dimanche 30 août 2009

"Autorité"

Libé m'a demandé d'écrire "ma semaine" pour la publier dans le numéro de ce jour, 29 août 2009. Evidemment, le texte n'est accessible que dans la version papier, alors je ne sais pas de quoi il a l'air (ni s'ils y ont fait des ajustements ou des coupes). Bien que le papier paraisse le lendemain de la sortie officielle du Choeur des femmes je ne parle pas du bouquin dans le papier. J'aurais peut-être dû, mais j'ai toujours trouvé immodeste de parler de mes livres (comme s'il s'agissait de "hauts faits") quand on ne m'a pas posé de questions. C'est sans doute pour ça que je n'ai pas fait de blog littéraire jusqu'ici. Ce soir, j'avais à dîner mon neveu (le fils de mon frère) qui vient étudier à McGill, l'université anglophone de Montréal. Il a fait ses études en Angleterre et en Australie et m'expliquait qu'il avait suivi les cours de spécialistes mondiaux de certains sujets de relations internationales. Et que ces profs disaient aux étudiants : "Lisez tel ou tel de mes livres/articles."

Ca m'a rappelé que je dois assurer un enseignement pendant 15 semaines cet automne (à partir du 17 septembre) et aussi assurer un cours d'éthique de trois heures dans le cadre de l'enseignement de Daniel Weinstock, le directeur du CREUM où je suis chercheur actuellement.
Daniel m'a dit : "Si tu veux leur donner à lire des extraits de tes livres, n'hésite pas."

Et ce soir, je me suis dit qu'il fallait peut-être que j'admette, dans une certaine mesure, d'être devenu, que je le veuille ou non, une sorte de "spécialiste" de la relation de soins et de son éthique, au travers de mon travail d'écrivain. C'est étrange parce que je n'ai jamais vu mes romans comme un travail de recherche scientifique - plutôt comme un travail de composition artistique - mais d'un autre côté, il ne viendrait à personne l'idée de dire qu'une production artistique n'a pas de valeur pédagogique ou morale...

C'est drôle comme on est compartimenté, finalement. Mais en ce qui me concerne, cette pudeur à ne pas mettre mes textes en avant comme étant ceux d'un "expert", d'une "autorité" ne relève pas d'une sorte de fausse modestie, mais de la peur d'être perçu comme un usurpateur, quelqu'un qui est indigne de ce qu'il prétend être.
Je me demande d'où ça vient, mais ça vient de loin.
Longtemps, après même avoir été "reconnu" par le lectorat de la Maladie de Sachs, j'ai eu du mal à dire que j'étais écrivain.

En fait, je pense que pour pouvoir dire ce genre de chose, il ne faut pas que j'ai le sentiment d'être une "autorité", mais celui d'y être "autorisé". Et stricto sensu, l'autorisation ne peut venir que des lecteurs...


6 commentaires:

  1. Mais bien sûr que vous pouvez! Vos romans, au même titre que vos écrits scientifiques ont toute légitimité! D'ailleurs, quand je vais aller dans 3 jours à mon RDV au Planning (la peur au ventre, vu comment se sont passées les consultations chez mon ex-gynéco), je garderai à l'esprit non seulement Contraceptions mode d'emploi et Choisir sa contraception (pour asseoir mes arguments), mais aussi le Choeur des Femmes (pour avoir un repère quant à ce à quoi doit ressembler une consultation digne de ce nom)!
    Gardez cette modestie qui vous honore, mais n'occultez pas votre légitimité à défendre ce thème si important!

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  2. En ce qui concerne la transmission de l'Ethique, je demande -avec plus ou moins de succès car je n'impose pas- à mes stagiaires en orthophonie de lire la Maladie ; pour une bonne raison, qui illustrera pourquoi la littérature remplit ce rôle à juste titre par rapport aux publications "scientifiques" : l'Ethique n'a de sens qu'au sein d'une histoire, et vous transmettez toujours me semble-t-il qu'il n'y a pas de réponses toutes faites, qu'il faut écouter, tenter de mettre les préjugés au porte-manteau, et surtout respecter. On apprend cela mieux en entendant vos histoires, et en ayant le même parcours que Jean, qu'en lisant des publis...
    J'aimerais bien assister à vos cours...
    Perrine REINISCH

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  3. Et moi j'aimerais bien pouvoir lire "Gribouillis". On peut se faire inviter ?

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  4. Sacrebleu ! Comme on dit chez vous !!!
    Vous avez vite trouvé...

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  5. Ayé, c'est fait, zêtes invité !

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