lundi 5 avril 2010
Prendre l'air (Partir, revenir, 4) - par Franck Garot
1. Prendre l'air fatigué de celui qui a trop bossé
2. Taire tout ce qu'il faut taire de ces 10 jours
3. S'assurer que les collègues ne diront rien à Isabelle
4. Prendre l'air amoureux de celui qui l'aime
5. Taire tout ce qui pourrait lui prouver le contraire
6. S'assurer une nouvelle fois que l'hôtel a bien lavé mon linge
7. Prendre l'air heureux de celui qui retrouve les siens
8. Taire à ses enfants qu'ils devraient avoir honte de leur père
9. S'assurer que jamais ils ne se doutent
10. Prendre l'air dégagé d'un banquier suisse
11. Taire le but de ces retraits d'argent
12. S'assurer qu'ils passent pour des cadeaux professionnels
13. Prendre l'air fatigué de celui qui a trop bossé
14. Taire tout ce qu'il faut taire de ces 10 jours
15. S'assurer que ma vie n'essuie pas une fin de non recevoir
--
Franck Garot
dimanche 4 avril 2010
"In the Works" (*) (Ficelles et chapeaux-claque, 4)
En réponse (partielle) à Adélaïde...
Lundi 23 mars, à Paris, j'ai déjeuné avec Paul Otchakovsky-Laurens, « mon éditeur ». (J'ai été publié par tout plein de maisons, mais Paul O.-L. est et reste à jamais monéditeur, en raison des relations très particulières, très personnelles que nous avons établies depuis près de 22 ans.) On déjeune ensemble une ou deux fois par an, pour parler de ce que j'ai en travail, et ça me fait beaucoup de bien quand je ne sais pas ce que je vais écrire ensuite. Pendant de nombreuses années, (avant que je sois un écrivain « reconnu ») ces rencontres étaient pour lui l'occasion de me rassurer et de m'encourager sur la légitimité de ce que j'écrivais... Et tandis que j'écris ça, je me dis que je devrais raconter l'histoire de cette relation et de ma relation parallèle (mais pas superposable) avec Jean-Paul Hirsch, le bras droit et le frère en édition de Paul (ou son éminence grise, ou son ombre et notre ange gardien, à nous les écrivains maison), mais tout de suite après je me dis que c'est le genre d'histoire qu'on ne raconte que quand l'autre est mort et comme ce n'est pas du tout mon souhait et que j'ai pas du tout envie de lui porter la scoumoune, je pense que je vais m'abstenir, mais d'un autre côté pourquoi attendre que les personnes qu'on aime et/ou respecte soient mortes pour parler de la relation qu'on a avec elles ? Sacrée question à laquelle je vais résister aujourd'hui puisque ce n'est pas mon propos (mais je la mets de côté, ne vous en faites pas). Mon propos est ce dont j'ai parlé avec Paul l'autre jour : qu'est-ce que j'écris maintenant ?
« Maintenant », c'est à dire : « après Le Choeur des femmes ». J'ai investi beeaucoup d'énergie et d'amour et d'espoir dans ce roman, dont les lecteurs me le rendent bien depuis sa sortie (il s'en est vendu pas loin de 60 000 et il continue à se vendre, lentement mais régulièrement, ce qui n'est pas rien dans le contexte économique actuel du livre et de l'édition). Mais là, ces derniers mois, je me sentais « désinvesti », « vidé », bon à rien, et je me demandais quoi faire. Ou plutôt, pour être très précis, lequel de mes trois projets amorcés j'allais mener à bien.
Quand j'ai déjeuné avec Paul, je lui ai décrit les trois projets, il m'a écouté attentivement et puis m'a dit, comme il le fait presque toujours : « Peu importe quel livre vous faites, allez vers celui qui vous tient le plus à coeur et écrivez-le à votre rythme, sans pression aucune. » Traduction : « Je ne vous demanderai pas de me le rendre à date fixe pour pouvoir composer mon programme éditorial » ; Paul prend les écrivains et les livres comme ils viennent, il ne les presse ni ne les pressure jamais. Il me fait penser à ces directeurs de production de la télévision américaine qui, depuis les années 80, ont pour philosophie de laisser les scénaristes écrire et de les protéger des « Networks ». Paul publie les livres qu'il aurait voulu écrire. Il est si attaché à son indépendance éditoriale qu'il ne voudrait pas se mêler du travail des écrivains. Ça ne l'empêche pas de faire des remarques ou des objections parfois, et même de refuser des manuscrits (j'ai eu droit aux trois, en vingt ans, ce qui montre qu'il n'a rien de complaisant, même avec les écrivains maison, et d'autres que moi ont pu le constater) mais j'ai coutume de dire qu'il fait de l'édition comme Bruno Sachs fait de la médecine : sans entretenir de rapports de force avec les écrivains qu'il publie.
Il a ajouté « Vous savez probablement lequel de vos projets vous avez envie de mener à bien, mais en écrivant, ça vous paraîtra plus clair. » Et ça m'a donné l'idée de mettre « au propre » le début de chacun des trois projets en question et de les lui envoyer. Non parce qu'il va me dire lequel il préfère (ce serait me pousser dans une direction qui n'est pas nécessairement la mienne) mais parce que ça va me permettre, à moi, à l'écriture, de savoir vers lequel de ces projets va mon désir en ce moment.
Les dix jours passés à Paris, loin d'un lieu de travail (j'avais mon ordi avec moi, mais je ne peux pas vraiment écrire quand je suis en voyage et ne suis pas déjà immergé dans un livre en travail) ont eu également la vertu de me mettre « hors champ ». Des trois projets que j'avais très envie de prendre à bras-le-corps, j'en ai déjà mis un de côté. Il me reste à choisir entre les deux autres.
« Bon mais alors, c'est quoi ces deux foutu putain de bordel de projets à la noix ???? » vous demandez-vous.
Alors, sans ordre préférentiel :
1° Un truc romanesque qui s'est intitulé d'abord La tête d'un homme puis La voix des hommes (sur la suggestion de mon plus jeune garçon, en écho au Choeur des femmes). C'est un texte sarcastique de fiction d'inspiration autobiographique dans lequel un écrivain est seul chez lui (sa compagne est absente pour un délai et des motifs indéterminés) et doit faire face à l'intendance, à ses enfants et au texte qu'il écrit et qui s'intitule Cet homme en kit. C'est un roman dans lequel il n'y a pas de médecin (même si l'écrivain est peut être médecin, mais je ne suis pas sûr que ce soit indispensable à mon propos, qui rejoint des entrées récentes de ce blog, au sujet du « Temps d'écriture disponible »).
2° Un machin autobiographique inspiré par une discussion avec Daniel Pennac, l'automne dernier, au salon du livre de Montréal. Quand je lui parlais de mon admiration (envieuse...) à l'égard de l'influence consolatrice qu'ont eue sur tant de lecteurs des livres tels que Comme un roman ou Chagrin d'école, il m'a dit qu'il aimerait que j'écrive un livre du même genre sur le soin. J'ai cherché comment écrire un texte autobiographique sur la médecine, moi qui n'ai jamais été malade ni opprimé par les médecins (alors que Pennac a été un cancre opprimé par l'éducation nationale) et j'ai fini par me rendre compte que j'avais quelque chose à raconter sur la manière dont mes parents, chacun à sa manière, m'ont « enseigné » le soin. Le titre (inhabituellement long venant de moi qui aime les titres courts et polysémiques) serait
3° Un OLNI (objet littéraire...) qui est à la fois un roman de SF, une histoire d'amour transtemporelle (le personnage principal tombe amoureux d'une femme qui vit à une époque différente de la sienne, comme le personnage de Laura d'Otto Preminger tombe amoureux du portrait d'une femme qui vient d'être assassinée, ou comme le peintre de Portrait of Jennie de William Dieterle tombe amoureux d'un modèle qui est peut-être un fantôme), une interrogation sur le sentiment amoureux vu par l'anthropologie et la psychologie évolutionniste, une critique d'une société de plus en plus médicalisée, un roman épistolaire, une réflexion sur la mémoire, la lecture des textes du passés et l'écriture de textes qui seront (peut-être) lus dans le futur, une métaphore d'un vieux fantasme personnel qui m'a donné le goût des histoires de paradoxe temporel, etc. Un gros truc. Très ambitieux. Le genre de roman qu'on écrit après avoir lu des volumes de bouquins de physique quantique et révisé Orwell, Aldous Huxley et la moitié d'Asimov.
Bon, vous l'avez compris tout de suite, c'est le troisième que j'ai mis de côté. Pas fou. Je sais quand un projet n'est pas mûr. Je caressais depuis longtemps l'idée d'un roman d'amour mêlé à une histoire de voyage dans le temps (il y en a au moins deux ébauches dans Histoires en l'air, POL, 2008) mais une suite d'événements et de rencontres inattendues l'a fait beaucoup progresser ces derniers temps, ce qui m'a amené à le remettre en chantier. Seulement, il en va de certains livres comme de certains films : plus la réflexion avance, plus les ambitions augmentent, et pour être à la hauteur, la préparation doit s'allonger.
Celles et ceux qui me lisent depuis longtemps auront aussi peut être remarqué qu'il n'y a pas, dans la liste, le « prochain grand roman médical » dont je parle depuis longtemps, avant même d'avoir écrit Le Choeur des femmes. Ce roman-là, intitulé Les Sept Soignants en hommage aux Sept Samouraïs de Kurosawa et aux Sept Mercenaires de John Sturges, sera inspiré par mon expérience de groupe Balint à la fin des années 80 et par les transcriptions que notre « leader », le Dr Pierre Bernachon, faisait de nos séances. Là encore, ce sera un bouquin que j'ai besoin de « documenter ». Comme je n'ai pas l'intention de mourir bientôt, je le garde pour plus tard.
Donc, en l'état actuel des choses, les deux projets les plus avancés sont le 1° et le 2°. J'hésite d'autant plus que l'un est un roman, l'autre un texte autobiographique, et que je ne sais pas ce que j'ai envie d'écrire le plus (même s'il y a de l'autobiographie dans le premier...).
Alors je m'en vais retourner à mes textes, les imprimer, les relire, les bricoler, les assembler, les insérer dans un fichier bien propre et les envoyer à Paul. Et je pense que lorsque j'aurai appuyé sur la touche « Envoyer », je saurai lequel je veux faire : il sera déjà en train de me travailler.
Et en attendant, je suis curieux de savoir ce que vous en pensez.
Mar(c)tin
(*) In the works = en travail, en élaboration. "Bon, mais alors pourquoi vous l'écrivez pas en français ?" "Eh ben parce que... Chuis snob, chuis snob, c'est vraiment l'seul défaut que j'gobe..."
Lundi 23 mars, à Paris, j'ai déjeuné avec Paul Otchakovsky-Laurens, « mon éditeur ». (J'ai été publié par tout plein de maisons, mais Paul O.-L. est et reste à jamais monéditeur, en raison des relations très particulières, très personnelles que nous avons établies depuis près de 22 ans.) On déjeune ensemble une ou deux fois par an, pour parler de ce que j'ai en travail, et ça me fait beaucoup de bien quand je ne sais pas ce que je vais écrire ensuite. Pendant de nombreuses années, (avant que je sois un écrivain « reconnu ») ces rencontres étaient pour lui l'occasion de me rassurer et de m'encourager sur la légitimité de ce que j'écrivais... Et tandis que j'écris ça, je me dis que je devrais raconter l'histoire de cette relation et de ma relation parallèle (mais pas superposable) avec Jean-Paul Hirsch, le bras droit et le frère en édition de Paul (ou son éminence grise, ou son ombre et notre ange gardien, à nous les écrivains maison), mais tout de suite après je me dis que c'est le genre d'histoire qu'on ne raconte que quand l'autre est mort et comme ce n'est pas du tout mon souhait et que j'ai pas du tout envie de lui porter la scoumoune, je pense que je vais m'abstenir, mais d'un autre côté pourquoi attendre que les personnes qu'on aime et/ou respecte soient mortes pour parler de la relation qu'on a avec elles ? Sacrée question à laquelle je vais résister aujourd'hui puisque ce n'est pas mon propos (mais je la mets de côté, ne vous en faites pas). Mon propos est ce dont j'ai parlé avec Paul l'autre jour : qu'est-ce que j'écris maintenant ?
« Maintenant », c'est à dire : « après Le Choeur des femmes ». J'ai investi beeaucoup d'énergie et d'amour et d'espoir dans ce roman, dont les lecteurs me le rendent bien depuis sa sortie (il s'en est vendu pas loin de 60 000 et il continue à se vendre, lentement mais régulièrement, ce qui n'est pas rien dans le contexte économique actuel du livre et de l'édition). Mais là, ces derniers mois, je me sentais « désinvesti », « vidé », bon à rien, et je me demandais quoi faire. Ou plutôt, pour être très précis, lequel de mes trois projets amorcés j'allais mener à bien.
Quand j'ai déjeuné avec Paul, je lui ai décrit les trois projets, il m'a écouté attentivement et puis m'a dit, comme il le fait presque toujours : « Peu importe quel livre vous faites, allez vers celui qui vous tient le plus à coeur et écrivez-le à votre rythme, sans pression aucune. » Traduction : « Je ne vous demanderai pas de me le rendre à date fixe pour pouvoir composer mon programme éditorial » ; Paul prend les écrivains et les livres comme ils viennent, il ne les presse ni ne les pressure jamais. Il me fait penser à ces directeurs de production de la télévision américaine qui, depuis les années 80, ont pour philosophie de laisser les scénaristes écrire et de les protéger des « Networks ». Paul publie les livres qu'il aurait voulu écrire. Il est si attaché à son indépendance éditoriale qu'il ne voudrait pas se mêler du travail des écrivains. Ça ne l'empêche pas de faire des remarques ou des objections parfois, et même de refuser des manuscrits (j'ai eu droit aux trois, en vingt ans, ce qui montre qu'il n'a rien de complaisant, même avec les écrivains maison, et d'autres que moi ont pu le constater) mais j'ai coutume de dire qu'il fait de l'édition comme Bruno Sachs fait de la médecine : sans entretenir de rapports de force avec les écrivains qu'il publie.
Il a ajouté « Vous savez probablement lequel de vos projets vous avez envie de mener à bien, mais en écrivant, ça vous paraîtra plus clair. » Et ça m'a donné l'idée de mettre « au propre » le début de chacun des trois projets en question et de les lui envoyer. Non parce qu'il va me dire lequel il préfère (ce serait me pousser dans une direction qui n'est pas nécessairement la mienne) mais parce que ça va me permettre, à moi, à l'écriture, de savoir vers lequel de ces projets va mon désir en ce moment.
Les dix jours passés à Paris, loin d'un lieu de travail (j'avais mon ordi avec moi, mais je ne peux pas vraiment écrire quand je suis en voyage et ne suis pas déjà immergé dans un livre en travail) ont eu également la vertu de me mettre « hors champ ». Des trois projets que j'avais très envie de prendre à bras-le-corps, j'en ai déjà mis un de côté. Il me reste à choisir entre les deux autres.
« Bon mais alors, c'est quoi ces deux foutu putain de bordel de projets à la noix ???? » vous demandez-vous.
Alors, sans ordre préférentiel :
1° Un truc romanesque qui s'est intitulé d'abord La tête d'un homme puis La voix des hommes (sur la suggestion de mon plus jeune garçon, en écho au Choeur des femmes). C'est un texte sarcastique de fiction d'inspiration autobiographique dans lequel un écrivain est seul chez lui (sa compagne est absente pour un délai et des motifs indéterminés) et doit faire face à l'intendance, à ses enfants et au texte qu'il écrit et qui s'intitule Cet homme en kit. C'est un roman dans lequel il n'y a pas de médecin (même si l'écrivain est peut être médecin, mais je ne suis pas sûr que ce soit indispensable à mon propos, qui rejoint des entrées récentes de ce blog, au sujet du « Temps d'écriture disponible »).
2° Un machin autobiographique inspiré par une discussion avec Daniel Pennac, l'automne dernier, au salon du livre de Montréal. Quand je lui parlais de mon admiration (envieuse...) à l'égard de l'influence consolatrice qu'ont eue sur tant de lecteurs des livres tels que Comme un roman ou Chagrin d'école, il m'a dit qu'il aimerait que j'écrive un livre du même genre sur le soin. J'ai cherché comment écrire un texte autobiographique sur la médecine, moi qui n'ai jamais été malade ni opprimé par les médecins (alors que Pennac a été un cancre opprimé par l'éducation nationale) et j'ai fini par me rendre compte que j'avais quelque chose à raconter sur la manière dont mes parents, chacun à sa manière, m'ont « enseigné » le soin. Le titre (inhabituellement long venant de moi qui aime les titres courts et polysémiques) serait
Mon père était médecin
(et ma mère le soignait)
(et ma mère le soignait)
3° Un OLNI (objet littéraire...) qui est à la fois un roman de SF, une histoire d'amour transtemporelle (le personnage principal tombe amoureux d'une femme qui vit à une époque différente de la sienne, comme le personnage de Laura d'Otto Preminger tombe amoureux du portrait d'une femme qui vient d'être assassinée, ou comme le peintre de Portrait of Jennie de William Dieterle tombe amoureux d'un modèle qui est peut-être un fantôme), une interrogation sur le sentiment amoureux vu par l'anthropologie et la psychologie évolutionniste, une critique d'une société de plus en plus médicalisée, un roman épistolaire, une réflexion sur la mémoire, la lecture des textes du passés et l'écriture de textes qui seront (peut-être) lus dans le futur, une métaphore d'un vieux fantasme personnel qui m'a donné le goût des histoires de paradoxe temporel, etc. Un gros truc. Très ambitieux. Le genre de roman qu'on écrit après avoir lu des volumes de bouquins de physique quantique et révisé Orwell, Aldous Huxley et la moitié d'Asimov.
Bon, vous l'avez compris tout de suite, c'est le troisième que j'ai mis de côté. Pas fou. Je sais quand un projet n'est pas mûr. Je caressais depuis longtemps l'idée d'un roman d'amour mêlé à une histoire de voyage dans le temps (il y en a au moins deux ébauches dans Histoires en l'air, POL, 2008) mais une suite d'événements et de rencontres inattendues l'a fait beaucoup progresser ces derniers temps, ce qui m'a amené à le remettre en chantier. Seulement, il en va de certains livres comme de certains films : plus la réflexion avance, plus les ambitions augmentent, et pour être à la hauteur, la préparation doit s'allonger.
Celles et ceux qui me lisent depuis longtemps auront aussi peut être remarqué qu'il n'y a pas, dans la liste, le « prochain grand roman médical » dont je parle depuis longtemps, avant même d'avoir écrit Le Choeur des femmes. Ce roman-là, intitulé Les Sept Soignants en hommage aux Sept Samouraïs de Kurosawa et aux Sept Mercenaires de John Sturges, sera inspiré par mon expérience de groupe Balint à la fin des années 80 et par les transcriptions que notre « leader », le Dr Pierre Bernachon, faisait de nos séances. Là encore, ce sera un bouquin que j'ai besoin de « documenter ». Comme je n'ai pas l'intention de mourir bientôt, je le garde pour plus tard.
Donc, en l'état actuel des choses, les deux projets les plus avancés sont le 1° et le 2°. J'hésite d'autant plus que l'un est un roman, l'autre un texte autobiographique, et que je ne sais pas ce que j'ai envie d'écrire le plus (même s'il y a de l'autobiographie dans le premier...).
Alors je m'en vais retourner à mes textes, les imprimer, les relire, les bricoler, les assembler, les insérer dans un fichier bien propre et les envoyer à Paul. Et je pense que lorsque j'aurai appuyé sur la touche « Envoyer », je saurai lequel je veux faire : il sera déjà en train de me travailler.
Et en attendant, je suis curieux de savoir ce que vous en pensez.
Mar(c)tin
(*) In the works = en travail, en élaboration. "Bon, mais alors pourquoi vous l'écrivez pas en français ?" "Eh ben parce que... Chuis snob, chuis snob, c'est vraiment l'seul défaut que j'gobe..."
Partir revenir (ex. n° 12), 3 - par Lyjazz
Ca y est, je suis dans l'avion. Contente d'avoir fait ce voyage. Il m'a redonné de l'énergie. Etrange comme, à chaque fois, le fait d'être loin me donne du recul sur ma vie....Avant d'arriver j'ai bien envie de noter tout ce que je vois différemment, ce que je veux changer à partir de maintenant.
Prendre mes désirs pour des réalités
Prendre du temps pour écrire
Rendre le réel possible et l'impossible réel
Tendre vers cet état nécessaire pour moi à l'écriture, le plus souvent possible, et revenir aussi vers la réalité à volonté
Reprendre la main sur mon bureau (ranger, vider, agencer, manigancer, enfin !)
Attendre des nouvelles en créant
Prétendre à devenir écrivain
Sous entendre que je le suis déjà (parce qu'on l'est, et on le devient)
Vendre des objets qui ne me servent à rien (le faire, vraiment)
épurer, vider mon appartement
Entendre (continuer, écouter et répondre) les états d'âme des amis (et donc devenir Ilona, psychologue en camion)
Trouver comment me ressourcer (encore) après ces séances d'écoute/lecture
Ecrire (aussi) pour évacuer, dire, faire sortir ces vies qui m'habitent
Apprendre l'aromathérapie quantique
Proposer des apprentissages à mes enfants ?
Structurer davantage ma vie quotidienne
Demander à l'univers, et recevoir !
Prendre mes désirs pour des réalités
Prendre du temps pour écrire
Rendre le réel possible et l'impossible réel
Tendre vers cet état nécessaire pour moi à l'écriture, le plus souvent possible, et revenir aussi vers la réalité à volonté
Reprendre la main sur mon bureau (ranger, vider, agencer, manigancer, enfin !)
Attendre des nouvelles en créant
Prétendre à devenir écrivain
Sous entendre que je le suis déjà (parce qu'on l'est, et on le devient)
Vendre des objets qui ne me servent à rien (le faire, vraiment)
épurer, vider mon appartement
Entendre (continuer, écouter et répondre) les états d'âme des amis (et donc devenir Ilona, psychologue en camion)
Trouver comment me ressourcer (encore) après ces séances d'écoute/lecture
Ecrire (aussi) pour évacuer, dire, faire sortir ces vies qui m'habitent
Apprendre l'aromathérapie quantique
Proposer des apprentissages à mes enfants ?
Structurer davantage ma vie quotidienne
Demander à l'univers, et recevoir !
samedi 3 avril 2010
Partir, revenir (exercice n°12), 2 - par Balise
Prendre plus de temps pour moi. (Et lâcher prise, comme je l'ai fait pendant ces dix jours – depuis combien de temps n'avais-je pas pris de vraies vacances ?)
Faire plus de choses qui me plaisent, moins de celles qui m'emmerdent. (Et lire, écrire davantage pour moi, refuser les jobs alimentaires)
Écrire ce bouquin de cuisine, en parlant d'alimentaire. (Et arriver à en faire quelque chose qui me plaît. Et le publier, et devenir riche)
Rêver à des trucs impossibles. (Et pas seulement avant le petit-déjeuner. Et réaliser quelques trucs impossibles, aussi)
Savoir ce qui me plaît. (Et apprendre à temporiser les enthousiasmes délirants inhérents aux nouveaux projets)
Étudier les sujets qui me tiennent à cœur. (Et d'ailleurs j'ai trois bouquins de photo à éplucher à la maison – j'aurais dû les emmener pour l'avion)
Apprendre à dire non. (Et apprendre à ne pas dire oui tout de suite, et à changer d'avis, et à accepter de changer d'avis)
Oser avoir un avis. (Et ne pas se sentir en porte-à-faux lorsqu'il diffère de celui de la personne en face)
M'exprimer au lieu de me contenter d'écouter. (Et arrêter de penser que je n'ai rien d'intéressant à dire)
Évaluer mes relations. (Et supprimer celles qui me font mal, renforcer celles qui me rendent plus forte)
Accepter l'acceptable, même s'il n'est pas optimal. (Et ne pas chercher à optimiser ce qui fonctionne déjà correctement)
Donner le meilleur de moi-même, mais connaître mes limites, et accepter l'aide que je peux recevoir.
Le temps d'écrire (Ficelles et chapeaux-claque, 3)
Comment préserver le temps d'écrire... ? (Gilda)
Ca c'est la question à 1000 $, à laquelle il n'y a pas de réponse générale.
Le temps, je crois, c'est une question personnelle, et le temps d'écrire n'est jamais qu'une extension de la relation personnelle au temps. Du moins, dans mon expérience.
J'ai traversé plusieurs périodes d'écriture, évidemment : adolescent, j'écrivais pour faire face à... je ne sais pas quoi. À l'adolescence, sans doute. C'est une période assez dure pour qu'on ait besoin d'un soutien. Stylos et cahiers me soutenaient. Je passais plus de temps à écrire qu'à apprendre mes leçons (J'avais une mémoire qui m'a permis de me passer de réviser jusqu'en classe de première. Après, j'ai eu du mal...).
Etudiant en médecine, j'écrivais pour faire face à la solitude, à la frustration, à la colère et je le faisais la nuit, le week-end, en me disant qu'il faudrait que je bosse... Quand je suis arrivé à l'hôpital, je n'ai pas moins écrit, au contraire, j'ai acheté de nouveaux cahiers, cartonnés, et je les ai trimbalés avec moi pour pouvoir écrire à tout moment. Quelque chose me dit qu'un Ipad ne peut pas rendre tout à fait les mêmes services, mais je me trompe peut être. Si quelqu'un tient un journal sur un Palm pilot ou apparenté, qu'il le clame ici haut et fort, je pense que c'est important.
Médecin installé, j'ai attendu le patient (j'avais créé un cabinet médical à partir de rien) et j'ai donc beaucoup lu et beaucoup écrit pendant les heures d'attente. Ma salle d'attente à moi, c'était mon bureau...
Lorsque j'ai quitté mon cabinet et que mon activité de médecin s'est restreinte à deux consultations par semaine, j'ai eu beaucoup plus de temps pour écrire mais je n'étais pas encore un écrivain qui vivait de sa plume, alors je traduisais, j'écrivais des textes techniques ou des articles, et la littérature passait en second.
La maladie de Sachs a été écrit chapitre par chapitre, parfois à des semaines d'intervalles, pendant cinq ans. Il y a eu des tas de moments de découragement, et puis d'autres où je devais tout relire pour me rappeler ce qu'il y avait dans ce foutu bouquin.
Depuis onze ans, je suis un écrivain « professionnel » et j'écris (à peu près) ce que je veux (à peu près) quand je veux. La question du temps d'écrire ne se pose plus vraiment : je n'écris pas par plaisir EN PLUS (ou à la place) de mon travail : quand j'écris, c'est du travail et du plaisir en même temps.
Donc je peux dire que j'ai toujours eu du temps pour écrire : je l'ai pris quand il se présentait parce que justement, écrire (comme lire) a toujours été une manière d'employer mon temps de solitude pour comprendre ce qui s'était passé pendant mes temps de confrontation avec le monde.
Bien sûr, ça n'a pas toujours été apprécié autour de moi. Le temps qu'on passe à écrire au lieu de le passer en famille est bien sûr perdu pour la famille. Ça a été possible parce que j'ai choisi de travailler à la maison (en étant traducteur, d'abord) et que je pouvais toujours laisser tomber ce que je faisais pour aller m'occuper des enfants qui en avaient besoin, mais je n'aurais pas pu le faire si je n'avais pas vécu avec une femme qui gère très bien tout le matériel et s'occupe du confort de tout le monde. Le fait que je sois un homme n'est donc pas anodin.
Cela étant, Marie Darrieussecq est une femme, elle a des enfants, ça ne l'empêche pas d'écrire. Ce n'est pas le genre en soi qui « aide » c'est aussi les conditions dans lesquelles on vit et on s'entend avec son compagnon/sa compagne, et l'acceptation de l'activité d'écrivain (ou de peintre, ou de musicien, etc.) par l'autre. Mon activité d'écrivain ayant un caractère professionnel (depuis 1983, je gagne ma vie en partie grâce à l'écriture – journalisme, puis traduction, puis littérature et essais), je n'ai jamais été accusé par MPJ (ma compagne) de « perdre du temps à écrire » ; elle m'a toujours soutenu et encouragé, en sachant aussi que pour moi, écrire n'est pas une manière de me couper du monde : on peut me faire sortir de l'écriture et si j'écris, c'est aussi pour ma famille.
Une chose amusante, et qui n'est pas sans importance : j'ai passé beaucoup de temps à écrire-en-apprenant-à-maîtriser-un-outil-d'écriture. Je veux dire que l'acquisition d'un nouvel appareil (une machine à écrire mécanique, une électrique, un premier PC, tous les PC qui ont suivi et, début 2009, mon premier Mac et peut-être pas le dernier) ou l'abord d'une nouvelle forme d'écriture s'est toujours accompagnée d'une production littéraire. Quand j'ai appris à taper à la machine, en 1972, dans ma High-school américaine, j'en ai profité pour écrire trois nouvelles (la première, en classe !). Quand j'ai acheté ma première machine mécanique, j'ai écrit ce qui allait devenir ma première nouvelle publiée (Spectacle permanent). Quand j'ai acheté mon premier PC, j'ai repris le « tapuscrit » de la première version de La Vacation, et je l'ai transformé à mesure que j'apprenais à me servir de Word et que je maîtrisais l'ergonomie de l'ordinateur. Quand je me suis retrouvé face au Mac dans le bureau au CREUM, j'ai d'abord dit « Je ne sais pas si je vais savoir me servir de ça... » et puis... j'ai écrit Le Choeur des femmes.
De même, toutes les formes que je crois savoir maîtriser (la traduction, l'écriture d'articles scientifiques ou critiques, le roman, les formes hypercourtes de la presse et, plus récemment, des textes analytiques... en anglais) sont associées, dans mon esprit, à une suite d'expérimentations, d'essais et d'erreurs.
Comme si, pour moi, écrire passait constamment par l'apprentissage.
De tout cela, il ressort que je ne « préserve pas » le temps d'écrire. J'écris. Je me suis efforcé, depuis que je me suis mis à écrire, d'intégrer l'écriture à ma vie, de manière aussi professionnelle que possible. Quand j'étais médecin généraliste à temps plein et que j'écrivais « dans les interstices », Daniel Zimmermann, qui était mon « parrain en écriture » avec Claude Pujade-Renaud (ils ont publié mes premiers textes de fiction) me disait « Un écrivain, ça écrit dix heures par jour ! » Je répondais que je n'avais pas le temps (je bossais !). Il a insisté en disant que je ne serais pas écrivain si j'écrivais seulement « en plus ». Et je crois qu'il avait raison. La difficulté ne réside pas dans le fait de « trouver du temps » pour écrire, mais de sauter le pas et de recentrer, peu à peu, sa vie sur l'écriture. C'est un engagement, un risque, un choix. Mais il n'est pas différent du choix de devenir mère, ou alpiniste ou soignant(e). C'est un choix de vie.
(Merci à Jennie G. d'avoir accompagné en ligne l'écriture de ce texte)
vendredi 2 avril 2010
Partir, Revenir (exercice n°12), 1 - par Laurence
Dans l'avion qui le ramenait de ce si long voyage et pendant les heures qui le séparaient encore du moment de la revoir, il se promit de lui dire :
j'ai Pris mon mal en patience,
j'ai Appris la douleur de ton absence,
j'ai Rougi de me voir pleurer,
j'ai Tenté de t'oublier,
j'ai Inventé un monde sans toi,
j'ai Regardé d'autres femmes,
je Reconnais que tu me manques,
j'ai Envie de te revoir,
je Veux te serrer contre moi,
j' Ecarterai tous mes rivaux,
je N'oublierai plus ton anniversaire,
J' Irai même revoir ta mère,
Il Relit ces mots et s'inquiète déjà : saura t-elle les recevoir ?
j'ai Pris mon mal en patience,
j'ai Appris la douleur de ton absence,
j'ai Rougi de me voir pleurer,
j'ai Tenté de t'oublier,
j'ai Inventé un monde sans toi,
j'ai Regardé d'autres femmes,
je Reconnais que tu me manques,
j'ai Envie de te revoir,
je Veux te serrer contre moi,
j' Ecarterai tous mes rivaux,
je N'oublierai plus ton anniversaire,
J' Irai même revoir ta mère,
Il Relit ces mots et s'inquiète déjà : saura t-elle les recevoir ?
jeudi 1 avril 2010
Brève rencontre et plusieurs livres, dernière - par Martine B.
On a tous un jour ou l’autre des
coups de blues. L’hiver en France a été long, le plus jeune de nos fils nous en
fait voir de toutes les couleurs avec ses problèmes d’adolescent, il faut
l’accompagner avec fermeté, avec
tact et humour également, afin qu’il ne se prenne pas au piège des
comportements dits à risques. Or, le tact et l’humour me font cruellement
défaut en ce moment.
Arrêt maladie. Le corps dit STOP
parfois.
Repos forcé. Je ne parviens plus
à lire ni à écrire. Il fait beau enfin, dans le jardin je regarde les crocus
faner, les narcisses s’ouvrir, les bougeons sortir. Je me sens l’âme
contemplative. Pendant une semaine j’apprécie de passer mes
journées seule à la maison. Seule ! Le luxe absolu. Je comprends
que le rythme qu’on m’impose ne me convient pas, que je souffre de mon boulot.
Rien d’original, malheureusement.
Reprise du travail. Le blog comme
sas de décompression. En général je me connecte dès que je rentre à la maison.
Car même si j’ai du mal à écrire en ce moment, je lis tout ce qui est publié.
J’aime ce sentiment de partage avec des inconnus. Des inconnus qui pour
certains me deviennent presque familiers à travers leurs textes et/ ou leurs
blogs. J’ai un instant songé à me rendre au salon du livre dans l’espoir de rencontrer
quelques-un(e)s d’entre vous. Trop crevée, tant pis.
Ce mercredi allez savoir
pourquoi, je visite le blog le matin. Un commentaire me réjouit. Chance inouïe,
c’est peut-être la seule fois de l’année où je suis libre un mercredi
après-midi. La suite, vous la trouverez dans les commentaires de ce post.
C’est grâce à un autre
coup de pouce du hasard que j’ai rencontré Martin Winckler il y a quelques
années. Un ami m’avait invitée à une conférence débat, j’avais accepté parce que
J’avais aimé La Maladie De Sachs à la première lecture, et encore plus à la
seconde. De ce jour là, je me
souviens entre une foule d’autres choses
d’une magistrale leçon sur l’art du suspense. Les Trois Médecins était en cours
d’écriture et après nous avoir bien appâtés, Martin nous avait lancé : « Et
maintenant, si vous voulez connaitre la suite, il faudra lire le
roman ». Aujourd’hui je me dis que peut-être il ne la
connaissait pas lui-même, la suite !
Cette rencontre en tout cas
avait déclenché chez moi, comme chez beaucoup d’entre vous, le désir d’écrire
autre chose.
Ce mercredi donc nous nous sommes rencontrés à
nouveau. Nous avons parlé du blog, de romans parus ou en préparation. Et me voilà à nouveau dans l’expectative.
L’un des prochains romans de Martin m’intrigue et m’attire davantage que les
autres. Good news, c’est le plus abouti apparemment. En partant j’ai acheté «l’Agrégé »
de Bruno Schnebert (sans lire la quatrième de couverture…), je l’ai aussitôt
commencé dans le bus. J’adore son humour caustique.
Il y a des rencontres avec des
textes, avec des auteurs, qui sont des bouffées d’oxygène.
De même, j’ai vu récemment une
pièce intitulée « SIMONE de BEAUVOIR, écrire pour exister » dans
laquelle Laure Mandraud a mis en
scène la relation épistolaire
entre de Beauvoir et son « mari américain » comme elle aimait à
appeler le romancier Nelson Algren.
A travers ces lettres c’est toute une époque que l’on revit, et un amour
profond. Laure a réussi un tour de force. Ce spectacle rencontre un succès
mérité et sera présenté à Avignon.
Aujourd’hui j’ai de nouveau envie d’écrire.
Ecrire, à défaut de changer de vie. Ecrire, pour changer sa
vie.
Martine B.
mercredi 31 mars 2010
Partir, revenir (Exercice n°12)
Situation : Dans l'avion qui le/la ramène au bercail après avoir passé dix jours ailleurs, un homme ou une femme fait la liste de ce qui a/va changé(r) dans sa vie.
Contraintes : Ecrivez-le sous forme d'une énumération/liste de 7 à 21 lignes ou items ou phrases. Le texte doit débuter par le mot : "Prendre" et se terminer par le mot "recevoir".
Date limite de remise des textes : 15 avril 2010.
Mise en ligne au fur et à mesure des arrivées, comme d'hab.
Au boulot, Gang !
Mar(c)tin
Contraintes : Ecrivez-le sous forme d'une énumération/liste de 7 à 21 lignes ou items ou phrases. Le texte doit débuter par le mot : "Prendre" et se terminer par le mot "recevoir".
Date limite de remise des textes : 15 avril 2010.
Mise en ligne au fur et à mesure des arrivées, comme d'hab.
Au boulot, Gang !
Mar(c)tin
lundi 22 mars 2010
Rencontres en France, 26-30 mars 2010
A l'occasion du Salon du Livre de Paris, je suis en France pour quelques jours et je serai heureux de rencontrer lectrices et lecteurs aux jours et lieux suivants :
- Jeudi 25 mars, Orléans, Librairie Chantelivre (place du Martroi), 17 heures : Rencontre-signature avec Bruno Schnebert ("L'agrégé", coll. "Néo", le cherche midi) et Martin Winckler ("Le Choeur des Femmes", POL).
- Vendredi 26 mars, 19h : Lecture/rencontre à "La Terrasse de Gutenberg", 12 rue Emilio-Castelar, Paris 12e
- Samedi 27 mars, 15h : bibliothèque de Vigneux sur Seine,
(63, avenue Henri Barbusse ; 91270 Vigneux sur Seine)
- Samedi 27 mars, 19h à la bibliothèque de Saint-Germain en Laye (3, rue Henri IV, Jardin des arts ; 78100 Saint-Germain-en-Laye)
(rencontres animées par Régine Detambel)
- Dimanche 28, 15-17h, Salon du Livre, dédicaces sur le Stand POL (Hall 1, N71)
- Dimanche 28, 17h, Salon du livre, débat sur le stand de France Info, stand J10.
- Mardi 30, 19h30-21h, Salon du Livre, dédicaces sur le stand POL (Hall 1, N71)
Et aussi :
France Culture, lundi 22 mars, 19 heures : Martin Winckler sera en direct au "Rendez-vous" de Laurent Goumarre pour parler de son roman "Le Choeur des femmes" (POL, 2009). (On peut réécouter l'émission en podcast sur le site de France Culture).
France Culture, "Les passagers de la nuit", 23 h : du 22 au 25 mars, dans le cadre de la série "Deux voix, cinq minutes", diffusion de "Paroles d'amour", un texte de Martin Winckler, avec Farida Rahouadj et Pierre Val ; Réalisation : Anne-Pascale Desvignes.
- Jeudi 25 mars, Orléans, Librairie Chantelivre (place du Martroi), 17 heures : Rencontre-signature avec Bruno Schnebert ("L'agrégé", coll. "Néo", le cherche midi) et Martin Winckler ("Le Choeur des Femmes", POL).
- Vendredi 26 mars, 19h : Lecture/rencontre à "La Terrasse de Gutenberg", 12 rue Emilio-Castelar, Paris 12e
- Samedi 27 mars, 15h : bibliothèque de Vigneux sur Seine,
(63, avenue Henri Barbusse ; 91270 Vigneux sur Seine)
- Samedi 27 mars, 19h à la bibliothèque de Saint-Germain en Laye (3, rue Henri IV, Jardin des arts ; 78100 Saint-Germain-en-Laye)
(rencontres animées par Régine Detambel)
- Dimanche 28, 15-17h, Salon du Livre, dédicaces sur le Stand POL (Hall 1, N71)
- Dimanche 28, 17h, Salon du livre, débat sur le stand de France Info, stand J10.
- Mardi 30, 19h30-21h, Salon du Livre, dédicaces sur le stand POL (Hall 1, N71)
Et aussi :
France Culture, lundi 22 mars, 19 heures : Martin Winckler sera en direct au "Rendez-vous" de Laurent Goumarre pour parler de son roman "Le Choeur des femmes" (POL, 2009). (On peut réécouter l'émission en podcast sur le site de France Culture).
France Culture, "Les passagers de la nuit", 23 h : du 22 au 25 mars, dans le cadre de la série "Deux voix, cinq minutes", diffusion de "Paroles d'amour", un texte de Martin Winckler, avec Farida Rahouadj et Pierre Val ; Réalisation : Anne-Pascale Desvignes.
vendredi 19 mars 2010
Brève rencontre + 1 livre, 10 - par Zelapin
Je dois vous dire que je ne me trouve aucune circonstance atténuante et que le fait que je le reconnaisse n'allège en rien ma faute.
Je dois vous éclairer sur le motif de cette lettre publique: vous assommer de ma propre culpabilité, vous la faire partager jusqu'à ce que vous la fassiez vôtre, insidieuse et collante, mais aussi vous aider à faire la part des choses dans ce que vous croyez partager.
J'espère que vous irez au bout de cette missive malgré les lignes ci-dessus.
Cela étant posé, écoutez l'histoire de ce crime, vous jugerez après.
Vous connaissez cette petite chapelle romane aménagée en lieu d'exposition, vous connaissez la réputation solide acquise au fil des ans grâce à la qualité des œuvres présentées.
J'y suis venue toutes les semaines depuis son ouverture, j'y ai passé des heures, j'ai même participé aux ateliers proposés par les artistes invités ou en résidence.
Quand on a annoncé Sa venue prochaine, j'ai comme vous jubilé, sauté de joie, débouché une bouteille et patiemment revu, relu, redécouvert tout ce que je pouvais de Lui.
Et puis l'heure est arrivée. J'ai attendu toute la matinée, j'ai vu les toiles, les pièces de ses installations, le matériel audio. J'ai vu le dessous des cartes en attendant l'endroit.
J'avais en main la plaquette de cette expo, je la connaissais par cœur, j'étais entière dans son œuvre.
Quand la voiture s'est garée, j'ai tenu bon, je n'ai pas sauté comme un cabri, comme ces écervelés qui se ruaient vers Lui.
J'ai attendu. A l'entrée, j'ai bien pris le temps de remettre mon carton d'invitation à ce vernissage d'un geste calme et contenu. Je profitais du temps, j'étais, pleinement.
Chacune de mes cellules a vibré à l'unisson de ce que je prenais pour de l'art. Je me suis crue toute entière absorbée par sa création. J'ai pensé comprendre, toucher du doigt.
Je suis revenue chaque jour pendant trois semaines.
Je savais qu'il ne restait que six jours à vivre avec son œuvre, là, tout près de moi.
J'ai décidé alors de le voler, de le prendre chez moi, de garder une part de ce qui au final m'appartenait un peu. J'aurais un talisman.
Tromper le gros neuneu à la sortie s'est montré aussi facile que prévu. J'ai posé exactement le même cahier relié, exactement à la même place, j'ai pris le temps de discuter avec big bêta , et même d'écrire ma phrasounette. Je suis sortie.
Et c'est arrivé.
Il, IL était là, est venu vers moi et m'a lancé: « ah, déjà fini? ». Son index posé sur le cahier m'a aidé à comprendre qu'il me prenait pour une employée du service culturel.
J'ai vite accroché et répondu que oui, mais que j'avais déposé le suivant, « quel succès! ».
Sa deuxième phrase fut: « quel ramassis de conneries, quand même! Comme si ces crétins qui se fendent d'un bravo comprennent quelque chose à ce qu'ils ont vu! Ah, ah, ah! ».
Et Il est entré.
Et je suis revenue, le dernier jour, et toute mon encre de sérigraphie y est passée. J'ai consciencieusement conchié chacune de ses bouses d'un élégant petit pschitt de bleu, ou de vert, ou de rouge. Du primaire pour un primaire. Pas un primitif, ce serait trop d 'honneur.
Jamais un livre d'or n'aura aussi bien porté son nom.
Je dois vous éclairer sur le motif de cette lettre publique: vous assommer de ma propre culpabilité, vous la faire partager jusqu'à ce que vous la fassiez vôtre, insidieuse et collante, mais aussi vous aider à faire la part des choses dans ce que vous croyez partager.
J'espère que vous irez au bout de cette missive malgré les lignes ci-dessus.
Cela étant posé, écoutez l'histoire de ce crime, vous jugerez après.
Vous connaissez cette petite chapelle romane aménagée en lieu d'exposition, vous connaissez la réputation solide acquise au fil des ans grâce à la qualité des œuvres présentées.
J'y suis venue toutes les semaines depuis son ouverture, j'y ai passé des heures, j'ai même participé aux ateliers proposés par les artistes invités ou en résidence.
Quand on a annoncé Sa venue prochaine, j'ai comme vous jubilé, sauté de joie, débouché une bouteille et patiemment revu, relu, redécouvert tout ce que je pouvais de Lui.
Et puis l'heure est arrivée. J'ai attendu toute la matinée, j'ai vu les toiles, les pièces de ses installations, le matériel audio. J'ai vu le dessous des cartes en attendant l'endroit.
J'avais en main la plaquette de cette expo, je la connaissais par cœur, j'étais entière dans son œuvre.
Quand la voiture s'est garée, j'ai tenu bon, je n'ai pas sauté comme un cabri, comme ces écervelés qui se ruaient vers Lui.
J'ai attendu. A l'entrée, j'ai bien pris le temps de remettre mon carton d'invitation à ce vernissage d'un geste calme et contenu. Je profitais du temps, j'étais, pleinement.
Chacune de mes cellules a vibré à l'unisson de ce que je prenais pour de l'art. Je me suis crue toute entière absorbée par sa création. J'ai pensé comprendre, toucher du doigt.
Je suis revenue chaque jour pendant trois semaines.
Je savais qu'il ne restait que six jours à vivre avec son œuvre, là, tout près de moi.
J'ai décidé alors de le voler, de le prendre chez moi, de garder une part de ce qui au final m'appartenait un peu. J'aurais un talisman.
Tromper le gros neuneu à la sortie s'est montré aussi facile que prévu. J'ai posé exactement le même cahier relié, exactement à la même place, j'ai pris le temps de discuter avec big bêta , et même d'écrire ma phrasounette. Je suis sortie.
Et c'est arrivé.
Il, IL était là, est venu vers moi et m'a lancé: « ah, déjà fini? ». Son index posé sur le cahier m'a aidé à comprendre qu'il me prenait pour une employée du service culturel.
J'ai vite accroché et répondu que oui, mais que j'avais déposé le suivant, « quel succès! ».
Sa deuxième phrase fut: « quel ramassis de conneries, quand même! Comme si ces crétins qui se fendent d'un bravo comprennent quelque chose à ce qu'ils ont vu! Ah, ah, ah! ».
Et Il est entré.
Et je suis revenue, le dernier jour, et toute mon encre de sérigraphie y est passée. J'ai consciencieusement conchié chacune de ses bouses d'un élégant petit pschitt de bleu, ou de vert, ou de rouge. Du primaire pour un primaire. Pas un primitif, ce serait trop d 'honneur.
Jamais un livre d'or n'aura aussi bien porté son nom.
jeudi 18 mars 2010
Cent recettes pour page-turner (Ficelles et chapeaux-claque, 2) - par M.W.
·
Je crois que mon « Rhaa, mais comment
il fait ? » le plus fréquent est un « Rhaaa mais comment il fait pour
que ça se lise aussi vite ? » - J'ai dû finir Les Trois médecins et le Chœur
des femmes en deux ou trois jours après les avoir eus en main, et pas faute
d'avoir essayé de les économiser/savourer. D'un point de vue purement
« technique », il est clair que la division en chapitres courts est
un appel au « Bon, allez, encore un petit dernier » « Bon, il
était trop court, celui-là, allez, un de plus ». Mais il est clair aussi
que ça suffit pas - alors, ya un truc ? Et, en tant qu'auteur, est-ce que
vous vous dites aussi « Bon allez, j'en écris encore un dernier avant
d'aller manger » ?
Je me suis posé la question à partir du
moment où les messages de lectrices (il y en a quelques-uns qui viennent de
lecteurs, mais les femmes lisent et écrivent plus que les hommes...) ont
utilisé le terme de page-turner pour
parler du CDF. Je ne savais pas que j'avais écrit un page-turner, mais en y réfléchissant, j'avais un signe
avant-coureur : j'avais envoyé le début à Paul Otchakovsky-Laurens (mon
éditeur, fondateur de POL) et il n'arrêtait pas de me réclamer la suite et a
fini de le lire sur son iPhone ce qui, quand on connaît la résolution de
l'engin, voulait dire quelque chose. Il aurait très bien pu attendre d'avoir tout et de l'imprimer, mais il était impatient de connaître la fin. Aussi impatient que moi...
Et à force de recevoir des "J'ai lu
votre livre en deux jours j'arrivais pas à m'arrêter", je me suis gratté
la tête en pensant : "Bon, c'est vrai que quand je l'ai écrit, je ne
quittais pas mon fauteuil et mon iMac tout neuf (celui que j'ai au bureau, ce
n'est pas vraiment mon iMac, il restera là quand je ne serai plus chercheur au
CREUM, mais pour le moment y'a que moi qui m'en sert, et c'est mon premier Mac,
ce qui n'est pas rien mais je vais pas digresser, j'en parlerai une autre fois)
et mon excitation à l'écriture (moi aussi, je voulais savoir la suite) a dû
"passer" à la lecture, sous une forme ou une autre."
Seulement ça, c'est juste de la pensée
magique, c'est pas une explication. Je pense que l'explication réside ailleurs,
dans des choses visibles et lisibles, mais que j'ai faites intuitivement, et qui opèrent parce
que le sujet s'y prêtait. Bien sûr, la taille des chapitres compte. Mais quand
je regarde la Maladie de Sachs ou La Vacation, les chapitres sont très
courts aussi, souvent plus courts que dans le CDF.
Il y a deux autres choses dans ce livre-ci
: d'abord, une narration moins fragmentée par les points de vue : dans le CDF
c'est en gros toujours Jean/Djinn qui raconte, même si parfois quelqu'un
d'autre prend la parole. Et c'est son récit qui sert de fil conducteur.
Ensuite, je me souviens avoir terminé beaucoup de chapitres sur une interrogation,
une surprise, une mise en suspens. Par exemple, Jean et Karma se clashent et
puis, de manière inattendue, Karma s'éclipse, ou l'envoie faire autre chose que
ce qu'elle attend, et elle se retrouve avec ses critiques, ses questions, ses
incertitudes... et donc contrainte à aller de l'avant pour reprendre pied/et ou
comprendre ce qui s'est passé. Je pense que la frustration ressentie et
exprimée par Jean à la fin de ces chapitres contribue à donner envie de savoir
ce qui lui arrive ensuite. Enfin, c'est comme ça que je le ressens.
Cela étant, je ne suis pas sûr que ça soit
"reproductible" à volonté. Quand j'écrivais le CDF, j'étais impatient
de connaître la suite de leur histoire (je la découvrais en même temps qu'eux),
et mon souci était surtout de ne pas être ennuyeux avec des descriptions de
consultations, mes conceptions sur la gynécologie ou la relation de soin, etc.
Donc, j'essayais de mettre tout ça en scène dans les situations (ou sous les
formes) les plus variées et dynamiques possibles. Mais alors que dans La maladie de Sachs il n'y a pas
vraiment d'action centrale (c'est une chronique...) ici, il y avait une
interrogation : "Qu'est-ce que ça va donner, cette cohabitation entre deux
personnages si différents ?" Et aussi "Bon, on se doute bien que Jean
va changer, mais comment, pourquoi ? Et Karma, est-ce qu'il est aussi lisse
qu'il en a l'air ? Et Aline, et René/e, qu'est-ce qu'ils viennent foutre là
?"
Ne pas donner toutes les réponses tout de
suite, laisser les lecteurs/trices dans un flou suffisant pour qu'ils/elles
puissent supposer, deviner, imaginer, s'amuser sans risquer de décrocher... C'est
coton, parce qu'on ne sait pas si ça marchera ou pas.
Je ne dirai pas que j'ai utilisé une
recette particulière, là encore je l'ai fait de manière intuitive et
certainement en m'inspirant de tous les page-turners
que j'ai lus sans jamais les analyser, mais en les "sentant"
suffisamment pour savoir si ce que j'écrivais, à la relecture, me donnait envie de tourner la page ou non.
Je pense que dans ce domaine comme dans
d'autres, Less is more. Moins on en
dit (ou plus on le dit de manière à intriguer le lecteur sans le mettre
complètement dans le brouillard), mieux c'est.
Finalement, je pense que c'est ce genre de
méthode (plus professionnelle que la mienne...) qui a contribué à ce que tant
de spectateurs suivent une série comme Lost
avec avidité. (Ou the X-Files, il
y a dix ans.) Quand on laisse les choses en suspens, ça incite le public à
suivre. Mais si en plus on lui sème des indices bizarres... là, on l'excite
suffisamment pour qu'il veuille connaître la suite vite ! L'essentiel, c'est de donner des réponses au fur et à
mesure. Ça veut dire qu'il faut les avoir, les réponses ! Donc, qu'il faut les
avoir imaginées au préalable, les avoir testées et ensuite tout mettre en
place. (Souvent, j'écris sans réfléchir, comme ça vient et puis, à la
relecture, il me faut "ajuster"... J'y reviendrai.)
Alors pour reprendre le cas du Choeur des femmes (mais ce que je vais
dire là est valable pour tous mes autres romans), j'ai essayé de maintenir
l'attention (la tension) en ne laissant jamais Jean souffler. En ne me laissant
jamais souffler. En changeant de rythme, aussi souvent que possible.
Mais alors que La Maladie de Sachs et Les
Trois médecins changeaient de point de vue narratif à chaque chapitre ou
presque, dans Le Choeur des femmes,
j'essayais de bousculer Jean (et la lectrice) à chaque chapitre en changeant de
ton, de lieu, de situation. Pas de manière totalement arbitraire, mais en me
laissant guider par une certaine logique intérieure à la narration : Jean et
Karma bossent dans un centre de planification, qui lui même est lié à un centre
d'IVG, et à une maternité, etc., alors je leur ai fait explorer les différents
lieux de leurs actions, d'une manière plausible par rapport au déroulement de
la journée d'un duo de médecins.
(Le découpage préalable est important aussi
pour rythmer le livre : si je sais que je veux conduire l'action sur huit
jours, je répartis ce que je veux dire au fil des huit journées, en prévoyant
que tel jour il se passera telle chose importante. Du coup, j'ai des repères sur
le chemin. Je fais toujours ça quand j'écris un livre : je choisis une trame,
le plus souvent temporelle, et j'inscris mon histoire (mes histoires) dans
cette trame. De sorte que les histoires, selon leur chronologie, influent en
retour sur le rythme. Et en écrivant de manière "modulaire" (par
chapitres courts auto-suffisants, ou par "histoires à suivre" courant
sur plusieurs chapitres), je peux changer l'ordre des chapitres à volonté ou
presque, ce qui permet de jouer sur le rythme également.
Si vous regardez la table des matières de
mes romans, vous verrez que la trame est comme une "portée" verticale
: les chapitres sont répartis au sein de différents "mouvements" (les
parties)
Chaque moment correspond à un décor, chaque décor secréte sa ou ses situations,
chaque situation ses personnages, chaque personnage son récit propre. Le plus
souvent, je fais ça intuitivement : je saisis la première chose qui me vient à
l'esprit et je vois où ça me mène... et souvent ça me mène à des endroits, des
personnages ou des situations que je n'avais pas anticipés, et qui me viennent
par association d'idées. Le cerveau n'est pas un lieu de découvertes aléatoires
: il entretient des connexions solides, et ces connexions sont comme un réseau
de routes sur lesquels ont peut se laisser pousser...
Et, en toute bonne logique, si ces routes
paraissent excitantes à l'écrivant(e), il
y a de bonnes chances que certains lecteurs aient le même sentiment. Au pire, on court le risque de n'intéresser que les gens qui ont le même sens du suspense ou de l'attente que nous. Mais n'est-ce pas pour ces lectrices/teurs là qu'on écrit ?
Cela étant, je suis quand même surpris
qu'on me dise que mes romans se lisent vite, parce que j'écris "long"
– et je réécris beaucoup. Et parfois, ce que j'avais décidé de dire en trois
phrases prend six pages.
Dans Le
Choeur des femmes, je voulais expliquer en trois lignes comment fonctionne
un DIU au cuivre en contraception d'urgence et comme j'avais pas envie de
m'emmerder (et d'emmerder les lecteurs) à faire une description technique, je
me suis laissé aller à une métaphore délirante où les spermatozoïdes se
transformaient en spermatocyclistes du Tour de France à l'assaut du col du
Tourmalutérus.
Bon, l'inverse est vrai aussi : dans La Maladie de Sachs, j'avais écrit un
long monologue de Pauline expliquant en long en large et en travers à Bruno
pourquoi son non-désir d'enfant ne tenait pas debout, et à la relecture, j'ai
trouvé ça vraiment lourd et emmerdant. Alors, je l'ai supprimé et j'ai
transformé ça en une conversation de quinze ou vingt répliques à l'issue de
laquelle elle lui met le nez sur ses contradictions, et ça marchait beaucoup
mieux.
Enfin, dans le sentiment de rapidité intervient aussi ce qu'on appelle
"la langue" (ou "le style"), bref, la façon d'ordonner
les mots, de les tisser, si on veut, dans la phrases, et de tricoter les
phrases entre elles, à sa manière propre.
Je ne suis pas très fort en descriptions
"factuelles", je préfère écrire des dialogues et, c'est toujours plus
rapide à lire, sauf quand chaque réplique fait six lignes et ne fait pas
avancer l'action. J'ai appris en regardant les séries télévisées que chaque
réplique doit contenir une information utile. Les répliques qui n'apportent
rien nuisent au rythme. C'est vrai aussi en consultation : si je fais
"Mmhhh" au lieu de parler, c'est parce que mon interlocuteur/trice
sait ainsi que je l'écoute, mais n'est pas obligé de s'interrompre. Par
conséquent, un lecteur va plus vite quand l'écrivain ne se regarde pas
écrire... Enfin, je crois.
Reste que tout ça n'est qu'une
approximation, pas une suite de recettes (on ne peut pas écrire contre soi-même, donc tout ce que je dis ici n'est certainement pas utilisable par tout le monde) et, si tant est que
mon analyse soit juste, et que les éléments qui font du Choeur des femmes ou de The
Da Vinci Code ou de Millenium des page-turners (quitte à faire des comparaisons, autant viser haut... ;-) ) soient précisément identifiables, rien ne
garantit que si ça marche une fois, ça marchera la fois suivante, et encore
moins à chaque fois.
Enfin, ça n'empêche pas d'essayer.
M.W.
PS : Est-ce que je me dis "Encore un avant d'aller dîner ?" Non. Si j'ai vraiment envie de connaître la suite (et si je sais qu'elle m'attend en haut de la page suivante), je ne dîne pas...
PS : Est-ce que je me dis "Encore un avant d'aller dîner ?" Non. Si j'ai vraiment envie de connaître la suite (et si je sais qu'elle m'attend en haut de la page suivante), je ne dîne pas...
"J'ai aimé quelqu'un" (Brève rencontre + 1 livre, 9) - par M.W.
J'ai lu trois fois Techniques de l'amour de Frédéric Boyer.
J'ai aimé quelqu'un de toutes mes forces.
C'est un "petit
livre", par le format et le nombre de pages.
Quelqu'un fut l'instant de quelques nuits mon
maître, mon souffle, ma faim, ma toute folie.
Ne vous fiez pas à sa
légèreté d'objet-livre, car elle est inversement proportionnelle à la gravité
de son contenu.
Je ne m'aimais plus que pour l'autre, ce qui
revenait à me perdre, en quelque sorte, comme si je n'existais pas.
Ne vous fiez pas à la
brièveté des paragraphes en le feuilletant sur la table de votre libraire. Ce
livre n'est pas un traité ou un
essai, c'est une suite poétique qui parle du deuil que chaque amour porte en
lui, dès son commencement, et longtemps après sa fin.
J'ai aimé parler avec quelqu'un que j'ai tant
aimé.
Ne vous fiez pas au
titre. Il est comme une première (ou dernière) ironie douloureuse à l'égard du
contenu, et probablement du mouvement qui a fait sortir ce texte des doigts de
l'auteur.
J'ai aimé jusqu'à ne plus savoir qui j'étais ni
qui j'aimais.
Ne vous fiez pas à mon
sentiment sur ce livre : il est partiel, partial et ambivalent. Je l'ai lu
trois fois parce que chacune de mes lectures me laissait dans la bouche ce goût
de cendre que Frédéric Boyer mentionne à deux reprises au moins, et parce que
je ne voyais pas comment l'atténuer, sinon en cherchant obstinément sa cause et
sa cure dans ces phrases ourlées qui, à travers mes yeux, se sont chargées de
tristesse et d'amertume.
Mais je ne saurai jamais à quoi tient le fait que
ce soit cette personne-là précisément et pas une autre.
Si je l'ai lu et relu, et
relu encore, c'est pour tenter vainement de faire mien ce que Frédéric Boyer a
déposé sur le papier comme on insère des fleurs fanées entre deux pages. Mais
ses phrases ne sont ni fanées ni sèches à la lecture ; elle s'élèvent, tels des
éphémères, lumineuses et intimidantes au point qu'on se refuse à tendre la main
vers elles, par crainte de les détruire à force de les désirer.
Comment ce geste, cette position de la main, ce
mouvement des lèvres, cette lumière du regard, peuvent-ils être l'expression de
l'amour ? Après tout, ce n'est qu'une main, qu'un regard.
Si je l'ai lu et relu et
aimé le relire et pleuré en le relisant, c'est parce que la littérature n'est
pas un moyen de connaître l'amour, de le retenir ou de le prolonger – pas plus
que l'amour n'est un moyen de connaître, de retenir ou de posséder l'autre. La
littérature et l'amour sont, l'une et l'autre, insaisissables.
Je peux l'aimer de mémoire.
M.W.
(Toutes les phrases en
italique ont été empruntées au livre.)
mercredi 17 mars 2010
Brève rencontre + 1 livre, 8 - par Lyjazz
Je lui écrivais des
lettres longues et documentées, de ma plus belle/mauvaise écriture.
Nous attendions
toutes les deux nos missives avec excitation. Amitié, sous le signe de la
connaissance littéraire.
Son style nourri
de classicisme, sa vie parisienne très culturelle, m'ouvraient des
perspectives, inédites depuis le fin fond de ma campagne.
Je crois que mon
élocution brute et sauvage, mes références autodidactes et pétries de l'amitié
des bars, des bals de jeunes où tout le monde boit, avaient l'heur de lui
plaire. Par contraste sans doute.
Et pourtant nous
nous étions rencontrées sur un point commun : notre amour de l'écriture, notre
bac littéraire (A4 à ce moment-là).
Nous étions partis
depuis une semaine ou deux d'Annecy, après une première nuit tous ensemble sous
les tentes et une baignade dans le lac pour vérifier que nous savions tous
nager. Le bus nous avaient fait passer sous le tunnel du Montblanc au lever du
soleil et je ne dormais pas, bercée par Logical Song de Supertramp que
diffusait la radio (non non, pas de walkman ni de mp3 à cette époque !). Je
voulais profiter de chaque seconde de ce voyage, de ce camp d'adolescent
itinérant en Italie, et le sommeil était accessoire.
Excitation. Elan
de vie.
Le voyage était un
peu lent, empêtré dans des km de bus (pas climatisé, vous pensez bien !), des
problèmes de personnes entre les animateurs, un vol d'argent, un accident et un
rapatriement sanitaire, l'oubli d'une fille sur une aire d'autoroute, la nuit
en haut du Stromboli, sans aucune organisation, des mauvais choix. Je me
sentais souvent plus mûre que les animateurs. Et Christine aussi.
Je venais de
quitter mon amoureux, lui promettant d'écrire. Ce que je faisais tous les
jours, en bus, sur la plage, le jour, la nuit. Passant pour une hurluberlue ou
je ne sais quoi d'autre, mais je m'en moquais.
A Naples, après
plusieurs jours d'attente à cause d'une grève, des nuits à dormir dans une
décharge, nous avons pris le bateau pour Messine. Le ciel était superbe,
d'orage et de lumières derrière les nuages. 90% des personnes vomissaient.
J'étais sur le pont, bras écartés. Je faisais partie des éléments.
Je me souviens de
notre arrivée sur l'île de Lipari. Du débarquement du bateau, des sacs à
porter, du peu d'aide reçue de la part du groupe. Aucun esprit d'équipe. Que
des individualités et des jeunes très jeunes (15 à 17 ans mais peu de 17).
Christine et moi
avons démarré notre amitié aussi parce que nous avions 17 ans ½ et que nous
étions plus responsables que les autres.
Discussions sans
fin. Tentatives d'approches des garçons du coin.
Peu de nourriture
parce que peu d'argent : pain, pastèques, pêches, fromage, pizzas parfois.
Beaucoup de gelati payées de nos poches et qui nous maintenaient en-dessous de
la sensation de faim. Nous vivions d'autre chose. Des rencontres avec les
autochtones, de la mer, du soleil, des nuits à la belle étoile et des paysages
gravés dans mon esprit. Sable noir volcanique. Plage de pierre ponce.
J'avais dans mon
sac L'oeuvre au noir de Marguerite Yourcenar. Que l'on dirait peu apte à se lire
écrasé sous le soleil de l'Italie du sud, mais qui s'adapte partout en fait.
Longtemps je l'ai
relu une fois par an. En l'honneur de notre amitié épistolaire qui a duré plus
de 10 ans.
mardi 16 mars 2010
Ecriture et engagement (Ficelles et chapeaux-claque, 1)
Dave a écrit :
La plupart de vos romans ont des aspects politiques (ou, plus généralement, comprennent des commentaires, sur la médecine, les rapports homme-femme, les rapports de domination, les rapports sociaux). Est-ce que vous vous dites, au moment de vous lancer: voilà, telle ou telle question est une question politique importante, et je voudrais l'aborder spécifiquement ? Ou est-ce que vous vous dites: je me lance dans mon histoire et, me connaissant, les observations politiques "remonteront" spontanément à la surface, au cours du récit? En gros, quelle est la part d'intentionnalité dans votre intervention politique?
La plupart de vos romans ont des aspects politiques (ou, plus généralement, comprennent des commentaires, sur la médecine, les rapports homme-femme, les rapports de domination, les rapports sociaux). Est-ce que vous vous dites, au moment de vous lancer: voilà, telle ou telle question est une question politique importante, et je voudrais l'aborder spécifiquement ? Ou est-ce que vous vous dites: je me lance dans mon histoire et, me connaissant, les observations politiques "remonteront" spontanément à la surface, au cours du récit? En gros, quelle est la part d'intentionnalité dans votre intervention politique?
Je commence toujours par l'histoire. J'ai
envie de raconter de bonnes histoires. J'ai entendu John Ford et Jean Gabin
faire la même réponse à des gens qui leur demandaient ce qu'il fallait pour
faire un bon film. Ils répondaient "Il faut trois choses : 1° une bonne
histoire, 2° une bonne histoire et 3° une bonne histoire".
J'ai des ambitions littéraires démesurées,
comme tout le monde, mais en pratique, j'essaie modestement de raconter des
histoires intéressantes - j'entends : surprenantes, imprévisibles par le
lecteur, marrantes, avec des rebondissements, etc. Bref : des histoires que je ne vais pas m'ennuyer à écrire, car j'aurais horreur de m'ennuyer à les lire !
Alors c'est la narration qui doit primer, pas le "message politique", qui est toujours encombrant si on essaie de construire l'histoire autour. Et je pense que ma manière de voir le monde conditionne le type d'histoire que j'ai envie d'écrire (comme ça conditionne le type de films ou de livres que je préfère lire ou voir).
Alors c'est la narration qui doit primer, pas le "message politique", qui est toujours encombrant si on essaie de construire l'histoire autour. Et je pense que ma manière de voir le monde conditionne le type d'histoire que j'ai envie d'écrire (comme ça conditionne le type de films ou de livres que je préfère lire ou voir).
Alors,
même si je peux me mettre dans la manière de penser d'un personnage que je
considère comme "négatif" (LeRiche ou Mathilde dans Les Trois Médecins, les médecins
crapuleux de mes polars ou la Djinn du début du Choeur des femmes) je ne peux pas vraiment défendre des idées
auxquelles je n'adhère pas. Je suis donc à peu près sûr que, sauf mauvaise
interprétation - et encore ! - mes "valeurs" (politiques,
personnelles, émotionnelles, sexuelles, que sais-je ?) vont se manifester et
"sortir" à l'écriture... Vu la manière dont mes livres sont reçus
depuis 20 ans, je suis à peu près sûr que c'est le cas : même La Vacation (où il est quand même dit
clairement que l'avortement est douloureux pour tout le monde) n'a pas été
repris comme flambeau par les anti-avortements... C'est donc que ma position à
ce sujet est très claire...
C'est d'ailleurs pour la même raison, je
crois, que lorsqu'on pose cette question aux scénaristes de films ou de séries
("Quel message vouliez-vous faire passer ?") ils ouvrent de grands
yeux. Ils ne veulent pas faire passer de message à priori. Ils veulent raconter
une bonne histoire. Et leurs valeurs vont inévitablement s'y trouver,
puisqu'ils l'écrivent, cette histoire !!!
Pour revenir à votre question, je ne
me pose pas vraiment la question du "politique" quand j'écris. Je
sais que sous une forme ou sous une autre, à l'occasion de telle ou telle
situation ou de telle ou telle scène, ça dira quelque chose de "politique".
Quand, dans Le Choeur des femmes, (j'ai déjà parlé de ça sur ce blog, désolé de
la répétition) Karma fait monter Djinn sur la table de gynéco pour lui montrer
ce que ça peut avoir de menaçant et d'humiliant, bien sûr, la plupart des
lectrices le savent, je ne leur apprend rien. Mais ça fout Djinn en colère et,
comme elle représente les femmes prises dans et par le machisme mais qui
souffrent d'être tiraillées entre ce machisme professionnel et leur féminité,
elle veut comprendre où il veut en venir... et Karma répond que faire écarter
les cuisses aux femmes, c'est pas du tout obligatoire. On peut les examiner,
leur poser un DIU, leur faire un frottis ou les faire accoucher sur le côté.
C'est un fait médical simple, mais c'est politique aussi, je pense.
Alors, bien sûr, ça a frappé beaucoup de
lecteurs/trices, cette scène (et ses prolongements plus tard, dans l'attitude
de Djinn avec Céline, sa "protégée", puis dans le texte/manifeste
militant qu'elle écrit un soir de colère) et c'est cette prise de conscience
qui m'a permis de faire passer l'idée que l'humiliation n'est pas indispensable
pour soigner. Et que si on peut examiner les femmes sans les humilier, on peut toujours soigner sans humilier. J'aurais
pu le dire en deux phrases, comme ici, mais est-ce que les lectrices l'auraient
"internalisé" de la même manière ? Je ne crois pas.
Cela dit, au moment de l'écriture j'ai eu envie
d'écrire la scène comme ça, sans me poser la question de savoir ce qu'elle
signifiait. Et pour tout vous dire, je ne l'analyse qu'aujourd'hui, en écrivant
ceci. Parce que fondamentalement, je voulais faire "une bonne scène",
et je crois que, narrativement parlant, ça l'était. Message ou pas message. Parce
que, des histoires de médecin chef qui oblige ses étudiant(e)s ou ses internes
à coucher avec lui, il y en a des flopées dans les hôpitaux français mais je ne
crois pas avoir jamais vu ou lu une scène dans laquelle un médecin-chef fait
monter un de ses internes sur une table de gynéco pour lui
montrer à quel point ça peut être humiliant d'obliger les patientes
à faire ça !
En un sens, c'est une scène qui parle à la fois du respect dans la relation de soin, et du respect dans la relation d'affection (ou d'amour), puisque la scène de la table se reproduit à la fin du roman, en écho à la première scène, en montrant le chemin parcouru par les deux personnages : Djinn va volontairement voir Karma en consultation mais, quand elle monte sur la table, ça ne se passe pas comme elle s'y attend.
En fait, en écrivant ça, je me rends compte à quel point je suis vieux-jeu : je n'ai pas abandonné l'idée des années 60 selon laquelle le sexe, c'est éminemment politique.
En fait, en écrivant ça, je me rends compte à quel point je suis vieux-jeu : je n'ai pas abandonné l'idée des années 60 selon laquelle le sexe, c'est éminemment politique.
Il y a des scènes de sexe ou des scènes
d'amour dans mes romans, mais elles ont toujours une fonction dans la
narration, ce n'est pas comme la plupart des scènes de sexe dans les films...
Dans Les Trois médecins, Bruno écrit
une nouvelle pornographique dans laquelle une visiteuse médicale va baiser un
grand patron dans son bureau. Il la fait lire au "comité de lecture"
de sa revue d'étudiants et ça fait des remous (on est à l'époque du féminisme
montant). Certains le trouvent sexiste, d'autres disent que c'est un texte
"à la Bataille" qui parle de l'aliénation d'une femme qui sert les
intérêts de l'industrie en vendant son corps pour tenir un médecin par la queue.
D'autres haussent les épaules : "Ouais, le Bruno, il a juste voulu nous en
foutre plein la vue..." Bref, le texte est discuté à l'intérieur du roman.
En fait, j'avais écrit la nouvelle bien
avant de me lancer dans l'écriture du roman, mais je ne l'avais jamais publiée.
Je ne voyais pas très bien quoi faire de cette nouvelle "toute nue".
Si je la publiais seule, c'était la description d'une séance de sexe entre une
quasi-prostituée et un type important dans son bureau. La chute résidait dans
le fait qu'à la fin, on comprenait que c'était une visiteuse médicale. C'était
une métaphore de la profession de VM, mais ça pouvait être ressenti comme
insultant par des femmes qui font cette profession pour gagner leur croûte, un
point c'est tout. Et le texte ne prouvait rien, sinon que je savais écrire des
textes pornographiques.
Mais quand j'ai eu l'idée de l'insérer à l'intérieur du
roman, dans un contexte particulier, ça devenait un texte qui permettait
plusieurs niveaux de lecture. Autrement dit, juste après le chapitre où la
nouvelle est retranscrite, son analyse par les personnages avait plusieurs
fonctions : idéologique (les manipulations du corps (!) médical par l'industrie
et l'aliénation des femmes qui sont utilisées par l'industrie à leur insu),
narrative (ça dit quelque chose sur Bruno-l'écrivain-en-herbe et sur ses
camarades), historique (ça rend compte du type de débat qu'on avait à l'époque,
avec une pointe d'ironie), esthétique (je voulais effectivement voir si – et
montrer que –je pouvais écrire un texte pornographique) et autocritique (je
soulignais qu'il était impossible de dire si j'avais écrit le texte avec une
intention politique ou simplement avec l'envie de me faire plaisir et de choquer
par la même occasion...).
À l'opposé, il y a des scènes toutes simples qui donnent lieu à de parfaits malentendus... Dans Mort in vitro, à un moment donné, il y a une fête à la préfecture de Tourmens. Charly Lhombre, l'un des deux personnages principaux, qui a été invité à la fête mais s'y rend un peu contraint et forcé car il a horreur des pince-fesses, ouvre une porte et se trouve face à une scène de partouze. Un présentateur de reality-shows et un gynécologue marron sont en train de s'envoyer en l'air sur un canapé dans des postures invraisemblables avec deux femmes, sous le regard du grand patron d'une multinationale du médicament qui les reluque, un scotch à la main, assis sagement dans un fauteuil empire.
Quand Charly voit ça, ça le fait marrer, il referme la porte sans bruit et il passe à autre chose (parce qu'il s'en fout).
Contrairement à la nouvelle de Bruno, qui occupe plusieurs pages des Trois médecins, la scène de partouze prend
dix lignes dans Mort in vitro, mais
quand une classe de lycée a lu ça, les élèves m'ont demandé pourquoi j'avais
mis une scène de "porno" dans un roman, alors que cette scène (de
leur point de vue) ne servait à rien. Et je leur ai expliqué que la scène (le
tableau, car c'est une sorte de scène "gelée") en question était une
métaphore : " Médecine et Médias forniquant ensemble sous les yeux de
l'Industrie et les ors de la République". Evidemment, ils n'avaient pas vu
ça, mais personne ne peut le leur reprocher, c'était un clin d'oeil ironique,
et une manière détournée de faire un political
statement sans avoir besoin de... m'étendre. (Haha.) Eux, et c'est bien
naturel, ils avaient tout bonnement vu une scène de sexe. Ca ne m'a pas gêné :
encore une fois, ça ne prend que dix lignes du texte, ça peut donc être oublié
très vite.
En revanche, un des premiers lecteurs du
manuscrit de Mort in vitro m'a appelé,
très en colère, en me disant "Je ne comprends pas pourquoi tu dis que les
partouzes, c'est vraiment que pour les riches et les pourris !!! C'est vraiment
un sale préjugé !!!"
Et ça, ça m'a fait beaucoup rire, parce que
lui non plus n'avait pas vu la métaphore. Il avait vu une sorte d'amalgame entre
le sexe de groupe et les puissants... alors que ce que les gens font de leur
sexualité, c'est leur affaire, à mon avis, et tant que personne ne brutalise ou
ne tue personne, je n'ai rien à en dire et pas de jugement à porter. Ce qui
m'intéressait dans ce "tableau", c'est l'incongruité du lieu et les
personnages qui le composent. Pas la sexualité de groupe !
Tout ça pour dire que l'intention politique
peut être là, sous une forme démonstrative ou légère, mais qu'on ne la voit pas
toujours pour ce qu'elle est.
Et pour finir : quand j'ai vraiment envie
d'aborder de front une question politique qui me paraît importante, j'écris un
texte politique, un manifeste, un pamphlet, pas une fiction. C'est cela la beauté de
l'écriture : on peut faire ce qu'on veut. La fiction, pour moi (et je ne parle que pour moi), sert à retravailler la confusion des sentiments éprouvés pendant les expériences de la vie. Mais ça n'est pas la seule forme possible. Depuis quelques années, je
me suis mis aussi à écrire des poèmes et des chansons (en anglais, beaucoup)
pour exprimer mes sentiments à l'occasion d'expériences très intimes.
Bref, je pourrais dire que ce qui me pousse vers un texte plutôt qu'un autre, c'est mon humeur, plutôt que le "sujet que j'ai envie de traiter". Quand je suis ému et triste, j'écris des poèmes. Quand je suis amoureux, j'écris des romans d'amour. Quand je suis perplexe, j'écris des romans d'énigme. Quand je suis d'humeur chevaleresque, j'écris un roman épique. Et quand je suis en pétard, j'écris un coup de gueule de douze pages, avec trois tonnes d'exemples, et je le poste sur mon site !!!
M.W.
lundi 15 mars 2010
Brève rencontre + 1 livre, 7 - par Younes
John Withmight n’existait que dans la tête désabusée de Kader. C’était un anglais flegmatique qui perdait toute mesure devant les belles femmes et surtout devant le corps nu de Katya. The Body avait bel et bien réussi à rattraper The Book pour fusionner et ne laisser que l’étreinte triompher dans l’arène brumeuse de la spiritualité. Pourtant, ce qui était écrit, entendait également un autre sens. ‘Ô John, hold The Book with might’, ainsi formulée en anglais séduisait mieux. Il laissa de côté la version française avec Jean Le Baptiste et il ne saurait probablement jamais quelle adaptation irait le mieux avec Yo-hanan.
John Withmight n’aurait pas vu le jour dans la mosquée du quartier où le nom de Yahya résonnait souvent dans les récitations des fidèles, juste avant l’appel à la prière du vendredi.
La tête désabusée de Kader avait enfanté son alter ego anglais dans un bus où il passait deux heures de sa vie d’adulte entre son quartier dortoir et celui, huppé entre autres, où il travaillait comme chef de chaîne dans une usine de textile délocalisée. Six jours sur sept, avec une flexibilité des horaires à sens positif.
Il passait la majorité du parcours le nez collé à la vitre détectant les changements du ton architectural d’un quartier à l’autre. Sur la même ligne, il côtoyait évidemment ses filles de l’atelier et là, il essayait de n’être plus que l’ombre de quelque inconnu, un fantôme pour leur laisser un espace supplémentaire de vie où il n’occuperait aucune position hiérarchique étouffante, et qui les emprisonnerait dans une raideur et une posture qu’elles entameraient bientôt courbées sur leurs surjeteuses piqueuses.
Il fuyait loin, très loin, mais il n’osait lire par pudeur et par peur du ridicule. Dans sa ville, les filles de l’atelier, telles qu’on les désignait par essor du phénomène économique, avaient la réputation d’avoir en horreur les intellos et les prises de tête qui vont avec.
Une seule fois, il fit exception à cette règle de conduite avec la poésie de Heinrich Heine dont il parcourait quelques pages en Allemand qu’il apprenait le soir à l’Institut Goethe . Il entretenait encore l’illusion de partir à l’étranger, en Allemagne surtout. Une toute dernière illusion qu’il s’était promise à lui-même.
Le verset sortit de la bouche de l’homme assis à ses côtés dans le bus. Il n’avait rien de particulier et ne parlait vraisemblablement aucune langue autre que l’Arabe, mais le recueil lui suffisait pour donner tout heureux et partager une interprétation de la conviction adressée à Jean. Il dit au lecteur de Heine que la
Connaissance, le Savoir, la Science se prenaient avec force et il lui cita ‘’Ya Yahya, khoudi al Kitab bi qouwwah’’.
Etait-ce un signe ? Que prendre avec force ? Le Livre ? L’Allemand ? ou la poésie ?
John Withmight naquit plus tard, sur le même trajet en l’absence d’autres signes, de l’impossibilité à déchiffrer quand les portes étaient closes et que les Katya s’échinaient.
dimanche 14 mars 2010
Brève rencontre + 1 livre, 6 - par Gilda
C'est un petit livre tout blanc et tout fin de 63 pages et heureusement.
Je dois partir, deux jours à Bruxelles, pour la Foire du Livre. Nous sommes convenus avec une blogueuse de nous y retrouver. Le programme est alléchant, il y aura entre autres Pennac en scène et son Merci, dont je suis curieuse. Et puis ma meilleure amie. Bizarrement j'en suis sans nouvelles précises depuis début janvier. Trop de travail sans doute, toujours sur-occupée. J'ai un manuscrit à lui confier sur lequel j'aimerais son avis car c'est elle qui m'a poussée à organiser mes textes en vue du papier.
Le papier n'est pas mon monde, l'internet si. Mais je tiens compte de ce qu'elle me dit.
Mes bagages sont bouclés, je prends toujours trop de choses, ôte donc quelques bouquins - je vais à un salon où il y en aura -. À l'instant de refermer la porte je vois ce petit livre, si léger, si fin. Acheté la veille à la Librairie Compagnie où Anne Godard présentait son "Inconsolable" qui m'avait tant impressionnée.
La vie avait été rude les mois qui précédaient, maladies confirmées ou annoncées mais sérieuses pour ma fille ou pour moi, problèmes au travail, homme de ma vie dont je n'étais plus tout à fait la femme, tracas financiers. Restaient : mon fils, l'amitié, les livres. Sous la pression des événements, des peurs et de l'épuisement, écrire, j'avais du mal.
Depuis janvier cette éclaircie qui se dessinait. Il fallait vite reprendre pied avant la prochaine saison de calamités.
Me retrouver quelques jours au milieu des livres, beaucoup de livres, et revoir des personnes bien-aimées, serait probablement l'occasion d'oublier "l'usine" aussi et la façon dont j'y étais, comme tant d'autres, traitée, déguster quelques bières en bonne compagnie, puis repartir du bon pied.
La période difficile m'avait laissée exténuée, vidée, et équipée d'un sentiment de solitude glaçant. Les amis, c'est normal, ne sont pas toujours disponibles au gré de nos besoins de secours. Je suis un animal qui en cas de malheurs tend à se taire et se terrer. Aux autres de deviner. Pas très malin comme attitude mais c'est alors ainsi.
Je vois ce petit livre, si léger, si fin et le glisse vite fait dans la poche de mon blouson.
Le voyage se passe bien. L'hôtel économique est dans un quartier apeuré, le tenancier terrifié me déconseille de sortir avec mon appareil photo. Impavide, je file à la Foire.
Mais quand je croise l'amie que j'espérais retrouver, prévenue par mail plus tôt, son attitude a changé. Je ne sais pas pourquoi. J'étais persuadée qu'on tomberait dans les bras l'une de l'autre ; qu'on trouverait un moment à nous ; qu'on parlerait.
Ma fille avait été si malade, le reste du temps si compacté, on reprendrait notre amitié là où avant elle en était.
Non.
Elle me regarde comme une étrangère. Mon grand-père en ses derniers moments, qui ne se souvenait plus de qui étaient ces gens mais de nous avoir déjà vus, avait cette même façon. Elle me congédie, C'est mieux qu'on ne se voie plus.
Je tombe sidérée.
Au lendemain j'obtiens quelques mots qui ne sont pas fâchés. Comme si l'amitié dépendait de CDD. Le mien auprès d'elle n'est pas renouvelé sans aucun signe avant-coureur fors le silence messager.
Disjonction. Je ne peux plus faire confiance à personne, ni croire en l'amitié. Mur porteur effondré. État de choc.
Une femme dans le métro a un geste simple qui à cet instant me sauve (non, tout le monde ne veut pas me tuer). À l'hôtel, je passe une nuit.
Le lendemain un rendez-vous prévu chez un vieil ami. Je fais pour l'honorer un effort inouï. De moi ne reste qu'une enveloppe, l'intérieur n'est que mécanismes. Je n'habite plus à ma carcasse. Sur le quai, en attendant le train pour me rendre en sa ville proche et comme il fait, ou j'ai, très froid, je mets ma main libre de bagage dans une poche du blouson.
Il y a un bouquin.
Ah, tiens, c'est vrai.
Pas envie de lire. Le fumeur tenant un paquet de cigarettes, préoccupé, s'en allumerait une. Le livre, je l'ouvre.
Il commence par "Ça commence". Je me sens détruite, commencer est la seule chose que je peux faire, de toutes façons je suis morte hier, il faut bien commencer à nouveau. Et par miracle, parce que le texte est parfaitement écrit, chaleureux, parce qu'il parle d'une amitié solide et fondatrice entre deux hommes qui n'ont pas démérité, l'un pour écrire l'autre pour éditer, je me laisse embarquer.
Je ne le sais pas encore, les 48 heures suivantes resteront un danger, une dérive de tempête, mais dès lors je suis sauvée.
* * *
le livre : «Jérôme Lindon » de Jean Échenoz
un lien : Le geste qui sauve
http://tinyurl.com/ylaubsu
une autre version, un pas de côté : Le jour d'après trois ans après à peu de choses près.
http://tinyurl.com/yhmsocr
Je dois partir, deux jours à Bruxelles, pour la Foire du Livre. Nous sommes convenus avec une blogueuse de nous y retrouver. Le programme est alléchant, il y aura entre autres Pennac en scène et son Merci, dont je suis curieuse. Et puis ma meilleure amie. Bizarrement j'en suis sans nouvelles précises depuis début janvier. Trop de travail sans doute, toujours sur-occupée. J'ai un manuscrit à lui confier sur lequel j'aimerais son avis car c'est elle qui m'a poussée à organiser mes textes en vue du papier.
Le papier n'est pas mon monde, l'internet si. Mais je tiens compte de ce qu'elle me dit.
Mes bagages sont bouclés, je prends toujours trop de choses, ôte donc quelques bouquins - je vais à un salon où il y en aura -. À l'instant de refermer la porte je vois ce petit livre, si léger, si fin. Acheté la veille à la Librairie Compagnie où Anne Godard présentait son "Inconsolable" qui m'avait tant impressionnée.
La vie avait été rude les mois qui précédaient, maladies confirmées ou annoncées mais sérieuses pour ma fille ou pour moi, problèmes au travail, homme de ma vie dont je n'étais plus tout à fait la femme, tracas financiers. Restaient : mon fils, l'amitié, les livres. Sous la pression des événements, des peurs et de l'épuisement, écrire, j'avais du mal.
Depuis janvier cette éclaircie qui se dessinait. Il fallait vite reprendre pied avant la prochaine saison de calamités.
Me retrouver quelques jours au milieu des livres, beaucoup de livres, et revoir des personnes bien-aimées, serait probablement l'occasion d'oublier "l'usine" aussi et la façon dont j'y étais, comme tant d'autres, traitée, déguster quelques bières en bonne compagnie, puis repartir du bon pied.
La période difficile m'avait laissée exténuée, vidée, et équipée d'un sentiment de solitude glaçant. Les amis, c'est normal, ne sont pas toujours disponibles au gré de nos besoins de secours. Je suis un animal qui en cas de malheurs tend à se taire et se terrer. Aux autres de deviner. Pas très malin comme attitude mais c'est alors ainsi.
Je vois ce petit livre, si léger, si fin et le glisse vite fait dans la poche de mon blouson.
Le voyage se passe bien. L'hôtel économique est dans un quartier apeuré, le tenancier terrifié me déconseille de sortir avec mon appareil photo. Impavide, je file à la Foire.
Mais quand je croise l'amie que j'espérais retrouver, prévenue par mail plus tôt, son attitude a changé. Je ne sais pas pourquoi. J'étais persuadée qu'on tomberait dans les bras l'une de l'autre ; qu'on trouverait un moment à nous ; qu'on parlerait.
Ma fille avait été si malade, le reste du temps si compacté, on reprendrait notre amitié là où avant elle en était.
Non.
Elle me regarde comme une étrangère. Mon grand-père en ses derniers moments, qui ne se souvenait plus de qui étaient ces gens mais de nous avoir déjà vus, avait cette même façon. Elle me congédie, C'est mieux qu'on ne se voie plus.
Je tombe sidérée.
Au lendemain j'obtiens quelques mots qui ne sont pas fâchés. Comme si l'amitié dépendait de CDD. Le mien auprès d'elle n'est pas renouvelé sans aucun signe avant-coureur fors le silence messager.
Disjonction. Je ne peux plus faire confiance à personne, ni croire en l'amitié. Mur porteur effondré. État de choc.
Une femme dans le métro a un geste simple qui à cet instant me sauve (non, tout le monde ne veut pas me tuer). À l'hôtel, je passe une nuit.
Le lendemain un rendez-vous prévu chez un vieil ami. Je fais pour l'honorer un effort inouï. De moi ne reste qu'une enveloppe, l'intérieur n'est que mécanismes. Je n'habite plus à ma carcasse. Sur le quai, en attendant le train pour me rendre en sa ville proche et comme il fait, ou j'ai, très froid, je mets ma main libre de bagage dans une poche du blouson.
Il y a un bouquin.
Ah, tiens, c'est vrai.
Pas envie de lire. Le fumeur tenant un paquet de cigarettes, préoccupé, s'en allumerait une. Le livre, je l'ouvre.
Il commence par "Ça commence". Je me sens détruite, commencer est la seule chose que je peux faire, de toutes façons je suis morte hier, il faut bien commencer à nouveau. Et par miracle, parce que le texte est parfaitement écrit, chaleureux, parce qu'il parle d'une amitié solide et fondatrice entre deux hommes qui n'ont pas démérité, l'un pour écrire l'autre pour éditer, je me laisse embarquer.
Je ne le sais pas encore, les 48 heures suivantes resteront un danger, une dérive de tempête, mais dès lors je suis sauvée.
* * *
le livre : «Jérôme Lindon » de Jean Échenoz
un lien : Le geste qui sauve
http://tinyurl.com/ylaubsu
une autre version, un pas de côté : Le jour d'après trois ans après à peu de choses près.
http://tinyurl.com/yhmsocr
Secrets de fabrique, grosses ficelles et chapeaux à double fond
Dans le message qui accompagne sa contribution, l'une des écrivantes m'écrit : "Les gens qui vous lisent sont avides de conseils, aimeraient que vous leur expliquiez comment vous vous y prenez, vous. Pour créer des personnages. Pour raconter vos histoires. Pour réussir vos chutes. Enfin, vous ne souhaitez peut-etre pas partager vos secrets..."
Je lui réponds que je serais ravi de partager ce que je sais, et lui suggère (et à vous par la même occasion) de m'envoyer des questions aussi terre-à-terre que possible, et j'essaierai d'y répondre.
Mais d'abord, je vais essayer d'expliquer pourquoi ce message m'a fait plaisir, pourquoi je ne vois aucun inconvénient à partager, et enfin pourquoi je suis excité à l'idée de recevoir des questions des écrivant(e)s.
D'abord, je trouve plutôt rafraîchissant qu'on me parle de mon travail d'écrivant, et non pas forcément de mes motivations de médecin. Même si je crois être un "vrai soignant" (pour la définition, je vous renvoie à mon Webzine...), je me suis mis à écrire bien avant d'avoir conscience que je pouvais soigner (et qu'on pouvait me demander du soin). Techniquement parlant, mon expérience d'écrivant précède de près de dix ans mon expérience de médecin. Pourtant, on ne m'interroge pratiquement jamais à ce sujet, en dehors des allusions obligées à "mes influences", "mon inspiration", "mes engagements"... Et de même que j'aime expliquer à des étudiants en médecine comment poser un stérilet sans faire mal ou comment identifier "la question cachée" derrière le motif de consultation avoué d'un patient, j'aime bien expliquer "comment j'ai écrit mes livres" (ou mes nouvelles).
Le premier écrivain que j'ai lu expliquant dans quelles circonstances il avait écrit telle ou telle de ses nouvelles est Isaac Asimov, dans l'un de ses recueils (je crois qu'il s'agissait de "Histoires Mystérieuses", (coll. "Présence du Futur", Denoël). Il prenait manifestement plaisir à raconter qu'il avait eu l'idée de telle ou telle histoire en parlant avec un de ses amis ou en faisant un pari avec le rédacteur en chef d'une revue, ou en relevant un défi lancé par un collègue écrivain. Pour Asimov, writing was fun, et ça l'est pour moi aussi. Quand j'écris, je m'amuse (enfin, j'essaie). Et j'aime raconter. Alors, raconter comment j'ai écrit (ou comment j'ai essayé d'écrire) ça m'amuse aussi, forcément...
Ensuite, s'il m'est facile de partager c'est parce que je ne crois pas vraiment avoir de "secrets". J'ai appris à écrire en lisant, puis en imitant, puis en expérimentant. Et je continue à faire la même chose, même si l'expérimentation s'appuie aujourd'hui sur une expérience beaucoup plus grande que lorsque j'avais quinze ans. Mais je serais bien en peine de vous révéler "mes secrets", parce que je ne sais pas exactement comment je fais... et parce que ce qui me paraît réussi peut paraître raté à d'autres : ainsi, l'écrivante/lectrice qui a suscité cette entrée m'a révélé avoir beaucoup aimé les deux premiers volumes de la Trilogie Twain, beaucoup moins le troisième, dont la construction "en abyme" lui a semblé casser le rythme de la narration adopté dans les deux premiers. Et je serais bien en peine de contester son opinion puisque, à mon sens, le lecteur a... toujours raison.
Non, ce n'est pas une déclaration démagogique. Mais si l'on admet qu'il y a autant de lectures possibles d'un livre que de lecteurs, et si l'on part du principe qu'un lecteur qui dit avoir lu un livre d'un bout à l'autre est de bonne foi, alors, il n'y a pas de raison de penser qu'il y a des lecteurs qui ont raison, et d'autres qui ont tort : chaque livre est "fait", ou non, pour les lecteurs qui le lisent. Un écrivain très lu a la chance que ses livres soient "faits" pour beaucoup de lecteurs.
Et si certains lecteurs ne les aiment pas, c'est qu'ils ne sont pas "faits pour eux"... ou pas tout à fait. Le lecteur a donc toujours raison... mais seulement pour lui, pas pour les autres, qui peuvent avoir un avis différent. Idéalement, un livre qui rencontre des lecteurs "faits pour lui" (car c'est réflexif...) a des chances d'en toucher d'autres (les premiers transmettront l'envie de le lire à d'autres). Idéalement, je le répète, car ce n'est pas toujours vrai : combien de fois avons-nous tous "tanné" des amis pour qu'ils lisent tel ou tel bouquin, pour entendre finalement dire : "Oh, je suis désolé, mais il m'est tombé des mains..."
Un livre qui a du succès, c'est un livre qui rencontre beaucoup de lecteurs qui le trouvent fait pour eux... Ca ne veut pas dire qu'ils ont "raison", ni que les autres on "tort". Le plaisir de la lecture, c'est tellement subjectif, tellement privé, que c'est comme le sexe : ce que j'aime moi n'est pas nécessairement ce qu'un(e) autre aimera. L'essentiel, c'est d'y trouver plaisir et ça n'enlève rien à personne. Je suis évidemment jaloux comme un pou du succès de librairie d'une Amélie Nothomb, d'un Bernard Werber ou d'un Marc Lévy (qui ne le serait pas) mais si tant de lecteurs aiment leurs livres, qui suis-je pour dire qu'ils ont tort d'acheter ces livres-là et pas les miens ?
Tout ça pour dire que parler de la manière dont j'ai conçu ou construit tel ou tel bouquin ne me paraît jamais pouvoir relever du "secret de fabrique" ou de la "recette secrète" à conserver jalousement, car ce serait idiot : il faudrait non seulement que ce "secret" soit un ingrédient ou un procédé que personne ne peut reproduire et qui donne à mes livres un goût aussi inimitable et aussi universellement apprécié que celui d'un Yqem ou du Coca-Cola - on en est loin ; mais il faudrait aussi que, ce secret, je le maîtrise au point de savoir le réutiliser à volonté à chaque livre, et d'être ainsi assuré de contenter un nombre identique (voire croissant) des lecteurs/trices.
Alors, bien sûr, il existe des écrivains à "recettes" (je ne citerai personne, vous en avez toutes et tous un ou deux en tête). Mais je ne suis pas sûr que même eux se voient ainsi, du moins au début. Le succès aidant, ils se retrouvent enfermés dans une formule dont ils n'arrivent pas à se sortir... ou se satisfont parfaitement de réutiliser, livre après livre, les mêmes ficelles. Mais pour eux, est-ce une "recette", ou bien la trame, la forme dans laquelle ils se sentent le plus à l'aise ? Je veux dire : est-ce qu'ils écrivent toujours le même livre pour faire plaisir au lecteurs ou pour se faire plaisir (ou, d'ailleurs, pour se rassurer) ?
Impossible de répondre à cette question. Et, d'ailleurs, quelle importance ? S'ils sont contents d'eux-mêmes et si leurs lecteurs le sont aussi, franchement, qu'est-ce que ça peut foutre ?
Oui, oui, je vous entends d'ici : "Mais s'ils écrivent de la merde ?!!!"
Eh bien, personne n'est obligé de les lire, et puis "la merde", c'est tout relatif. A cet égard, je reste très circonspect. Je prenais beaucoup de plaisir à lire des romans-photo, quand j'étais gamin. Ils stimulaient terriblement mon imagination. Si je n'en lis plus, est-ce que parce que les romans-photo d'aujourd'hui (je suis sûr qu'il en existe encore) sont "moins bons" que ceux d'hier, ou bien est-ce parce que j'ai trouvé du plaisir dans d'autres modes de narration, d'autres combinaisons de mots, d'autres sortes d'histoires ? Et est-ce que, d'une certaine manière, Oui-Oui, Le Club des Cinq et les romans-photos ne m'ont pas, chacun à leur manière, préparé à lire d'autres choses ? Est-ce que je dois m'étonner de ne plus aimer Oui-Oui ? (Ou, du moins, de ne plus y trouver le même plaisir ?)
Ainsi, quand un(e) lecture/trice me dit avoir été "déçu(e)" par Le Choeur des femmes, par exemple, alors que La maladie de Sachs l'avait "bouleversé(e)", je n'ai rien à répondre. Il s'est passé dix ans, j'ai changé, il ou elle a changé, ce n'est pas le même livre. Tout est différent. Tout le monde ne peut pas vivre une brève aventure flamboyante à Paris avec un(e) amant(e) et retrouver la même flamme, intacte, cinq ou dix ans plus tard à Casablanca...
Un livre, c'est l'aventure d'une nuit, d'un week-end, d'un mois. Ca ne garantit en rien qu'on aimera tous les livres de (toutes les aventures vécues avec) son écrivain. Chaque livre, c'est un risque, pour le lecteur comme pour l'écrivain. C'est comme l'amour. On n'est jamais sûr que ce sera aussi bien que la fois précédente...
Maintenant, ça ne veut pas dire que je n'ai pas des trucs, des tours de passe-passe, des chapeaux à double fond bien à moi dont j'entends faire sortir des lapins ou des rhinocéros. Mais ce ne sont pas des secrets, ni même des recettes, plutôt des coquetteries, des figures préférées, comme la posture dans laquelle un escrimeur se tient avant l'assaut, les attaques, les parades et les bottes qu'il maîtrise le mieux (avec lesquelles il se sent le plus à l'aise). J'aime bien l'analogie avec l'escrime pour des raisons à la fois littéraires, cinématographiques (mon héros de l'écran, à quinze ans, c'était Jean Marais dans Le Capitan et Le Capitaine Fracasse) et autobiographiques (j'ai fait de l'escrime entre 12 et 17 ans).
Et ces trucs, je veux bien les donner si on me les demande, ça me fera plaisir. Mais je ne suis pas sûr qu'ils soient utilisables par un autre que moi. En tout cas, ils peuvent au moins donner des idées à ceux qui me liront, ou les conforter (et ce n'est pas rien) dans l'idée que leurs trucs, leurs bottes secrètes ou leurs coffrets à double fond, valent bien les miens.
Et puis, l'idée qu'on me demande "comment je fais" m'excite car, j'en suis sûr, je vais être surpris par les questions, et en tentant d'y répondre, je vais me surprendre à décrire tout un tas de comportements d'écriture intuitifs dont je n'avais pas conscience.
Autant dire que je vous attends de pied ferme !
Messieurs, Mesdames, en garde !
J'ai des réponses. Qui a des questions ?
Martin Vingt Clercs
Je lui réponds que je serais ravi de partager ce que je sais, et lui suggère (et à vous par la même occasion) de m'envoyer des questions aussi terre-à-terre que possible, et j'essaierai d'y répondre.
Mais d'abord, je vais essayer d'expliquer pourquoi ce message m'a fait plaisir, pourquoi je ne vois aucun inconvénient à partager, et enfin pourquoi je suis excité à l'idée de recevoir des questions des écrivant(e)s.
D'abord, je trouve plutôt rafraîchissant qu'on me parle de mon travail d'écrivant, et non pas forcément de mes motivations de médecin. Même si je crois être un "vrai soignant" (pour la définition, je vous renvoie à mon Webzine...), je me suis mis à écrire bien avant d'avoir conscience que je pouvais soigner (et qu'on pouvait me demander du soin). Techniquement parlant, mon expérience d'écrivant précède de près de dix ans mon expérience de médecin. Pourtant, on ne m'interroge pratiquement jamais à ce sujet, en dehors des allusions obligées à "mes influences", "mon inspiration", "mes engagements"... Et de même que j'aime expliquer à des étudiants en médecine comment poser un stérilet sans faire mal ou comment identifier "la question cachée" derrière le motif de consultation avoué d'un patient, j'aime bien expliquer "comment j'ai écrit mes livres" (ou mes nouvelles).
Le premier écrivain que j'ai lu expliquant dans quelles circonstances il avait écrit telle ou telle de ses nouvelles est Isaac Asimov, dans l'un de ses recueils (je crois qu'il s'agissait de "Histoires Mystérieuses", (coll. "Présence du Futur", Denoël). Il prenait manifestement plaisir à raconter qu'il avait eu l'idée de telle ou telle histoire en parlant avec un de ses amis ou en faisant un pari avec le rédacteur en chef d'une revue, ou en relevant un défi lancé par un collègue écrivain. Pour Asimov, writing was fun, et ça l'est pour moi aussi. Quand j'écris, je m'amuse (enfin, j'essaie). Et j'aime raconter. Alors, raconter comment j'ai écrit (ou comment j'ai essayé d'écrire) ça m'amuse aussi, forcément...
Ensuite, s'il m'est facile de partager c'est parce que je ne crois pas vraiment avoir de "secrets". J'ai appris à écrire en lisant, puis en imitant, puis en expérimentant. Et je continue à faire la même chose, même si l'expérimentation s'appuie aujourd'hui sur une expérience beaucoup plus grande que lorsque j'avais quinze ans. Mais je serais bien en peine de vous révéler "mes secrets", parce que je ne sais pas exactement comment je fais... et parce que ce qui me paraît réussi peut paraître raté à d'autres : ainsi, l'écrivante/lectrice qui a suscité cette entrée m'a révélé avoir beaucoup aimé les deux premiers volumes de la Trilogie Twain, beaucoup moins le troisième, dont la construction "en abyme" lui a semblé casser le rythme de la narration adopté dans les deux premiers. Et je serais bien en peine de contester son opinion puisque, à mon sens, le lecteur a... toujours raison.
Non, ce n'est pas une déclaration démagogique. Mais si l'on admet qu'il y a autant de lectures possibles d'un livre que de lecteurs, et si l'on part du principe qu'un lecteur qui dit avoir lu un livre d'un bout à l'autre est de bonne foi, alors, il n'y a pas de raison de penser qu'il y a des lecteurs qui ont raison, et d'autres qui ont tort : chaque livre est "fait", ou non, pour les lecteurs qui le lisent. Un écrivain très lu a la chance que ses livres soient "faits" pour beaucoup de lecteurs.
Et si certains lecteurs ne les aiment pas, c'est qu'ils ne sont pas "faits pour eux"... ou pas tout à fait. Le lecteur a donc toujours raison... mais seulement pour lui, pas pour les autres, qui peuvent avoir un avis différent. Idéalement, un livre qui rencontre des lecteurs "faits pour lui" (car c'est réflexif...) a des chances d'en toucher d'autres (les premiers transmettront l'envie de le lire à d'autres). Idéalement, je le répète, car ce n'est pas toujours vrai : combien de fois avons-nous tous "tanné" des amis pour qu'ils lisent tel ou tel bouquin, pour entendre finalement dire : "Oh, je suis désolé, mais il m'est tombé des mains..."
Un livre qui a du succès, c'est un livre qui rencontre beaucoup de lecteurs qui le trouvent fait pour eux... Ca ne veut pas dire qu'ils ont "raison", ni que les autres on "tort". Le plaisir de la lecture, c'est tellement subjectif, tellement privé, que c'est comme le sexe : ce que j'aime moi n'est pas nécessairement ce qu'un(e) autre aimera. L'essentiel, c'est d'y trouver plaisir et ça n'enlève rien à personne. Je suis évidemment jaloux comme un pou du succès de librairie d'une Amélie Nothomb, d'un Bernard Werber ou d'un Marc Lévy (qui ne le serait pas) mais si tant de lecteurs aiment leurs livres, qui suis-je pour dire qu'ils ont tort d'acheter ces livres-là et pas les miens ?
Tout ça pour dire que parler de la manière dont j'ai conçu ou construit tel ou tel bouquin ne me paraît jamais pouvoir relever du "secret de fabrique" ou de la "recette secrète" à conserver jalousement, car ce serait idiot : il faudrait non seulement que ce "secret" soit un ingrédient ou un procédé que personne ne peut reproduire et qui donne à mes livres un goût aussi inimitable et aussi universellement apprécié que celui d'un Yqem ou du Coca-Cola - on en est loin ; mais il faudrait aussi que, ce secret, je le maîtrise au point de savoir le réutiliser à volonté à chaque livre, et d'être ainsi assuré de contenter un nombre identique (voire croissant) des lecteurs/trices.
Alors, bien sûr, il existe des écrivains à "recettes" (je ne citerai personne, vous en avez toutes et tous un ou deux en tête). Mais je ne suis pas sûr que même eux se voient ainsi, du moins au début. Le succès aidant, ils se retrouvent enfermés dans une formule dont ils n'arrivent pas à se sortir... ou se satisfont parfaitement de réutiliser, livre après livre, les mêmes ficelles. Mais pour eux, est-ce une "recette", ou bien la trame, la forme dans laquelle ils se sentent le plus à l'aise ? Je veux dire : est-ce qu'ils écrivent toujours le même livre pour faire plaisir au lecteurs ou pour se faire plaisir (ou, d'ailleurs, pour se rassurer) ?
Impossible de répondre à cette question. Et, d'ailleurs, quelle importance ? S'ils sont contents d'eux-mêmes et si leurs lecteurs le sont aussi, franchement, qu'est-ce que ça peut foutre ?
Oui, oui, je vous entends d'ici : "Mais s'ils écrivent de la merde ?!!!"
Eh bien, personne n'est obligé de les lire, et puis "la merde", c'est tout relatif. A cet égard, je reste très circonspect. Je prenais beaucoup de plaisir à lire des romans-photo, quand j'étais gamin. Ils stimulaient terriblement mon imagination. Si je n'en lis plus, est-ce que parce que les romans-photo d'aujourd'hui (je suis sûr qu'il en existe encore) sont "moins bons" que ceux d'hier, ou bien est-ce parce que j'ai trouvé du plaisir dans d'autres modes de narration, d'autres combinaisons de mots, d'autres sortes d'histoires ? Et est-ce que, d'une certaine manière, Oui-Oui, Le Club des Cinq et les romans-photos ne m'ont pas, chacun à leur manière, préparé à lire d'autres choses ? Est-ce que je dois m'étonner de ne plus aimer Oui-Oui ? (Ou, du moins, de ne plus y trouver le même plaisir ?)
Ainsi, quand un(e) lecture/trice me dit avoir été "déçu(e)" par Le Choeur des femmes, par exemple, alors que La maladie de Sachs l'avait "bouleversé(e)", je n'ai rien à répondre. Il s'est passé dix ans, j'ai changé, il ou elle a changé, ce n'est pas le même livre. Tout est différent. Tout le monde ne peut pas vivre une brève aventure flamboyante à Paris avec un(e) amant(e) et retrouver la même flamme, intacte, cinq ou dix ans plus tard à Casablanca...
Un livre, c'est l'aventure d'une nuit, d'un week-end, d'un mois. Ca ne garantit en rien qu'on aimera tous les livres de (toutes les aventures vécues avec) son écrivain. Chaque livre, c'est un risque, pour le lecteur comme pour l'écrivain. C'est comme l'amour. On n'est jamais sûr que ce sera aussi bien que la fois précédente...
Maintenant, ça ne veut pas dire que je n'ai pas des trucs, des tours de passe-passe, des chapeaux à double fond bien à moi dont j'entends faire sortir des lapins ou des rhinocéros. Mais ce ne sont pas des secrets, ni même des recettes, plutôt des coquetteries, des figures préférées, comme la posture dans laquelle un escrimeur se tient avant l'assaut, les attaques, les parades et les bottes qu'il maîtrise le mieux (avec lesquelles il se sent le plus à l'aise). J'aime bien l'analogie avec l'escrime pour des raisons à la fois littéraires, cinématographiques (mon héros de l'écran, à quinze ans, c'était Jean Marais dans Le Capitan et Le Capitaine Fracasse) et autobiographiques (j'ai fait de l'escrime entre 12 et 17 ans).
Et ces trucs, je veux bien les donner si on me les demande, ça me fera plaisir. Mais je ne suis pas sûr qu'ils soient utilisables par un autre que moi. En tout cas, ils peuvent au moins donner des idées à ceux qui me liront, ou les conforter (et ce n'est pas rien) dans l'idée que leurs trucs, leurs bottes secrètes ou leurs coffrets à double fond, valent bien les miens.
Et puis, l'idée qu'on me demande "comment je fais" m'excite car, j'en suis sûr, je vais être surpris par les questions, et en tentant d'y répondre, je vais me surprendre à décrire tout un tas de comportements d'écriture intuitifs dont je n'avais pas conscience.
Autant dire que je vous attends de pied ferme !
Messieurs, Mesdames, en garde !
J'ai des réponses. Qui a des questions ?
Martin Vingt Clercs
samedi 13 mars 2010
Brève rencontre + 1 livre, 5 - par Tutim
J’avais rendez-vous avec mon éditeur. Je m’étais promis de relire l’épilogue de mon dernier roman pour pouvoir en reparler sereinement avec lui et il me restait quinze stations pour m’y atteler. Il faisait chaud. Le métro était quasiment vide.
En entrant dans le wagon, mon regard fut immédiatement attiré par une jeune femme qui lisait et je m’installai face à elle. Elle était assise en tailleur juste au milieu d’une banquette à deux places. Elle se tenait très droite. Ses cheveux étaient relevés en un chignon bien serré ce qui me laissa penser qu’elle était danseuse. Je la trouvai ravissante et je n’aurais su dire pourquoi. Peut-être était-ce l’imperfection gracieuse de ses grands yeux ronds, la position de ses doigts sur son livre ou la subtilité de son geste quand elle entreprit de réajuster la barrette qui retenait l’une de ses mèches un peu plus souples que les autres. Ou peut-être un peu de tout ça.
Son sac était posé près d’elle, grand ouvert. En le laissant ainsi à la portée du regard et des mains baladeuses, elle s’était déconnectée du monde qui l’entourait. Pourtant, comme nous, elle avait entendu les messages de la RATP prévenant de la présence de pickpockets mais elle ne les avait pas écoutés. Et comme nous, elle avait vu les gens serrer bien fort contre eux leurs sacs à mains mais elle ne les avait pas regardés. Non, elle vivait dans un monde qui lui était propre.
Je la bénis d’avoir commis cette imprudence puisqu’elle m’offrait la possibilité de la connaître un peu mieux. Son sac était une besace grande et informe comme celles que trimballent les jeunes femmes qui ont peur de manquer. En me penchant, j’aperçus un coffret à CD et j’imaginai leurs mélodies bercer vingt paires d’yeux mémorisant les gestes que la danseuse leur enseignait. Il y avait aussi un livre dont la couverture était, comme celui qu’elle tenait à cet instant-là, recouverte d’une page de magazine si bien que je ne pus en apercevoir le titre. Le reste était enfoui en dessous et je dus me contenter de la partie visible de ses secrets.
Je relevai la tête en ayant l’impression de la connaitre un peu mieux. Elle était toujours plongée dans son livre faisant abstraction des va-et-vient environnants.
C’est à cet instant-là que j’ai su qu’elle serait l’un des personnages de mon prochain roman. Depuis quelques semaines déjà, je m’attelais à la construction de l’intrigue et j’étais poreuse à l’inspiration que m’offrait le quotidien. L’aubaine était trop belle. J’en étais certaine maintenant, ma danseuse serait là, dans mes pages et j’espérais qu’ensemble, on écrirait une jolie histoire.
J’avais mal au cœur de devoir la quitter sans lui dire ma gratitude. J’aurais voulu me présenter, la remercier, lui dire qu’elle avait éveillé en moi cette petite étincelle de désir qu’on appelle inspiration. Mais j’eus peur qu’elle ne comprenne pas alors je renonçai. En me levant, je laissai tomber l’exemplaire de mon livre que j’avais déposé à côté de moi, sur la banquette.
Il heurta le pied de la danseuse ce qui la sortit de sa torpeur. Elle se pencha pour le ramasser. Elle sourit en me le tendant. Son sourire était immense. Mon cœur se mit à battre plus vite devant le regret de la quitter ainsi. Le métro s’arrêta et je m’apprêtai à sortir du wagon quand une voix m’interpela. C’était la sienne. En désignant le livre que je tenais maintenant à la main, elle me dit :
« Vous ne savez pas la chance que vous avez de ne pas l’avoir terminé. » Et en relevant une mèche échappée de son chignon, elle ajouta : « J’y ai pensé longtemps après l’avoir fini et maintenant, j’attends juste le prochain. »
Quand je lui souris, des larmes vinrent s’agglutiner au coin de mes yeux. Je regardai les portes du wagon se refermer avec leur sursaut habituel. Et quand je réussis enfin à articuler un « merci », elle était déjà loin et les larmes dans ma gorge trop nombreuses pour qu’elle me comprenne de toute façon.
En entrant dans le wagon, mon regard fut immédiatement attiré par une jeune femme qui lisait et je m’installai face à elle. Elle était assise en tailleur juste au milieu d’une banquette à deux places. Elle se tenait très droite. Ses cheveux étaient relevés en un chignon bien serré ce qui me laissa penser qu’elle était danseuse. Je la trouvai ravissante et je n’aurais su dire pourquoi. Peut-être était-ce l’imperfection gracieuse de ses grands yeux ronds, la position de ses doigts sur son livre ou la subtilité de son geste quand elle entreprit de réajuster la barrette qui retenait l’une de ses mèches un peu plus souples que les autres. Ou peut-être un peu de tout ça.
Son sac était posé près d’elle, grand ouvert. En le laissant ainsi à la portée du regard et des mains baladeuses, elle s’était déconnectée du monde qui l’entourait. Pourtant, comme nous, elle avait entendu les messages de la RATP prévenant de la présence de pickpockets mais elle ne les avait pas écoutés. Et comme nous, elle avait vu les gens serrer bien fort contre eux leurs sacs à mains mais elle ne les avait pas regardés. Non, elle vivait dans un monde qui lui était propre.
Je la bénis d’avoir commis cette imprudence puisqu’elle m’offrait la possibilité de la connaître un peu mieux. Son sac était une besace grande et informe comme celles que trimballent les jeunes femmes qui ont peur de manquer. En me penchant, j’aperçus un coffret à CD et j’imaginai leurs mélodies bercer vingt paires d’yeux mémorisant les gestes que la danseuse leur enseignait. Il y avait aussi un livre dont la couverture était, comme celui qu’elle tenait à cet instant-là, recouverte d’une page de magazine si bien que je ne pus en apercevoir le titre. Le reste était enfoui en dessous et je dus me contenter de la partie visible de ses secrets.
Je relevai la tête en ayant l’impression de la connaitre un peu mieux. Elle était toujours plongée dans son livre faisant abstraction des va-et-vient environnants.
C’est à cet instant-là que j’ai su qu’elle serait l’un des personnages de mon prochain roman. Depuis quelques semaines déjà, je m’attelais à la construction de l’intrigue et j’étais poreuse à l’inspiration que m’offrait le quotidien. L’aubaine était trop belle. J’en étais certaine maintenant, ma danseuse serait là, dans mes pages et j’espérais qu’ensemble, on écrirait une jolie histoire.
J’avais mal au cœur de devoir la quitter sans lui dire ma gratitude. J’aurais voulu me présenter, la remercier, lui dire qu’elle avait éveillé en moi cette petite étincelle de désir qu’on appelle inspiration. Mais j’eus peur qu’elle ne comprenne pas alors je renonçai. En me levant, je laissai tomber l’exemplaire de mon livre que j’avais déposé à côté de moi, sur la banquette.
Il heurta le pied de la danseuse ce qui la sortit de sa torpeur. Elle se pencha pour le ramasser. Elle sourit en me le tendant. Son sourire était immense. Mon cœur se mit à battre plus vite devant le regret de la quitter ainsi. Le métro s’arrêta et je m’apprêtai à sortir du wagon quand une voix m’interpela. C’était la sienne. En désignant le livre que je tenais maintenant à la main, elle me dit :
« Vous ne savez pas la chance que vous avez de ne pas l’avoir terminé. » Et en relevant une mèche échappée de son chignon, elle ajouta : « J’y ai pensé longtemps après l’avoir fini et maintenant, j’attends juste le prochain. »
Quand je lui souris, des larmes vinrent s’agglutiner au coin de mes yeux. Je regardai les portes du wagon se refermer avec leur sursaut habituel. Et quand je réussis enfin à articuler un « merci », elle était déjà loin et les larmes dans ma gorge trop nombreuses pour qu’elle me comprenne de toute façon.
jeudi 11 mars 2010
Brève rencontre + plein de livres, 4 - par Alex Cessif
"Nous n'avions pas la télé!
Ce qui est aujourd'hui un signe extérieur de richesse lucide, ou de snobisme, était dans le mi-temps des années soixante un signe extérieur de ringardise. Un peu comme avouer que nous avions l'eau courante sur le palier.
Alors je lisais!
De tout et n'importe quoi pour justifier l'apprentissage de la lecture: les étiquettes des denrées sur la table, des bédés aux toilettes, que d'aucuns n'y voient aucune allusion laxative, c'est fondateur la bédé. Cabu, Reiser, Goscinny, Crumb, Stan Lee et tant d'autres. Fondateur mais pas très sérieux dans la cour des grands. La bédé n'était pas encore l'art neuvième et Angoulême pas encore son festival de Cannes.
Assez naturellement vint le temps des Cocteau, Genevoix, Giono, Guitry, Bazin.
Bazin tiens justement!
Sans histoires de "la veille à la télé" où s'évoquaient en conversations merveilleuses le partage entres potes à la récré, j'étais un peu isolé lorsque s'échangeait comme des images, la trouille de "Belphégor"contre la saga des "Rois maudits" (j'avais pas encore lu Druon).
Alors, lorsqu'un matin "Folcoche" déboula dans la conversation, je brandis "Vipère au poing" mon Bazin tout frais lu de la veille. Mais là: Caramba! encore raté. La version visuelle de Pierre Cardinal ne correspondait pas à mon récit et, très vite, le cercle qui me ceignait se mit à saigner d'une hémorragie de copains s'éloignant en me traitant de fumiste. Déjà le pouvoir de l'image sur les mots. Et ce serait moi l'usurpateur?
Je me sentais pourtant en ce temps là une manufacture d'images nocturnes sous ma couverture avec ma lampe de poche. Un passager clandestin de mes nuits interdites de lecture à l'électricité volée à EDF avec la complicité de quelques piles et reconduit à la frontière de mes rêves invalidés par la petite lucarne.
Vite, un livre!"
Ce qui est aujourd'hui un signe extérieur de richesse lucide, ou de snobisme, était dans le mi-temps des années soixante un signe extérieur de ringardise. Un peu comme avouer que nous avions l'eau courante sur le palier.
Alors je lisais!
De tout et n'importe quoi pour justifier l'apprentissage de la lecture: les étiquettes des denrées sur la table, des bédés aux toilettes, que d'aucuns n'y voient aucune allusion laxative, c'est fondateur la bédé. Cabu, Reiser, Goscinny, Crumb, Stan Lee et tant d'autres. Fondateur mais pas très sérieux dans la cour des grands. La bédé n'était pas encore l'art neuvième et Angoulême pas encore son festival de Cannes.
Assez naturellement vint le temps des Cocteau, Genevoix, Giono, Guitry, Bazin.
Bazin tiens justement!
Sans histoires de "la veille à la télé" où s'évoquaient en conversations merveilleuses le partage entres potes à la récré, j'étais un peu isolé lorsque s'échangeait comme des images, la trouille de "Belphégor"contre la saga des "Rois maudits" (j'avais pas encore lu Druon).
Alors, lorsqu'un matin "Folcoche" déboula dans la conversation, je brandis "Vipère au poing" mon Bazin tout frais lu de la veille. Mais là: Caramba! encore raté. La version visuelle de Pierre Cardinal ne correspondait pas à mon récit et, très vite, le cercle qui me ceignait se mit à saigner d'une hémorragie de copains s'éloignant en me traitant de fumiste. Déjà le pouvoir de l'image sur les mots. Et ce serait moi l'usurpateur?
Je me sentais pourtant en ce temps là une manufacture d'images nocturnes sous ma couverture avec ma lampe de poche. Un passager clandestin de mes nuits interdites de lecture à l'électricité volée à EDF avec la complicité de quelques piles et reconduit à la frontière de mes rêves invalidés par la petite lucarne.
Vite, un livre!"
Inscription à :
Articles (Atom)