mardi 12 avril 2016

Trois semaines en France



Entre le 14 mars et le 4 avril, je me suis rendu en France pour le Salon du Livre, plusieurs conférences et rencontres et une douzaine de rencontres-signatures en librairie.
Et ça s'est plutôt bien passé. Plutôt très bien. Vraiment très bien.
Aperçu de ces trois semaines. (Je cite beaucoup de gens, et si certain.e.s ne se retrouvent pas dans la liste toutes mes excuses, ça ne veut pas dire que je n'étais pas heureux de les (re)voir.)  


Semaine I 


Mardi 15 mars, 17h, Université de Toulon 
- Conférence : "Femmes, genre, santé "

J'étais invité par Martine Sagaert, professeur de littérature à l'université de Toulon, et responsable du Laboratoire de recherche Babel. J'avais rédigé un long développement qui n'était pas exactement une conférence, mais une suite d'idées qui allaient me permettre de développer le thème. 

Pour celles et ceux que ça intéresse, ce brouillon est publié sur cette page.
La conférence ayant été filmée, la vidéo devrait être prochainement postée sur le site de Canal U, le "Web TV" de l'enseignement supérieur et de la recherche.  

Je remercie vivement Martine Sagaert, ses collègues, les étudiant.e.s et le public qui sont venus écouter cette conférence. 

Mercredi 16 mars, 15h, Fac de médecine de Reims (Amphi 4) – Rencontre avec les étudiants en médecine de l’association l’Autobus

Le contexte était différent, mais l'enjeu n'était pas moins important. Je ne suis pas invité dans des facultés de médecine française, sinon de manière très occasionnelle mais toujours enrichissante - je pense au département de Médecine Générale de la faculté de médecine de Brest et au Dr J-M Boles, qui anime l'espace de réflexion éthique de Bretagne. Cela étant, beaucoup d'étudiants en médecine et de médecins de toutes les générations et de nombreuses spécialités m'écrivent, et certains me demandent de passer les rencontrer dans leur faculté. Quand je me rends en France, je m'efforce d'aller à leur rencontre. En mars 2016, je suis allé à Reims et à la faculté Kremlin-Bicêtre. Je parlerai de la seconde un peu plus tard.


A Reims, j'étais invité par l'association l'Autobus 975, pour parler de maltraitance médicale, en particulier dans l'enseignement. Mon copain et collègue généraliste Franck Wilmart, qui travaille à Soissons, s'y trouvait lui aussi. On a commencé par passer un extrait de "L'école de médecine", le feuilleton documentaire auquel j'ai collaboré (Arte, 2007) et puis la discussion a commencé. C'est plutôt réconfortant de voir des professionnels de santé se réunir sans hiérarchie (il y avait là des étudiants.e.s, des sages-femmes, des infirmier.e.s, des patient.e.s et même au moins un professeur de médecine) pour partager leurs réflexions sur un sujet à peu près complètement ignoré dans les facultés de médecine françaises. (Ce qui me fait penser que je devrais faire la liste des sujets qui ne sont jamais - ou presque jamais - abordés dans la formation des médecins comme la mort, la sexualité, l'empathie, l'altruisme, les inégalités sociales, les préjugés et les racismes dont nous sommes tou.te.s affligé.e.s, le burn-out, et j'en passe...).

De cette rencontre il reste des souvenirs et quelques photos, mais surtout un sentiment très intense que quand on veut bien faire et faire du bien, c'est moins difficile ensemble.


Merci Marguerite, Matthieu et les autres pour l'invitation. Merci, Franck d'avoir été là et de servir de modèle aux étudiants présents. Merci Claire d'avoir amené vos parents et merci à eux d'être venus - et Salut, Olivier ! où que tu sois !


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Jeudi 17 et Vendredi 18 mars, 14h, Paris - "La pudeur de l'entretien" - Conférence  dans le cadre du colloque « Féminité, Maternité, quand la pudeur se dévoile » 

Passionnant colloque. J'ai pu assister à plusieurs conférences, le premier matin et la deuxième après-midi (juste après avoir donné la mienne), et je suis convaincu que les autres étaient d'excellent niveau. J'ai particulièrement apprécié la diversité des intervenants - de l'historien Jean Claude Bologne à l'animatrice de radio Brigitte Lahaie en passant par le rabbin Delphine Horvilleur. 


Pour ma part, j'ai parlé du respect de la pudeur pendant l'entretien en consultation, en insistant sur l'idée qu'un soignant peut parfaitement répondre aux patient.e.s qui le consultent et les conseiller utilement sans leur poser de questions intrusives - sur leur sexualité, leur vie personnelle, leur histoire familiale par exemple. Respecter la pudeur des patient.e.s c'est leur faire comprendre qu'ils et elles n'ont pas à se mettre à nu - au propre ou au figuré - mais sont en droit de protéger leur intimité, physique et émotionnelle.


Un beau colloque, auquel j'étais fier d'avoir été convié, et pendant lequel j'ai appris beaucoup.
Merci à Bernadette de Gasquet, Daniel Lacroix et Anthéa de m'avoir invité.

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Jeudi 17 mars, Paris, Salon du Livre - France Inter, "Le Nouveau Rendez-Vous" par Laurent Goumarre. 


Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas navigué sur les ondes de France Inter, et cette émission-là était une belle manière de réembarquer pendant une heure. Benoît Lagane, qui prépare l'émission de Laurent Goumarre, m'avait invité pour parler de mon roman, mais aussi pour me faire rencontrer Thomas Lilti, dont Médecin de campagne allait sortir. Ayant pu voir le film en avant-première, j'ai pu dire tout le bien que j'en pense



Samedi 19 mars, ParisSalon du Livre"Les enfants des livres". 

Rencontre avec de jeunes lecteurs en compagnie de Erik Orsenna et Monique Proulx en partenariat avec Le Labo des histoires.

Une page sur le site du Labo des histoires (que je remercie vivement) retrace l'ensemble de la rencontre.

C'était émouvant d'entendre trois jeunes gens parler avec leurs mots, leur coeur, leur sensibilité de trois livres très différents, devant un large public. Pour moi, c'était aussi une sorte de rêve réalisé avec quarante-cinq ans de retard. Au milieu des années soixante, le journaliste Jacques Garat, qui animait l'émission de l'après-midi "Aujourd'hui Madame" avait voulu consacrer un segment aux lectures des adolescents. Ami de ma famille, il m'avait proposé de faire partie du "panel" de jeunes gens qui viendraient parler de livres. J'avais reçu un colis de bouquins à explorer, avec mission de dire ce qui m'avait intéressé, ce que j'avais mis de côté, ce que j'avais pensé des livres que j'avais lu.
L'émission n'a pas eu lieu, et je suis resté sur mon envie de parler du seul roman qui m'avait captivé - et sérieusement captivé : L'île de Robert Merle.



C'est un roman d'aventures, réécriture de l'histoire des mutinés de la Bounty.
A l'époque, je ne lisais que des romans de science-fiction et des romans policiers, le plus souvent anglo-saxons. C'était la première fois qu'un aussi gros roman français, écrit par un auteur contemporain, me happait complètement, autant par la langue que par la narration. En le lisant, j'ai compris qu'on pouvait aussi écrire de bons romans en français (je veux dire, en plus de Jules Verne,  Victor Hugo, Alexandre Dumas, Maurice Leblanc et Boris Vian...) et qu'on pouvait trouver de bons romans dans des collections de littérature "blanche", pas seulement dans les rayons de littérature populaire. L'île avait tout d'un roman populaire...  à ceci près qu'il était publié par Gallimard. Comme quoi...

J'ai profité de cette rencontre pour faire le "quatrième adolescent" et parler de mon admiration pour le roman de Merle, quarante-cinq ans plus tard.

Merci, jeunes gens ! (Et merci à l'équipe du Labo des Histoires !) 

Dimanche 20 mars, Paris, Salon du LivreRencontre entre Craig Thompson (Habibi, Blankets) et Martin Winckler.

Quelle belle rencontre ! J'avais lu deux graphic novels de Craig Thompson (en particulier le magnifique Blankets) et la rencontre était centrée sur le processus créatif comparé d'un roman et d'un graphic novel. Alors que nous avons grandi dans des milieux radicalement différents (Craig Thompson dans une famille chrétienne fondamentaliste où la seule lecture autorisée était la Bible, et où télévision et cinéma étaient interdits jusqu'à ce qu'il soit un adolescent), nous nous sommes découverts tout un tas de points communs : nous avons tous deux appris à dessiner/à écrire seuls, sans formation particulière et le processus de composition de nos livres est très similaire : nous partons sur une idée relativement simple, faisons un schéma approximatif de l'histiore et construisons le récit au fur et à mesure que nous avançons. Craig est un homme charmant, drôle et extrêmement fin, et ça m'a fait beaucoup de bien de l'écouter parler de son travail. (Et il a dessiné aux pinceaux de couleur une dédicace "familiale" à l'intention de mon fils parisien, en plus...)






19 mars, Paris, 16 à 17 h Signature, Stand P.O.L, P51
20 mars, Paris, 16 à 17 h Signature, Stand P.O.L, P51

Je suis un auteur chanceux : mes signatures au Salon du Livre se passent toujours bien. C'est sans doute parce que je suis un bavard : je réponds toujours volontiers aux questions, et ça m'intéresse aussi de savoir qui sont les lectrices et lecteurs qui viennent me voir, pour personnaliser la dédicace, quand je le peux. Il est rare que les personnes qui viennent se faire signer un livre n'aient rien à dire d'elles-mêmes (le plus souvent, elles n'osent pas) et ça donne donc toujours lieu à un échange qui peut durer quelques minutes ou nettement plus. Cette année, j'ai été frappé par deux choses, à toutes les signatures : d'une part, beaucoup de femmes (souvent des professionnelles de santé, mais pas seulement) venaient me remercier d'avoir écrit Le Choeur des femmes, ce qui évidemment me touche beaucoup, mais n'en finit pas de me surprendre (J'y reviens plus loin.) ; d'autre part, beaucoup de lectrices/teurs venaient pour offrir un livre à quelqu'un d'autre en même temps que pour s'en offrir un. Deux fins d'après midi de suite, pendant près de deux heures (car les lectrices passaient avant et après les horaires indiqués sur le programme), j'ai fait de belles rencontres, chaleureuses et gratifiantes.


A la fin de la soirée du dimanche, l'équipe de POL m'avait proposé de "plier" le stand et d'aller souper ensuite tous ensemble. A 19 h, quand le Salon a fermé, après avoir bu un verre, tout le monde a rangé les livres dans de grands cartons
 
avant de les déposer sur des palettes qui seraient renvoyées chez le diffuseur.
A la fin de la soirée, alors que nous nous apprêtions à partir, j'ai engagé la conversation avec deux personnes qui étaient arrivées juste avant la fermeture. La première travaille chez Folio. La seconde se nomme Céline Leroy. Avec un sourire et sur un ton sybillin elle me déclare : "Nous nous sommes déjà recontrés, il y a dix-huit ans..."  Comme je secoue la tête, car je ne la reconnais pas, elle poursuit : "J'étais jurée du Livre Inter l'année de La Maladie de Sachs."

J'avais longtemps gardé des contacts avec deux jurées de cette année-là, mais je me suis toujours demandé ce que les autres étaient devenus. Ce soir-là, j'ai eu la chance de pouvoir poser la question directement à l'une des intéressées. Céline m'a raconté que son expérience de jurée en 1998 a stimulé son intérêt déjà grand pour le monde du livre et de l'édition. Au cours des années qui ont suivi, tout en faisant des études de littérature anglaise, elle a travaillé chez plusieurs éditeurs et elle est devenue traductrice professionnelle. Et, si je me fie au nombre et à la qualité des romans qu'on lui confie, elle excelle à ce qu'elle fait.


(Ci-contre, une de ses traductions...) 
 
Ce n'était pas seulement une belle rencontre, mais une occasion de remercier, à travers elle, les vingt-quatre personnes qui ont choisi mon roman cette année-là. Je sais que j'aurais de toute manière continué à écrire sans le Livre Inter, mais l'immense public auquel ce prix m'a fait connaître a rendu les choses beaucoup plus faciles par la suite. Avec la publication de mon premier roman par P.O.L, le Livre Inter a été l'une des deux chances déterminantes dans mon itinéraire d'écrivant.

Merci à Paul, Jean-Paul, Vibeke, Antonie, Lucie, Juliette, Flandrine, Emmeline L., Olivier C. et Céline Leroy pour cette belle soirée. (Et un petit bonjour à Dominique M., en passant, en souvenir du Livre Inter.) 


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Semaine II 


Lundi 21 mars, 19h30, Lyon, Conférence « Parcourssanté des femmes : petit inventaire des idées reçues ». (ENS de Lyon.)




Y'avait du monde. Autour de 450 personnes, d'après les animatrices de "La Cause des Parents", qui m'avaient invité. C'était impressionnant, d'autant qu'il s'agissait d'une conférence payante, car l'association devait assumer le coût de la salle et rémunérer un certain nombre de personnes.

J'avais fait une petite liste d'idées reçues (publiées ici) , et je n'ai pas eu le temps de toutes les développer. Ce sera pour un prochain livre. Ou une prochaine conférence, qui sait ?

Merci à Nadège Mourenas et Elisabeth Martineau. Merci à Eva et Kevin, qui étaient ma famille dans la salle. Merci à toutes celles et tous ceux qui se sont déplacé.e.s pour m'écouter.


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Pendant les deux semaines qui ont suivi, je suis allé dans tout plein de librairies... 
Il y aurait beaucoup à dire pour toutes ces rencontres, je vais essayer de donner en quelques mots l'essence de chacune. 

Mardi 22 mars, 19h, Montreuil, Rencontre-signature, Librairie Folies d’encre9 Avenue de la Résistance, 93100 - Montreuil 

Une lecture plus que bienveillante de la part de Jean-Marie Ozanne, le fondateur; des cadeaux d'Amanda Spiegel, qui prend sa suite dans la continuité ; des retrouvailles avec une amie ("Jacqueline, de La Milesse" m'a-t-elle dit pour se faire reconnaître comme si j'en avais eu besoin) que je n'avais pas vue depuis très longtemps ; et une lectrice qui, apprenant que Abraham et fils est le premier volume d'un cycle qui en comptera cinq, me dit : "Alors il va falloir revenir pour les quatre autres..." 


Mercredi 23 mars, 19.00, Lille – Rencontre-signature à la librairie La Lison, 8 place Jeanne d’Arc, Lille 




Alix et Fantine, les deux cousines qui ont créé cette librairie en 2015, avaient installé des bancs sur toute la longueur de leur salle, et au bout une table et des tabourets de bistro. Après la rencontre, riche et chaleureuse (je suis désolé, je vais me répéter en disant ça de toutes, probablement, c'est banal, je sais, mais c'est comme ça que je l'ai ressenti) nous sommes allés souper, à deux pas, dans un restaurant italien. L'enthousiasme et la "pêche" d'Alix et Fantine est réjouissante, quand on sait qu'ouvrir et faire vivre une librairie indépendante, centre névralgique de circulation culturelle dans un quartier ou une ville, c'est un sacré boulot. Je leur tire mon chapeau d'avoir entrepris ça toutes les deux. Et merci à toutes celles et ceux qui sont venu.e.s ce soir-là à ma rencontre (Merci, Fanny ! Salut, Marieke !).






Jeudi 24 mars, 19.30, Lyon – Rencontre-signature à la librairie Passages


Audrey Chanonat, jeune photographe qui m'avait tiré le portrait le lundi précédent pour la revue de la Cause des Parents, est revenue faire quelques clichés à Passages, où Eric Fitoussi (dont le père a joué aux échecs sur le bateau avec mon père, en 1961, à notre départ d'Algérie) et son équipe m'ont accueilli. Je souris encore en pensant à la première intervention/question, énoncée par mon copain généraliste Bernard Rechatin (qui avait fait trois heures de route pour venir, pour une autre raison, mais en avait profité pour passer...). "Abraham et fils ne commence pas du tout comme tes autres bouquins et pendant deux cents pages je me suis dit que j'allais laisser tomber, et puis finalement, je me suis laissé emporter jusqu'au bout." Il exprimait sincèrement des réactions auxquelles je m'attendais, et je lui en suis reconnaissant. Ecrire, pour ce qui me concerne, c'est essayer à la fois de faire un livre nouveau. Le risque que les lecteurs ne suivent pas est réel, et je l'accepte. C'est réconfortant de savoir que certains - comme Bernard et beaucoup d'autres - font l'effort de s'accrocher. 

Merci à Eric et toute l'équipe de Passages, à tous les lecteurs/trices (en particulier M et Mme Juliet) pour leur présence, et bien sûr à à Eva et Kevin.   



Vendredi 25 mars au matin, Lyon - Petit-déjeuner-rencontre à la librairie Vivement Dimanche ! (à la Croix-Rousse)  

Je ne pouvais pas rester deux soirs à Lyon, alors il avait été convenu que j'irais à Vivement Dimanche ! le matin, vers 9.30, pour une rencontre autour d'un croissant et d'un jus d'orange. C'était une expérience, et elle s'est révélée tout à fait concluante puisqu'on a un peu manqué de place, et que (si je me souviens bien) tous les croissants ont été dévorés. Je recommande cette formule de "petit-déjeuner-autour-d'un-livre" à tous les libraires qui voudront l'essayer. En tout cas, pour ce qui me concerne, je suis partant. 


Merci à Maya Flandin, à toute l'équipe et aux lecteurs matinaux. Et si je n'ai pas pu partager votre repas ce midi-là, j'espère que ce n'est que partie remise. 


Vendredi 25 mars, 19.30, Vienne - Rencontre-signature à la librairie Lucioles.

Chaque librairie a son lieu d'accueil, chaque libraire son style pour faire parler un auteur, chaque auditoire une attention particulière. Dans la salle de rencontre, derrière la librairie Lucioles, qui se trouve face au temple d'Auguste et de Livie, à Vienne, j'avais le sentiment de parler devant une société secrète. Le cadre, sans doute. Mais ça s'y prêtait tout à fait, s'agissant d'un roman qui évoque les romans d'aventure, du Club des Cinq à Bob Morane... :-)

Merci à Michel Bazin, à toute l'équipe et aux membres de la Société (Secrète) des Lecteurs de Lucioles. Merci aussi pour le fabuleux dîner. J'espère que vous avez eu l'occasion de retourner goûter le minestrone aux Saint-Jacques... :-)



Semaine III 

Si je triche un peu en faisant commencer la troisième semaine le samedi, c'est parce que les trois villes suivantes sont celles de ma vie passée en France - à rebours.

Samedi 26 mars, 16-18 h, Le Mans - Rencontre-signature à la librairie Thuard

Je connais la librairie depuis son ouverture, il y a... plus de vingt ans, et je suis allé y acheter des livres jusqu'à mon départ, en 2009. J'avais décidé de me rendre au Mans cette fin de semaine pour y revoir des amis de longue date, et les Thuard en ont profité pour m'inviter à rencontrer leurs lectrices et lecteurs dans leur salle du premier étage, sous la belle structure en bois comparable à une coque de navire. A l'issue de la rencontre, j'ai retrouvé des personnes que j'aime beaucoup et que je n'avais plus vus depuis une dizaine d'années. (Marie-Laure et Michel, quel bonheur de vous voir !) 

J'ai eu également l'occasion de revoir une de mes anciennes patientes des années 1980. Elle avait dix ou douze ans quand je suis devenu son médecin traitant. Elle est aujourd'hui mère d'une adolescente. C'était très émouvant de la revoir adulte, de l'entendre me parler de ses parents, et me dire quel médecin j'avais été pour l'enfant, puis l'adolescente qu'elle fut. Je sais que le passé est souvent idéalisé, mais je suis heureux de savoir que dans son souvenir,  je défendais dès les début de ma carrière les mêmes valeurs qu'aujourd'hui.

Merci à Anneke et Bernard Thuard ainsi qu'à Anne-la-Bibliothécaire, Dominique D., Michel et Jacqueline D., Jacky C., Michèle et Alain, Michel et Jojo, Pascal et Olivier et tous les copains présents ce week-end là. (Et félicitations, Adélaïde !) 

29 mars, 19.30, Tours – Rencontre-signature à la librairie La boîte à livres 

J'ai fait mes études de médecine à Tours entre 1973 et 1981. A l'époque, la Boîte à Livres était une toute petite librairie installée au centre-ville. C'est là que j'ai acheté La Vie mode d'emploi, en 1978, et que mon aventure de lecteur de Georges Perec a commencé.

En 1998, année où j'ai publié La Maladie de Sachs, la BAL a été rachetée par de nouveaux propriétaires et s'est transplantée dans un local auparavant occupé par... un magasin de vêtements. (c'est trop souvent l'inverse...). C'est aujourd'hui une magnifique librairie qui s'étend sur trois niveaux, et dotée d'un petit café.

Ce n'était pas la première fois que je venais y rencontrer des lecteurs, peut-être la sixième ou septième en dix-huit ans. Et, une fois encore, c'était très émouvant parce que c'était dans cette ville-là, dans cette librairie-là. 

Merci à Joel Hafkin, Stéphane et Clémentine, Mélanie C., aux lecteurs venus de près ou de loin, à Frédérique, et bien sûr Danièle et Eric.


... And sometimes, you can go home. 

Dans le précédent texte publié sur ce blog, j'explique pourquoi je suis parti de France pour aller vivre au Canada. J'y explique aussi que je n'ai plus de "chez moi", à proprement parler. 

Deux mois plus tard, je me suis rendu compte que ça n'était peut être pas tout à fait vrai.

Mercredi 30 mars, 14.30, Pithiviers – Signature à la Librairie Gibier 

Le midi, j'ai déjeuné avec des copains d'école primaire et du lycée que, pour certains, je n'avais pas revus depuis 1973 ou 1974. Le repas était organisé par l'une d'elles, Sylvie L., qui avait repris contact avec moi à l'époque où j'ai publié Légendes et Plumes d'Ange, deux récits (auto)biographiques dans lesquels Pithiviers tient une grande place, puisque j'y ai grandi.  


Il se passe des choses assez préoccupantes, à l'hôpital de Pithiviers. La maternité, qui fut l'une des toutes premières en France, au cours des années 70, à proposer d'autres manières d'accoucher (inspirées par Pour une naissance sans violence et les travaux de Frédérick Leboyer), est en voie d'être fermée. Une délégation de parents et de professionnel.le.s de l'hôpital est venue me demander mon soutien, que je leur ai donné sans réserve. (Ils ont profité de ma présence pour inviter aussi une équipe de France 3, et ils ont bien fait...). Je ne pouvais pas faire moins. 


Le mercredi 30 mars dans l'après-midi, je n'ai pas seulement revu les frères Gibier, qui tiennent la librairie, mais aussi des amis d'enfance et d'anciens patients de mon père, des amis de mes parents, ainsi que Nicole P. et Marie-Jo L., qui furent toutes deux mes mentors à l'hôpital, au service de Médecine I, quand j'y travaillais comme agent de service (autrefois, on disait "garçon (ou fille) de salle").


Pendant ces heures-là, j'ai eu le sentiment d'être rentré chez moi.




(Un pithiviers portant le clocher de Pithiviers. (c) Jean-Jacques Lallemant, pâtissier émérite.)


Mercredi 30 mars, 18.00, Orléans – Rencontre-signature à la librairie Les Temps Modernes

Dans le train du matin qui me conduisait de Tours à Orléans, je revoyais Le chagrin et la pitié, le film de Marcel Ophüls consacré à l'Occupation. Au cours d'une séquence, Pierre Mendès-France raconte son arrestation et son incarcération dans une prison de Clermont-Ferrand, où Jean Zay, qui avait été ministre du Front Populaire était lui aussi enfermé. C'est Mendès-France qui, lorsqu'ils se retrouvent en prison, apprend à Jean Zay la naissance de sa fille cadette, Hélène, survenue après son arrestation. 

Or, la librairie Les Temps Modernes est dirigée par Catherine Martin-Zay, fille aînée de J. Zay. Sa soeur Hélène Mouchard-Zay, pour sa part, a créé le CERCIL (Centre d'études et de recherches sur les camps d'internement du Loiret). J'ai visité le CERCIL en 2014 à l'occasion d'une exposition consacrée à Max Jacob, et alors que je projetais l'écriture de Abraham et fils. C'était par conséquent doublement émouvant de rencontrer les filles de Jean Zay (toutes deux étaient présentes), avec les libraires et les lecteurs des Temps Modernes. 

Et de retrouver ensuite plusieurs des "Petits Vauriens" (Pithivériens) du midi et de l'après midi, car ils avaient tenu à venir me retrouver à Orléans et à m'emmener souper dans un restau juste à côté de la librairie. 

Et la journée s'est terminée par un véritable repas de famille, où il fut beaucoup question de l'école et du lycée, des jeudis après midi et des goûters passés à lire des bandes dessinées, et bien sûr, du souvenir de nos parents. 

Un grand merci à toi, Sylvie. Et salut, tous les copains. On remet ça pour le volume II ! 




Jeudi 31 mars, 19.00, Paris – Rencontre-signature à la librairie Atout Livres 

Je m'attendais à ce que l'assistance soit plus réduite que dans les librairies précédentes car le 31 mars était un jour de grève générale et de manifestation monstre à Paris. Et cependant, beaucoup de lectrices et de lecteurs avaient bravé la pluie et les intempéries pour venir à la rencontre organisée par Atout Livres. Une fois encore, je me suis senti gratifié par la présence de toutes et tous, par l'accueil de la librairie dirigée par Quentin Shoëvaërt-Brossault et David Rey, et par la présentation de mon roman faite par Nathalène, l'une des libraires. 

Et puis ça m'a donné l'occasion de revoir Sophie K et Gilda...  


Vendredi 1er avril, 18.00, Paris - Rencontre à la Faculté de médecine du Kremlin-Bicêtre. 


Cette fois-ci c'est l'association d'étudiants en médecine "Les penseurs de plaies" qui me convait à parler de soin. Il y avait du jus de fruits, des gâteaux (dont un biscuit au chocolat aussi bon que celui de ma mère, c'est dire...) et des étudiants extrêmement motivés. Franck Rolland (étudiant en médecine et en Master 2 Ethique Science Santé Société), qui m'avait invité, m'a demandé de lire des extraits du Choeur des femmes et puis on est parti là-dessus. 

Comme toujours, j'ai eu le sentiment de parler trop et de laisser trop peu les étudiants parler. Comme toujours, j'étais gratifié de voir qu'ils appréciaient ce que je disais, et que beaucoup étaient venus parce qu'ils avaient envie d'être soutenus et encouragés par un aîné. Ce soir-là, c'était moi, mais ça pourrait être d'autres médecins, des sages-femmes, des infirmier.e.s, des orthophonistes - tous les soignants ont quelque chose à partager avec tous les soignants. L'une des choses qui manquent le plus aux facultés de médecine française, c'est la transdisciplinarité, le partage des expériences et des connaissances, des points de vue et des critiques.

Il m'est évidemment difficile de savoir ce que ma présence et mes discours militants ont pu apporter aux étudiant.e.s présent.e.s. Mais je n'étais pas là pour convaincre quiconque. J'étais là pour faire ce que je fais toujours : défendre des valeurs, encourager celles et ceux qui croient aux mêmes idéaux, leur remonter le moral face aux brutalités (verbales et parfois physiques) qu'on leur fait subir, leur dire que même si les choses changent lentement - surtout à l'échelle d'une vie - elles changent tout de même. 

En 1977 ou 78, à Tours, je me suis rendu à une conférence du Syndicat de la médecine générale. Le soir dit, dans l'amphithéâtre, nous étions, à tout casser, huit - en comptant les deux conférenciers et l'étudiant qui les avait faits venir (si mes souvenirs sont exacts, il s'agissait de Jean-Yves Nau, devenu par la suite journaliste au Monde). 
Les deux conférenciers se nommaient Gabriel Granier et Philippe Van Es. 
Ils avaient apporté des numéros de leur revue, Pratiques, et nous ont raconté beaucoup de choses. Pour l'étudiant que j'étais, ils représentaient des contre-exemples de ce qu'on nous assénait à l'hôpital : la pratique médicale de proximité, la démédicalisation, la critique des modèles dominants. 
Je ne sais pas ce qu'ils ont apporté aux autres étudiants présents (et je ne me rappelle pas qui était là) mais je sais que, pour tout un tas de raison, ils ont eu un effet important sur ma vie en me proposant 
de nouveaux modèles. Je leur en suis pour toujours reconnaissant. 

C'est en souvenir et en continuation de leur engagement, et en souvenir, aussi des camarades de l'époque, que je parle. 

Merci à Franck et à tout.e.s les étudiant.e.s présent.e.s de m'avoir donné une nouvelle occasion de le faire. 

(Et merci, Sandrine, pour la batterie à plat et les câbles.) :-)  

Voilà. Mon récit est terminé. Merci de m'avoir lu. Et je concluerai en vous invitant toutes et tous à découvrir la télésérie britannique Call the Midwife, la meilleure série sur la santé à l'écran à l'heure actuelle, et dont j'ai rebattu les oreilles de tous mes auditoires pendant ces trois semaines. 

Bonne découverte !!! 

Mar(c)tin 


Post-Scriptum 1 : Merci Anne, Jean-Louis, Félix, Florine, Thomas et Babou. :-) 



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"I didn't know that people lived like this..." 
"But they do, and that's why we're here." 

("Je ne savais pas que des gens vivaient comme ça." 
"C'est pourtant la réalité, et c'est pour ça que nous sommes ici.") 





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Post-Scriptum 2 

Une journaliste de Libération, Claire Devarrieux, m'a adressé après mon retour à Montréal quelques questions en vue d'un article qu'elle allait écrire. La quatrième question était la suivante : 



Dans quel état avez-vous trouvé la France?

​"Curieusement, alors que je ressentais un mélange de résignations désespérées au cours de mes séjours précédents, j'ai senti cette fois-ci - bien sûr, c'est complètement subjectif - une sorte de bouillonnement que je n'ose pas qualifier de pré-insurrectionnel, mais en tout cas significatif d'un ras-le-bol général. 

Beaucoup de gens sont en train de passer de la frustration à la colère, et ça se voit via les mouvements comme Nuit Debout et tout ce qui vibre sur les réseaux sociaux. Pour la première fois depuis dix ans, j'ai le sentiment que les choses peuvent bouger. Elles risquent de bouger brutalement, comme quand une plaque tectonique passe par-dessus celle qui l'empêche de bouger, mais tout mouvement vaut mieux que l'immobilisme, la momification, le mépris et la violence institutionnels des soixante années écoulées. 

Comparée à des pays équivalents, la France est un pays aux institutions et au fonctionnement archaïques, un pays paternaliste, dogmatique et intolérant. Je le disais déjà il y a dix ans et certains me regardaient de haut, mais aujourd'hui, quand j'y vais, j'entends tout le monde le dire. Je trouve ça plutôt positif. La résignation (et le conformisme) sont en train de s'effondrer, le partage par l'Internet et les réseaux sociaux y sont pour beaucoup, et j'en suis très heureux. 

Montréal, le 12 avril 2016




lundi 25 janvier 2016

La tirade des CHU - par Edmond Rossant

L'autre jour, j'ai twitté :

"Le CHU, cette entité paternaliste, autoritaire, sourde, aveugle, maltraitante et fondamentalement bête. Un modèle de contre-exemple."

Ce Tweet a attiré les foudres de certains internautes. 
Leur affiliation à un (ou des) CHU n'était pas précisée, à ces chers hommes. Ces CHUr hommes, plutôt.
"Stupide." "Caricatural." "Généralisation hâtive". "Réglement de compte."
Bref, comme souvent : des invectives, mais pas l'ombre d'un début de discussion. 

Jusqu'à l'intervention légère et bienvenue de @Waggis1 :

"Ah non, c'est un peu court, jeune homme... On pourrait dire, Oh, Dieu, bien des choses en somme..."

@Waggis1 a raison. C'était un peu court. Et je le remercie.

Il fallait réparer ça et répondre aux invectives sur un ton approprié.
Voici donc...

La tirade des CHU 

Et oui, Twitter, c’est bien trop court, en somme
Mais je peux rallonger sans effort, mon CHUr homme !
Des tirades en série je t’en mets plein… la vue :

Anarchiste : "Moi, mon vieux, si je tenais ton CHU,
Il faudrait sur le champ que je te l'explosasse !"
Communiste : "Ça coûte du pognon en masse !
Que dis-tu, camarade, d’un CHU autogéré ?"
Effaré : "C’est un bloc ! Un immeuble ! Une cité !
Que dis-je, une cité ? C’est une péninCHUle !" (1)
Hugolien : "Qu'est-ce donc qu'un CHU au crépuscule ?
Un refuge, vraiment, ou un sombre tombeau ?"
Vigilant : "Aimez-vous à ce point les effets nocebo (2)
Que sans discernement vous vous surappliquates
À bourrer les malades de drogues allopathes ? "
Soupçonneux : "Hé, Docteur, quand vous endoscopez
L'odeur des honoraires vous monte-t-elle au nez
Sans qu’un patient ne crie «  Hélà, vous m’entubez ! » ? "
Taquin : "Vous devriez le peindre couleur thé
Afin que les malades s’y croient tous en été..."

Scandalisé : "M’enfin ! Ce dont vous médisez
Est le plus pur joyau du système de santé !"
Plaintif : " Par pitié ! Etre PU-PH (3)
C'est se tuer à coup sûr, par deux fois, à la tâche !"
Docte : "L’affection rare, qu’Averroès nommait
Furonculositésurunculdebaderne,
N’a plus aucun secret pour tous nos bons internes !"
Autoritaire : "Etudiant, va donc faire un toucher
Vaginal sous AG ! Non ? Pourquoi ? T’es bouché ?
Si tu refuses ainsi, comment veux-tu apprendre ?
Tu ne seras jamais médecin ! Va te pendre !"

Martial : "Ta réputation, CHU magnifique
Résiste à tout, vraiment, même aux antibiotiques !"
Vaniteux : "Nos chirurgiens sont des cadors !"  
Vexé : "Et nos obstétriciens, alors ?"
Sacré : "Ce temple, patient, j’y exerce pour toi !"
Curieux : "Et ton cancer, quand est-ce que je le vois ?"
Tyrannique : "Allons, malade, tais-toi donc et admire !
Un praticien de CHU est Maréchal d’Empire !"

Au généraliste : "Mon gars, t’es culotté
De m’demander des comptes ! Mon CHU, c’est du poulet ?"
Aux infirmières : "Garde à vous ! V’là la clique !
Le patron, l’agrégé et leurs pharmaceutiques !
La recherche, Mesdames, est une vocation !"

Enfin, pour mettre un terme à cette incantation
Faisons, une fois pour toutes, un sort, et grâce au ciel
Aux reproches infâmants du corps ministériel :
« Le voilà donc, ce CHU, qui de notre Santé
Détruit l’économie. » Quelle légende insensée !...

Voilà ce qu'à peu près, CHUr homme, je peux te dire
En dehors de Twitter. Et je sais, c’est bien pire.
Et pour toi, irritant, d’avoir à te taper,
Ces maudits calembours, ces blagues éhontées.
Mais ne t'en prends qu'à toi : ton ire m’a mis en verve.
La parole se prend, et il faut qu’on s’en serve.
Et nulle institution n’est à ce point sacrée
Qu’un citoyen ne puisse, librement, la railler.
Que tu sois professeur, attaché ou déchu
Souffre donc que je pète aussi haut que ton CHU.

Edmond Rossant, Marcyrano de Wincklergerac


(1) Calembour aimablement fourni par @Waggis1. Merci encore !
(2) Inverse de l'effet placebo : effet néfaste induit par la prescription d'un médicament sans que le médicament en soit responsable.
(3) PU-PH : Praticien universitaire - praticien hospitalier. Cumul des mandats (et des salaires) légal dans les CHU français.

dimanche 17 janvier 2016

Le métier d'écrivant (38) - "Madame Bovary", c'est un peu vous, non ?

Tatiana Théron m'a écrit : 

Petite question du dimanche matin, je n'ai pas trouvé sur vos pages (mais je n'ai pas regardé de manière très fouillée) vos impressions sur le lien de l'écrivain à ses propres personnages. On connaît bien le phénomène d'identification du lecteur mais qu'en est-il de l'écrivain qui épouse son personnage ? Ce n'est pas completement comparable à l'acteur et son rôle mais tout de même, à force d'être au plus près de ses personnages de fiction on finit parfois dans une interaction inconsciente avec eux il me semble...

Je lui ai répondu : 

"Oula. C'est une question à 30 000 mots, ça ! Je ne crois pas que j'ai répondu à ça de manière "focalisée" dans un article du blog, par exemple ; j'en parle occasionnellement, mais vous me donnez envie de le faire de manière plus précise..."

Et puis je me suis mis à écrire, et maintenant que j'ai fini (enfin, que j'ai le sentiment d'avoir fini) je poste le résultat ici. Ce n'est pas un texte de 30 000 mots, mais il fait tout de même 12 000 caractères, par là...

***

Bon, évidemment, il y a certains de mes personnages que j'épouserais sans aucune hésitation (Pauline dans La Maladie de Sachs, Emma dans Les Trois Médecins, Jean dans Le Choeur des femmes, Nora dans En souvenir d'André et certainement Claire dans Abraham et fils), du moins, si elles voulaient bien de moi. Il y en a d'autres en revanche que j'hésiterais à épouser même s'ils me voulaient. Non parce qu'ils ne sont pas très fréquentables mais parce qu'ils ou elles ne sont pas mon type. 

Je n'hésiterais pas une seule seconde à épouser Renée, la sœur-jumelle-et-chimérique (ils habitent le même corps) de René dans Un pour deux et les deux autres romans de La Trilogie Twain, même s'il me fallait  m’habituer à la voir transitionner en son frère sans prévenir et attendre que René transitionne en sa soeur. Mais bon, par amour, on peut accepter beaucoup de choses, et puis quand on épouse quelqu’un, on épouse aussi sa famille, n’est-ce pas ? :-)

***

Ma réponse a l’air d’une blague ou d'une dérobade, mais dans mon esprit elle indique bien « où » je me situe par rapport à mes personnages : ce sont toujours des entités extérieures. Même ceux ou celles qui semblent parler par ma voix. Car, Stricto sensu, ils sont tous mes porte-parole. Je leur fais dire ou penser ce que j’ai besoin qu’ils disent ou pensent à ce moment-là. Je ne les épouse pas, je les utilise. Et comme ce ne sont pas des personnes réelles, je n’ai pas de problème éthique avec ça. (Pas plus que je n’en ai quand je fais exploser une médiathèque sous les fesses d’un pseudo-philosophe et d’un politicien.) J'ai de plus la faiblesse de croire que pour évoquer par écrit quelqu'un de très différent de soi (par l'expérience, par les valeurs, par le corps ou n'importe quoi d'autre), il faut avant tout utiliser les mêmes mots que lui ou qu'elle. Autrement dit : écouter attentivement et plus tard écrire en se souvenant de ce qu'on a entendu. Je ne fais pas autre chose quand, au début du Choeur des femmes,  j'écris quarante pages dans lesquelles Jean parle "comme un mec" en exprimant son dégoût des "bonnes femmes" et de leurs "histoires de fesses". Cette forme d'expression m'est familière parce que je l'ai beaucoup entendue. Je peux l'utiliser comme si c'était ce que je pense. (Non, je ne crois pas que lire ou entendre des insanités, ça "contamine" la pensée... En tout cas, pas plus que le reste.) 

Est-ce que, pour autant, l’éloignement ou la proximité sont les mêmes avec tous les personnages ? Non, bien entendu. Je me sens plus proche de certains que d’autres, mais pas nécessairement pour les raisons qu’on croit. Ainsi, dans tous mes romans, plusieurs personnages – protagoniste, personnages secondaires, figures satellites – expriment mes valeurs de manière plus ou moins ferme. Et quand ils expriment des valeurs opposées aux miennes, ils sont encore l’expression de ma pensée : on se définit aussi par ce qu’on récuse ou ce qu’on ne croit pas. 

L’idée qu’un personnage est nécessairement le « double » de l’auteur est bien sûr souvent erronée – ou, en tout cas, trop rapide. En ce qui me concerne, on m’a beaucoup dit que Franz Karma, le médecin chevronné du Chœur des femmes, me ressemble. Mais quand j’écrivais le roman, c’est à Jean, le jeune médecin qui s’oppose à lui, que je m’identifiais. Pour moi, Karma représente la figure tutélaire de qui j’aurais voulu apprendre. C’est un condensé de plusieurs individus qui m’ont marqué tels que mon père, ou mon parrain en écriture l’écrivain Daniel Zimmermann (ci-dessous à droite) 

ou le personnage du Dr Niidé dans Barberousse de Kurosawa (ci-dessous, à gauche) et d’autres. J’ai de l’admiration pour ces figures-là, précisément parce qu’elles ne sont pas moi. Emotionnellement, je me sens beaucoup plus proche de Jean, de ses certitudes et de sa peur, de ses préjugés et de ses colères, et aussi du sentiment d’étrangeté qui l’habite. Je n’ai pas de « particularité » anatomique visible mais, intérieurement, je me sens intersexué.



De même, quand j’écrivais Les Trois Médecins, je ne voulais pas purement et simplement transposer mes études de médecine. J’ai trouvé plus « juste » de ne pas en rester à mes propres expériences vécues, mais d’intégrer, avec leur autorisation (et en les remerciant à la fin) des anecdotes tirées de l’expérience d’autres médecins, ou d’en inventer, et d’affecter mes propres souvenirs à plusieurs personnages du livre – Bruno, ses trois amis mais aussi Emma et Diego.

***

Dans Abraham et fils, le roman que j’ai terminé l’été dernier et qui paraîtra en février 2016 chez P.O.L, je m’identifie bien sûr beaucoup au fils, Franz, et j’essaie de raconter l’histoire de son point de vue de petit garçon en me rappelant comment (et ce que) je pensais au même âge ou à peu près, mais bien entendu il ne s’agit que d’une reconstruction. Ce que je raconte dans ce livre-là, je n’en ai pas de trace concrète : tout s’est passé avant que je me mette à tenir un journal. Je ne peux me fier qu’à ce que je crois me rappeler. Et je sais que c’est très discutable. Dans les romans qui suivront, je vais certainement puiser dans les cahiers que j’ai commencé à tenir à partir de l’âge de 13 ou 14 ans. Ça ne veut pas dire que je raconterai mon adolescence telle qu'elle s'est déroulée, évidemment. Mais ça renforcera mon désir de coller au plus près à mes sentiments de l’époque –  via les mots que j’utilisais pour les exprimer. 

Dans Abraham et fils, pour me rapprocher des émotions de l'enfance, j'en suis venu entre autres à m'approprier deux héros des comic-books que je lisais quand j'avais dix ou douze ans (le Sgt Frank Rock de Our Army at War - à gauche - et Hans von Hammer de The Enemy Ace - ci-dessous) et à en faire des personnages de mon roman : Frank Roth et Hans von Homer. Je me sens évidemment très proche de ces personnages alors que je ne les ai pas inventés, mais adoptés et adaptés à mon propos. 
Est-ce à dire, pour autant, que les autres personnages (à commencer par Abraham, le père de Franz) me sont moins proches ou plus étrangers que ces deux-là ? Non, d’autant qu’il existe dans mon esprit le même type d’interaction « idéale » entre les trois adultes que sont Abraham, Frank et Hans et le petit garçon qu'est Franz,  qu’entre Franz Karma et Jean Atwood ou encore entre Bruno Sachs et son mentor, le Professeur Lance : non pas une relation verticale, mais une relation d’entraide, de stimulation et de maturation réciproques et simultanées, en écho de la relation que je perçois entre Niidé et son élève récalcitrant, Yasumoto dans Barberousse (ci-dessous). Alors, inévitablement, même si Abraham porte le même prénom que mon père, il n’est pas une simple évocation de mon père, mais surtout de la manière dont j’aurais aimé incarner mon père dans le livre, dont je me l'approprie aujourd'hui, plus de trente ans après sa mortpour servir ma description personnelle d'une relation père-fils "idéale". 





Même si Franz exprime des choses que j’ai pensées ou ressenties au même âge (si je me souviens bien), ce n’est pas moi : il a des pensées plus claires, mieux articulées, que je ne les avais ; il voit plus de choses que je n’en voyais ; il se pose des questions que je ne me posais pas. Par conséquent, s'il est légitime et même indispensable de croire à la réalité de Franz quand on lit le roman, il n'est pas moins indispensable, si l'on tient absolument à "analyser" ce qu'il pense ou dit, de se rappeler que Franz existe exclusivement dans la tête de celui qui l'écrit et de ceux qui le lisent... C
'est un personnage, et non une personne réelle -  A figment of our imagination.

En ce qui me concerne – et je suis convaincu qu’il en va différemment pour chaque écrivant –, je m’efforce non pas de raconter les choses telles qu’elles se sont passées, mais d’une manière qui me permette de les comprendre aujourd’hui. Ou, pour le dire autrement : je ne revis pas des situations que j’ai vécues, je les réinvente, au sens où (ré)inventer c’est aussi (re)découvrir, mettre au jour, comprendre, appréhender de manière plus claire.

J’ai le sentiment d’écrire toujours un peu pour cette raison : pour comprendre a posteriori ce que je n’ai pas compris sur le moment parce que j’étais trop occupé à vivre (ou à survivre) à ce qui m’arrivait. Donner du sens à ce qui, sur le moment, n’en avait pas. De sorte que je ne me prends jamais pour mes personnages, et je ne les prends jamais pour une version idéale de ma personne. Pendant que je les écris, je les considère plutôt comme des « avatars », au sens où on l’entend dans les jeux vidéo. Une fois que les livres sont terminés je les vois plutôt comme des « doubles alternatifs », au sens où on l’entend dans les romans de SF décrivant des réalités potentielles multiples et parfois simultanées. Pendant l'écriture, ils me guident dans la jungle. Une fois que le livre est écrit, c'est le lecteur ou la lectrice qu'ils guident. 



J'ai souvent pensé que la réflexion de Bernard Pivot lors de nombreux Apostrophes - "Ce personnage, c'est un peu vous, non ?" - était source de... confusion. Je ne vois pas comment un écrivant pourrait ne pas se mettre un peu dans un personnage de livre, puisque c'est lui qui le décrit. Alors, oui, c'est "un peu" lui. Mais ça n'est pas tout lui, et il ne se réduit jamais à ce seul personnage. (Les êtres humains, c'est un peu plus riche que les personnages de roman, quand même...) 

C'est dans ce sens-là que j'ai toujours entendu (et écrit, en italiques) le "Madame Bovary, c'est moi !" de Flaubert. A mon humble avis, il ne parlait pas du personnage, mais du livre. Bruno Sachs et Franz Karma et Abraham Farkas et son fils, ce n'est pas moi, mais La Maladie de Sachs et Le Choeur des femmes et Abraham et fils, c'est moi, sans réserve. Chaque foutu fucking bouquin, dans son ensemble, c'est ma pomme. 

Et, une fois que les livres sont lancés dans la nature, ils ne sont plus à moi, ils sont phagocytés, ingérés, assimilés par le lecteur/la lectrice, mais ils portent quand même mon ADN d'écrivant...   

***

Au fond, si je m’identifie à une entité, ce n’est pas à un ou à des personnages, mais au texte – roman, nouvelle – qu’ils habitent. Et il en va de même s’il ne s’agit pas d’un texte de fiction, mais d’un article ou d’un texte de réflexion comme celui-ci. Parce qu’au fond, les idées et les sentiments ont beaucoup plus d'importance à mes yeux que les personnages (qui sont rarement décrits) ou les péripéties. C’est le mélange d’émotions, d’étonnements et de réflexions qui est « moi » dans le texte, même si une fois que ce texte est écrit, son existence est beaucoup remodelée par la lecture qu’en font les autres. 

Quand je relis certains textes longtemps après, je me rends bien compte que je ne les écrirais plus comme ça, mais ça ne me frustre pas : je l’assume, même si je me rappelle (ou je crois me rappeler) n’avoir pas travaillé aussi fort que à ce moment-là qu’à d’autres moments. Quand je le rends public, je l’assume, avec les longueurs, les approximations, les insuffisances. Parce que je l’ai relu, repris, corrigé, précisé, retravaillé un nombre incalculable de fois. C’est vrai aussi pour les textes en ligne : après les avoir longtemps composés et travaillés sur un fichier word, je les retouche une fois postés, je les relis et modifie une phrase, en supprime une autre, en rajoute une troisième et il m’arrive aussi de compléter un propos ou de le le préciser après avoir lu un commentaire d’internaute.

Ce souci d'assumer le texte, quel qu'il soit, découle de deux prémisses très fortes dans mon esprit : 
1° Ecrire c'est dire ce à quoi on croit et, par conséquent, le défendre et l'assumer. 
2° De ce fait, tous mes textes sont porteurs des mêmes engagements - et donc des mêmes responsabilités. 

Je ne me sens pas différent quand j'écris Le Choeur des femmes ou Contraceptions mode d'emploi. Ce que j'exprime dans Le patient et le médecin, je l'ai déjà exprimé maintes fois dans des articles de presse et dans des romans comme La Maladie de Sachs ou Les Trois Médecins. Ecrire c'est aussi "compromettant" que parler. Et j'écris pour lancer des pavés. 

Dans mes tiroirs (ou mes dossiers informatiques), j’ai des flopées de textes. Des textes inachevés, des ébauches, des réflexions, des lettres jamais envoyées, des journaux intimes. Je ne les publie pas parce qu’ils sont des ébauches, ou appartiennent à ma sphère privée, à des zones de ma vie que je n’ai pas envie de rendre publiques, tout comme les photos de mes enfants ou mes soucis personnels. (Mais je me demande périodiquement quelles instructions laisser à mes proches au cas où je disparaîtrais brusquement. Est-ce que je laisse les codes d’accès de mes boîtes courriel ? Est-ce que je donne les codes d’ouverture des fichiers que j’ai verrouillés ? Et à qui ? Et pourquoi faire ?)

Mais ce que je mets en ligne, ce que j’envoie à un rédacteur en chef ou à mon éditeur, ou même la lettre que j’adresse à quelqu’un pour lui dire ce que je pense de lui (en bien ou en mal), je l’assume tout entier. C’est un peu pour ça aussi que je ne vois pas d’inconvénient à ce qu’on m’enregistre pendant un entretien et qu’on me cite même quand je dis des choses brutales : je les aurais dites de la même manière en public. Je tiens à ce qu’on me cite. Sinon, je me la boucle.

De sorte que je ne renie aucun de mes textes, même si j'ai des réserves au sujet d'un ou deux livres – ce ne sont pas des romans – que je n’ai pas le sentiment d’avoir écrit de manière tout à fait libre et assumée. Mais lorsqu’il s’agit de fiction, j’assume chaque texte, parce que j'ai été seul à la barre et j’ai une chance inouïe : mes nouvelles et mes romans sont publiés et ils sont lus. De sorte que je me sens dans l'obligation morale de les assumer, jusqu'à la fin de ma vie, et je le sais avant d'avoir écrit la première phrase. Si je ne peux pas assumer un texte au grand jour (autrement dit : accepter d'être interpellé pour avoir écrit ce texte-là), je ne le publie pas, je ne le poste pas sur un blog, je le garde pour moi. 

***

Mais encore une fois, je ne perds jamais de vue que je suis un privilégié : je suis un homme blanc, je suis né et je vis dans un pays riche, mes parents avaient assez d'argent pour que je grandisse en bonne santé et que je bénéficie d'une bonne éducation, j'ai gagné ma vie mieux que la plupart de mes contemporains, je publie à peu près tout ce que je veux, et ce que je publie est lu ; c’est une série de privilèges exorbitants. Je ne l’oublie jamais. Je ne prends jamais rien pour acquis. Et dans mon esprit, ce privilège m’impose des obligations incontournables – et en particulier de ne jamais écrire en vain – je veux dire : de ne jamais trouver "normal" d’être un écrivant publié, de ne jamais afficher comme un paon ma liberté d’écrire, de ne jamais prétendre que c'est difficile ou dangereux... ou prendre des airs de martyre ou d'ennemi public. Un écrivant qui n'a aucun mal à se faire publier et dont les livres se vendent est un privilégié, et laisser entendre qu'il souffre de l'incompréhension publique est, purement et simplement une crapulerie et une indécence. Quand ils sont deux à le dire ensemble, c'est du Grand-Guignol. Malheureusement, le ridicule ne tue pas. 




***

Dès que j’ai eu la chance d’être très lu (La Maladie de Sachs) et de voir beaucoup de gens me proposer d’écrire, d’intervenir, de parler (et de me payer pour faire tout ça !), je me suis mis à réfléchir à tout ce que je disais et écrivais. Je me suis mis aussi à écouter ce qu’on me disait : je me souviens qu’après avoir rencontré Christian Lehmann (ci-dessous) pour la première fois, je me suis efforcé de ne plus dire « Les médecins », mais « Des médecins » ou « Certains médecins » ou « Trop de médecins » dans mes textes critiques. Parce qu'il m'a fait remarquer que si je mets tout le monde dans le même sac, non seulement c’est injuste, mais en plus ça oublie de dire qu’il y a des tas de gens qui font leur boulot et dont on ne parle pas. Tous les mots sont importants. Même les articles. 


Cela étant, faire attention à ce qu’on écrit, c’est un processus continu ; cela non plus, ça ne doit jamais être pris pour acquis. Facebook et Twitter m’ont beaucoup appris à cet égard : plus on écrit de manière réactive et fragmentaire, plus le risque est grand d’être compris de travers... ou de répondre à côté de la plaque. Je n’avais pas ce problème-là avant les réseaux sociaux. Je l’ai découvert quand je me suis vu en situation de réagir, de répondre, d’intervenir de manière instinctive, sans la distance qu’impose le fait de retravailler un texte. Et j'ai vu qu'il faut tourner au moins 747 fois ses 140 caractères dans sa tête avant de twitter. (Et bien lire, plusieurs fois, ce à quoi on réagit.) 

Je ne suis pas responsable de la manière dont l'autre me comprend, mais je suis responsable de ce que je comprends, et de ce que je dis en réponse à ce qu'un autre a écrit. Alors, même si je cours toujours le risque d'être compris de travers, j'essaie d'être vigilant et d'écrire des choses aussi précises et claires que possible, en y ayant mûrement réfléchi. De manière à ne plus me sentir obligé de préciser ma pensée à tout bout de champ. S’il n’est pas possible d'exprimer quelque chose en peu de mots, alors mieux vaut attendre de pouvoir le faire en détail. (Cela étant, je suis comme tout le monde, je continue de temps à autre à écrire ou à réagir de manière irréfléchie, et à prendre des volées de bois vert, et c’est juste.)

De même qu’un personnage, à mes yeux, n’est pas le seul élément déterminant d’un roman (ce sont les lecteurs qui différencient les personnages et en font des archétypes ou des figures symboliques, pas les écrivants qui les ont « inventés »), il me semble qu'une idée, une réflexion, une phrase ne se suffisent pas à elle-même. J’aime beaucoup les aphorismes, et par exemple j’essaie d’en écrire comme autant de « piques » lancées à la réflexion des autres, sur FB et sur Twitter. Mais au fond, ce que j’aime, ce n’est pas parler de manière lapidaire comme si j’avais pu tout synthétiser en une phrase. Ce que j’aime, c’est, à partir d'une idée qui me vient (ou qu'on me lance), écrire-pour-approfondir-la-pensée, écrire au kilomètre, écrire le plus loin possible, déborder. 

Comme dans ce texte-ci, que je vous remercie d'avoir lu jusqu'au bout. 

(Et merci, Tatiana !) 

Mar(c)tin