jeudi 14 juillet 2011

Le livre qui a marqué mon enfance - par Adrienne (Exercice n°18)


Le mien commençait ainsi:
Tout était en l'air au château de Fleurville. Camille et Madeleine de Fleurville, Marguerite de Rosbourg et Sophie Fichini, leurs amies, allaient et venaient, montaient et descendaient l'escalier, couraient dans les corridors, sautaient, riaient, criaient, se poussaient. Les deux mamans, Mme de Fleurville et Mme de Rosbourg, souriaient à cette agitation, qu'elles ne partageaient pas, mais qu'elles ne cherchaient pas à calmer; elles étaient assises dans un salon qui donnait sur le chemin d'arrivée. De minute en minute, une des petites filles passait la tête à la porte et demandait: "Eh bien, arrivent-ils?
- Pas encore, chère petite, répondait une des mamans.
- Ah! tant mieux, nous n'avons pas encore fini."
Et elle repartait comme une flèche.
"Mes amies, ils n'arrivent pas encore; nous avons le temps de tout finir."
***
La lecture m'était interdite, mais un jour une ancienne collègue de ma mère m'a offert toute sa collection de la comtesse de Ségur, parue chez Hachette vers 1930. Cet incipit, que je connaissais par cœur jusqu'à la troisième page, tellement je l'avais lu et relu, est celui des Vacances.
Je me souviens que dès les premières lignes, j'ai été subjuguée: cette lecture avait pour moi tout du conte de fées sans en être un cependant. J'apprenais beaucoup de choses, et pas seulement du vocabulaire, comme le mot 'vaisseau' ou 'poltron' ou 'brodequins'. Ils ne m'étaient pas très utiles dans la vie courante mais ils m'enchantaient. En particulier, les ‘brodequins’ de mademoiselle Tourneboule.
Ce que j'apprenais surtout, c’est qu'il existait des maisons dans lesquelles il était permis de courir. De rire à haute voix. De sauter. Qu'il existait des mamans qui s'adressaient à leur fillette en l'appelant "chère petite". Que parents et enfants faisaient des activités amusantes ensemble. Ils allaient pêcher des écrevisses. Cueillir des fraises des bois. Construire des cabanes.
Et puis il y a cette merveilleuse histoire du naufrage et comme dans l'Avare de Molière, que je n'ai lu que beaucoup plus tard, bien sûr, toute une famille est à nouveau réunie, madame de Rosbourg et Marguerite retrouvent leur père, capitaine de vaisseau naufragé, et Sophie retrouve son cousin Paul qui a lui aussi été sauvé du naufrage et adopté par le capitaine.
Je ne me souviens plus si bien du long récit de leur séjour sur l'île (hahaha il faudra que je relise Les vacances pendant les vacances...) mais je me souviens que ce livre m'a enchantée et m'a apporté beaucoup d'émotions à chaque fois que je le relisais.
Je me souviens bien aussi de la fin, absolument digne d'un conte de fée, puisque l'auteur nous rassure en nous disant que chacun des enfants de l'histoire a trouvé l'époux qu'il lui fallait: Sophie épouse Jean, Marguerite épouse Paul et une petite sœur naît encore chez les de Rosbourg, juste à point pour devenir l'épouse de Jacques.
Et Léon le poltron? Il devient glorieux général de l'armée et se retire couvert de panache à l'âge de 40 ans.
Je me disais que 40 ans, c'était bien vieux... 

mon exemplaire date de 1930 et est illustré par A. Pécoud
***
C'est après la lecture de ce livre que j'ai pris du papier et un crayon pour me mettre à la rédaction de mon premier manuscrit. Je me suis assez vite rendu compte qu'écrire un livre, c'était un gros gros travail. D'autant plus que c'était moi aussi qui faisais les illustrations Description : Langue tirée
Son titre: Les vacances.
Et j'ai fait plus fort que Romain Gary: j'ai signé mon œuvre
Comtesse de Ségur née Rostopchine

lundi 11 juillet 2011

Le livre de mon enfance - par Julie (Ex. n° 18)


Le livre qui a marqué mon enfance est lié à l’instituteur qui me l’a fait découvrir, dans le Loiret du milieu des années 80. Je ne connais que son prénom, c’était un tout jeune remplaçant d’origine vietnamienne : Dang. Je suppose qu’il était arrivé avec ses parents à la fin des années 70, parmi les boat-people. C’était un excellent instituteur, qui savait nous captiver, nous apprendre des choses sans qu’on s’en rende compte, nous faire regarder le monde avec émerveillement (capacité facile à susciter chez des enfants de CE2, surtout qu’elle avait été bien préparée l’année d’avant par un autre excellent instituteur, oui, chantons les louanges des bons professeurs qui ont croisé notre route). Le moment que nous avons très vite attendu avec impatience, pour la majorité d’entre nous, était la toute fin de matinée, avant de partir manger à la cantine ou chez nous. Nous nous installions par terre sur des coussins (ou ma mémoire a-t-elle transformé en une image de bien-être physique un grand bonheur que nous éprouvions assis simplement à nos places habituelles ? C’est possible), Dang s’asseyait sur un coin de son bureau et ouvrait un livre dont il nous lisait un passage – était-ce un chapitre entier ? Je ne sais pas. Toujours est-il qu’il nous a initiés aux plaisirs de la lecture à haute voix et à celui de suivre un feuilleton. J’ai perdu mes camarades d’école de vue mais je pense bien que nous sommes plusieurs à les perpétuer à l’âge adulte. Dang terminait toujours en prenant un air mi-malicieux mi-mystérieux qui éveillait notre gourmandise pour la séance de lecture du lendemain, mâtinée de regret (c’était déjà fini !), et le frisson du suspense parcourait nos colonnes vertébrales. Pourtant, ça n’était pas un polar qu’il nous lisait. C’était bien mieux. Sacrées sorcières de Roald Dahl.


L’histoire (illustrée par Quentin Blake, Dang s’interrompait parfois pour nous montrer ses dessins nerveux et pleins de mouvement) commençait normalement. Un enfant prenait la parole, nous emmenait dans son quotidien, proche du nôtre. Et un jour il rencontrait une femme étrange qui essayait de l’attirer dans un piège – pas bête, l’enfant comprenait tout de suite à qui il avait affaire, alors que les adultes passaient totalement à côté. Je me souviens aussi que cet enfant avait une grand-mère exceptionnelle qui, elle, connaissait l’existence des sorcières – je crois même qu’elle savait les reconnaître. L’histoire se terminait bien, l’enfant à force de ruse et avec l’aide de sa grand-mère venait à bout des affreuses sorcières qui tenaient une convention dans sa ville.
Je suis surprise de voir que j’ai oublié bien des détails et des péripéties de l’intrigue, alors que le souvenir global en est si vif dans ma tête. J’ai encore nettement l’impression du temps suspendu alors que la belle voix claire de mon instituteur s’élève dans la classe silencieuse pour nous raconter l’histoire de cet enfant intrépide. Il nous invitait aussi (c’étaient les temps bénis de la rédaction, bien avant les disserts lycéennes, comme l’a remarqué MW) à inventer la suite de certains passages qu’il nous avait lus, avant de nous livrer ce que Roald Dahl lui-même avait imaginé. Qu’est-ce donc qui m’a tant marquée, pourquoi est-ce ce livre-là que j’ai choisi d’évoquer, alors que d’autres me sont restés en mémoire, de la même époque ou après ? D’abord, le talent de Dahl, certainement, et son humour extraordinaire, que j’ai retrouvé plus féroce encore dans ses nouvelles pour adultes il y a quelques mois. J’ai emprunté cette année-là à la bibliothèque tout ce que j’ai pu trouver de lui (toujours les Folio Junior illustrés par Quentin Blake), j’ai demandé à mes parents de m’acheter Sacrées sorcières pour avoir le plaisir de le relire moi-même, et j’ai le souvenir magique d’après-midi d’été passées assise sur la balançoire ou planquée entre deux arbustes dans le jardin à rire avec Les deux gredins ou Georges Bouillon, à pleurer à grosses larmes sur la fin du Bon Gros Géant, à m’émouvoir de l’injustice qui frappait Matilda. Mais aussi, la relation que Dang nous a permis d’établir avec la lecture ou dont en tout cas il nous a montré l’existence : une relation active, affective. On pouvait imaginer la suite des histoires, refaire la fin, reprendre les personnages et leur faire vivre d’autres aventures. On pouvait éclater de rire, sentir son cœur se serrer ou les larmes commencer à nous picoter les yeux, simplement parce qu’on lisait un livre qui nous parlait. On pouvait voir l’auteur de ces livres comme quelqu’un d’aussi proche de nous qu’admirable pour son imagination et son style. Un homme, comme nous, mais un homme qui nous tirait vers le haut, nous apprenait à réfléchir, à sentir plus et mieux, et donc à devenir plus humains. J’y pense encore.

Julie

lundi 4 juillet 2011

Deux petits poèmes - par Zag



Un nomade s'est arrêté un instant

Il avait soif, il a dit :

Bonjour ma mie, donne-moi à boire
Elle a partagé son gîte

Elle était seule, elle a dit :

Bonjour mon ami, donne-moi la main
Il l'a emmenée en voyages

Bonsoir ma Belle, tends-moi tes bras
Elle lui  abandonné ses nuits

Bonsoir mon Héros, montre-moi de quoi tu es capable
Il a enflammé son imagination

Bien dormi ma sœur ? Donne-moi une raison de rester
Elle lui a donné sa confiance

Bien dormi mon frère ? Apprends-moi ce que tu sais
Il a ouvert toutes les portes

A présent, mon amour, trouve-moi une raison de vivre
A présent mon amour, aide-moi à garder l'espoir
Ils ont fait des enfants.

Il s'est ennuyé                                Elle l'a perdu de vue
Il lui a rendu ses nuits                     Elle a cessé de rêver
Il s'est senti libéré                          Elle a varié d'intérêts
Leurs enfants sont libres, créatifs, droits et aimants.

Au revoir, ma mie, ma Belle, ma sœur, mon amour.
Je cherche un autre port, j'ai envie de nouveaux cieux et je repars le nez au vent.
Nos enfants sont grands.

Au revoir, mon ami, mon Héros, mon frère, mon amour
Je cherche un nouveau complice, j'ai envie d'autres frissons et je voyage en douce.
Nos enfants sont beaux.

Un nomade est rentré de voyage.



Il était seul, il a dit :

Bonjour ma mie, donne-moi la main
Elle l'a pris dans ses bras

Elle avait froid, elle a dit :

Bonjour mon ami, serre-moi bien fort
Il a rallumé le feu



samedi 2 juillet 2011

Le roman de Heidi - (Exercice n°18)


 "Le Roman de Heidi" album illustré des photos de la série diffusée sur A2, à l’époque.

Cité comme ça, on croirait à une boutade, à une plaisanterie. Même en l’écrivant là, à l’instant, je me demande comment j’ose le formuler ainsi. Or, c’est bien le livre de ma vie. Celui qui a entraîné les centaines ou les milliers d’autres à sa suite.

Un soir que nos parents nous avaient confiés, mon frère et moi, à de lointains cousins pour la nuit, la jeune fille de la maison m’a échangé ce livre (enfermé dans une bibliothèque vitrée à clef) contre l’arrêt de mes pleurs. J’avais déjà repéré ce livre, sur l’étagère du bas ; j’ai accepté immédiatement. J’avais 5-6 ans. Première nuit où j’ai lu un livre en entier. Je n’ai jamais pu me résoudre à le rendre. De toute façon, ils avaient oublié de me le demander. Et rien que de savoir qu’il allait de nouveau se retrouver enfermé, si je le rendais, me libérait de tous mes scrupules. Je m’en souviens précisément.

C’est devenu mon livre inséparable, mon compagnon de route. J’en lisais d’autres, mais dès que j’avais de la nostalgie ou du chagrin, j’attrapais ce livre. Il m’apaisait constamment. Posé à côté de mon lit, il était la promesse de la douceur de vivre, de la nature qui pourvoit à tous nos besoins, de la liberté, de la simplicité de la vie et de sa richesse aussi.

Tant d’années ont passé. Et pourtant, il est toujours avec moi, à portée de main. La honte, ce regard que j’imagine que les autres auraient s’ils savaient, me le fait tenir caché. Mais il est toujours avec moi, partout, tout le temps. Et il reste le premier objet auquel je pense, dans mes déménagements ; le premier que j’enveloppe, au milieu des draps, pour ne pas qu’il s’abîme.

Je ne le relis pas, préservant ainsi sa magie (peut-être serais-je déçue si je l’ouvrais aujourd’hui, je préfère ne pas tenter). Il se suffit à lui-même. Je sais que ses personnages n’ont pas bougé, ni son histoire, ni son paysage. Il est là et il m’accompagne, cela me convient amplement.

Je me demande sincèrement, parfois, ce que j’aurais été si je n’avais pas lu ce livre, si je n’avais pas pleuré, si je ne l’avais pas remarqué… Mon besoin vital d’aller dans les bois, dès que je peux m’échapper, de sentir l’air sur mon visage pour respirer à nouveau ; mon besoin inaliénable de me sentir sans lien, sans contrainte ; cette nécessité viscérale de ne manger que des produits naturels… non, je préfère ne pas y voir de lien, avec ce livre pour enfants, sans prétention. Personne, dans ma famille, n’est comme ça, personne ne se reconnaît dans moi. Et je ne saurai probablement jamais si ce livre m’a attirée parce qu’il entrait en résonance avec moi ou bien si je suis devenue lui, en quelque sorte.




(Note de MW : Ce texte m'a été envoyé sans signature.)

jeudi 30 juin 2011

Accord parfait - un texte original envoyé par Anne G.




L'air est chargé d'humidité sur ce Malecon de La Havane
Des personnes prennent l'air marin
Se laisser hypnotiser par le ressac
D'autres errent là où les mènent leurs pas.

Lui joue du saxophone
Tire des notes d'un instrument déjà âgé
Probablement un voyageur venu de l'Europe de l'est
Arrivé dans les années plus prospères de l'île.

Cette grande virgule est toute sa vie.
Il l'adore comme d'autres chérissent une femme
Elle est arrivée un jour dans ses mains
Elle ne l'a jamais quittée depuis.

Pour elle il a appris le jeu de notes
Ce langage que l'on appelle solfège
Il le maîtrise si bien,
Que son saxo et lui s'en joue.

Sa relation n'est cependant pas exclusive,
Il aime partager cet accord parfait
Avec le passant, spectateur impromptu
Telle que je suis.

Ses notes racontent des histoires
Le musicien ne fait qu'un avec son instrument
Qui est le maître, qui est le sujet ?
Peu importe, l'accord est parfait.









lundi 27 juin 2011

Le livre de mon enfance (Exercice d'écriture n°18)

(Sur une suggestion de Sandrine L.)

Un livre a marqué votre enfance. Il reste présent dans vos souvenirs et vos émotions. Sans le relire, sans le rechercher, racontez ce qui vous en reste et pourquoi il vous a marqué(e).

Pas de date limite. Pas de longueur imposée.

Envoyez votre texte à
martin.winckler "at" yahoo.ca

mercredi 22 juin 2011

Raconter des histoires

(Ce texte était initialement destiné à une chronique que j'assure une fois par mois pour le groupe "La Montagne", mais il n'a pas abouti. Le voici tel quel. Je le poursuivrai peut-être. Mar(c)tin) 



D'aussi loin qu'il m'en souvienne, le désir de raconter a toujours coexisté, en moi, avec l'intention de soigner. J'ai toujours cherché à atténuer, à soulager la souffrance de ceux qui m’entouraient, sans pour autant me percevoir comme un soignant dans l'âme, sans jamais me dire que telle était ma « vocation ». Mais même si ce souci de l’autre préexistait en moi depuis longtemps, il s’est longtemps tenu à l’écart de ma conscience lorsque je me suis mis à écrire.

Je ne me rappelle pas, bien sûr, le premier texte que j’ai écrit (Y a-t-il vraiment un « premier texte » ?) mais je me souviens de la première fois que j’ai écrit un texte d’imagination en lieu et place de ce qui aurait dû être un récit factuel. Notre institutrice – je devais avoir 8 ou 9 ans – nous avait demandé de raconter « une journée chez notre grand-mère ». Or, j'aurais été bien en mal de le faire : l’une de mes grands-mères était morte avant que je ne la connaisse ; la seconde vivait à Paris, tandis que nous habitions dans une petite ville du Gâtinais, à quatre-vingt kilomètres de la capitale et, s’il m’arrivait de la voir, je ne passais jamais plus de deux heures dans le petit appartement qu'elle partageait avec l'un de ses fils, célibataire toujours en voyage. De plus, ce n'était pas – à mon égard, du moins – une grand-mère très affectueuse.
De ma très courte existence, alors, je n’avais par conséquent jamais passé une journée mémorable chez l’une de mes grands-mères - une de ces journées qu'on s'imagine pleine d'odeurs de jardin et de cuisine, de pain tartiné de confitures et de baisers sur le front. Mais, mis en demeure par mon institutrice de produire pareil compte-rendu, il me paraissait impossible de reconnaître cette lacune dans mon expérience : je venais d’arriver en France avec ma famille après avoir passé les six premières années de ma vie à Alger, et la septième en Israël. J'étais un étranger. L'aspect normatif, « intégrateur » de ce texte de commande était si séduisant que je ne désirais pas m’y soustraire – ou que je n'ai pas osé le faire. Sans trop réfléchir, mû avant tout par la nécessité, j’ai décrit une journée imaginaire en compagnie d'une femme qui ne pouvait être ni ma grand-mère disparue (dont je ne savais presque rien) ni la bien vivante (à qui je n’étais pas particulièrement attaché) mais une troisième personne, imaginaire, tout de noir vêtue, qui venait nous rendre visite et nous tenir compagnie, à mon frère et à moi, les jours où mes parents étaient absents.

J'ignorais alors que cette figure funêbre incarnait tout autre chose qu'une grand-mère symbolique. Mais cette « invention » fantôme m'apprit, mine de rien, une chose essentielle. Mû par les circonstances, je découvrais que je pouvais raconter une histoire – ou, plus exactement : mentir – et ce, en toute impunité puisqu'il était impossible à mon institutrice de découvrir que la personne que je décrivais n'existait pas. Je soupçonne même que j'ai été récompensé de ce mensonge, cette fois-là et les suivantes car, d'aussi loin qu’il m’en souvienne, j’ai reçu de bonnes notes en « rédaction », l’épreuve qui, dans les grandes classes de l’école primaire et les petites du secondaire, évaluait l’aptitude des élèves à la narration sous contrainte.

Il est d’ailleurs significatif qu’en France on valorise l’imaginaire des enfants et leur aptitude à inventer des histoires écrites jusqu’à l’âge de 12 ou 13 ans – celui de la puberté débutante – et  qu’ensuite, en cours de français et de philosophie, on exige d'eux qu'ils citent, argumentent, élaborent, développent mais surtout n'inventent rien, comme si l’inhibition contrôlée (et totale) de toute manifestation d’imaginaire était le garant du passage à l’âge de raison et la condition expresse de l’obtention de l’examen de fin d’études.

Je ne me suis pas laissé inhiber par les consignes pédagogiques. J'avais trop de plaisir à inventer des histoires – des histoires qui ressemblaient à (et, inévitablement, s'inspiraient de) celles que je lisais dans les romans et les comic books ou que je voyais au cinéma et sur le petit écran. Je ne sais pas si mon tropisme pour la fiction est le fruit de ma culture (orale et narrative : je suis né dans une famille juive d'Afrique du Nord) ou une aptitude liée à mon architecture cérébrale – à moins que ce ne soit les deux – mais rien n'aurait pu m'empêcher de continuer à écrire pour raconter.

Je racontais la suite des histoires que j'avais aimées ; je réécrivais les fins qui m'avaient déplu ; je m'engageais sur des pistes que les auteurs n'avaient pas explorées mais scandaleusement laissées en friche ; je développais des personnages esquissés et, surtout, j'alignais des titres.
Je commençais toujours par le titre. Le titre était la porte d'entrée vers l'histoire. A mes yeux, il l'annonçait, la synthétisait et excitait la curiosité du lecteur. Et la mienne, pour commencer : parmi les dizaines de titres que j'ai notés sur des fiches bristol perforées soigneusement rangées dans un petit classeur, une vingtaine seulement ont été suivi d'un début de rédaction, et celles qui sont devenues des nouvelles se comptent sur les doigts d'une main.

Des nouvelles, oui, car j'en lisais beaucoup, et surtout du domaine anglo-saxon, et surtout des nouvelles policières et de science-fiction, de ces nouvelles qui s'envolent dans des mondes entièrement artificiels, les crimes impossibles, les épopées spatiales, les paradoxes temporels. 

J’ai continué à raconter des histoires. Et donc, dans une certaine mesure, j'ai cultivé mon imaginaire - dans le sens où Candide se retire pour cultiver son jardin. Ce n'était pas sans risque, et d'abord, c'était suspect : pour les adultes (les parents, en particulier) l’imaginaire de l’enfant, quand il n’est pas « poétique » ou « mignon », c’est tout simplement du « pas-vrai ». Ils pensent que l’enfant l’utilise comme un adulte passe une couche de peinture sur sa façade pour faire croire que tout est beau et propre à l’intérieur. Ils réprouvent le mensonge. Ils oublient cependant que mentir est indispensable, car dire sa pensée ou ses désirs est toujours périlleux : on s’expose à la réprobation, au jugement, au rire, au mépris, à la condescendance – et ce, tout particulièrement quand on est enfant.  « Inventer des histoires » - surtout si elles sont invraisemblables - est certes perçu comme une perte de temps, mais sans les connotations morales et les conséquences désastreuses du mensonge.

Inventer des histoires n'est pas écrire, c’est le préalable à l’écriture. Et en France, à moins d'être Proust ou Flaubert – qui à leur décharge ne savaient pas, quand ils écrivaient, qu'ils deviendraient les idoles d'une petite élite et le pensum de milliers d'élèves – l’écriture de fiction s’assumant comme telle n'est pas considérée comme une activité « sérieuse ». 

Contrairement à celles de l’Amérique du Nord, les universités françaises ne proposent pas d’atelier de création littéraire. Et, tandis que le travail de recherche historique ou philosophique est considéré comme un accomplissement difficile et digne de quelques élus seulement, la création littéraire apparaît, au mieux, comme un passe-temps stérile. Une amie jalouse ne reproche-t-elle pas à Simone de Beauvoir, dans Les mémoires d'une jeune fille rangée, de passer trop de temps à discuter de ses romans en travail avec Sartre en ajoutant : « C'est pour ça que vous passez du temps loin de moi ? Pour écrire des histoires qui ne sont même pas vraies ? ».

mercredi 8 juin 2011

Je me souviens... des bouquins qu'on n'avait pas le droit de lire - par Don Bruno de la Vega



La raison principale en était qu’ils étaient « mal écrits ». Ainsi en avait décrété l’indiscutable autorité maternelle, cachant peut-être d’autres raisons que, l’âge venant, j’ai commencé à entrevoir.
Donc :
Tout Bob Morane. Voilà. Rien, je n’en ai lu aucun. Même si tous les titres évoqués dans les pages du site de Marc me disent quelque chose. Même si, récemment, j’ai acheté sur Ebay, « Un parfum d’Ylang Ylang », dont ma douce et tendre me parlait si souvent. J’aimerais bien m’y mettre, mais par lequel commencer ?

Tout Enid Blyton. Tout. Des bouquins pour tout petits aux aventures les plus adolescentes. Sont passés à travers les mailles du filet, quelques « Oui-oui », un « Club des cinq », qui me vaut de ne pas avoir l’air trop idiot quand on évoque Dagobert ou Claude, quelques « Clan des Sept » empruntés à la bibliothèque municipale glissés entre deux bouquins plus sérieux, ou que ma mère, enfant, avait elle-même adorés : les livres de Colette Vivier, « La Maison des Quatre Vents », « l’Enigme du Trèfle », dans la vieille Bibliothèque Rose, celle qui était toilée et plutôt grenat que rose. La série des Prince Eric, « Le Bracelet de Vermeil » et autres, dont les magnifiques illustrations représentaient beaucoup (trop ?) d’adolescents blonds et bronzés…

Toute la BD. Humour excepté. Donc Astérix, Lucky Luke, Tintin sont passés à travers les mailles du filet. Probablement parce qu’ils faisaient rire mon père. Mais attention hein, sur quatre livres hebdomadaires de la bibli, une seule BD ! Coup de bol, Pif Gadget a trouvé grâce aux yeux maternels. Incompréhensible. L’appartenance du journal au groupe qui éditait l’Huma, peut-être ?
Chance, après quelques petites années de gadgets et autres super gadgets, j’ai pu remplacer la revue canine par Pilote, Mâtin (non moins canin finalement), quel journal ! 
Là, trompettes et clairon, Gotlib a intégré le Panthéon familial pour ne plus en sortir (quand sur France Inter, un certain écrivain évoque l’intégrale de la Rubrique à Brac qui vient de paraître, elle ne quitte déjà plus la table de chevet de ma fille depuis quinze jours au moins…).
Mais des BD d’aventure, rien, que dalle. Akim, Color ou pas, Zembla, Blek le Rock, Bourrés de fautes d’orthographes. Vulgaires. Interdits.
Heureusement qu’il y avait les colos ! Pendant ces semaines passées à la montagne ou sur la côte normande, ces magazines, grand mot pour ces petits formats en noir et blanc, s’échangeaient furieusement entre les dortoirs.

Depuis, je me suis demandé si les images des compagnes féminines de nos héros, « créatures » disait-on alors, plantureuses et dénudées, n’étaient pas rentrées en compte dans les motifs de l’interdiction maternelle.
M’en fous, je m’étais rattrapé avec les illustrations de Fantomette !

mardi 7 juin 2011

Janie - par Céline Laurent


Janie prétend qu’elle s’appelle Claude. Elle est devant moi, elle donne un cours de gymnastique douce. « On respire, on se redresse, voilà ». Elle fait comme si je ne savais pas. De mon côté, je l’appelle Claude, comme tout le monde. En même temps, je vois bien qu’elle est encore contrariée. On s’est disputées une heure plus tôt, normal qu’elle s’en souvienne.
Sauf que tout à l’heure, elle se faisait appeler Dominique. On était toutes les deux au bureau, et comme souvent, on s’est fâchées.
Comment fait-elle pour vivre ses deux vies, sans se mélanger les pinceaux ?
Elle ne se trompe jamais. Un jour, pour voir, je l’ai appelée « Claude » dans le couloir : elle a continué son chemin.
Je sais qu’elle sait que je sais.  Je suis la seule à savoir qu’elle s’appelle en réalité Janie. Personne d’autre que moi ne la connais sous ce prénom. Parfois, j’ai peur. Cette double vie si parfaite cache quelque chose. Peut-être qu’un jour elle voudra éliminer un témoin gênant. Peut-être qu’il faudra que je prenne les devants.
Je ferai bien d’en parler. J’ai déjà essayé.  « N’importe quoi, elles ne se ressemblent pas du tout » m’a dit un jour Thérèse, que j’avais amenée au cours de gym. J’avoue qu’elle m’a fait douter.
Mais alors, comment expliquer le fait qu’elle garde de la rancœur contre moi le soir, quand on s’est accrochées dans la journée ? Et pourquoi un grand sourire au cours de gym les fois où on a bien rigolé  à la pause café ?
Je ne lui en ai jamais parlé. C’est tellement troublant pour moi. Dans un sens, je suis heureuse de partager son secret, notre secret.
Janie, moi seule te connais vraiment.

samedi 4 juin 2011

Pour quelques dollars pièce - par Mar(c)tin

Samedi 4 juin 2011, dans l'après-midi.

Après un dîner familial à onze (on est nombreux, dans la famille et encore, on n'était pas tous présents), je déambule dans la rue Sainte-Catherine, en direction de la Grande Bibliothèque. Ma belle-soeur m'a appris tout à l'heure que la Bibliothèque solde les livres dont elle se défait, j'ai envie d'aller y jeter un coup d'oeil. Un de mes garçons m'accompagne. Nous passons devant un bouquiniste (il y en a des flopées dans le quartier), Volumes. J'entre, je trouve Comment voyager avec un saumon, d'Umberto Eco (une demande de MPJ) et je tombe en arrêt devant une rangée de Bob Morane, édition originale Marabout des années 60. Parmi les exemplaires en question, une douzaine dans le cycle de "L'Ombre Jaune". J'aime beaucoup l'Ombre Jaune, alias "Monsieur Ming", criminel plus maléfique que Fantomas et ennemi juré du héros. J'achète les douze Ombre Jaune, dans un état impeccable, à deux ou trois dollars pièce. Une aubaine pour un nostalgique. Mon fils prend deux CD. Nous ressortons et après nous être trompés de direction, nous parvenons à la Grande Bibliothèque.

Rien à voir avec la TGB parisienne. Celle-ci n'est pas une table à l'envers dont les tours sont inaccessibles, mais un long et haut bâtiment vitré, lumineux, où les livres sont distribués sur six niveaux d'accès aisé. Pas besoin de montrer patte blanche : elle est ouverte à tout le monde, on y entre comme dans un moulin, on peut saisir les livres à même les rayonnages, s'installer, lire jusqu'à des heures avancées, (de 10 h à 22 h en semaine, à 18 h le weekend), emprunter gratuitement (quand on vit à Montréal) un million de livres. (Non, pas tous le même jour...)

Au rez de chaussée, dans le hall, quelques tables sont couvertes de livres dont la bibliothèque se débarrasse, parce que - j'imagine - depuis 2005 (date de son ouverture), lesdits volumes n'ont pas été empruntés. Je repère A moment on the edge, un recueil de nouvelles policières écrites par des femmes, et rassemblées par Elizabeth George ; une biographie de Paul Newman datant de 2004 et... un volume que je connais bien, The Body in the Library, A Literary Anthology of Modern Medicine - par Iain Bamforth.

C'est un recueil de textes consacrés à la médecine qui va de Charles Dickens (qu'on ne présente plus) à Jonathan Kaplan (un chirurgien écrivain américain). On y trouve des textes de soixante-dix auteurs parmi lesquels Kafka, Flaubert, Conan Doyle, Jean Reverzy, Proust, Duhamel, William Carlos Williams, Musil, Tucholsky, Auden, Beckett, Chesterton, Döblin, Jules Romains, Brecht, Camus, Miguel Torga, Virginia Woolf, Orwell, Boulgakov, Queneau et... ma pomme.

J'ai sorti le livre de son bac et je l'ai montré, tout fier, à mon fils. "Ah, tu es dedans" a-t-il fait avec son sourire ravageur (il a un sourire ravageur).

Je suis dedans. Enfin, un de mes textes, le "Petit afflictionnaire médical", traduit par I. Bamforth, que j'ai rencontré à deux ou trois reprises alors qu'il préparait son anthologie. Iain avait également rédigé une critique de "La maladie de Sachs" pour une revue britannique à l'époque de sa publication en français, d'où son intérêt pour ce que j'écrivais, j'imagine.

Ca fait bizarre de lire son nom (enfin, son pseudo) parmi des noms d'écrivains qu'on a lus et qu'on aime (enfin, sauf un, je vous laisse deviner lequel, car je ne l'ai pas cité plus haut). Bizarre, drôle, étrange. Mais c'est tout. Je ne me sens pas transporté par la grâce. Je ne me sens pas plus célèbre (ou meilleur écrivain) pour autant. D'autant plus qu'encore une fois, si le livre était à vendre (pour 1 $) c'est qu'il n'a jamais été emprunté, donc est resté anonyme... C'était (c'est de nouveau) gratifiant, mais de manière minuscule, une fierté qui n'a pas d'importance, une satisfaction invisible, que j'avais oubliée et que le hasard m'a rappelée.

Et ça m'a fait plaisir de le trouver, de l'adopter et de l'emporter chez moi, avec les deux autres bouquins et la série des Bob Morane contre L'Ombre Jaune (je me demande si Henri Vernes, leur auteur, est encore vivant et quel âge il peut avoir) et de l'avoir trouvé en fouinant dans la Grande Bibliothèque avec un de mes fils.

Un petit bonheur, par un jour de soleil et de vent frais, à Montréal, Québec.

Mar(c)tin




jeudi 26 mai 2011

"Ici Paul, des éditions..." - par Sophie M.

Hier, 25 mai, c'était ma fête. Nous n'avons pas l'habitude d'en faire grand cas dans mon entourage mais allez savoir pourquoi, hier, j'ai reçu nombre de textos et de coups de fils.
Le mercredi, en fin de matinée, je donne un cours de français à une jeune fille qui elle aussi, m'a souhaité une bonne fête, quand je suis arrivée chez elle.
J'ai pour habitude, pendant un cours, de laisser mon portable allumé. Il me sert à la fois de montre et je reste joignable par le collège de ma fille sujette aux maux de ventre et autres manifestations physiologiques de son désamour pour l'école. Je le mets en mode silencieux ainsi, il ne me dérange pas.
Nous travaillions hier sur Aragon et ses "strophes pour se souvenir" quand les vibrations de mon portables retentirent sur la table. Je jetai furtivement un œil sur le numéro. Bon, numéro en 01, Paris...tiens..bon... ce n'est pas le collège, on verra plus tard.
Le cours terminé, le groupe Manouchian et la lettre à Mélinée remisés dans mon cartable, je saluai mon élève et rejoignis ma voiture où j'écoutai le message que le numéro en 01 m'avait laissé. Je vous le retranscris en italique: 
Bonjour, ici Paul des éditions ....
(là, mon cœur se décroche et en une seconde, j'ai le temps de me dire "enfin! je savais bien que j'y arriverais", de me demander à qui je vais bien pouvoir annoncer la nouvelle en premier, et me projeter dans ma nouvelle vie qui ne sera plus jamais pareille.) 
Je vous appelle car votre recueil de nouvelles "A l'impossible se tenir" (si je mentionne le titre ici, c'est pour souligner la force de l'ironie du sort) est passé en commission de lecture.
(Incredible!!! Je fais partie du petit nombre de chanceux qui se voit réaliser le rêve de leur vie. La voix de ce Paul est délicieuse, douce, bienveillante... vas-y cher Paul, annonce la nouvelle... je suis assise.) 

Malheureusement
...
(Boum, tout par terre. Tout, je veux dire tout. Mon cœur au fond de mes talons, mes yeux et leur brillant d'impatience le long de mes joues, mes mains qui ne semblent plus pouvoir tenir le portable et surtout mes espoirs) 

...il n'a pas été retenu
Si toutefois, vous souhaitiez récupérer votre manuscrit, rappelez-nous.
( pourquoi tu m'as appelée pour me dire ça, Paul? Normalement, on reçoit une lettre type, plus ou moins agréable. Le coup de fil, c'est pour les bonnes nouvelles! le coup de fil, c'est pour s'entendre dire que le manuscrit est bon et qu'il va être publié! Le coup de fil, c'est une voix pour dire que vous existez! Pas vous dire avec gentillesse ce qu'on vous a déjà dit maintes fois par lettre!)

Je crois n'avoir jamais éprouvé la joie extrême et la peine la plus vive dans un laps de temps aussi cours.

J'ai rappelé Paul. Il peut me renvoyer mon manuscrit gratuitement (ça, c'est du jamais vu) et me souhaite bonne chance pour la suite (ça, par contre, c'est du déjà entendu).
D'accord, Paul, renvoie-moi mon manuscrit, que je puisse le renvoyer à d'autres éditeurs auront peut-être aussi un secrétaire qui s'appelle Paul et qui est malgré tout très aimable.

Je me demande si ces maisons d'éditions qui rappellent pour les refus se sont questionnées sur les dégâts qu'occasionnent leur méthode à prioris plus humaine.
S'il vous plaît, les Paul qui auront la charge de m'annoncer le refus de mon manuscrit, ne m'appelez plus, je vous en conjure, ne m'appelez plus.
Où alors, pour me souhaiter une bonne fête.

J'ai démarré, j'allais être en retard au collège dont m'a fille allait bientôt être libérée. Pendant le trajet, j'hésitais entre le rire et les larmes. Bonne fête Sophie!!! me lançais-je.
C'est drôle, je ne peux pas m'empêcher de trouver ça drôle. C'est cruel et je ne peux pas faire comme si ça ne l'était pas. Alors, autant éprouver de la peine tout en gardant mon sens de l'humour, ça n'y changera rien, à moins que ça me redonne même un peu de force...
Sur le parking du collège, ma meilleure amie était là, c'est rare. Seule, c'est encore plus rare. Je n'ai rien pu faire d'autre que de lui raconter ce qui venait de m'arriver, ou plutôt de ne pas m'arriver... Qui a pu la mettre là pour adoucir le coup? Celui qui a décidé que les éditions ...  faisait des fausses joies aux écrivantes prénommées Sophie le 25 mai?

mardi 24 mai 2011

Ménopause 2, le retour - par Christina


J'ai des problèmes de chauffage.
Régulation de température, ça s'appelle.
Froid, chaud, chaud, froid.
Chaud-froid de volaille sur canapé (!?)
Sweet & Sour.
Aigre-doux.
C'est un âge difficile, la cinquantaine.
Après le rugissement de la quarantaine.
Où va-t-on ?
Les seins tombent, le cou se fripe.
L'humeur change, les insomnies.
Je te dis que ça…
Une adolescence,
à contresens.
Mais le pire,
ça reste ces histoires de radiateur.
Un pied dedans (du lit).
Un pied dehors.
Couverture.
Pas couverture.
Tu mets, tu cuis.
Tu enlèves, tu gèles.
Pratique en hiver pour sortir les poubelles.
Une éternité que je n'ai pas eu de rhume.
Chauffage intégré.
En option.
Avec les accessoires…
Le problème, c'est que je n'ai pas encore trouvé,
le thermostat.
Alors en attendant, je profite de mes insomnies,
pour écrire mes élucubrations.
Je profite de mes sautes d'humeur,
pour apprendre à m'affirmer.
Il serait temps,
à cinquante ans !
Je m'offre des licences,
vestimentaires.
J'apprends des langues,
étrangères.
Et surtout je réapprends à rire.
De moi, de nous, de rien.
Et les plaisirs de l'amour ?
Fripée ou non, ma peau reste douce.
Et elle se laisse bien caresser.
Plus de trente ans d'expérience,
ce n'est pas à négliger.
Pour un investissement minimum :
plus d'enfants à élever !
Ça peut rapporter gros :
triple ration de câlins !
Non, franchement,
Je ne vois vraiment pas,
ce qu'on peut lui reprocher,
à cette aménorrhée !