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jeudi 13 octobre 2011

Les films de ma vie - par Clémentine (ex. n°19)


La télé m'a bouffé mon enfance parce que j'ai eu un rapport étrange avec elle. Nous n'en avions pas quand j'étais petite. Le problème quand on grandit sans la télé, c'est que son pouvoir sur vous est brut, incommensurable. Vous ne la dominez pas, elle vous maîtrise largement et vous pourrit l'être. Ou bien, ma sensibilité aux images qui bougent était peut être plus grande que la moyenne. Aujourd'hui encore, je ne maîtrise pas ce rapport avec le petit écran. Une télé dans mon champs de vision, je scotch. Fort.
J'allais rendre visite à ma grand mère juste pour le plaisir de regarder sa télé. Je connaissais l'abjection de mon acte, mais Mamie était quand même contente de me voir. Et puis je faisais un canard dans son café avec un sucre.

Voici venir le premier film de ma vie. Grace. Je ne sais pas si c'est le titre exact. C'était le prénom de l'héroïne. Grace. A mes oreilles, Grasse. Déjà, comment pouvait on s'appeler Grasse? Grace était grosse. Donc le personnage principal, une fille obèse est en quête de l'amour. Elle le rencontre à la patinoire. C'est un prince charmant. Ils vivent une relation, et finalement, elle le quitte.
C'était le premier vrai film que je voyais. En fait, un feuilleton pour ménagère, mais ça, je ne le savais pas. Je devais avoir 6 ans. Nous étions chez des amis de mes parents et ils nous avaient collé devant la télé. Mon bonheur était immense.
Je n'ai jamais vu la fin de ce film. Ma mère a brutalement interrompu mon rêve à cinq minutes de la fin. Il fallait rentrer. J'ai vertement protesté, j'ai peut être pleuré. J'ai souvent repensé à ce film que je n'avais jamais fini. Cette scène est resté gravé en moi. La grosse qui prend le train, le prince charmant qui lui court après. Ma mère qui coupe.
Ma vie de cinéphile a débutée avec un navet, et s'est construite sur un traumatisme.

De nombreuses années plus tard, je suis retombée sur ce film (M6 - mardi - 15h30). J'ai vu non pas l'histoire de Grace, mais le feuilleton pour ménagère. C'était bien la même histoire, les même noms, les même personnages, mais tout était différent. Non, une chose uniquement avait changé. Mon regard.
J'ai regardé jusqu'au bout, pour constater avec horreur que Maman avait coupé le film non pas à cinq minutes de la fin, mais à dix secondes. Le prince rattrape sa grosse, ils s'embrassent sur le quai. C'était tout.

J'ai donc grandi sans télé, et assez rapidement je me suis sentie encore plus bizarre que ce que je ne me sentais avant. Pas exclue, non. Exclue, je l'avais toujours été dès que j'avais franchi l'immense porte de l'école St Michel. 
Les enfants parlaient du film qu'ils avaient vu la veille. Qu'est ce que je n'aurais pas donné pour moi aussi voir ce film d'horreur, où du sang coulait du robinet, où des scènes se déroulaient dans les égouts, où un clown mangeait les enfants...
Quelques années plus tard, ma soeur s'est procuré le film. Une VHS enregistrée. Ce fut donc le deuxième film de ma vie. Le clown. Une adaptation d'un livre de Stephen King. Mon premier film d'horreur. Encore un feuilleton niais, mais les sensations étaient là. Ma soeur n'aurait jamais, au grand jamais, partagé une telle trouvaille avec moi. Mais quand le trésor vous épouvante, la petite Clémentine peut être bien utile pour vous rassurer. Et vous couvrir. Car nous regardions la télé en véritables pirates. C'était interdit. Elle était d'ailleurs installée dans le grenier. (Oui j'ai regardé mon premier film d'horreur dans un grenier. C'était normal chez moi). De là où nous étions, et avec le son du poste, nous n'entendions jamais Maman rentrer. Et l'échelle faisait un bruit épouvantable. Bref, on se faisait toujours attraper, gronder et punir de télé.
Nous avons donc regardé ce film toute les deux. J'ai vu avec horreur et plaisir le sang couler du robinet, les enfants fuir dans les égouts, le clown manger des petits bras avec ses grandes dents.
Cinq minutes avant la fin, nous avons entendu Maman rentrer. Nous ne nous sommes pas fait punir mais je n'ai jamais vu la fin. Le cycle maudit se répétait inexorablement
Quelques années plus tard, je suis retombée sur ce film. C'était de la merde.

J'ai eu une enfance de princesse. A 9 ans je me revois devant ma classe, expliquant que mon poney allait faire les championnats de France de saut d'obstacle. Bref, j'étais une fan de canassons. Tous les samedis après midi, j'allais au poney club sur ma petite monture, pour la leçon. 
La télé a mangé ma passion. Salement, comme on mange un Mac Do, et vite fait. Elle l'a roté -car la télé est grossière, elle n'a pas de manière, elle a eu mal au ventre, la digéré et je n'en ai jamais plus entendu parler. Je passais mes samedis après midi affalée sur le canapé du grenier, devant des émissions qui n'étaient pas pour moi, attendant avec impatience les pages de pub. Mon cerveau était d'une disponibilité optimale. Quand il y avait du soleil, la lumière me gênait. Mon adolescence fut un véritable gâchis.

Aujourd'hui, je n'ai pas la télé. Je n'en aurais plus jamais. Je ne fais plus de cheval. Ca fait mal aux fesses.

Plus tard, je suis devenue cinéphile. Je pense que j'avais des prédispositions. 
Dès que je suis rentrée au collège, j'ai fréquenté énormément le cinéma. Nous inaugurions le multiplex de douze salles géantes dans notre petite ville. Que du bonheur. C'était la compétition avec Contine, ma copine. C'était à celle qui allait voir le plus de films. Nous gardions tous les tickets, comme preuve. Contine les a toujours d'ailleurs. Mes parents étaient atterrés. Surtout Papa qui n'y comprenait rien. Il n'y comprends toujours rien. Sa dernière séance, c'était les Visiteurs.
Contine a choisi de faire médecine, moi j'ai choisi de faire une école de cinéma. C'était un mauvais choix, parce qu'aujourd'hui, je n'ai pas de travail. Mais Contine va être médecin et elle n'est pas heureuse, alors je n'ai pas de regret. L'école de cinéma m'a permis, entre autres, de regarder un max de films sans culpabiliser. 

Et voici le troisième film de ma vie. Antonio de las Mortes. Le symbole de ma grande époque. Je bouffais du DVD à longueur de journée, dans mon studio à Paris. Je rêvais de posséder tous les films que Le Monde édite dans des coffrets, vendus chez les marchands de journaux. Des vrais trucs d'intellos. 
Une après-midi donc, je prends mon coffret, je choisi Antonio de las Mortes. L'affiche n'est pas mauvaise et rappelle les westerns de Clint. Sur la jaquette, le commentaire était très excitant: "Antonio de las Mortes n'est autre que le cinéaste lui-même cherchant à détruire les conventions ésthétiques et morales produites par le monde qu'il combat." Je me prépare des tomates à la mozzarella, je baisse les stores, je m'installe confortablement sur mon canapé, et je lance la séance. Le pitch? Un guerrieros brésilien des années 50, monté sur un cheval blanc. Il fait quoi? Je ne sais plus, mais il a une copine qui est habillé en blanc et qui a une seule réplique, très spirituelle, que je n'ai pas comprise. Le méchant a une vraie  tête de méchant, et une écharpe fine et rose. Antonio est théâtral, il parle en vers. De longs monologues. Une chute sans queue ni tête après deux heures d'images. Le réalisateur? Un certain Glauber Rocha, assurément défoncé aux champignons magiques du Mexique. Antonio de las Mortes est un OVNI, une ineptie, une pustule sur le corps déjà imparfait de la Vénus du 7e art.
Mais j'étais ravie. Ravie de faire partie de la catégorie réduite de cérébraux qui ont vu Antonio de la Mortes. Vous l'avez vu? Vous avez aimé? Vous avez compris? Super. Ne m'envoyez pas de message privé merci.
Je n'ai malheureusement jamais eu l'occasion de sortir dans une conversation que j'avais vu ce chef d'oeuvre du cinéma indé brésilien d'avant garde qu'est Antonio de las Mortes. Ce film fut donc une perte de temps et marque l'extrême profondeur de ma période intellectuelle.

vendredi 7 octobre 2011

Les films de ma vie - par Julie (Ex. n°19)


Comme pour la plupart de mes camarades du blog, sélectionner trois films n’est pas une mince affaire. En y réfléchissant, il me paraît judicieux et moins frustrant d’arrêter mon choix sur trois films qui ont été des portes sur tout un pan du cinéma pour moi, qui ont été une introduction à des genres, des époques, des acteurs. Essayer de cerner en quoi ils ont été des points de repère d’où partir vers autre chose, d’autant plus que le goût du cinéma ne m’est pas venu tout de suite.
 
Moby Dick de John Huston (1956). J’étais élève dans le collège d’un bourg et de temps en temps nos professeurs organisaient une expédition au cinéma de la petite ville voisine. Je nous revois sur la place centrale, pleins d’excitation de voir la routine scolaire rompue. Ce jour-là, on nous avait emmenés voir Moby Dick. Je ne m’intéressais pas encore au cinéma, je ne connaissais ni John Huston, ni Gregory Peck, ni Orson Welles, ni Herman Melville. J’étais très émotive et la moindre goutte de sang à l’écran, la moindre trace de tension psychologique me mettaient au bord du malaise. Autant dire que la folie furieuse du capitaine Achab pourchassant Moby Dick à travers l’océan jusqu’à y laisser sa vie, et les flots de la mer devenus rouges autour du grand corps blanc du monstre bardé de harpons, m’avaient grandement impressionnée. D’ailleurs, en recherchant des images du film, je suis très étonnée de les voir en noir et blanc. Je me souviens vraiment de vagues rouges à perte de vue, sang de baleine et sang d’homme. Grâce à Moby Dick j’ai découvert que certains films sont des épopées, que la gravité d’un acteur peut faire passer beaucoup plus d’émotions et de complexité qu’un jeu démonstratif et que la folie d’un personnage a quelque chose de magnétique au cinéma. Il m’a ramenée à mes souvenirs télévisuels d’enfance (Les Mystères de l’Ouest, peut-être, en tout cas une série « western » avec des cow-boys et des Indiens) et à mon goût des histoires se déroulant dans les espaces démesurés de l’Amérique sauvage (il m’a aussi permis d’imaginer un peu mieux la vie de mes ancêtres côté paternel, marins et pêcheurs, et le rapport qu’on a avec la mer dans ces métiers). Grâce à lui j’ai apprécié ensuite des films aussi divers que Simon du désert de Bunuel, les films des frères Coen, notamment True Grit, Citizen Kane d’Orson Welles et The African Queen de… John Huston.
 
Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick (1999). Ce doit être le film que j’ai le plus revu. Chaque image est un tableau à la composition et aux couleurs magnifiques, le jeu de Tom Cruise et Nicole Kidman est parfait, l’atmosphère unique, pleine d’érotisme et d’inquiétude mêlés, au point que parfois on ne sait plus les distinguer. Avec Eyes Wide Shut, ce que j’ai compris, c’est qu’un cinéaste doué pouvait montrer la moindre nuance de sentiment et d’humeur des personnages qu’il suit. Tout le film est fondé sur la vie intérieure du couple d’Alice et Bill, et il montre les failles qui s’y sont creusées et surtout les visions du désir opposées qui s’y développent. Là où Alice ne voit probablement qu’un avertissement poussé en forme de fantasme, Bill, lui, voit le point de départ d’une jalousie obsessionnelle qui le mènera bien plus loin que sa femme n’a osé aller. Tout en étant très américain (le jeune couple bourgeois à la réussite insolente dans son immense appartement, la bonne société new yorkaise), le film est une transposition extrêmement fidèle d’une nouvelle d’Arthur Schnitzler – j’ai été épatée de voir à quel point Kubrick réussissait à la retranscrire dans une autre culture à une autre époque sans rien en perdre ni même la transformer en profondeur. Bien sûr, Schnitzler ne décrit pas la soirée très spéciale qui a lieu dans la grande demeure hors de la ville, mais Kubrick n’a fait que déployer ce qui était suggéré dans la nouvelle, en tout cas si mon souvenir est exact. Le rapport de ce film à l’érotisme est très particulier, on passe sans cesse d’une suggestion sensuelle à l’effroi devant la noirceur de ce qui se tapit derrière. Chaque fois, je suis envahie par ce mélange même si je sais ce que je vais voir, c’est un véritable envoûtement. Je n’ai jamais l’impression de voir le même film parce qu’il va puiser dans nos émotions profondes et qu’elles changent toujours. J’ai recherché dans d’autres œuvres cette alchimie entre mystère et intimité, désir et inquiétude, et j’en ai trouvé certains aspects dans quelques-unes, mais jamais avec autant de force déstabilisante, sauf dans Dracula de Coppola et chez David Lynch (je ne pense pas que j’aurais autant aimé Twin Peaks et Mulholland Drive sans Eyes Wide Shut). Certains films parviennent à recréer l’univers intérieur d’un personnage (je pense à I’m Not There de Todd Haynes, centré sur les légendes qui planent autour de Bob Dylan, ou à Secret Window de David Koepp, avec Johnny Depp), et d’autres auteurs rendent tangible chacun à leur manière la sensualité de la vie, la prépondérance des émotions, leur fragilité et leur impact sur tout le reste (Denys Arcand, qui rapproche lui aussi la sexualité de la mort, Sam Mendes, Pascale Ferran dans L’Amant de Lady Chatterley, Bernardo Bertolucci dans Beauté Volée, Sofia Coppola dans Lost in Translation, pour lequel je partage votre enthousiasme, Sophie). Une piste inépuisable à explorer sur écran et sur papier…
 
Soudain l’été dernier de Joseph L. Mankiewicz (1959). J’ai regardé ce film parce que Katharine Hepburn y tenait un des rôles principaux. Je venais de la découvrir dans une comédie de Cukor et je voulais voir ce qu’elle dégageait dans une histoire plus sombre. Je n’ai pas été déçue ! De ce film-là aussi émane une ambiance vénéneuse et pleine d’épouvante qui n’appartient qu’à lui, on est tenté de voir les plantes carnivores de Violet Venable (Katharine Hepburn) comme une sorte de métaphore parfaite du film. Dans la scène où elles font leur apparition, elles créent par leur nombre et leur luxuriance une sensation de malaise profond ; et bientôt, le personnage de Hepburn les montre au médecin médusé (Montgomery Clift), tout en décrivant la mort de son fils et son projet pour le moins discutable en ce qui concerne sa nièce (interprétée par Liz Taylor), révélant l’ampleur de sa folie. J’ai rarement vu personnage aussi glaçant, surtout quand il est simplement assis dans un fauteuil, en grande tenue, à parler. Montgomery Clift et Liz Taylor savent lui donner le change et on suit leur histoire avec horreur du début à la fin sans pouvoir se détacher, d’autant plus que l’univers de la psychiatrie de l’époque est effrayant en lui-même. J’ai regardé d’autres films de Mankiewicz depuis et je trouve que la façon dont il les construit donne souvent l’impression de voir un véritable roman en images, probablement parce qu’il sait doser épaisseur psychologique et progression de l’intrigue ; ce film-là, par exemple, aurait pu être un livre de Patricia Highsmith. Soudain l’été dernier a signé le début de ma passion pour Katharine Hepburn et des actrices qui, sans lui ressembler, s’extraient elles aussi de l’image de la belle star hollywoodienne (Kate Winslet, Cate Blanchett, Tilda Swinton, Meryl Streep) pour donner à la fois chair et charisme à leurs personnages. Il m’a aussi donné le goût des films noirs et à suspense. Me viennent à l’esprit La nuit de l’iguane (encore et toujours Huston !), The Ghostwriter de Polanski, The Grifters de Stephen Frears et bien sûr Alfred Hitchcock, Claude Chabrol. Je ne serais pas allée vers eux sans passer par Mankiewicz.
 
Epopée, sensualité, tension psychologique : le jour où je trouverai un film qui tisse ces trois fils-là ensemble dans un équilibre parfait je serai la plus heureuse des cinéphiles !
(Et d’ailleurs, si vous avez des suggestions, n’hésitez pas !)


Julie

mercredi 5 octobre 2011

Les films de ma vie - par Younès (ex. n°19)


« Que du cinéma, quelques noms, quelques figures soient remarqués dans le temps », il prit un crayon et contrairement à ses habitudes souligna d’un trait maladroit la citation. Cinéma d’Alain Badiou devint son livre de voyage durant le trajet sur la ligne qui coupait La Seine à deux reprises et défigurait ainsi Paris en un smiley désabusé. Il y est aussi question de l’Amour dans le livre, ce qu’il a cru comprendre d’entre les lignes de philo et de quelques passages qui le laissaient songeur sur Identificazione di una donna d’Antonioni. De ses trois amours malheureuses restaient trois films.

Elle intervint sur Citizen Kane et l’éblouit quand elle dit :
-       Vous voyez que dans cette chambre obscure où des inconnus regardent News on the march, et tous ces journaux qui défilent à l’écran… Et finalement vous avez ce type qui sort la Rosebud. Orson Welles dit magistralement, ce n’est pas le propos du cinéma que cet étalage des news. Le propos du cinéma, c’est cet imaginaire pur de l’enfance.
Brillante comme elle était, le cinéma l’attendait avec impatience. Son histoire à lui se résumait au pain. Le pain a toujours été cher.

A la sortie du cinéma, elle lui fit part de son étonnement. A Serious man des frères Coen l’avait tellement secoué par sa pertinence, et il n’arrêtait pas de parler de ce plan où Larry Gopnik arrivait à la fin de la démonstration du principe de l’incertitude quantique. La caméra s’éloignait et découvrait un homme, un savant, petit devant ce tableau immense de l’amphi plein de formules qui cherchaient à figer l’incertitude. Juive, elle n’en revenait pas d’entendre un musulman interpellé par Hachem et ce principe vieux comme le monde. Quête éternelle pour lui, pour elle, pour tout le monde qu’il disait. Il voulait l’embrasser pour la première fois et passer la nuit à reproduire ses formules sur la peau délicate de son beau corps nu dont il ignorait tout, qui le rassurerait et lui prouverait que l’amour, au moins, était une certitude. L’ouverture du film s’y prêtait déjà avec cet infime point lumineux qui introduisait les Jefferson Airplanes et s’avérait être l’écouteur branché à l’oreille du fils de Larry. Il devint tout d‘un coup sérieux. Un homme sérieux. Tout n’est pas possible sur cette terre.

Ils étaient de ces rêveurs du bus qui faisaient durer leurs songes du matin jusqu’à l’arrivée à leur boulot. Elle s’appelait Nastassia, comme l’actrice de La Féline selon elle ou comme le personnage de Dostoïevski dans L’Idiot selon lui. Elle était vexée, l’évitait et il avait compris qu’il ne devait pas chercher une femme ni physiquement ni virtuellement. Il n’aurait pas dû. Dieu était-il dans The Tree of Life ou pas ? Dès le début, la caméra flottait incertaine sur le chemin à prendre. En off, la mère disait The only way to be happy is to love. Unless you love, your life will flash by. Un film mystique, un homme seul. Sa mémoire vagabonda un peu et trouva un petit air connu d’Ennio Morricone qui siffla lentement dans sa tête, You see in this world there's two kinds of people, my friend. Those with loaded guns, and those who dig. You dig. Le genre de répliques qui ne prennent jamais une ride, il savait à quelle catégorie il appartenait. Il écrivit à Nastassia qu’il ne prendrait plus jamais ce trajet de bus.

Au premier bras de la Seine, il laissait partir son âme sur les flots et plongeait dans sa lecture. Il la récupérait au deuxième bras et ne lui posait pas de questions. Il avait remarqué que les deux bras ne se ressemblaient guère. Il se promit d’être fidèle à ces deux rendez-vous.

jeudi 29 septembre 2011

Les films de ma vie - par Lyjazz (ex. n°19)


Molière, d’Ariane Mnouchkine. Vu au cinéma de la ville voisine, en sortie avec le collège lorsque j’avais 14 ans je crois. Je me souviens à la fois de la fin : la montée de l’escalier et la mort, et d’une scène de voyage en roulotte. Je me souviens du beau visage et de la présence de Philippe Caubère, qui incarnait tout à fait Molière.
J’ai revu le film sous forme d’épisodes quelques années après à la télé, en noir et blanc.
Bien plus tard j’ai vu plusieurs spectacles de Philippe Caubère (et revus en VHS) dans lesquels il incarne Ariane Mnouchkine. Et ma jubilation était intense lorsqu’il évoquait/incarnait leur voyage à Cannes pour la sortie du film Molière. C’était un retour dans le passé, un éclairage sur le film et les circonstances de sa création, une plongée dans ce monde des théâtreux et la réalité d’une troupe comme celle du Théâtre du Soleil.
Résultat : je rêve depuis des années d’aller voir un spectacle d’Ariane Mnouchkine à la Cartoucherie de Vincennes.
J’ai été à Paris en juin, et j’ai pu passer du temps à la Cartoucherie, mais il n’y avait pas de spectacle du Théâtre du Soleil.
Cela me donnera une autre occasion d’aller à Paris…..

Le seigneur des anneaux : le film d’animation de 1978, de Ralph Bakshi http://www.amazon.fr/Seigneur-Anneaux-Dessin-anim%C3%A9-1978/dp/B00005OSRU
Je l’ai vu à 14 ans, lors de mon premier voyage scolaire en Angleterre. Je ne connaissais absolument pas Tolkien. Je ne comprenais rien à la langue et j’avais toutes les peines du monde à m’adapter à la vie quotidienne anglaise (malgré une famille très gentille et compréhensive). Tout le groupe a été voir ce film, auquel je n’ai pas compris grand-chose. Sauf qu’il était important, qu’il méritait d’être vu en VF pour que je le comprenne, et que j’allais lire Tolkien ensuite. Je me souviens de certaines images du golum, et de sa voix.
J’ai réussi à le voir quelques années après en français. Et il avait moins de saveur, moins d’ampleur qu’en anglais, mais au moins j’ai compris le sens de l’histoire. Il m’a permis de plonger dans l’univers écrit de Tolkien, depuis Bilbo le Hobbit jusqu’au Seigneur des anneaux.
C’est le premier film qui m’a fait une si grosse impression, parce que je savais, je sentais qu’il était important mais que je souffrais de ne pas tout comprendre. Les dessins seuls n’étaient pas suffisants.

Dersou Ouzala, d’Akira Kurosawa (1975)
Vu au lycée, grâce à mon prof de philo (un homme en or, qui nous faisait des devoirs de 4h le samedi matin, en nous amenant des thermos de café et chocolat, les verres de sa cuisine, et son pot de sucre). Il avait décidé que nous devions voir ce film, à la MJC de la ville. Et c’était réellement un choc, de faire connaissance avec Akira Kurosawa, la vision japonaise, et au-delà, la culture de la nature, tout à fait à l’opposé de notre vision d’ado. Pas de cinéma Art et essai aux environs, mais des profs militants et cultivés… Cette année-là d’ailleurs ma prof d’espagnol nous avait montré Los olvidados de Bunuel (de 1947 quand même !) et Un chien andalou (1928). 
Donc Dersou Ouzala, la taïga, le personnage du trappeur, l’humanité et l’amitié, et l’histoire des peuples entre Russie et Mandchourie. Une belle leçon de vie, qui m’a toujours semblée exemplaire et vivifiante. J’ai revu le film plus de 10ans après. Et il y a quelques mois, devant une falaise, m’émerveillant du chant des oiseaux, de cet endroit magnifique, mon moniteur d’escalade a parlé de ce film. Ce qui ne m’a pas surprise de sa part, mais j’ai pu constater qu’aucun autre grimpeur ne connaissait cette œuvre.
Le film est important en tant que tel, mais aussi parce que je l’ai vu dans ces circonstances et grâce à cet homme très fin et perspicace, qui nous a distillé de la culture de manière très diverse pendant l’année de philo.

Je pourrais aussi ajouter Le décalogue de Kieslowski, vu en VO au cinéma Art et essai de ma ville. La plongée dans l’univers de l’auteur au point de tout voir, de parvenir à savoir quelques mots de polonais, de tout revoir sur ARTE y compris les documentaires sur l’œuvre. J’ai beaucoup aimé le noir et blanc de ces films. Je me souviens d’un père qui organise sa vie grâce à un ordinateur. Je vois encore une femme rentrer chez elle et peindre. Et puis Bleu, Blanc et Rouge, et La double vie de Véronique, la grâce d’Irène Jacob, de Juliette Binoche, de Julie Delpy. La musique et la voix, les lumières et la sensibilité, la profonde humanité et la composition des films.
Ou encore Meurtre dans un jardin anglais, Drowning by numbers, Le ventre de l’architecte, Le cuisinier le voleur sa femme et son amant, The pillow book de Peter Greenaway. Des films bizarres, incompréhensibles pour mes proches. Mais beaux, étranges et poétiques, profonds. Vus dans un moment de ma vie où je ne pouvais laisser ma créativité s’exprimer, ni mes aspirations, sauf en allant voir des films. 
Je pourrais aussi citer le film de Théo Angelopoulos Le regard d’Ulysse, dont la musique me remue toujours. A ce moment-là mon frère travaillait dans ces régions tourmentées et le film me montrait les paysages qu’il traversait, me donnait à voir un peu des épreuves qu’il endurait…. Je me souviens de paysages, de murs détruits, de rivière, et d’Harvey Keitel, profondément émouvant. J’ai repensé à ce film au mois d’août, quand Ibrahim Maalouf, trompettiste franco libanais, a interprété à Marciac son morceau intitulé Beyrouth : il a raconté les circonstances de la création du morceau, et nous a fait entrer dans cette ville en partie reconstruite, et toujours détruite par endroit. La musique commence lentement, très harmonieusement, et puis elle suit le regard de l’enfant (il avait 12 ans quand il a composé ce morceau) qui découvre soudain cette rue aux murs détruits et bombardés. Et soudain nous voilà assourdis par du rock, des flots de notes profondes et féroces qui agressent mais suivent un fil conducteur avant de se calmer.


Lyjazz

vendredi 23 septembre 2011

Les (non, quelques uns) films de ma vie, exercice n°19 (par Marie D.)




On est bien d'accord que ce ne sont pas nos trois films préférés, mais trois qui nous ont marqués dont il est question dans cet exercice.
On peut aussi (il va bien s'en trouver pour l'être) être d'accord pour dire que ces films que nous citons ici et maintenant ne seront pas forcément ceux que nous citerons demain ni que nous aurions cités hier.

« Jeux interdits », réalisé par René Clément (1952), avec Brigitte Fossey (la seule comédienne dont je me souvienne).
Je l'ai vu enfant (mais pas en 52, je n'étais pas née, j'ai du le voir vers 1976), avec mes parents et mon frère. Je n'ai aucun souvenir de la salle, du moment, seulement que c'est avant ou après être allés chez mes grands-parents. J'associe ce film à l'escalier menant à la partie habitée de leur maison, et à l'angoisse qu'il a semée en moi, celle-là même qui gouverne encore parfois ma vie. Même 35 ans plus tard.
Ce film se résume dans ma mémoire à la scène où tous ces gens fuient, subissant l'attaque aérienne qui va tuer tous les proches du personnage de Brigitte Fossey (enfant du même âge que le mien), ainsi que son chien qu'elle continuera à serrer contre elle (et qu'une grosse dame jettera quand elle s'en apercevra). 
Je pense que je n'aurais pas du voir ce film à cet âge-là. Je n'en suis pas sûre, je ne sais pas si c'est une question d'âge ou de personnalité. Comment savoir ce qui va marquer un enfant et pas un autre?
Voir sur l 'écran se matérialiser l'une de mes peurs l'a rendue réelle, palpable, avérée.
En prendre conscience a été un travail tout récent.
A ce jour, avec mes deux enfants, je n'ai toujours aucune réponse sur l'effet que peuvent produire certaines scènes sur leur psychisme, ni ce qu'ils en garderont.

J'ai vu ce film deux fois, vers 20 ans. La première avec des amis et le garçon dont j'étais amoureuse, à un moment où notre histoire était entre deux eaux.
Je n'ai pas aimé le film, je l'ai trouvé bavard, bruyant et trop long pour ce qu'il racontait. 
J'ai l'ai revu quelques mois plus tard, en version longue et je l'ai trouvé beau. Toujours pas renversant, mais beaucoup mieux que la première fois. J'étais alors avec un autre garçon, au début de notre histoire.
Le contexte (on peut appeler ça comme ça, non?) m'est alors apparu comme très influant dans la façon dont on reçoit les œuvres, j'essaie d'en tenir compte quand quelque chose ne me touche pas.

« In the mood for love » réalisé par Wong Kar-Wai (2000)
Je regrette de ne pas avoir vu ce film au cinéma, je ne l'ai découvert que l'an dernier lors de sa diffusion sur arte. 
Je l'ai vu seule chez moi, les membres de ma famille dormant ou étant occupés à autre chose.
Je ne peux retenir une scène en particulier, c'est l'esthétique globale du film qui me scotche, la finesse avec laquelle le lien unissant les personnages de Maggie Cheung et Tony Leung  est traité, la bande son et sa dynamique.
Ce film m'est apparu d'une intensité presque érotique alors qu'il ne comporte aucune scène de sexe. 
Pour le coup, le contexte n'est pas folichon (je suis seule sur un canapé inconfortable, le son est bas c'est une soirée froide et sans lumière) et la grâce que l'œuvre opère.

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Je trouve amusant que dans cet exercice ne figure aucun film comique, comme si, alors que je suis très fan de ce genre, il ne pouvait pas me marquer.
Mais il en fallait trois!


lundi 19 septembre 2011

Les films de ma vie - par Magaly (Ex. n°19)

1. Lawrence d’Arabie de David Lean

Vu bêtement à la télévision (oui le cinéma c’était cher et de toute façon le film était sorti bien longtemps avant que je ne le découvre pour la première fois) en compagnie de mon père.
Parce que pour la gamine que j’étais cela a représenté la quintessence du film d’aventures bien avant le règne d’Harrison Ford et consorts.
Pour les scène ou Peter O’Toole retourne dans le désert sauver d’une mort certaine un gamin qui l’accompagne et qui s’est égaré dans une tempête, suivie peu après par celle ou il lui donne la mort pour une sombre histoire de trahison.
Pour Omar Sharif, Alec Guinness, et Anthony Quinn…
Et pour la réplique qu’il m’arrive encore de dire quand je dois faire face à une déception :
"- Il n’y avait pas d’or à Aqaba"



2. Brazil de Terry Gilliam


Vu également à la télévision toujours pour une question de budget et là aussi en compagnie d’un homme de ma vie, celui qui est, a été et j’espère bien sera à mes côtés pour encore longtemps…
Pour la scène d’introduction de « moustique fou » maître de la destinée d’un homme.
Pour la mère liftée comme une momie qu’il me semble désormais croiser à tous les coins de rue de ma ville du sud de la France.
Pour l’absurde, l’humour, le décalé, le tragique, la poésie, le rythme…



3. La trilogie du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson

Vu avec les femmes de ma vie, mes deux filles pour qui j’espère cela fut un moment aussi agréable que pour moi… et pour une fois, la vie devenant plus facile, au cinéma.
Parce que je suis fan d’Heroic Fantaisy et qu’il ne se passe pas une année sans que je me régale d’en revoir l’intégralité.
Pour le challenge de l’adaptation.
Pour le nain ! Oups pardon la personne de petite taille J 
Pour les combats du gouffre de Helm et la chevauchée sur Osgiliath, pour la cité de Minas Tirith défendu par le magicien blanc…
Ok cela fait trois mais bon : « ça ne compte que pour un » !


Magaly

mercredi 14 septembre 2011

Les films de ma vie - par Lambertine (Ex. n°19)


Trois films… Trois films, c’est trop, ou pas assez. Vous auriez dit un… ou vingt…
Mais trois…
Enfin, trois, c’est trois. Allons-y.

Sur la troisième marche du podium :
La merditude des choses, de Félix Van Groeningen
Oui, le flamand peut être une belle langue. Oui, la Flandre est une belle région. Même si la vie dont se souvient le héros, Gunther, n’a rien de particulièrement beau. La vie d’un gamin au sein d’une famille pauvre et imbibée d’alcool. Vulgaire. Parfois violente. Triste, sans doute, aux yeux du monde, et pourtant drôle, et chaleureuse aussi. Une famille du quart-monde, comme on dit, qu’il quittera, dont il s’éloignera dans tous les sens du terme.
Ce film m’a touché, m’a poigné le cœur. Ces gens « de mon pays », ce gamin dans lequel, parfois, je me retrouve, même si je n’ai jamais connu la misère, enfant. Ces petites gens, à côté desquels on passe trop souvent. A côté desquels je suis passée trop souvent.
Je ne peux plus prendre le train sans me demander qui vit dans les maisons que l’on aperçoit par la fenêtre, ni qui cultive les jardins ouvriers qui longent la voie.
A voir en flamand, impérativement.

Sur la deuxième marche :
Effroyables Jardins, de Jean Becker
Il était une fois la guerre… La guerre si lointaine, et pourtant proche de ce village comme les autres, où vivent deux amis comme les autres. Deux amis amoureux de la même femme, et qui, pour elle, pour devenir des héros à ses yeux, vont commettre un attentat stupide.
J’ai déjà les larmes aux yeux, rien qu’en écrivant ce texte. Je revois le visage magnifique de Suzanne Flon, vieille dame bouleversante. Et j’entends « Y a de la joie », joué à l’harmonica. Y a de la joie, qui ne sera plus jamais, à mes oreilles et dans mon cœur, qu’une chanson triste.

Et sur la première marche :
Basketball Diaries, de Scott Kalvert
Il était une fois un sale gosse New-Yorkais, qui passait son temps entre l’écriture, le basket-ball, et les conneries en compagnies de ses potes. Un gamin sensible et rebelle, prêt à tomber dans les filets de « la drogue ». Ou plutôt « des » drogues. Un gamin dont on suit la déchéance, pas à pas, jusqu’à la rue, la prostitution, la prison.
Ce film, je l’ai vu pour la première fois sur une cassette enregistrée aux USA, bien avant sa sortie en Europe. Cette cassette, je l’ai faite circuler, circuler, et circuler encore. J’avais reçu un choc. Bien plus fort qu’un coup de poing. Un choc dont je ne me suis jamais remise. Même si j’avais lu le journal de Jim Carroll, même si j’avais lu d’autres livres du même genre, dont le fameux Christiane F. Il n’est pas une semaine où je ne pense à Jim, où je n’entende les chansons qui accompagnent sa descente aux enfers. Etonnamment, même si le film est en couleurs, je pense à lui en noir et blanc.
Et puis…
Et puis, il y a trois ans, j’ai rencontré « Jim ». Pas le vrai, bien entendu. Mais un garçon en tout point semblable à lui. Même, bizarrement, physiquement, si ce n’est la couleurs des cheveux. Un garçon ayant connu la même vie, la même déchéance, la même descente vers une mort espérée. Non pas à New-York, mais à Verviers, puis à Liège. Dans la province belge que l’on croirait à l’abri de « ça ». Mais, contrairement à celle de Jim, je ne crois pas que celle de Célestin finira bien.

Voilà. Trois films. Pas très drôles, je sais. En espérant qu’ils vous toucheront, si jamais vous croisez leur chemin.

mardi 6 septembre 2011

Les films de ma vie - par Rvqras (exercice n°19)

Évoquer trois films qui m'ont marqué, c'est d'abord évoquer ma frustration.
Je suis un geek cinéphile. Qu'est ce que cela signifie ? Que j'ai des dizaines de titres de films dans la tête, et des palanquées d'informations de cinéma tout à fait hétéroclites. La seule chose, c'est que depuis 33 ans que je suis sur cette Terre, je ne sais fichtrement pas à quoi cela sert, enfin, si peut être : à jouer aux "six degrés de séparation" entre deux acteurs. Pour savoir ce qu'est le jeu des "six degrés de séparation", je renvoie le lecteur au site suivant : http://oracleofbacon.org/. En gros il s'agit de faire du marabout-bout-de-ficelle en disant "machin a joué dans tel film, un film également avec machine, qui aussi joué dans tel autre film ..."

Choisir 3 titres, c'est me limiter. Mais il s'agit aussi de contraintes créatives, 
lesquelles sont également parfaitement amusantes.


La plupart des films m'ayant vraiment marqué sont irrémédiablement liés au poste de télévision de mes parents. Si je me souviens bien, un Thomson avec 6 boutons/6 chaînes, et le réglage des canaux s'effectuant par des molettes accessibles sur le côté. Je me rappelle encore que ce genre d'engin captait parfois les émissions radio des avions.

Pourquoi la télévision ? Parce que mes parents étaient quelque peu laxistes sur ce que je pouvais et sur ce que je ne pouvais pas regarder. D'une certaine manière, devant la télévision, je pouvais être quelque peu livré à moi même, et beaucoup moins au cinéma, sur lequel mes parents avaient une prise plus forte.

En vrac sans réfléchir, le premier film qui me vient à l'esprit est "A vingt-trois pas du mystère", vu dans le cadre de l'émission "La Dernière Séance" (aaaah Eddy Mitchell qui drague la fille du assise derrière lui avec des tirades genre "Chérie, ce film a été réalisé par Henry Hathaway en 1945, c'est le remake d'un film de 1923 ..."). 

La seule chose dont je me souvienne vis à vis de ce film, c'est bien sûr de l'intrigue, mais aussi de l'incident déclencheur : dans un restaurant, un aveugle entend une conversation entre deux personnes qui parlent d'un meurtre à venir. Il va alors passer le reste du film à mener l'enquête avec sa copine et son ami.
Des années après, j'ai réussi à récupérer ce film, qui m'attend dans un coin de mon disque dur (parce que pour le retrouver en DVD en France ... amusez vous bien). Je n'ai pas la moindre envie de regarder ce film. Je sais d'expérience que les souvenirs que l'on a d'un film sont infiniment plus précieux que le film lui même, car un film "de notre vie", parle de nous, de qui on est, de notre histoire de vie, de nos émotions ... tout cela n'ayant au final guère intérêt à être cantonné dans le boitier d'un DVD.

Rétrospectivement, je pense que l'histoire de ce film m'a donné des ailes, parce que quand on y regarde bien, un aveugle qui enquête sur un meurtre, c'est aussi une belle histoire de combattivité, de culot et d'intégrité.

Toujours en vrac sans réfléchir, le second film est "New York 1997" de John Carpenter.

Je me souviens avoir enregistré ce film en VHS, un été il y a 20 ans, un été de vacances à la maison forcées (évènements familiaux obligent ...), un été de solitude, un été d'étouffement, aussi.

Quand je lis le titre de ce film, la première chose qui me vient en tête est son ouverture. Un thème musical minimaliste, simple et entêtant, comme bon nombre de bandes originales de Carpenter. Une voix de femme qui décrit les raisons de ce qui a provoqué la situation de 1997 (il faut se rappeler que le film date de 1981 ...).
Je me revois précisément assis devant la télévision en train de regarder ce film et son ouverture. C'est comme si j'avais une machine à voyager dans le temps au sein de mon cerveau.
Depuis, j'ai revu le film, plusieurs fois, ainsi que sa suite et une grosse partie des films de John Carpenter.

"New York 1997", c'est Snake Plissken, c'est mon héros. Un marginal, un franc-tireur, un anarchiste, un punk, un associal ... mais aussi une personne d'une totale intégrité, qui reste toujours fidèle à ses convictions. Étrangement, les années ont passé, et certaines scènes de "New York 1997" ou "Los Angeles 2013" m'éclatent toujours autant. En anglais , le terme adéquat est ... badass !!!

Troisième film, première contradiction avec ce texte, un film vu il y a quelques mois, pas sur la télé de mes parents : "Fandango", de Kevin Reynolds, avec Kevin Costner.


Je suis ravi d'avoir vu ce film récemment, car il me permet de bien définir quand je sais qu'un film m'a touché : quand je suis pris par surprise, quand je ne m'attendais pas du tout à cela, quand je ne peux plus tricher, quand ne je peux plus négocier avec mes émotions et ce que je ressens ... et aussi quand je ne me sens pas forcé la main !

D'abord, Kevin Costner. Tiens, un autre de mes héros des années 80. J'adore ce que dégage ce type : dans ses anciens rôles, il est parfois très chien fou, beaucoup dans "Fandango", également dans "Silverado". Également, c'est aussi un acteur qui dégage quelque chose de tout à fait désabusé, et parfaitement mélancolique. Cet acteur m'a appris quelque chose sur ce que peut être un homme : pas seulement un roc qui ne montre pas ses émotions, mais aussi une personne intègre, parfois un peu triste, mais aussi souvent dans le rire, bref une magnifique complexité.

"Fandango" est un magnifique film de potes : des potes qui s'engueulent, des potes qui ne sont pas toujours d'accord, mais aussi des potes qui feront tout ce qui est en leur pouvoir pour s'assurer leur bonheur mutuel, quitte à parfois se mettre de côté. Je repense à certaines scènes de ce film (les raconter serait gâcher le plaisir) et l'émotion revient en moi. "Fandango" est un film qui montre la beauté de l'amitié, et c'est ce qui le rend si précieux.

vendredi 2 septembre 2011

Les films de ma vie - Trois devinettes de Don Bruno de la Vega (Ex n°19)



Film 1 :
Intérieur jour. Le médecin se gratte la tête en regardant les analyses du patient. Ce dernier a l’air de plus en plus inquiet.
– C’est grave docteur ?
Le médecin arrête la question intruse d’un geste de la main et d’un claquement de langue très docte. Il décroche son téléphone.
– Mademoiselle ? Vous pouvez demandez aux labos Duschmoll s’ils ne se sont pas trompés dans l’analyse de M. Dupont ? Parce que sinon…moi…
Le patient est terrifié. Le médecin se lève, se masse l’épaule  avec une grimace de douleur et dit au patient :
– Je sais pas ce que j’ai, j’ai du me claquer un muscle ou un truc comme ça au tennis, je vous dis pas, je déguste !

            (Indice : J’adore cette scène. J’y pense presque tous les jours ou à chaque fois qu’un petit bobo se rappelle à moi pendant que j’annonce à mes patients qu’il faut leur faire trois pontages !!! A côté de ce film, « Les Petits Mouchoirs », il peut aller se rhabiller…)

            Film 2 :
            Intérieur nuit. Un américain obèse, verre d’alcool à la main, du bourbon probablement, cigare de l’autre, enlace le héros d’un bras que l’on sent étouffant et lui déclare d’un ton péremptoire :
            – One Word ! Just one word ! Plastics ! Do you hear me ?
            – Yes, M. R….(je ne vous mets pas le nom, faut pas déconner…)
            – Plastics !

            (Indice : Le dernier de mes fils s’appelle Benjamin. On l’appelle Ben. A cause de ce film. Fastoche, non ?)

            Film 3 :
            Intérieur jour. Deux de nos héros sont tout de noirs vêtus. Dans un large sourire, l’un deux s’adresse à une secrétaire chef en lisant un papier.
            – I am Misteure. Smiss et zis ize Misteure Wesson. We vante tou spique to ze presidente ove yorre compagnie. I ame choure in eu fiou minute, he will bi abeul tou si usse !
            – Tu parles anglais toi ?
            – Ouais !
            – T’a appris où ?
            – A l’école !
            – T’es allé à l’école ?
            – Ouais ! Jusqu’en cinquième !

            (Je peux vous faire tout le film par coeur. C’est très pénible pour les gens qui le regardent avec moi…Il y a aussi la seule chanson de Johnny Halliday que je tolère…bien obligé !)

            Et deux p’tits, pour la route (même « jeune » réalisateur que je vénère autant que certains écrivains !!!):
            Film 4 : Un café de banlieue. Intérieur nuit. « Il danse bien Denis ! »
            Film 5 : Une cour de lycée. Extérieur jour. « L’homme descend du singe. Tomasi ne descend pas du panneau de basket ! »


A VOUS DE JOUER
(C’est vrai quoi ! Pas toujours aux mêmes de bosser…)

Don Bruno de la Vega