lundi 25 octobre 2010

Débuts de romans, 7 - par Lyjazz (Exercice n°15)

1- Je suis Antoinette. Je vais à un rendez vous. Nous sommes dimanche et malgré le calme des rues je me dépêche. Mon ami m’attend pour notre cérémonie hebdomadaire. Je sors du cinéma et j’ai encore le ticket dans la poche de ma veste. J’aime bi en les garder. Selon la saison, et les vêtements que je ressors du placard, je retrouve la trace et le souvenir de ce que j’ai vu les mois précédents. Ça me fait un bien fou. Ça m’aide à me retrouver dans ce cocon si protecteur du cinéma, même à distance. J’ai besoin de penser à ces vies rêvées, à ces mondes de fiction pour me sentir exister, de pouvoir les évoquer des mois après. Comme j’ai besoin de me sentir utile dans ce monde hostile et inhumain. Avec mon ami nous devons aller trier des kilos de nourriture (farine, riz, pâtes, sucre, confitures, etc) que l’on a reçu, pour fixer les menus de la Soupe de Nuit qui commence demain. Je lève la tête comme à chaque fois que je passe devant ce gratte-ciel aux reflets bleutés, tout vitré. J’ai cru voir un chat passer devant une fenêtre, vers le 5ème. Pourtant, je croyais que c’était uniquement un immeuble de bureaux… Pendant que j’ai les yeux au ciel je sens un homme qui me frôle, vite, il est en rollers.

 2- Tu regardes la scène de ta fenêtre. Tu sais que tu vas mourir et tu ne peux t’empêcher d’observer et de penser. Des gratte-ciel partout alentours tu ne vois que le gris sale sur les murs et les surfaces vitrées. Tu sens la saleté de la ville. Tu es imprégné de cette odeur qui veut dire la solitude dont tu crèves, au figuré pour l’instant. Ça te creuse au fond. Même si ta sœur est venue t’apporter un paquet de farine, en proposant de faire des crêpes. Tu as dit merci d’un air éteint, elle a dit qu’elle allait retrouver son chat. Tu ne sais même pas si tu l’as regardée. Tu la connais tellement. Tiens, elle a laissé un ticket de cinéma sur la table….

 3- Il va voir sa maîtresse. En chemin il pense à toutes celles qu’il n’a pas eues. Fernande l’hottentote qui le mettait en transe mais le paralysait. Herculine la callipyge au cœur gros comme ça mais à la gouaille infernale. Rosalba la douce qui mouillait tellement que son siège était humide et luisant comme après le passage d’un escargot. Luisita la rigolote qui allait danser en robe et fesses nues les soirs où son mari regardait son feuilleton préféré. Antoinette la prude capable de vous foutre la main dans le caleçon sous la table, sans changer son expression, tout en vous demandant des nouvelles de votre famille. Et puis aussi celle qu’il n’a pas vue, et qui doit avoir des caractéristiques elle aussi, non ? C’est que dans ces décors de cinéma c’est très facile de se croiser sans se voir…. Bon, ce n’est que partie (fine) remise. Oui, il est acteur de films X, un gars dont la bite en béton est le gagne pain le plus jouissif qui soit. Pourtant sa vie est tout à fait normale : il a un chat, il habite une petite maison devant un gratte-ciel, il achète son kilo de farine à la supérette du coin, il laisse trainer ses tickets de cinéma dans un vide poche à l’entrée.

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