dimanche 13 juin 2010

Feuilleton d'été (2) - par M. W.



L’invitation

Objet : Invitation
Cher Monsieur,
Nous savons que vous êtes probablement très sollicité, mais nous tentons tout de même notre chance en vous écrivant pour vous inviter au nom de la médiathèque/l’association/le groupe de lecture/le salon du livre de (mettons) Brive-la-Gaillarde. Nous serions très heureux de vous accueillir et de vous faire rencontrer les lecteurs qui ont apprécié...

Les premières années, l’inexpérience et la reconnaissance (Ce sont les lecteurs qui t’ont apporté le succès...) s’ajoutant à la culpabilité (... tu ne vas pas tout de même pas refuser d’aller les rencontrer ? ), tu acceptais à peu près toutes les invitations.
Et il y avait de quoi t’occuper.

D’abord, bien sûr, les librairies.
Ce sont les libraires qui, les premiers, ont adopté ton second roman d’écrivain inconnu, l’ont fait connaître à leurs lecteurs les plus proches et se sont ensuite sentis gratifiés par le Prix des Auditeurs-Lecteurs qui en a fait le Grand Roman de l’Année. Tu gardes un souvenir impressionné de la soirée passée, à Tours, à la « Boîte à Livres ». Tu te souviens de ton émotion en apprenant qu’on t’y invitait (c’est dans cette librairie là - et à la « Librairie Franco-Anglaise », aujourd’hui disparue - que tu passais des heures à fouiner et à lire debout lorsque tu étais étudiant) et en découvrant dans la vitrine, juste avant d’y entrer en fin d’après-midi, trois piles de ton Grand Roman et ton portrait « officiel » envoyé par l’éditeur. Tu t’es pincé en voyant ton livre et ta gueule dans cette vitrine-là.

Tu t’es pincé encore plus fort en revenant à la librairie après dîner, à l’heure de la rencontre, et en découvrant là des dizaines de personnes serrées au milieu des livres, assises par terre et jusque sur les marches de l’escalier. Tu as souri quand, à la fin de la rencontre et d’une longue séance de dédicaces, tu t’es retrouvé entouré par une demi-douzaine d’étudiantes en médecine au sourire irrésistible ; tu as soupiré en disant : « Pourquoi je l’ai pas écrit il y a vingt-cinq ans, ce bouquin ? »

(En revanche, tu fréquentes assez peu les salons/ foires/fêtes/journées du Livre qui fleurissent dans toutes les provinces de France et de Navarre. Pendant de nombreuses années, le Salon du Livre (Paris) et les 24 heures du Livre (Le Mans) te sont apparues comme des lieux de souffrance infinie pour les écrivains qui restent assis désoeuvrés derrière une pile de livre pendant que les chalands - qui ne sont pas tous, et de loin, des lecteurs - passent devant eux en affectant qui, l’indifférence ; qui, un intérêt très passager ; qui  prennent négligemment un livre, le retournent, voient la photo au dos, lèvent la tête pour scruter le visage pétrifié, demander : « C’est vous ? Ah, bon ! Vous ne ressemblez pas à votre portrait ! »

À quatre ou cinq reprises, toujours pour les mêmes raisons, tu as répondu présent à ce genre d’invitation. Un jour, tu as même insisté auprès pour que l’éditeur t’envoie là-bas parce que tu voulais revoir une amie depuis très longtemps perdue de vue et que la publication de ton Grand Roman avait incitée à t’écrire. Mais en général, tu fuis ces manifestations comme la peste, tant tu as le sentiment d’y perdre ton temps, à l’exception de celles que tu fréquentais déjà quand tu n’étais qu’un « lecteur anonyme ».

Les 24 Heures, parce que ça se passe à cinq minutes à pied de chez toi ; le Salon de Paris parce que tu as toujours la ressource, si personne ne s’approche de ta pile, de bavarder avec Paul ou Jean-Paul ou Antonie ou Thierry, ou encore d’aller te promener dans les allées de « la plus grande librairie de France » et d’aller y découvrir des livres dont tu ignorais l’existence et saluer des figures que tu aimes et admires assignées à une table. Mais lorsque tu passes devant des écrivains que tu n’as jamais lus ou que tu ne connais pas personnellement, tu évites de les regarder, et, si vos regards se croisent malgré tout, tu leur souris en espérant ne pas avoir l’air trop bête.)

Les cafés littéraires.
On te fait asseoir sur une banquette au fond de la salle ou, comme cette fin d’après-midi dans un minuscule café de Lille, sur un haut tabouret près du bar ; ou bien on te fait asseoir dans la salle au milieu des lecteurs pendant que deux comédiens lisent des extraits d’un de tes livres avant de te céder la place, pour que tu répondes aux questions du public.

Les clubs de lecture.
Faute de disposer d'un local, on te reçoit une après-midi ou un soir dans l’arrière-salle d’un bistro ou d'un restaurant, et les organisatrices ont apporté des pâtisseries que le patron leur laisse servir en échange des consommations.

Les lycées.
Un ou plusieurs enseignants ont fait lire à leurs élèves des extraits de ton Grand Roman, ou l’un de tes polars, ou des chapitres d’un de tes livres autobiographiques ou - c’est même arrivé dans des lycées privés - sont parvenus à convaincre leur proviseur de t’inviter à parler de santé, de sexualité et de contraception et t’ont installé, pour l’occasion, dans la plus grande salle de l’établissement afin que toutes les classes concernées puissent venir t’entendre.

Les bibliothèques de quartier qui t’installent entre les présentoirs roulants ; les associations qui t’accueillent dans une salle communale où l’on a déployé des dizaines de chaises pliantes ; les salles de théâtre où on t’a invité à lire tes textes à haute voix et à te battre contre les projecteurs pour deviner les visages du public invisible.

Tu te souviens aussi d’une rencontre - était-ce à Amiens ou à Troyes ? - dans une magnifique bibliothèque municipale plusieurs fois centenaire aux murs tapissés jusqu’aux très hauts plafonds d’interminables rayonnages de livres très anciens.

Les facs de médecine.
Après avoir lu ton Grand Roman, certains enseignants ont inscrit celui-ci au programme de sciences humaines de première année et déclaré à leurs étudiants que, s’ils voulaient connaître la médecine générale, ils l’apprendraient en le lisant. Et ils t’ont invité à venir leur parler. Tu t’es retrouvé dans des amphithéâtres bondés de jeunes gens de moins de vingt ans, surpris de voir que les filles étaient presque deux fois plus nombreuses que les garçons, surpris également d’apercevoir parmi elles tant de jeunes femmes en foulard, et encore plus de voir, à la fin de ta conférence, garçons et filles (y compris celles qui avaient un foulard, alors qu'à la lecture de ton livre, ta judéité ne fait aucun doute et qu'un Juif est toujours susceptible - pour ne pas dire suspect - d'être anti-islamiste ou prosioniste ou les deux) descendre les marches en vagues et s’agglutiner autour de toi avec ferveur pour te faire signer un exemplaire défraîchi ou neuf de ton Grand Roman en poche ou en P.O.L, Pour moi ou Pour ma mère ou Pour mon frère ou même Pour mon médecin qui m'a soignée quand j'étais petite et c'est lui qui m'a donné envie de le devenir à mon tour et je voulais le remercier.

(Depuis quelques temps, ce sont les étudiants eux-mêmes qui t’invitent spontanément, dans un cadre semi-confidentiel, parfois avec l’accord in extremis de leur doyen pour obtenir une salle. Ces rencontres-là sont plus limitées, mais aussi beaucoup plus animées, car les étudiants présents ont tous choisi de venir, et ils ne se gênent pas pour t’interpeller et intervenir comme ils peuvent rarement le faire avec un de leurs enseignants. À des moments comme ceux-là (un soir, à la Pitié, après la projection de Vol au-dessus d’un nid de coucou ; un autre soir, à Tours, pour répondre à la question provocatrice « Peut-on former de bons médecins ? ») tu as le sentiment d’être vraiment à ta place, de retour parmi tes camarades de faculté des années 70 pour partager avec eux, de nouveau, tes colères, tes espoirs et tes utopies.)

Les tables rondes publiques sur la relation thérapeutique ou les droits des patients ou la place du généraliste dans le système de soin ou l’influence de l’industrie pharmaceutique sur l’économie de la santé. Celles-là, tu les évite de plus en plus tant tu as le sentiment de n’y être invité que pour avaliser l'intérêt du thème abordé, ou pour y représenter - à ton corps défendant - des groupes qui ne t’ont jamais élu (mais dont tes livres parlent, ce qui semble autoriser les journalistes à te considérer comme leur porte-parole) et non véritablement pour y donner ton point de vue personnel. Comment d’ailleurs, énoncer un point de vue cohérent quand l'animateur, cancérologue (mettons) de son état, habitué depuis toujours à confisquer la parole, n'accorde celle-ci qu'au compte-gouttes et dans un ordre choisi selon son bon plaisir aux huit personnes installées à ses côtés pour le mettre en valeur ?

Les émissions de radio, publiques ou privées, à la table desquelles tu t’assois comme pour bavarder, pendant dix minutes ou pendant une heure, tôt le matin ou tard le soir, dans un grand studio ou dans un local de fortune installé en sous-sol. Tu en aimes l’intimité, le retour des voix dans le casque, les sourires échangé pendant que l’autre parle, les apartés hors antenne, les messages brefs du preneur de son.

(La télévision ? Eh bien, en douze ans, tu as été invité, parfois régulièrement, à bon nombre d’émissions de la journée - des magazines pratiques du matin, des journaux télévisés régionaux ou de chaînes câblées, des émissions de plateau réunissant un petit nombre d’invités, souvent autour d’un sujet concret (la contraception...). Tu as en revanche rarement été convié par les grandes chaînes aux heures de grande écoute et jamais pour parler de littérature. Les quelques fois où c’est arrivé, tu as pu constater que si la radio ou les magazines de la journée t’invitent le plus souvent pour t’écouter partager ton expérience, la télévision t’invite essentiellement pour te montrer afin que, si possible, tes « lumières » illuminent... le profil des présentateurs.

Nombre de ces très bêtes de scène savent certes que tu connais le monde de la médecine, mais ignorent totalement que tu écris aussi des romans... et des essais sur la télévision. Qu'ils tripotent leurs fiches ou rajustent le fil qui pend à leur oreille, on dirait que leur connaissance du sujet traité se limite au strict minimum. Ils ont bien sûr entendu parler dans leur entourage de celui de tes livres qui t’a rendu célèbre il y a tant d'années (Je suis désolé, je ne l’ai pas lu à l’époque), ils connaissent grâce à leur assistante le titre de celui qui vient d’être publié (Je suis navré mais je ne l’ai pas encore lu) mais ils n’ont aucune idée de ce que tu as pu fabriquer entre-temps.

Il n'y a pas très longtemps, l’animateur d’une émission « culturelle » diffusée tard la nuit sur une chaîne publique t’avait invité à présenter un cycle de films consacrés aux médecins. Après t’avoir royalement laissé la parole pendant une minute et demie, il t’a interrompu pour te demander, sans rougir, si tu « préparais quelque chose ». Tu lui as répondu que tu venais de publier deux livres, et que tu en préparais une demi-douzaine d’autres, en ajoutant qu’il suffisait, pour le savoir, d’aller visiter ton site internet. Avait-il préparé ta venue ? Pour trois minutes, on peut en douter. Il n’avait pas jugé utile, en tout cas, de prendre dix secondes pour taper ton nom dans un moteur de recherche et de consacrer quelques minutes à lire le résultat.)

Les rencontres-avec-les-lecteurs organisées par un « agitateur d’idées à vocation culturelle » (livres-disques-matériel hifi-informatique), dans un espace-forum situé au fond ou au-dessus ou derrière ou encore dans un auditorium qui sert aussi à divers spectacles et débats. Ces rencontres-là se déroulent en général vers entre 17h30 et 19 heures, entre la sortie du boulot et l’heure de rentrer préparer le repas (d'ailleurs, à 19 heures, le magasin de l'agitateur-d'idées ferme..) Il y a là des personnes prudemment assises au fond ou sur les côtés qui ramassent leurs sacs en plastique frappés du sceau du magasin et s’éclipsent en courbant l’échine au milieu de la rencontre. Et d’autres qui ont apporté leurs exemplaires et en ont profité - si c’est la fin d’année, par exemple - pour racheter ton Grand Roman afin de l’offrir à leur mère, à leur père, à leur ami(e) médecin ou étudiante en médecine - il leur a tellement apporté, ce Grand Roman, qu’elles ont très envie de le leur faire lire, et leur enthousiasme ravivé par ta présence te fait chaud au coeur.

Il y a aussi les personnes qui se trouvaient dans le magasin par hasard (ou parce qu’elles venaient un acheter un CD ou protester parce que le service après-vente ne leur a pas encore rendu le portable qu’elles ont confié en réparation il y a trois semaines), qui ont entendu les hauts-parleurs disséminés dans le magasin annoncer la rencontre et qui jettent un coup d’œil par les portes ouvertes, restent debout sans bouger les yeux écarquillés, surpris et incrédules de s’intéresser à ce qui se dit là, ou regardent leur montre le regard vide, en se demandant ce qu’elles vont faire ; et puis s’en vont, ou bien finissent par s’asseoir et poser le sac contenant leur CD (ou leur bordereau de SAV ou la bricole achetée pour ne pas avoir le sentiment d’avoir complètement perdu leur temps) sur la chaise vide à côté d’elles, croisent les jambes et écoutent... Il y a aussi, parfois, trois adolescents qui ont aperçu le titre d’une série qu’ils aiment sur la couverture d’un de tes bouquins et se demandent bien ce que le vieux qui parle (autrement dit : toi) peut bien connaître à Buffy contre les Vampires, à Smallville ou à Dead Like Me.

Parfois, l’invitation était ambiguë. Tu avais bien compris qu’il s’agissait de rencontrer les-clients-de-la-librairie-d’une-grande-surface, mais tu n’as pas bien réalisé que la « rencontre » en question consisterait à passer un samedi après-midi coincé entre une table couverte de piles de livres, et le pilier qui s’élève au milieu du magasin et qu’après avoir passé une demi-heure à signer une demi-douzaine de livres aux personnes qui attendaient sagement en rang qu’on t’ait véhiculé depuis la gare, tu passerais l’heure et demie suivante à regarder déambuler les clients de ladite grande surface, le regard absent ; à en voir certains s’approcher très près pour regarder tes livres et comparer ta photo à ta tête ou l’inverse avant de s’éloigner sans un mot ; ou à en entendre d’autres s’exclamer : « Ah ! Mais je savais pas que vous étiez là, quel dommage, sinon j’aurais apporté mon exemplaire à signer » !

D’autres encore, posent le doigt sur ton Grand Roman et, sur un ton indéfinissable : « - C’est vous qui avez écrit ça ? - Oui... (Silence.) - Ah, c’est bien... (Silence.) On en a beaucoup parlé, hein ? - Oui... (Silence.) Je l’ai pas lu. (Silence.) Je sais pas (les yeux fuyants) ce que ça vaut, mais ma sœur (les yeux au ciel) a trouvé ça pas mal. (Silence.) Moi, les romans (droit dans les yeux) ça m’intéresse pas, je lis que des biographies. »...

Lorsque - comme c’est souvent le cas - tu passes un trop long moment seul, l’hôte ou l’hôtesse du lieu, également responsable de la librairie ou chargé(e) de communication de la grande surface qui te surveille depuis tout à l’heure et passe à tout bout de champ un message dans le haut-parleur pour signaler ta présence aux clients qui ne l’auraient pas remarquée, vient meubler ton désoeuvrement en t’apportant un café un jus de fruit un petit gâteau C’est l’heure du goûter et en te demandant si ça va, si tu veux quelque chose, si tu n’as besoin de rien, et en s’excusant qu’il y ait aussi peu de monde - Pourtant la presse a été avertie à temps mais l’annonce a été faite un peu tard, ou pas dans les bonnes pages, ou ils se sont trompés de jour ou bien, à la réflexion, le samedi après-midi du début des vacances scolaires n’était peut-être pas la meilleure date mais quand on n’a pas d’enfants évidemment on n’y pense pas, et d’ailleurs quand elle t’a appelé elle n’avait pas le calendrier sous les yeux. Il faudra qu’elle fasse attention à ça la prochaine fois... Souriant, tu hoches la tête en lui assurant que ça n’est pas grave - d’ailleurs (tu désignes les étagères de livres autour de toi) si tu t’ennuies, tu as de la lecture - et en jurant, en ton for intérieur, qu’il n’y aura pas de prochaine fois.


Les invitations lointaines  : l’un des éditeurs étrangers qui publie ton Grand Roman en traduction et un centre culturel franco-local te proposent de présenter le livre avec ton traducteur. Tu sais - tu en as fait l’expérience à chaque fois - qu’ils te recevront avec chaleur et intérêt, et que tu rencontreras des gens passionnants, honorés que tu te déplaces alors même que c’est toi qui te sens honoré qu’on vienne te chercher de si loin... Tu es plus circonspect lorsque l’invitation vient d’une institution ou d’une ambassade de France :  quelques expériences désagréables t’ont fait comprendre que pour ces représentantes de l'Hexagone à l’étranger, écrivains et artistes ne sont pas vraiment invités pour parler de leur travail mais pour servir de faire-valoir à une culture française  en constant recul dans le monde, hélas, mon bon Monsieur, - tout comme nos dotations d’ailleurs....

Les congrès.
Chaque fois que tu es invité à donner une conférence plénière, tu arrives dans la salle à l’avance, tu écoutes l’orateur qui te précède et tu te demande sombrement ce que tu pourras bien raconter d’intéressant après lui. Lorsque on t’invite à gravir les marches, tu traverses l’estrade, tu te places derrière le pupitre avec la même incrédulité : est-ce vraiment toi qu’on a invité là ? Est-ce qu’ils n’ont pas fait erreur sur la personne ? Est-ce qu’ils ne surestiment pas un tantinet la valeur de ce que tu as à leur dire ?

Est-ce que tes causeries (longtemps tu les as improvisées en jetant sur deux feuilles blanches ou deux pages de carnet ligné les quelques points que tu voulais aborder - que le titre choisi t’inspirait - pour, une fois que tu les avais posées devant toi sur la table ou le pupitre, les oublier complètement et te mettre à raconter une histoire survenue le matin même, à voguer au gré des associations libres que cette histoire te soufflait en comptant sur les murmures et les rires de la salle pour te maintenir toujours à proximité du public invisible. À l’heure de l’électronique triomphante il devrait y avoir moyen de mettre les orateurs en lumière sans leur coller dans les yeux des feux de route qui leur interdisent de voir l’auditoire, non ?) vont faire le poids comparés aux textes - patiemment fignolés, écrits avec amour, mille et une fois corrigés, relus et commentés par des yeux sans complaisance puis enfin envoyés à l’imprimeur - sur lesquels ta réputation s'est construite ?

Et puis, chaque fois que tu prends la parole qu’on te donne, tu découvres que les femmes et les hommes de bonne volonté sont partout pareils, ils ont besoin d’encouragements, ils ont besoin d’enthousiasme, ils ont besoin qu’on leur dise que ce qu’ils font est bon, ils ont besoin de rire et de soupirer, ils ont besoin qu’on leur parle avec respect. Et, à qui leur parle ainsi, ils le rendent au centuple....



Aujourd’hui, tu descends du train pour une « Rencontre avec Martin Winckler à l’occasion de la sortie de son dernier livre » dans une bibliothèque ou un centre culturel ou une librairie, un soir de semaine (si c'est en région parisienne) ou un samedi en fin d’après-midi (si ça se passe en province) à l’invitation d’une association chargée d’organiser des rencontres avec écrivains dans la région alentour.

Ton hôte, ton guide, ton mentor t’a déjà reçu il y a quelques mois (il t’a conduit en voiture jusqu’à une toute petite commune du fin fond du département où, avec de grands sourires ravis parce qu’incrédules à l’idée que tu avais fait tout ce chemin pour venir jusque chez eux, plusieurs dizaines de personnes chaudement vêtues t'ont accueilli dans une grande salle municipale attenante à une toute petite bibliothèque). Pourtant, comme s’il s’agissait de ta première fois, tu as cherché des yeux son regard plus que son visage, car tu ne reconnais pas bien les visages de celles et de ceux que tu n’as vus qu’une fois ou deux - il t’arrive même parfois, et c’est très gênant, de ne pas reconnaître des visages bien plus connus encore.

Une de tes amies, orthophoniste, t’a expliqué que, lorsqu’on croise une personne qu’on connaît hors contexte, hors cadre, hors de l’image dans laquelle il ou elle s’est inscrit(e), ses traits peuvent n’évoquer aucun nom précis et ce (soupir de soulagement), en l’absence de toute dégénérescence cérébrale. Sachant cela, tu ne devrais ressentir aucune honte mais tu trouves toujours vaniteux, malgré tout, d’aborder des gens que tu ne connais pas pour leur demander si ça ne serait pas toi, par hasard, qu’il attendent. Alors, quelques jours avant ta venue, tu essaies de limiter les risques d’erreur en faisant de toi-même une description aussi simple que possible Je suis grand, cheveux courts, barbe poivre et sel et je porterai une veste en toile noire ou un blouson de cuir ou un duffle-coat à capuche. 

Vu les surprises que te ménage ta bobine chaque matin quand tu la redécouvres dans le miroir de la salle de bain, tu es toujours étonné de les entendre répondre : « - Ne vous inquiétez pas, je saurai qui vous êtes... - Ah, bon ? - Oui, votre visage est connu ! - Ah ? Bon... » Si bien que, lorsque tu t’avances dans le hall d’entrée, au milieu des couples qui se retrouvent et des parents venus chercher leur fille venue passer la fin de semaine, tu es soulagé de voir un sourire se former sur le visage d’une femme ou d’un homme portant un de tes livres serré contre sa poitrine et qui, t’apercevant, s’avance à ta rencontre, te tend la main : "Vous êtes Martin Winckler ? Je suis (te donne son nom) ravi(e) de vous rencontrer, avez-vous fait bon voyage ?"

Tu réponds par monosyllabes (tu es encore englué - au mieux, dans le chapitre que tu écrivais ; au pire, dans l’épisode que tu visionnais sur ton ordinateur - et il te faudra quelques minutes pour te libérer la tête) tandis qu’il/elle t’invite à le/la suivre vers le parking. Il ou elle te propose de mettre ton sac et ta valise dans son coffre, t’ouvre la portière et te met tout de suite dans le bain : "Nous sommes très, très heureux que vous ayez accepté notre invitation, j’espère que nous aurons du monde ce soir, mais malheureusement d’une rencontre à l’autre vous savez c’est imprévisible... Voulez-vous passer déposer vos affaires à l’hôtel ? "

mercredi 9 juin 2010

Feuilleton d'été (1) - par M.W.



1. l’arrivée

 Tu es à l’heure.

 À vrai dire, tu n’as pas grand mérite, car cela  ne dépend pas de toi : il faut remercier la SNCF - non seulement pour la ponctualité de la plupart de ses trains mais pour le savant maillage du territoire français qui lui permit de transporter jadis les ouvriers vers leurs premières plages, les déportés vers leur dernier camp et toi-même, chaque année, vers des destinations naguère encore situées à un nombre rédhibitoire d’heures de voyage. Toute controverse sur la responsabilité de la société nationale dans la Shoah mise à part, tu préfères le train. Car la seule idée de parcourir en voiture les quelques dizaines de kilomètres qui séparent (mettons) Le Mans de Laval – et d’avoir à surveiller la route, les autres véhicules, le compteur de vitesse et la jauge à essence en luttant pour ne pas sombrer dans la torpeur de l’autoroute -te fait l’effet d’unvoyage au bout de l’enfer. Tandis que la perspective de t’asseoir dans un compartiment en direction de (mettons) Épinal via Nancy, d’ouvrir ton sac, de sortir ton ordinateur portable, de l’installer sur l’étroite étagère, de fourrer les écouteurs dans tes oreilles et, bercé par le juke-box (Stacey Kent The Boy Next Door Tom Lehrer The Vatican Rag Blossom Dearie Some Other Time Jacques Higelin Un grain de poussière Bill Evans & Tony Bennett My Foolish Heart Alicia Keys If I Ain’t Got You Babe)e t de somnoler en lisant ou - c’est plus rare mais ça arrive, tout de même ! - en écrivant t’apparaît toujours comme une récréation, une pause, un moment de détente dans ton emploi du temps par ailleurs chargé. 

Quand tu te mets à travailler dans un train, ce n’est pas, le plus souvent, pour compléter le texte de l’exposé/la causerie/la conférence que tu es invité à donner à (mettons) Valence ou à Tours le soir même ou le lendemain. Ce texte-là, tu l’improviseras à partir de notes jetées sur les pages lignées d’un de tes petits carnets noirs ou, recto-verso, sur une simple feuille de papier format A4 que tu poseras devant toi sur le pupitre, sous le micro et que tu ne regarderas pratiquement pas en t’adressant à l’audience. Tu te penches plutôt sur  l’article que tu aurais dû envoyer la veille (à une revue, le plus souvent) et que tu as prévu d’envoyer depuis ta chambre d’hôtel tard dans la nuit ou très tôt le lendemain matin. Ou tu travailleras au corps le roman ou le « livre engagé » du moment. À défaut de roman ou de pamphlet en cours , tu « bricoleras », comme tu aimes à le dire, le foutu bouquin que tu annonces à Paul et à Jean-Paul depuis plusieurs mois sans arriver à avancer . Tu leur as dit que ça viendra, t u sais que ça viendra, et ça finira par venir même si, pour le moment , ça ne vient pas. Du tout.

Mais pour écrire dans un train il te faut être particulièrement en forme, ou particulièrement en colère, ou particulièrement amoureux d’une des femmes imaginaires dont tu racontes l’histoire, amoureux au point de ne pas la lâcher, de ne pas vouloir cesser de poser tes doigts sur son corps enclavé au clavier . Alors, quand ce n’est pas le cas, tu te laisse s aller à la paresse et à regarder un épisode de House ou Brothers & Sisters ou Grey’s Anatomy ou (soupir...) Rome en oubliant les cahots duTGV/Corail/Téoz/TER/Express/Train Rapide qui rend tous ces voyages possibles sans que tu risques de t’endormir au volant , de jeter sur un platane et, par la même, dans l’affliction ton véhicule ta veuve, t es enfants et l es amie(e)s plus ou moins chèr(e)s que tu aurais préféré transporter par tes fictions.

*

Mis à part les grèves surprises , les trains annulés, les voies bloquées par une manifestation et les motrices en panne au bout du quai en raison d’un incident indépendant s de notre volonté, , le plus souvent, tu es à l’heure.
Ou alors, c’est que tu as raté le TGV ; mais à cinq minutes de la gare en scooter, ça n’arrive pratiquement jamais même si, tout à l’heure, tu t’es exclamé Putain de bordel de merde je vais pas l’avoir ! au moment où l’horloge (en bas et à droite sur l’écran de ton ordinateur de bureau) t’a suggéré   qu’il fallait plier le texte/l’article/le courrier ( eh, non ,   pas encore le livre en travail que tu racontes par petits bouts à Paul et à Jean-Paul...) sur lequel tu étais penché, sans oublier de le sauvegarder sur la magnifique clé USB deux gigas achetées hier par MPJ de manière à ne pas avoir à tout réécrire dans le train. Tu as ensuite bond i hors du fauteuil, enfil é la chemise pendue sur un cintre, retiré le falzar d’intérieur que tu gardes toute la journée quand tu n’as pas envie de sortir et, les fesses à l’air , après avoir saisi un caleçon dans le placard, boutonné   l’une d’une main, enfilé l’autre des deux jambes et cherché ton pantalon des yeux avant de te souvenir qu’il était resté en bas sur le dossier de la chaise dans le petit salon - c’est là que tu le poses chaque soir avant de passer sous la douche.

 Repoussant le moment d’enfiler le pantalon encore inaccessible, tu as débranché et refermé l’ordinateur portable ouvert sur le bureau avant de le glisser dans ton sac, en prenant soin d’y fourrer aussi le chargeur afin de ne pas te retrouver en panne à la fin de la journée.

Longtemps, les batteries de tes ordinateurs portables se sont déchargées avec une rapidité effrayante. Celle du dernier en date, merveille de la technique, affiche avec constance t rois heures et demie d’autonomie. Avec la lecture d’une ou deux revues de cinéma ou d’informatique, cela suffit en général largement à t ’occuper pendant tout le trajet. Mais arriver  le soir dans une chambre en découvrant que tu ne peux pas recharger est à tes yeux l a pire catastrophe qui puisse arriver à un écrivain en goguette. Parce que, bon, même si tu n’écris pas souvent la nuit dans les chambres d’hôtel comme on te soupçonne de le faire ( Mais quand est-ce que vous dormez ?), tu aimes que ce soit possible.

Et tu veux , sinon profiter d’un accès I nternet par câble ou par wifi (faut pas r êver...), du moins pouvoir branche r l ’ordinateur sur la ligne de téléphone ( à condition que la pris e soit accessible et amovible   ; lorsqu’ elle ne l’est pas parce que (mettons) on l’a cachée derrière un bois de lit cloué à la cloison, c’est la 2e pire catastrophe qui puisse t’arriver ) , composer le numéro local de ton fournisseur d’accès , écouter le chant de baleine du modem hélant le réseau, ouvrir ton navigateur et lire les (répondre aux) innombrables courriers électroniques arrivés depuis le début de l’après midi , voire bavarder en ligne avec un (e) correspondant (e) lointain (e) avant de t’allonger, à bout de forces , et t’endormir devant l’épisode de (mettons) House, M.D. que tu a vai s commencé à r egarder dans le train . Oublier le chargeur de batterie, c’est te condamner à zapper, depuis les draps humides de ta chambre d’hôtel, entre les émission chasse et pêche de la première chaîne, les clips vidéos de la sixième et les corps nus cryptés zézayants de la quatrième.

Comme ta petite valise était déjà prête -- (à moins que tu n’aies, cette fois-ci, glissé un polo et des sous-vêtements de rechange dans le petit sac à dos gris entre le portable, sa souris, le chargeur et le petit carnet noir, et, après avoir tenté en vain de fourrer en plus un ou deux bouquins - tu veux pouvoir choisir ce que tu vas lire au moment où tu te décides à lire) -- tu n’as eu qu’à la prendre d’une main, le sac à dos gris de l’autre, et tu as descend u l’escalier en chemise et caleçon et chaussettes. Tu es entré dans le petit salon, tu as enfilé ton pantalon puis un pull ou un gilet, tu es sorti dans le couloir, tu as ouvert la penderie, chauss é les pompes (Géniales ! Sans lacet ! Divinement confortables !) achetées à l’été 2005 pendant l’odyssée familiale à Montréal, tu as dépend u t a veste, tu as gliss é le plus gros des deux livres dans l’une des poches (Oui, toutes tes poches de veste ont la taille d’un livre...) et tu as dit tout haut –

 - Quelqu’un a vu mes clés ?
Tandis que des voix éparses répondaient Mmmhhh ? Non ! ! ! ou (plus irritant) Quelles clés ? tes doigts baladeurs les ont retrouvées au passant de ceinture de pantalon auquel tu les avais suspendues la veille . Tu as lancé : Rien, rien, je les ai !, puis en te demandant si tu n’oubliais pas quelque chose (tapotis sur la poche de poitrine de ta chemise - oui, tu as bien ramassé au passage le téléphone portable posé sur le bureau), tu es entré dans la salle à manger par une porte pour distribuer baisers et embrassades –

 - Au revoir, Vous. Au revoir les petits loups...
 - Où tu vas, papa ?
 - À (mettons) La Rochelle, je reviens samedi matin...
 - On pourra aller au bowling/au cinéma/à Ecommoy-les-bains dimanche ?
 - Oui, bien sûr...

 - avant de ressortir par l’autr e porte et de passer dans le garage .

Là, tu as actionné la commande de la porte électrique, ouvert le top-case de ton scooter, fourré dedans ton sac à dos gris (et parfois la toute petite valise), mis le casque et, après un dernier au revoir, un dernier baiser, enfourché le preux destrier, mis le contact, démarré, roulé précautionneusement vers la chaussée comme un bon
- Père ! Gardez-vous à droite (les voitures empruntent la rue en sens unique comme si c’était un circuit de vitesse), - Père ! Gardez-vous à gauche (tandis que les cyclistes la remontent en sens interdit comme si c’était une rue piétonne)
avant de t’élancer à plein gaz dans la rue. Comme d’habitude, tu t’es arrêté pile au bout de trente mètres, à la pensée que des enfants à roulettes étaient peut-être en train de traverser sans regarder le passage piétons du coin de la rue. Toi qui as si souvent envie d’étrangler tes gosses, manquerait plus que tu escagasses ceux des autres.

La voie était libre, alors tu as roulé à fond de train (c’était de circonstance) jusqu’à la gare pour constater, à ton entrée dans le hall, que ta montre (et celle de l’ordinateur de bureau) avançait un peu et que, finalement, tu n’avais pas vraiment besoin de te dépêcher. Enfin, pas tant. Le tableau affichait (c’est de plus en plus fréquent, ces derniers mois) RETARD 20 MIN sur les TGV en provenance de l’Ouest mais le tien, qui allait dans l’autre direction, était à l’heure. Et toi, légèrement en avance. Détendu, tu as pris le temps d’aller retirer tes billets au distributeur, de jeter un coup d’œil au kiosque à journaux pour y prendre Le Canard Enchaîné (« Villepin déjà au Palais de l’Enlisé ») ou PC Hebdo (« Comment archiver vos fichiers ») et de descendre tranquillement les marches bien avant que la voix d’aéroport n’annonce (mettons) le TGV 5227 à destination de Nantes, départ 15 h 16, entrera en gare voie 3. 

Un peu essoufflé tout de même (comme l’est d’ailleurs, peut-être, par toute cette galopade, le valeureux lecteur/la valeureuse lectrice de ces premières pages) tu t’es installé dans le compartiment 18 - pas à la place indiquée sur ton billet (face à un appelé avachi qui ne t’aurait pas laissé allonger tes jambes et à côté d’une dame d’un certain âge qui aurait certainement été choquée d’apercevoir sur l’écran de ton ordinateur Gil Grissom et son légiste deviser au-dessus d’un thorax découpé au sécateur) mais (Il n’y a personne ici ?) à l’autre extrêmité du compartiment. 

Tu as oté ton manteau et ton pull ou ton gilet et, une fois assis, tu as attendu le départ sagement, sans bouger, en espérant, les doigts croisés que personne ne viendrait revendiquer cette place usurpée. Quelques minutes après que le train se fût mis en branle, tu t’es décidé à sortir ton ordinateur du sac à dos gris, tu l’as posé sur la tablette étroite, tu as branché la souris, les écouteurs et la magnifique clé USB deux gigas et, tandis que le bureau s’affichait, tu as fait voleter le petit oiseau pointeur jusqu’au fichier choisi. Tu as hésité entre le texte sur lequel tu travaillais avant de partir et le tout dernier épisode en date de House, M.D.  

Finalement, tu as choisi de garder House pour... plus tard, et le pointeur s’est posé sur le fichier de Comment survivre..., le foutu bouquin avec lequel tu maintiens Paul et Jean-Paul en haleine depuis plusieurs mois. Le texte en travail a empli l’écran et, après avoir hésité quelque peu sur le passage que tu voulais reprendre, tu t’es mis à écrire avec une application qui s’est muée en acharnement... jusqu’au moment où le haut-parleur a annoncé (mettons) La Rochelle, quatre minutes d’arrêt. Tu as regardé ta montre et, pendant que le train décélérait, tu as replié et rangé l’ordinateur et tous ses fils dans le sac à dos gris, renfilé ton pull ou ton gilet, descendu ta veste du porte-bagages et marché jusqu’au bout de la rame. La porte s’est ouverte avec un sifflement, tu as laissé descendre un aveugle, un jeune homme chargé d’un sac aussi énorme qu’informe et une dame portant un chat dans une boîte en plastique, tu as mis le pied sur le quai et marché tranquillement vers la sortie en cherchant à reconnaître le visage de l’hôte ou de l’hôtesse qui, il y a quelques semaines ou déjà plusieurs mois, t’a invité via courriel puis conversation téléphonique et a promis de venir t’attendre à ton arrivée.  

dimanche 30 mai 2010

Du neuf avec du vieux (Ex. n°13, 11) - par Gilda F.


Enoncé de l'exercice n°13 
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NB : Ceci est le dernier envoi que j'ai reçu. Si vous m'avez envoyé un essai d'exercice 13 mais ne l'avez pas vu publié, et si je ne vous ai pas annoncé que je ne le publiais pas, alors je ne l'ai peut être pas reçu. Renvoyez-le moi. MW
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Michel Houellebecq « La possibilité d'une nausée élémentaire »

Dans une petite ville du sud de la France, Arnaud Depardieu est venu se retirer après une vie consacrée au tourisme (sexuel). Il écrit désormais un mémoire sur Les Mémoires de Chateaubriand. Cependant, sous l'apparence d'une vie désormais rangée, il se passe des trucs (glauques). Il ne parvient même plus à nommer une chatte une chatte. C'est dire.

Katherine Pancol « La peau des larmes du chagrin des crocodiles verts »

Délaissant sa femme, un antiquaire belge part en Afrique faire fortune dans le commerce des défenses de crocodiles. Elle profite de son temps libéré pour écrire un roman tout en repassant un vieux mouchoir en tissu qu'il lui avait laissé. À mesure que le livre s'écrit, le mouchoir rétrécit. Quant aux crocodiles, ils mangent.

Philippe Djian « Filles en fleurs. Impardonnables »

Francis, écrivain ami du grand Bergottounioux, soigne à Balbec auprès de madame Swann le chagrin inconsolable que lui a laissé en héritage sa femme disparue. Mais leur fille Alice part pour le pays des merveilles et la jeune Albertine séduit Bergottounioux, ce qui fout le bazar relativement à son épouse Andrée. Les deux hommes s'en vont seuls à Biarritz comme ça un point c'est tout et ils peuvent se coucher de bonne heure. Peinards.

Marc Lévy « Vingt ans après le premier jour de la prochaine fois »
(suite des « Trois moustiquaires du lit de la première nuit »)

C'est l'histoire de quatre amis et d'une grande demoiselle qui s'étaient séparés puis qui se retrouvent pour donner un coup de main à la Reine d'Angleterre. Mais l'un d'entre eux est un fantôme (dans un placard).

Christine Angot « Aimez-vous le Brésil rouge ? »

Une belle Mathilde quoi qu'un peu molle se laisse séduire par Doc Julien, rappeur de sa banlieue très calé en latin. Mais Christine arrive qu'il sodomise malgré ses protestations (ou pas). Finalement ils n'ont pas d'enfants et Mathilde part au Brésil réfugier son chagrin.

Amélie Nothomb « L'hygiène de l'Assommoir »

Gervaise arrive au Japon accompagnée de son homme, Robert et de leurs deux enfants. Déconcerté par leur nouvelle vie difficile, il préfère vivre en son nom propre. Elle rencontre alors Mori-San, ouvrier blanchisseur, et qui lui donne un enfant. Alors qu'une existence enfin sereine pourrait les attendre il tombe dans une cuve de produit nettoyant. Tout devient prétexte à taches.

Bernard-Henry Lévy « Une absence de bagage pour le pacifiste »

Dans ce roman autobiographique, BHL confesse son inculture et avoue l'étendue de ce qu'il devait à ceux qui assuraient sa documentation. Il démontre que c'est grâce à eux qu'il a pu jusque-là si efficacement militer pour la paix.

Bernard Werber « Les misérables petites fourmis travailleuses »

Dans une ruche à fourmis, celles qui sont là pour faire tout le boulot et ont à peine de quoi manger cessent de se contenter des pauses pour faire la causette et décident de se révolter. Elles vont toutes se faire massacrer par la garde rapprochée de la reine et le chat vert. L'une d'elle parvient néanmoins à se réfugier dans un val géant. Par dessus le marché elle tombe amoureuse. Y en a qui ont de la chance.

Jean-Christophe Rufin « Le rouge brésil et le noir argentin »

Une belle Mathilde quoi qu'un peu molle se laisse séduire par Doc Julien, rappeur de sa banlieue très calé en latin. Ils ont deux enfants et se préparent à émigrer au Brésil. Mais Doc Julien se fait arrêter parce qu'il n'avait pas ses papiers ni l'air d'une identité nationale et Mathilde se suicide en apprenant la nouvelle. Les enfants partent donc seuls à la conquête du pays nouveau. Courageux.

Frédéric Beigbeder « L'étranger français »

C'est un français mais comme il a perdu ses papiers (1) et fumé une ligne de coke sur le chapeau d'une peste, il passe une nuit au poste pris pour un ressortissant algérien. Les pages les plus intéressantes ont été censurées.

(1) semblable mésaventure concerne également le Doc Julien du livre de Jean-Christophe Rufin « Le rouge brésil et le noir argentin » ; thème récurrent de la rentré littéraire 2010 en France, sans que l'on sache pourquoi.

* * *
Il est à noter que « Pourquoi pas le Brésil rouge ? » a été attaqué pour plagiat
du « Rouge brésil et noir argentin », compte tenu de points communs flagrants dans l'intrigue.
Christine A. s'en est défendue par cet argument imparable :
- Vos gueules c'est ma vraie vie.

jeudi 27 mai 2010

Comment je construis mes romans (Ficelles et chapeaux-claque, 6)

Pendant l'écriture d'un roman de 600 pages, comment vous repérez-vous? Comment vous organisez-vous pour l'écriture? Comment décidez-vous qu'un chapitre/scene/personnage est suffisamment équilibré par rapport au total ? A quel moment dites vous: "Ca y est, le livre est fini, je suis content." ?

Auramaga


Le roman aura-t-il 600 ou 300 pages, je ne le sais jamais en commençant. Pour Le Choeur des femmes, j'étais parti en pensant que ce serait un "petit roman". On voit ce que ça a donné. Je n'en croyais pas mes yeux quand Thierry Fourreau, qui s'occupe de la mise en page des livres chez P.O.L, m'a envoyé la première version. Quoi qu'il en soit, le problème de l'écriture est le même quelle que soit la longueur (prévue ou non) du livre. Mon problème, croyez-le ou non, est que je ne sais pas à l'avance comment le livre tiendra debout. Je pars de rien. Enfin d'une idée plus ou moins précise, mais pas grand chose. Pas de plan. Pas de grand projet. Souvent une ambition assez simple, même pour un roman policier. C'est pourquoi, comme je l'ai expliqué par ailleurs sur ce blog, j'ai souvent besoin d'une "trame", d'un "tuteur" autour duquel construire pour pouvoir avancer, même si le livre final ne ressemble que de très loin à la forme sur laquelle il a été élaboré : comme si j'avais emprunté (et adapté) une silhouette en fil de fer pour modeler mon plâtre ou ma glaise dessus.

En général, j'écris dans la continuité : je découvre l'histoire à mesure que je l'écris ; je pars d'événements, de personnages, de lieux choisis au départ, et je construis, j'imagine, je développe, j'extrapole au fur et à mesure. Et cela, aussi bien pour les romans médicaux que pour les romans "de genre". Dans les romans médicaux, c'est l'expérience professionnelle et aussi l'expérience émotionnelle de l'individu qui s'expriment, et je pense que c'est pour ça qu'ils sont – en dehors de La Vacation – aussi volumineux. Dans les romans "de genre", c'est plutôt ma culture de lecteur/spectateur de narrations "populaires" qui tient lieu de matériau. Je joue avec des personnages, des formes narratives, des énigmes qui m'ont nourri depuis l'enfance et à l'adolescence. L'expérience professionnelle y est moins importante. Par conséquent, je pourrais dire que ma culture de lecteur/spectateur est ce qui m'aide à mettre du sel dans mes romans médicaux, et que ma culture médicale m'aide à donner un vernis de sérieux à mes romans "de genre".

Ça n'est probablement pas sans importance pour la manière dont j'écris les uns et les autres. Dans les romans médicaux, j'ai beaucoup de choses à dire, et j'ai peur d'ennuyer, alors j'introduis des artifices de narration qui (je l'espère) rendent la lecture moins fastidieuse. Dans les romans "de genre", je ne veux pas que la narration ait l'air "creuse", sans autre intérêt que celui qu'on peut avoir pour la forme (policier, suspense, SF). Alors j'y intègre des préoccupations liées à ma profession, mais de manière moins personnelle, plus ludique, plus malicieuse que dans mes romans médicaux. C'est pour ça que dans les polars et les romans de SF, on retrouve chaque fois le même Supervillain (comme on dit dans les comic-books) en la personne (immorale) de WOPharma et sa PDG Bunny – qui est à mes personnages ce que le SPECTRE et Blofeld sont à James Bond.

Tout ça, je le reconnais, ne dit pas exactement comment je construis, mais c'est au fond assez simple. Prenez le roman que je suis en train d'écrire (la dernière commande que m'a passé le Fleuve Noir il y a trois ou quatre ans, et qu'il faut bien que je finisse par honorer, ils m'ont tout de même versé un a-valoir, et je ne veux pas être en dette). Je ne pars pas de rien : c'est la suite des enquêtes de Lhombre et Watteau (Touche pas à mes deux seins, Mort in Vitro, Camisoles). À la fin de Camisoles j'avais écrit "Lhombre et Watteau reviendront dans Ô Lourdes et Les Invisibles". J'avais l'idée de situer un roman pendant une procession à Lourdes, et un autre centré sur des SDF. Finalement, j'ai décidé d'écrire plutôt Les Invisibles et de situer le roman à Montréal (où les "itinérants" font l'objet de nombreuses actions d'entraide et de soutien caritatives et municipales). Je ne partais pas de rien : j'avais mes deux personnages... Et puis je me suis rendu compte que je ne pouvais pas envoyer Watteau (qui est juge d'instruction) enquêter à Montréal, et qu'il faudrait que Charly Lhombre s'y rende seul. Ça m'a donné le début du roman. Ensuite, je me suis dit que Charly arriverait là-bas pour y être... chercheur invité dans un centre similaire à celui qui m'a accueilli. Ça m'a donné une partie du cadre. L'appartement dans lequel j'ai emménagé m'en a donné une autre partie. Ensuite, j'ai mis en place des personnages (sans les décrire) et j'ai "trituré" tout ça pour savoir quel crime (et quelle problématique sous-jacente) j'allais mettre en place. Des événements récents (l'épidémie de A/H1N1) m'ont suggéré le contexte...

Le processus est donc essentiellement le résultat d'une accumulation de petites choses, de personnages et de situations, et non le développement d'une idée de départ que je veux traiter (ce que je fais plutôt dans mes romans médicaux). Mais parfois, il faut que je remue beaucoup pour que la mayonnaise "prenne" et que je sache exactement où je vais. Autrement dit, pour avoir la trame initiale, il me faut parfois y penser pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines. Mais une chose est sûre, c'est que j'ai besoin d'abord de personnages, de lieux et d'une ou plusieurs situations.

Une fois que j'ai eu tout ça, je me suis mis à raconter pourquoi Charly a quitté Tourmens, comment il arrive à Montréal, quelles personnes il y rencontre et l'histoire criminelle à laquelle il est mêlé s'est mise en place à partir de ça. Une fois que je sais qui je vais tuer et pourquoi, le reste vient de manière assez naturelle. Les romans "de genre" que j'écris fonctionnent sur des principes assez simples : l'énigme, l'attente (le suspense), la surprise, l'angoisse. Dans le domaine du roman policier, je suis un amateur, pas un professionnel roué comme le sont beaucoup de romanciers noirs français (je pense à Fred Vargas ou à Didier Daeninckx ou à JB Pouy, par exemple). J'essaie de compenser mon inexpérience par un ton et des sujets qui me sont propres. Un universitaire américain m'a écrit il y a un an ou deux pour me dire qu'il n'avait jamais lu de romans noirs parlant de l'industrie pharmaceutique similaires aux miens. Ça m'a évidemment fait bien plaisir... d'autant qu'ils ne sont pas traduits en anglais et qu'il les a découverts par hasard dans une librairie parisienne.

Quand est-ce que je sais que le livre est fini ? Eh bien, lorsque je suis arrivé au bout de ma narration, je reprends tout depuis le début pour corriger les incohérences, les contradictions, pour éliminer ce que j'ai posé sans l'utiliser (des personnages, des situations), pour ajouter en amont de certaines péripéties des lignes de dialogues ou des détails qui les "annoncent" insensiblement, pour m'assurer que tout tient debout. Du moins, que ça m'a l'air de tenir debout. J'ai suffisamment d'expérience en tant que lecteur, je crois, pour pouvoir en juger. Et quand tout ça est fait, je rends le bouquin. L'éditeur est donc, le plus souvent, le premier lecteur. Si le livre lui plaît suffisamment pour qu'il ait envie de le publier en l'état, je n'ai pas de raison d'y retoucher. Je ne laisse jamais partir un manuscrit qui ne me semble pas tenir debout. Ça ne veut pas dire qu'il est réussi. Ça, je ne peux pas en être juge. Mais je sais que le roman est terminé, parce que... l'histoire est finie !



samedi 22 mai 2010

Le corps d'un homme - par MWZ

1.
Dans mon cahier n°7, en Avril 1983, j'ai collé une demi-page découpée dans un journal ; je croyais jusqu'à ce que je l'ouvre ce soir qu'il s'agissait de Libération, mais je n'en suis plus sûr, car rien ne l'indique et c'est la page 52. Or, je doute que Libé ait jamais eu 52 pages.

Sur la demi-page de journal figurent deux photos rectangulaires, placées l'une au-dessus de l'autre.

La première représente un homme appuyé contre un mur au-dessus d'une bouche d'air chaud près du jardin des Tuileries. Il baisse la tête et se cache le visage ; il y a deux sacs en plastique bourrés posés de chaque côté de lui. Le second cliché, juste en dessous, montre seulement le soupirail, le mur et une trace noire sur le mur, une tache grossièrement circulaire, mais informe, une tache estompée sur les bords, comme une tache de graisse sur un vêtement...

Sous les photos est imprimé un commentaire que je recopie ici intégralement :

« Alexandre, un clochard, a passé plusieurs années de sa vie à profiter du souffle d'air chaud qu'exhalait le soupirail qui surplombe le centrail téléphonique à l'extrémité du jardin des Tuileries. X., photographe de mode, l'a souvent photographié comme il le trouvait : de profil, la tête baissée sur son bras gauche, debout sur ses deux pieds, prenant avec sa main droite un troisième point d'appui en profitant d'un décrochement du mur. Alexandre, un jour, s'est couché – il était malade et il crachait ; un autre jour, il a disparu – peut-être était-il mort – laissant sur le mur son ombre, trace noircie par le frottement de son coprs impressionné à même la pierre. L'histoire est émouvante parce qu'il n'est pas courant, en quittant la vie, de laisser sa photographie d'identité sur le mur attenant. L'image, elle, est étrange parce qu'elle est inclassable. Elle participe des derniers perfectionnements de la technique de prise de vue (l'image Polaroïd) tout en nécessitant une pose très longue qui renvoie un siècle plus tôt. Elle évolue à mi-chemin entre l'instantané de reportage (c'est une scène de rue) et la prise de vue en studio qui s'opère avec un éclairage précis. C'est une image classique dans laquelle Alexandre a repris la même pose comme les modèles font dans les académies de peinture après le repos, c'est aussi une image expérimentale, qui retrouve un à un tous les ingrédients de la photographie. Alexandre a été tout à la fois opérateur et sujet. En prenant toujours la même pause (sic !), il s'est offert à la lumière du jour comme un objet de vitrine qui jaunit au soleil, il s'est imprégné dans le mur, petit à petit, surajoutant à chaque fois une image presque semblable. Il s'en est fallu de peu, comme dans une histoire de Marius et Olive, que le mure se mette à défiler derrière lui comme une vulgaire pellicule. Pour qu'on ait, impressionné, le scénario entier de la vie d'Alexandre. Au lieu de ça, les images se sont superposées les unes aux autres, et à défaut d'histoire, on a sûrement une des plus belles images de l'histoire de la street photography, l'autoportrait d'Alexandre. Ceci explique peut-être cela. Alexandre s'est toujours refusé à montrer son visage à l'objectif considérant que cette image-là serait moins probante que la sienne. » 

2.
Sur trois pages de mon cahier, autour de l'article découpé, j'ai écrit ceci :

« Voici ce qui me bouleverse : c'est de faire de la vie fantôme d'un individu un objet d'art ; de célébrer le génie involontaire d'une personne qui, sans un photographe désoeuvré, n'aurait pas eu d'existence pour les lecteurs en quête de nouveauté. Ce qui me choque c'est cette façon tranquille de replacer les photos dans une non-histoire, « Un jour,  Alexandre s'est couché – il était malade et il crachait. Un autre jour il a disparu – peut-être était-il mort » et, par ces mots, d'évacuer définitivement cette existence qui, dans la rue, nous aurait fait changer de trottoir. Alexandre n'a même pas droit à la mort « peut-être était-il mort... » il n'avait pas le droit à l'existence : on ne lui a pas demandé son avis pour le photographier.


Qu'il se soit caché le visage ne signifie pas forcément, comme le commentaire le suggère, que « cette image-là serait moins probante » que sa trace sur le mur, cela signifie peut-être aussi que le regard des autres (notre regard) est une violence pour lui : il se détourne quand on le croise en chair et en os, puisqu'on change de trottoir, et il se pose, s'impose sur lui quand quelqu'un s'est permis de le mettre en image, de le médiatiser, de l'annuler en tant qu'existence, bref, quand il s'st agi de « faire » (et de vendre) une « bonne photo ».


La présence d'Alexandre sur la bouche d'aération, sa disparition (peu importe qu'il soit mort, ce qui compte, c'est qu'il n'empêche plus l'objectif de montrer la tache sur le mur !!!) et la trace qu'il a laissée se suffisent alors à elles-mêmes, on peut les qualifier d'artistiques. Envolées la misère, le dégoût, le rejet, la pourriture, les miasmes, la pluie, les crachats. On s'en fout d'Alexandre, mais quand même, ce que c'est beau, la photographie. Et comme notre regard de violeur est plein de sensibilité artistique !!! »

3.
Trente-cinq ans ont passé et mon sentiment n'a pas changé. Dans cette demi-page, deux personnes me donnaient envie de vomir. La première est le photographe de mode, qui a cru bon, entre deux séances pour magazines féminins (Ah ! la vie, la vraie, celle qui pourrit dans la rue, c'est tellement plus croustillant que toutes ces filles qui posent !) de mitrailler Alexandre au passage, sans lui demander son avis, sans s'interroger sur les raisons pour lesquelles il détournait le visage - ces raisons qui viennent immédiatement à l'esprit : la honte à l'idée d'être vu ainsi, la peur d'être reconnu par quelqu'un qui l'a autrefois aimé, le dégoût d'être fusillé contre ce mur, encore et encore par quelqu'un qui ne s'est posé aucune question avant d'appuyer sur le déclencheur...

Et puis il y a le commentateur, qui pousse l'insensibilité et le snobisme très loin, je trouve, plus loin encore que je ne me le rappelais, puisqu'il loue les qualités des clichés, passe sous silence les scrupules qu'aurait pu avoir le photographe, fait mourir un homme « peut-être » puis certainement (« il est rare, en quittant la vie... ») et va jusqu'à construire un récit totalement inepte dans lequel celui qu'il appelle Alexandre devient en quelque sorte l'auteur de ces clichés, Alexandre, le héros qui laisse sa marque sur le mur et la photo-à-faire. Et d'ailleurs, "Alexandre", était-ce vraiment son nom ? Et, s'il connaissait son nom, n'est-ce pas parce que le photographe le lui avait demandé ? Et s'il le lui avait demandé, comment a-t-il pu continuer à le photographier ? Tout ça, le commentateur ne se l'est pas demandé. Il s'est contenté de parler de ces photos, objets d'art, de street photography et de leur beauté esthétique.

Je ne reproduis pas les photos ici, car je m'en voudrais de reproduire le voyeurisme de l'ensemble. Et je ne donne pas le nom du photographe et de l'auteur du commentaire qui, en niant ainsi la réalité d'un homme, ont fait de leurs spectateurs des voyeurs. Ils sont innommables.

Pourquoi est-ce que j'écris ceci, ce soir ? Parce que ces jours-ci, après avoir entendu, deux soirs de suite, des hommes bons dire des textes sensibles, d'une voix pleine du souci de l'autre, ma colère m'est revenue, intacte et vive, malgré les vingt-cinq années écoulées.

On ne devrait jamais montrer ou dire ce qu'on veut, n'importe quand, juste parce qu'on en a envie, sans s'interroger sur la décence de ce qu'on montre ou de ce qu'on dit.

Marc




dimanche 16 mai 2010

La voie d'un homme (extrait) - par MWZ

Ça aurait pu commencer comme ça :

« En se réveillant dans son lit un matin après un sommeil sans rêves, Franz Karma se retrouva métamorphosé en une créature innommable. Quand il ouvrit les yeux, il était allongé les bras en croix, face au plafond qui lui sembla couvert d’étranges graffiti. La peau de son dos, inhabituellement hypersensible, souffrait le martyre sous l’effet conjugé et superposé d’une boule dure de nature indéterminée, des plis du drap sous ses fesses nues et de l’humidité produite par la transpiration de la nuit. Jamais, au grand jamais il n’avait éprouvé des sensations aussi précises et aussi pénibles, et cela le troubla grandement.


Il écarquilla les yeux. Le soleil d’été, qui se frayait déjà un chemin à travers les interstices du volet roulant, lui permettait de voir qu’il était bien dans la chambre où il s’était couché, la veille comme chaque soir. Il se tourna vers le chevet. Le radio-réveil indiquait 7 h 13. Il secoua la tête et de longues mèches de cheveux bruns caressèrent son visage.

En posant le menton sur son sternum, iI constata que, comme chaque matin, quelque chose soulevait le drap et lui interdisait de voir ses pieds dépasser du lit. Mais ce quelque chose n’était pas le piquet de tente qui se dressait entre ses cuisses depuis la lointaine époque de sa puberté. Il n’y avait pas une, mais deux protubérances sous le drap ce matin-là, à mi-chemin entre son menton et l’emplacement habituel de ses érections.

« Que m’est-il arrivé? » pensa-t-il. Était-ce un rêve ?

Il souleva le drap et vit avec stupéfaction qu’il avait d’énorme seins. Certes, depuis qu’il avait dépassé la quarantaine, ses pectoraux s’étaient arrondis, comme c’est souvent le cas des hommes qui s’empâtent sous l’effet conjugué d’une nourriture abondante et d’une réduction de toutes leurs activités physiques. Mais en cet instant, ils étaient surmontés par deux glandes mammaires d’une taille impressionnante. De plus, cette poitrine apparue du jour au lendemain était recouverte par un tissu épais, rugueux, de consistance inconnue.

Luttant contre l’angoisse qui le clouait au lit, il repoussa le drap du pied et, sans oser regarder, il avança prudemment la main vers son nombril. La peau de ses doigts avait une sensibilité bizarre et l’effleurement de son abdomen déclencha une sensation étrange. Sa main glissa plus loin, vers l’entrejambe, où ses phalanges se retrouvèrent soudain prises dans une toison fournie, et non dans les rares poils poivre et sel qui, la veille encore, montaient bravement mais vainement la garde à la racine de son pénis. Son cœur bondit.

Il glissa la main un peu plus bas et, après avoir franchi le dos d’âne du pubis il sentit… rien. Enfin, pas tout à fait rien, mais un vide, un creux, une absence. Il poussa un cri et, en un effort surhumain, il s’assit sur le lit et repoussa le drap. En lieu et place de son T-shirt de nuit préféré, son thorax était recouvert d’un tablier bleu à fleurs.

Dessous, leur mamelon désagréablement irrité par le tissu, deux seins féminins pendaient, lourds et fatigués. Dans son dos, la boule dure qui le mordait cruellement n’était autre que le nœud formé par la ceinture du tablier. Son sexe avait disparu. Ses avant-bras, ses poignets et ses mains étaient recouverts de gants en caoutchouc rose. Il s’était transformé en… en… … »

« mère de famille paraplégique ? » « fille-mère désemparée ? » « Mamma italienne gagnée par une obésité galopante ? » « Mrs Doubtfire ? »

Je cale.

En tout cas, l’hommage à Kafka s’imposait. Même si je ne suis pas le premier, hélas ! Philip Roth s’est déjà emparé de La Métamorphose dans un petit bouquin intitulé Le Sein. Il y a ving-cinq ans, au bas mot - à une époque où, n’ayant encore rien publié, j’étais bourré de complexes littéraires, à juste titre – celui du bouquin, le clin d’œil appuyé et la réputation de l’auteur m’avaient poussé à l’acheter mais j’avais trouvé le résultat décevant. Je ne vois pas bien l’intérêt de transformer un personnage en un seul sein.

Et pourquoi le faire finir dans un lit, sous la forme d’une énorme masse flasque détachée de tout, et pas sur la poitrine d’une femme– ou de plusieurs, d’ailleurs ? Si j’avais eu l’idée avant Roth, j’aurais raconté les aventures d’un type transformé en une paire… non, en une tripotée de prothèses en silicone fabriquées sur la même chaîne d’usine, portant des numéros qui se suivent mais que le sort distribue évidemment au hasard des commandes à travers tous les Etats-Unis

... à une jeune femme qui devient stripteaseuse pour payer ses études et qui, un soir où elle ne bosse pas, rencontre l’amour en la personne d’un brave type qu’elle croise au supermarché et qui la regarde tout le temps dans les yeux ; elle décide de renoncer à ses appas artificiels pour redevenir une vraie femme dans les bras de celui qu’elle aime et paye son intervention une somme astronomique (gagnée à la sueur de son string) mais meurt sur la table d’opération sous le scalpel d’un chirurgien saoul…

... à une desperate housewife qui se fait upgrader en 95 B pour récupérer son mari parti avec une jeunette et qui, constatant que finalement ça ne va pas loin, décide en désespoir de cause de se venger en étouffant entre ses mammelles tous les hommes qu’elle y a attirés ;

... à une actrice de porno dont c’est la troisième paire successive après de nombreuses années dans des conditions de travail difficiles, qui a envie de faire redécoller sa carrière en se faisant, en plus, poser des prothèses fessières et à qui un producteur propose, parce qu’il pense qu’elle est une bonne comédienne, de tenir le rôle d’une Playmate de Playboy clouée à pas trente ans dans un fauteuil roulant par un accident de voiture (c’est vraiment arrivé à l’une d’elles mais je n’arrive pas à me rappeler son nom - Shirley ? Sherri ? ) ;

... à une ‘trans’ Homme -- Femme qui veut de jolis seins mais pas de néo-vagin -- et j’aurais imaginé le dialogue entre ses seins et sa queue, surpris et troublés tous les trois de se retrouver à cohabiter sur le même corps et finissant par trouver que, finalement, on peut vivre ensemble, et les critiques français auraient trouvé ça ridicule ou grotesque, bien sûr, mais si le livre avait eu la chance de franchir l’Atlantique, les critiques anglo-saxons y auraient vu la métaphore parfaitement assumée d’une aspiration à la coexistence douloureuse mais constructive des deux sexes au sein du microcosme constitué par le corps de mon héros ‘in’ ;

.... à une mère de famille quinquagénaire mais vachement bien conservée (comme il faut qu’on pleure pendant tout le film - ça pourrait être un film, je vois déjà ça d’ici – il me semble que Meg Ryan serait parfaite pour le rôle), mutilée par un cancer du sein gauche ; sa pauvre prothèse isolée (appelons-la Lolo…) espère, à l’insu de sa propriétaire, que Meg aura un cancer de l’autre côté parce que c’est sa seule chance (à la prothèse, pas à la pauvre femme) de retrouver sa sœur de lait… enfin, de silicone, celle qui a été conçue et fabriquée le même jour, sur la même chaîne, dans le moule jumeau du sien et qui est restée seule dans le tiroir à deux places d’un des placards de l’usine ; le jour où le cancérologue annonce que le cancer a guéri et que Meg n’en fera pas à l’autre sein, la malheureuse Lolo doit faire son deuil de jamais retrouver sa jumelle ; mais dans le groupe de soutien d’amputées auquel elle participait, Meg s’est liée à la jolie Angelina, trente ans à peine, dont l’atrophie congénitale du sein droit et l’hypertrophie du sein gauche déforment affreusement la silhouette et lui donnent de sacrés complexes (- Ne me regarde pas je suis immonde ! D’un côté je ressemble à une actrice de porno, de l’autre à un mannequin de Lagerfeld. Je peux quand même pas draguer les mecs de profil ! ) ; évidemment, les deux femmes se lient d’amitié, Angelina aide Meg à faire face aux chimiothérapies en lui offrant une collection de foulards ; Meg soutient Angelina dans son juste combat contre la psychanalyste plate comme une limande qui tente de la forcer à accepter sa poitrine asymétrique plutôt que recourir à un rééquilibrage artificiel qui ne pourra en aucun cas (dit la psy le doigt dressé) lever l’hypothèque libidinale qu’a laissée sur la psyché d’Angelina l’empreinte indélébile de sa castration monomammaire ; finalement, elles emportent le morceau toutes les deux, l’une en battant le cancer, l’autre en collant une tarte à la psy et le jour où, toute heureuse, Meg apprend qu’elle est guérie, elle va rendre visite à Angelina qui vient enfin de se faire opérer ; au moment où les deux femmes s’étreignent en pleurant (manière subtile de laisser entendre qu’elles en ont fini avec les hommes, car ce qu’elles ressentent dans leur corps, dans leur chair, seule une femme qui a subi les mêmes tourments, vécu les mêmes malheurs, affronté les mêmes angoisses, traversé les mêmes épreuves avant de voir enfin son image réparée peut le comprendre), grâce à l’un de ces plot twists auxquels le cinéma hollywoodien le plus roué nous a habitués (car, et on l’a vu venir gros comme un camion tant c’était prévisible, Meg porte sa prothèse à gauche, Angelina à droite), Lolo-la-prothèse orpheline découvre que, sous les tendres battements du cœur de Meg, la forme ferme et ronde que l’on vient d’implanter à Angelina pour lui donner une féminité chèrement gagnée et contre laquelle elle se trouve serrée fiévreusement grâce à l’étreinte des deux femmes n’est autre que Lola, sa sœur de silicone, enfin retrouvée après des années de séparation et si je fais pas pleurer les nanas avec ça je sais vraiment pas ce qu’il faut faire… faut que j’envoie ça en lecture à Anna Gavalda et Muriel Barbery pour qu’elles me donnent leur avis.

Et si, en lieu et place de ce mélo – ou alors en même temps, tiens ! Et je vendrais les deux scénarios sous deux pseudos différents, à deux boîtes de prod différentes et les deux films seraient produits en même temps et se retrouveraient en compétition la même année au festival de Venise, histoire que tout le monde subodore que mes artifices mammaires cachent des ambitions artistiques – je troussais l’histoire très, très grinçante et très, très noire d’une série de quatre prothèses de taille décroissante, des sœurs Dalton de silicone en quelque sorte, acquises par un studio pour apparaître quelques secondes dans films et séries télévisées, et qui n’arrêtent pas de se chamailler, façon Toy Story, dans l’armoire où on les range avec d’autres accessoires du même acabit, tandis que l’une d’elles noie son chagrin dans le dissolvant en pensant à l’heure de gloire qu’elle connut jadis dans deux scènes mémorables de Nip/Tuck : l’une où le chirurgien esthétique bellâtre interprété par Julian McMahon la place d’un geste tendre sur le portrait grandeur nature de la maîtresse dont il entend perfectioner la plastique ; l’autre où, au-dessus du champ opératoire, il la tient dans sa main gantée et se lance dans un long monologue amoureux en la caressant du regard comme Hamlet le crâne de Yorick…

Oui. Ça serait pas mal du tout.

Bien sûr, il faut encore que je l’écrive, mais je suis sûr que ça ferait un bien meilleur bouquin et de bien meilleurs films que la… pochade de ce petit prétentieux de Roth. Sous prétexte qu'il est écrivain, juif et américain il se croit tout permis ?

Si j’étais newyorkais, moi aussi je me permettrais n’importe quoi.

Enfin, si j’avais pas plus urgent à faire et ma tripotée de monstres à combattre à mains nues pour sauver le monde. C’est un petit monde, d’accord, mais un monde quand même, et il faut bien que quelqu’un le sauve. Et si c’est pas moi…

Mais je m’égare. Faut pas que je m’égare.

La parodie de Kafka m’est venue immédiatement, ce matin, dès que je me suis assis au clavier, mais je ne l’ai pas écrite d’abord parce que je n’ai pas eu le temps, vous l’imaginez bien, mais aussi, à la vérité, parce que je n’étais pas dans une veine aussi… absurde. Ce matin, à mon réveil, dans mon demi-sommeil, je n’ai pas imaginé que je me transformais en matrone ménagère. Pour une fois, je n’avais ni mal au dos, ni à la fesse, ni à l’épaule. J’étais allongé dans le noir, j’entendais des bruits vagues dans le couloir, comme un bruissement tranquille, mais ça ne m’empêchait pas de somnoler. Je me sentais léger. Je n’avais aucun souci, aucun poids sur les épaules. J’étais bien.

Ça ne pouvait pas durer.
Brusquement la porte s’est ouverte, et dans un rectangle de lumière qui me faisait mal aux yeux comme quand j’étais gamin, j’ai vu et entendu une silhouette apparaître et m’appeler comme elle ne l’avait pas fait depuis bien longtemps.

- Marc !

Je lui ai répondu Fous-moi la pais Maman va t’en laisse moi tranquille je dors. Et, contre toute attente, elle a refermé la porte. Ça m’a plutôt surpris car, de mémoire d’homme (enfin, de la mienne) ça ne s’était jamais produit. D’abord parce que je n’ai jamais parlé comme ça à ma mère, j’aurais eu trop peur de prendre une tannée, ensuite parce que l’eussè-je fait, je doute fort qu’elle aurait obtempéré. C’était pas l’genre.

Mais quelques secondes plus tard, elle a recommencé. Elle a ouvert la porte une nouvelle fois, m’a posé une question que je me rappelle pas et a refermé après avoir entendu ma réponse, que j’ai oubliée aussi. Je trouvais bizarre que mes lunettes soient pendues quelque part au plafond et qu’elle m’appelle tantôt « Marc » (ça, c’était normal), tantôt « Docteur » (ce qui l’était beaucoup moins, ma mère ne m’a jamais appelé Docteur).

Elle était vêtue d’une blouse d’infirmière, elle avait un stéthoscope autour du cou et elle me parlait tantôt comme si j’avais douze ans, tantôt comme si j’en avais trente. Ça m’emmerdait beaucoup, bien sûr, qu’elle ne me laisse pas dormir tranquille, mais ce qui me tracassait le plus, tout de même, c’est qu’elle avait l’air de se porter plutôt bien.

Mieux que la dernière fois que je l’ai vue. En fait, je crois bien m’être dit que je ne l’avais jamais vue comme ça, jeune et belle, trente-cinq ans peut-être, pas aussi jeune que quand elle s’est mariée avec Papa, mais jeune comme sur les photos… d’avant ma naissance. Ça m’a tracassé pendant un moment, jusqu’à ce que je comprenne que je rêvais.

Le bruit de la porte était sûrement une hallucination auditive, comme j’en ai souvent dans mes demi-sommeils. À moins que je n’aie greffé ce rêve absurde – mais qui me rappelait vaguement quelque chose je ne sais plus quoi, encore une foutue série télé probablement – sur le bruit infernal que fait la porte de Jujuvert chaque fois qu’il se lève la nuit pour aller boire ou pisser ou vérifier que tout le monde n’a pas été assassiné par un tueur nocturne et qu’il n’y a pas une mare de sang sur le parquet du couloir.

Hallucination ou non, ma mère n’en avait cure et elle a continué à me harceler.

- Marc !... Docteur !
- Maman fous moi la paix….
- Un patient vient d’arriver.
- L’interne peut pas s’en occuper ? (Merdemerdemerde)
- C’est ton frère, Marc.
- Mon frère ? Ça fait quinze ans que je suis en froid avec mon frère.
- Justement, il y a de la glace dans le frigo. C’est l’occasion ou jamais de vous réconcilier.
- Mgrblmxxxplxffftt… Damn !!!
- Tu peux faire ça pour ta mère, quand même ? Tu ne trouves pas que je suis assez triste comme ça ?
- Tu es morte, Maman. Ça fait quinze ans que tu es morte. Mon frère et moi, on ne s’est fâchés qu’après ta mort. Tu n’es même pas au courant.
- Et ça devrait me consoler ? Savoir ses enfants fâchés, tu crois que c’est agréable, pour une vieille dame morte ?

Je me suis redressé sur le lit.

- Maman, fous-moi-la-paix !

Elle n’a pas répondu, car elle avait disparu. Mes yeux étaient fermés et j’avais un mal de chien à les ouvrir. J’avais un mal de chien à bouger d’ailleurs. Et puis, finalement, j’ai ouvert les yeux et j’ai vu que j’étais allongé. La porte était fermée, un rai de lumière filtrait du couloir. Et à ce moment précis j’ai su que j’étais réveillé parce qu’une pensée lancinante m’a traversé l’esprit.

« Il faut que je dégivre le frigo. »



jeudi 13 mai 2010

Du neuf avec du vieux (Ex. n°13, 10) par Sundog

Enoncé de l'exercice n°13 
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Amélie Nothomb, A l'ombre des Cerisiers en Fleurs
Mori Fubuki avait écrit son mot en japonais dans sa lettre. Par la suite au fil des ans, des lettres lui ont été adressées, à raison de deux par an, toutes se sont trouvées perdues quelque part, sans réponses. Mori Fubuki était-elle morte, gisait-elle dans un recoin de la compagnie Yumimoto, un quelconque placard de toilettes, écrasée par le poids des années passées ? Un rêve de fièvre allait me pousser à partir à sa recherche, et je décidai de prendre pour point de départ de mon investigation cette compagnie où j'avais montré toute l'étendue de la frivolité occidentale. Mais c'est sur un homme possessif comme un démon que j'allais, après quelques cabrioles, me casser les dents. Littéralement.


Christine Angot, Aimez-vous Murat ?
Une femme d'âge mûr, écrivain, tombe amoureuse à répétition d'hommes plus jeunes qu'elle. Leurs rapports sexuels se passent sans amour et sont douloureux. A-t-elle perdu sa jeunesse, ou regrette-t-elle le temps passé où sa séduction était à niveau de l'âge des hommes rencontrés ? En parallèle, sa fille, son amour de toujours, son or, tombe amoureuse d'un jeune homme de dix ans de plus qu'elle. S'ensuit un jeu de pouvoir et de perversion entre les amours maternelles et ceux de la filiation : où est passé le Père dans tout ça ? Surtout quand tous les anciens amants de la narratrice se retrouvent pour l'incriminer dans son incapacité à souder de vraies relations humaines ?


Marc Lévy, Le Bleu et le Jaune
Rencontrer l'amour de sa vie après avoir perdu tout espoir en la médecine. Une greffe qui se passe mal, un accident terrible en mémoire et voilà qu'un miracle se produit : la mort n'existe pas, l'esprit peut se détacher du corps. A travers un voyage incroyable, de l'impossible, l'amour comme un lointain souvenir, il va falloir retrouver l'histoire du futur, pour ne pas que celui-ci ne soit qu'un gouffre sans fond. 


Bernard Henry-Lévy, Les Lamentables
Loin de la posture de rébellion d'autrefois, les lamentables s'expriment partout et nulle part, chroniqueurs de télé ou du net, dans une infinie arrogance, avec un agenda à longue vue. A travers plusieurs villes de l'Amérique, plusieurs ombres, plusieurs clochards, prostituées, hommes d'affaires, journalistes, faux démocrates et clinquants véhicules, sans parler des piscines remplies de champagne, c'est ici la déliquescence d'une époque pointée du doigt, une démocratie à trois vitesses qui donnent aux uns pour tuer les autres. Un pamphlet incendiaire et lucide sur notre époque.


Bernard Werber L'Atome de Chagrin
Derrière la réalité se cache une autre vie, peut-être plus belle, peut-être plus atroce, mais en tout cas plus réelle. L'Ange connaissait très bien l'histoire de l'Atome, qui date de bien avant le 21 ème siècle. C'est avec trois enfants, à la vue limitée, que le Grand Chagrin de l'Atome commence, avec la complicité de l'Ange. Si les fourmis annonçaient depuis des millénaires l'âge d'or de l'internet, alors quid des enfants indigos, ces élus pour mener l'humanité à bon port ? A la fin, tout le monde doit faire ses comptes dans ce livre une fois de plus écrit en écriture automatique. Grand Prix des Lectrices de Elle.


+Joker :
Martin Winckler L'insécurité sociale
Tu es là. Tu remplis plusieurs feuilles de sécurité sociale. Tu regardes l'heure. Tu te grattes le menton. Ils n'entendent pas, ils ne comprennent pas. Ils ne regardent pas. J'ai envie de leur dire : écoute ! Regarde ! Regarde-moi. Mes yeux te disent une chose nécessaire, importante. Tout ce qu'ils veulent, c'est que tu remplisses la feuille. Ou que tu ne refuses pas la carte. Et tu le fais, ça dépend s'ils sont sympa ou pas. Des fois, tu prends plaisir à ne pas leur accorder ce qu'ils veulent. Alors tu leur mets un générique. Les vieilles font souvent la grimace même si ça leur fait des économies. On a les gouvernements qu'on mérite.

mercredi 12 mai 2010

Du neuf avec du vieux (Ex. n°13, 9) - par Salomé Viviana






Enoncé de l'exercice n°13 
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L’accouchoir, par Salomé Viviana

Dans la Clinique des femmes, l’auteure nous a relaté comment Octave Coupeau, gynécoloque obstétricien, a fondé et développé un établissement de soins spécifiquement dédié à la santé tant psychologique que physiologique des femmes. Cette clinique, dans laquelle les soignants utilisent des techniques révolutionnaires, est un paradis pour les sens. Le succès est immense. Dans l’accouchoir, le second volet, Salomé Viviana raconte comment Octave Coupeau, victime d’un tragique accident médical*, se met à boire et sombre peu à peu dans la folie. La Clinique des femmes se transforme alors en un accouchoir monstrueux. Les femmes accouchent à la chaine, comme des poules en batterie attachées sur des tables. On coupe, on taille dans les chaires, on expulse. Et le personnel connaît une vie d'enfer.
* les lecteurs qui ne souhaitent pas que la suite leur soit révélée ne liront pas ce renvoi. Pour les autres, il est précisé que Coupeau a été la victime malheureuse d’un coup de pied donné par une femme refusant l’épisiotomie ; ses ciseaux lui ont crevé un œil.


Par ici la sortie, par Bernard Werber

Après Exit, Bernard Werber propose aux suicidaires une autre porte de sortie : un pacte avec le diable. Des vœux exaucés et une fin assurée… Comme dans sa saga des Fourmis, l'objet du texte sert de prétexte à une présentation philosophique de la nature des motivations qui, de tous temps, ont procuré du plaisir à l'humanité.

Le rouge et le noir, par Don Bruno de la Véga.

Un beau diable que ce médecin… entre la chirurgie et la médecine légale son cœur balance. Lisez-le vite pour découvrir quelle vocation il va finalement choisir… Un opuscule plein d’humour sur l’exercice actuel de la médecine.

Douleurs et saignement, par Amélie Nothomb.

Une personne, deux vocations : laquelle l’emportera ? la bouche rouge sang un peu vampire qui mord et qui embrasse ou le chapeau noir un peu magicien couvant d’étranges idées ?

Le lys dans l’awalé, par Bernard-Henry Lévy

Dans cet essai captivant, qui illustre la passion de la France pour une Afrique encore dominée par le spectre de la colonisation, Bernard-Henry Lévy porte un regard novateur sur la Françafrique : il trace un parallèle entre l’attrait inconscient mais toujours présent des Rrançais pour une certaine forme de monarchie et la fascination des Africains pour les dictateurs. Il reste à la démocratie un long chemin à faire avant de s’implanter en Afrique.

Les Misérables, par Israël Nisand.

Cosette habite chez les Thénardier dans la vallée de la Murge, un lieu reculé, coupé du monde. A l’instar de nombreuses adolescentes de cette région qui n’ont accès ni à l’information, ni à la contraception, elle se retrouve enceinte. Survient alors Jean Valjean, tout juste échappé du bagne des études médicales…

La rosière, par Christine Angot

Christine Angot n’en finit pas d’exposer le sexe, dans tous ses états. Elle n’avait toutefois pas encore exploré les différents aspects de la chasteté, de la virginité et de la continence. C’est désormais chose faite.

L’Autre, par Martin Winckler

Dans ce style d’ouvrage protéiforme auquel il nous a habitués, Martin Winckler poursuit son exploration des genres . Dans la lignée de Un pour deux et l’un est l’autre, il nous présente l’Autre, tout seul, avec un grand A, celui qui vous est irréductiblement et irrémédiablement étranger, Mesdames, j’ai nommé l’Homme. C’est donc la voix d’un homme qui nous est ici donnée d’entendre, dans toute sa singularité. Un grand roman de la vie quotidienne, avec la participation de Salomé Viviana, juriste, pour les chapitres se rapportant à la loi des genres et aux droits de l’Homme.

Barrages contre le pacifique, par Jean-Christophe Rufin.

Dans cette œuvre autobiographique et empreinte d’humilité, l’auteur raconte comment est née sa vocation pour une médecine humaine et pacifique, les obstacles qu’il a rencontrés et ses désillusions. Contre vents et marées il poursuivra cet engagement en devenant diplomate.

L’éducation sentimentale, par Marcel Rufo

Cet ouvrage vous apportera des explications claires qui vous guideront pour décoder et comprendre les réactions de vos enfants, notamment sur ses capacités à plaire, à aimer et à être aimé, sa sensorialité, sa sexualité.

lundi 10 mai 2010

Du neuf avec du vieux (Ex. n°13, 8) - par Lyjazz



Enoncé de l'exercice n°13 
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Amélie Nothomb
L'Assommoir

C'est l'histoire, véridique, d'un tord boyau, d'une boisson tirée d'une plante et qui redonne vie à toute une région. Eugène Dithyrambe, belgo-sénégalais de son état, cultive en son jardin cette plante. Mais les aléas étatiques et politiques de son époque l'empêchent d'en tirer profit. Découvrez l'histoire triste et rocambolesque qu'il devra vivre pour parvenir à sa fin.


Christine Angot
La peau des couilles est-elle en chagrin ?

Forte d'une trentaine d'années d'expériences avec des hommes, des plus hauts placés aux plus roturiers, Christine nous dévoile ici sa constatation terriblement perturbante et non moins éminemment lesbienne : les hommes ne sont plus ce qu'ils étaient ! Non seulement les spermatozoïdes leur font défaut, mais encore leurs couilles sont de plus en plus vides et rabougries.

Jean-Christophe Rufin
Le rouge asiatique et le noir africain

Abyssin une fois, géographe une autre fois. Un constat romancé, mais terriblement ressemblant, de l'état du monde. Rufin nous entraine à réfléchir ici sur les liens entre l'économie et la pensée asiatiques qui sont près de dominer le monde, tandis que l'Afrique, multiple mais éclatée, continue sa lente descente vers l'enfer.

Marc Lévy
Les plus Misérables

Sont-ils vraiment les sans grades, les sans papiers, les déshérités ?
Marc Lévy revient avec son opus de l'année sur ces données qui devraient nous pousser à agir. Mais son histoire cette fois parle d'Hector, vieux-beau riche et célèbre, qui se met en devoir de vivre des aventures au pays des plus pauvres pour se donner bonne conscience. Vous découvrirez comment son aventure va le transformer.

Philippe Djian
Vingt cinq ans après

Une fois n'est pas coutume, Djian nous raconte ici l'histoire de sa vie. Dans cette autofiction il nous enchante en maçon qui écrit la nuit parce que ça lui plait, il nous agace en écrivain marié à une peintre et qui reste vissé à son Mac. Il sait parfois nous emporter lorsqu'il compare ses enfants à des artistes ou des héros des livres de Brautigan. L'exercice devient plus périlleux quand il s'agit d'expliquer ses liens avec les femmes, bien plus jeunes que lui, qu'il a parfois mises dans son lit : et c'est là qu'on peut se demander où est la fiction, où est la vérité ?

Michel Houellebecq
Au sombre des jeunes filles en sueur

C'est une puissante ode à la partie sombre de ces êtres jadis adulés que sont les jeunes filles.
Fini les vierges potentielles, les licornes chastes et pures.
Citation : « les jeunes hommes tournaient autour des groupes de jeunes filles pour en sentir l'odeur, en vue de s'aguerrir avant de partir en chasse. Très vite ils entraient en transe et cela leur permettait de se transpercer la peau du scrotum sans douleur. »

Frédéric Beigbeder
La gerbe

Celle des lendemains de bitures et de barbituriques, des lendemains de garde à vue et de déceptions enfantines. Nausée mondaine de voir que d'autres enfin ne sont pas aussi riches et pourquoi alors se mesurer à eux, ne pas rester simplement dans un monde unicolore de riches ?
La gerbe est la suite de Un roman français. Un livre attendu puisqu'il donne à voir les faiblesses et l'humanité de ce Beigbeder.

Katherine Pancol
Aimez-vous Chopin ?

C'est l'année Chopin et il l'a fait pleurer à chaque écoute. Madeleine est à peine grand-mère et elle veut déjà initier sa petite fille à ce grand musicien. Ses tribulations de femme, jeune encore, prise entre ses copines, son club de natation et ses flirts, ne passe pas souvent par le domicile de sa fille...

Bernard-Henry Lévy
L'étranger à moi-même

Comment réconcilier vie sociale, en vue, et vie personnelle ? Comment trouver son centre quand on se disperse de cette manière ? BHL nous indique ici ses recettes pour tenter d'y parvenir. Sera-ce suffisamment convainquant ?

Bernard Werber
Un barrage contre l'opacifique

Un autre domaine très particulier étudié par l'infatigable curieux qu'est Werber : la mémoire du trouble. Toujours très documenté, avec un esprit vulgarisateur certain. Et un aspect romanesque à rebondissements.

Eliette Abécassis
L'éducation des sentiments

Ca commence par une approche philosophique des sentiments. C'est aussi un bréviaire pour les adolescents prépubères qui se demandent comment draguer. Ça se veut un guide à l'usage du plus grand nombre.

samedi 8 mai 2010

Du neuf avec du vieux (Ex. n°13, 7) - par Guillaume L.



Enoncé de l'exercice n°13 
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La Nausée :
Expression du système digestif par Michel HOUELLEBECQ

La vie de Richard est un enfer.
Cadre commercial sans ambition dans une entreprise spécialisée dans les énergies éoliennes, il lutte chaque jour contre son aérophagie qui l'empêche de vivre et d'aimer.
A la veille d'un suicide qui paraît inéluctable, il ne doit son salut qu'à l'arrivée d'Elisabeth, nouvelle directrice des ventes, végétarienne et adepte de médecine ayurvédique qui changera sa vie en lui offrant du charbon végétal.
Guéri, il séduira Elisabeth, se reconvertira en naturopathe et deviendra le spécialiste incontesté du charbon végétal.

Vingt ans après :
Place des grands hommes, par Marc LEVY

Stéphane et Peter se sont rencontrés et aimés lors d'un voyage scolaire en Angleterre. Puis ils se sont perdus de vue.
Vingt ans plus tard, chacun à fait sa vie : Stéphane est architecte des bâtiments de France, marié et père de 2 enfants ; Peter est célibataire et dirige une entreprise de travaux publics outre-manche. Leur rencontre sur un chantier bouleversera leur vie. Réussiront-ils à renouer les fils que le passé avait réussi à dénouer ? Pourront-ils surmonter les obstacles que leur amour renaissant fera surgir sur leur route ? Pourront-ils exprimer leur amour sans craindre la stigmatisation dans leur milieu professionnel ?

L'étranger :
Je l'ai bien connu... par Bernard Henry LEVY

A l'aube d'un déclin intellectuel que la sénilité rend inéluctable, BHL se livre sans détours à Laurent JOFFRIN dans un livre d'entretiens sincères et bouleversants. Il y raconte son parcours, ses faces à faces égotiques, ses traversées du miroir, ses VAE (validations des acquis de l'expérience), ses autofictions, ses autobiographies. Il se livre ici comme jamais il ne l'avais fait auparavant. Une leçon de vie..

L'Assommoir :
L'assommée, par Amélie NOTHOMB

Gabrielle est une écrivaine ambidextre à succès.
Un jour, frappé par la foudre, elle devient narcoleptique et perd du même coup,son talent et son ambidextrie. Condamnée à tenter d'écrire de la main gauche, entre deux accès de sommeil, elle finira par faire appel à un nègre d'écriture dont elle tombera éperdument amoureuse.

Aimez vous Brahms ? : 
Aimez vous Gossip ? par Frédéric BEIGBEDER


Karim a 32 ans et est célibataire. Chroniqueur aux Inrocks, à la rubrique des musiques actuelles anglo-saxonnes, spécialiste des chanteuses féministes, il cherche éperdument la femme de sa vie.
Un jour dans une soirée entre amis, il rencontre Emilie. C’est le coup de foudre.
Elle a 30 ans, est rédactrice de mode chez Elle, et très engagée dans la lutte contre les discriminations faites aux personnes à forte corpulence.
Il n’y a qu’un problème : elle est fan de Bénabar et de Vincent Delerm .
Karim et Emilie pourront-ils s’aimer sans se déchirer ?