus... Il faut dire qu'il y avait un vrai musicien (Michel Legrand), de vrais danseurs (Kelly, Chakiris) et des acteurs/trices qui savaient chanter (Danielle Darrieux) ou judicieusement doublées (Anne Germain et Christiane Legrand pour Deneuve et Dorléac ; Jacques Revaux pour Perrin).

Et quand on chante, dans une comédie musicale, il faut que la chanson exprime quelque chose que les dialogues n'expriment pas, et non qu'elle ne fasse que répéter ce qu'on sait déjà de manière assez insipide. Cela, les vrais auteurs le savent. Même ceux qui ne font pas de comédie musicale d'habitude, mais qui s'y mettent avec bonheur le jour venu.



...

Je m'arrête là, il est toujours désagréable de tirer sur une ambulance et si je tire sur celle-là c'est parce qu'elle est en or massif et que son succès l'empêchera de souffrir de mes rafales. Ce qui m'a mis en colère, c'est qu'au fond, ce film passe sous silence (en n'utilisant pas du tout) les dizaines de chanteurs et danseurs de talent qui rament chaque semaine sur les planches de Broadway ou dans les studios de télévision. Quel gâchis et quelle déception pour les spectateurs.

Mais encore une fois, je n'écris pas pour dénigrer ou le plaisir que certains ont pu ressentir en allant voir La La Land. Nous vivons une époque où nous avons besoin de films qui nous remontent le moral, et je ne doute pas que dans le marasme qui règne actuellement aux Etats-Unis et dans le monde, ce film ait fait écho à ce besoin. Les comédies musicales ont connu leur heure de gloire entre la grande dépression et la fin de la deuxième guerre mondiale, ce n'est pas fortuit.

Mais si, comme moi, vous n'avez été profondément déçus par La La Land et cherchez à vous remonter le moral, je vous recommande vivement de retourner aux sources. Les comédies musicales ne manquent pas, il y a des joyaux au catalogue des éditeurs de DVD et de Blu-Ray. Je n'ai fait qu'en citer que quelques-unes. (Si vous me le demandez, j'ajouterai une liste de recommandations à la fin de l'article.)

Après notre retour du cinéma, ma blonde et moi on a regardé Singing in the rain. Et on s'est sentis nettement mieux.

Il nous a suffi de voir ça...