samedi 16 juillet 2011

"Lulu, petit roi des forains" - par Sophie A. (Exercice n°18)

Lulu, petit roi des forains.... et pierre angulaire d'une bibliothèque


Le premier livre lu dans le silence et la solitude est « Lulu, petit roi des forains » de T. Trilby. Puis ensuite, il y a eu « Poil de carotte », « Rémi sans famille », « Un sac de billes », « Le tour de France par deux enfants ». En passant par la comtesse de Ségur, « Les contes du Chat Perché » et ceux de la Rue Mouffetard, pour finir, au seuil de l’adolescence, par « Vipère au poing ». Des livres que je relis souvent, des livres qui ont parlé de moi bien plus que mes parents l’ont fait. Des livres qui me délivrent une enfance perdue dans un monde d’adulte. 
Ces livres de mon enfance constituent le premier rayonnage de ma bibliothèque. En bas, tout en bas. Se sont superposés, comme des strates de sédiments, « Les mots » de Sartre , « Mémoire d’une jeune fille rangée » de Beauvoir, Zola et Flaubert à la même époque, puis sont venus Belleto, Echenoz, Duras, Jean-Philippe Toussaint, Annie Ernaux, Modiano, Jean-Paul Dubois, Ravalec, Benaquista, Winckler, Camus, Ian McInerney, Bukowsky, Fante, Fizgerald, Murakami, Anne Philippe et tant d’autres qu’il faudrait penser sérieusement à trouver un appartement avec un plafond plus haut. Une bibliothèque comme une vie qui se compte en milliers – millions ? – de mots lus, discutés, appréciés, soulignés, rayés. Elle n’aurait pas tenu sans ces livres d’enfance cette tour qui n’a rien à voir avec l’ivoire, mais plutôt l’or des heures, des journées, des mois et même des années de  lecture, dans un monde ailleurs. Une vie de lectrice qui ressemble curieusement à ma vie. Une bibliothèque comme un autoportrait. Sans ce premier livre marquant tout s’écroulerait pourtant.
Je ne parle pas des livres qui vous tombent sous la main chez le libraire ou qui sortent d'un papier cadeau, je parle des livres qu'il faut vivre pour pouvoir les comprendre, les aimer et ne pas les oublier. Lire pour pouvoir vivre, les livres d'enfance c'est exactement ça. « Lulu petit roi des forains »,  un enfant abandonné dans une grande fête foraine et qui s'en sortira.

2 commentaires:

  1. Je ne peux pas laisser un texte aussi chouette sans commentaire ! "...je parle des livres qu'il faut vivre pour pouvoir les comprendre..." oui, bien sûr... et le réveil quand on en sort alors qu'on était si bien dedans, c'est parfois comme une petite mort... Merci pour ce beau texte !

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  2. @christina : merci pour votre commentaire. j'ai beaucoup aimé votre texte beau et juste, et surtout juste donc beau.

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