vendredi 6 novembre 2009

Je ne veux pas m'en souvenir (15) - par Laura T.

Je me souviens d’un pays, d’une ville, d’un quartier, d’une rue, d’un appartement, d’une fenêtre donnant sur un grand terrain vague.
Je me souviens de ma mère, de ma grand-mère, de mon arrière grand-mère, et toutes ces aïeules que je n’ai pas connues.
Je me souviens d’une cour, d’une école, des salles de classe, des pupitres, et, nous, élèves croyant avoir l’éternité devant nous.
Je ne me souviens pas avoir désiré que toutes ces choses arrivent, la mort, la violence, l’affrontement, la fuite, la négation, la destruction, la terreur, le dégoût, le rejet, l’horreur, l’angoisse, l’échec, l’enfer.
Je me souviens de lui, de sa silhouette, de ses cheveux, de ses yeux, de sa voix, de ses cheveux, de ses fesses, mais je l’ai oublié.
Je me souviens d’un autre pays, d’une autre ville, d’un autre quartier, d’une autre rue, d’un autre appartement, d’une autre fenêtre donnant sur un jardin qui n’était pas le mien.
Je me souviens d’un substitut de père, d’y avoir cherché une autre famille, une autre généalogie, d’autres aïeux.
Je me souviens de ce caveau, de ces tables, de ces tapis, de ces jetons, de ces cartes, de la couleur de l’aveugle, de la douleur du travail.
Je me souviens de toi, me parlant, me touchant, me désirant, m’embrassant, m’en voulant, me détestant, je ne te connais plus.
Je me souviens de ma joie, d’avoir voulu la retenir, l’enfermer, la garder, l’emprisonner, la conserver, la mettre en cage pour qu’elle ne s’échappe plus.
Je me souviens de tout ce qu’on m’a omis, caché, tu, occulté, menti, dissimulé, masqué, pas dit.
Je me souviens de cette vie qui n’est pas la mienne.

jeudi 5 novembre 2009

Je me souviens (14) - par Danielle B.

Je me souviens d’un soir d’hiver de 1998 où Maryse Hazé de France Inter m’a appelée pour me dire que j’étais retenue comme jurée du Livre Inter. Je me souviens de son incroyable gentillesse.

Je me souviens du bonheur de recevoir les livres de la sélection.

Je me souviens de la lecture de la Maladie de Sachs et de l’énorme coup de poing reçu en lisant la phrase qui parlait des jeunes cons qui foncent sur les pylônes et se tuent en voiture (en gros). J’étais en plein dans le sujet.

Je me souviens du courrier de Martin Winckler répondant au mien où je lui faisais part du choc éprouvé.

Je me souviens du magnifique accueil de France Inter, du sentiment, si rare, que nous éprouvions tous, nous les jurés, d’être des gens importants.

Je me souviens de mon émotion lorsque j’ai défendu le livre de Martin.

Je me souviens de toute l’attention prodiguée à mon égard par l’équipe de France Inter, de celle de Martin.

Je me souviens de la colère de Martin parlant du comportement de certains médecins, de l’enseignement médical en France.

Je me souviens des discussions, des émissions, des rencontres, des échanges, bref de ce moment magique qu’a constitué cette édition du Livre Inter.

Je me souviens que nous avons voulu prolonger cette magie en écrivant chacun un texte, formant ainsi un recueil que POL a bien voulu imprimer.

Je me souviens que la belle aventure du Livre Inter, la rencontre avec Martin, puis deux mois plus tard, la naissance de ma première petite-fille, Nina m’ont réancrée dans la vie.


Merci Martin.

Il-Elles (Je me souviens,13) - par Younes

Il se souvient des jours passés assis sur le trottoir à décortiquer l’état du monde en compagnie de fauchés qui ne pouvaient se payer un café crème, en attendant des jours meilleurs où la crise se dénouerait et ouvrirait plein les portes de l’espoir et de la dignité.



Elle se souvient avoir participé à des manifs dans les années quatre-vingt pour changer. Paris faisait la grève ou la subissait, mais Paris bougeait. Mitterrand était vivant avec quelque parcours politique enterré, mais l’histoire pardonne toujours aux puissants.



Il se souvient de ce bourdonnement qui rappelle les ruches dans l’unique salle de révision de la faculté des sciences. Les étudiants révisaient ou rêvassaient et n’oubliaient pas de se lancer des regards pour s’assurer qu’il y a la vie et que c’est beau d’être amoureux.



Elle se souvient lui répéter incessamment qu’il avait l’esprit constamment occupé et qu’il risquait de se faire mal dans cette campagne dure où la pierraille la disputait aux maigres herbes. Elle regardait toujours avec affection ce garçonnet, fils de sa nièce et fille adoptive, qui était là pour lui rendre visite et qui n’osait exprimer ses sentiments face à la maladie.



Il se souvient avoir reçu une gifle de la part du gérant de la bibliothèque du collège qui ne voulait pas lui rendre ses deux malheureux dirhams de la caution de prêt. Il avait lu ‘’Michel Strogoff’’ ou ‘’Sans famille’’ pour son entrée en sixième.



Elle se souvient qu’elle s’était rendue en maillot de bain à l’hôpital où on avait emmené son fils en urgence car une voiture l’avait renversé. Le père lui avait dit d’être courageuse, le gamin ne survivrait pas.



Il se souvient avoir rêvé avec son père d’être avocat et de travailler dur pour défendre les pauvres et que la justice règne.



Elle se souvient avoir lu sa rédaction sur une quelconque bagarre de rue et qu’elle avait appréciée. Elle avait emmené sa troupe et lui avec découvrir le cinéma à travers les ciné-clubs. Ils voyaient des films en noir et blanc, brésiliens, soviétiques, polonais et d’autres contrées où le septième art était aussi fauché que les gens qu’il montrait.



Il se souvient qu’on lui avait volé son portefeuille au moment où il mettait son pied dans le bus. Il est redescendu du bus, puis un type est venu le lui rendre. Il n’y avait rien de consistant dedans, ni avant, ni après.



Elle se souvient qu’elle ne savait pas si elle rentrait de l’école. Dans son pays, la guerre faisait loi, les balles, les obus sifflaient. Elle était petite, elle faisait son devoir de petite fille.



Il se souvient que le jeune réalisateur libanais évitait ce passage où des souvenirs risquaient de remonter à la surface. Il y était allé faire un tour après le débat collectif sur le scénario. La Porsche n’a pas changé l’enfant qu’il était.



Elle se souvient que sortir de la maison serait fatal pour lui. Elle ne l’a pas empêché de coller l’oreille derrière la porte pour entendre des balles pour de vrai claquer et percer les murs. Le jour d’après, ils surent qu’ils ont percé aussi des poitrines. Une histoire de pain à Casablanca.



Il se souvient d’eux et d’elles.

Je me souviens (12) - par Thierry V.

Je me souviens de septembre 2005 et d’un baiser échangé à Lisbonne.
Je me souviens d’un mail envoyé à quelqu’un que je connaissais à peine et de sa réponse enthousiaste.
Je me souviens, que moins de deux semaines plus tard, il prenait l’avion pour me revoir. J’étais flatté, personne n’avait jamais fait ça pour moi.
Je me souviens à peine de ces quatre jours parfaits.
Je me souviens de lui avoir offert un bloc de fausses feuilles de prescriptions au nom du Docteur Francis Picabia, et lui un livre de Mario De Sa-Carneiro.
Je me souviens de la petite carte qu’il conservait dans son portefeuille, sur laquelle était représenté le Saint du village de ses parents.
Je me souviens d’un texto envoyé de l’avion qui le ramenait à Lisbonne. J’avais des preuves, son départ était un commencement.
Je me souviens d’une nuit où, à quelque 1700 kilomètres de distance, on ne s'est jamais senti aussi proche.
Je me souviens d’avoir reçu une lettre, contenant une feuille de prescription, où il avait dessiné un portrait de moi. L’enveloppe contenait une trentaine de minuscules fantômes noirs et blancs.
Je me souviens des billets que j’ai pris en novembre pour le rejoindre, puis d’un sentiment de peur et de liberté.
Je me souviens de l’avion presque vide et, pour la première fois, d’avoir atterri de nuit à Lisbonne.
Je me souviens du trajet en bus jusqu’à chez lui. Je crois que son regard était fuyant.
Je me souviens d’avoir photographié absolument tout durant un mois, et plus spécialement son appartement, dans les moindres détails.
Je me souviens de notre première nuit, de loin la meilleure. Je ne me souviens pas des autres.
Je me souviens d’avoir photographié le lit défait, au petit matin. Encore des preuves.
Je me souviens d’un petit cadre près de son bureau, contenant une feuille blanche où il avait écrit « Marry me » avec son sang. Ce n’était pas le genre à plaisanter.
Je me souviens de la terrasse d’un bar surplombant le Tage. C’était une fin d’après-midi, la nuit était tombée. Les avions survolaient la ville à basse altitude.
Je me souviens de son regard qui semblait toujours chercher quelque chose, sans le trouver.
Je me souviens qu’à cinq heures du matin, sur les marches de l’Assemblée de la République, il m’a dit qu’il m’aimait. Plus haut, deux soldats nous observaient.
Je me souviens de soirées en compagnie de ses amis, où je ne comprenais rien à ce qui se racontait.
Je me souviens de balades en solitaire. Je ne savais jamais où aller.
Je me souviens de trajets en train ou en métro, de restaurants, de bars, de rencontres, de balades, le tout n’est constitué que de brefs instants.
Je me souviens du taxi qui me ramène à l’aéroport et du ciel bleu.
Je ne me souviens plus de nos échanges après cette période. Sauf le jour de Noël.
Je me souviens de son retour à Paris le 30 décembre, d’une première journée entre fatigue et inconfort.
Je me souviens de la soirée du 31, épuisante, dure, alcoolisé et stupide, puis d’une crise de jalousie violente déclenchée par ces éléments.
Je me souviens avoir été flatté et choqué, personne n’avait jamais fait ça pour moi.
Je me souviens du lendemain et d’un sentiment d’échec.
Je me souviens de son dos disparaissant dans les escaliers. Je savais que je ne le reverrais plus.
Je me souviens d’appels téléphoniques inutiles, et peut-être de mails du même acabit.
Je me souviens à peine de l’année 2006.
Je me souviens de la soirée du 31, une soirée calme avec un ami. J’étais malade et heureux de l’être.
Je me souviens de m’être senti soulagé. Ca faisait déjà un an.

mercredi 4 novembre 2009

Je me souviens (11) - par Lyjazz

Je me souviens de mon adolescence,

de mes lectures érotiques : Anaïs Nin, les 11000 verges d'Apollinaire, Henri Miller

Je me souviens que sa mère lui avait dit « mon fils tu fais trop l'amour »,

un jour où il avait l'air recru de fatigue, mais qu'il montrait une lassitude alanguie.

Je me souviens de l'inconfort de la 4L pour faire l'amour,

Je me souviens des cavaliers qui nous avaient surpris dans le bois,

nous étions dans l'Ami 6, à moitié nus, c'était l'hiver.

Je me souviens de nos nuits volées, courtes, car trop agitées sous la couette,

avant d'aller skier le lendemain avec les copains.

Je me souviens de nos après midi de sensations physiques décuplées,

après avoir fumé un joint.

Je me souviens de ses parents sonnant à leur propre porte pour éviter de nous surprendre au lit.

Je me souviens de nos parties de jambes en l'air

dans les bois, me remémorant L'amant de Lady Chatterley,

j'aime beaucoup faire l'amour dans la nature.

Je me souviens de nos ébats dans le petit lit de ma chambre d'étudiante,

de la femme de ménage qui le surprenait au matin, quand j'étais déjà partie.

Je me souviens de ce texte de Fernando del Paso dont j'avais l'essence en mémoire lorsque j'ai écrit :

A la manière de... Palinure de Mexico, de Fernando del Paso


Mon cousin et moi nous aimions faire l'amour dans ce lit tout simple, bas, dans lequel nous mettions parfois des draps de lin naturel quand il faisait chaud, parfois des draps de satin foncé et des coussins lorsque nous étions plutôt d'humeur aux cachotteries, aux secrets, que nous voulions nous soustraire à tout ce monde qui nous semblait si barbare et si hostile parfois.

Nous aimions faire l'amour

inévitablement, quand nous nous frolions dans le noir,

indéfectiblement, quand nous sentions si fort que nos liens s'étayaient depuis si longtemps,

irrégulièrement lorsque nos chemins se croisaient et nos vies se dispersaient,

illusoirement les jours où nous étions amers et déçus de la vie,

puissamment parce que nous étions fous amoureux et jeunes, si jeunes !

Jazzistiquement en écoutant John Coltrane siffler Blue Train,

baroquement lorsque la pièce était pleine de la musique de Mikis Théodorakis orchestrant le Canto General de Pablo Neruda,

littérairement lorsque nous lisions ensemble Anaïs Nin,

ludiquement le jour où j'ai amené un godemichet, et lui des boules de geisha et un anneau pénien,

les yeux plissés et en ronronnant parce que nous aimions les chats, leur douceur et leur puissance (et Baudelaire),

souplement quand nous expérimentions les positions du kama sutra,

à la va vite lorsque nous n'avions que 10 mn avant un rendez-vous,

élégamment pour un jour de carnaval où nous étions déguisés en personnages distingués,

sans se voir parce que nous aimions jouer dans le noir,

avec gourmandise le jour où il m'a enduite de chocolat, puis de miel, a laissé couler du champagne entre mes cuisses, où j'ai fait tomber goutte à goutte de la crème anglaise au bout de son gland...

librement parce que nous n'avions aucun tabou,

délibérement,

respectueusement,

lascivement,

Et enfin palliativement lorsque j'ai rencontré un autre homme et que je ne pensais qu'à cet autre.....


Lyjazz

mardi 3 novembre 2009

I remember (10) - par Martine B.

I remember England when I was young,
We travelled to London, the trains were rickety,
Soho was the place to be, and I bought a purple felt hat and a long dress and clogs,

I remember keeping change to get heating and electricity, and you wasted it on gambling machines,

I remember watching movies on the telly, and the news, and Top of the Pops, there was only one channel on the BBC,

I remember The Beatles, The Doors, The Stones, Grateful Dead, Jefferson Airplane, Bob Dylan, Marianne Faithful, and I remember The Who lived at Leeds.

I remember going to parties and going to the pub where we played darts, we played with beer mats too, and ate salt and vinegar chips, they said “Guinness is good for you” but I did not like the bitter taste and stuck to pale ale,

I remember we had fish and chips from newspaper wrappings and naughty teas with scones and jam and cream, and trifles, and lemon meringue pies, but also yucky cabbage and bright-coloured jelly,

I remember unexciting cricket games that lasted for hours, and bowling games with old people all dressed in white on immaculate lawns,
But I mostly remember

You,
My knight of light, the gem of all gems,
You were the silver lining of my clouds,
You were the swallow that made a summer.

Je me souviens (9) - par Gilda

Onze je me souviens et un je ne me souviens pas

1. Je me souviens du temps où "Plumes d'Ange" m'aidait à tenir le coup lors des journées "d'usine". Je recevais l'épisode du jour (par P.O.L en feuilleton quotidien) en arrivant légèrement en avance le matin, l'imprimais si ça pouvait, puis le lisais par bribes lors des peu de pauses. L'internet à l'époque était encore trop cher pour qu'on l'ait chez soi. Ces lectures de contrebande ont infiniment compté. (encore merci)

2. Je me souviens de ces longues années où les deux tiers de mon temps étaient aliénés. Je gagnais ma vie. Mais à quel prix ?

3. Je me souviens que par deux fois mon grand frère d'élection m'a sauvé la vie. Je n'oublierai jamais. Je meurs facilement de chagrins d'amour.

4. Je me souviens que 48 heures après le plus beau jour de ma vie j'ai complètement craqué : le bonheur, tout simplement, je n'étais pas amarinée. C'était pour une victoire collective. J'ai cru ces jours-là en l'humanité. Ça n'a pas pu durer.

5. Je me souviens que la première fois que F. m'a écrit, c'était pour me citer un extrait d'un de mes blogs et me demander si j'étais bien celle qui. De stupéfaction j'ai failli tomber. Pourtant j'étais assise.

6. Je me souviens qu'il ne veut pas m'aimer. Je pleure : de mon côté, rien, vraiment rien ne s'y opposait et tout y était. Du sien, tout semblait s'accorder et lui qui a tout fait tout bien pour me charmer. Me fait-il payer son cruel passé ? Ne s'est-il pas rendu compte de ce qu'il faisait ?

7. Je me souviens, je crois, que faire l'amour, c'était bon (très).

8. Je me souviens que mes parents ne voulaient pas m'apprendre à lire avant l'école de peur de m'embrouiller. On peut faire les pire chose en croyant aider. Je me suis (bien) rattrapée depuis. Non mais.

9. - Je me souviens que ma plus belle nuit d'amour c'était à Sienne, me réveiller soudain avant l'aube, m'habiller à tâtons et filer sur LA place. Le soleil se levait. C'était beau à en pleurer . - Quel rapport avec l'amour ? - C'est bien ça le problème.

10. Je me souviens des livres qui ont changé ma vie. Toujours en bien. Ma liberté d'aujourd'hui, je la leur dois (et à quelques ami(e)s ce qui ne s'oublie pas).

11. Je me souviens qu'enfant, le foot fut ma passion ; comme pour tous mes copains du quartier. Quand Saint-Étienne gagnait, nos vies étaient belles. Je ne jouais pas si mal, vous savez ?


1. Je ne me souviens pas d'à quel étage loge l'Amie. Pendant les années où l'on se fréquentait, les temps chez elle ont tant compté. Alors cet oubli, quelle étrangeté.

lundi 2 novembre 2009

Je me souviens (8) - par Laura

Je me souviens des derniers lacets de la route qui précédaient la vision du village où nous venions vous voir. L’excitation, la joie, malgré souvent le brouillard, le vent et le froid qui saisissait à la descente de la voiture. Le clocher apparaissait, il restait encore quelques virages, le ruisseau à truites, le cimetière où désormais vous êtes à demeure et enfin l’entrée dans ce village circulaire où un silence empreint de gravité précédait notre arrêt.

Je me souviens de la fenêtre ouverte sur l’arrivée des hirondelles, la chaleur baignant la chambre et moi, accoudée, les regardant parader, et cette sensation de bonheur éphémère qui planait.

Je me souviens du sentier caillouteux bordé de gros rochers granitiques à cupules, qui me conduisait jusqu’à ma forêt de Brocéliande. Là, adossée à un pin écorcé à maints endroits, je sortais le livre de l’oubli.

Je me souviens de ces hommes, mes oncles, que je trouvais si grands dans mon regard d’enfant. Aujourd’hui, dans le fils je vois le père disparu et mes repères vacillent. Devant la tombe ouverte ils semblent moins grands et j’ai un peu froid.

Je me souviens de la longue silhouette noire me chantant « dis quand reviendras-tu… » et je me souviens aussi de ce jour où tu es partie et que je l’ai su avant que ta mort ne me soit annoncée.

Je me souviens de l’odeur de cuir qui régnait dans la boutique de cordonnier où nous passions ces après- midi de conversation muette, et le choc du marteau sur les petites pointes.

Je me souviens des premiers lacets de la route qui m’arrachaient au village où vous restiez. Agenouillée sur la banquette arrière, mes yeux s’accrochaient le plus longtemps possible aux toits de lauze qui me reliaient à vous. Les larmes que j’avais vues couler sur votre visage à notre départ achevaient leur chemin sur le mien.


Laura

Pourquoi écrire ? par Martine B.


Souvent, à ceux qui me demandent : « Pourquoi écrire, quand les journées sont déjà trop courtes pour tout y caser? Pourquoi écrire, il y en a tant qui le font mieux, à quoi bon balbutier dans ton coin ? », j’ai envie de donner des réponses idiotes, « Parce qu’on m’a offert un ordinateur, parce qu’en ces temps de crise, un passe-temps gratuit, ce n’est pas négligeable, parce que c’est moins barbant que le ménage, parce que je suis incapable de jouer d’un instrument de musique, parce que j’ai trop mal aux genoux pour faire du sport. » Puis je me ravise.
Pourtant on pourrait s’insurger, car en effet, pour toute autre activité que l’écriture, il n’est nul besoin de se justifier et l’amateurisme est de mise. Peu importent les maladresses si on y trouve du plaisir, si on s épanouit dans diverses pratiques, c’est fait pour ça, non ? Je me suis longtemps demandé pourquoi l’écriture subissait un traitement différent, et l’autre jour, en voyant mon fils partir à son cours de guitare, j’ai eu comme un déclic.
Pour toutes les autres activités, on peut s’inscrire dans un club ou une association, certaines sont même souvent démarrées dans le cadre scolaire. Or en France, il y a encore trop peu d’ateliers d’écriture.
Si j’étais ministre de l’éducation nationale, à l’aube d’une réforme des lycées, voilà quelque chose qui figurerait tout en haut de ma liste de priorités. Et pas seulement en cours de français, en langues également, pour jouer avec des sonorités différentes. Je ne mets pas en cause les enseignants, qui ont déjà peine à ‘boucler le programme’.Mais le comble, c’est que l’épreuve de français au bac propose un exercice d’invention, or il est apparemment risqué de s’y hasarder. Pourtant c’est le sujet que les élèves semblent plébisciter.  Donc on ne les y entraîne pas ! Cherchez l’erreur.
Je rêve de sessions d’écriture comme cela se pratique dans les pays anglo-saxons, je pense entre autres au travail d’Asimov auprès des étudiants américains, mais il y aurait tant d’autres exemples… J’ai un temps fréquenté un atelier (initié par François Bon dans un quartier déshérité de ma ville), y participaient également des personnes un peu différentes, qui ne se posaient pas la question de la légitimité de l’écriture, mais agissaient, tout simplement, et certains  nous ont ébloui par la profondeur et la créativité de leurs textes.
Le jour où l’écriture sera perçue comme une activité parmi d’autres, on se posera moins de questions  et ce sera tant mieux!

dimanche 1 novembre 2009

Je me souviens (7) - par Martine B.

Je me souviens des vacances en Charente chez mes grands-parents,
Grand-père nous emmenait à la mer dans sa 4CV noire, cela semblait si loin.
Je me souviens des siestes interminables dont je m’échappais en douce
Pour aller sculpter le bois dans l’atelier de Grand-père.
Je me souviens de la chèvre qui refusait de me suivre quand on la menait au pré
Et me donnait des coups de corne.
Je me souviens de la ferme voisine
Où on allait chercher le lait le soir à la fraiche, avec Angèle.
Je me souviens de l’herbe glanée dans les champs pour nourrir la chèvre.
Je me souviens des cornichons que l’on mettait en bocaux et qui grattaient les doigts.
Je me souviens de la vieille tante avec du poil au menton qu’il fallait embrasser.
Je me souviens des tours pendables de mon cousin Pascal,
Je me souviens qu’Angèle lui passait tout et qu’il la faisait rire.

Je me souviens, le Noël suivant,
On m’a dit : ‘Ta grand-mère a eu un accident’.
Mais je ne me souvenais pas d’avoir jamais vu Angèle sur un vélo...
Je me souviens de ce que l’on m’a trop longtemps caché

Je me souviens (6) par Salomé

Je me souviens de la chicorée que tu mêlais au café, des étiquettes des paquets Leroux que tu échangeais contre des torchons, du lait cru que tu ramenais de la ferme d'à côté dans ces pots à lait en aluminium munis d'une anse en bois que tu appelais laitières, des tartines de confiture maison – la fraise, ma préférée.

Du tiroir du bout de la table de la cuisine, caché sous la toile ciré, que j'ai mis longtemps à découvrir et qui recelait des trésors de cartes postales.

Des œufs à la coque, du pâté de lapin, du bœuf en daube et des soupes, forcément meilleures que celles de nos mères. Des framboises gorgées de soleil que nous mangions sur pied, des haricots verts et des petits pois extra-extra fins. Du canard que nous trempions dans le café des adultes, à la fin du repas de midi, une fois la vaisselle faite.

Du bac à sable, de la charrette, des gravillons dans l'allée qu'il ne fallait pas toucher, de la cave où, l'hiver, nous jouions aux juifs cachés pendant la guerre.

Du plancher qui gémissait sous nos pas, des cadavres parsemés au plafond de la chambre, témoins de notre éphémère victoire au lancer de tatane contre des hordes de moustiques, des édredons en vrai duvet dont le gonflant n'avait rien à envier aux couettes d'aujourd'hui.

De ton sempiternel maigre chignon gris qu'un petit matin, en allant aux toilettes, j'avais surpris pas encore fait, révélant des cheveux d'une longueur que les miens n'avaient pas le droit d'atteindre, signe indiscutable de ta féminité malgré les années.

De tes paroles d'une sagesse surannée. Tes « Prends -ton temps, Jean-Philippe ! » d'une époque où l'on pouvait se permettre de faire les choses en s'appliquant et qui contrastaient délicieusement avec les « Mais dépêche -toi donc ! » de ma mère habituée à mener plusieurs choses de front. De tes « Il ne faut pas dire du mal des gens », qui, du coup, mettaient fin à de nombreuses conversations.

J'ai hérité de tes laitières, de ta cafetière émaillée, et j'ai conservé le goût de la chicorée.

samedi 31 octobre 2009

Des livres et des enfants

Un jour, j'ai déjeuné avec Bernard Werber. Nous avions tous les deux été invités à un débat par une des animatrices du magazine Muze, l'écrivaine Stéphanie Janicot. Je confie à BW que l'un de mes fils, 17 ou 18 ans à l'époque, dévore ses livres les uns après les autres. BW me répond drôlement : "C'est vrai ? Quand je pense que j'ai tant de mal à les faire lire au mien !"

J'ai bien compris sa frustration, mais je me suis rendu compte que je n'avais jamais écrit pour faire lire mes bouquins à mes enfants. Bien sûr, j'ai écrit des contes pour enfants dont certains que j'ai enregistrés sur CD et ils étaient presque toujours inspirés par eux, mais en dehors de ça, et des bouquins sur les super-héros ou les séries (auxquels certains des plus grands ont d'ailleurs collaboré), et dont je pensais qu'ils jetteraient un oeil dessus plus par intérêt pour les séries que pour ma prose, je n'ai jamais spécialement attendu que mes enfants lisent mes livres.

Pourtant, au fil des années, l'un ou l'autre des plus grands ont lu La Maladie de Sachs, Les Trois Médecins, certains romans policiers (le "Poulpe", en particulier), la "Trilogie Twain". D'un point de vue général, comme un auteur reçoit un certain nombre d'exemplaires d'auteur (une vingtaine, le plus souvent), il y a toujours un exemplaire pour chacun de mes enfants. Mais quand j'ai commencé à publier je leur ai toujours dit que je leur donnais un exemplaire de mes livres pour qu'ils l'aient, mais qu'ils ne devaient jamais se sentir obligés de les lire. Que ces livres, je les écrivais pour gagner ma vie et les élever (entre autres), pas pour qu'ils se sentent obligés de les lire. Mon seul souhait c'est que dans vingt ou trente ans, ou après ma mort (oui j'ai l'intention de tenir encore trente ans), l'un de mes enfants ou l'un des leurs s'ils en ont, en feuilletant l'un de mes bouquins, se dise "Eh, c'était pas déshonorant, ce qu'il écrivait, le vieux..."

L'un de mes plus jeunes fils me demande systématiquement un exemplaire signé depuis qu'il est tout petit, même s'il ne le lit pas, pour en avoir un à lui. Un jour, il a voulu lire Le Numéro 7 et s'y est préparé en regardant tout la série Le Prisonnier (en hommage de laquelle LN7 a été écrit). Après avoir terminé la série et le roman, il m'a dit : "Mais, dis-donc, tu ne t'es pas inspiré d'un roman de SF que tu m'as fait lire, Terminus les étoiles ?" et je lui ai dit qu'il y avait effectivement des ressemblances, tout simplement parce que le NUméro 7 et The Stars My Destination (titre original de Terminus... - et j'en profite pour dire que le titre français est, pour une fois, tout simplement génial) puisent à la même inspiration, à savoir... Le Comte de Monte-Cristo de l'increvable Alexandre Dumas père.

J'étais heureux qu'il me fasse ce commentaire, et qu'il voit la filiation entre les romans, la série et mon propre bouquin, afin qu'il sache que mon inspiration ne vient pas du néant, mais de mes propres lectures.

Plusieurs de mes enfants ont lu Légendes et Plumes d'Ange, il me semble, ne serait-ce que parce que ça leur a apporté des éclairages sur ma famille et ma vie passée, et je pense que les plus jeunes, un jour, les liront peut-être. En tout cas, je suis heureux de les avoir écrits pour qu'ils puissent un jour avoir accès à des souvenirs, des informations, des réflexions qui me paraissent importantes, même si je ne suis plus là pour les leur confier de vive voix. (Tiens, voilà encore une très bonne raison d'écrire, même si on n'est pas assuré d'être publié : laisser les histoires qu'on n'a pas pu passer directement.)

Tout récemment, deux de mes fils ont lu Le Choeur des femmes.
L'un d'eux, qui a vingt ans, m'a dit que ça lui avait plu "même si ce n'est pas le genre de livre qu'il lit d'habitude" (il lit plutôt de la SF et de l'Heroïc Fantasy). Mais il l'a lu spontanément et manifestement, ça ne l'a pas ennuyé.
L'autre, qui a six ans de plus, m'a appelé hier soir après m'avoir envoyé un message enthousiaste pour me dire quel plaisir il avait pris à le lire. Ce qu'il y avait de plus merveilleux dans ce qu'il me disait, c'est qu'il avait vu toutes les allusions, toutes les ficelles, et que précisément, c'est ce qu'il avait adoré - y compris la fin "rocambolesque" : "Eh bien heureusement qu'elle est rocambolesque, c'est ça que j'aime, justement, que ça bouge, que ça remue,  que ce soit émouvant !" (Enfin, il n'a pas dit ça comme ça, mais c'est ce que ça voulait dire.)

Il m'a dit aussi que c'était un livre plus optimiste que les précédents, et je lui ai dit que j'étais d'accord, et que d'ailleurs, si on lit mes "romans médicaux" dans l'ordre de parution, ils vont du plus noir (La Vacation) au plus optimiste (Le CDF). La fin du CDF n'est pas seulement optimiste, elle est "on the upbeat" comme on dit en anglais - euphorique. ("Libérée", a dit MPJ quand je lui ai rapporté la conversation.)

Ca m'a touché, évidemment, que l'aîné de mes fils (qui paraît-il me ressemble physiquement beaucoup...) aime ce livre encore plus que les précédents.

Et ça m'a fait plaisir de penser qu'à mesure que j'avance, mes livres sont de plus en plus euphoriques et libérés.

Dans le message qui a précédé son appel, mon fils m'a demandé "C'est quand la nomination pour le Fémina ?" Je lui ai répondu que les listes de prix littéraires étaient closes et que le livre n'avait figuré sur aucune, ce qui n'a rien d'inhabituel : Les Trois Médecins est le seul de mes romans qui ait figuré, très brièvement, sur une liste des prix de l'automne, la première sélection du Fémina, en 2004.

Mais j'ai ajouté que je n'ai pas de quoi me plaindre, puisque le livre est lu et que son enthousiasme, en plus des messages que je continue à recevoir tous les jours de lectrices et d'un nombre croissant de lecteurs du CDF, vaut tous les prix littéraires.

Bon, je le répète, je n'écris pas pour mes enfants (et parfois je rougis d'embarrassement à l'idée que mes enfants lisent certaines scènes ou certaines phrases de mes livres). Mais quand l'un d'eux me dit qu'il a aimé l'un de mes bouquins, pourquoi cacher que j'en suis très fier ?

Je me souviens (5) - par Zelapin

Tout d’abord, je me souviens que wikipédia m’a bien aidée sur ce coup-là, en 2009, me fournissant plein d’explications sur ces souvenirs de Georges Perec et l’inspirateur de cette forme (Joe Brainard «I remember »).

1 Je me souviens qu’en 1969, il est survenu au moins deux évènements majeurs, dont l’un a plus particulièrement affecté la vie jusqu’alors paisible de mon frère.
2/ Je me souviens avoir été vieille et avoir pleuré tous les soirs pendant deux mois, à la maison de retraite, quand la veilleuse était passée. En plus, j’aimais pas son parfum.
3/ Je me souviens avoir pensé qu’il était trop tôt pour te perdre, toi mon père, que je n’étais pas prête, alors que je ne suis plus mais plus du tout une enfant. C’était en mai 2007, quand cet interne aux urgences a parlé d’une énorme masse en face post du pancréas.
4/ Je me souviens avoir aimé la version de L.P., chirurgien viscéral, quand il a préféré t’envoyer au CHU pour qu’on puisse éventuellement emboliser cette « durite », qui n’avait rien d’une tumeur. J’ai aimé ce changement de diagnostic, j’ai aimé ne pas en avoir voulu à l’interne, je me suis trouvée terrible dans ma généreuse mansuétude. C’est pas souvent.
5/ Je me souviens des émissions de télé animalières qu’on regardait avec P. (mon frère), dont on imitait certains protagonistes. Ah, la danse nuptiale de la grue bleue du Nil (cherchez pas…) à 6 et 11 ans, en pyjama dans le salon…
6/ Je me souviens quand à sept ans j’étais Michel Sardou, que je rentrais sur scène et que les projecteurs m’éblouissaient. Juste après ça, je n’étais plus lui. Je voulais la sensation, pas le vécu.
(je me souviens de la mort de Claude François, que je n’aimais pas, le jour de la kermesse sur le terrain de sport)
7/ Je me souviens de la détresse de cette petite fille qui ne s’était pas vue grandir et qui avait écrit une lettre à cet andouille de G.B.. Il s’était fait choper par sœur J., qui en a fait tout un pataquès. La détresse est venue après, quand elle a été considérée comme une pestiférée et que la confiance s’en est allée. Elle s’est mise à vouloir correspondre à sa nouvelle image de trainée, sans réel succès malgré les coups foireux. Les sœurs lui ont adressé un courrier stupide dans l’été, disant qu’elles avaient prié pour qu’elle ne devienne pas péripatéticienne. Ca a marché, elle ne l’est toujours pas ! L’année d’après, en sixième, elle n’était plus l’extra-terrestre, d’autres qu’elle étaient réglées, d’autres qu’elle mesuraient plus d’un mètre cinquante.
8/ Je me souviens de Buenos-Aires et de cette première manche gagnée. Je me souviens de P.B. sur le bateau-comité, visiblement heureux qu’une petite française qui paie pas de mine s’octroie une première place. Mais peut-être est-ce une pure interprétation. M‘en fous, je m’en souviens.
9/ Je me souviens qu’il m’était pendant longtemps totalement inaccessible l’état d’esprit qui animait ma mère quand elle me proposait la moitié de son dessert « parce-que ça lui faisait plaisir ».
Si je suis honnête, j’avoue que cela m’est encore inaccessible pour au moins deux desserts sur trois (prototype de mère indigne).
10/ Je me souviens du choc à la lecture de Marcel Pagnol en ce1, puis de « L’ herbe bleue » (lu trop tôt, je sortais de là malade, comme si c’était moi qui fumais, j’en venais à éviter le regard de mes parents, de crainte qu’ils ne découvrent quelque chose…que je ne faisais pas). Je sais que c’est à ce moment-là que j’ai pensé que je lirais toujours. A ce jour, à la question « peste ou choléra » qui me demande de choisir entre la paraplégie et la cécité, je réponds paraplégie. Je sais qu’on peut entendre la littérature, mais la percevoir par moi-même, par mes propres sens, c’est essentiel. (fishtail end, pour pas faire trop long !)

Je me souviens (4) - par Hervé K.

- Je me souviens d'un dessin animé que je regardais quand j'avais quatre ans ;
- Je me souviens d'un cartoon aux personnages pas très bien animés dont ma sœur et moi singions la manière de danser en nous tordant de rire;
- Je me souviens d'une cassette de Thriller reçue en cadeau d'anniversaire un Mercredi Matin, avant de partir au basket;
- Je me souviens du duo "The Girl Is Mine", qu'un pote et moi imitions en prenant des voix exagérément suaves;
- Je me souviens du vidéoclip de Bad et de cette image où Michael se passe la main (habillée d'une mitaine) sur la bouche, avec une tronche pas possible envoyant le message "ne me faites pas chier";
- Je me souviens d'un téléfilm en plusieurs parties sur la famille Jackson qui était passé pendant des vacances de Noël;
- Je me souviens avoir lu au supermarché la bande dessinée adaptée de ce téléfilm;
- Je me souviens d'un épisode de "Arnold et Willy" (ou "Ricky La Belle Vie", je ne suis plus sûr) avec Michael en guest star. Mais peut être était ce un sosie;
- Je me souviens de ma sœur qui fait un stage de danse animé par Nadir, un des danseurs du vidéoclip de "Bad";
- Je me souviens des questions que je me posais sur le sens des paroles de "Dirty Diana";
- Je me souviens de la voix de femme au début de "Liberian Girl" que ma sœur répétait en boucle jusqu'à me rendre dingue;
- Je me souviens de la chanson "Bad" dont j'écoutais l'introduction en boucle, juste parce qu'elle était particulièrement efficace;
- Je me souviens à quel point Michael Jackson m'a fait faire des choses en boucle et des imitations;
- Je me souviens que le réalisateur de "Bad" est Martin Scorsese, un de mes réalisateurs préféré;
- Je me souviens d'avoir manqué l'épisode de Cold Case utilisant "Man In The Mirror";
- Je me souviens de ce collègue qui faisait avec moi des concours de Moon Walk et de levés de mollets à la "Beat It".
- Je me souviens de Michel Jacques Sonne, le président du fan club de Michaël Jackson, dans "Nulle Part Ailleurs".
- Je me souviens à quel point je faisais chier mes voisins de résidence universitaire en écoutant ... en boucle ... "ABC" et "I Want You Back"
- Je me souviens avoir, lors d'un mariage, participé à une Soul Train line sur une chanson des Jackson Five, mais je ne me rappelle plus laquelle.
- Je me souviens avoir prêté attention sur le tard à "The Love You Save" et décidé que c'était ma chanson favorite des Jackson Five.

vendredi 30 octobre 2009

Je me souviens (3) - par Cacilie Lemoine

Je me souviens de Pollux et du manège enchanté
Je me souviens de ma première médaille de natation (en bronze), 1977
et puis de mon premier baiser sur la bouche d'un garçon, derrière une porte, 11 printemps...


Je me souviens du carillon qui faisait des siennes à minuit
Des gens que je suivais dans la rue en m'imaginant que devant moi, une caméra filmait... (12ans)


et puis zut, le reste
je me souviens que tout le monde s'en fout !

Je me souviens (2) - par Lambert Lambert

Jour blanc.
Je me souviens de la couleur de mon premier vélo : rouge ; et de ta main qui ma guide.
Je me souviens de tes retours le soir à l’heure du diner et de ton vieux Peugeot jaune qui a fait tant de kilomètres. Je n’ai jamais su le conduire.
Je me souviens de la couleur de ta robe de chambre bordeaux dans laquelle je pouvais m’emmitoufler quand j’étais malade. Elle me donnait l’impression d’être un grand seigneur drapé dans un vêtement somptueux.
Je me souviens de l’odeur miellée du tabac brun que tu mettais dans ta pipe.
Je me souviens de la couleur terne de l’ennui des fins de semaine devant le poste de télévision et des après-midi à regarder des vieux westerns à tes côtés.
Je me souviens de la couleur de la jalousie quand tu caressais notre chienne qui partageait le canapé avec nous.
Je me souviens du vert du terrain de football où j’allais te chercher dans les gradins le dimanche matin quand le poulet était cuit.
Je me souviens de t’avoir trouve beau dans ton costume gris quand je t’ai dit adieu.
Je me souviens de ta présence, tu me manques, mes larmes coulent transparentes.
Nuit noire.

jeudi 29 octobre 2009

Veuillez nous excuser de cette interruption de l'image et du texte

RIen de grave, mais j'ai eu beaucoup de boulot et je suis parti quelques jours de chez moi, voilà pourquoi je n'ai pas écrit ces jours-ci.
Je serai de retour très bientôt.
En attendant, les passagers du blog sont eux/elles aussi invités à parler de l'écriture, sous forme de texte à publier, même "hors exercices" !
A vous lire !
Martin


Et c'est Emmanuelle (dans le commentaire ci-après) qui nous donne l'exercice de la semaine, spontanément. Il est simple... enfin, pas si simple que ça, finalement.
Forme ? Libre
Longueur ? Variable
Remise ? Quand on veut, sans date limite
Merci, Emmanuelle.

mercredi 21 octobre 2009

Du "courage de s'exprimer"

Hier, à Radio-Canada, où j'étais de nouveau invité à m'exprimer sur la grippe A/H1N1 et la vaccination (je vous rassure tout de suite, je ne vous assommerai pas avec ça ici, je ne prononcerai même plus son nom, c'est juste pour resituer le contexte), la journaliste me demandait si m'exposer ainsi - à dire tout haut ce que d'autres pensent tout bas - ça ne demandait pas un certain "courage".

Je ne sais plus ce que j'ai répondu, je crois que j'ai répondu à côté, alors ça me donne l'occasion de revenir là-dessus.

Je ne crois pas être quelqu'un de particulièrement audacieux. Je traverse le plus souvent "dans les clous", je ne fais pas de sport extrême, je n'aime même pas les films d'horreur (j'ai horreur qu'on me fasse peur), et j'ai fermé les yeux pendant les trois quarts de Alien, ce qui fait bien rire mes enfants.

Je suis comme tout le monde, j'ai des crises d'angoisse de temps à autre, surtout quand je suis fatigué et/ou abattu mais je ne passe pas mon temps à me faire peur avec les catastrophes les plus invraisemblables. Et lorsque j'ai pris une assurance pour l'appartement que je venais de louer à Montréal, j'ai éclaté de rire, au téléphone, quand l'agente qui remplissait mon questionnaire m'a demandé si je voulais souscrire à l'option séisme. (Si, si, je vous jure...)

Je pense donc que je ne suis ni plus peureux ni plus brave qu'un autre, alors ça me surprend toujours qu'on me parle de mon "courage".

C'est tout relatif, le courage. Si j'avais été un journaliste algérien il y a quinze ou vingt ans, à l'époque où la moindre critique du pouvoir valait de se retrouver égorgé dans un coin sombre, alors oui, parler aurait été du courage.

Mais en France ou au Québec, en 2009, parler de la (je vous avais dit que je ne prononcerais plus son nom) à la radio ou à la télé, je ne vois pas bien quel courage cela demande.

Sinon qu'il est effectivement singulier de s'élever contre les discours dominants de toute nature. On peut craindre d'y laisser des plumes, d'être viré d'une radio ou d'une équipe d'enseignants de fac, par exemple.

La parade (quand c'est possible), c'est de dépendre le moins possible des autres. J'ai eu la chance de ne jamais dépendre d'un seul employeur, car j'ai toujours eu plusieurs boulots à la fois ; bien avant de gagner une indépendance supplémentaire grâce à mes livres.

Et avant ça, à peine arrivé en fac de médecine, j'ai farouchement revendiqué le droit de prendre la parole contre les gens ou les choses qui m'énervaient : le concours abject, le bizuthage, les profs sexistes, les étudiants soumis, les politiciens tordus (je sais, je sais, c'est un pléonasme...), les patrons autoritaires, et j'en passe.

(Maintenant que j'y pense, à l'adolescence, j'avais écrit des textes révoltés inspirés par le "J'accuse" de Zola... Donc, ça ne date pas de la fac...)

Ecrire ne me demandait (et ne me demande) aucun courage. Ecrire, c'était la manière la plus simple de canaliser la colère. C'était un exutoire, c'est devenu un outil. Et c'est l'écrit qui m'a, paradoxalement, donné une légitimité suffisante pour qu'on me demande, aujourd'hui, de parler.

Je sais que parler (et par "parler", je veux dire critiquer, dénoncer, prendre parti, bref : s'engager), c'est risqué. Surtout quand on ne fait pas, objectivement, partie de l'élite auto-proclamée à qui tout est permis...

Je sais aussi que ça n'est pas donné à tout le monde de prendre ce type de risque, et qu'il faut bénéficier de circonstances favorables. Mais je pense sincèrement que, parmi les "hors-élite", ceux à qui cette occasion est donnée se doivent de la saisir, pour eux et pour les autres.

Car la vie, c'est risqué. Et un écrivain "engagé" qui ne prend pas de risque, ce n'est pas un écrivain vivant.

(Post-scriptum, quelques heures plus tard)
J'ajouterai que prendre la parole en tant que médecin, pour remettre les pendules à l'heure, pour donner de la clarté à ce qui reste dans le flou, pour écarter les fantasmes et éviter les peurs inutiles, ça va de soi, à mes yeux. Un médecin détient un savoir, mais ce savoir ne lui appartient pas. Il a l'obligation morale de le partager. Et quand ce savoir lui permet de critiquer les discours "univoques" des institutions, politiques ou autres, son obligation morale n'en est que plus urgente.

Car celui qui connaît la vérité et se tait est, sinon un criminel, du moins complice de ceux qui veulent maintenir le silence.

lundi 19 octobre 2009

Vous m'en lirez tant et "Elle"

Pendant les journées écoulées, alors que j'ai été surtout sollicité pour parler de la grippe, aussi bien à la télévision ("Tout le monde en parle", sur Radio Canada le dimanche soir) qu'à la radio (anglophone et francophone), il y a eu deux bons moments pour "Le Choeur des femmes".

D'abord l'émission dominicale "Vous m'en lirez tant" le 18 octobre, au cours de laquelle Lorraine Pintal m'a parlé du CDF avec beaucoup de chaleur et d'intelligence. (Vous pourrez entendre l'entretien au début de la 2e partie de l'émission, audible en ligne).

Ensuite un article paru dans "Elle" France, la même semaine, et que vous pouvez lire sur cette page de mon Webzine.

J'aime tout particulièrement la légende qui accompagne les photos, et qui renvoie à une partie de l'article particulièrement gratifiante : Olivia de Lamberterie souligne que, malgré le sujet "médical" du livre, je n'ai pas "oublié que je suis un écrivain".

Merci Madamae

Bref, pas de quoi se plaindre, meme si je suis un peu faché de ne pas pouvoir écrire beaucoup ici ces jours-ci.

A suivre...

vendredi 16 octobre 2009

Crime Parfait - par Thierry V. (Exercice n°4, dernier envoi)

Rapport de Police

Officier au rapport : Lieutenant GOBBOLA, Guiseppe

Transmission officielle du dossier Morgendorffer Daria, née le 23/06/1983 à Chicago (Etats-Unis), de nationalité franco-américaine, dans le cadre de son arrestation pour acte terroriste contre le cortège officiel du G8 le 22/11/2009.

FAITS :
L’itinéraire du cortège officiel démarre à 10 h 30 de l’Arc de Triomphe en direction du Palais de l’Elysée. A 10 h 43, sur la portion de l’avenue entre le Rond-point des Champs-Élysées et la Place de la Concorde, sont accrochés aux arbres, en bordure de route, 58 mannequins en plastiques, mâles et femelles, provenant sans doute de magasins de vêtements. Les mannequins sont accrochés aux arbres par une corde nouée autour du cou. Leurs bras droits sont inclinés vers le haut. Une pancarte blanche, d’1 x 1 m., est accrochée sur chaque mannequin, et des slogans contestataires y sont inscrits en lettres noires. Faute de déviation possible, le cortège a dû maintenir l’itinéraire prévu.
A 10 h 50, à proximité de la place de la concorde, mademoiselle Morgendorffer est interpellée en possession de trois de ces pancartes, où sont écrit « Obéissez », « Reproduisez-vous » et « Regardez la télévision ». Elle affirme aux policiers présents qu’elle vient de les ramasser à l’entrée de la station de métro Concorde. « Bah, elles sont plutôt cool », affirme t-elle devant témoins. La fouille de son sac à dos permet aux policiers de procéder à son arrestation. Il est retrouvé en sa possession : un marqueur noir, un livre de Bertol Brecht, un baladeur MP3 contenant des albums d’un groupuscule nommé Sonic Youth, un coffret DVD d’une série « Curb your enthusiasm », un téléphone portable, un sachet de M&M’s entamé et un parapluie de marque inconnue.

ANALYSE :
Une analyse des objets appartenant à la suspecte a été menée par l’expert psychiatre docteur Mabuse Friedrich. Le rapport détaillé de ce dernier (voir annexes) fait mention des traits de caractères suivants : déni de l’autorité, chaos moral, misanthropie fluctuante, délires paranoïaques enfantins, moralité politique confuse et prédilection pour un type peu courant de morbidité.
La suspecte n’a pas dû accrocher ces 58 mannequins seule et a très probablement bénéficiée de complicités. Les quatre contacts enregistrés sur son téléphone portable ont tous été interrogés (voir annexes) et ont des alibis solides. Maître Alamo Gisèle, belle-mère de la suspecte, a offert ses services à sa belle-fille. Mené en présence de son avocat, l’interrogatoire de la suspecte (voir annexes) n’a pu apporter les preuves nécessaires à son inculpation et à sa mise en détention provisoire. Les pièces discriminatoires apportées au dossier par Maître Alamo sont nombreuses. Nous nous permettons cependant d’émettre de forts soupçons quand à la préparation de ce dossier, un peu trop préparé.
La mise en détention provisoire de Mademoiselle Morgendorffer a été refusée par le Juge Messer, et sa mise en liberté provisoire ordonnée.

SUIVI :
Selon un nouvel examen des faits et de nouvelles preuves trouvées au domicile de la suspecte, Mademoiselle Morgendorffer est soupçonnée d’être le leader de l’organisation anarcho-clandestine, organisatrice du sabotage susmentionné, ainsi que de probables opérations de déstabilisation de l’état. Le dossier est dorénavant transmit à l’inspecteur Flint de la Direction de la Surveillance du Territoire.

Fait ce jour, jeudi 24 novembre 2009, à Paris.

Lieutenant GOBBOLA, Guiseppe.