jeudi 18 février 2010
Merci à la vie (Exercice n°10, 11) - par LyJazz
Merci à la vie
Parce que j'ai toujours pensé, au fond, que j'écrirais, que je pourrais écrire, quand et seulement quand j'aurais suffisamment vécu pour que mes expériences forment une sorte de terreau.
Me voilà à l'âge où j'ai assez d'années pour dire que j'ai de l'expérience (dans plusieurs domaines) et toujours envie d'apprendre et de m'améliorer, où je suis assez jeune pour avoir des enfants petits.
Très important les enfants. Pour la force de vie, pour la puissance, pour l'expérience quasi chamanique de la naissance et de la communication avec un bébé. Si, j'insiste, Me Badinter....
Bref, je me sens apte à écrire. Enfin. Faire prendre corps à ce rêve d'enfant. Me donner le droit. Légitimer cette envie. Laisser sortir les mots.
Merci à mes amis qui ont su me donner assez de confiance en moi et ma sensibilité, ma vision, ma façon d'agencer les mots, pour que je me sente apte.
Parce que, quand on parle d'écriture, c'est très souvent le trou noir chez l'interlocuteur, qui prend ça, au mieux, pour une loufoquerie, un pensum, un devoir scolaire, au pire comme de la pédanterie. Ou qui est de suite rattrapé par une incapacité, se sent inférieur. Ou qui ne comprend pas, qui ne lit pas. Qui peut être goguenard, méprisant. Jamais dans le bon mood, quoi. Donc, je n'en parle pas.
Maintenant je le fais.
Alors merci à Aigue Marine pour m'avoir dit « derrière ton objectif il y a une plume ».
Merci à Fab pour m'avoir dit «J'ai lu ton texte avec une émotion très particulière et étrange ! Tu as écrit précisément ce que j'ai moi-même ressenti, c'est comme si tu avais mis sur le papier les mots précis que j'avais dans la tête...
Wow ! si tu as encore des textes, je les lirais avec plaisir ».
Merci à Sophie pour m'avoir dit « ça me touche ce que tu as écrit. Il y a des personnes comme toi qui se doivent d'écrire, de continuer. C'est un texte que je garderais, et pourtant je fais beaucoup de vide, celui-là je le relirais. »
Merci à Marin de m'avoir dit qu'il adorait mon univers.
Merci à Mar(c)tin de nous donner cet espace, qui est devenu un morceau de mon tissage.
En fait j'aime les débuts. Celui-là me semble un bon début. Faudra que je trouve les ressources pour continuer. Je crois que je peux le faire.
Merci à ces écrivains qui m'ont formée et accompagnée.
Ella Maillart qui me guide toujours ….et c'est super je viens de trouver deux personnes qui l'aiment et la connaissent, c'est si rare !
Marguerite Yourcenar parce que Zénon est aussi mon guide. « Plaise à Celui qui Est peut-être de dilater le cœur humain à la mesure de toute la vie. »
André Breton qui parlait et laissait parler si bien Nadja, dont je me récite souvent des passages. « J'ai pris, du premier au dernier jour, Nadja pour un génie libre, quelque chose comme un de ces esprits de l'air que certaines pratiques de magie permettent momentanément de s'attacher, mais qu'il ne saurait être question de se soumettre... j'ai vu ses yeux de fougère s'ouvrir le matin dans un monde où les battements d'aile de l'espoir immense... »
Haruki Murakami, Tarun J Tejpal, et tant d'autres !
mercredi 17 février 2010
Merci "Les gens d'ici" (Exercice n°10,10 ) - par Serge A.
Vers huit heures moins le quart il y a bien longtemps mon père regardait L’homme du Picardie.
Puis, à cette heure c’est normal, la télé pendant longtemps
nous avait servi de la soupe.
Merci à Antenne 2 en ce mois de septembre 1981
Une émission de télévision qui prend son temps.
Merci à Pierre Desgraupes pour ce petit quart d’heure quotidien
à 19 h 45.
Une émission qui laisse la parole aux gens, sans les guider,
sans les trahir.
Merci à Philippe Alfonsi, Patrick Pesnot et Antoine Gallien.
Une émission qui donne à écouter et à entendre, à regarder
et à voir.
Merci à ces
gens de peu qui parlent.
Une émission qui nous parle de nous.
Merci à ces gens qui ont tant des choses à dire.
Une émission qui respire le respect des gens…
Tout le contraire de la télé réalité et des talk show …
Merci la télévision pour nous avoir laissé entrevoir ce
qu’aurait pu être une autre télévision.
Merci pour Les gens d’ici.
dimanche 14 février 2010
Est-ce que ça change quelque chose ?
Ce texte est pour Clara & Olivia & L.
Je relis un texte écrit il y a trente ans dans mon journal.
Ce texte me paraît à la fois familier et étranger. Je sais que je l'ai écrit mais je ne me rappelle pas l'avoir écrit. Je ne me rappelle pas son contenu non plus : il me surprend. Et pourtant, j'ai relu mon journal à plusieurs reprises depuis trente ans. Je l'ai même parfois donné à lire et, chaque fois, celle (c'était une femme, chaque fois) qui l'a lu m'a fait remarquer des choses que je ne savais pas (ou que j'avais oublié) avoir écrites.
Si je transcris ce texte sur un écran d'ordinateur puis, plus tard, sur une feuille, il semble encore différent, même si je n'en ai pas changé la moindre virgule. (Mais il est difficile de ne pas changer ne serait-ce qu'une virgule à un texte qu'on réécrit : en le relisant une nouvelle fois, on y voit des aspérités qu'on n'avait pas perçues aux lectures précédentes. Je ne suis pas le même lecteur que les fois précédentes.)
Quand je relis mon journal, je constate (ça a toujours été le cas) que j'ai deux écritures. L'une d'elles est verticale, l'autre penchée vers l'avant. En première approximation, je suis tenté de penser que la seconde est celle de l'urgence, la première celle de la réflexion, mais ce n'est ni aussi simple, ni aussi clair à identifier dans les textes eux-mêmes. Aujourd'hui, trente ans et quelques acquisitions scientifiques plus tard (sur le fonctionnement du cerveau, en particulier), je serais presque tenté de penser que les deux écritures traduisent un état émotionnel différent au moment où j'écris, et non un état intellectuel de "premier jet" ou de "texte réfléchi". Là encore, je regarde mon écriture d'un oeil différent. La question que je me pose alors, coule de source : j'écris très peu à la main (quelle perte de temps : il faut tout recopier !) ; comment, alors, lire, aujourd'hui un texte dont la composition ne met en jeu ni les mêmes outils (ordinateur plutôt que papier et crayon) ni les mêmes muscles et neurones (ceux qui guidaient ma main droite fermée sur le stylo, ceux qui commandent les dix doigts des deux mains quand je tape), ni peut être les mêmes circuits cérébraux du langage (est-ce qu'on utilise les mêmes circuits pour taper et écrire ? Rien n'est moins sûr !) et qui, de plus, font disparaître la distinction entre mes deux graphies ?
Tout a changé.
Ma position pour écrire : je suis assis, calé dans un fauteuil soigneusement choisi, les avant-bras posés sur des bras de fauteuil à la bonne hauteur, et seules mes mains et mes poignets bougent. Je fixe un écran installé à soixante ou soixante-dix centimètres de mes yeux. Quand j'écrivais dans mon carnet, j'étais penché sur une page posée horizontalement, je m'appuyais sur mon avant-bras gauche et le bras droit arpentait la page. Et je pense que j'étais plus près.
Est-ce que ça change quelque chose à mon écriture ? Certainement, mais quoi ?
L'endroit où j'écris : en cet instant, je suis installé dans la salle commune de l'appartement montréalais, tout le monde bouge autour de moi, l'un des enfants est à l'ordi familial à ma gauche, un autre devant la télé à ma droite, il y a du bruit dans la cuisine à l'autre bout de la grande salle qui occupe les deux tiers du logement... Mais je pourrais être assis à mon bureau au CREUM, devant l'écran du mac sur lequel j'ai composé "Le Choeur des femmes" et presque tous les textes que j'ai écrits depuis. Et parce qu'on est dimanche, et parce que je vais certainement poster ce texte aujourd'hui, il ne fera pas partie du lot.
Est-ce que ça change quelque chose à l'écriture de ce texte ? Certainement, mais quoi ?
L'âge que j'ai : chez l'être humain, la partie la plus "humaine" du cerveau, le cortex préfrontal, qui est le centre de la réflexion, n'en finit pas de mûrir de la naissance à l'âge de 20 ou 25 ans. Quand j'ai commencé à écrire, j'avais dix ou douze ans. A vingt-deux (âge où j'ai commencé à tenir un journal régulier), cette croissance n'était pas terminée. Trente trois ans plus tard, j'ai le sentiment d'être arrivé à une sorte de "vitesse de croisière" de ma pensée quand j'écris (je n'ai pas le sentiment de décliner ou de penser moins rapidement qu'à vingt ans, mais "mieux", alors c'est plutôt agréable) mais est-ce que ça change quelque chose à mes émotions ? Apparemment non : je retrouve dans mon journal les mêmes colères, les mêmes interrogations, les mêmes émotions confuses et le même sentiment amoureux que je ressens aujourd'hui. Alors, si ça change quelque chose d'avoir cinquante-bientôt-cinq ans plutôt que vingt-deux, qu'est-ce que ça change ?
Mon expérience : je sais (enfin, je crois savoir) beaucoup plus de choses qu'il y a trente ans -- et puis, si, réflexion faite et toute fausse modestie mise à part, j'en sais beaucoup plus, et surtout j'ai un savoir-faire infiniment plus grand, et je peux le vérifier : très tôt, à l'adolescence et peut-être même avant, je recevais des confidences aussi surprenantes que les personnes qui me les faisaient. Mais ces confidences, je ne savais pas quoi en faire. D'abord, je me suis contenté de les écouter et de poser des questions un peu naïves. Ensuite (quand je suis devenu médecin), j'ai voulu intervenir comme sauveur dans les événements de vie tragique qu'on me décrivait - et je me suis rendu compte que d'abord ça n'était pas ce qu'on me demandait, ensuite que mes interventions, mes suggestions, mes certitudes pouvaient avoir un effet désastreux. Plus tard, le Balint et le temps aidant, je me suis rendu compte qu'il y a un temps pour chaque chose : écouter, poser des questions, faire des suggestions interrogatives et, ensuite, le cas échéant, apporter ma contribution quand on me la demandait - et encore, pas toujours : il y a bien des situations dans lesquelles il est bien plus utile de laisser l'autre prendre les choses en main seul(e), en lui laissant entendre simplement qu'on le soutiendra moralement.
Tout ça change certainement quelque chose à mon écriture. Mais quoi ?
Mon état émotionnel de l'instant : si je retraçais l'année écoulée (du 11 février 2009, date de mon arrivée à Montréal, au 14 février 2010, ce jour de la Saint-Valentin) en ne parlant pas des faits, mais de l'itinéraire en montagnes russes qu'ont parcouru mes émotions, je pourrais le décrire de la manière suivante : un sentiment de liberté et d'euphorie ; un lent retour à une tension anxieuse ; une période de stimulation intellectuelle soutenue ; une explosion émotionnelle, intellectuelle, onirique ; une période de tristesse intense mêlée d'un désir profond de sortir de cette tristesse ; et, aujourd'hui, la sensation de courir, tantôt euphorique et tantôt douloureux, comme un marathonien qui sait qu'il a peut être une fracture de fatigue (mon pied me fait mal, mais comme je plane, ça ne me gêne pas...) mais qui n'a pas l'intention de s'arrêter avant d'avoir atteint son but, et qui ne se demande pas combien de kilomètres il lui reste à parcourir : il verra bien en arrivant dans la dernière ligne droite, et c'est à ce moment-là qu'il ne faudra pas flancher.
Je sais que ça change quelque chose à mon écriture, car chaque événement, chaque personne qui me touche me change, et parfois plus profondément encore que je ne le crois au moment où cela survient.
Ce qui ne change pas, c'est que j'écris et que l'écriture, même si ce n'est pas immédiatement lisible, exprime dans toutes les nuances et les incertitudes la personne que je suis et deviens au contact de l'autre.
M.
Je relis un texte écrit il y a trente ans dans mon journal.
Ce texte me paraît à la fois familier et étranger. Je sais que je l'ai écrit mais je ne me rappelle pas l'avoir écrit. Je ne me rappelle pas son contenu non plus : il me surprend. Et pourtant, j'ai relu mon journal à plusieurs reprises depuis trente ans. Je l'ai même parfois donné à lire et, chaque fois, celle (c'était une femme, chaque fois) qui l'a lu m'a fait remarquer des choses que je ne savais pas (ou que j'avais oublié) avoir écrites.
Si je transcris ce texte sur un écran d'ordinateur puis, plus tard, sur une feuille, il semble encore différent, même si je n'en ai pas changé la moindre virgule. (Mais il est difficile de ne pas changer ne serait-ce qu'une virgule à un texte qu'on réécrit : en le relisant une nouvelle fois, on y voit des aspérités qu'on n'avait pas perçues aux lectures précédentes. Je ne suis pas le même lecteur que les fois précédentes.)
Quand je relis mon journal, je constate (ça a toujours été le cas) que j'ai deux écritures. L'une d'elles est verticale, l'autre penchée vers l'avant. En première approximation, je suis tenté de penser que la seconde est celle de l'urgence, la première celle de la réflexion, mais ce n'est ni aussi simple, ni aussi clair à identifier dans les textes eux-mêmes. Aujourd'hui, trente ans et quelques acquisitions scientifiques plus tard (sur le fonctionnement du cerveau, en particulier), je serais presque tenté de penser que les deux écritures traduisent un état émotionnel différent au moment où j'écris, et non un état intellectuel de "premier jet" ou de "texte réfléchi". Là encore, je regarde mon écriture d'un oeil différent. La question que je me pose alors, coule de source : j'écris très peu à la main (quelle perte de temps : il faut tout recopier !) ; comment, alors, lire, aujourd'hui un texte dont la composition ne met en jeu ni les mêmes outils (ordinateur plutôt que papier et crayon) ni les mêmes muscles et neurones (ceux qui guidaient ma main droite fermée sur le stylo, ceux qui commandent les dix doigts des deux mains quand je tape), ni peut être les mêmes circuits cérébraux du langage (est-ce qu'on utilise les mêmes circuits pour taper et écrire ? Rien n'est moins sûr !) et qui, de plus, font disparaître la distinction entre mes deux graphies ?
Tout a changé.
Ma position pour écrire : je suis assis, calé dans un fauteuil soigneusement choisi, les avant-bras posés sur des bras de fauteuil à la bonne hauteur, et seules mes mains et mes poignets bougent. Je fixe un écran installé à soixante ou soixante-dix centimètres de mes yeux. Quand j'écrivais dans mon carnet, j'étais penché sur une page posée horizontalement, je m'appuyais sur mon avant-bras gauche et le bras droit arpentait la page. Et je pense que j'étais plus près.
Est-ce que ça change quelque chose à mon écriture ? Certainement, mais quoi ?
L'endroit où j'écris : en cet instant, je suis installé dans la salle commune de l'appartement montréalais, tout le monde bouge autour de moi, l'un des enfants est à l'ordi familial à ma gauche, un autre devant la télé à ma droite, il y a du bruit dans la cuisine à l'autre bout de la grande salle qui occupe les deux tiers du logement... Mais je pourrais être assis à mon bureau au CREUM, devant l'écran du mac sur lequel j'ai composé "Le Choeur des femmes" et presque tous les textes que j'ai écrits depuis. Et parce qu'on est dimanche, et parce que je vais certainement poster ce texte aujourd'hui, il ne fera pas partie du lot.
Est-ce que ça change quelque chose à l'écriture de ce texte ? Certainement, mais quoi ?
L'âge que j'ai : chez l'être humain, la partie la plus "humaine" du cerveau, le cortex préfrontal, qui est le centre de la réflexion, n'en finit pas de mûrir de la naissance à l'âge de 20 ou 25 ans. Quand j'ai commencé à écrire, j'avais dix ou douze ans. A vingt-deux (âge où j'ai commencé à tenir un journal régulier), cette croissance n'était pas terminée. Trente trois ans plus tard, j'ai le sentiment d'être arrivé à une sorte de "vitesse de croisière" de ma pensée quand j'écris (je n'ai pas le sentiment de décliner ou de penser moins rapidement qu'à vingt ans, mais "mieux", alors c'est plutôt agréable) mais est-ce que ça change quelque chose à mes émotions ? Apparemment non : je retrouve dans mon journal les mêmes colères, les mêmes interrogations, les mêmes émotions confuses et le même sentiment amoureux que je ressens aujourd'hui. Alors, si ça change quelque chose d'avoir cinquante-bientôt-cinq ans plutôt que vingt-deux, qu'est-ce que ça change ?
Mon expérience : je sais (enfin, je crois savoir) beaucoup plus de choses qu'il y a trente ans -- et puis, si, réflexion faite et toute fausse modestie mise à part, j'en sais beaucoup plus, et surtout j'ai un savoir-faire infiniment plus grand, et je peux le vérifier : très tôt, à l'adolescence et peut-être même avant, je recevais des confidences aussi surprenantes que les personnes qui me les faisaient. Mais ces confidences, je ne savais pas quoi en faire. D'abord, je me suis contenté de les écouter et de poser des questions un peu naïves. Ensuite (quand je suis devenu médecin), j'ai voulu intervenir comme sauveur dans les événements de vie tragique qu'on me décrivait - et je me suis rendu compte que d'abord ça n'était pas ce qu'on me demandait, ensuite que mes interventions, mes suggestions, mes certitudes pouvaient avoir un effet désastreux. Plus tard, le Balint et le temps aidant, je me suis rendu compte qu'il y a un temps pour chaque chose : écouter, poser des questions, faire des suggestions interrogatives et, ensuite, le cas échéant, apporter ma contribution quand on me la demandait - et encore, pas toujours : il y a bien des situations dans lesquelles il est bien plus utile de laisser l'autre prendre les choses en main seul(e), en lui laissant entendre simplement qu'on le soutiendra moralement.
Tout ça change certainement quelque chose à mon écriture. Mais quoi ?
Mon état émotionnel de l'instant : si je retraçais l'année écoulée (du 11 février 2009, date de mon arrivée à Montréal, au 14 février 2010, ce jour de la Saint-Valentin) en ne parlant pas des faits, mais de l'itinéraire en montagnes russes qu'ont parcouru mes émotions, je pourrais le décrire de la manière suivante : un sentiment de liberté et d'euphorie ; un lent retour à une tension anxieuse ; une période de stimulation intellectuelle soutenue ; une explosion émotionnelle, intellectuelle, onirique ; une période de tristesse intense mêlée d'un désir profond de sortir de cette tristesse ; et, aujourd'hui, la sensation de courir, tantôt euphorique et tantôt douloureux, comme un marathonien qui sait qu'il a peut être une fracture de fatigue (mon pied me fait mal, mais comme je plane, ça ne me gêne pas...) mais qui n'a pas l'intention de s'arrêter avant d'avoir atteint son but, et qui ne se demande pas combien de kilomètres il lui reste à parcourir : il verra bien en arrivant dans la dernière ligne droite, et c'est à ce moment-là qu'il ne faudra pas flancher.
Je sais que ça change quelque chose à mon écriture, car chaque événement, chaque personne qui me touche me change, et parfois plus profondément encore que je ne le crois au moment où cela survient.
Ce qui ne change pas, c'est que j'écris et que l'écriture, même si ce n'est pas immédiatement lisible, exprime dans toutes les nuances et les incertitudes la personne que je suis et deviens au contact de l'autre.
M.
dimanche 7 février 2010
Merci les gens... (Exercice n°10, 8) - par Zelapin bis
Merci les gens, les gentils, les méchants, les autres aussi / exercice d'écriture n°10
(par zelapin)
Merci Pierre Desproges,
Greg,Jacques Bodoin (qui s'en souvient?)
Gaston Lagaffe et Franquin,
Spirou, Pilote, le Canard Enchainé,
Merci encore et toujours Gotlib,
C'est un vrai bonheur que de vous avoir eus pour éveilleurs d'humour.
(Même si c' était principalement comme lecture aux chiottes.)
Merci Mireille Mathieu, Michèle Torr et Jaïro de n'avoir jamais fait partie de la discothèque familiale,
Mon oreille est plus sûre, mon rythme moins hésitant
De ne vous avoir croisés que chez mes grands-parents,
Dans la petite lucarne, invités de Marithie et Gilbert Carpentier.
Merci aux vagues, au sel, aux dépressions,
Ici et très au sud, dans les Flandres et le froid,
Merci le vent d'avoir poussé mon aile
Et celles des autres avec qui c'était si bon d'être sur l'eau.
Merci à mon petit noyau (qui se reconnaitra)
Si dense, si lourd, si intense
Et si dur, mais tellement là,
Tellement mien, pour toujours. (je vous aime)
Merci les méchants, les cons, les pas sympa,
Grâce à qui je peux définir ce que j'apprécie, ce que je ne veux pas,
Pas être, pas faire, pas penser.
Vous avez autant le droit que moi de vous construire en négatif (mais pas uniquement).
En gros, merci à tout le monde,
Mais faut pas déconner,
Tout le monde n'est pas n'importe qui,
Pas les grands magouilleurs, pas les grands détesteurs,
Pas les spéculateurs, les lèche-bottes, les faux-culs,
Ceux qui ne doutent pas, qui savent d'où vient le monde,
Et où ça finira.
Merci.
Pardon.
S'il vous plait.
Bonjour.
Au revoir.
Adieu (et quand on ne croit pas, à/jenesaispas?).
(par zelapin)
Merci Pierre Desproges,
Greg,Jacques Bodoin (qui s'en souvient?)
Gaston Lagaffe et Franquin,
Spirou, Pilote, le Canard Enchainé,
Merci encore et toujours Gotlib,
C'est un vrai bonheur que de vous avoir eus pour éveilleurs d'humour.
(Même si c' était principalement comme lecture aux chiottes.)
Merci Mireille Mathieu, Michèle Torr et Jaïro de n'avoir jamais fait partie de la discothèque familiale,
Mon oreille est plus sûre, mon rythme moins hésitant
De ne vous avoir croisés que chez mes grands-parents,
Dans la petite lucarne, invités de Marithie et Gilbert Carpentier.
Merci aux vagues, au sel, aux dépressions,
Ici et très au sud, dans les Flandres et le froid,
Merci le vent d'avoir poussé mon aile
Et celles des autres avec qui c'était si bon d'être sur l'eau.
Merci à mon petit noyau (qui se reconnaitra)
Si dense, si lourd, si intense
Et si dur, mais tellement là,
Tellement mien, pour toujours. (je vous aime)
Merci les méchants, les cons, les pas sympa,
Grâce à qui je peux définir ce que j'apprécie, ce que je ne veux pas,
Pas être, pas faire, pas penser.
Vous avez autant le droit que moi de vous construire en négatif (mais pas uniquement).
En gros, merci à tout le monde,
Mais faut pas déconner,
Tout le monde n'est pas n'importe qui,
Pas les grands magouilleurs, pas les grands détesteurs,
Pas les spéculateurs, les lèche-bottes, les faux-culs,
Ceux qui ne doutent pas, qui savent d'où vient le monde,
Et où ça finira.
Merci.
Pardon.
S'il vous plait.
Bonjour.
Au revoir.
Adieu (et quand on ne croit pas, à/jenesaispas?).
vendredi 5 février 2010
Mercie Maman (Exercice n°10, 7) - par Salomé
Mercie, Maman pour le colier avec le scarabé bleu que tu m'as donner, s'est tré joli, mercie de penser à moi. Je t'aime maman. J'aispaire que ce nouvau meussieu est jantil avec toi et qu'il va te donné beaucou d'arjan comme ça tu poura m'acheté des chausure. Revien vite Maman je panse beaucou a toi. T'inquiette pas, je sé me débrouillé pour manger et le papa de Clothilde va m'amené à l'école et je serai sage. Je vé aussi prendre ton pull pour dormire et puis le scarabé et je maitrai la petite lumière et je vé bien fermer la porte. Mercie maman, je t'aime tré fort, je panse à toi pour tous l'or du monde. Sofia.
mercredi 3 février 2010
Merci Monsieur Gracq (Exercice n°10, 6) - par Laura
Merci Monsieur Gracq,
pour les émotions données à la lecture de vos livres
d’avoir ouvert un carrefour où poésie, géographie, histoire ont su se rencontrer et créer une littérature que l’on se plait à arpenter
pour ces Carnets du Grand chemin où je m’évade régulièrement
d’avoir eu les sens aux aguets et d’avoir su dans le regard que vous posiez sur le monde en donner son essence
pour ces romans envoutants où je suis allée errer
d’avoir été fidèle aux lieux, aux chambres vides, aux lisières, aux eaux stagnantes
pour les silences d’une vie qui vous appartient
d’avoir marché le long des eaux étroites, autour des sept collines, et sur les grands chemins
pour l’intensité révélée dans la densité de l’écriture
d’avoir fait de moi une lectrice nouvelle au travers de ces livres qui me sont autant de lettres par vous adressées et que je reçois comme une respiration
pour l’intégrité de l’homme que vous avez su être
d’avoir offert des seuils où se rencontrent les échos
pour les émotions données à la lecture de vos livres
d’avoir ouvert un carrefour où poésie, géographie, histoire ont su se rencontrer et créer une littérature que l’on se plait à arpenter
pour ces Carnets du Grand chemin où je m’évade régulièrement
d’avoir eu les sens aux aguets et d’avoir su dans le regard que vous posiez sur le monde en donner son essence
pour ces romans envoutants où je suis allée errer
d’avoir été fidèle aux lieux, aux chambres vides, aux lisières, aux eaux stagnantes
pour les silences d’une vie qui vous appartient
d’avoir marché le long des eaux étroites, autour des sept collines, et sur les grands chemins
pour l’intensité révélée dans la densité de l’écriture
d’avoir fait de moi une lectrice nouvelle au travers de ces livres qui me sont autant de lettres par vous adressées et que je reçois comme une respiration
pour l’intégrité de l’homme que vous avez su être
d’avoir offert des seuils où se rencontrent les échos
mardi 2 février 2010
Merci la mer (Exercice n°10, 5) - par Jo Alouest
Parce que tu es belle, lumineuse et changeante.
Parce que c'est à ton contact que j'écris le plus librement.
Parce qu'il n'y à que lorsque nous sommes seules que je n'ai pas honte de chanter à tue tête.
Parce que depuis toute petite, c'est auprès de toi que je me sens le mieux, que je me sens vivre.
Parce que tu ne m'a jamais malmenée, même lorsque tu bouillonnais de colère, mais que je ne pouvais m'empêcher de te rejoindre.
Parce que tu n'as jamais cafté lorsque je filais en douce te retrouver, la nuit, pour m'endormir en écoutant ta berceuse lancinante.
Parce que sous la pluie, tu es drôle et brillante.
Et que sous l'orage tu deviens féérique.
Parce que tu es mon « autre mère », mon repère, mon oxygène, mon horizon.
Parce qu'où que j'aille, quand je te retrouve, c'est la première fois.
Parce que lorsque tu t'éloignes, c'est pour mieux revenir.
Parce que j'aime ta solitude.
Parce que quand je te rends visite avec les enfants, tu as toujours une surprise pour eux.
Parce que tu sculptes de jolies choses.
Parce que tu sais même adoucir les éclats de verre.
Parce que tu sens bon.
Parce que plonger dans tes rouleaux, ça me nettoie la tête de toute tristesse, de toute rancoeur.
Parce que j'adore faire la planche quand tu est calme et que seules tes vaguelettes décident de mon parcours.
Parce que j'aime observer les dessins que forme ton sel sur ma peau en séchant.
Parce que laisser glisser ton sable entre mes doigts en t'écoutant m'apaise.
Parce que j'aime te chercher des puces et jouer à celle qui saute le plus loin.
Parce que je raffole de tes poissons, surtout crus.
Pour l'ambiance de la criée.
Pour les couleurs des chalutiers.
Pour les colliers de coquillages et les galets.
Pour les falaises, les jetées, les dunes, les plages, les estuaires et les marais.
Pour les mouettes, les cormorans, les goélands, les albatros, les macareux, les pingouins, les sternes et les fous de Bassan.
Pour les bulots, les huîtres, les coques, les palourdes, les couteaux, les praires, les coquilles Saint-Jacques et l'encornet.
Pour les moules marinières, les éclades et les mouclades.
Pour les crevettes, les crabes, les langoustines et les homards.
Pour tes étoiles, les raies, le regard des dauphins, la beauté translucides des méduses.
Pour les couchers et les levers de soleil.
Pour les étoiles du ciel qui se reflètent en toi.
Pour tes vagues, tes algues, ton sel et tes grandes marées.
Mais aussi pour les châteaux de sable et pour m'avoir appris à nager.
Je voulais te dire « Merci ».
Parce que c'est à ton contact que j'écris le plus librement.
Parce qu'il n'y à que lorsque nous sommes seules que je n'ai pas honte de chanter à tue tête.
Parce que depuis toute petite, c'est auprès de toi que je me sens le mieux, que je me sens vivre.
Parce que tu ne m'a jamais malmenée, même lorsque tu bouillonnais de colère, mais que je ne pouvais m'empêcher de te rejoindre.
Parce que tu n'as jamais cafté lorsque je filais en douce te retrouver, la nuit, pour m'endormir en écoutant ta berceuse lancinante.
Parce que sous la pluie, tu es drôle et brillante.
Et que sous l'orage tu deviens féérique.
Parce que tu es mon « autre mère », mon repère, mon oxygène, mon horizon.
Parce qu'où que j'aille, quand je te retrouve, c'est la première fois.
Parce que lorsque tu t'éloignes, c'est pour mieux revenir.
Parce que j'aime ta solitude.
Parce que quand je te rends visite avec les enfants, tu as toujours une surprise pour eux.
Parce que tu sculptes de jolies choses.
Parce que tu sais même adoucir les éclats de verre.
Parce que tu sens bon.
Parce que plonger dans tes rouleaux, ça me nettoie la tête de toute tristesse, de toute rancoeur.
Parce que j'adore faire la planche quand tu est calme et que seules tes vaguelettes décident de mon parcours.
Parce que j'aime observer les dessins que forme ton sel sur ma peau en séchant.
Parce que laisser glisser ton sable entre mes doigts en t'écoutant m'apaise.
Parce que j'aime te chercher des puces et jouer à celle qui saute le plus loin.
Parce que je raffole de tes poissons, surtout crus.
Pour l'ambiance de la criée.
Pour les couleurs des chalutiers.
Pour les colliers de coquillages et les galets.
Pour les falaises, les jetées, les dunes, les plages, les estuaires et les marais.
Pour les mouettes, les cormorans, les goélands, les albatros, les macareux, les pingouins, les sternes et les fous de Bassan.
Pour les bulots, les huîtres, les coques, les palourdes, les couteaux, les praires, les coquilles Saint-Jacques et l'encornet.
Pour les moules marinières, les éclades et les mouclades.
Pour les crevettes, les crabes, les langoustines et les homards.
Pour tes étoiles, les raies, le regard des dauphins, la beauté translucides des méduses.
Pour les couchers et les levers de soleil.
Pour les étoiles du ciel qui se reflètent en toi.
Pour tes vagues, tes algues, ton sel et tes grandes marées.
Mais aussi pour les châteaux de sable et pour m'avoir appris à nager.
Je voulais te dire « Merci ».
lundi 1 février 2010
Merci Seigneur (Exercice n°10, 4) - par Muchanuit
Merci Seigneur
merci seigneur
merci le père le fils et le saint-esprit
merci notre père qui êtes aux cieux
merci Maréchal nous voilà, que nous avons salué chaque matin dans la classe de madame Varot
que chaque matin madame Varot nous disait c'est le papa de tous les petits français
moi je l'avais mon papa
merci seigneur de m'avoir donné deux papas
des mamans pourquoi tu m'en as pas donné deux aussi
la deuxième aurait été encadrée à côté du Maréchal dans la classe de madame Varot
merci madame Varot
tu as dit merci au monsieur madame Varot? il faut dire merci au monsieur madame Varot
trop tard ?
jamais trop tard pour dire merci
moi je dis bien merci
merci seigneur
merci seigneur pour tout le mal que tu m'as fait
merci seigneur pour tout le mal que tu me fais
merci seigneur pour tout le mal que tu nous fais
merci seigneur pour tout le mal que tu nous feras
à nous pôvres pécheurs
aujourd'hui, demain et jusqu'à l'heure de notre mort
et in secula seculorum.
merci seigneur
merci le père le fils et le saint-esprit
merci notre père qui êtes aux cieux
merci Maréchal nous voilà, que nous avons salué chaque matin dans la classe de madame Varot
que chaque matin madame Varot nous disait c'est le papa de tous les petits français
moi je l'avais mon papa
merci seigneur de m'avoir donné deux papas
des mamans pourquoi tu m'en as pas donné deux aussi
la deuxième aurait été encadrée à côté du Maréchal dans la classe de madame Varot
merci madame Varot
tu as dit merci au monsieur madame Varot? il faut dire merci au monsieur madame Varot
trop tard ?
jamais trop tard pour dire merci
moi je dis bien merci
merci seigneur
merci seigneur pour tout le mal que tu m'as fait
merci seigneur pour tout le mal que tu me fais
merci seigneur pour tout le mal que tu nous fais
merci seigneur pour tout le mal que tu nous feras
à nous pôvres pécheurs
aujourd'hui, demain et jusqu'à l'heure de notre mort
et in secula seculorum.
dimanche 31 janvier 2010
Merci, Docteur G. (Exercice 10, n°3) - par Marie
S., le 29 janvier 2009
Chère Dr G.,
Ma mère m’a annoncé votre décès lors de son dernier appel téléphonique. C’est ainsi que je suis tenue au courant des dernières nouvelles depuis que je vis à l’étranger : son cancer du sein, la naissance d’une nouvelle nièce, les fiançailles de mon frère... Cette fois-ci, entre le dernier exploit de ma filleule et la vague de froid qui s’abat sur la France cet hiver : « tiens, au fait, j’ai une nouvelle qui va sûrement te faire un peu de peine, et bien, tu sais, Dr G., elle est décédée, ça fait quelques semaines déjà, il faut dire, elle n’était plus toute jeune, elle était malade je crois...»
J’étais émue, comme si une partie de mon enfance disparaissait avec vous. Vous étiez malade ? Qui s’est occupé de vous? Vous qui avez consacré votre vie aux autres; vous, sans mari ni enfant, prenant soin de votre mère âgée, après vos interminables journées de travail ? J’aurais aimé à mon tour être votre médecin. Après tout, n’aurait-ce pas été le meilleur moyen de vous dire merci ?
Merci pour m’avoir donné l’envie dès mon plus jeune âge de devenir docteur. Enfant, j’étais fascinée par ces instruments insolites que vous sortiez de votre mallette lorsque vous veniez à la maison, et à peine étiez-vous repartie que je tentais à mon tour d’examiner la gorge de l’un de mes frères. Adolescente, je voulais devenir médecin généraliste, toujours à l’écoute comme vous, pour aller soigner chez eux la grand-mère, son fils et le dernier-né d’une même famille et les accompagner tout au long d’une vie. Plus tard, lors de mes premiers pas à l’hôpital, vous avez calmé des angoisses que peu de personnes autour de moi comprenaient. Merci.
Tout le monde ne vous appréciait pas autant, certains vous trouvaient parfois un peu dure. De temps en temps, le souvenir de vos années en Afrique devait vous faire trouver bien insignifiants certains soucis des cadres de notre banlieue favorisée de l’ouest parisien. Mais vous étiez toujours disponible et attentive quelle que soit l’heure ou le jour, compréhensive, sachant créer un apaisant climat de confiance, trouvant toujours un prétexte pour, sans l’humilier, ne pas faire payer une personne qui avait peu de moyens.
Lorsqu’à la fin de mes études je suis partie travailler dans un dispensaire en Afrique, c’était peut-être une façon de marcher dans vos traces.
Je ne suis pas devenue le médecin de famille que j’imaginais : je suis maintenant spécialiste à l’hôpital, mais dans mon domaine, le premier motif de consultation est la douleur et «mes» (comme si ils nous appartenaient !) patients souffrent de maladies chroniques qui m’amènent à les suivre de façon régulière, et donc tisser ces liens particuliers qui sont ma raison d’être médecin. Je suis encore jeune et quand par manque d’expérience je ne sais comment réagir dans certaines situations, je me demande «qu’aurait-elle fait ou dit ?»
Ma timidité m’a empêché de vous adresser ces remerciements de vive voix, mais vous étiez croyante et je suis sure qu’ils vous parviendront là où vous êtes maintenant; je vous entends déjà, gênée par votre modestie, me répondre avec votre rire franc «voyons, voyons, je ne faisais que mon travail...!»
Marie
Chère Dr G.,
Ma mère m’a annoncé votre décès lors de son dernier appel téléphonique. C’est ainsi que je suis tenue au courant des dernières nouvelles depuis que je vis à l’étranger : son cancer du sein, la naissance d’une nouvelle nièce, les fiançailles de mon frère... Cette fois-ci, entre le dernier exploit de ma filleule et la vague de froid qui s’abat sur la France cet hiver : « tiens, au fait, j’ai une nouvelle qui va sûrement te faire un peu de peine, et bien, tu sais, Dr G., elle est décédée, ça fait quelques semaines déjà, il faut dire, elle n’était plus toute jeune, elle était malade je crois...»
J’étais émue, comme si une partie de mon enfance disparaissait avec vous. Vous étiez malade ? Qui s’est occupé de vous? Vous qui avez consacré votre vie aux autres; vous, sans mari ni enfant, prenant soin de votre mère âgée, après vos interminables journées de travail ? J’aurais aimé à mon tour être votre médecin. Après tout, n’aurait-ce pas été le meilleur moyen de vous dire merci ?
Merci pour m’avoir donné l’envie dès mon plus jeune âge de devenir docteur. Enfant, j’étais fascinée par ces instruments insolites que vous sortiez de votre mallette lorsque vous veniez à la maison, et à peine étiez-vous repartie que je tentais à mon tour d’examiner la gorge de l’un de mes frères. Adolescente, je voulais devenir médecin généraliste, toujours à l’écoute comme vous, pour aller soigner chez eux la grand-mère, son fils et le dernier-né d’une même famille et les accompagner tout au long d’une vie. Plus tard, lors de mes premiers pas à l’hôpital, vous avez calmé des angoisses que peu de personnes autour de moi comprenaient. Merci.
Tout le monde ne vous appréciait pas autant, certains vous trouvaient parfois un peu dure. De temps en temps, le souvenir de vos années en Afrique devait vous faire trouver bien insignifiants certains soucis des cadres de notre banlieue favorisée de l’ouest parisien. Mais vous étiez toujours disponible et attentive quelle que soit l’heure ou le jour, compréhensive, sachant créer un apaisant climat de confiance, trouvant toujours un prétexte pour, sans l’humilier, ne pas faire payer une personne qui avait peu de moyens.
Lorsqu’à la fin de mes études je suis partie travailler dans un dispensaire en Afrique, c’était peut-être une façon de marcher dans vos traces.
Je ne suis pas devenue le médecin de famille que j’imaginais : je suis maintenant spécialiste à l’hôpital, mais dans mon domaine, le premier motif de consultation est la douleur et «mes» (comme si ils nous appartenaient !) patients souffrent de maladies chroniques qui m’amènent à les suivre de façon régulière, et donc tisser ces liens particuliers qui sont ma raison d’être médecin. Je suis encore jeune et quand par manque d’expérience je ne sais comment réagir dans certaines situations, je me demande «qu’aurait-elle fait ou dit ?»
Ma timidité m’a empêché de vous adresser ces remerciements de vive voix, mais vous étiez croyante et je suis sure qu’ils vous parviendront là où vous êtes maintenant; je vous entends déjà, gênée par votre modestie, me répondre avec votre rire franc «voyons, voyons, je ne faisais que mon travail...!»
Marie
samedi 30 janvier 2010
Merci Patricia (Exercice n°10, 2) - par Gilda
Bonsoir Patricia,
Si longtemps déjà que "People who knock on the door" est à mon chevet, à tous les sens du terme, et que je n'ose pas. 26 ans, je crois, bientôt 27. À l'époque, je n'imaginais pas qu'on puisse écrire à ceux qui écrivaient. Ma planète s'appelait banlieue et à peine Paris, mais seulement pour les cours, dormir et potasser. Ceux qui créaient les livres habitaient une autre galaxie. Il n'existait pas encore l'internet pour les communications interplanétaires. De toutes façons j'aurais craint de déranger. Je ne remercie pas mes parents d'avoir ajouté à une forme de timidité naturelle, trois surcouches (in)dé(lé)biles de principes d'effacement.
Il tombe que comme Arthur, j'étais quelqu'un qui étudiait sérieusement. Les étudiants sérieux ne sont pas du bois dont on fait ordinairement les héros de roman. Comme lui j'avais trouvé le grand amour du premier coup et qui m'avait quitté ainsi que le fait Maggie envers lui. Et une structure familiale qui présentait certaines similitudes, quoi que non religieuses, avec celle dont il souffrait. L'identification avait fonctionné plus qu'avec aucun autre. Au point de m'aider au plus noir du chagrin d'amour : oui il est normal de n'en plus pouvoir manger sinon de façon fractionnée, oui il est normal d'être à ce point abattu. C'était mon premier, je n'en savais rien.
J'ai acquis depuis une certaine expertise.
Ce n'est qu'à mesure que je m'approchais de l'écriture que j'ai compris combien au delà d'un récit et de personnages qui me tenaient à cœur, se trouvait une œuvre, un travail remarquable d'équilibre narratif. Cet art de distiller les quelques détails nécessaires à la vie d'une scène, jamais un de trop, le respect des personnages, jusqu'aux plus secondaires et qu'ils soient issus du quotidien et que ce soit ce qui advient qui mérite transmission. Et enfin votre humour à froid, jamais insistant.
Depuis fort longtemps je n'ai plus l'âge d'Arthur, mais ma vie n'est qu'un éternel recommencement, et je n'ai jamais su me départir ni de mon sérieux au travail ni de mon engagement profond dès qu'il s'agit de sentiments, alors je suis revenue vers lui souvent.
Ces derniers jours, j'ai dû à nouveau le retrouver. J'ai beau connaître à force certains passages par cœur (1), la magie opère : votre écriture possède l'efficacité calme qui fait qu'on y est.
Au fil des ans, à mesure que dans nos sociétés le conservatisme reprend le dessus le côté militant me séduit davantage. Pour ça aussi votre livre offre apaisement.
Il n'y a qu'au 11 septembre 2001 (2), à la mort de mon père, et quand l'amie, mon âme sœur, m'a quittée qu'il n'a rien pu faire. C'est peu en 26 ans.
Il était donc plus que temps que je vous dise merci. Je profite que ce soir un messager de luxe s'apprête à vous rejoindre pour le charger de transmettre. Je sais qu'il voudra bien. Mon «Shoe Repair» à moi s'appelle L'Attrape-Cœurs.
Be seing you
some grateful Gilda
(1) Hélas pour ma vie amoureuse.
(2) Vous n'étiez pas là, je vous expliquerai.
Si longtemps déjà que "People who knock on the door" est à mon chevet, à tous les sens du terme, et que je n'ose pas. 26 ans, je crois, bientôt 27. À l'époque, je n'imaginais pas qu'on puisse écrire à ceux qui écrivaient. Ma planète s'appelait banlieue et à peine Paris, mais seulement pour les cours, dormir et potasser. Ceux qui créaient les livres habitaient une autre galaxie. Il n'existait pas encore l'internet pour les communications interplanétaires. De toutes façons j'aurais craint de déranger. Je ne remercie pas mes parents d'avoir ajouté à une forme de timidité naturelle, trois surcouches (in)dé(lé)biles de principes d'effacement.
Il tombe que comme Arthur, j'étais quelqu'un qui étudiait sérieusement. Les étudiants sérieux ne sont pas du bois dont on fait ordinairement les héros de roman. Comme lui j'avais trouvé le grand amour du premier coup et qui m'avait quitté ainsi que le fait Maggie envers lui. Et une structure familiale qui présentait certaines similitudes, quoi que non religieuses, avec celle dont il souffrait. L'identification avait fonctionné plus qu'avec aucun autre. Au point de m'aider au plus noir du chagrin d'amour : oui il est normal de n'en plus pouvoir manger sinon de façon fractionnée, oui il est normal d'être à ce point abattu. C'était mon premier, je n'en savais rien.
J'ai acquis depuis une certaine expertise.
Ce n'est qu'à mesure que je m'approchais de l'écriture que j'ai compris combien au delà d'un récit et de personnages qui me tenaient à cœur, se trouvait une œuvre, un travail remarquable d'équilibre narratif. Cet art de distiller les quelques détails nécessaires à la vie d'une scène, jamais un de trop, le respect des personnages, jusqu'aux plus secondaires et qu'ils soient issus du quotidien et que ce soit ce qui advient qui mérite transmission. Et enfin votre humour à froid, jamais insistant.
Depuis fort longtemps je n'ai plus l'âge d'Arthur, mais ma vie n'est qu'un éternel recommencement, et je n'ai jamais su me départir ni de mon sérieux au travail ni de mon engagement profond dès qu'il s'agit de sentiments, alors je suis revenue vers lui souvent.
Ces derniers jours, j'ai dû à nouveau le retrouver. J'ai beau connaître à force certains passages par cœur (1), la magie opère : votre écriture possède l'efficacité calme qui fait qu'on y est.
Au fil des ans, à mesure que dans nos sociétés le conservatisme reprend le dessus le côté militant me séduit davantage. Pour ça aussi votre livre offre apaisement.
Il n'y a qu'au 11 septembre 2001 (2), à la mort de mon père, et quand l'amie, mon âme sœur, m'a quittée qu'il n'a rien pu faire. C'est peu en 26 ans.
Il était donc plus que temps que je vous dise merci. Je profite que ce soir un messager de luxe s'apprête à vous rejoindre pour le charger de transmettre. Je sais qu'il voudra bien. Mon «Shoe Repair» à moi s'appelle L'Attrape-Cœurs.
Be seing you
some grateful Gilda
(1) Hélas pour ma vie amoureuse.
(2) Vous n'étiez pas là, je vous expliquerai.
vendredi 29 janvier 2010
Merci Julien (Exercice n°10, 1) - par Tutim
Le 22 juin 2009,
Cher Julien,
Je me rappelle exactement de la première fois où j’ai entendu vos chansons. A cette époque, je me baladais toujours avec un sac à dos orange rempli de grands classeurs et des feuilles doubles à petits carreaux. Ce jour-là, j’étais à la Fnac pour acheter un manuel d’histoire et votre album était en écoute. Une histoire de parents que j’ai trouvée très drôle. Je suis repartie avec votre CD et celui de Carla Bruni. J’avais du flair. Elle est devenue Mme Sarkozy. Et vous, vous êtes devenu la mélodie de mes révisions. Et de la suite. Aujourd’hui, des années après, je vis dans un autre pays et je parle une autre langue. Ben, sur mon iPod, c’est encore vous.
Nous, on a l’impression bizarre de vous connaître. Et puis vous, vous connaissez simplement le public dans l’obscurité des théâtres, ses rires, ses phrases en l’air, ses applaudissements et ses remerciements rapides pour ceux qui attendent et vous rencontrent. Moi, devant vous, je me suis bien sentie bien cruche. Faut dire que je ne m’attendais pas à vous voir débarquer. J’ai pas vraiment cru les autres quand ils m’ont dit « mais si attends, il sort toujours. ». Alors quand je vous ai vu, tout sourire, j’ai perdu mes mots. J’ai oublié les jolis mercis qui s’étaient bousculés dans ma tête pendant toutes ces années. Je vous ai juste dit « je peux avoir une photo ? ». Alors j’ai préféré vous écrire pour vous dire le reste.
J’ai grandi avec votre musique. J’ai rêvé avec vos histoires. J’ai réfléchi avec vos paroles. J’ai rencontré vos personnages. Je les ai souvent vu se répondre sans s’entendre. J’ai écouté vos mots dessiner ces atmosphères serrées, ces moments privilégiés, ces aventures comme le quotidien. J’ai voyagé.
Je vous ai écouté sur mon discman en prenant de grandes décisions. Et puis, il y a eu les fois où je m’endormais, où je lisais, où je regardais les visages bleus incandescents en filant à travers la nuit dans le métro aérien, les fois où je déambulais, les fois où j’étais pressée. Et puis il y a eu les fois où j’ai écrit. Ecrit. Ecrit. Pendant tout ce temps, le rythme de vos mots, la justesse de vos formules et l’éclat de vos décors ont tournoyé autour de moi.
Vous touchez d’un doigt délicat l’enchanté du quotidien. Vous êtes très drôle mais vous n’êtes pas de ceux qui ont besoin de se moquer pour amuser. Non, vos mots à vous observent sans juger. Vous montrez l’absurdité des modes et la petitesse du trop.
Vous n’avez pas la folie des grands mots. Bien au contraire, vous semblez les aimer pour ce qu’ils sont et vous les choisissez avec humilité. Pour n’exclure personne. Pour offrir des tableaux pudiques et touchants.
Vous n’en dites pas trop. Et c’est certainement là votre plus grand talent. Vous jetez votre dévolu sur un détail ou deux qui parlent pour toute la scène. L’intonation de la mélodie donne le paysage. Et on y est. Oui, on y est tout à fait. A New York ou au Festival d’Avignon. Vous avez le sens de la mesure. Vous êtes précis sans avoir la prétention de vouloir couper court à l’imagination de ceux qui vous écoutent. C’est une générosité rare chez les artistes.
Et puis il y a d’autres choses.
Merci pour Tours en juin. On a vécu un moment de grâce.
Vos chansons me rendent heureuse. Alors, je me permets d’emprunter son expression à ce metteur en scène auquel vous faites si souvent référence, même si je ne prétends que de ma main, elle ait le même poids. Je voulais vous dire, Julien, vous êtes un chanteur très bien.
Cher Julien,
Je me rappelle exactement de la première fois où j’ai entendu vos chansons. A cette époque, je me baladais toujours avec un sac à dos orange rempli de grands classeurs et des feuilles doubles à petits carreaux. Ce jour-là, j’étais à la Fnac pour acheter un manuel d’histoire et votre album était en écoute. Une histoire de parents que j’ai trouvée très drôle. Je suis repartie avec votre CD et celui de Carla Bruni. J’avais du flair. Elle est devenue Mme Sarkozy. Et vous, vous êtes devenu la mélodie de mes révisions. Et de la suite. Aujourd’hui, des années après, je vis dans un autre pays et je parle une autre langue. Ben, sur mon iPod, c’est encore vous.
Nous, on a l’impression bizarre de vous connaître. Et puis vous, vous connaissez simplement le public dans l’obscurité des théâtres, ses rires, ses phrases en l’air, ses applaudissements et ses remerciements rapides pour ceux qui attendent et vous rencontrent. Moi, devant vous, je me suis bien sentie bien cruche. Faut dire que je ne m’attendais pas à vous voir débarquer. J’ai pas vraiment cru les autres quand ils m’ont dit « mais si attends, il sort toujours. ». Alors quand je vous ai vu, tout sourire, j’ai perdu mes mots. J’ai oublié les jolis mercis qui s’étaient bousculés dans ma tête pendant toutes ces années. Je vous ai juste dit « je peux avoir une photo ? ». Alors j’ai préféré vous écrire pour vous dire le reste.
J’ai grandi avec votre musique. J’ai rêvé avec vos histoires. J’ai réfléchi avec vos paroles. J’ai rencontré vos personnages. Je les ai souvent vu se répondre sans s’entendre. J’ai écouté vos mots dessiner ces atmosphères serrées, ces moments privilégiés, ces aventures comme le quotidien. J’ai voyagé.
Je vous ai écouté sur mon discman en prenant de grandes décisions. Et puis, il y a eu les fois où je m’endormais, où je lisais, où je regardais les visages bleus incandescents en filant à travers la nuit dans le métro aérien, les fois où je déambulais, les fois où j’étais pressée. Et puis il y a eu les fois où j’ai écrit. Ecrit. Ecrit. Pendant tout ce temps, le rythme de vos mots, la justesse de vos formules et l’éclat de vos décors ont tournoyé autour de moi.
Vous touchez d’un doigt délicat l’enchanté du quotidien. Vous êtes très drôle mais vous n’êtes pas de ceux qui ont besoin de se moquer pour amuser. Non, vos mots à vous observent sans juger. Vous montrez l’absurdité des modes et la petitesse du trop.
Vous n’avez pas la folie des grands mots. Bien au contraire, vous semblez les aimer pour ce qu’ils sont et vous les choisissez avec humilité. Pour n’exclure personne. Pour offrir des tableaux pudiques et touchants.
Vous n’en dites pas trop. Et c’est certainement là votre plus grand talent. Vous jetez votre dévolu sur un détail ou deux qui parlent pour toute la scène. L’intonation de la mélodie donne le paysage. Et on y est. Oui, on y est tout à fait. A New York ou au Festival d’Avignon. Vous avez le sens de la mesure. Vous êtes précis sans avoir la prétention de vouloir couper court à l’imagination de ceux qui vous écoutent. C’est une générosité rare chez les artistes.
Et puis il y a d’autres choses.
Merci pour Tours en juin. On a vécu un moment de grâce.
Vos chansons me rendent heureuse. Alors, je me permets d’emprunter son expression à ce metteur en scène auquel vous faites si souvent référence, même si je ne prétends que de ma main, elle ait le même poids. Je voulais vous dire, Julien, vous êtes un chanteur très bien.
jeudi 28 janvier 2010
"Merci" (exercice d'écriture n°10) - par Ornella N.
Les mots se bousculent.
Vous voudriez lui dire.
Pourquoi il/elle vous inspire.
et pourquoi vous l'admirez.
Comment il/elle vous aide.
Le/la remercier.
Un peu pour tout.
Vous vous décidez à lui écrire.
Vous n'aurez peut-être pas de réponse.
Mais ce n'est de toute façon pas ce que vous attendez.
Vous vouliez seulement lui dire.
Ornella
PS : Taille maximum : 3000 signes
Date limite de remise : 7 février
Vous voudriez lui dire.
Pourquoi il/elle vous inspire.
et pourquoi vous l'admirez.
Comment il/elle vous aide.
Le/la remercier.
Un peu pour tout.
Vous vous décidez à lui écrire.
Vous n'aurez peut-être pas de réponse.
Mais ce n'est de toute façon pas ce que vous attendez.
Vous vouliez seulement lui dire.
Ornella
PS : Taille maximum : 3000 signes
Date limite de remise : 7 février
mercredi 27 janvier 2010
Something happened, 11 - par Zelapin récidiviste
Sisters, brothers,
ce soir, je meurs d’envie de vous faire part d’une aventure qui a transformé ma vie. Vous me voyez là, heureuse, épanouie, me dorant la capsule (ouais, j’aime pas me dorer la pilule mais la capsule) au soleil, des amis à la pelle, du fric juste ce qu’il faut, mais il n’en a pas toujours été ainsi.
Dans ma vie d’avant, j’ai reçu une bonne baffe, de celle dont on ne se relève pas toujours, donnée par celle que je croyais être mon amie. Ca vous dit, un petit flash-back?
Avant donc, j’étais du genre cool, pas à cheval sur les principes, je faisais pas mal la bringue (comme maintenant me direz-vous, mais vous allez voir que non), je bossais par-ci, par-là et je claquais tout vite fait. « Y’avait rien à gagner, les journées passaient, tout était simple »*. Je ne prévoyais rien. Avec le recul, je peux dire que je vivotais, sans passion mais contente.
Un jour, il a commencé à pleuvoir un petit peu, les herbes étaient toutes jaunes, j’avais beau chanter, danser, j’avais froid. Les amis de passage se faisaient plus que rares.
Puis ça s’est mis à cailler sérieux. Plus de fêtes, plus trop de soleil, l’ambiance était retombée.
J’entretenais de bons rapports avec ma voisine, même si elle ne faisait que passer aux soirées, même si je n’avais jamais eu de grandes discussions avec elle. Elle m’avait trouvé deux trois petits boulots, je l’avais dépannée quelques fois ; un voisinage en bonne entente. Alors forcément, ce matin-là, c’est chez elle que je suis allée, histoire de boire un petit café, histoire de faire durer l’été, histoire de voir encore du monde, avant d’essayer de trouver de quoi gagner trois sous pour la mauvaise saison.
Mais figurez-vous que cette frustrée m’a reçue sur le pas de la porte. J’ai pas compris tout de suite qu’elle n’allait pas me faire entrer, alors j’ai proposé d’aller en ville. J’aurais pas dû. Elle a commencé par « tu crois que j’ai le temps et l’argent de trainer dans les bars ? C’est toi qui vas payer, avec quoi ? ».
Six minutes après, c’était comme si j’avais complété tous les psycho-tests de tous les magazines, je venais de me faire passer le savon le plus copieux de ma vie, je savais qui j’étais et qui je n’étais pas, interprétation et morale en prime.
En gros, un truc comme quoi j’avais bien chanté tout l’été, que là, j’avais qu’à danser pour me réchauffer. Le plus drôle, c’est que je n’ai pas réalisé sur le coup la portée de ce que je venais d’entendre, j’ai seulement pensé « c’est râpé pour le kawa ».
Je suis rentrée, j’ai bien calé ma chaise longue au sud, à l’abri du vent, et j’ai profité des derniers rayons de soleil.
Et dans ce calme retrouvé, j’ai pensé qu’elle n’avait au final pas tort, cette vielle bique de fourmi ; il allait falloir m’organiser pour ne pas avoir à mourir un peu à chaque début d’automne. Et je devais gagner ma croûte plus décemment pour ne jamais manquer de café.
Tout bien considéré, c’était pas plus mal d’en avoir pris une telle couche, j’ai fait un gros gros point sur ma vie, je ne suis pas allée jusqu’à « colonne de gauche ce qui va et de droite ce qu’il faut changer », mais pas loin. Je ne me suis pas étendue sur la déception causée par ce désistement côté amitié, j’ai préféré me dire qu’on ne voyait pas la vie par le même prisme.
Je vais pas raconter de salades, quand ma décision a été prise, un petit rictus moqueur m’a contracté le zygomatique, je n’enviais pas sa vie et c’est un euphémisme.
Je ne m’étends pas sur les jours qui ont suivi, un peu vache maigre, mais ma traversée du désert s’est muée en traversée des mers.
Et oui, c’est à cette époque-là que je suis venue en Jamaïque.
Fallait être logique, chanter, danser, ….er, ….er, c’est ce qui m’a toujours branchée, et ne pas avoir froid pour ne pas crever, c’était une sorte de postulat de base.
Vous connaissez un meilleur endroit pour ça ? Pas moi, et je le vérifie tous les jours.
J’ai un peu bossé la voix, un peu la danse, et là, je rentre en studio avec Lavilliers.
Merci Fourmi !
*(merci Charlélie Couture, « le mois d’août 75 »)
ce soir, je meurs d’envie de vous faire part d’une aventure qui a transformé ma vie. Vous me voyez là, heureuse, épanouie, me dorant la capsule (ouais, j’aime pas me dorer la pilule mais la capsule) au soleil, des amis à la pelle, du fric juste ce qu’il faut, mais il n’en a pas toujours été ainsi.
Dans ma vie d’avant, j’ai reçu une bonne baffe, de celle dont on ne se relève pas toujours, donnée par celle que je croyais être mon amie. Ca vous dit, un petit flash-back?
Avant donc, j’étais du genre cool, pas à cheval sur les principes, je faisais pas mal la bringue (comme maintenant me direz-vous, mais vous allez voir que non), je bossais par-ci, par-là et je claquais tout vite fait. « Y’avait rien à gagner, les journées passaient, tout était simple »*. Je ne prévoyais rien. Avec le recul, je peux dire que je vivotais, sans passion mais contente.
Un jour, il a commencé à pleuvoir un petit peu, les herbes étaient toutes jaunes, j’avais beau chanter, danser, j’avais froid. Les amis de passage se faisaient plus que rares.
Puis ça s’est mis à cailler sérieux. Plus de fêtes, plus trop de soleil, l’ambiance était retombée.
J’entretenais de bons rapports avec ma voisine, même si elle ne faisait que passer aux soirées, même si je n’avais jamais eu de grandes discussions avec elle. Elle m’avait trouvé deux trois petits boulots, je l’avais dépannée quelques fois ; un voisinage en bonne entente. Alors forcément, ce matin-là, c’est chez elle que je suis allée, histoire de boire un petit café, histoire de faire durer l’été, histoire de voir encore du monde, avant d’essayer de trouver de quoi gagner trois sous pour la mauvaise saison.
Mais figurez-vous que cette frustrée m’a reçue sur le pas de la porte. J’ai pas compris tout de suite qu’elle n’allait pas me faire entrer, alors j’ai proposé d’aller en ville. J’aurais pas dû. Elle a commencé par « tu crois que j’ai le temps et l’argent de trainer dans les bars ? C’est toi qui vas payer, avec quoi ? ».
Six minutes après, c’était comme si j’avais complété tous les psycho-tests de tous les magazines, je venais de me faire passer le savon le plus copieux de ma vie, je savais qui j’étais et qui je n’étais pas, interprétation et morale en prime.
En gros, un truc comme quoi j’avais bien chanté tout l’été, que là, j’avais qu’à danser pour me réchauffer. Le plus drôle, c’est que je n’ai pas réalisé sur le coup la portée de ce que je venais d’entendre, j’ai seulement pensé « c’est râpé pour le kawa ».
Je suis rentrée, j’ai bien calé ma chaise longue au sud, à l’abri du vent, et j’ai profité des derniers rayons de soleil.
Et dans ce calme retrouvé, j’ai pensé qu’elle n’avait au final pas tort, cette vielle bique de fourmi ; il allait falloir m’organiser pour ne pas avoir à mourir un peu à chaque début d’automne. Et je devais gagner ma croûte plus décemment pour ne jamais manquer de café.
Tout bien considéré, c’était pas plus mal d’en avoir pris une telle couche, j’ai fait un gros gros point sur ma vie, je ne suis pas allée jusqu’à « colonne de gauche ce qui va et de droite ce qu’il faut changer », mais pas loin. Je ne me suis pas étendue sur la déception causée par ce désistement côté amitié, j’ai préféré me dire qu’on ne voyait pas la vie par le même prisme.
Je vais pas raconter de salades, quand ma décision a été prise, un petit rictus moqueur m’a contracté le zygomatique, je n’enviais pas sa vie et c’est un euphémisme.
Je ne m’étends pas sur les jours qui ont suivi, un peu vache maigre, mais ma traversée du désert s’est muée en traversée des mers.
Et oui, c’est à cette époque-là que je suis venue en Jamaïque.
Fallait être logique, chanter, danser, ….er, ….er, c’est ce qui m’a toujours branchée, et ne pas avoir froid pour ne pas crever, c’était une sorte de postulat de base.
Vous connaissez un meilleur endroit pour ça ? Pas moi, et je le vérifie tous les jours.
J’ai un peu bossé la voix, un peu la danse, et là, je rentre en studio avec Lavilliers.
Merci Fourmi !
*(merci Charlélie Couture, « le mois d’août 75 »)
mardi 26 janvier 2010
Something happened, 10 - par Maud K.
Appuyée contre le tuyau froid dans les toilettes, elle pleure. Les larmes salées entrent dans sa bouche, dégoulinent dans son cou, collent ses cheveux. Elle aime leurs contact parce qu'elle les connait bien, elles sont de fidèles petites compagnes qui lui piquent la langue, l'ancrent à la vie et lui rapellent qu'elle est encore faite de chair et de sang.
Elle compose le numéro, encore et encore, et écoute les tonalités se perdre dans le vide, et l'espoir monte et se brise, à chaque fois. L'espoir de quoi?
Il ne répondra pas. Et même s'il le faisait, pour dire quoi de plus? Il ne ressent plus rien, Il a rencontré quelqu'un d'autre, et maintenant, Il aimerait bien qu'elle le laisse tranquille, parce qu'il aimerait bien voir la fin de son film. Voilà. Cinq ans, cinq minutes, plié et emballé.
A mesure que les mots prennent du sens, le froid s'insinue dans sa poitrine, le Grand Vide s'installe, et les larmes l'abandonnent.
Ce n'est pourtant pas la première fois qu'Il arrache des petits morceaux de son coeur, ni même qu'il la quitte, mais la douleur est toujours aussi vive. Les autres fois, elle a persévéré. Pardonner et s'annihiler pour qu'Il l'aime un peu plus longtemps.
Tant qu'elle tient le téléphone, le Lien, dans sa main, elle cautérise la plaie avec. Mais le Grand Vide a chassé tout l'espoir et elle fini par reposer le téléphone.
Le brouillard qui suit s'étire lentement. Une coquille vide qui mange, qui dort, qui se lève. Regarder son répondeur comme un énemi silencieux. Ne pas supporter d'être seule mais ne supporter de voir personne. Flotter entre le temps et l'espace.
Aujourd'hui elle est à cette soirée avec des amis, au milieu de tous ces gens, elle sourit et hoche la tête en temps voulu, elle trouve qu'elle ne s'en sort pas si mal. Elle donne le change.
C'est une soirée avec des copains qu'elle n'a pas vus depuis très longtemps, et chacun raconte un peu ce qu'il est devenu. La fille en face d'elle reviens d'Australie. C'était une copine au lycée, elles habitaient la même rue et se disputaient toujours la première place à l'école.
C'est marrant les chemins que prennent les gens, les voies qu'ils suivent et qui les emmènent plus ou moins loin de leurs idéaux d'adolescence.
Miss Australie est habillée simplement mais semble à l'aise dans ses vêtements. Ses boucles d'oreilles viennent du Mali, elle est allée enseigner le français en Virginie quelques années après le bac. C'est fou cette façon qu'a la vie de vous déposer exactement là où vous devez être si vous savez saisir les opportunités qu'elle vous donne.
Elle a des amis un peu partout dans le monde et explique que ce qu'elle aime vraiment, ce sont les rencontres inattendues et enrichissantes.
Elle n'a pas peur de vivre. Elle n'a pas besoin de béquille.
C'est sans doute à ce moment là que le petit rayon de soleil a percé le brouillard. Elle regarde cette fille sourire et agiter les mains devant elle et elle se dit : "Pourquoi pas moi?" .
Elle regarde sa vie et elle se demande ce qu'elle fait là. À quel moment s'est-elle trompée de chemin et s'est-elle perdue en route? Accepte d'exister. Fais taire la petite fourmi laborieuse et écoute ta vraie voix. Saute dans le train en marche, pars attraper tes rêves avant qu'ils ne s'échappent.
Voilà. Quelques secondes pour des années.
Elle a vidé son appartement et rendu les clefs. Ses classeurs, ses cours et ses polycopiés d'internat sont chez ses parents dans un carton à la cave, ils attendront son retour. Son sac à ses pieds n'est pas trop gros, et elle se regarde dans le miroir au dessus des toilettes. Elle se trouve belle sans maquillage.
Elle est prête.
Elle compose le numéro, encore et encore, et écoute les tonalités se perdre dans le vide, et l'espoir monte et se brise, à chaque fois. L'espoir de quoi?
Il ne répondra pas. Et même s'il le faisait, pour dire quoi de plus? Il ne ressent plus rien, Il a rencontré quelqu'un d'autre, et maintenant, Il aimerait bien qu'elle le laisse tranquille, parce qu'il aimerait bien voir la fin de son film. Voilà. Cinq ans, cinq minutes, plié et emballé.
A mesure que les mots prennent du sens, le froid s'insinue dans sa poitrine, le Grand Vide s'installe, et les larmes l'abandonnent.
Ce n'est pourtant pas la première fois qu'Il arrache des petits morceaux de son coeur, ni même qu'il la quitte, mais la douleur est toujours aussi vive. Les autres fois, elle a persévéré. Pardonner et s'annihiler pour qu'Il l'aime un peu plus longtemps.
Tant qu'elle tient le téléphone, le Lien, dans sa main, elle cautérise la plaie avec. Mais le Grand Vide a chassé tout l'espoir et elle fini par reposer le téléphone.
Le brouillard qui suit s'étire lentement. Une coquille vide qui mange, qui dort, qui se lève. Regarder son répondeur comme un énemi silencieux. Ne pas supporter d'être seule mais ne supporter de voir personne. Flotter entre le temps et l'espace.
Aujourd'hui elle est à cette soirée avec des amis, au milieu de tous ces gens, elle sourit et hoche la tête en temps voulu, elle trouve qu'elle ne s'en sort pas si mal. Elle donne le change.
C'est une soirée avec des copains qu'elle n'a pas vus depuis très longtemps, et chacun raconte un peu ce qu'il est devenu. La fille en face d'elle reviens d'Australie. C'était une copine au lycée, elles habitaient la même rue et se disputaient toujours la première place à l'école.
C'est marrant les chemins que prennent les gens, les voies qu'ils suivent et qui les emmènent plus ou moins loin de leurs idéaux d'adolescence.
Miss Australie est habillée simplement mais semble à l'aise dans ses vêtements. Ses boucles d'oreilles viennent du Mali, elle est allée enseigner le français en Virginie quelques années après le bac. C'est fou cette façon qu'a la vie de vous déposer exactement là où vous devez être si vous savez saisir les opportunités qu'elle vous donne.
Elle a des amis un peu partout dans le monde et explique que ce qu'elle aime vraiment, ce sont les rencontres inattendues et enrichissantes.
Elle n'a pas peur de vivre. Elle n'a pas besoin de béquille.
C'est sans doute à ce moment là que le petit rayon de soleil a percé le brouillard. Elle regarde cette fille sourire et agiter les mains devant elle et elle se dit : "Pourquoi pas moi?" .
Elle regarde sa vie et elle se demande ce qu'elle fait là. À quel moment s'est-elle trompée de chemin et s'est-elle perdue en route? Accepte d'exister. Fais taire la petite fourmi laborieuse et écoute ta vraie voix. Saute dans le train en marche, pars attraper tes rêves avant qu'ils ne s'échappent.
Voilà. Quelques secondes pour des années.
Elle a vidé son appartement et rendu les clefs. Ses classeurs, ses cours et ses polycopiés d'internat sont chez ses parents dans un carton à la cave, ils attendront son retour. Son sac à ses pieds n'est pas trop gros, et elle se regarde dans le miroir au dessus des toilettes. Elle se trouve belle sans maquillage.
Elle est prête.
lundi 25 janvier 2010
Something happened, 9 - par Jo Alouest
Ma chère Sophie.
Quel plaisir de recevoir ta lettre!
J'avoue qu'à l'heure de l'internet, de facebook et copains d'avant, je ne me serais jamais imaginée qu'on se retrouverait grâce aux pages blanches!
Oui, beaucoup d'eau a passé sous les ponts, beaucoup d'eau qui a charrié sa dose de déchets et de limon.
Comme je te l'ai dit au téléphone, j'ai divorcé, changé de boulot, et quitté ma chère Paris. Je sais, ça fait beaucoup...
Tout le monde se demande (et parfois me demande) ce qui m'est passé par la tête!
A toi, je sais que je peux le dire.
Que tu comprendras.
Ou que tu ne jugeras pas même si tu ne comprends pas.
Comme tu le sais, j'étais une femme comblée, avec un bon job qui me prenait beaucoup de temps, un mari gentil et trois beaux enfants.
Tu te souviens, en cours d'histoire, le distingo que faisait Mrs. P. entre causes profondes et causes immédiates? Là, c'est un peu pareil: si je devais résumer ce chambardement à une chose, je choisirais une chanson de Linda Lemay, qui m'est tombée dans les oreilles, un soir. Cette chanson s'intitule "j't'ai pas entendu...".
Elle m'a ramenée quelques mois en arrière, lorsque je me vidais de mon sang et que le docteur m'a dit: "votre foetus est mort, il faut l'extraire, sinon, il va vous tuer!"
Je me suis souvenue de tout: de l'echo, de l'anesthésiste en goguette, de tout le reste qui est indiscible, des étriers à l'aspiration, des transfusions et des flashs à la con (Comme ce livre que tu m'avais prété, La Vacation de M.W.), des reflexions sympa à la sortie de l'hosto...
Et puis, je suis allée regarder mes enfants, les vivants, ceux qui ont tenus, dormir.
Et je me suis rendue compte que je ne faisais que ça, depuis le début, les regarder dormir, en dehors de mes horaires à la con dans un boulot bien payé qui me bouffait ma patience, mon énergie, mes convictions et mon âme.
Puis mon mari est rentré, et une fois de plus, on a même pas pu échanger un silence sereinement.
Je suis allée à la fenêtre, il y avait tellement de lumières que je voyais à peine les étoiles, j'ai ouvert et j'ai entendu les voitures, auxquelles je ne faisais plus attention. Auxquelles je n'avais jamais fait attention, en fait.
Et là...
Comment dire?
Comment le dire sans insulter les victimes de catastrophes naturelles?
Je l'ignore...
Les premiers mots (bateaux, certes) qui me viennent sont:
Une digue s'est rompue, une vague m'a emportée, j'étais en pleine tempête...
J'ai vécu un tremblement de mère.
Je suis retournée écouter mes enfants respirer, j'ai réveillé mon mari, et j'ai parlé.
Plus que jamais, mais en moins de mots.
Le lendemain, je m'inscrivais au concours et je donnais ma démission.
Le divorce n'a pas tardé et a été serein.
On a choisi une région qui nous attirait tous les deux, L. et moi, pour l'inscription au concours.
On voulait rester proches pour les enfants.
Il a obtenu une mutation, et moi, quelques mois plus tard, mon concours.
Aujourd'hui, on a fait un tour à la plage avec les enfants (et des moufles!).
Hier, avec mes élèves, nous avons observé une salamandre, apportée par une maman.
Je jardine (Si, si!!!), on se promène, j'ai dû passer mon permis!
Je suis là le soir, le matin, le midi, pour les devoirs, les bobos et les bagarres.
Ils dorment, je viens d'aller remettre une bûche dans la cheminée, tout est calme.
Dehors, y'a plein d'étoiles, et des arbres, et des mulots.
Demain, c'est grêve! Je les emmène à la manif!
Et toi, comment va la vie?
Jo
Quel plaisir de recevoir ta lettre!
J'avoue qu'à l'heure de l'internet, de facebook et copains d'avant, je ne me serais jamais imaginée qu'on se retrouverait grâce aux pages blanches!
Oui, beaucoup d'eau a passé sous les ponts, beaucoup d'eau qui a charrié sa dose de déchets et de limon.
Comme je te l'ai dit au téléphone, j'ai divorcé, changé de boulot, et quitté ma chère Paris. Je sais, ça fait beaucoup...
Tout le monde se demande (et parfois me demande) ce qui m'est passé par la tête!
A toi, je sais que je peux le dire.
Que tu comprendras.
Ou que tu ne jugeras pas même si tu ne comprends pas.
Comme tu le sais, j'étais une femme comblée, avec un bon job qui me prenait beaucoup de temps, un mari gentil et trois beaux enfants.
Tu te souviens, en cours d'histoire, le distingo que faisait Mrs. P. entre causes profondes et causes immédiates? Là, c'est un peu pareil: si je devais résumer ce chambardement à une chose, je choisirais une chanson de Linda Lemay, qui m'est tombée dans les oreilles, un soir. Cette chanson s'intitule "j't'ai pas entendu...".
Elle m'a ramenée quelques mois en arrière, lorsque je me vidais de mon sang et que le docteur m'a dit: "votre foetus est mort, il faut l'extraire, sinon, il va vous tuer!"
Je me suis souvenue de tout: de l'echo, de l'anesthésiste en goguette, de tout le reste qui est indiscible, des étriers à l'aspiration, des transfusions et des flashs à la con (Comme ce livre que tu m'avais prété, La Vacation de M.W.), des reflexions sympa à la sortie de l'hosto...
Et puis, je suis allée regarder mes enfants, les vivants, ceux qui ont tenus, dormir.
Et je me suis rendue compte que je ne faisais que ça, depuis le début, les regarder dormir, en dehors de mes horaires à la con dans un boulot bien payé qui me bouffait ma patience, mon énergie, mes convictions et mon âme.
Puis mon mari est rentré, et une fois de plus, on a même pas pu échanger un silence sereinement.
Je suis allée à la fenêtre, il y avait tellement de lumières que je voyais à peine les étoiles, j'ai ouvert et j'ai entendu les voitures, auxquelles je ne faisais plus attention. Auxquelles je n'avais jamais fait attention, en fait.
Et là...
Comment dire?
Comment le dire sans insulter les victimes de catastrophes naturelles?
Je l'ignore...
Les premiers mots (bateaux, certes) qui me viennent sont:
Une digue s'est rompue, une vague m'a emportée, j'étais en pleine tempête...
J'ai vécu un tremblement de mère.
Je suis retournée écouter mes enfants respirer, j'ai réveillé mon mari, et j'ai parlé.
Plus que jamais, mais en moins de mots.
Le lendemain, je m'inscrivais au concours et je donnais ma démission.
Le divorce n'a pas tardé et a été serein.
On a choisi une région qui nous attirait tous les deux, L. et moi, pour l'inscription au concours.
On voulait rester proches pour les enfants.
Il a obtenu une mutation, et moi, quelques mois plus tard, mon concours.
Aujourd'hui, on a fait un tour à la plage avec les enfants (et des moufles!).
Hier, avec mes élèves, nous avons observé une salamandre, apportée par une maman.
Je jardine (Si, si!!!), on se promène, j'ai dû passer mon permis!
Je suis là le soir, le matin, le midi, pour les devoirs, les bobos et les bagarres.
Ils dorment, je viens d'aller remettre une bûche dans la cheminée, tout est calme.
Dehors, y'a plein d'étoiles, et des arbres, et des mulots.
Demain, c'est grêve! Je les emmène à la manif!
Et toi, comment va la vie?
Jo
dimanche 24 janvier 2010
Something happened, 8 - par Tutim
Je l’ai appris comme ça.
Ca m’a fait l’effet d’un mauvais rêve au réveil.
Un vague brouillard qui fout le cafard. Qu’on chasse de la main et qui revient aussitôt.
Et aujourd’hui, face à cette feuille, je ne sais pas si je dois saluer un coup du sort ou une ironie du destin alors je pleure.
Voilà, je n’avais pas pensé à Xavier depuis des années. Parfois, en entendant un garçon du même prénom se présenter, le noir de ses yeux revenait secouer mes souvenirs. Mais sans émotion particulière. Xavier a épuisé mon énergie les années où on a été ensemble. Il est parti à coups de cris et de promesses abandonnées. En me laissant un souvenir doux-amer. Celui de mon premier amour. Celui d’un homme qui ne m’a franchement pas aidée à savoir ce que je voulais de la vie mais qui m’a permis de comprendre ce que je ne voulais pas. Et c’était déjà beaucoup.
Le temps est passé. J’ai grandi. Je me suis mariée. J’ai eu des jumelles. Sarah et Laura. Deux merveilles. J’ai été une jeune maman. Et une jeune divorcée.
Le mois dernier, j’ai fêté mes trente ans. On est allées au cinéma avec mes filles. Je leur ai acheté des pop-corns qu’elles ont jetés en riant. Je n’ai pas repensé à Xavier.
Et puis, le soir de l’enterrement de jeune-fille de ma cousine, on l’a déguisée en Barbie et on est entrées dans un bar. On était cinq, déjà un peu bourrées. On riait comme des adolescentes. On s’est affalées sur un canapé. Et là, face à moi, un peu plus vieux mais toujours aussi beau, j’ai aperçu Xavier en pleine conversation avec deux hommes plus âgés. Je l’ai immédiatement reconnu. Même s’il essaie de se vieillir avec ses petites lunettes et ses chemises bien repassées, il a toujours l’air un peu perdu de son adolescence.
Je me suis levée. Je voulais savoir ce qu’il était devenu. Mais j’ai immédiatement compris que les dix ans qui nous séparaient de notre histoire s’étaient évanouis. J’avais à nouveau vingt ans, des espoirs, beaucoup d’ambition, pas un sou, et une admiration infinie pour sa manière de regarder le monde. Le verre à moitié plein. En me voyant, il a souri. Il m’a demandé pourquoi j’avais un string sur mon pantalon. Je lui ai raconté Aurélie, son futur mari, sa conversion à l’islam, sa grossesse restée secrète et son ventre plat. Il a ri et a effleuré ma main. Je crois qu’il n’a pas vraiment voulu me toucher. C’est juste tombé comme ça. Comme notre rencontre, comme ses yeux brillants, ses études de droit, sa carrière, le mariage de sa sœur. C’est arrivé quoi. Comme ce qui a suivi, la soirée passée à surprendre le regard de l’autre, les sourires sincères et sa main sur la mienne.
Il était quatre heures quand on s’est retrouvés chez moi, sur le futon du salon. En voyant la pile de DVD Disney, il m’a demandé si j’avais des enfants. Je lui ai montré une photo de mes deux beautés. Les filles étaient chez leur père alors je n’ai pas réfléchi. On a allumé la télévision, il passait une redif de Ruquier et on a repensé à nos samedis soirs devant Ardisson. Il m’a entouré de ses bras. J’ai eu chaud. Je me suis sentie bien. Je n’ai pensé à rien. Ou plutôt si, j’ai pensé enfin. Enfin.
Le lendemain, il est parti en notant mon numéro. Il m’a parlé d’aller au cinéma la semaine suivante, de rencontrer les filles, de les amener à EuroDisney. D’être heureux ensemble.
Mais il n’a pas appelé.
Je me suis posé toute sorte de questions, j’ai émis des hypothèses, j’ai essayé de me remémorer notre conversation dans le moindre détail. Je me suis même dit qu’il lui était peut-être arrivé quelque chose.
Alors le week-end suivant, j’ai cherché dans mes carnets pour retrouver le numéro de ma meilleure amie de l’époque. Je savais qu’ils étaient restés en contact parce qu’ils étudiaient dans la même université. Je ne lui avais pas parlé depuis des années mais je n’avais aucun autre moyen de joindre Xavier.
Elle n’avait pas changé de numéro et au bout de trois sonneries, elle a décroché. Je lui ai vaguement demandé de ses nouvelles. Et, à peine ai-je prononcé le nom de Xavier qu’elle m’a dit : « C’est marrant que tu me parles de lui parce que je ne l’ai pas vu depuis des mois mais j’ai reçu son faire-part de mariage la semaine dernière. »
J’ai vu trouble.
Elle a ajouté : « Et tu sais quoi ? Il se marie avec une juge. »
Ca m’a fait l’effet d’un mauvais rêve au réveil.
Un vague brouillard qui fout le cafard. Qu’on chasse de la main et qui revient aussitôt.
Et aujourd’hui, face à cette feuille, je ne sais pas si je dois saluer un coup du sort ou une ironie du destin alors je pleure.
Voilà, je n’avais pas pensé à Xavier depuis des années. Parfois, en entendant un garçon du même prénom se présenter, le noir de ses yeux revenait secouer mes souvenirs. Mais sans émotion particulière. Xavier a épuisé mon énergie les années où on a été ensemble. Il est parti à coups de cris et de promesses abandonnées. En me laissant un souvenir doux-amer. Celui de mon premier amour. Celui d’un homme qui ne m’a franchement pas aidée à savoir ce que je voulais de la vie mais qui m’a permis de comprendre ce que je ne voulais pas. Et c’était déjà beaucoup.
Le temps est passé. J’ai grandi. Je me suis mariée. J’ai eu des jumelles. Sarah et Laura. Deux merveilles. J’ai été une jeune maman. Et une jeune divorcée.
Le mois dernier, j’ai fêté mes trente ans. On est allées au cinéma avec mes filles. Je leur ai acheté des pop-corns qu’elles ont jetés en riant. Je n’ai pas repensé à Xavier.
Et puis, le soir de l’enterrement de jeune-fille de ma cousine, on l’a déguisée en Barbie et on est entrées dans un bar. On était cinq, déjà un peu bourrées. On riait comme des adolescentes. On s’est affalées sur un canapé. Et là, face à moi, un peu plus vieux mais toujours aussi beau, j’ai aperçu Xavier en pleine conversation avec deux hommes plus âgés. Je l’ai immédiatement reconnu. Même s’il essaie de se vieillir avec ses petites lunettes et ses chemises bien repassées, il a toujours l’air un peu perdu de son adolescence.
Je me suis levée. Je voulais savoir ce qu’il était devenu. Mais j’ai immédiatement compris que les dix ans qui nous séparaient de notre histoire s’étaient évanouis. J’avais à nouveau vingt ans, des espoirs, beaucoup d’ambition, pas un sou, et une admiration infinie pour sa manière de regarder le monde. Le verre à moitié plein. En me voyant, il a souri. Il m’a demandé pourquoi j’avais un string sur mon pantalon. Je lui ai raconté Aurélie, son futur mari, sa conversion à l’islam, sa grossesse restée secrète et son ventre plat. Il a ri et a effleuré ma main. Je crois qu’il n’a pas vraiment voulu me toucher. C’est juste tombé comme ça. Comme notre rencontre, comme ses yeux brillants, ses études de droit, sa carrière, le mariage de sa sœur. C’est arrivé quoi. Comme ce qui a suivi, la soirée passée à surprendre le regard de l’autre, les sourires sincères et sa main sur la mienne.
Il était quatre heures quand on s’est retrouvés chez moi, sur le futon du salon. En voyant la pile de DVD Disney, il m’a demandé si j’avais des enfants. Je lui ai montré une photo de mes deux beautés. Les filles étaient chez leur père alors je n’ai pas réfléchi. On a allumé la télévision, il passait une redif de Ruquier et on a repensé à nos samedis soirs devant Ardisson. Il m’a entouré de ses bras. J’ai eu chaud. Je me suis sentie bien. Je n’ai pensé à rien. Ou plutôt si, j’ai pensé enfin. Enfin.
Le lendemain, il est parti en notant mon numéro. Il m’a parlé d’aller au cinéma la semaine suivante, de rencontrer les filles, de les amener à EuroDisney. D’être heureux ensemble.
Mais il n’a pas appelé.
Je me suis posé toute sorte de questions, j’ai émis des hypothèses, j’ai essayé de me remémorer notre conversation dans le moindre détail. Je me suis même dit qu’il lui était peut-être arrivé quelque chose.
Alors le week-end suivant, j’ai cherché dans mes carnets pour retrouver le numéro de ma meilleure amie de l’époque. Je savais qu’ils étaient restés en contact parce qu’ils étudiaient dans la même université. Je ne lui avais pas parlé depuis des années mais je n’avais aucun autre moyen de joindre Xavier.
Elle n’avait pas changé de numéro et au bout de trois sonneries, elle a décroché. Je lui ai vaguement demandé de ses nouvelles. Et, à peine ai-je prononcé le nom de Xavier qu’elle m’a dit : « C’est marrant que tu me parles de lui parce que je ne l’ai pas vu depuis des mois mais j’ai reçu son faire-part de mariage la semaine dernière. »
J’ai vu trouble.
Elle a ajouté : « Et tu sais quoi ? Il se marie avec une juge. »
samedi 23 janvier 2010
Something Happened, 7 - par Elizabeth L.
Something happened
Le jour où quelque chose arrive qui va changer votre vie, vous ne l’avez pas prévu. Il commence comme un jour tout à fait ordinaire, voire particulièrement morne, un de ceux dont on se dit, par la suite, « si on me demandait ce que je faisais le 38 janvobre, je serais bien en peine de le dire ». Est-ce qu’il pleuvait ? est-ce qu’il y avait du soleil ? (ce qui est rare en janvobre dans nos contrées, il faut bien l’avouer).
Comment sait-on que c’est ce jour-là que tout a basculé ? Quelquefois il existe un signe. On reçoit une lettre. Ou un coup de téléphone. Un télégramme, autrefois. Un e-mail, aujourd'hui. On déménage. On part. On tombe. On tombe amoureux. On tombe de haut. On a un accident. Au lieu d’être au travail, ce matin-là, les pompiers vous emmènent et on se retrouve aux urgences. La journée se désagrège, fond, coule par la bonde de l’évier, disparaît. On la recycle ensuite sous forme de souvenir.
Mais bien souvent, il n’y a rien qui puisse servir de repère. C’est seulement après coup qu’on va constater le changement, observer ce qu’il a d’irrémédiable, et se demander à quand on peut le faire remonter. Quand on s’aperçoit qu’on a perdu la bague de fiançailles de sa grand-mère. Depuis quand est-ce qu’elle n’est plus dans le coffret à bijoux ? Est-ce qu’elle a pu être volée ? Quand l’ai-je vue pour la dernière fois ? Et l’amour que l’on croyait ressentir, où est-il passé ? Depuis quand est-ce qu’il n’est plus là ? C’était peut-être ce jour-là, le mardi 38, ce jour ordinaire de janvobre, qu’il a disparu. Tout ce qu’on sait, c’est que rien ne sera plus jamais comme avant.
Le jour où quelque chose arrive qui va changer votre vie, vous ne l’avez pas prévu. Il commence comme un jour tout à fait ordinaire, voire particulièrement morne, un de ceux dont on se dit, par la suite, « si on me demandait ce que je faisais le 38 janvobre, je serais bien en peine de le dire ». Est-ce qu’il pleuvait ? est-ce qu’il y avait du soleil ? (ce qui est rare en janvobre dans nos contrées, il faut bien l’avouer).
Comment sait-on que c’est ce jour-là que tout a basculé ? Quelquefois il existe un signe. On reçoit une lettre. Ou un coup de téléphone. Un télégramme, autrefois. Un e-mail, aujourd'hui. On déménage. On part. On tombe. On tombe amoureux. On tombe de haut. On a un accident. Au lieu d’être au travail, ce matin-là, les pompiers vous emmènent et on se retrouve aux urgences. La journée se désagrège, fond, coule par la bonde de l’évier, disparaît. On la recycle ensuite sous forme de souvenir.
Mais bien souvent, il n’y a rien qui puisse servir de repère. C’est seulement après coup qu’on va constater le changement, observer ce qu’il a d’irrémédiable, et se demander à quand on peut le faire remonter. Quand on s’aperçoit qu’on a perdu la bague de fiançailles de sa grand-mère. Depuis quand est-ce qu’elle n’est plus dans le coffret à bijoux ? Est-ce qu’elle a pu être volée ? Quand l’ai-je vue pour la dernière fois ? Et l’amour que l’on croyait ressentir, où est-il passé ? Depuis quand est-ce qu’il n’est plus là ? C’était peut-être ce jour-là, le mardi 38, ce jour ordinaire de janvobre, qu’il a disparu. Tout ce qu’on sait, c’est que rien ne sera plus jamais comme avant.
vendredi 22 janvier 2010
Something happened, 6 - par Lyjazz
C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit....
Non, c'était plus justement pendant l'interrogation du début de l'adolescence.
L'interrogation et l'enthousiasme pour l'écriture, pour le secret.
La sensation qui perdurait de ne pas être comprise, d'être toujours plus vieille que l'âge que l'on me donnait. Plus âgée, plus mûre dans ma tête.
Avec l'idée que ce que je vivais était décalé avec ce que j'étais vraiment, à l'intérieur.
Mes parents surtout, très occupés, ne me comprenaient pas.
J'étais équilibrée dans mon corps cependant. J'observais et vivais ces événements : mes premières règles, les transformations de ma pilosité, de mes seins. Et je continuais de faire du sport, de partir faire de longues promenades en vélo. Avec des temps d'arrêt, de lecture et de réflexion, plus intenses et intériorisés. Mes relations avec les garçons du quartier, mes camarades de jeux depuis toujours, étaient en train d'évoluer : ils voyaient en moi la jeune fille en devenir, ils commençaient à être troublés, et moi-même j'étais sur cette brèche entre les deux.
Je regrettais un peu de ne plus être considérée comme auparavant, je n'avais pas encore envie de ressentir du désir de leur part, et j'avais envie de leur montrer que je portais mon premier soutien gorge...
Par exemple j'étais agacée de voir que certains garçons se cachaient le soir quand on rentrait du cours de judo, pour me surprendre et en profiter pour m'embrasser ou me toucher les seins. Et quand même j'aimais bien les combats au sol, pendant lesquels on pouvait sentir le corps de l'autre, dans le registre de la pulsion maîtrisée de l'art martial, mais avec un plaisir non dissimulé et mêlé, presque ambigu.
J'avais un camarade judoka en classe qui avait un an de plus que moi, mais était bien plus grand et fort, contre lequel je ne combattais pas. Cependant nous ressentions un trouble lorsque nous étions en présence. Fait de l'odeur du tatami et des kimonos, des vestiaires, de ce que nous partagions comme sensations pendant les cours. Fait de notre adolescence et de confiance parce que nous étions bien dans nos corps.
Et nous nous retrouvions parfois, lorsque nous avions une heure de libre, le samedi matin, dans une grange à l'extérieur du village. Un endroit tranquille, avec du foin en haut, que nous atteignions en vélo, excités par l'air frais, les odeurs de la nature, notre complicité, l'aventure, la découverte, la tendresse.
Je racontais, sans trop de détail, nos rencontres, mes questions, mes interrogations, sur mon journal intime, que je cachais dans mon secrétaire, ou sous mon matelas.
Un jour ma mère m'a appelée, invitée à venir dans ma chambre. Ou plutôt convoquée. Elle a sorti mon cahier vert. M'a dit qu'elle l'avait lu. M'a expliqué que je ne devais pas penser de cette manière, ni écrire ça. Que mes pensées et mes interrogations ne devaient pas avoir lieu, que c'était dangereux. Que je devais « faire attention aux garçons ».
En fait je ne sais plus ce qu'elle m'a dit. Je ne me souviens d'aucune de ses paroles sauf de cette antienne qu'elle m'a répété des années après : « fais attention avec les garçons ».
Je me souviens seulement d'un grand froid. De mon élan de vie qui s'est recroquevillé à cet instant. De ce bruissement dans ma tête. De son regard courroucé. De cette trahison. De ma peine profonde. De mon sentiment d'être acculée et de ne plus pouvoir me réfugier nulle part. Je n'étais plus moi si je ne pouvais plus écrire ni dire ce qui m'interrogeait, si mes paroles personnelles étaient niées et considérées comme des mots interdits.
Elle était tellement manipulatrice que j'ai été obligée de dire oui, de certifier que c'étaient des mots en l'air, pour la rassurer, m'en débarrasser.
Je me souviens que j'ai repris ces passages et que je les ai enduits d'encre de chine, très proprement, comme une chape de béton. Le coeur lourd.
Ensuite, je suis restée longtemps sans écrire. Même si j'ai encore reçu des coups de mes parents après un appel au secours. Je ne pouvais plus. Je ne faisais confiance à personne ni à rien.
J'ai passé des années à faire le pitre en classe, à être le boute en train. Comme une façade. Pour faire sortir ce jaillissement d'énergie qui m'habitait et que je ne pouvais plus dire.
Personne ne me comprenait.
Et je ne pouvais même pas écrire ces mots.
Juste lire. Sans arrêt. Même en marchant.
Il m'a fallu deux ou trois ans je crois avant de me redonner cette permission d'écrire pour moi et non plus seulement pour les professeurs.
j'ai continué d'écrire, mais sur des bouts de papier, des feuilles format A4 que je pliais en quatre et gardais dans un livre, dans ma poche, dans mon sac. J'écrivais partout. Dans toutes les situations. Partout où mes émotions devaient être dites et n'étaient pas comprises.
Je n'ai plus jamais fait confiance à ma mère. Je sais de quoi elle est capable. Je sais qu'elle ne me comprendra jamais.
J'ai tergiversé jusqu'à mes quarante ans avant de devenir mère.
Maintenant que j'ai des enfants je fais très attention à cette confiance, à leurs ressentis. J'ai des antennes.
Lyjazz
Non, c'était plus justement pendant l'interrogation du début de l'adolescence.
L'interrogation et l'enthousiasme pour l'écriture, pour le secret.
La sensation qui perdurait de ne pas être comprise, d'être toujours plus vieille que l'âge que l'on me donnait. Plus âgée, plus mûre dans ma tête.
Avec l'idée que ce que je vivais était décalé avec ce que j'étais vraiment, à l'intérieur.
Mes parents surtout, très occupés, ne me comprenaient pas.
J'étais équilibrée dans mon corps cependant. J'observais et vivais ces événements : mes premières règles, les transformations de ma pilosité, de mes seins. Et je continuais de faire du sport, de partir faire de longues promenades en vélo. Avec des temps d'arrêt, de lecture et de réflexion, plus intenses et intériorisés. Mes relations avec les garçons du quartier, mes camarades de jeux depuis toujours, étaient en train d'évoluer : ils voyaient en moi la jeune fille en devenir, ils commençaient à être troublés, et moi-même j'étais sur cette brèche entre les deux.
Je regrettais un peu de ne plus être considérée comme auparavant, je n'avais pas encore envie de ressentir du désir de leur part, et j'avais envie de leur montrer que je portais mon premier soutien gorge...
Par exemple j'étais agacée de voir que certains garçons se cachaient le soir quand on rentrait du cours de judo, pour me surprendre et en profiter pour m'embrasser ou me toucher les seins. Et quand même j'aimais bien les combats au sol, pendant lesquels on pouvait sentir le corps de l'autre, dans le registre de la pulsion maîtrisée de l'art martial, mais avec un plaisir non dissimulé et mêlé, presque ambigu.
J'avais un camarade judoka en classe qui avait un an de plus que moi, mais était bien plus grand et fort, contre lequel je ne combattais pas. Cependant nous ressentions un trouble lorsque nous étions en présence. Fait de l'odeur du tatami et des kimonos, des vestiaires, de ce que nous partagions comme sensations pendant les cours. Fait de notre adolescence et de confiance parce que nous étions bien dans nos corps.
Et nous nous retrouvions parfois, lorsque nous avions une heure de libre, le samedi matin, dans une grange à l'extérieur du village. Un endroit tranquille, avec du foin en haut, que nous atteignions en vélo, excités par l'air frais, les odeurs de la nature, notre complicité, l'aventure, la découverte, la tendresse.
Je racontais, sans trop de détail, nos rencontres, mes questions, mes interrogations, sur mon journal intime, que je cachais dans mon secrétaire, ou sous mon matelas.
Un jour ma mère m'a appelée, invitée à venir dans ma chambre. Ou plutôt convoquée. Elle a sorti mon cahier vert. M'a dit qu'elle l'avait lu. M'a expliqué que je ne devais pas penser de cette manière, ni écrire ça. Que mes pensées et mes interrogations ne devaient pas avoir lieu, que c'était dangereux. Que je devais « faire attention aux garçons ».
En fait je ne sais plus ce qu'elle m'a dit. Je ne me souviens d'aucune de ses paroles sauf de cette antienne qu'elle m'a répété des années après : « fais attention avec les garçons ».
Je me souviens seulement d'un grand froid. De mon élan de vie qui s'est recroquevillé à cet instant. De ce bruissement dans ma tête. De son regard courroucé. De cette trahison. De ma peine profonde. De mon sentiment d'être acculée et de ne plus pouvoir me réfugier nulle part. Je n'étais plus moi si je ne pouvais plus écrire ni dire ce qui m'interrogeait, si mes paroles personnelles étaient niées et considérées comme des mots interdits.
Elle était tellement manipulatrice que j'ai été obligée de dire oui, de certifier que c'étaient des mots en l'air, pour la rassurer, m'en débarrasser.
Je me souviens que j'ai repris ces passages et que je les ai enduits d'encre de chine, très proprement, comme une chape de béton. Le coeur lourd.
Ensuite, je suis restée longtemps sans écrire. Même si j'ai encore reçu des coups de mes parents après un appel au secours. Je ne pouvais plus. Je ne faisais confiance à personne ni à rien.
J'ai passé des années à faire le pitre en classe, à être le boute en train. Comme une façade. Pour faire sortir ce jaillissement d'énergie qui m'habitait et que je ne pouvais plus dire.
Personne ne me comprenait.
Et je ne pouvais même pas écrire ces mots.
Juste lire. Sans arrêt. Même en marchant.
Il m'a fallu deux ou trois ans je crois avant de me redonner cette permission d'écrire pour moi et non plus seulement pour les professeurs.
j'ai continué d'écrire, mais sur des bouts de papier, des feuilles format A4 que je pliais en quatre et gardais dans un livre, dans ma poche, dans mon sac. J'écrivais partout. Dans toutes les situations. Partout où mes émotions devaient être dites et n'étaient pas comprises.
Je n'ai plus jamais fait confiance à ma mère. Je sais de quoi elle est capable. Je sais qu'elle ne me comprendra jamais.
J'ai tergiversé jusqu'à mes quarante ans avant de devenir mère.
Maintenant que j'ai des enfants je fais très attention à cette confiance, à leurs ressentis. J'ai des antennes.
Lyjazz
jeudi 21 janvier 2010
Something Happened, 5 - par Zelapin
C’était un de ces repas du vendredi soir de fin de printemps, entre parents d’élèves, autour de pizzas ou pâtes ou restes rapportés par les convives. Cette fois-là, un couple d’amis des hôtes (mais n’ayant pas d’enfants fréquentant même école) était invité.
Un peu avant le dessert, alors que tous les enfants jouaient depuis belle lurette dans le jardin, l’un des invités se mit à raconter comment avoir vu « Jeux interdits » avait profondément affecté sa vie affective future. Il pensait l’avoir vu trop jeune, pas encore sorti de l’enfance, et avoir souffert pour le restant de ses jours et encore aujourd’hui d’une anormale angoisse d’abandon.
On s’efforça de plaisanter sur le sujet, sans pour autant parvenir à dissiper la forme de gravité qui avait pris place, flottant au-dessus de la table comme mêlée aux effluves du jasmin de ces premières soirées chaudes.
Fixant pour la plupart les flammes de bougies (y-avait-il déjà des moustiques ?), ou un point imaginaire derrière le visage de leur vis-à-vis, chacun se perdit en lui-même, cherchant ce qui, en matière de fiction, aurait bien pu le marquer autant que leur ami.
Au début, ce furent surtout des expériences cinématographiques que l’on évoquait, puis le propriétaire exposa comment il se sentait proche de Philippe Djian pour avoir été fortement secoué par « l’attrape-cœur » de Salinger, sa façon de lire en ayant été modifiée, l’amenant à être plus critique ensuite, beaucoup plus sensible au rythme, au style, à la langue qu’auparavant.
Alors, la littérature et son pouvoir (quasi-magique) de modifier chez le lecteur sa perception du monde devint le sujet officiel ; tous avaient au moins un livre fétiche, frontière avant/après, au sujet parfois très éloigné des conséquences engendrées.
Les plus âgés des enfants, ayant peut-être ressenti l’intensité de ce qui se jouait s’étaient rapprochés, formant un deuxième cercle dans la pénombre autour de la table.
C’est alors que la jeune femme amie des hôtes mais peu connue des autres prit la parole, intimidée. Son trouble était perceptible de très loin, elle était visiblement gênée de l’intimité qu’elle allait dévoiler, mais déterminée à livrer son expérience à ce point de la conversation. Elle expliqua qu’à 12 ans elle avait lu «L’herbe bleue », le journal d’une adolescente qui devient toxicomane et que ce qu’elle lisait s’imprimait au fur et à mesure dans son corps, dans son esprit, au point d’avoir la nausée quand le personnage l’avait, de ressentir physiquement de la douleur lors des épisodes de manque. En délivrant ces souvenirs, elle repoussait sans cesse une mèche invisible (elle avait les cheveux très courts), comme si elle avait à nouveau 12 ans et une frange longue. Ce qui l’avait le plus marquée était qu’à l’époque, quand elle « sortait » de sa lecture, elle éprouvait une sorte de malaise, en particulier avec ses parents, comme si elle prenait elle-même de la drogue ou commettait des vols pour en acheter. Elle avoua qu’une fois ce livre fini, elle avait eu la sensation presque biologique d’entrer dans l’adolescence.
Ce fut la dernière à s’exprimer sur le sujet.
Après un temps de flottement, la conversation reprit un rythme plus rapide et une orientation toute différente (sauf pour elle, qui resta longtemps muette, captive de sa narration).
Je faisais partie des quelques enfants assis près de la table, j’avais aussi 12 ans. J’ai compris alors avec jubilation (j’avais déjà lu ce mot « jubilation », promis, je pouvais donc l’éprouver en toute connaissance de cause) que je faisais partie d’un groupe que je ne quitterai (i hope so) plus jamais, celui des lecteurs.
Un peu avant le dessert, alors que tous les enfants jouaient depuis belle lurette dans le jardin, l’un des invités se mit à raconter comment avoir vu « Jeux interdits » avait profondément affecté sa vie affective future. Il pensait l’avoir vu trop jeune, pas encore sorti de l’enfance, et avoir souffert pour le restant de ses jours et encore aujourd’hui d’une anormale angoisse d’abandon.
On s’efforça de plaisanter sur le sujet, sans pour autant parvenir à dissiper la forme de gravité qui avait pris place, flottant au-dessus de la table comme mêlée aux effluves du jasmin de ces premières soirées chaudes.
Fixant pour la plupart les flammes de bougies (y-avait-il déjà des moustiques ?), ou un point imaginaire derrière le visage de leur vis-à-vis, chacun se perdit en lui-même, cherchant ce qui, en matière de fiction, aurait bien pu le marquer autant que leur ami.
Au début, ce furent surtout des expériences cinématographiques que l’on évoquait, puis le propriétaire exposa comment il se sentait proche de Philippe Djian pour avoir été fortement secoué par « l’attrape-cœur » de Salinger, sa façon de lire en ayant été modifiée, l’amenant à être plus critique ensuite, beaucoup plus sensible au rythme, au style, à la langue qu’auparavant.
Alors, la littérature et son pouvoir (quasi-magique) de modifier chez le lecteur sa perception du monde devint le sujet officiel ; tous avaient au moins un livre fétiche, frontière avant/après, au sujet parfois très éloigné des conséquences engendrées.
Les plus âgés des enfants, ayant peut-être ressenti l’intensité de ce qui se jouait s’étaient rapprochés, formant un deuxième cercle dans la pénombre autour de la table.
C’est alors que la jeune femme amie des hôtes mais peu connue des autres prit la parole, intimidée. Son trouble était perceptible de très loin, elle était visiblement gênée de l’intimité qu’elle allait dévoiler, mais déterminée à livrer son expérience à ce point de la conversation. Elle expliqua qu’à 12 ans elle avait lu «L’herbe bleue », le journal d’une adolescente qui devient toxicomane et que ce qu’elle lisait s’imprimait au fur et à mesure dans son corps, dans son esprit, au point d’avoir la nausée quand le personnage l’avait, de ressentir physiquement de la douleur lors des épisodes de manque. En délivrant ces souvenirs, elle repoussait sans cesse une mèche invisible (elle avait les cheveux très courts), comme si elle avait à nouveau 12 ans et une frange longue. Ce qui l’avait le plus marquée était qu’à l’époque, quand elle « sortait » de sa lecture, elle éprouvait une sorte de malaise, en particulier avec ses parents, comme si elle prenait elle-même de la drogue ou commettait des vols pour en acheter. Elle avoua qu’une fois ce livre fini, elle avait eu la sensation presque biologique d’entrer dans l’adolescence.
Ce fut la dernière à s’exprimer sur le sujet.
Après un temps de flottement, la conversation reprit un rythme plus rapide et une orientation toute différente (sauf pour elle, qui resta longtemps muette, captive de sa narration).
Je faisais partie des quelques enfants assis près de la table, j’avais aussi 12 ans. J’ai compris alors avec jubilation (j’avais déjà lu ce mot « jubilation », promis, je pouvais donc l’éprouver en toute connaissance de cause) que je faisais partie d’un groupe que je ne quitterai (i hope so) plus jamais, celui des lecteurs.
mercredi 20 janvier 2010
Something happened, 4 (VO sans sous-titres) - par Martine B.
My dear colleagues, my dear friends,
Thank you all for coming. You know I hate speeches, but I want to say how grateful I am to you all, let’s just hope it won’t be too boring! Here we go, then!
When I arrived in Normandy at the age of fifty-two I was at a loss with what to do with my life. I got out of the ferry thinking I would just stay in France for a holiday and then go back to England. I was fed up with my job in which I felt stuck. Was there anything in store for me? I doubted it. Not that I lacked inspiration, but all I liked was out of reach. I loved writing, I dreamt of translating novels, but who would be interested in an ageing amateur? I knew I would never be one of the happy few…Well, on 30 June 2000 I got out of the ferry in Ouistreham with no precise destination in mind; all I needed was a careless holiday. As I was walking down Rue de la Mer I caught sight of a notice in a window. It read: “Chambre libre”. I immediately felt at ease in this place, and the landlady soon took me to my room. Little did I know then that this encounter was to change my life!
For a few weeks I just slept an incredible amount of time and went for long walks on the beach. When I came back Dominique would wait for me with a good cuppa and a few biscuits. I was not very talkative, but I found her warm presence soothing. I soon met a few friends of hers and started to be a bit more sociable. At the end of August I was facing a dilemma. I did not feel like returning to Britain, having not felt so well for ages, moreover my children and ex-wife had good positions and did not depend on me anymore, but how would I support myself without a job?
Conversely, would I lose much if I resigned from my job as a history teacher? I knew I would miss some of the pupils, but certainly not FC. Fat Cow was the nickname the kids had given one of our colleagues and without openly admitting it we thought she was getting what she deserved. It was the only thing we agreed about, though, as this two-faced nightmare had managed to install an atmosphere of suspicion which made all team work impossible. Just thinking of her made me sick and I developed a rash which got worse and worse until my decision was final. One morning I got up and knew: I would not go back there. Never again.
We had a wonderful weather that autumn. I still went for long walks, taking my camera with me. The light is so unique on Normandy beaches. Dominique often joined me, collecting drift wood that she used in many amazing ways to decorate her house or to frame photographs of her new-born grand-child. I soon joined a club. Taking photos was a fantastic hobby, but I can tell you now that it was more than that, forcing me to focus on something new, to see life through a different lens. After a while I felt ready to go back to “normal” life and work. Dominique had heard that the museum needed a part-time bilingual guide. There were few applicants, and I was given the job. As a former teacher I loved talking of WWII to the kids who came here on school trips, and I was happy to have some spare time. As I read somewhere the other day, “once you are used to your freedom…”
Jean, from the club, urged me to exhibit my photographs. I was quite reluctant first, but I finally submitted to his friendly pressure. To my surprise my work interested a few people, and I got a couple of good reviews in the local press, as well as a few photos published in national magazines. Last year as you know, I opened my gallery in Caen. As you all know it is keeping me extremely busy and I have decided to retire from the museum.
I will miss working with you, but the good news is that Dominique and I are moving into the house next door and you are welcome to pop in whenever you like. In the meantime, I’ll just drink to you!
Cheers everyone! Thank you for coming!
Thank you all for coming. You know I hate speeches, but I want to say how grateful I am to you all, let’s just hope it won’t be too boring! Here we go, then!
When I arrived in Normandy at the age of fifty-two I was at a loss with what to do with my life. I got out of the ferry thinking I would just stay in France for a holiday and then go back to England. I was fed up with my job in which I felt stuck. Was there anything in store for me? I doubted it. Not that I lacked inspiration, but all I liked was out of reach. I loved writing, I dreamt of translating novels, but who would be interested in an ageing amateur? I knew I would never be one of the happy few…Well, on 30 June 2000 I got out of the ferry in Ouistreham with no precise destination in mind; all I needed was a careless holiday. As I was walking down Rue de la Mer I caught sight of a notice in a window. It read: “Chambre libre”. I immediately felt at ease in this place, and the landlady soon took me to my room. Little did I know then that this encounter was to change my life!
For a few weeks I just slept an incredible amount of time and went for long walks on the beach. When I came back Dominique would wait for me with a good cuppa and a few biscuits. I was not very talkative, but I found her warm presence soothing. I soon met a few friends of hers and started to be a bit more sociable. At the end of August I was facing a dilemma. I did not feel like returning to Britain, having not felt so well for ages, moreover my children and ex-wife had good positions and did not depend on me anymore, but how would I support myself without a job?
Conversely, would I lose much if I resigned from my job as a history teacher? I knew I would miss some of the pupils, but certainly not FC. Fat Cow was the nickname the kids had given one of our colleagues and without openly admitting it we thought she was getting what she deserved. It was the only thing we agreed about, though, as this two-faced nightmare had managed to install an atmosphere of suspicion which made all team work impossible. Just thinking of her made me sick and I developed a rash which got worse and worse until my decision was final. One morning I got up and knew: I would not go back there. Never again.
We had a wonderful weather that autumn. I still went for long walks, taking my camera with me. The light is so unique on Normandy beaches. Dominique often joined me, collecting drift wood that she used in many amazing ways to decorate her house or to frame photographs of her new-born grand-child. I soon joined a club. Taking photos was a fantastic hobby, but I can tell you now that it was more than that, forcing me to focus on something new, to see life through a different lens. After a while I felt ready to go back to “normal” life and work. Dominique had heard that the museum needed a part-time bilingual guide. There were few applicants, and I was given the job. As a former teacher I loved talking of WWII to the kids who came here on school trips, and I was happy to have some spare time. As I read somewhere the other day, “once you are used to your freedom…”
Jean, from the club, urged me to exhibit my photographs. I was quite reluctant first, but I finally submitted to his friendly pressure. To my surprise my work interested a few people, and I got a couple of good reviews in the local press, as well as a few photos published in national magazines. Last year as you know, I opened my gallery in Caen. As you all know it is keeping me extremely busy and I have decided to retire from the museum.
I will miss working with you, but the good news is that Dominique and I are moving into the house next door and you are welcome to pop in whenever you like. In the meantime, I’ll just drink to you!
Cheers everyone! Thank you for coming!
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