mardi 23 mai 2017

Cinq semaines à San Francisco - Week Three - Summer of Love, Fisherman's Wharf et Cable Car Museum, Exploratorium, Café International, SFCR et une soirée télé

Le premier épisode est ici. 

Le deuxième épisode est ici. 


Mardi 16 mai : Le dimanche, j'avais acheté une entrée au de Young Museum, pour l'exposition "The Summer of Love Experience". J'avais bien fait parce que d'une part ça m'obligeait à y aller ce jour-là (on court toujours le risque, en repoussant les visites à plus tard, de ne pouvoir les faire faute de temps), et d'autre part parce qu'il faisait gris.

Je ne sais pas si je l'ai dit, mais il fait frais à San Francisco, en mai. Le printemps (avril-mai) et l'automne (septembre-octobre) sont les deux meilleures périodes pour visiter, mais il fait rarement plus de 20°C et le soir, la fraîcheur tombe vite. En été, le fog est glaçant. Samuel Clemens, alias Mark Twain, disait que les hivers les plus rudes qu'il avait passés de toute sa vie étaient des étés à San Francisco (il était du coin, il savait de quoi il parlait).

C'était donc le jour idéal pour une visite au musée. Longue visite : 2 heures et demie. Il faut dire que l'exposition sur le Summer of Love est riche, alors qu'elle puise exclusivement dans les collections du musée de Young : affiches, photographies, vidéos, vêtements, oeuvres d'art, réalisations vidéos d'époque (issues du TRIPS festival de 1967). J'avais pris la précaution de me munir de l'audioguide, qui livre des informations précieuses sur une vingtaine de points particuliers, ce qui donne un relief tout à fait bienvenu à l'ensemble de l'exposition.

Je ne vais pas vous raconter le Summer of Love mais après avoir vu cette expo, visionné un documentaire de PBS (la téléradio publique américaine) et vu une autre expo, plus modeste, à a California Historical Society juste avant de rédiger ceci, je peux dire que je comprends mieux désormais de quoi il s'agit. Et que ça tombe bien, puisque dans Franz en Amérique, qui est le livre pour lequel je suis ici, Franz Farkas passe une année "in the Bay Area" en 1971-1972, peu après le fameux été en question. C'est l'époque de la guerre du Vietnam, des Black Panthers, de l'affaire du Watergate et le mouvement hippie est encore frais dans les mémoires, et son influence encore très vibrante.
Quelques photos (il était permis d'en prendre).

(1) Joan Baez et ses soeurs
                                                    (2) Halleluyah la pilule !

(3) Le chapeau que Jerry Garcia (des Grateful Dead) porte sur la couverture de leur premier disque et le "Whole Earth Catalog" (magazine et catalogue de ressources "éco-conscient" de l'époque)

(4) Une feuille ronéotée distribuée par les Diggers (anarchistes pronant le partage gratuit de tout) aux milliers de jeunes gens qui débarquèrent pendant l'été 1967 au carrefour Haight/Ashbury

 (5) Quelques posters psychédéliques imprimés à SF par la seule imprimerie (auto-gérée) qui faisait tous les posters de concerts, rencontres, etc.


Des vêtements (faits main) 


Le poster du "Human Be-In" de janvier 1967, qui mit San Francisco sur la carte pour le reste du monde et attira des adolescents de tous les Etats-Unis dès les vacances de Pâques suivantes et bien sûr pendant l'été...

Il faudrait que j'écrive tout ce que j'ai retenu de cette période charnière de la contre-culture, mais ça me prendrait beaucoup de temps, et j'ai encore des visites à faire à SF. Ce sera pour une prochaine fois. 

Mercredi 17 mai. Après une interview skype (elles sont désormais plus fréquentes en ce qui me concerne que les interviews en tête à tête ou par téléphone) j'ai passé la matinée et une partie de l'après midi dans les "Cable Cars" historiques de San Francisco, et au musée du même nom. 
Les Cable Cars ne sont pas des street cars (qui roulent sur rail et sont électriques) ou des trolleys (bus sur roue qui reçoivent  l'électricité de leurs "antennes") mais des voitures tractées par un câble sous-terrain. C'est elles qu'on voit dans les films comme ici 





 et elles sont conduites à la main par un opérateur (1) qui a besoin d'être très musclé pour manipuler la longue pince (2) qui lui permet de s'accrocher au câble, et de serrer le frein (à pied) qui permet de s'arrêter. 
 (1)
(2)


Les trajets en cable car sont inclus dans le "passe" Clipper mensuel que j'ai acheté en début de séjour, et le Cable Car Museum est gratuit (c'est un musée municipal). C'est aussi le hangar d'où sont mus les câbles d'une longueur insensée qui courent tout au long des circuits. 




La ligne que j'ai prise (la Powell-Hyde) se termine à Fisherman's Wharf, l'un des hauts-lieux (et pièges) touristiques de SF. J'en suis descendu pour visiter les vaisseaux à quai dans le San Francisco Maritime National Historical Park, sur Hyde Street Pier.

L'accès aux vaisseaux coûte 10 $ et on y passe au moins une heure et demie, car deux d'entre eux, "Balclutha" et "Eureka" sont des musées flottants. "Eureka" (1) est le dernier ferry (à aubes) qui transportait des passagers et des véhicules à travers la baie avant la construction du Bay Bridge.




"Balclutha" (2) est un cargo, construit en Ecosse, qui navigua entre 1886 et les années 30 et transporta du successivement du bois, du charbon, du saumon entre San Francisco, l'Australie, l'Europe et l'Alaska.

A la fin de sa carrière, les marins (irlandais ou écossais) voyageaient dans une confortable cabine collective sur le pont. Les hommes chargés de découper le poisson (asiatiques) dans l'entrepont. Leurs cabines étaient très étroites. Ce bateau m'a impressionné parce qu'au moyen d'un aménagement très intelligent de l'entrepont, on en a fait un musée qui raconte les "trois âges" de Balclutha, via des vidéos, des objets et un aménagement évoquant les différentes époques. C'est un musée historique original et très éclairant.





Jeudi 18 mai 
Je suis retourné à "Little Italy", dont j'ai parlé dans mon blog de la semaine 2, pour deux raisons. D'une part, passer du temps au City Lights Bookstore, lieu historique et littératire s'il en est, puisque c'est la librairie/maison d'édition qui publia les "Beatnicks" (Kerouac, Ginsberg, Burroughs, etc.). Elle a été créée par l'un des poètes du groupe, Lawrence Ferlinghetti (aujourd'hui âgé de 98 ans !)








Evidemment, j'aurais voulu tout acheter mais je me suis contenté de deux livres.

J'ai aussi fait un tour à la librairie du "Beat Museum", où j'ai trouvé un exemplaire original en poche (1971) de "The Poets of San Francisco", au prix incroyable de 12 $, que je me suis empressé d'acquérir, à la grande surprise du libraire (je pense que ce prix était une erreur, mais comme le livre était sous plastique et l'étiquette collée dessus, il m'a dit : "C'est un très bon prix, mais c'est le prix indiqué, alors...")

J'ai refait la balade de l'autre jour, suis passé devant le café Vesuvio,

et le café le plus ancien de San Francisco (il date de la ruée vers l'Or, et ça se voit)



avant la montée vers Coit Tower, puis la descente à travers les jardins étagés vers le port),
car ma destination cette fois-ci était l'Exploratorium, un musée extraordinaire, le plus souvent visité par les enfants et les groupes scolaires, mais ouvert en nocturne le jeudi aux adultes.

L'Exploratorium est un musée expérimental, à plusieurs titres : je pense qu'il n'y en a que peu (voire pas) d'autres au monde comme lui car les "oeuvres" exposées sont construites par des volontaires, ingénieurs, techniciens, étudiants. Tout ce qui est là "fonctionne" et on demande aux visiteurs de le faire fonctionner pour expérimenter et découvrir eux-mêmes le monde à travers sa réalité physique et matérielle. C'est difficile à décrire, mais on y apprend comment fonctionnent (pêle-mêle) la gravité, la lumière, la diffraction, l'électromagnétisme, le mouvement des marées, la biologie cellulaire, la physique élémentaire, le frottement, le chaud et le froid, les vibrations audibles et inaudibles, le passage du temps, les bizarreries de nos perceptions ...






Les photos ne peuvent pas rendre justice à cet endroit étonnant, créé par le physicien Frank Oppenheimer (frère du co-concepteur de la bombe A). J'avais eu la chance de le visiter en 1976 et j'en avais gardé un souvenir très intense. Je n'ai pas été déçu par ma nouvelle visite. Il est en effet beaucoup plus vaste que lorsque je l'ai visité en 1976. Il avait ouvert en 1969 (la photo ci-dessous montre Oppenheimer au milieu de la première exposition du musée ; on l'a déménagé sur le site actuel en 2013. Auparavant, il se trouvait au Palace of Fine Arts, dans le quartier de la Marina (plus à l'Ouest, plus près du Golden Gate Bridge).




De haut en bas : autoportrait avec goutte d'eau suspendue, une horloge vidéo (à l'heure !!!) dont les aiguilles sont deux tas d'ordures déplacés par deux figures humaines, un miroir déformant et un extraordinaire hologramme (mais ma photo n'a que deux dimensions...)

En attendant 18 heures (heure d'ouverture de l'Exploratorium), j'ai marché jusqu'au bout d'un quai le long duquel des hommes pêchaient. Il y avait du vent, il faisait bon, on était au calme, et le Pacifique était fidèle à son nom.





Le retour, de nuit.







(A suivre)


Pour patienter, une scène d'un de mes films préférés, qui se déroule à San Francisco : "What's Up, Doc ?" de Peter Bogdanovich avec Barbra Streisand et Ryan O'Neal.