samedi 1 septembre 2012

Moi, Agnès C., 45 ans, lectrice de sentimental…

Préambule :

Ce n'est pas un secret : je ne méprise aucune forme littéraire. J'ai grandi en lisant de la SF et des romans policiers, en dévorant des BD et des séries télé. Mais j'ai aussi lu des romans photos et des romans d'amour (Delly, Max du Veuzit) ou historiques (Anne Golon, Robert Merle).

Il y a quelques semaines, Agnès C., animatrice du site "Les Romantiques", consacré à la Romance, ce genre littéraire que les Français ne connaissent que par l'intermédiaire de la collection Harlequin, m'a contacté pour me dire que son site avait posté une présentation du Choeur des Femmes ( p. 44 - qui me ravit et m'honore). Elle m'a fait découvrir un certain nombre de choses sur le genre qui lui est cher, ce qui m'a donné envie de lui demander un article.  Le voici. J'espère que vous l'apprécierez autant que moi, tant il me semble éclairant.

MW

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"Pourtant j’ai essayé de décrocher plusieurs fois, je vous jure… je sais que c’est mal…
Bouhou… j’ai tellement honte…"

Non, c’est une blague.

Moi, Agnès C., 45 ans, il y a bien longtemps que je suis une lectrice décomplexée de Romance.

Car il faut vous dire tout d’abord que nous, lectrices, aimons parler de Romance et non de roman d’amour ou sentimental, encore moins d’eau de rose ou de guimauve. La Romance est une littérature de genre, elle mérite une appellation qui ne porte pas en elle de jugement de valeur ni d’a priori.

Comment j’en suis arrivée là ?
J’ai commencé, adolescente, en lisant les Harlequin de ma mère.
Puis, à l’âge adulte, j’ai eu envie de retrouver le plaisir que m’avaient procuré ces romans, et j’ai découvert la collection Aventures et Passions de J’ai lu, qui publie les plus grands noms de la Romance Historique… américaine…
Car il faut vous dire qu’il n’y a plus d’auteur français de Romance depuis Delly et Max du Veuzit. Le genre est mort, les éditeurs l’ont tué… Triste, n’est-ce pas ?

Début 2001 j’ai créé le site internet www.lesromantiques.com, dans le but de partager avec d’éventuelles autres lectrices des informations telles que la bibliographie des auteurs, ou l’ordre dans lequel il fallait lire une série. Je dis d’éventuelles autres lectrices, car à l’époque je n’en connaissais aucune. Ce n’est pas le genre de lecture dont on parle spontanément en public, n’est-ce pas ? Par peur d’être jugée…

Or il se trouve que je n’étais pas la seule à me sentir seule, car immédiatement j’ai été contactée par des fans qui n’avaient jamais pu parler de leur passion non plus… Vous devinez l’excitation joyeuse qui s’en est suivie… 

En octobre 2001 a été créé notre forum. En 2004 nous avons lancé le concours annuel de nouvelles, dont nous venons de clore la dixième édition. En septembre 2007 nous avons publié le premier numéro de notre webzine mensuel, le 55ème vient juste de sortir.
Au fil des ans, le site Les Romantiques est devenu le porte drapeau d’une communauté dynamique et… très nombreuse, qui mérite qu’on lui rende justice.
Non, les lectrices de Romance ne sont pas des laissées pour compte qui atténuent leur frustration en se gavant de chocolat et de littérature bon marché, en peignoir défraîchi, un masque de beauté vert appliqué sur le visage… Vos filles en lisent, vos sœurs en lisent, vos mères en lisent, vos grand-mères en lisent… vous-même, peut-être, vous en lisez ?

Grâce au site Les Romantiques, j’ai rencontré beaucoup de fans du genre, et aussi beaucoup d’idées préconçues qui nous sont jetées à la figure avec une ingénuité parfois confondante. En voici quelques-unes.

Idée préconçue N°1 : "La Romance n’est rien d’autre que du porno pour fille (frustrée ?)"

Dans la Romance moderne, la scène de sexe est en effet un passage obligé. Elle s’est très vite imposée comme l’une des caractéristiques du genre : on suit les héros jusque dans la chambre à coucher. Il y a même depuis quelques années des sous-genres encore plus sensuels : le Romantica et l’Erotica. Mais nous y reviendrons.

Or quand quelqu’un ouvre un de nos romans, c’est forcément LA scène sur laquelle il va se précipiter comme la misère sur le pauvre monde. A ce moment-là vous pouvez être quasiment sûre d’une chose : il va se mettre à la lire avec un ton niais, et d’une petite voix flutée, avant d’éclater de rire et de vous regarder en hochant la tête, l’air de dire : non mais ma pauvre fille, tu es vraiment tombée bien bas…
Oui, ça énerve hein…

Pourtant ce n’est pas tant le sexe qui intéresse les lectrices, que l’émotion qui s’en dégage. Et les scènes mécaniques, avec descriptions anatomiques, ne sont guère appréciées. Il faut que la scène hot, comme nous l’appelons, soit intégrée dans l’intrigue et y participe pleinement. Et celle-ci n’est pas juste un vague prétexte pour mener à une partie de jambes en l’air. Les auteurs qui font de bonnes scènes hot sont recherchés… s’il y a autre chose autour.

Ceci dit, outre Atlantique beaucoup de défenseurs de la Romance arguent qu’elle est le seul genre où la libido et la sexualité féminines sont non seulement mises en scène, mais célébrées. Il faut bien reconnaître que les vieux schémas ont la vie dure et que dans l’inconscient collectif, une femme qui éprouve du désir et du plaisir est souvent perçue comme la femme de mauvaise vie, la fille facile, l’infidèle en puissance. Une bonne épouse et mère de famille, une femme respectable, se contente de s’allonger sur le dos en pensant à l’Angleterre, pas vrai ?

Si les femmes modernes ont droit au plaisir, si tout un chacun considère même que l’équilibre sexuel est l’une des composantes d’une vie heureuse, pourquoi les lectrices devraient-elles avoir honte de lire des scènes hot où le héros procure orgasme sur orgasme à sa partenaire ? C’est un fantasme comme un autre, non ?

Idée préconçue N°2 : "La Romance se résume à de petites histoires sentimentales de 150 pages, dégoulinantes de guimauve, qui ont toutes le même canevas."

Les non initiés assimilent souvent la Romance tout entière aux collections courtes de l’éditeur Harlequin (Azur, Horizon, Collection Blanche, etc.) Or la volonté d’Harlequin est justement de sortir de ce carcan étroit. Les collections Jade, Mira, Red Dress Ink et plus récemment Mosaïc ont pour vocation de toucher un autre lectorat que celui de la Romance… et ça marche ! C’est même une opération marketing digne d’être citée en exemple dans les écoles de commerce. Parce que si le positionnement est différent, les auteurs et les romans sont, eux, exactement les mêmes.

Les collections Jade et Mira résultent d’une idée lumineuse, même si elle paraissait a priori extrêmement audacieuse. Considération de départ : certaines personnes se feraient hacher menues plutôt que d’ouvrir un «roman à l’eau de rose». Or qu’est-ce qu’un roman à l’eau de rose pour elles ? Un poche, pas cher, avec un couple en couverture et un titre niais, et aussi un logo Harlequin.

Rien de plus facile pour récupérer ce lectorat : rééditer des romans parus sous l’étiquette sentimental dix en plus tôt, en grand format, deux fois plus cher, avec une belle couverture, en changeant le titre et en faisant quasiment disparaître le nom honni d’Harlequin. (Nota : ne mentionner nulle part qu’il s’agit d’une réédition, bien évidemment…). Et voilà que ces titres apparaissent, comme par magie, dans le classement des meilleures ventes de Livre Hebdo ! C’est pas beau ça ?

Alors évidemment ce ne sont pas les lectrices de Romance qui les achètent, elles savent qu’elles peuvent les trouver d’occasion à 1 Euro pièce, alors les payer pratiquement 10 Euros en grand format, il ne faudrait pas les prendre seulement pour des gourdes… Non, c’est un tout nouveau lectorat, tout beau, qui ne lirait jamais au grand jamais de sentimental, non madame !

Anecdote : J’étais sur le stand Harlequin au Salon du livre de Paris l’année du lancement de Mira, lorsque j’ai vu un brave monsieur d’une soixantaine d’années choisir deux livres sur le présentoir et s’approcher du comptoir pour payer. L’employé d’Harlequin, lui-même interloqué, lui dit : «Vous voulez quoi ?» et le brave monsieur de répondre : «Ben à votre avis, acheter ces livres…» 

Avait-il saisi qu’il était en train de se servir une petit louche d’eau de rose au prix fort ? Et vous n’imaginez pas le nombre de lectrices de Romance qui ont trouvé leur papa avec un Mira entre les mains, qui jurait ses grands dieux que non, ce n’était pas un Harlequin, jusqu’à ce qu’elles leur montrent le nom de l’éditeur, qui s’était fait bien discret dans un coin. La Romance est sans doute comme le bon vin, elle s’améliore en vieillissant…
Mais si Harlequin est le plus gros poisson dans le bocal de la Romance, il n’est certes pas le seul. Il existe aux Etats-Unis plusieurs autres éditeurs, et maintenant de nombreux eEditeurs, qui font de ce genre l’un des plus dynamiques du moment.

Dans les années 70-80 existaient deux grands sous-genres : la Romance contemporaine et historique. Il y a maintenant, pour n’en citer que quelques-uns, le romantic-suspense (mélange de Romance et de policier ou thriller), la romantic-fantasy et urban fantasy jusqu’à la Romance paranormale et bit-lit, la comédie romantique jusqu’à la chick-lit, la Romance érotique (ou Romantica) jusqu’à l’érotique (qui n’est plus tout à fait de la Romance).

Ne soyez donc pas surpris de trouver des choses très diverses sous le label Romance, même si ce n’est pas du tout l’idée que vous vous faisiez d’un «roman à l’eau de rose». Cette idée-là est dépassée depuis une trentaine d’années, guère plus.

Idée préconçue N°3 : "Tous les livres sont équivalents dans la Romance, ils ont tous la même recette. Lire l’un ou l’autre, c’est du pareil au même, autant choisir au hasard !"

Eh bien non… J’ai déjà souligné qu’il y avait plusieurs sous-genres, mais pire encore, à l’intérieur d’un même sous-genre il y a des auteurs lambda (plein) et de très bons auteurs (rares). Je pense que c’est un peu partout pareil.

Anecdote : L’éditeur J’ai lu croyait aussi, jusqu’à récemment, que les lectrices choisissaient leurs livres quasiment au hasard… Lors de mon premier rendez-vous chez eux, j’ai eu la surprise d’apprendre qu’ils pensaient que nous n’avions pas repéré d’auteurs meilleurs que d’autres. En effet, les romans restent en rayon jusqu’à être vendus, donc certains auteurs partent en 24 heures et d’autres en neuf mois, mais pour eux les chiffres de vente étaient identiques. Comme internet n’était pas encore tout à fait passé par là, les lectrices devaient se contenter de ce qu’il y avait en magasin, ce qui gommait toute différence entre auteurs. Depuis les choses ont évolué, évidemment.

Chez Harlequin la problématique est un peu différente : En fin de mois, les livres invendus sont détruits et remboursés aux magasins. Les bons auteurs, qui se vendent bien, sont donc remarqués. (Les mauvais aussi.) Mais ils sont rapidement dragués par les éditeurs New-Yorkais qui leur proposent de meilleurs contrats et plus de liberté créative. Parmi les auteurs maintenant réputés qui ont fait leurs armes chez Harlequin, citons Sandra Brown, Iris Johansen, Janet Evanovich, Tess Gerritsen, Linda Howard.

A noter cependant qu’avec les nouvelles collections grand format comme Mira, Harlequin a, ces dernières années, renversé la tendance en signant des auteurs réputés comme Diane Chamberlain ou Jackie Collins.

Idée préconçue N°4 : "Les lectrices de Romance sont à la limite de l’analphabétisme" (cf sketch de Danny Boon) ou "Les lectrices de Romance s’abrutissent en lisant à la chaîne".

Alors, sommes-nous des boulimiques ou des anorexiques de la lecture ? Il y a quelques années, Pocket nous a confié la réalisation d’une enquête et l’une des questions portait sur le nombre de livres lus par an. La catégorie maximum était « plus de 15 ». Une lectrice m’a écrit : «Vous êtes sûre que ce n’est pas par mois ?» 

Alors bien entendu, vous vous en doutez, il y a autant de réponses que de lectrices. De plus, de quels livres parle-t-on ? D’un Azur de 150 pages qu’on s’envoie en une heure et demi ou d’un roman de plus de 300 pages ? Sans compter qu’environ 25% de nos lectrices, lassées de ne pas trouver ce qu’elles voulaient chez les éditeurs français, sont passées à la VO ou à d’autres langues qu’elles maîtrisent mieux que l’américain : espagnol, italien, allemand. Or il est évident qu’on lit moins vite quand ce n’est pas dans sa langue maternelle.

En moyenne, je dirais qu’une Romance longue prend trois jours à une semaine à lire et que les lectrices aiment avoir toujours un bouquin d’avance sous la main. Nos PAL (Piles [de romans] A Lire) comptent même souvent des centaines de volumes. Ce qui est certains, c’est que les lectrices de Romance lisent plus que la moyenne des français, ce qui n’est pas difficile. En fait, d’après mes statistiques, une lectrice de Romance lit en moyenne en un mois le même nombre de livres que le reste des français en un an.

Idée préconçue N°5 : "La Romance a pour but de lobotomiser les lectrices afin de les réduire à l’état de petites choses soumises à l’Homme Dominant. D’ailleurs ces livres ne seraient-ils pas écrits par des hommes ?"

Il faut avouer qu’il y a quelques hommes qui commettent de la Romance, quelques couples aussi écrivent à quatre mains, mais l’immense majorité des auteurs de Romance sont des femmes. Perpétuent-elles à l’insu de leur plein gré des schémas hors d’âge, comme la femme dépendante de l’homme, subordonnée professionnellement comme dans le couple, inférieure en tout ?

Pour parler de la relation professionnelle tout d’abord, les héroïnes de Romance sont-elles forcément des secrétaires et les héros leurs patrons ? C’est de moins en moins vrai. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est de moins en moins vrai dans la société. La Romance reflète une certaine réalité. Ce n’est pas un mythe qu’elle véhicule, mais bel et bien une triste vérité : les PDG sont à 80% masculins et les secrétaires à 99% féminines. Mais il y a de plus en plus d’héroïnes dotées de professions valorisantes, les auteurs de Romance ne sont pas si bêtes.

Quant à la relation petite héroïne fragile qui attend son grand et ténébreux sauveur, il faut bien reconnaître que c’est l’un des grands succès du genre. Mais pour une raison que vous n’imaginez sans doute pas. L’une des surprises, lorsque j’ai eu l’occasion de faire la connaissance d’un grand nombre de lectrices de Romance, a été de constater que celles qui adoraient les héros dominateurs, limite violents, et les histoires musclées n’étaient absolument pas les faibles femmes. Au contraire, plus une lectrice aime ce que nous appelons les héros Alpha (grands, forts, ténébreux et cré cré méchants) plus c’est une femme de tête, indépendante et ayant réussi professionnellement. Dans la vie elle doit s’imposer et diriger, dans ses lectures elle aime se mettre dans la peau d’une ingénue à la merci du grand méchant mâle alpha. Ca vous étonne ?

A contrario une femme plutôt discrète dans la vie aura tendance à préférer les héros Beta (sans accent circonflexe), tendres, aimant le dialogue, qui traitent leur âme sœur comme une reine. Savez-vous que de telles Romances sont utilisées aux USA dans certains refuges pour femmes battues, afin de leur redonner un aperçu de ce que peut et doit être une relation de couple normale ?

Quant à l’oppression des femmes, non, je ne crois pas qu’elle se situe au niveau des relations décrites dans nos Romances. S’il flotte bien un relent de misogynie dans l’air, voilà à mon sens où il se cache : La Romance est la dernière littérature de genre à être considérée avec autant de mépris.

Le policier a reçu ses titres de noblesse : Simenon n’est-il pas maintenant édité chez Gallimard dans la Bibliothèque de la Pléiade ? Alors que, rappelons-le, à son époque l’intelligentsia littéraire n’avait pas assez de mots pour exprimer le mépris qu’il lui inspirait. Il ne viendrait plus à personne l’idée de jeter un regard condescendant sur un lecteur de Science Fiction ou de Fantasy en le traitant à mi-voix d’adolescent attardé. Il y a même des hordes de lecteurs «sérieux» qui se jettent maintenant sur la littérature pour ados, comme Harry Potter ou Twilight, quelqu’un oserait-il parler d’infantilisme et de sotte naïveté ?

Pourtant on peut encore constater avec désespoir que les lectrices de Romance ont du mal à assumer leurs choix de lecture. Pourquoi ? Pourquoi est-ce une telle honte de lire de la Romance ? Pourquoi devons-nous affronter des regards goguenards aux caisses des supermarchés, des réflexions méprisantes dans les libraires «Non madame, nous ne vendons pas ce genre de CHOSE !» et même de «gentilles taquineries» à la maison ? N’est-ce pas tout simplement un reste nauséabond des idées du XIXème siècle concernant l’infériorité de l’intelligence féminine ?

Quoi ? s’écrient le mâle dominant et ses acolytes. Les femmes lisent des romans où tout est bien qui finit bien, qui parlent… gloups… de sentiments ? Horreur ! Je n’en ai jamais lu, bien sûr, vous n’imaginez tout de même pas ! Mais ça doit forcément être d’une sottise affligeante. Les lectrices sont certainement des ménagères illettrées et des ados hystériques. Les auteurs ont obligatoirement un style déplorable. En plus ce ne sont que des femmes, alors pensez donc !

Ah oui, parce qu’il faut aussi remarquer qu’on compte sur les doigts d’une main les auteurs féminins qui ont arraché de haute lutte une place dans le monde littéraire, au vingtième siècle : un roman écrit par une femme est d’emblée suspect d’infériorité littéraire et doit doublement faire ses preuves. Alors s’il est en plus écrit POUR des femmes, je ne vous raconte pas…

Mesdames qui aimez la Romance, j’ai envie de vous dire que vous n’avez pas à avoir honte de lire quelque chose qui vous rend heureuse, qui vous fait du bien, un livre optimiste. Parce que finalement ce n’est pas tant la qualité objective de ce genre de littérature qui fait que certains cercles la dénigrent, c’est le thème en lui-même : Une historie d’amour qui finit bien ? Mauvais genre ! Ca pourrait être écrit avec le style de Le Clezio que ce serait toujours considéré comme de la sous-littérature.

De l’eau passera encore sous les ponts avant qu’on reconnaisse qu’il y a des auteurs de Romance qui valent la peine d’être lus et sont des classiques. D’ici là, si quelqu’un vous regarde de travers parce que vous en lisez à visage découvert, n’hésitez pas à lui expliquer qu’on ne critique pas ce qu’on ne connaît pas et qu’en le faisant cette personne perpétue une idée misogyne et arriérée selon laquelle la littérature féminine est intellectuellement inférieure. Je ne sais pas si vous convaincrez, j’espère du moins que cela vous permettra de laisser tomber les complexes d’infériorité et le sentiment de honte et de sortir du placard… - Faites votre coming out littéraire !!!

Agnès Caubet


Petite bibliographie sélective :


Romance historique

Les machinations du destin de Judith McNaught (Régence)
Un mari féroce de Julie Garwood (Ecosse)
Cendres dans le vent de Kathleen E. Woodiwiss (Guerre de sécession)
La loterie de l’amour de Lisa Kleypas

Romance contemporaine

Nulle autre que toi de Susan Elizabeth Phillips (Joueur de football américain)
L’homme le plus sexy de Julie James (Acteur)
Les joyaux du soleil de Nora Roberts (Patron de pub irlandais)
Mr Perfect de Linda Howard (Flic)

Romance paranormale

L’amant ténébreux de JR Ward (Vampires)
Esclave des sens de Nalini Singh (Changeformes)
Vampire et célibataire de MaryJanice Davidson (Humoristique)
Plaisir déchainé de Larissa Ione (Démons)

Romance érotique

Une lady nommée Passion de Lisa Valdez (Historique)
L’ombre de minuit de Lisa Marie Rice (Contemporain)
Le choix interdit de Megan Hart (Contemporain)
Voyage au jardin des sens de Robin Schone (Historique)

A.C.

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Note de MW 

Ne vous fiez pas aux titres français. Ils sont souvent stupides et presque toujours trompeurs.  Comme pour les épisodes de séries télé, on dirait que les traducteurs (et ici, les éditeurs) s'ingénient à abêtir les titres originaux, souvent beaucoup plus imaginatifs. 

A cette liste  j'ajouterai deux de mes lectures récentes pour les anglophiles et amateurs de voyages dans le temps (sous-genre qui m'est cher). 

Until Forever de Johanna Lindsey, un roman de Time Travel Romance complètement échevelé et très drôle, et qui (pour cela, probablement) m'a donné beaucoup de plaisir.

The Mammoth Book of Time Travel Romance, un recueil de nouvelles inégales mais dont certaines sont excellentes. Il montre tout ce qu'on peut faire avec le thème de l'histoire d'amour transtemporelle. 

Je viens par ailleurs de commencer la lecture de Outlander de Diana Gabaldon, le premier volume d'une longue saga familiale transtemporelle, aux marges de la Romance, de la SF et du roman historique. Elle a été publiée en français sous le titre général "Le Chardon et le Tartan"... (et découpée en petits volumes chez J'ai Lu, allez comprendre...) Plusieurs des romans de la série ont été des best-sellers considérables en Amérique : on estime qu'en vingt ans, les sept tomes se sont vendus à plus de vingt millions d'exemplaires. L'un des titres, A Breath of Snow and Ashes, a remporté un prix de lecteurs, le Quill Award, en 2006, face à des titres de George R. R. Martin et de Stephen King. 

Une adaptation en minisérie ou en série sur la chaîne du câble HBO (comme Game of Thrones) est en cours de préparation sous la direction de Ronald D. Moore, à qui l'on doit en particulier la géniale Battlestar Galactica... 

Pour Agnès C., le cycle Outlander est une sorte d' "Angélique version Time Travel". Ce n'est pas faux (l'héroïne va et vient entre l'après-guerre et le 18e siècle écossais). Mais ça n'enlève rien à son charme et ça n'est (à mon avis) pas une comparaison infâmante : les Angélique d'Anne Golon ont eu beau être édulcorés par le cinéma, ils n'en sont pas moins l'un des cycles de romans historiques les plus réussis et les mieux écrits qu'on ait produits en France à la fin du 20e siècle. Je pense qu'ils souffrent du même préjugé (injuste) que celui dont ont souffert Les Hommes en Blanc d'André Soubiran. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de littérature romanesque solide, bien écrite, bien construite, bien documentée. 

Populaire - et donc éminemment respectable. 

A lire également (en anglais) : un entretien très détaillé entre Agnès Caubet et Séverine Olivier, professeur de littérature (auteur de Le roman sentimental. Productions contemporaines et pratiques de lecture) et publié par le très sérieux Journal of Popular Romance Studies 


Allez, élargissez vos horizons... 

MW 

13 commentaires:

  1. En tant que bibliothécaire, j'avoue que j'ai des préjugés sur ce genre de littérature... même si nos vraies bêtes noires s'appellent Musso et Lévy, et non Harlequin ! Mais je crois que c'est - une fois de plus - spécifiquement français, ce snobisme littéraire... en tout cas, j'ai récemment lu une romance historique gay (un genre très spécifique pour le coup) qui m'a complètement enchantée par son maniement magistral et hautement réjouissant des stéréotypes : Gaywyck de Vincent Virga (pas traduit, à lire en VO).
    Merci pour ces articles en tout cas !

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    1. Je ne comprends pas pourquoi Musso et Levy sont qualifiés de "bêtes noires"... ils sont lus, ils font marcher le commerce, tout le monde est content, non ?... Je ne sais pas si le snobisme littéraire est typiquement français, ou pas, par contre, les étrangers ont bien et rapidement compris qu'il y avait un monstrueux marché commercial auprès de la romance et ils s'en sont saisis, et j'approuve. Il est trop important que les gens sachent et aiment lire, simplement pour qu'à leur tour, ils n'oublient pas il est important de savoir écrire et parler.

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  2. Ado, je me suis délectée des Delly, Claude Virmonne et Max du Veuzit du grenier de ma grand-mère et je les relis toujours avec plaisir et avec le sourire...
    Je me suis souvent demandé s'il y avait des contemporains qui écrivent une littérature "romantique" de qualité, j'ai enfin un début de réponse :-)
    Merci!

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  3. Ah, les littératures de genre !
    Je suis chargé d'une collection de polars & romans noirs pour un éditeur numérique, et même si les mentalités ont sans doute davantage évolué que pour la romance, on est encore fréquemment confronté à l'idée que le policier n'est pas de la littérature.
    Le numérique, d'ailleurs, est dans une situation similaire à la littérature de genre. Combien de fois les lecteurs numériques sont pris à partie par des ayatollah du papier qui déclarent que les premiers ne sont pas de vrais lecteurs... parce qu'ils ne peuvent pas sentir le papier sous leurs doigts, sniffer l'encre, etc.
    Personnellement, je pense que l'important, c'est de LIRE. Peu importe le genre, peu importe support.

    PS : à ce sujet, la romance profite beaucoup du numérique, c'est un genre qui se vend très bien sur ce support.

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    1. EN effet! Le numérique va sans doute faire exploser ces genres et c'est la base du succés de "Fifty shades of Grey" et suites... La raison pour laquelle je ne l'ai pas encore lu ni des Romances non plus est moins dù au snobisme (mais oui je le suis un peu...) qu'au fait que je n'ai déjà pas assez de temps pour lire les livres qui me tentent vraiment pour passer du temps en compagnie de livres 'mineurs'. C'est vrai que le kindle me permet de "tester" avant de lire et donc je m'autoriserai peut-être parfois des incursions dans des genres autres que la Litérature, la Poésie et les Essais qui sont mes nourritures de prédilection...

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  4. Cent pour cent d'accord avec vous, Jean-Basile. L'important c'est de lire. Et de lire ce qu'on aime... et d'oser ce qu'on ne connaît pas. Quant au numérique : je pense que je ne me serais pas penché sur la Romance contemporaine si je n'avais pas mon Kindle : la perspective de pouvoir stocker du texte sans accumuler du papier est libératrice...

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  5. C'est rafraîchissant, ça fait du bien, un peu d'ouverture d'esprit ! Je suis une dévoreuse : depuis 50 ans que je sais lire, je lis tous les jours de ma vie, je pense qu'à ce stade-là, on peut parler d'une addiction... Je me souviens d'un court voyage en Floride pendant lequel j'avais complètement oublié d'emmener un bouquin... Eh bien, j'ai parfait mon anglais scolaire en parcourant pendant des heures le bottin des pages jaunes d'Orlando ! (beaucoup, beaucoup de gérontologues et d’orthodontistes ;-))

    J'ai toujours eu des notes pharamineuses en français, ce qui m'a énormément aidée à me sentir à l'aise avec, par moments, les auteurs méprisés par mes profs de français, comme les "Sylvie" de René Philippe, des éditions Marabout ou les histoires de médecins exceptionnels de Cronin. Plus tard, je n'ai eu aucun souci à montrer les couvertures de mes San-Antonio dans le train ou une salle d'attente et maintenant, à 55 ans, j'ai investi dans une liseuse électronique et je suis ravie de mon achat : depuis 8 mois, je me balade avec une PAL d'une trentaine de bouquins qui prennent à peine la place d'un Poche et je n'ai trouvé AUCUNE différence dans la sensation de lecture entre ma tablette et le papier... Pourtant, je déteste lire longuement sur un écran, quel qu'il soit d'autre...

    Donc, je n'ai jamais vraiment eu de souci avec tout ça, mais qu'est-ce que je suis ravie qu'on en parle et avec autant de pertinence et à cet endroit !

    J'ai bien fait de passer : c'est rafraîchissant, ça fait du bien.

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    1. Vous avez bien fait de passer, et on espère que vous repasserez régulièrement !!!

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  6. Je hais les Harlequin et les San Antonio.
    Une semaine dans un gite, j'avais perdu ma valise, et bref, je ne pouvais lire que les livres du gite ou le magazines achetés.
    J'ai donc essayé, et ceux que j'ai lus (je ne sais plus lesquels), je n'ai pas pu les finir tellement les bras m'en sont tombés.
    Ni rafraichissant, ni ...rien. Du vide, voila le sentiment que j'en ai eu.
    Rentrée chez moi, je me suis précipitée sur les nouvelles de Maupassant, et là, je me suis sentie revivre.
    Le romantisme n'est définitivement pas pour moi, que ce soit en film ou en livre (ou dans la vie d'ailleurs). Je suis ainsi faite.
    Ce n'est que mon humble avis.

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  7. Merci pour cet article documenté et intelligent ! Je n'ai certes pas honte de lire de la romance, mais les clichés ont effectivement la vie dure.
    Juste une précision : il me semble, sans en être absolument certaine, que J'ai lu fonctionne de la même manière que Harlequin en termes de retours/pilon. Les bouquins sont chassés des rayons par les nouveautés - deux fois par mois donc. Il arrive qu'il en reste des plus anciens, mais c'est plus du hasard qu'autre chose. Les retours sont pilonés, c'est bien pour ça que les rééditions des "classiques" sont réclamées à corps et à cri :)
    Quant à vous, M. Winckler, vous m'êtes décidément fort sympathique !

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  8. Une historie d’amour qui finit bien ? Mauvais genre ! Oui depuis le XXe siècle, parce que c'était un genre respecté, avant.
    C'est la définition des romans de Jane Austen, et puisque elle écrivait au XIXème siècle on ne peut pas en dire du mal !
    Bref, j'adore Jane Austen, surtout les deux déclarations d'amour dans Orgueil et Préjugé...
    En fait le plus de Jane Austen c'est surtout son humour exceptionnel. C'est merveilleux quand il y a de l'amour et de l'humour et qu'ils se complètent.

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  9. Les romans sentimentaux, j'adore ! Je suis auteur, et c'est justement cette mauvaise réputation qui m'empêchait de sauter le pas, d'en écrire à mon tour alors que je mourrais d'envie de le faire depuis bien longtemps... Et puis je me suis lancée, et je ne le regrette pas ! C'est vrai que ces a-priori n'ont plus cours : la romance littéraire a bien évolué de nos jours, c'est un genre à part entière qui a souffert de trop de mépris. Vivent les romans sentimentaux !

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  10. Bonjour Agnès C. et les lectrices de son blog,
    Vous avez 45 ans, j'en aurai 44 dans un mois. Lorsque vous aviez 12-13 (peut-être avant), en plus des Harlequin de votre Maman, ne lisiez-vous pas une collection de romans pour jeunes filles avec des couvertures très années 80 dont je recherche désespérément quel éditeur a pu la lancer ? Il s'agissait de traduction, j'en suis à peu près certaine car les héroïnes s'appelaient Jennifer et leurs amoureux John ou Ted. Si cela vous dit quelque chose... Il doit s'agir des toutes premières collections romantiques lancées sur le marché français à destination des jeunes filles en fleur...
    Merci d'avance

    Martine

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