jeudi 15 décembre 2022

"Lequel de vos livres me recommandez-vous ? "

(Autun, juillet 2018) 


Il m'arrive régulièrement, comme à beaucoup d'autrices, de signer dans des librairies. Souvent, c'est après une rencontre. Parfois, entre deux lectrices qui ont eu vent de ma présence et avec qui je bavarde, je vois s'approcher une personne qui ne me connaît pas, ou qui a (vaguement) entendu parler d'un de mes livres. Et parfois, la conversation l'a intriguée, elle veut en savoir plus. Et la question qui lui vient, souvent, est la suivante : "Je n'ai encore rien lu de vous. Lequel de vos livres me recommandez-vous ?" 

Pendant longtemps, j'ai réagi en disant quelque chose comme : "Je les aime tous mais... qu'est-ce que vous aimez lire ?" et en leur décrivant rapidement l'histoire de chaque roman posé sur la table. 

Il y a quelques jours, j'ai reçu deux messages à quelques heures d'intervalle. L'un me disait : "Je désire offrir Le Choeur des femmes à ma fille qui a treize ans. Pensez-vous qu'elle puisse le lire, et voulez-vous lui faire une dédicace ?" 

J'ai répondu oui aux deux questions et j'ai confectionné une dédicace sur un marque-pages, que j'ai glissé dans une enveloppe et lui ai envoyée. (Oui, il m'arrive de faire ça...) 



Le second message disait : "Je voudrais offrir l'un de vos livres à une de mes amies, mais comme je les aime tous, je ne sais pas lequel choisir. Que me conseillez-vous ?" 

J'ai longuement réfléchi, et je lui ai répondu ceci : 

"Vous seriez en droit de lui offrir n'importe lequel de mes livres qui vous ont plu et que vous aimeriez partager. Et je suis sûre que votre choix serait parfait pour elle. 

Mais puisque vous me demandez mon avis, le voici : offrez-lui celui qui vient de paraître, Franz en Amérique. J'ai passé deux ans à l'écrire, il m'est très cher et je suis triste que ce livre passe inaperçu. Il aborde tous les thèmes que j'ai abordés dans les précédents, et bien d'autres. Et j'ai beaucoup travaillé pour en faire à la fois un roman d'aventures, un roman d'amour, un roman d'initiation, un roman historique, un récit de voyage et quelques autres trucs encore. C'est un gros livre, mais d'après ce que ses premières lectrices m'ont dit, on ne s'y ennuie pas et on n'a pas envie de le terminer.  Et il est relié (par les personnages, la ville, la narration) à plusieurs de mes autres romans. Si votre amie l'aime, j'espère qu'elle aura envie d'en lire d'autres. (Et si vous voulez pour elle une dédicace à insérer dans le bouquin, je vous l'enverrai volontiers.) 

Ce qui est valable pour moi l'est tout autant pour les autres écrivantes. 

Il y a beaucoup de raisons d'offrir le dernier livre en date d'une autrice. D'abord, celles que j'ai énoncées ci-dessus : on vient de travailler très fort à écrire un livre dans lequel on a beaucoup mis de soi. On a envie de le partager avec le plus grand nombre de personnes possible. Mais si l'on n'est pas l'une des habituées de la rentrée littéraire, ou abonnée aux gros tirages, il y a peu de chances que la presse parle de notre livre. Sa vie dépend alors de deux groupes de personnes : les libraires et les lectrices. Ce sont elles qui le font circuler. 

Il y a une autre raison, qui n'est pas anecdotique.

Un jour, un journaliste et critique français demandait au cinéaste John Ford si pour lui tourner des films était une activité artistique ou commerciale. Et Ford a répondu : "Je ne sais pas si mes films sont artistiques, mais j'espère que le public ira les voir. Parce que c'est le public du dernier film en date qui permet au suivant de se tourner." 

En ce qui me concerne, je n'écris pas pour qu'on parle de moi dans les journaux ou qu'on me montre à la télé. J'ai eu la chance que ça m'arrive, et j'en suis reconnaissant aux personnes qui l'ont favorisé, mais ce n'est pas pour ça que j'écris. J'écris pour trois raisons : pour exprimer ce que je pense et ressens ; pour partager ce que je sais ou crois savoir ; pour gagner ma vie et écrire le livre suivant. Et c'est le cas de l'immense majorité des personnes qui écrivent. 

A un journaliste qui lui demandait s'il publiait pour la postérité, Paul Otchakovsky-Laurens, à qui je dois d'être devenu un écrivain publié, répondait en substance : "Je me fous de la postérité. Je publie des livres aujourd'hui pour que les écrivains rencontrent leur public aujourd'hui. La postérité, ça ne nourrit personne." 

Alors, c'est important pour une autrice, que le public s'intéresse à son dernier livre en date. (Même s'il n'est pas interdit de (s)'offrir les livres précédents...) 

Donc, si vous avez envie d'offrir le livre d'une de vos autrices préférées à une amie, offrez lui son dernier livre en date. Les fêtes approchent, et si vous en avez les moyens, c'est un plus beau cadeau qu'un livre de poche. 

Certes, c'est un risque : vous ne l'avez peut être pas lu, ou vous ne savez pas s'il lui plaira. Mais la vie c'est risqué. Mais si vous aimez cette autrice, faites-lui confiance, et donnez sa chance à son dernier livre en date. Et donnez à vos amies la chance de découvrir un livre tout neuf, un pays encore inexploré. 

Bonne fin d'année, et bonne année nouvelle à toutes et à tous. 

Et bonnes lectures. 

Martin Winckler



Si vous voulez en savoir plus sur Franz en Amérique, cliquez ici. 



mardi 8 novembre 2022

Ce qu'on vaut et ce qu'on reçoit - par Mar(c)tin W.





 

A Baptiste B., qui sait ça mieux que personne. 


Le mois dernier, j'ai passé trois semaines à "tourner" dans une douzaine de villes et de librairies pour présenter Franz en Amérique. A présent (nous sommes le 8 novembre 2022) je suis de retour chez moi et, comme chaque fois, je me sens un peu abattu. 

C'est bien naturel : une tournée de librairies est à la fois fatigante et excitante. D'abord parce que je profite de mon passage pour revoir des ami.e.s. Ensuite parce que je rencontre toujours des personnes épatantes : les libraires qui m'invitent et me reçoivent ; les lectrices qui viennent me faire signer des livres - pas toujours celui qui vient de sortir, souvent un livre précédent qui les a beaucoup marquées ; et parmi elles, certains viennent me confier quelque chose de très personnel, qui a été réveillé ou parfois apaisé par la lecture d'un de mes bouquins. 

Pendant trois semaines, je n'ai pas beaucoup dormi. Non parce que je me suis couché tard, mais parce qu'après les signatures - et parfois un souper avec des amis ou avec mes hôtes libraires - je n'avais pas envie de dormir et j'en ai reculé le moment en écrivant, en lisant ou en regardant des téléséries jusqu'à pas d'heure. Il faut dire que j'ai aussi participé à plusieurs rencontres avec des étudiantes (en santé, mais pas seulement) - et que tout ce qu'elles avaient à dire était passionnant et stimulant et avait de quoi me garder éveillé. 

Cela fait une semaine que je suis rentré, et à chaque retour succède une période de flottement. Comme ma blonde et moi vivons depuis un an dans une maison qui n'est pas toute neuve et dans laquelle il y a toujours quelque chose à faire, j'ai de quoi m'occuper. Et ça me change les idées. 

Faire une tournée, c'est un peu sortir du monde même si pour moi c'est toujours rencontrer un monde différent : je suis un homebody, quelqu'un qui aime rester chez lui. Si je n'avais pas un chien à promener tous les jours, je pourrais ne pas sortir de chez moi pendant plusieurs jours d'affilée, sans que ça me manque. J'ai toujours été comme ça. 

Mais quand on va à la rencontre des autres, on passe en quelque sorte d'une bulle à une autre. Une bulle très vaste, certes, mais une bulle tout de même : une suite de lieux privilégiés. Les personnes qui viennent à ma rencontre sont heureuses de me rencontrer, et je peux compter sur les doigts d'une main les rares occasions, depuis vingt ans, où j'ai fait une rencontre "désagréable" (et encore, c'était très passager). Le mois dernier, je n'ai rencontré que du bonheur : beaucoup de surprises, beaucoup de moments très émouvants, beaucoup de joie. J'en éprouve encore une grande gratitude pour toutes les personnes qui me les ont fait vivre. 

Quand je rentre chez moi, je me retrouve dans le réel. Et le monde réel m'écrase un peu, comme tout le monde. J'entends ce qui se dit sur le réchauffement climatique, la violence policière et les violences contre les femmes, le résultat contesté des élections au Brésil, les incertitudes des élections aux Etats-Unis, les bateaux de réfugiés qui coulent ou qu'aucun pays ne veut laisser aborder, la guerre en Ukraine... Et je mesure ma chance. Et ça m'attriste, et ça me fait honte. 

J'ai honte aussi de mes affres de scribouillard : est-ce que ce livre-ci sera lu ? est-ce que le prochain est suffisamment intéressant pour que j'aie l'audace de l'écrire ? est-ce qu'écrire des livres n'est pas tout à fait vain, au fond, en regard de la violence du monde ?  D'une violence à côté de laquelle les affres d'un scribouillard n'ont pas grande importance... 

Et puis ce matin, je reçois une invitation de P.O.L, qui invite autrices, auteurs et amies à venir boire le champagne rue Saint-André des Arts pour fêter le Prix Médicis reçu par Emmanuelle Bayamack-Tam. 

J'aimerais bien pouvoir me téléporter rue Saint-André des Arts pour boire le champagne avec eux. Mais la technologie de Star Trek n'est pas encore au point dans le monde réel. Tant pis. 

Je suis très, très heureux pour Emmanuelle, pour la maison P.O.L et pour toutes mes camarades. Dans une petite maison, un prix littéraire n'est pas seulement bon pour son autrice, il est bon pour toutes les autrices et auteurs. J'en sais quelque chose. 

Et puis j'ai un faible pour le Médicis : c'est celui qu'ont reçu des autrices, des auteurs et des livres qui m'ont profondément ému : Georges Perec pour La Vie mode d'emploi, Jean-Luc Benoziglio pour Cabinet Portrait, Jean Echenoz pour Cherokee, Marc Cholodenko pour Les Etats du désert, Serge Doubrovsky pour Le Livre brisé, Marie Darrieussecq pour Il faut beaucoup aimer les hommes, Nathalie Azoulai pour Titus n'aimait pas Bérénice, Mathieu Lindon pour Ce qu'aimer veut dire. 

Mais - comme beaucoup d'écrivantes sans doute - je ne peux pas m'empêcher de ressentir un petit pincement d'envie. Recevoir un prix, c'est être "choisi", c'est être "élu". Même quand - comme c'est mon cas - on a déjà reçu un prix important (1), et même si ce prix m'a fait connaître et m'a considérablement aidé à publier les livres qui ont suivi, je n'ai jamais été tout à fait sûr d'être un auteur "légitime" :  j'ai entendu trop de gens dire qu' "un médecin ne peut pas aussi être un bon écrivain" (et que "les romans qui ont un succès populaire sont rarement des romans de grande valeur littéraire") pour ne pas douter, régulièrement, de la valeur de ce que j'écris. En espérant qu'un jour, cette "valeur" sera "reconnue" de manière spectaculaire par le "monde littéraire". 

(Oui, je sais, je sais, c'est un peu immature, mais que voulez vous, quand on est fatigué...) 

Mon sentiment d'illégitimité n'est pas rationnel. C'est une émotion auto-entretenue. Elle ne s'éteint pas avec le temps (ni avec la raison). J'ai appris à vivre avec. Et, dieumerci, même si c'est surtout entre deux bouquins que c'est le plus difficile à vivre et même si je mets toujours un certain temps à la surmonter au début de l'écriture de chaque livre (oui, de chaque livre), elle ne m'empêche pas d'écrire. 

Et puis j'ai de la chance : je suis bien accompagné dans la vie. 

Tout à l'heure, j'ai laissé échapper : 

"Je suis désolé, je pense que je ne recevrai jamais le prix Médicis..." 

Elle a mis ses bras autour de mon cou et elle a murmuré doucement : 

"Oh, Marco, je ne veux pas que tu reçoives un prix. Surtout pas. Ce que je veux, c'est que tu continues à écrire comme tu le fais, et que tu continues à recevoir des lettres de lectrices qui disent qu'un de tes livres a changé leur vie." 

Oui, j'ai beaucoup de chance. Je suis entouré et aimé par une personne qui ne me laisse jamais oublier l'essentiel. 

Et qui, lorsqu'il le faut, me rappelle que ce que je "vaux", j'en  reçois le témoignage chaque jour, dans ma boîte courriel. 

Merci à vous toutes pour cette reconnaissance quotidienne. 


Mar(c)tin W. 

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(1) Le Livre Inter 1998 pour La Maladie de Sachs 

jeudi 15 septembre 2022

Winckler is coming ! Rencontres en Octobre autour de "Franz en Amérique" - Programme définitif

 




A l'occasion de la publication du troisième et dernier volet du cycle commencé dans Abraham et fils et poursuivi dans Les Histoires de Franz, j'étais en France et en Belgique entre le 10 et le 30 octobre pour la sortie de Franz en Amérique (Romances).  

(Si vous voulez en savoir plus, lisez Franz en Amérique - Inventaire d'un roman )


11 octobre : Paris - Librairie Compagnie, rue des écoles, 75005 , 19 heures

14 octobre : Le Havre - Librairie La Galerne, à 18 heures 

17 octobre : Tours 
- en après midi : rencontre avec les étudiant.e.s à la Fac de médecine 

- en soirée : rencontre à la Librairie La Boîte à Livres, 19 heures 

18 octobre : Rennes - Librairie Le Failler - Rencontre au Théâtre de la Parcheminerie à 18 h 

19 octobre :  Saint-Malo - Librairie La Droguerie de marine, 18 heures

20 octobre : Angers
- en après-midi : rencontre avec les étudiant.e.s à la Bibliothèque Universitaire à partir de 14.30 

- en soirée : Librairie Richer 18 heures

21 octobre : Le Mans - Librairie Thuard, 18 heures 

22 octobre : Sablé Sur Sarthe (72) - Librairie L'Ancre des mots, 15 heures

24 octobre : Bruxelles (Belgique) - Librairie Tropismes  19 heures 

26 octobre : Toulouse - Librairie Ombres Blanches - 18.30....
Et j'ai ouï-dire qu'un autre écrivain-médecin serait présent... ! 

27 octobre : Colomiers dans la matinée !- Librairie La Préface 10-12 h 

28 octobre : Pithiviers (45) - Librairie Gibier, signature à partir de 15h et rencontre à 18 h 30 

Merci aux libraires qui m'ont reçu, et merci aux lectrices et lecteurs qui sont venus à ma rencontre 

Mar(c)tin 

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Présentation du livre (quatrième de couverture) 

"Eté 1971. A dix-sept ans, Franz Farkas quitte Tilliers, sa petite ville de France,

pour passer un an à Oakland, dans la baie de San Francisco. 


Accueilli par une famille très atypique, le jeune Franco-Algérien s’immerge dans la Bay Area et découvre ses communautés, ses mouvements et sa diversité, ses films et sa télévision, sa musique et ses chansons, sa culture et sa langue ainsi qu’une autre manière d’apprendre, d’inventer et de s’épanouir. 


Dans l’ombre menaçante de la guerre du Vietnam, il rencontre des féministes radicales, des Black Panthers, des membres de la communauté gaie et lesbienne, des gauchistes poseurs de bombes, des Indiens-Américains récemment chassés d’Alcatraz, des enfants d’immigrants japonais internés pendant la seconde guerre mondiale – et tient un double rôle féminin dans le Musical de sa High School ! 


Et pendant ce temps, dans la France de l’après-de Gaulle...  


Racontées en chœur par celles et ceux qui les ont vécues des deux côtés de l’Atlantique, ces histoires d’hier annoncent l’Histoire d’aujourd’hui."




jeudi 8 septembre 2022

Franz en Amérique - Inventaire d'un roman




À première vue, Franz en Amérique est l'histoire d'un adolescent qui passe une année dans la baie de San Francisco - et, plus précisément, à Oakland - entre l'été 1971 et l'été 1972. 

Mais ce gros roman contient beaucoup d'histoires, racontées par une multitude de voix, des deux côtés de l'Atlantique. Et si les récits centraux se déroulent il y a cinquante ans, beaucoup d'autres choses se passent entre décembre 2020 et le printemps 2022. 

Vous y lirez, entre autres : 





Comment, quand on est militante féministe, il est bon de s'équiper d'une batte de base-ball

Comment quatre personnes d'origines très différentes fondèrent une "commune" familiale

Comment, dans la France des années 1960, on créa des réseaux clandestins d'avortement et d'aide aux femmes victimes de violence 




Comment la guerre d'Indochine donna naissance à la guerre du Vietnam 

Comment on survit à un virus mortel quand on est âgé de 103 ans 

Comment une jeune anglaise tomba amoureuse d'une personne qui n’était (doublement) pas son genre 

Comment le microsillon domina le vingtième siècle 

Comment la France n’a pas « conquis » l’Algérie en 1830

Comment deux étudiants en droit fondèrent le Black Panther Party 

Comment "Ode to Billie Joe" de Bobby Gentry et "Marie-Jeanne" de Joe Dassin parlent du silence des femmes 

Comment au début des années soixante, des étudiant.e.s traversèrent le Sud des Etats-Unis en bus pour défier la ségrégation raciale


Comment des journalistes français interviewaient les dirigeants du Nord-Vietnam après la défaite des États-Unis 

Comment des ambulanciers de 14-18 organisèrent des échanges internationaux en espérant mettre fin à toutes les guerres 

Comment, lorsqu’on est un médecin juif, résoudre des crimes avec l'aide d’un berger allemand 

Comment on compose un Yearbook 

Comment Jules Verne et Victor Hugo sont (ou ne sont pas) des écrivains britanniques 

Comment fonctionnent les Cable Cars de San Francisco 


Comment (ne pas) dormir sur un waterbed

Comment interpréter le rôle de l'héroïne dans le spectacle de fin d’année 

Comment s'initier à la sexualité par les livres   

Comment se lier avec des poseurs/ses de bombe 

Comment métisser Cyrano de Bergerac et Casablanca 

Comment lire entre les lignes 

Comment chanter Un homme et une femme dans les rues d'Oakland, Californie 


Comment parler de racisme dans une sitcom pendant les années 1970

Comment le Golden Gate Bridge est devenu orange

Comment s’en remettre à Tante Yvonne quand on est en retard

Comment on inventa l'aérogramme (et comment s’en servir) 

Comment se faire des amis de toujours à l’autre bout du monde 

Comment "adapter" Louis Armstrong et "corriger" Barbara

Comment certains documentaires parlaient de la vie des femmes en 1970

Comment on tient un journal de grossesse quand on accueille un garçon de dix-sept ans 

Comment les jeunes américains étaient tirés au sort pour aller se faire tuer 

Comment savoir si la salle de bains est libre ou occupée  

Comment lire L'Odyssée selon une perspective féministe 

Comment soigner l'acné d'un adolescent 

Comment cultiver la confusion des genres sur une scène de théâtre  

Comment révéler des secrets de famille sans souffrance 

Comment comprendre des plaisanteries dans une langue qui n'est pas la nôtre 

Comment déjouer la tactique d'un gendarme 

Comment les femmes noires furent longtemps invisibles à la télévision


Comment (bien) se servir des barbituriques et de la péthidine 

Comment faire le salut vulcain 

Comment des chirurgiens français stérilisaient les femmes de la Réunion tandis que les services sociaux "déplaçaient" leurs enfants dans la Creuse

Comment dire Merde! à l'Ordre des médecins et à la Chambre des notaires 

Comment faire taire un homme violent après un avortement clandestin

Comment on se rend de San Francisco à Oakland 


Comment certains primates trouvent des solutions agréables à tous leurs conflits 

Comment dire les choses franchement 

Comment s'est déroulé le Summer of Love 


Comment le FBI assassina un Messie afro-américain 

Comment écrire un roman à partir de souvenirs datant d'un demi-siècle

Comment recueillir et transmettre la mémoire/les histoires des femmes 

Comment une High School à Oakland, Cal., pratiquait déjà la diversité en 1970 

Comment transformer une pièce et un film classiques en comédie musicale

Comment découvrir qu’on est afro-français 

Comment la Californie a amassé plus d'argent qu'avec la ruée vers l'or 

Comment faire la différence entre un chirurgien et une brute en blanc 


Comment la lutte pour les Droits civils était présentée à la télévision française 

Comment savoir si on préfère les garçons ou les filles (ou les deux, ou personne) 

Comment on a retiré la cocaïne du Coca-Cola en 1903 

Comment envoyer paître le secret professionnel pour une très bonne cause 

Comment aménager une garçonnière a une heure de Paris pour y faire des choses innommables 

Comment Jules Verne écrivit ses romans dans un placard 

Comment l'histoire de la plus grande détestation française peut se résumer en trois Charles

Comment retourner au stade de bonobo

Comment écouter les « faces cachées » d’un disque


Comment se retrouver uni.e.s contre l’adversité sans l’avoir fait exprès  

Comment Angela Davis devint une des Most Wanted Criminals du FBI

Comment il est préférable de porter une petite laine en juillet à San Francisco

Comment écouter aux portes sans faire de mal à personne 

Comment être maîtresse de sa vie dans un monde contrôlé par les hommes 

Comment être gay en Californie, et ne pas l'être dans le Wisconsin  

Comment certains cinéastes français représentèrent Jane Fonda et Brigitte Bardot 


Comment le titre de certaines chansons n'annonce pas ce que disent leurs paroles 

Comment on découvrit les deux cent trente-sept (237) raisons des femmes pour faire l'amour 

Comment faire le Tour de la baie de San Francisco en quatre-vingts [mot manquant]... 

Comment maquiller un crime en l'attribuant aux personnes dont on veut se débarrasser 

Comment chanter La Marseillaise quand on la déteste

Comment on parlait des, et on luttait contre, les violences contre les femmes dans les années soixante 

Comment voyager en Traction avant avec un libraire communiste, un curé ouvrier du livre, un médecin et un notaire 

Comment rompre avec l’amour de sa vie comme Humphrey Bogart avec Ingrid Bergman 

Comment concocter un brouet de sorcière au cours d’une réunion tupéroire  

Comment la France plongea la Kabylie dans la misère 

Comment des chansons de Maurice Chevalier, Mireille, Juliette Gréco et Barbara célébrées au vingtième siècle font grincer des dents au vingt-et-unième 


Comment dans les années 70, les comic-books sont devenus woke 

Comment manifester contre la guerre dans le Golden Gate Park  

Comment définir le mot « intersexe » 

Comment se comporter à une veillée funèbre 

Comment explorer ses origines familiales grâce à un centre de documentation scolaire et une bibliothèque municipale 

Comment soigner les morsures infligées à un sale type par un brave chien, sans l'amputer (le type, pas le chien...) 

Comment les barbouzes de De Gaulle surveillaient l'extrême-droite 

Comment la prise d’Alcatraz sauva des Nations de l’ex-Termination  


Comment, quand on enterre le passé, il finit toujours par resurgir

Comment apprendre à parler d’amour au téléphone 

Comment « 1968 » ne signifie pas du tout la même chose des deux côtés de l’Atlantique 

Comment détourner la langue de Molière comme Shakespeare détourna la sienne  

Comment (selon une légende familiale) les Beatles écrivirent « Michelle »

Comment changer les lois en Amérique 

Comment oter les mots de la bouche de Cyrano 

Comment un Comedy Show au rythme effréné tailla un costard à de Gaulle sur un rythme hebdomadaire 

Comment nous sommes tou.te.s des enfants de la guerre 


Comment abolir la suprématie masculine en médecine 

Comment faire de San Francisco la ville la plus gaie des États-Unis  

Comment fredonner du Johnny Cash dans un camion de légumes 

Comment ne pas pousser quelqu’un par la fenêtre alors qu’on en meurt d’envie 

Comment (re)trouver l’amour grâce à « Victur Hiougo » 

Comment Muhammad Ali combattit la guerre du Vietnam 

Comment quitter la scène avec les Monty Python

Comment la vie peut se raconter en chansons 







samedi 18 décembre 2021

Quand les écrivains sont-ils "bons" ? - par Marc Zaffran/Martin Winckler


L'autre jour, je parlais avec une éditrice qui me demandait quelles sont les caractéristiques d'un "bon médecin" et d'un "bon écrivain". 

Je lui ai répondu que le mot "bon" me posait problème. Car si je répondais de but en blanc à cette question, ça voudrait dire que je sais (ce) qui est "bon" et (ce) qui est "mauvais", alors que je sais seulement ce que j'aime et ce que je n'aime pas. 

Comme l'écrivait Roland Barthes "J'aime, je n'aime pas, ça veut seulement dire : Mon corps n'est pas le même que le vôtre." (dans Roland Barthes par Roland Barthes - Seuil, coll. "Ecrivains de toujours")

Cela dit, on me demande aussi souvent quels sont les liens (les ressemblances) entre le soin et l'écriture. Et parce que je connais un peu l'une et l'autre, il me semble qu'il y a surtout des différences concrètes considérables. 

Je m'explique. 

Le soin, ça consiste à faire en sorte qu'une personne aille mieux après vous avoir vu ; ça se fait à deux, par définition. C'est un processus interactif, coopératif, entre deux personnes, parfois plus. Ce n'est pas quelque chose qu'on décide de faire seul.e : il faut que la soignante soit sollicitée par la personne soignée, un membre de la famille ou par les circonstances (en cas d'accident, par exemple). 

On n'impose pas le soin, on le propose et la personne l'accepte ou non. Et c'est elle, en principe, qui y met fin. Pas toujours : le refus de soin est malheureusement fréquent ; tous les jours, des personnes se voient refuser des soins pour des raisons plus lamentables les unes que les autres. Et si je conçois que des soignantes harassées et submergées ne puissent pas soigner tout le monde, je ne comprends pas que certains "professionnels" choisissent sciemment de ne pas soigner - voire de maltraiter des personnes qui ne leur plaisent pas. 

Si l'on veut être sûr.e de soigner, on ne peut pas se passer de ce que les personnes qu'on soigne ont à dire, avant, pendant et après les soins. Ce sont elles, et elles seulement, qui disent si, et comment, elles ont été soignées, et si ces soins les ont soulagées. Toute autre perspective est paternaliste. 

On ne peut pas soigner "juste quand on en a envie" ou "quand ça nous arrange". Dans une certaine mesure, la soignante est au service de la personne soignée, même si elle n'est pas à sa disposition en permanence. La demande de soins porte en elle-même une obligation de moyens. Elle a l'obligation (légale, morale) de mette en oeuvre tout ce qu'elle sait pour délivrer les soins appropriés aux personnes qui les demandent. 

Quand on soigne, les gestes de soins, la relation et l'interaction soignante-soignée se déroulent simultanément. On peut dire, dans une certaine mesure, que tant qu'il y a une relation, les soins se prolongent. Parfois même lorsque la relation n'est plus : je me souviens d'avoir entendu des personnes que mon père avait soignées me dire à quel point, longtemps après sa mort, il était encore présent. 

Bref, les repères et obligations éthiques de la soignante sont présentes à chaque moment du soin parce que précisément, il s'agit d'une relation directe, vivante, qui peut persister après la disparition (ou plus simplement l'éloignement) de la relation, mais qui ne dure pas indéfiniment. 

Ecrire est une activité très différente. On écrit souvent seul. On peut éventuellement travailler avec d'autres écrivantes, mais pas, par définition, avec les personnes qui nous liront. Car, quand on écrit un texte, on ne sait jamais à l'avance, à une poignée d'exceptions près (le compagnon ou la compagne, l'éditrice ou l'éditeur, l'équipe éditoriale, quelques ami.e.s proches), qui le lira. 

Une écrivante n'a pas de relation directe avec ses lectrices. Si relation il y a, elle ne s'établit pas entre la lectrice et l'écrivante, mais entre la lectrice et un ou des textes. Les rencontres, toujours possibles, sont le plus souvent très courtes. Même s'il est aussi possible d'échanger par courrier/l avec l'écrivante, ça reste une relation à distance, qui n'a rien d'obligatoire dans sa réciprocité. Et l'ascendant (?) d'un.e écrivant.e sur les lectrices n'a rien à voir avec celui d'un.e soignant.e sur des personnes qui demandent des soins parce qu'elles souffrent. 

Contrairement au soin - dont on peut vérifier l'efficacité ou les insuffisances en même temps qu'on le délivre, en posant la question à la personne concernée - il n'est pas possible d'apprécier les effets de l'écriture pendant qu'on écrit. Il y a aussi de grandes différences dans la manière dont le soin et l'écrit sont reçus. La personne soignée peut interrompre un geste de soin en disant : "Vous me faites mal" et l'amener à changer de procédure. La lectrice peut cesser de lire un texte mais ne peut pas conduire l'écrivante à le changer. (Il arrive que des auteurs ou autrices récrivent un livre longtemps après sa publication, pour une édition nouvelle, mais en dehors des livres scientifiques ou factuels, ce n'est pas fréquent.) 

Une fois que le texte est public, ses effets dépendent exclusivement des perceptions qu'en ont les lectrices. Et ces effets peuvent être ressentis longtemps après, bien au-delà de a durée de vie de l'autrice ou des premières lectrices : il se vend plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires de L'Ecume des jours ou des Aventures de Sherlock Holmes chaque année... L'empreinte d'un livre est plus durable que celle de n'importe quelle soignante.

Une soignante ne touche qu'une personne à la fois. Une écrivante peut en toucher un très grand nombre. S'il s'agit d'une centaine de personnes, c'est déjà énorme. Au-delà, ça devient difficile à appréhender, d'autant que toutes les lectrices ne s'expriment pas. Les effets d'un texte sont aussi nombreux que ses lectrices. Sans doute beaucoup plus que les effets d'un soin. 

Dernière différence, qui n'est pas négligeable : on demande des soins parce qu'on cherche un soulagement ; on lit parce qu'on cherche plutôt du plaisir, au sens large. 

Malgré toutes ces différences, s'il existe des ressemblances entre l'une et l'autre, c'est à mon sens dans la posture éthique des personnes qui les pratiquent. Il me semble en effet que les écrivantes ont, comme les soignantes, des obligations : je ne pense pas que, sous prétexte d'être "des artistes", les écrivantes peuvent se contenter d'écrire ce qu'elles veulent en disant : "C'est de l'art, je suis libre de faire ce que je veux." 

Ici, je ne parle pas des situations, des pays dans lesquels des artistes s'opposent au pouvoir et parfois y perdent la vie ou la liberté. S'opposer à un pouvoir oppresseur n'est d'ailleurs pas l'apanage des artistes. Et ce n'est pas leur situation/statut d'artiste qui compte, mais la position qu'iels prennent face au pouvoir. En cela, une artiste qui s'oppose à un pouvoir n'est pas plus "admirable" qu'une opposante qui n'est pas artiste. Elle est simplement (parfois) un peu plus audible. 

L'écrivante qui a la chance (et le privilège) d'être lu.e dans un pays où les artistes ne sont pas harcelées ou muselées (en tout cas, pas systématiquement) a des responsabilités envers les lectrices. Car ce qu'elle écrit a un poids. Et plus elle est lue, plus ce poids est grand. 

Cela lui impose (ou devrait lui imposer) d'user de son influence à bon escient. Et par "bon" j'entends "avoir des effets bénéfiques pour le plus grand nombre". Des effets qui contribuent à réduire la souffrance collective, et contribuent à plus de justice. 

J'ai pris conscience de ça quand j'ai été chroniqueur à France Inter en 2002-2003. Des auditeurs et auditrices m'écrivaient, parfois fâché.es par ce que j'avais raconté à l'antenne, en me disant "Vous avez un pouvoir". Au début, je ne comprenais pas. Je me voyais seulement comme un chroniqueur parmi d'autres, une voix individuelle qui racontait de petites histoires,  mais je n'avait pas le sentiment d'avoir le moindre "pouvoir". Au fil de l'année, j'ai compris que ce qui comptait n'était pas le "pouvoir" matériel, mais l'influence - au sens où aujourd'hui on parle d' "influenceurs" sur les réseaux sociaux. J'étais, à ma toute petite échelle, une voix qui avait un poids et les auditrices me le signifiaient tous les jours par courriel (ou en appelant le standard). Parce que j'ai pris conscience de cela,  j'en ai usé... et la rédaction de France Inter a fini par me trouver lourd. 😊

Si elles aiment nos textes, les personnes qui nous lisent nous accordent non seulement de la confiance, mais aussi du crédit. Elles reçoivent nos idées, et ces idées les influencent plus ou moins. (Certes, elles peuvent aussi y réagir de manière très négative et nous le faire savoir - comme les réseaux sociaux le permettent - via des messages courroucés.) 

La réflexion éthique de l'écrivant.e devrait découler de cette possible influence : si ce que j'écris à un poids, alors je suis responsable de ce que j'écris. Je ne peux pas demander aux lectrices de ne pas tenir compte de ce qu'elles ont lu. (Je peux cesser d'écrire, ça ne fait pas disparaître ce qui est public a déjà été lu...). Je peux seulement être conscient de ce qui guide mon texte. 

Et je sais que les mots peuvent faire du mal ou faire du bien. 

L'éthique de l'écrivante se décline au fond comme l'éthique de la soignante : chaque écrivante se demande peu ou prou : "Mes textes sont-ils "bons" parce que je suis une personne "bonne"  (éthique de la vertu), parce que je suis les "bonnes règles d'écriture" (éthique déontologique) ou parce que mes mots ont des effets bénéfiques sur les personnes qui les lisent (éthique conséquentialiste)" ? 

J'ai opté pour la troisième réponse. 

Je ne peux pas anticiper les réactions des lectrices à mes textes, mais je peux certainement toujours me demander si mes mots leur feront du bien. 

Et pour en revenir à ce qui a motivé cette réflexion, je ne sais pas ce que sont un "bon médecin" et un "bon écrivain". 

Ce qui m'importe, au fond, c'est le bien que font les soignantes, le bien que font les écrivantes.  

Et le souci de l'autre que je sens dans leurs gestes, que je lis dans leurs mots. 

Mar(c)tin 

 



jeudi 23 septembre 2021

Le vaccin, le masque, la conduite automobile et le grille-pains - par Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)


Hier, je discutais avec ma fille aînée qui me demandait : "Que répondrais-tu à une personne qui ne veut pas se faire vacciner en arguant que c'est sa liberté et qu'elle fait ce qu'elle veut de son corps".  Un de ses frères m'avait posé récemment la même question. 

Je lui ai répondu brièvement mais ça m'a donné envie de détailler ma réponse ici, au cas où vous auriez affaire à des personnes qui tiennent le même discours (et qui n'ont pas de raison médicale de ne pas se faire vacciner). 

*****


D'abord un avertissement : ce texte est destiné aux personnes qui acceptent :  

- que la Covid-19 est une maladie infectieuse 

- que les masques diminuent la propagation du virus, lequel est transmis par la respiration. 

- que la maladie peut être prévenue par la vaccination

- que les vaccins existants sont efficaces (même s'ils ne le sont pas à 100% et même s'ils ont des effets indésirables, ce qui est le cas de TOUS les vaccins) 

- que la vaccination est moins dangereuse que le virus. 

Si vous doutez le moindrement de ce qui précède, ne lisez pas ce texte, il risque de vous faire tousser.  

*****

La liberté des individus est inaliénable, et c'est parce que je tiens à cette valeur que je défends (par exemple) la liberté absolue des femmes de faire ce qu'elles veulent de leur corps et de ce qui s'y passe (une grossesse, par exemple), mais aussi la liberté absolue de tout individu de mettre fin à ses jours de la manière la moins violente possible, avec l'aide de soignantes compétentes. 

De même, je refuse d'imposer une vaccination à qui que ce soit. Si une personne redoute de se faire vacciner, c'est son droit de refuser, comme de refuser n'importe quel traitement. 

MAIS. Ma liberté, comme dit le proverbe, s'arrête où commence celle des autres. 

Etre favorable à la liberté d'avorter, ça n'autorise pas à imposer l'avortement à toutes les femmes. De même, refuser d'avorter, ça n'autorise pas à le refuser aux autres. 

Etre favorable à l'aide médicale à mourir, ça ne veut pas dire imposer à toute personne de plus de 75 ans de mourir. (Par exemple). Refuser d'y recourir, ça n'autorise pas à le refuser aux autres. 

C'est simple : ma liberté d'accepter ou refuser quelque chose ne m'autorise pas à l'interdire aux autres. 

Par extension, ma liberté est incompatible avec la mise en danger des autres. Quand je me vaccine (en prenant le risque, limité mais non nul, de subir un effet indésirable du vaccin) je ne mets pas les autres en danger. Ca ne concerne que moi. (Tout comme quand je décide d'escalader une paroi à mains nues ou de traverser l'Atlantique à la nage...)  

Etre libre de faire ce qu'on veut de son corps, ça n'est pas être libre de faire ce qu'on veut avec le corps ou la santé d'autrui. Et il me semble qu'on peut trouver une analogie très simple dans la conduite en voiture.

Quand nous montons dans une voiture, on attend de nous (en dehors d'avoir appris et obtenu son permis), de respecter le code de la route (limitations de vitesse, feux de signalisation, conduite à droite en Europe, etc.) et de ne pas adopter de comportement dangereux. Il y a trois comportements dangereux qui me semblent assez clairs : boire de l'alcool avant de prendre le volant ; refuser d'attacher sa ceinture et ne pas demander (voire interdire) aux autres passagers de le faire ; conduire en dépassant la vitesse limite. 

Chacun est libre de ses actes mais conduire après avoir bu (même si on est seul au volant) ou conduire sans ceinture ou en dépassant la vitesse limite exposent à deux types de conséquences : la moins grave est de se faire verbaliser ou retirer son permis. La plus grave, c'est de provoquer un accident qui tue ou blesse grièvement le conducteur, ses passagères, les personnes extérieures au véhicule. C'est moins facilement (voire jamais) réparable et les conséquences financières sont lourdes pour tout le monde (le responsable et ses victimes). Le problème c'est qu'on ne sait jamais si on aura un accident et quelle en sera la gravité. 

On sait en revanche que la mortalité et la gravité des accidents de la route a considérablement baissé quand on a limité la vitesse, imposé la ceinture et sanctionné l'alcool au volant. Mieux vaut prévenir que guérir. 

Ne pas se vacciner contre la covid/ne pas porter de masque est similaire à la conduite automobile dangereuse. Vous avez beau penser que vous pouvez tout contrôler, c'est faux. Il y a trop d'impondérables. Vous ne pouvez pas être sûre que vous ne serez pas infectée et/ou, si vous l'êtes, de ne pas être malade et surtout de ne pas rendre quelqu'un d'autre malade. Autrement dit : ne pas vous vacciner, c'est vous exposer, comme quand vous prenez le volant sans respecter les règles de sécurité, à provoquer un accident, peut être mortel  pour vous et pour des personnes qui, elles, les avaient respectées. (Ou qui ne conduisaient même pas...) 

Dans ce cas, l'exercice de votre liberté aura pour conséquence que vous serez pénalisées, physiquement (si vous êtes blessé vous même), sur le plan légal (vous avez enfreint la loi), et probablement sur le plan financier. Votre liberté peut coûter cher aux autres et, si c'est le cas, elle vous coûtera cher à vous aussi. 

Vous ne voulez pas vous vacciner et/ou porter un masque (conduire sans dépasser la vitesse et mettre votre ceinture) quand on demande de le faire pour la sécurité de toutes ? C'est votre droit. Mais attendez-vous à en assumer les conséquences - autrement dit : à ne pas être autorisée à mettre les autres en danger : vous ne pourrez pas aller au cinéma, vous n'entrerez pas dans un restaurant, vous ne circulerez pas dans un lieu public fermé. 

Notez bien que si vous êtes contaminée et tombez malade, on vous soignera quand même, tout comme on soigne les chauffards ivres qui ont provoqué la mort de personnes qui avaient, elles, respecté les règles. Il me semble donc que la pénalité d'une non-vaccination (être relativement exclu.e de la vie publique) n'est pas un prix très lourd à payer.. 

Ca me semble donc simple : si vous êtes capable de comprendre les limites, contraintes, régulations et conséquences de la conduite automobile (ou de ne pas traverser quand le feu est vert pour les voitures, ou de ne pas jeter de l'essence sur votre bar-b-cue, ou de ne pas jeter une cigarette dans un sous-bois, ou ne ne pas faire griller votre pain pendant que vous êtes dans la baignoire), vous êtes capable de comprendre celles de la vaccination contre la Covid-19. 

A moins que vous ne vouliez vraiment jouer à l'imbécile. 

Car, je le répète, votre liberté d'agir est absolue. Si vous avez envie de vous faire griller du pain ou de vous sécher les cheveux dans la baignoire, c'est votre droit le plus strict. Mais faites le dans votre baignoire et ne demandez à personne de vous y rejoindre. 

Martin Winckler 

PS : Quant au pass-covid, on vous demande bien d'avoir le permis de conduire pour prendre le volant, non ? On vous demande bien votre carte de sécu à l'entrée de l'hôpital ? On vous demande bien votre passeport avant de prendre l'avion et de justifier de vos vaccinations contre la fièvre jaune quand vous allez dans un pays où elle est endémique ? Alors où est le problème ?